Après plus de 8 mois d'attente, encoooore, le voilà enfin, l'épilogue tant attendu. J'en avais promis 2, mais après réflexion, cette fin ouverte n'est pas plus mal non plus. Qui sait, peut-être que dans quelques mois, je sortirai un deuxième épilogue, mais pour le moment, je vais m'en tenir à ça!

Un grand merci à vous tous pour le soutien. Je suis un peu émue, c'est bizarre de se dire que j'ai totalement terminée mon histoire, depuis plus de trois ans qu'elle est commencé. C'est une partie de ma vie, de bons souvenirs, et de bons moments d'écriture.

En tout, Binarité, c'est 106'005 mots, la longueur d'un bon gros roman de fantaisie. Cependant, avec la fin de Binarité, je marque également la fin de mon ère dans les fanfictions. Au fil des années, j'ai de moins en moins écrit sur les fandoms déjà existants, et mon projet de roman avance bien, j'ai envie de me concentrer là-dessus à présent.

Merci à tous de votre soutien pendant ces années. Je n'aurais jamais trouvé le courage de finir Binarité sans vous.

Je vous aime.


Bonne lecture à tous !


We used to fuel the flip

We used to sail that tide away

And I—

Now I'm only hearing static on our station

Don't leave me alone this way

Night after night

Day after day

I want you coursin' through my veins

Night after night

Day after day

I've only one lil' course to make

Show me love

Show me love – Unlike Pluto

— — —

— — —

« Ze reste ! » s'écria Jaley, une puissante détermination brillant dans ses yeux marrons.

Il faisait si chaud sur Jakku que Rey sentait les filets de sueur lui descendre le long de sa colonne vertébrale. Une énorme tempête de sable venait de passer par le camp des Chevaliers de Ren, et ne persistait désormais plus que la chaleur résiduelle. Pourtant, elle n'en était pas à son premier orage de sable, ni à sa première chaleur entêtante – d'autant plus qu'elle avait grandi dans un cocon de métal au sommet du colline doré, mais la Jedi avait particulièrement de la peine à supporter la chaleur. Cependant, pas besoin de chercher trop loin. Elle savait pertinemment la raison de ces petits … désagréments.

Rose adressa un léger sourire à la petite, auquel elle répondit avec sincérité. Jaley se plaisait sur Jakku. Elle ne souffrait pas – et heureusement – des mêmes désagréments que Rey. De plus, la chaleur était le cadet de ses soucis. Les entrainements allaient reprendre prochainement, et le corps de la gamine avait déjà goûté au fruit défendu. L'adrénaline avait un goût sucré si particulier au fond de la gorge. La Jedi se souvenait parfaitement de ses premiers entrainements ; les trépignements dans ses articulations, l'aveuglement face à la fatigue et à la frustration, et l'envie irrépressible de devenir fort, tellement fort.

C'est pour cela qu'elle n'était finalement pas tant étonnée que cela de la réaction de la gamine. Jaley était une combattante. Son corps – non, son âme – réclamait le combat. Mais elle restait une enfant également. Elle méritait la vérité. Raison pour laquelle Rose avait fait partie du voyage.

« Jaley ? » commença doucement l'asiatique. « Titouan, ton … Ton frère aurait voulu que tu aies ceci. »

Elle s'accroupit à son tour devant la petite fille et lui tendit une photo rapiécée. Sur le papier jauni, il était possible de reconnaitre quatre silhouettes. Souriait face à la caméra Tared Caever et une femme si semblable à Jaley qu'il était évident qu'elle en était la mère. Devant les deux adultes se tenait un jeune Titouan, à l'âge où les tourments n'avaient pas encore marqué son visage, et dans ses bras … Dans ses bras, un petit bébé à la frimousse rieuse. Jaley. Le cliché datait, comme l'attestait les coins racornis et les sourires effacés.

Cependant, cela n'empêcha pas les larmes de perler au coin des yeux de la petite fille. Le sourire de Rose s'attendrit.

« On a trouvé cette photo sur sa table de nuit quand il est parti. C'était sa façon à lui de t'avoir toujours avec lui. Est-ce que tu voudras bien, à ton tour, le garder pour toujours avec toi ? »

Jaley essuya les petites larmes sur ses joues avant d'hocher rapidement la tête et … de bondir dans les bras de Rose. Cette dernière resta un instant interdite, pas habitué aux élans d'affection, avant de se détendre et de presser le corps de la petite contre le sien.

Lorsqu'elles se décollèrent, Jaley essuya rapidement ses larmes, et tourna la tête vers Rey. Un fin sourire se dessina sur ses lèvres.

« Merci. » Sa voix vacilla un court instant, mais elle reprit, avec assurance. « Mais ze veux quand même continuer à ma battre. »

La détermination brillait dans son regard. Elle me fait penser à Leia, songea Rey. Jaley avait le même regard de glace, cette même volonté propre qui l'amènerait sûrement à faire de grandes choses, une fois devenue adulte. Elle était forte.

Mais elle le serait encore plus une fois son apprentissage fini.

Le regard de la Jedi dériva de la petite fille aux autres enfants qu'elle voyait non loin de là. Sur les treize enfants que les Chevaliers de Ren entrainaient, seulement huit avaient décidés de rester. A la fin de la guerre, lorsqu'elle était revenue avec les guerriers survivants sur Jakku, elle avait expliqué la vérité à tout le monde. Les enlèvements … Les mémoires dérobées … Elle ne pouvait pas rendre l'identité à ces jeunes soldats, car Snoke avait entrainé les archives dans sa chute, mais elle pouvait au moins leur dire la vérité.

Ceux qui exprimaient le souhait de retourner à une vie plus tranquille avaient quitté Jakku la veille, à bord d'un des vaisseaux de la Résistance. Comme ils étaient trop jeunes pour être lâché dans une nature sauvage et destructrice, ils resteraient donc quelques années sur les différentes bases où ils grandiraient comme des enfants normaux. Rey avait été la première à proposer cette option. Il était hors de question qu'elle livre d'elle-même un pauvre innocent à la vie d'asservissement et de solitude qu'elle avait vécu. Elle ne souhaitait cela à personne, pas même à son pire ennemi.

Un soudaine bouffée de chaleur monta à la tête de Rey, et elle chancela légèrement, se rattrapant à un morceau de bois planté dans le sol qui faisait usuellement office de démarcations lors des combats. Attirée par le mouvement, Rose détourna son visage de la fillette pour se concentrer sur la Jedi. Son sourire se fana aussitôt lorsqu'elle remarqua l'apparente faiblesse de son amie.

« Je vais bien ! » assura cette dernière.

Rose fit quelques pas dans sa direction, croisant les bras sur sa poitrine. Elle n'était pas sincèrement rassurée par les paroles de Rey, mais elle n'était pas en mesure de lui dire quelque chose. Certes, elle avait un comportement des plus étranges ces derniers temps … Mais peut-être ne s'agissait-il que d'un contrecoup. La guerre avait beau être finie depuis trois mois maintenant, il était encore difficile pour certains combattants – comme Rey – de retourner au train de vie qu'ils avaient avant que tout ne commence. Rose ne lui en voulait pas d'agir un peu bizarrement.

Pendant ce temps-là, le regard de la Jedi s'était verrouillé sur les silhouettes invisibles des anciens vaisseaux, ces vestiges du passé qu'elle devinait sans peine au milieu d'un océan de sable. Toutes les dunes se ressemblaient, mais avec un peu de temps et d'observation, il était très facile de se retrouver dans ce labyrinthe silencieux. Un élan de nostalgie s'empara d'elle tandis qu'elle repensait à toutes ces années passées sur cette planète dangereuse. Il n'y avait pas beaucoup de bons souvenirs. Cependant, elle ne regrettait pas, elle ne regrettait plus. Si elle n'avait pas eu l'enfance qu'elle avait eu, elle n'en serait pas ici aujourd'hui.

Elle se retourna pour observer l'effervescence qui régnait dans le camp. Les sept autres gamins qui avaient choisis de rester étaient surexcités et courraient partout, s'attaquant avec des bouts de bois et des poignées de sable. Puis, son regard fut attiré par un reflet métallique et elle sourit lentement en reconnaissant le Faucon, qui disparaissait presque sous le sable qui s'était entassé sur ses taules. Elle se réjouissait de retrouver Finn, Poe, et toutes les autres personnes qui les attendaient sur Ord Lithone. Elle se réjouissait de retrouver sa famille.

Une famille, hein.

Son sourire s'agrandit encore, et elle se tourna vers Rose et la petite Jaley. Cette dernière ne la quittait pas des yeux, et son regard brillait d'une telle admiration qu'il en embarrassait presque la Jedi. Elle ne méritait pas tant de reconnaissance.

Après tout, elle n'avait pas été la seule à mettre un terme à la guerre.

« Est-ce que nous en avons fini ici, Rose ? » questionna simplement Rey.

L'asiatique hocha simplement la tête et la jeune femme se détourna à nouveau d'elle, pour poser son regard sur le campement, cette fois-ci. Ses ordres avaient été donnés. Les enfants qui ne souhaitaient plus se battre avaient été rapatriés la veille. Ceux qui restaient seraient entrainés jusqu'à son retour une fois les Chevaliers de Ren pleinement rétabli et réhabilité.

Oui. Il était temps de rentrer à la maison.

— — —

— — —

Une légère caresse sur son épaule lui fit ouvrir les yeux. Poe tourna légèrement la tête, rencontrant ainsi le regard chocolat de son ami. Ami … ? Non. Finn et Poe avaient dépassé ce stade depuis tellement longtemps maintenant qu'il était désormais impossible de se souvenir du moment exact où leur relation avait basculé. Mais aucun des deux ne regrettaient la tournure des évènements. Il n'y avait que dans les bras de l'autre qu'ils se sentaient en sécurité.

« Bien dormi ? » demanda doucement Poe, son souffle s'en allant caresser les lèvres de son amant.

Ce dernier cligna des paupières quelques secondes, dissimulant désormais les dernières étincelles de léthargie qui parsemait son regard.

« Comme un bébé. Et toi ? »

Poe leva les yeux au ciel, laissant sa tête tomber en arrière sur l'oreiller en coton. Un petit sourire vint cependant se dessiner sur ses lèvres.

« Je ne comprends pas cette expression. En fait, non. Je la déteste. Les bébés ne dorment jamais plus que quelques heures, et ils se réveillent toujours en hurlant ! »

Une moue boudeuse avait désormais remplacé son sourire. Il prit appui sur son coude, tournant l'intégralité de son corps dans la direction de Finn.

« Et puis … » reprit le pilote, ses traits se métamorphosant avec malice. « De ce que j'ai vu, tu as dormi bien plus longtemps que quelques heures … ! Et le réveil avec des caresses est nettement plus agréables que les cris d'un nourrisson. »

Au tour de Finn de lever les yeux au ciel. Cependant, cela ne lui empêcha pas de se propulser lentement en avant et de coller ses lèvres contre celle de Poe, pour lui clouer le bec. Il s'y attarda même plus qu'il ne l'aurait dû, accro à la chaleur qui se diffusait agréablement dans tout son corps. Lorsqu'il se détacha, il se contenta de se reculer et de poser sa tête sur l'épaule de son amant.

Ils restèrent de longues minutes en silence. Il était étrange, pour tous les deux, d'imaginer que ces années d'horreurs venaient de s'achever. Leurs vies entières avaient tourné autour de la guerre, de la rébellion, de la défaite du Premier Ordre. Et maintenant … C'était comme s'ils se retrouvaient sans but. Leurs cœurs vides, ils criaient pour retrouver la saveur de l'adrénaline au fond de leur palet, ou pour frissonner encore une fois en sentant le danger se rapprocher.

Parfois, Finn faisait encore des cauchemars. Les cris, le sang sur ses mains, les morts à ses pieds. Il se souvenait de tout, et n'oublierait probablement jamais. Lorsqu'il se réveillait au milieu de la nuit, seul le silence lui répondait. Et puis, comme un phare en pleine tempête, le regard de Poe le happait et l'empêchait de sombrer.

Ils étaient ensemble. C'était le plus important.

« Où veux-tu aller maintenant que tout est fini ? » demanda doucement ce dernier, empêchant les souvenirs encore trop frais de s'installer.

Finn resta un instant silencieux. Trois mois. C'étaient le temps qu'avaient mis les résistants pour arranger la situation. Il y avait eu tellement de morts, tellement de blessés, et tellement de travail à faire qu'aucun d'eux n'avaient pensé à l'après, au lendemain … Un lendemain qui s'annonçait radieux et étincelant. Un lendemain qui ne serait pas rythmé par les méfaits de l'ombre et de ses ressortissants. De plus, maintenant que Rey s'était occupée des enfants gris de Jakku, son retour sonnait la fin. La fin d'une aventure, d'une vie, de tout.

« Je ne sais pas. Loin. »

C'était une étrange question que Poe lui avait posée. Qu'est ce qu'ils allaient faire, désormais ? Finn savait pertinemment qu'il lui faudrait partir s'il voulait guérir entièrement de la guerre. Mais « loin » n'était pas une réponse convenable, même s'il était certain que le pilote l'amènerait à l'autre bout de la galaxie en claquement de doigts s'il le désirait.

« J'aimerai peut-être découvrir d'où je viens, qui je suis réellement … »

Le regard de Poe ne s'était pas écarté de son visage, même pas pendant une futile seconde. Il se sentait presque rougir sous le brasier de ses yeux, avant de se reprendre et de se dire qu'il méritait tout cela. Il méritait l'amour du résistant et la paix qu'il lui apportait. Mais il y avait autre chose également. Ce besoin de savoir … De retrouver ses racines … Finn était conscient que de découvrir où il était né ne changerait pas sa vie. Mais cela en marquerait le tournant, c'était certain.

« Moi, je sais déjà qui tu es ! » s'enquit cependant Poe, laissant son doigt glisser sur l'épaule de son amant.

Un sourire se dessina sur le visage de Finn, tandis qu'il tournait la tête pour le regarder tendrement.

« Ah oui ? »

Le doigt de Poe dessina le contour de ses veines, tandis qu'il descendait le long de son biceps, traversait le creux du coude et venait chatouiller la chair fine de son poignet. Puis, taquin, il remontait la pente et venait caresser son torse dénudé, s'attardant à l'endroit où on pouvait sentir son cœur battre avidement sous sa peau d'obsidienne. Boum boum, boum boum, boum boum.

« Tu es l'homme que j'aime. Celui pour qui je serai prêt à sacrifier tout ce que j'ai pour me trouver dans mes bras … Même mon droide ! »

Avant que Finn ne puisse répliquer quelque chose, un cliquetis métallique se fit entendre depuis le bout de la pièce. Le fameux petit droide orange sortit, furibond, de l'obscurité. Et même s'il ne pouvait s'exprimer autrement que par ses bourdonnements robotiques, on y comprenait facilement son objection.

« Je rigole, BB8 ! »

— — —

— — —

Après plus de dix heures d'hyperespace, la migraine avait gagné le combat. La tête de Rey était comme prise au piège dans un étau douloureux. Elle avait tout essayé pour se défaire de ses céphalées, mais rien n'y faisait. Si elle avait tenu bon pendant les premières heures, elle avait dû se résoudre à laisser Rose aux commandes pour aller s'allonger sur une banquette à l'arrière et poser un tissu imbibé d'eau froide sur son front.

Si une sieste aurait été bénéfique, elle ne trouva cependant pas le sommeil. A chaque fois qu'elle fermait les yeux, elle voyait alors se dessiner dans l'obscurité le reflet des fantômes des passés. Elle voyait la silhouette de Luke, qui agitait lentement sa main, comme s'il la saluait. A ses côtés, Leia et Han, mains dans la main, de grands sourires dessinés sur leurs lèvres. Cependant, il lui suffisait de cligner des paupières, et les silhouettes se fanaient comme si elles n'avaient jamais existé. Rey avait de la peine à croire que tout était fini.

Elle avait de la peine à croire qu'ils avaient gagnés. Parfois, il lui arrivait encore de se réveiller en sursaut, sur le qui-vive, prête à dégainer son sabre laser et à sauter à bord du Faucon … avant de se rendre compte que le silence lui-même l'avait réveillé. La guerre avait laissé des traces, des cicatrices. Mais même si elle ne pourrait jamais s'en dissocier, elle savait également que ces stigmates faisaient partie d'elle désormais. Elle était – et avait toujours été – une enfant de la guerre ; fruit de la peur constante de se perdre dans la mêlée et de l'adrénaline alors que tout semblait exploser. Mais elle était aussi une enfant d'hier.

Et demain serait mieux. Rey s'en faisait la promesse.

Elle dut cependant s'endormir à un certain moment, car lorsqu'elle ouvrit les yeux, le bourdonnement métallique du Faucon s'était interrompu. Elle se leva lentement, avant de regretter immédiatement son geste. Si la migraine ne semblait pas vouloir se manifester à nouveau, les nausées quotidiennes, elle, faisaient office de remplaçant. La Jedi posa une main sur son ventre, expirant lentement pour éviter de rendre son déjeuner sur le sol du vaisseau spatiale.

« Rey ? »

Elle tourna brusquement la tête vers l'origine de la voix qui l'avait interpellé, avant de se calmer légèrement et de permettre un sourire sur son visage. Ce n'était que Poe.

« Tout va bien ? » demanda son ami, s'adossant au mur en face d'elle. « Le Faucon a atterri il y a plus d'une heure déjà, mais personne n'a eu le cœur de te réveiller. »

Même si un léger sourire étirait le coin de ses lèvres, il semblait tout de même inquiet. Peut-être était-ce dû à la main sur son ventre, ou le teint verdâtre qu'elle imaginait avoir depuis le réveil.

« Je vais bien ! » assura-t-elle, croisant les bras sous sa poitrine. « J'ai sûrement mangé quelque chose d'avarié sur Jakku. Il en faut plus pour tuer une Jedi ! »

Poe ricana, avant de secouer négativement la tête. Peut-être ne croyait-il pas à son mensonge... Quoiqu'il en soit, il ne releva pas, et se contenta d'un silence sans équivoque. Rey ne savait pas encore jusqu'à quand elle pourrait taire son petit secret ; car elle ne pouvait plus se mentir à elle-même, désormais. Elle savait très bien pourquoi elle se sentait mal depuis quelques temps. Elle avait juste décidé d'en cacher la raison à ses amis. Ils n'avaient pas besoin de savoir. Pas maintenant. Pas tout de suite.

« Est-ce que le transporteur est bien arrivé de Jakku hier ? » demanda alors la Jedi, subtile manière de détourner l'attention.

« Oui. Nous avons envoyé deux garçons sur Liathiath ce matin-même. Ils doivent avoir rejoint les résistants sur place depuis quelques heures déjà. Les trois autres gamins vont restés avec nous, sur Ord Lithone. »

Rey hocha lentement la tête. Elle n'était pas très fière de retenir ces enfants sur les bases de la Résistance en attendant qu'ils atteignent l'âge adulte, mais c'était également la meilleure des solutions. Au moins, ici, ils seraient nourris et instruis. Ils n'étaient pas seuls. Et ne le seraient jamais.

En silence, Poe lui indiqua la sortie, et Rey lui emboita le pas. Ils marchèrent en silence, le bruit de leurs pas contre le métal résonnant tout autour d'eux. Lorsqu'ils sortirent tous les deux du Faucon Millénium, la jeune femme mit sa main en visière, laissant le temps à ses yeux de s'habituer à la lumière du soleil de fin d'après-midi.

Le camp semblait désert. Pas étonnant, cependant, puisqu'il faisait un froid de canard ! Rey n'était pas tellement sûre de préférer ce climat à celui de Jakku. L'avantage, cependant, était que les bouffées de chaleur qu'elle avait trouvé si handicapante ne serait pas son plus gros problème sur cette planète-ci.

Un petit vent froid vint lui fouetter le visage, et elle estima qu'il était temps de courir se mettre à l'abri, peu désireuse de transformer en glaçon avant la tombée de la nuit. De plus, il y avait encore quelque chose qu'elle devait faire. Poe sembla du même avis qu'elle, puisqu'il la talonnant jusqu'au couvert de la Résistance.

« Comment se porte-t-il ? » demanda presque timidement Rey, quelques mètres plus loin, alors que Poe s'arrêtait à l'intersection où leurs chemins se sépareraient finalement.

Même si elle s'était forcée de ne pas penser à lui, il était tout de même difficile pour son esprit de ne pas s'égarer vers le souvenir de ses baisers. Elle ne pouvait pas l'évincer de sa vie aussi simplement, comme s'il n'avait jamais existé. Ben Solo avait bien existé, laissant sa trace autant dans le déroulement de la guerre que dans son cœur meurtri.

« Il ne veut parler à personne d'autre que toi. » se contenta simplement de répondre Poe. « Après ton départ, il est devenu encore plus grognon que d'habitude. »

Rey hocha lentement la tête, un léger sourire florissant sur ses lèvres. Elle lutta quelques secondes contre l'envie de caresser le léger renflement de son ventre, encore invisible sous ses vêtements trop amples, peu désireuse d'avouer si tôt la vérité à Poe.

« Le Conseil voudra probablement entendre ce que tu as à dire. » rajouta inutilement le pilote, insensible à la bataille qui se jouait dans la tête de son amie.

Le sourire de Rey se fana. Le Conseil, bien entendu. A la fin de la guerre, toutes les nations qui s'étaient soulevées face à la dictature imposée par le Premier Ordre avait décidé de ne plus jamais se soumettre. Ainsi, une alliance s'était formée. Celle-ci visait à faciliter le commerce entre les planètes et à se montrer uni en cas de nouvel ennemi commun. Il avait également été convenu que la Force et ses usages ne devaient plus être que de simples légendes ; et que si un enfant s'y montrait sensible, il était dans son droit de se présenter à Rey pour son apprentissage.

« Mais le Conseil attendra. » décida Rey. « Le voyage m'a épuisé. »

Poe lui lança un regard éloquent, mais se détourna sans rien ajouter. D'un simple geste de la main, il la salua et se détourna, laissant son amie face à son demi-mensonge. La jeune femme était certes épuisée, mais il était évidemment qu'elle allait tout de même faire un détour avant de retrouver sa chambre. Et si elle l'avait pu, elle aurait repoussé cette réunion avec le Conseil jusqu'à la fin des temps. Il y avait encore tant de choses à discuter, tant de choses à mettre en place. Rey était fatiguée d'œuvrer à ce lendemain dont elle ne pouvait pas encore profiter. D'une certaine façon, elle avait l'impression que toutes ces discussions, toutes ces décisions, la ramenait à l'époque de la guerre, où sa propre vie n'était pas la seule à être en jeu.

Ou alors se trouvait-elle simplement des excuses. Car le Conseil prendrait également une décision concernant Ben et ses Chevaliers. Bien qu'il se soit allié à la Résistance à la fin de la guerre, il avait tout de même été un acteur principal à l'absolutisme imposé aux plus faibles. Il avait pris plus de vies qu'il en avait sauvé. Même si Rey plaidait en sa faveur, il était très certain qu'on l'accuse de manque d'objectivité. Ce qui n'était pas faux … Tout le monde sur Ord Lithone savait très bien qu'elle ferait n'importe quoi pour lui sauver la vie.

Sans s'en rendre compte, ses pas l'avaient mené à l'endroit où l'objet de ses pensées se tenaient. Elle resta quelques instants devant la porte, fixant la poignée comme si cette dernière allait la bruler. Elle se sentait nerveuse. C'était un sentiment étrange. Elle avait tout fait, tout vécu. Elle avait combattu le Côté Obscur, planté son sabre laser dans la poitrine de ses ennemis et arraché la vie de ses adversaires sans une once de culpabilité … et voilà que son estomac se tordait à l'idée de tendre la main et de faire pivoter cette maudite poignée.

Parfois, elle se sentait comme l'adolescente qu'elle n'avait jamais été, découvrant l'envers du décor d'un sentiment qu'on ne lui a jamais appris à maitriser. L'amour … L'amour la rendait toute chose. Ou alors était-ce le regard ardent de Ben Solo. Elle ne savait pas dire. Elle ne savait plus, de toute façon.

« Combien de temps vas-tu rester à regarder la porte, Rey ? »

Elle sursauta. Cette voix si particulière vint réveiller le monstre qui sommeillait dans les entrailles de la jeune femme. D'un rugissement énamouré, ce dernier ordonnait à Rey de se tourner vers lui, de le regarder, de s'approcher, de le toucher… Elle ne voulait que sentir sa peau contre la sienne, compter les tressaillements dans ses veines. Cependant – et heureusement pour la Jedi – la chimère n'avait contrôle que sur le déluge d'émotions qu'elle ressentait ; si bien qu'elle pouvait simplement garder un visage neutre et faire comme si ses sentiments ne lui hurlaient pas de l'embrasser fougueusement.

« Combien de temps vas-tu rester à m'espionner dans le noir … Ben ? » demanda-t-elle, croisant les bras sous sa poitrine.

Un petit sourire narquois se dessina sur les lèvres de Ben, tandis qu'il s'extirpait de l'obscurité avec une grâce féline. Il fit quelques pas en sa direction, longeant le mur, avant de s'immobiliser. Rey observa pendant quelques secondes son visage émacié, avant de détourner les yeux, incapable de soutenir l'intensité à laquelle il la dévisageait. La guerre lui avait laissé des cicatrices également. Mais il n'en demeurait pas moins aussi attirant qu'au premier jour où elle avait croisé son regard. Peut-être l'était-il même un peu plus maintenant.

Un petit silence s'était installé entre eux. Le sourire du Chevalier s'était effacé et la tempête grondait dans ses iris. Ils s'étaient quittés sur une dispute. Il n'avait pas oublié, évidemment. Ben n'oubliait jamais – surtout pas quand il s'agissait d'elle, s'en allant crapahuter à l'autre bout de l'univers dans sa condition. Mais la jeune femme décida qu'il était plus simple si elle faisait comme si elle n'avait pas remarqué l'éclair qui s'embrasait dans ses pupilles.

« Comment se porte ta blessure ? » demanda-t-elle innocemment.

Si la marque laissée par le sabre laser sur son ventre ne s'éclaircirait jamais, la plaie avait étonnamment bien cicatrisé. Il lui arrivait tout de même parfois de ressentir des piques de douleurs lorsqu'il se relevait trop rapidement ou lorsqu'il s'énervait trop fortement. Quand Rey l'avait quitté, quelques jours plus tôt, il commençait tout juste à sortir du lit sans grogner de douleur.

« J'ai connu pire. »

Le regard de Ben quitta son visage. Elle le sentit dériver lentement le long de sa nuque, se perdre un peu à la naissance de sa poitrine, et s'attarder avec une sorte de tendresse qui ne lui ressemblait pas là où on devinait une bosse sous sa tunique. Puis son regard se durcit alors que son regard se posait sur sa main. Enfin. Ce qu'il en restait.

« Comment se porte la tienne ? »

Rey baissa les yeux et déplia lentement ses doigts métalliques. Le métal froid mordait sa peau, à l'endroit où une reconstruction sommaire avait été faite. Elle avait dû faire un long voyage en hyperespace pour enfin trouver un filou qui ne déguerpissait pas quand elle s'approchait. Et c'était le mieux qu'elle avait trouvé. Même si les douleurs dû à la greffe avaient cessé très rapidement, elle n'était cependant pas certaine de réussir à s'habituer un jour à la sensation étrange d'une main robotique.

« J'ai connu pire. »

Comme pour appuyer ses paroles, elle referma le poing et vint l'appuyer sur sa hanche, inclinant légèrement la tête pour mieux observer Ben. Une ombre s'était formée sur son visage.

« Pas sûre que le Conseil soit vraiment enchanté de savoir que tu te balades hors de ta … chambre. » continua-t-elle lentement, butant sur le dernier mot. Les pièces qui avaient été attribués à Ben et à ses chevaliers ne pouvaient même pas être qualifiés de chambre. Un simple matelas à même le sol, et une salle de bain commune. Si les Résistants n'étaient pas terrifiés par les guerriers, il y aurait probablement également eu des patrouilles de soldats pour empêcher leurs … prisonniers … de s'en aller. Car c'étaient ce qu'ils étaient ; des prisonniers.

Aucun d'eux n'avait rien trouvé à redire, même si elle était outrée qu'on leur réserve un si glacial accueil. Après tout, sans eux … Il n'y aurait personne à l'heure actuelle pour fouler le sol de la base.

Elle en toucherait quelques mots au Conseil demain…

« Je n'étais pas enchanté quand tu m'as appris que tu partais pour Jakku une fois de plus alors que tu es enceinte, Rey, mais le Conseil n'a rien fait ! Alors le Conseil … Le Conseil peut aller se faire voir. »

Enceinte. Le mot résonnait étrangement aux oreilles de Rey. Le bébé n'avait pas encore commencé à bouger, et c'était à peine s'il commençait à prendre de la place, mais elle le sentait. Elle le sentait dans la Force. Une présence. Une minuscule, ridicule présence qui troublait la Jedi bien plus qu'elle ne voulait bien se l'avouer.

Instinctivement, sa main de métal vint se poser sur la peau bombée, et elle sursauta presque à la morsure de l'acier. Pourtant, quand Ben s'approcha doucement et posa la sienne par-dessus, elle ressentit presque les petits picotements qui se dégageait de sa paume. Un sourire doux vint se dessiner sur ses lèvres.

« Le bébé se porte bien. »

Pas besoin d'être sensible à la Force pour le savoir. Tout au fond d'elle, elle sentait cette petite vie grandir, grandir, grandir et s'ouvrir au monde qui l'entourait. D'ailleurs, elle avait pris conscience de sa condition pour la toute première fois au moment où les tambours de la guerre avaient joué la dernière note de l'orchestre dramatique. Une toute petite présence, là, dans le silence.

« Mon fils est fort ! »

La première chose que Ben avait fait lorsqu'il avait ouvert les yeux, bien des semaines après la fin de la guerre, fut de regarder Rey et de laisser glisser sa main ventre le ventre encore plat de Rey. Cet enfant signifiait beaucoup de choses pour lui. L'espoir d'une possible rédemption. Le retour à une vie normale auquel il n'a jamais eu le luxe de gouter. La promesse d'un futur à ses côtés. A leurs côtés.

Mais il y avait aussi la peur. Deviendrait-il comme son père, froid et distant, car trop maladroit avec les sentiments ? Deviendrait-il comme sa mère, passive et impuissante, car incapable de cautionner l'obscurité qu'elle devinait sous les sourires de sa progéniture ? Même s'il se promettait intérieurement de ne jamais reproduire les erreurs de ses parents, il n'était pas certain de réussir à tenir parole. Il y avait tellement de questions … Si peu de réponses.

« Un fils ? Qu'est ce que tu en sais ? »

Au milieu de la tempête, la voix de Rey résonnait comme une promesse de tranquillité. Il n'avait pas à s'en faire, tant qu'elle serait à ses côtés. Pour Rey, il était prêt à affronter n'importe qui – ou n'importe quoi – qui perturberait le fragile équilibre qui se construisait entre eux. Pour son enfant à naitre, son fils dont il imaginait déjà le sourire, il était prêt à se plier en deux, en quatre, en dix-huit pour deviner l'étincelle joyeuse dans son regard rieur.

« C'est la Force qui me le dit. » déclara Ben, l'image de sa progéniture jouant avec le sourire flottant encore dans son esprit.

Rey éclata de rire si fort qu'elle ramena le pauvre Ben sur Ord Lithone. Ce dernier croisa les bras sur sa poitrine, un petit air mécontent venant incurver ses sourcils.

« Sauf preuve du contraire, la Force n'est pas gynécologue. » Un sourire taquin s'était dessiné aux commissures des lèvres de la Jedi. « Et je suis certaine qu'il s'agit d'une petite fille … »

Piqué à vif, les sourcils du Chevalier vinrent finalement croiser le coin de ses yeux. C'en était presque comique – et le sourire de Rey s'élargit. Il y avait des aspects du caractère de Ben qui ne changerait jamais, et sa susceptibilité en faisait partie.

« Et toi, qu'est ce que tu en sais ? »

Pas besoin de la Force pour capter la suffisance dans sa voix. Il était vexé. Elle aurait bien voulu lui faire plaisir en lui disant qu'elle portait un petit garçon, mais … Elle le sentait. Son premier enfant – leur premier enfant – était et serait la plus formidable des petites filles. Comme dans un écho de ses pensées, la main de chair de la Jedi se hissa de nouveau sur la petite proéminence. Le regard de Ben suivit le mouvement, et l'orage qui grondait sous ses paupières sembla se taire.

« C'est l'instinct maternel qui me le dit. »

Sa deuxième main vint rejoindre la première. Tout ceci n'allait pas être facile … Il y avait encore tant de choses à faire avant de pouvoir se poser réellement. Il fallait encore convaincre le Conseil du bien fondé de tous les Chevaliers, et le combat n'était pas encore gagné. Mais Rey était une Jedi, une combattante, et elle avait déjà gagné une première fois. Elle n'abandonnerait pas.

« L'avenir nous le dira. »

Les mots de Ben troublèrent ses sens, et son cœur se mit danser d'une valse endiablée. L'avenir. Elle en rêvait depuis longtemps de cet avenir. Juste elle, juste lui et ce mini eux qui s'épanouissait dans son ventre. Elle n'abandonnerait pas, non.

Pas maintenant.

Elle n'abandonnerait jamais.

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THE END

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Comme mentionné en haut ... C'est fini. Eh oui.

Merci encore pour toutes vos lectures et votre soutien ! J'espère que Binarité vous aura plu autant que j'aurai pris du plaisir à l'écrire. C'est une petite partie de ma vie qui s'achève maintenant, une partie que j'au pris grand plaisir à partager avec vous.

Prenez soin de vous !

Bisous !