Disclaimer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.

Titre : Noir ramage.

Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.

Note : Restez chez vous.


« Le jazz est vif douloureux, doux, tendre, lent il apaise, il bouleverse, c'est de la musique et ce qu'il rythme est vrai, c'est le pouls de la vie. »

-Andrée Maillet.


Chapitre 94 : Charles Skydog, ou comment faire ses premières armes au service de la nation

Skydog regardait partout, guettant une trace de danger. À son avis, c'était ridicule, mais Bluesky y tenait beaucoup et Bluesky était le patron... Le premier crétin qui voudrait faire du grabuge aurait affaire à une bande composée de Prêtres Vaudou, de membres d'un Coven, d'aurors, de sorciers du troisième et quatrième cercle… Bref, il n'aurait même pas le temps de dire « zut » qu'il serait carbonisé. Mais la situation était… stressante. La mariée était la Directrice d'une école de Magie réservée à une partie de la population que la majorité des gens traitaient de Freak (1). Personnellement, il n'avait pas d'avis sur la question. Mais, pour des Fanatiques de Grindelwald, majoritairement des sang-purs d'Europe, l'existence d'une telle école était une insulte à la Magie. Donc, c'était un rassemblement à risque. Sans oublier que l'Élite sociale et culturelle de la Nouvelle-Orléans, et ses alentours, était présente !

Voilà la raison officielle pour laquelle son cousin Hector avait embauché tout un groupe de jeunes aurors pour sécuriser un mariage au fin fond de la Louisiane. Ils avaient loué des smokings (2) et les voilà, tous endimanchés et un peu mal à l'aise, en rangs d'oignons à faire la haie d'honneur pour encadrer la noce. Charles savait que sans l'intervention de mademoiselle Lecay, les aurors seraient restés devant la porte de la propriété des Duclercq à surveiller l'herbe pousser plutôt qu'assurer la sécurité des invités dans le parc.

Mais d'un autre côté, c'était avec un immense soulagement qu'ils avaient quitté New York. Qu'on ne se méprenne pas, il adorait New York ! D'ailleurs il était un vrai New Yorkais ! C'est à dire qu'il y était arrivé bébé, en provenance directe de l'Arizona quand son père, Louis Skydog Senior, Mage Référent avait été nommé à la Chambre des Mages pour représenter son État… Comme disait un non-maj génial, Henry Ford, il était devenu un vrai New Yorkais et était étranger dans le reste des Etats-Unis car «New York est un pays différent. Peut-être qu'il devrait avoir un gouvernement à part. Tout le monde y pense différemment, y agit différemment. Ils ne savent simplement pas à quoi ressemble le reste des Etats-Unis». Être New Yorkais était une religion en quelque sorte…

Mais pour la première fois de sa vie, il était heureux d'avoir quitté SA ville. Depuis dix jours, c'était la révolution… Depuis que trente-deux adeptes de Grindelwald s'étaient enfuis de la prison du MACUSA pour se fondre dans la nature en quelques minutes, laissant sur le carreau deux aurors et trois des leurs. Selon les dires de l'auror blessé, Pietro Esposito, pendant leur transfert vers une salle de jugement, les prisonniers armés de cuillers élimées et transformées en poignards… s'inspirer des non-maj's, un comble venant de ces tordus, s'étaient tout à coup retournés vers leurs gardiens, les désarmant après un court combat. Aaron Smith y avait perdu la vie, et aussi ce traître de Frederic Grayson et deux de ses copains, mais eux, c'était pas une grande perte…

Il avait de la peine, il aimait bien Smith, un gars rieur, toujours la blague à la bouche, ils avaient le même âge et s'étaient engagés le même jour. Ses funérailles avaient été très émouvantes. Ils y avaient tous assisté, avant de repartir en chasse, mais pas moyen de trouver le moindre indice des fuyards et de leur prisonnier, ils s'étaient tout simplement évanouis…

Et maintenant, il était là, à assurer la sécurité d'un mariage de bouseux. D'après son cousin, cet événement pouvait être une cible pour les fanatiques avides de revanche : tous les organisateurs de leur traque étaient présents. D'après ce qui se disait, la mariée avait retardé son mariage spécialement pour que Mercy Lecay puisse y assister. Le seul moment hilarant de ce week-end avait été quand l'organisatrice du mariage avait manqué faire une attaque quand elle avait découvert les nouvelles cicatrices de Mercy… Une poupée en tulle rose bonbon avec des marques dignes des pirates !

Mercy Lecay était arrivée la veille accompagnée du Directeur Graves dont c'était la première sortie officielle depuis sa délivrance et son hospitalisation. Il paraissait encore fatigué, mais avait tout de même fière allure dans son élégant costume aux bras de sa cavalière. Certains dans le service murmuraient qu'ils vivaient maintenant ensemble, dans une petite chaumière aux fond des bois au grand désespoir de Madame Graves Mère qui y voyait une mésalliance pour son illustre famille… Charles haussa les épaules, parler de déchéance quand on est en guerre… la vieille rombière datait vraiment d'un autre siècle ! Elle avait soi-disant hurlé, tempêté, menacé mais en pure perte, son fils était resté inflexible...

Celles qui encadraient la mariée étaient toutes ébouriffantes en tulle rose. En plus de Mercy Lecay, irréductible combattante qui l'avait si bien roulé dans la farine la dernière fois qu'il avait mené son interrogatoire, il avait reconnu au milieu de ces dindes deux femmes rencontrées ces derniers temps et en était resté éberlué : Ann Blanchard, dont il n'aimait mieux même pas imaginer les méthodes, vu la façon mi-craintive mi-admirative dont certains invités la regardaient, et Sarah Wood, la petite amie de Reed dont la fonction était de découper les morts, qui avait l'avantage d'être la seule de ces femmes épargnée par ce nuage de rose de par sa fonction de simple invitée...

Il n'était pas rétrograde, c'était faux ! Il aimait juste que les choses soient toujours à la meilleure place ! Et qu'elle était la meilleure place pour une femme que le foyer de son mari. D'ailleurs la nouvelle compagne d'Hector, Sophie était de ce bois là, une petite bonne femme, mignonne et un peu rondelette, manifestement plus à l'aise avec les confitures que dans la lutte contre les démons. Même s'il courait de drôles de bruits à son sujet dans le service des aurors… Le seul reproche qu'il pouvait personnellement tenir à Sophie était de vivre avec Hector sans être mariés, pas grave à leur âge, c'est sûr, mais tout de même un mauvais exemple…

La cérémonie avait commencé ce matin par la réception des invités dans la résidence des Duclercq une famille influente de la Louisiane, et ça se voyait : une foule immense et hétéroclite s'était présentée aux premières heures du jour aux portes du domaine. Sa première surprise avait été quand il avait reçu un homme coiffé d'un vieux haut-de-forme crasseux, cabossé et orné de médailles pieuses, en robe, portant une dizaine de colliers d'or et un de dents longues et aiguisées autour du cou, des bracelets et de grandes boucles d'oreilles. Des dents d'alligators et des créoles avait-il appris de Cherdieu, l'auror local avec lequel il faisait équipe, pas plus impressionné que ça par cet accoutrement. Cet homme était coiffé d'une façon totalement… ébouriffée ? Des dreadlocks (3), lui avait soufflé son nouvel ami. Des mèches de la peur ? Comment pouvait-on se coiffer de mèches de la peur… Il croyait rêver. Que dire de son sourire édenté et orné de dents d'or à la fois, de sa pipe de roseaux d'où s'échappait une odeur douce et piquante ? Le pompon étant le crâne de bébé alligator sortant de sa poche… Cherdieu l'avait salué avec un grand respect et lui avait discrètement fait signe d'en faire de même. La future mariée en personne était venue le saluer, preuve de son importance.

Et des gens bizarres il y en avait des dizaines, parlant un dialecte étrange, mélange de vieux français et de… Il ne savait pas quoi. Tout ce qu'il savait était qu'il semblait tout droit sorti des anciens temps : du créole d'après Cherdieu. Du créole comme les boucles d'oreilles ? Une autre planète, il était sur une autre planète...

Mais tout ce passait dans le calme. Les nouveaux arrivants étaient ravis de retrouver des amis et tout le monde semblait heureux de participer à cet évènement mondain. Réunis sous de grandes tentes blanches, ils buvaient des coupes d'un liquide rouge-orangé dans lequel flottaient des morceaux de fruits, plutôt bon il devait bien l'avouer, du punch… en dansant au son d'une musique entraînante jouée sur des tambours, des calebasses, des coquillages et des flûtes de roseaux. Sur cette autre planète, tout n'était pas désagréable, et entre le verres de punch et l'odeur des pipes, il se sentait détendu et vraiment très cool…

C'est là que Bluesky était intervenu, hurlant à ses troupes qu'ils n'étaient pas là pour s'amuser mais pour remplir une mission de protection. Il les avait réunis dans un coin, aspergés sous une douche froide, séchés par une petite bise et gelés, mais l'esprit vif, ils avaient repris leur surveillance… Plus de punch, plus de pipe et on n'écoutait plus la musique. Le doigt sur la couture du pantalon, l'oeil ouvert et la baguette à portée de la main, prêts à tout !

Maintenant tout le monde était attentif, les mariés réunis devant le prêtre, le type bizarre de ce matin, échangeaient leurs vœux.

Eux montaient la garde, en patrouille dans le jardin ou aux postes de garde aux entrées du domaine, ils veillaient au bon déroulement et à la sécurité de la cérémonie.

C'est à ce moment là que l'attaque avait débuté ! Dans un hurlement provenant de tous les côtés et des nuées de lumières violentes, des fusées étourdissantes avaient fusé simultanément. Suivies d'hommes jaillissant sur des balais qui jetaient des sorts à tout va.

A ce moment là, les invités s'étaient métamorphosés. Fini les gens souriants et aimables, doucement bercés par la musique, la fumée décontractante et le punch. En une fraction de seconde, ils étaient devenus des combattants aguerris et déterminés armés de baguettes ou de poupées… ils avaient quitté les tentes en courant et attaquant les attaquants, riposté aux sorts.

Charles ne voulait même pas penser à la mariée. Elle, toute douce et délicate, s'était transformée en furie. Les malheureux attaquants qui étaient passés à sa portée avaient reçu des boules de feu et elle n'avait même pas eu besoin de sortir sa baguette... Un avait osé essayer de lui en renvoyer une… Le jet de flamme qu'il s'était pris en retour avait fait de vrai dégâts. A la fin du combat, elle n'avait même pas une mèche de cheveux décoiffée.

L'une des demoiselles d'honneur, mademoiselle Herrat, avait juste regardé quelques uns de ces types et ils s'étaient mis à chialer à ses pieds… C'était encore plus terrifiant que la pyrokinésie de la mariée.

En quelques minutes, les assaillants s'étaient retrouvés au sol, immobilisés par des liens, blessés ou non, en tous cas réduits au silence et à l'inaction.

Charles ne voulait pas savoir ce qu'avait fait le prêtre, mais, ceux qui l'avaient affronté hurlaient encore de peur quand il avait fait un pas vers eux alors que les aurors les avaient déjà menottés. Mercy Lecay l'avait regardé en marmonnant dans sa barbe des mots dans une autre variante de français, tout aussi étrange pour Charles que le Créole. Le prêtre éclata de rire et passa sa main dans la chevelure de l'auror.

-Putain, on a vu le Maître des Ombres rire, murmura Cherdieu. Voilà un truc qu'on pourra raconter à nos petits enfants…

Bluesky venait tranquillement vers eux, manifestement très heureux.

-Des amateurs, tu vois Mercy, ce sont des amateurs ! Je t'avais bien dit qu'ils ne pourraient résister à la tentation, mais qu'ils seraient incapables de monter une action efficace ! Toi, tu es devenue un aimant, mais eux sont restés des idiots. Dix-sept, il va falloir les enfermer et nous les interrogerons tout à l'heure après la fête… Ce sera une bonne façon de lutter contre la gueule de bois.

-La fête… Vieil Homme, tu veux que je fasse la fête après que…

-Notre famille va bien, ti kras mwen(4), intervint le prêtre d'un ton calme qui respirait la puissance de celui sachant qu'il maîtrise beaucoup plus de pouvoirs qu'il ne veut bien en montrer.

Lecay ouvrit la bouche avant de décider de se taire. Cette femme était à deux doigts d'hurler et ce prêtre l'avait fait traire d'une phrase. Impressionnant. Mais ce qui l'était encore plus était qu'elle était capable de balancer son surnom au cousin Bluesky comme si c'était une chose normale. Le Chef Fédéral des Exterminateur se tourna tranquillement vers le prêtre, ou le Maître des Ombres ainsi que l'avait appelé Cherdieu.

-Monsieur Blanchard, je suis heureux de constater que vous êtes toujours aussi efficace.

-J'ai horreur d'être interrompu, répliqua le prêtre avec un sourire tout sauf rassurant.


(1)Freak est un mot anglais désignant un monstre humain. Il ne prend un sens politique qu'en 1960, des jeunes en révolte face à la société se définissent comme des Freaks.

(2) Le premier smoking fut créé en 1860 par les tailleurs de Henry Poole & Co. pour Édouard VII du Royaume-Uni alors qu'il était prince de Galles, ce vêtement sans basques qui risquaient d'être brûlées par les cendres et confortable pour s'asseoir aux tables de jeu. La création du smoking aux États-Unis est attribuée à James Potter, qui assista au Tuxedo Park Country Club de New-York en 1886, vêtu d'un veston à revers de satin brillant au lieu de la traditionnelle jaquette-cravate blanche. Il présenta son veston comme une variante de la veste (smoking jacket) que les Britanniques portent au fumoir

(3)Les dreadlocks littéralement « mèches de la peur » ou cadenettes, appelées parfois tout simplement dreads ou locks, sont des mèches de cheveux emmêlées. Au cours de l'histoire, les dreadlocks ont été portées par différents peuples sur différents continents. Egypte antique où les membres de la famille royale égyptienne portaient des coiffures tressées. Différents peuples d'Afrique, homme comme femme, la chevelure crépue de ces peuples rend plus facile la réalisation de locks qui se forment parfois de manière naturelle, ou bien par manipulation. Dans le Védisme, le dieu Shiva et ses disciples furent décrits dans les Écritures comme des JaTaa, signifiant « portant des nœuds de cheveux emmêlés ». En Jamaïque... Il y a un grand nombre de raisons parmi diverses cultures pour le port de dreadlocks. Celles-ci peuvent être l'expression profonde d'une conviction religieuse ou spirituelle, une manifestation d'une fierté ethnique, un rapport politique, ou être tout simplement une préférence de mode.

(4)Ma petite (en créole pour une fille).