Disclaimer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.
Titre : Noir ramage.
Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.
Note : Restez chez vous.
« Si vous devez affronter une furie ou une mariée dont vous venez de gâcher le mariage,
choisissez la furie. Cette dernière saura faire preuve de miséricorde ».
-Philippe Blanchard, alias le Maître des Ombres, Prêtre Vaudou.
Chapitre 95 : Hector Bluesky, ou c'est loin d'être fini.
Charles comme tout auror débutant avait beaucoup à apprendre de leurs aînés en particulier au sujet des interrogatoires. Bluesky avait donc invité deux jeunot à assister à celui que Mercy allait mener. Un cours pratique en quelques sortes. Bien entendu, si Hector l'avait prévenue qu'il serait dans la pièce, il n'avait rien dit pour les jeunots. Il ne voulait surtout pas qu'elle prenne des gants pour les ménager.
Entrant dans la pièce, la jeune femme n'avait pas dit un seul mot. Elle s'était contentée de s'assoir et de lire un rapport tranquillement, n'attachant aucune importance à l'homme assis de l'autre côté de la table. Du moins, semblait-elle lire un rapport. En réalité, elle étudiait le prisonnier avec la patience d'un véritable traqueur. Elle attendait une faille, n'importe laquelle, où elle pourrait s'infiltrer pour le briser et obtenir les renseignements dont elle avait besoin. Cet homme avait été choisi car il était celui qui semblait le maillon faible du groupe qu'ils avaient arrêté la veille. Cette attente le rendait fou, il s'était préparé à combattre pour défendre sa vision du monde, à lutter contre la douleur au cas où il serait torturé, à ne pas céder un pouce de ses convictions… et au lieu de ça, pas un mot, pas un cri, pas une menace. Rien ne correspondait au scénario mille fois imaginé depuis hier. Déstabilisé et perdu, encore quelques minutes et il serait à sa merci, il parlerait ne serait-ce que pour rompre le silence.
-Euh…
-Mmm… Répondit Lecay sur un ton ennuyé sans lever ses yeux de ses papiers.
-Vous n'avez pas de questions ?
-Inutiles. Je sais déjà que vous êtes un crétin.
Une chance qu'Hector ait pris la précaution d'incanter une bulle d'invisibilité et de silence autour de lui et des deux aurors prometteurs qu'il avait choisi pour assister à l'interrogatoire, parce que les deux jeunots avaient échangé deux mots entre eux après la dernière réplique de Mercy. Dans le silence qui l'avait suivi, le prisonnier aurait pu les entendre. D'un regard, il les fusilla du regard. Elle n'en était qu'au tour de chauffe… Certes, ce n'était pas son mariage qui avait été gâché, mais des criminels l'avaient vu en robe rose !
-Je… je…
-Tu, il, elle, on, nous, vous, ils et elles. Voilà, nous avons fait le tour de la question.
Mercy avait un ton particulièrement ennuyé, comme devant un enfant que l'on gardait contre son gré qui vous montrait pour la cinquantième fois le même dessin devant lequel on devait une nouvelle fois s'extasier.
-Mais si vous voulez parler…
Une à une, Mercy posa des photographies devant lui. Bluesky ne les avait jamais vu et elles n'étaient pas belles à voir. Sa pauvre victime, pardon, le suspect, pâlit en les regardant. Imperturbablement, la jeune femme continua son manège…
-Ce n'était pas moi.
-Certes. Ce n'est pas vous… Mais, ces gens étaient des humains avant d'être sauvagement assassinés.
L'homme n'osait pas regarder Mercy et encore moins la table.
-Regardez-les et dites-moi qu'ils méritaient de mourir !
Mercy s'était légèrement penchée vers lui, rentrant dans l'espace personnel de son « adversaire ».
-Joseph et Catherine Maggio, le 23 mai 1918. Louis Besumer et Harriet Lowe, le 27 juin 1918. Ensuite, nous avons…
-Non, ils ne le méritaient pas !
-Heureuse d'entendre dire un Fanatique de Grindelwald que des non-maj's n'avaient pas à mourir.
Hector n'arrivait pas à voir où elle voulait en venir. L'interrogé n'osait pas dire un mot.
-Grindelwald fait tuer des non-maj's parce qu'ils sont là… Et il torture et fait torturer des sorciers. Alors, dites-moi qu'elle est la différence entre l'Homme à la Hache et lui ?
Mercy fixait l'homme devant elle sans aucune pitié.
-Et pourtant, vous travaillez pour lui, murmura-t-elle d'un ton méprisant.
-Je veux…
-Vous voulez quoi ? Que j'arrête ? Moi, je veux pouvoir tourner la page sur les deux mois que j'ai passé à me faire torturer parce que je refusais de trahir mon pays et les gens que j'avais juré de protéger. Et pourtant…
-Je ne sais pas…
-Et donc, on doit vous pardonner ? On doit vous laisser repartir ? Vous êtes innocent sous prétexte que vous n'avez pas de sang sur les mains personnellement ? Si je comprend bien, vous et moi, c'est pareil ?
-Non. Vous vous êtes auror.
-Donc si je vous suis, c'est notre métier qui nous définit ! Une fois pour toutes, les dés sont lancés, vous êtes auror : vous servez la justice , vous n'êtes pas auror : vous servez un tyran !
-Le Maître n'est PAS un tyran !
-Dans ce cas, il n'a jamais pris de décision extrême ? On pouvait quitter son service à tout moment sans qu'il ne prenne cela pour une trahison et décide de vous éliminer ? Il ne vous a jamais demandé de faire quelque chose de contraire à votre conscience ?
-Ce n'est pas la question !
-Pardon, c'est toute la question… Entre un tyran et un chef qui respecte la loi, la limite est parfois étroite j'en conviens, mais elle existe ! Si je quitte mon poste, on me coupe les vivres, j'ai des ennuis administratifs, de la paperasse à remplir… Mais je reste en vie et je peux continuer à exister normalement. Et vous ?
-Moi je sers une grande cause ! Une cause qui me dépasse, le Maître nous mène vers la victoire, la suprématie !
-La victoire contre qui ! Des gens qui sont comme vous ou des non-maj's ? La victoire sur un champ de ruines et un cimetière, oui ! Vous parlez d'une victoire, si vous devez la payer du sang et des larmes des autres, vous devrez payer un jour de votre sang et de vos larmes… Et ce jour est arrivé !
-Vous ne pouvez-pas !
-Quoi ? Parce que je suis un être humain, une femme, un auror, je ne peux pas quoi ? Vous détruire ? Vous éliminer ? Si je le peux, bien sûr que si… Une petite signature au bas d'un rapport !
-Mais mon jugement… Je suis innocent !
-Les prisons sont pleines d'innocents, vous savez ! Une fois j'ai même entendu : ce n'est pas moi, il est tombé quarante fois sur mon couteau… On vous a pris les armes à la main ? Ne vous en faîtes pas, nous parlons depuis un bon moment, je vais vous raccompagner à votre cellule et vos AMIS se chargeront du boulot. C'est aussi simple que ça !
-Mais j'ai rien dit !
-Justement ! Eux ne le savent pas…
Ça y était, il était coincé. Il allait raconter sa vie depuis ses premières couches en échange d'une détention séparée… Son attitude, visage blafard, sueur au front, regard fuyant, dos voûté, mains tremblantes et voix cassée… le disait clairement. Il ne changerait peut-être pas d'avis sur le bien-fondé des théories de Grindelwald, mais il raconterait tout ce qu'il savait par le menu pour sauver sa peau… Les jeunots s'étaient tus, vaguement impressionnés peut-être, attentifs à retenir la leçon pour grandir et aussi attendant un peu pour voir si ça allait marcher… Ça pouvait paraître si et même trop facile...
Mercy allait laisser passer quelques minutes, le temps de laisser l'esprit du prisonnier s'imprégner des termes de l'équation… et aussi la peur prendre le dessus.
-Votre nom ?
-Marcus. Marcus Neil.
-Et bien, Marcus Neil, je veux tout savoir. Qui vous commandait lors de votre attaque ?
Un autre truc qu'il débriefera avec ses bleus : commencer par une question insignifiante qui n'entraînerait pas de culpabilité importante, pour entrouvrir la boîte de Pandore, après le premier pas fait, il serait impossible de la refermer.
-Jeremiah Jones, c'est lui qui menait l'attaque.
-Le rouquin qui était enfermé dans la seconde cellule ?
Un autre truc, poser une question dont on connaît la réponse de temps en temps pour tester la sincérité de l'interrogé…
-Non, Il est à l'infirmerie, je crois, c'est celui qui a reçu une boule de feu.
-Vous retiendrez la leçon : on n'interrompt pas impunément le mariage d'une pyrokinésiste. Surtout quand il a déjà été retardé trois fois...
Troisième truc, prendre à la légère les premières révélations : ça leur enlevait tout côté transgressif et impardonnable, le traître se sentait libéré et soulagé, ainsi encouragé à continuer.
-Donc Jeremiah Jones menait votre groupe. Mais qui a organisé l'attaque, qui lui donnait des ordres ?
-MacNab.
-Oliver MacNab ? L'ancien auror, renvoyé pour corruption il y a deux ans ?
-Oui, celui-là !
Un premier point d'importance : jusqu'à maintenant Oliver MacNab n'était jamais apparu comme suspect. Bluesky envoya un message à Graves, il était urgent de l'interpeller avant qu'il ne s'envole, alerté par l'échec de la mission.
-Donc, Oliver MacNab, commande votre cellule ou y a-t-il quelqu'un au-dessus de lui ?
-Non, c'est lui le chef.
-Votre cellule comprend combien de membres ?
-Nous sommes environ une vingtaine.
-Les dix-sept que nous avons arrêté et…
-Non, certains que vous avez arrêté venaient d'une autre cellule, celle de Baltimore.
-Où êtes vous basés ?
-Nous sommes de Memphis.
-Qui sont ceux qui n'ont pas participé à l'action et pourquoi ?
-Jack Valance est en prison au MACUSA, arrêté à New York il y a un mois, Hans Ford est blessé et Willems Panetti est mort il y a une semaine.
Bluesky prenait des notes et les transféraient à Graves, il était urgent de battre le fer tant qu'il était chaud… Le temps était primordial, s'ils attendaient trop l'alarme serait donnée et les suspects s'évanouiront dans la nature une fois de plus ! L'interrogatoire de Mercy se poursuivra imperturbablement, elle tirait toutes les ficelles les unes après les autres, mettant à jour peu à peu l'organigramme des organisations locales de la pieuvre mise en place par Grindelwald. Manifestement démanteler toutes les cellules était un travail qui s'annonçait dantesque… peu à peu, l'énormité de la tâche faisait jour. Et ce n'était que les informations données par un petit pion…
-Connaissez-vous le nom du grand patron ?
-Gellert Grindelwald.
-Ne me prenez pas pour une idiote, je veux celui qui remplace Grindelwald, son bras droit, ordonna Mercy en levant les yeux au ciel.
-Je ne le connais pas, je le jure…
Sa voix avait changé. Cette fois, il avait vraiment peur. Il savait quelque chose et ne voulait pas le dire, trop dangereux manifestement à son avis.
-Là vous me mentez, je le sais et vous savez que je le sais.
-Je vous jure…
-Ne jurez pas Marcus Neil ! Vous me mentez. Que voulez-vous pour me dire la vérité ?
-Je vous jure…
-Nous pouvons vous protéger…
-Vous ne pouvez rien pour moi, il me tuera dès qu'il le pourra !
-Si nous vous changeons d'apparence et vous envoyons dans l'ouest, il ne vous retrouvera jamais, vous pourrez recommencer une nouvelle vie, sous surveillance bien sûr, mais libre et vivant, ailleurs…
-Je ne sais pas…
-Mon offre est limitée dans le temps ! C'est maintenant ou jamais !
Augmenter la pression, ne rien lâcher, surtout ne pas lui laisser le temps de réfléchir, de se reprendre, il fallait qu'il accouche tout de suite ou il ne le ferait jamais… Bluesky bouillait, se retenait d'intervenir, il ne le devait surtout pas car ça casserait la dynamique mise en place par Mercy, c'était ça le plus dur, faire totalement confiance, ne surtout pas penser que l'on ferait mieux… Encore un point à souligner à ses jeunots.
-Décidez-vous, dans dix minutes, je retire ma proposition définitivement.
-Je ne le connais pas, je ne l'ai vu qu'une fois et de loin, je ne sais pas son nom, je le jure…
-Que savez-vous sur lui ? Dîtes-moi et je verrai ce que je peux faire pour protéger votre avenir.
Ce sont les minutes les plus longues, laisser la réflexion se faire, ne pas paraître trop avide, ni trop négligente, juste intéressée, surtout ne pas faire comme si l'importance de l'information empêchait de respirer… Mercy faisait ça de main de maître, il devait bien le reconnaître, mais ne pas intervenir… quelques minutes plus tard, il respira un grand coup : il était prêt, il allait lâcher, il se jetait à l'eau sans espoir de retour, sans retenue…
-Je ne connais pas son nom.
Il pleurait presque, il avait besoin de d'être cru et consolé. Une force de Mercy, elle était une femme, image consolatrice par essence, elle jouait à fond sur ce sentiment.
-Dîtes-nous ce que vous savez ! Ça suffira… Souffla Mercy avec une fausse douceur.
-Je ne peux pas…
-Marcus… Il y avait des enfants à ce mariage… Des enfants parfaitement sorciers…
Il la regarda. Le ton compatissant de Mercy ne retirait rien à la dureté de ce qu'elle venait de dire, ou plutôt de sous-entendre. Tout le monde avait un enfant dans son entourage… Et personne avait envie qu'il lui arrive quoique ce soit. Après tout, les enfants sont l'avenir d'une société. En ajoutant que c'était des sorciers… Elle murmurait dans un coin sombre de l'esprit que cet homme que son chef n'avait rien à faire de l'avenir de la communauté sorcière d'Amérique.
-C'est l'homme qui secondait Grindelwald à la cellule de New-York…
-Grayson ?
-Non, lui c'était un traître qui a été éliminé ! L'autre, le vieux !
-Higgins ? Le majordome ?
-Oui, lui ! C'est lui le grand patron depuis que Grindelwald est emprisonné.
Il avait lâché un nom qu'il était censé ne pas connaître quelques minutes plus tôt, il était brisé, il ne réfléchissait plus, il allait déballer tout ce qu'il connaissait et parfois même avant qu'elle ne lui pose la question… Cet interrogatoire allait encore durer longtemps, mais serait très instructif...
Ils avaient leur réponse, ils l'avait eu en leur pouvoir et l'avaient laissé s'échapper… Qui se serait méfié d'un larbin, effacé, toujours présent mais en même temps totalement absent des discussions ! Ils s'étaient tous fait avoir comme des bleus ! Bien sûr, Mercy, les avaient averti de sa grande dangerosité, mais de là à le voir numéro deux… Décidément, après cette affaire, il prendra sa retraite et se consacrera à Sophie et Achille. Ils les emmènera visiter son Arizona natal, ça faisait si longtemps qu'il était parti et parfois le sable rouge, le ciel bleu et les mesas (1) lui manquaient.
(1)Une mesa espagnol pour « table », est une élévation de terre dont le dessus est plat et les côtés constitués de versants en particulier dans le Sud-Ouest des États-Unis.
