Disclaimer : Les Animaux Fantastiques et Harry Potter ne sont pas à moi. Ce qui est tant mieux pour les personnages de JKR vu mes tendances à traumatiser mes personnages.
Titre : Noir ramage.
Résumé : Lorsqu'elle avait accepté ce job, elle pensait à un boulot long, mais qui au final serait assez simple. Trouver un traitre et le livrer au MACUSA, quoi de plus facile dans son boulot ? C'était sans compter un passé qui refuse de mourir et un mage noir qui est bien décidé à faire des siennes. Le pire dans l'histoire ? C'est que si elle l'avait su, elle aurait dit oui quand même.
« C'est en prison que je devais connaître pour la première fois tout le charme de la liberté. Charme bien grand ! Pouvoir légitimement dormir, ne rien faire rêver… et cela, à cet âge où notre propre compagnie est si douce, notre cœur si riche en entretiens charmants, notre esprit si peu difficile en jouissances où l'air, le ciel, la campagne, les murs, ont tous quelque chose qui parle, qui émeut où un acacia est un univers, un hanneton un trésor ! »
-Rodolphe Töpffer, Les deux prisonniers (1837).
Chapitre 97 : Gellert Grindelwald, ou on n'est jamais mieux servi que par soi-même.
Depuis qu'il avait été enfermé au secret, il n'avait pas chômé. Les premiers jours passèrent très vite à s'habituer à ses nouveaux appartements, petits et peu luxueux, sales, lumière allumée jours et nuits, toujours un garde à fouiner, espionné en permanence… C'était lassant, dérangeant comme une puce qui se promène sur une peau et se prépare à piquer, mais pas véritablement entravant. Si on connaît ses gardiens, on arrive à contourner leurs stratagèmes et on peut élaborer un système de fuite. C'est ce qu'il avait fait… Et il n'était pas mécontent des résultats obtenus…
Bien sûr les aurors avaient essayé de lui mettre des bâtons dans les roues. Des stratagèmes puérils : changement des gardiens réguliers, rythme des tours des garde-chiourmes aléatoire, inspections de sa cellule, nourriture infecte, uniforme de prisonnier inconfortable... Leurs efforts désespérés pour le rabaisser, limiter ses capacités étaient amusants, tellement prévisibles et vains. Mais, pour leur défense, ils avaient les pieds et les mains liés par la loi… Une chance que lui ne s'encombrait pas d'une telle futilité.
Les règles, les règlements… Il aimait user de chaînes, mais aussi d'intelligence pour faire plier quelqu'un… Il ne parlait pas seulement de faire preuve de force contre une personne, de la pousser dans ses derniers retranchements, ça c'était facile, les règles du jeu. Il parlait de lui retirer cette petite chose qui lui permettait de choisir de continuer à résister ou non, ce libre-arbitre si précieux… La véritable victoire venait quand une personne reconnaissait d'elle-même qu'il fallait qu'elle abdique. Qu'elle renonçait à ce qu'elle était sans contrainte… Lorsqu'elle admettait ses torts et acceptait la suprématie de l'autre… Voilà pourquoi il détestait le sortilège de l'Imperium. Si on n'avait aucune résistance à vaincre, où était la victoire ? Où était le plaisir d'avoir le dernier mot ? Faire plier quelqu'un dans le sens désiré sans aide extérieure était une victoire sans nom.
Il était un guerrier, volontaire, sans limite, capable d'anticiper les actions de ses amis et de ses ennemis, d'envisager toutes les options et une fois sa décision prise, il mettait tout en œuvre pour arriver à ses fins. Il était le plus fort et le serait toujours. Mais plus que cela, il était malin, élaborant toujours des plans auxquels personne ne penserait à part lui… La majorité du temps, il n'avait même pas besoin de faire preuve de violence. Quelques mots bien placés et le tour était joué. Et malgré toute leur méfiance, cela marchait bien sur certains des gardiens qu'on lui avait collé dans les pattes. Pas besoin de leur parler du monde meilleur… Juste quelques remarques bien placées… Le truc était de laisser à l'autre le loisir d'imaginer, de combler les trous lui-même. Mais, il y avait toujours des gens réfractaires à la voix de la raison. Que voulez-vous, il y aura toujours des gens que rien ne pourra sauver de leur propre stupidité.
Bluesky avait trouvé une idée pour empêcher qu'il échange sa place avec celle d'un de ses fidèles, il lui avait trouvé un compagnon capable de repousser tout essai d'intrusion dans sa cellule : un bébé Chupacabra appelé Antonio. Six pattes et des épines partout, mais le pire était que sa muselière cachait une inquiétante rangée de dents un peu trop pointues, au goût du mage noir. Le fait que ce soit un suceur de sang n'arrangeait rien au tableau…
Mercy Lecay avait ajouté sa petite touche aux mesures pour l'empêcher de fuir… Il avait reconnu l'empreinte de la magie de la jeune femme sur la chaise sur laquelle on l'avait assis. Un sort similaire au bracelet dont il l'avait pourvu, mais encore plus contraignant, il ne pouvait plus bouger, immobilisé par les liens la majeure partie de son temps, ni jeter de sorts … Cette femme était son seul véritable sujet d'énervement à l'heure actuelle. Elle pouvait être brillante, mais quelle peste ! Si seulement elle avait pu être raisonnable et rejoindre sa cause… Mais même pas. La Magie devait vraiment avoir un humour tordu pour avoir donné cet éclat à l'une de ses plaies d'Égypte personnelles.
Il suivait de loin les progrès d'Higgins. Il devait avouer qu'il se révélait brillant. Il avait toujours su qu'il était un second précieux, d'autant plus qu'il acceptait de s'effacer le laissant manipuler d'autres, imbus de leur personne en leur promettant cette place enviée. Mais il devait reconnaître que laissé à lui même, il montrait un grand talent d'organisateur et de gestionnaire. Ses actions étaient fondées, ses plans parfaits. Sauf cette idiotie d'attaque d'un mariage en tablant sur l'effet de surprise pour remporter la victoire. Tellement incongrue qu'il voulait bien le croire quand Higgins lui affirmait que certains avaient négligé ses ordres et fait preuve d'initiative. En tous cas, Gellert allait le laisser se débrouiller tout seul. Si Higgins n'était pas capable de régler le problème que la désobéissance de quelques imbéciles avaient créé, il ne méritait pas la confiance qu'il lui avait accordé.
Parce qu'il y aurait des problèmes. Tant que Lecay, Reed et Bluesky seraient pleinement méfiants, ils étaient bons pour un sérieux « effet toboggan ». Quoiqu'ils fassent, le sommet de leur œuvre serait au plus haut d'une pente à quarante-cinq degré, près à s'effondrer au moindre coup de vent. Il fallait les laisser tranquille, endormir leur vigilance…Seuls, ils étaient déjà terribles, il n'était pas pressé de les admirer en trio ! Reed était doué en infiltrations, il était malheureusement bien placé pour le savoir ! Gellert était prêt à parier sa langue qu'il était sans doute le meilleur auror dans cette branche, assez malin pour s'intégrer à une organisation mais aussi capable de jeter un sort, ou utiliser un autre moyen, pour changer son apparence sans aucun problème. Il le jugeait en connaisseur, lui-même n'était pas sans compétences en ce domaine… Bluesky… La seule raison pour laquelle il avait pu l'écarter un temps était qu'il avait alors l'identité de Percival Graves et que le vieil auror ne s'était pas méfié de son supérieur hiérarchique. Mais maintenant, Grindelwald savait qu'en plus de lui avoir mis des bâtons dans les roues, c'était ce vieux doxy qui avait soufflé à Picquery l'idée de sortir Lecay de son Bayou. Et Lecay… Elle avait un carnet d'adresses qui ferait pâlir d'envie n'importe qui. Il était sûr que si elle le voulait, elle pourrait faire un coup d'état en moins de cinq heures. Et le pire ? Il y avait de grandes chances pour que cela passe comme une lettre à la poste.
À réflexion, aucun des trois n'avaient besoin de s'engager en personne. Lecay devait connaître une bonne dizaine de personnes qui diraient « oui » pour infiltrer son organisation et lui répéter tout ce qui s'y passait. Higgins devait se méfier, recruter de nouveaux adeptes c'était bien, faire entrer le ver dans le fruit… Leur seule chance était que ce trio d'emmerdeurs, au vu des derniers développements romantiques, devaient être très distraits, trop occupés par leur vie personnelle pour avoir envie de retourner tout de suite au front et il était primordial de ne pas les tenter, ne pas leur donner envie de jouer les héros ! Décidément, l'Amour pouvait être un allié précieux à condition de ne pas soi-même y succomber, bien sûr, mais ça, c'était plutôt rare, Dieu merci ! Dans le cas contraire, le pire était que non seulement ils oseraient contrarier de nouveau ses plans, mais qu'en plus, ils l'accuseraient, lui, d'exagérer. Lui, qui ne voulait pas qu'ils mettent leur nez dans ses affaires ! Comme quoi, lorsque l'on est de mauvaise foi…
Mais là n'était pas encore le problème. La véritable problématique était qu'Higgins ne serait jamais un bon chef, s'il n'était pas respecté par ses troupes et suffisamment craint… Il avait encore une option pour lui prouver son talent : frapper dur et fort, acquérir une stature de gagnant, sinon, un second il était, un second il resterait… Dans ce cas, le tout était qu'il ne le sache pas tout de suite, ses ailes poussaient, il s'y voyait déjà… S'il montrait son incompétence à grandir, il prendrait ses dispositions. Pour l'instant, il avait encore besoin de lui, Higgins devait mener ses tâches à bien à bas-bruits, ne pas faire de vagues et après… On verrait !
Gellert allait tout simplement oublier de l'avertir de ses propres plans. Il ne faudrait pas que pensant bien faire, Higgins le devance et gâche son plaisir. Mais c'était aussi une partie serrée, une initiative malheureuse pouvait contrecarrer ses projets. Et puis la confiance n'était pas une de ses qualités majeures.
