Hey hey ! Un petit OS que j'avais en tête sur ce couple et qui s'inspire du jeu de Sept minutes au paradis que l'on voit souvent dans des films ou des séries, où les jeunes en proie à leurs hormones se jettent les un sur les autres ... Comment ça, c'est un cliché ?

Bref, bonne lecture !


La musique résonnait à en faire trembler les murs. Du son lourd. C'était à peine si l'on s'entendait parler. Adossé contre le canapé, Dipper but une gorgée de son verre avant de regarder autour de lui. La soirée était déjà bien entamée. Pacifica avait organisé une petite fête pour il ne savait plus quelle raison et plus de la moitié du campus avait été invité ou du moins avait décidé d'occuper la gigantesque demeure des Northwest. Songeant rapidement où pouvait bien être sa sœur, le brun chassa bien vite cette pensée de sa tête. Mabel savait se débrouiller et elle n'était pas toute seule. Non, ses amies étaient avec elle, il n'avait rien à craindre.

Étudiant en première année de master de physique-chimie, le brun à la tâche de naissance n'était que peu sorti durant sa licence, préférant de loin le calme des livres et de sa chambre. Au contraire de sa sœur, qui avait dû insister pour qu'il accepte de venir juste à cette soirée. Il avait reconnu au loin certains de ses camarades de classe, mais n'avait pas été les voir. Lui qui d'ordinaire préférait la compagnie des livres, se trouvait perdu au milieu de toutes ces personnes. À l'écart, comme quelqu'un de spécial. Un coup d'œil à sa montre lui indiqua qu'il lui restait une heure avant minuit. L'heure de filer en douce sans que personne ne le remarque. Se glissant parmi les corps dansant, Dipper vit au loin la porte, son ultime échappatoire. Plus que quelques mètres et il pourrait courir se réfugier sous sa couette en compagnie d'un bon livre. Il n'avait plus qu'à tendre le bras et il pourrait toucher la poignet de porte. Mais au moment où le bout de ses doigts effleurèrent, une main manucurée attrapa son pauvre poignet.

- Puis-je savoir où tu compte aller ? Questionna Pacifica en arquant un sourcil.

- Je rentre … ? Se risqua Dipper.

- Pas maintenant. On va faire un jeu.

Et sans lui laisser le temps de répliquer, la blonde appartenant à la famille fortunée l'entraîna à travers un dédale de pièces, passant devant les invités en les ignorant, la tête haute et la poitrine bombée vers l'avant. Et ce n'est qu'en arrivant dans un des nombreux salons que la fille de riche accepta de la lâcher enfin, ses longs cheveux blonds se balançant sur le côté quand elle reprit la parole.

- C'est bon, on est un nombre pair. On peut commencer.

Clignant des yeux en regardant la jeune fille, le garçon de vingt ans secoua la tête en voulant protester. Il ne voulait pas faire leur stupide jeu, qu'il était sûr contenait une bouteille ou encore de l'alcool, et préférait partir d'ici avant que les choses ne dégénèrent. Cherchant à retourner près de la porte, il fut projeter sur le sol, la main dans un petit panier où était disposé plusieurs papiers avec des numéros inscrits dessus.

- Écoute moi bien Pines, tu vas me faire l'effort de profiter un peu de cette soirée.

- Ma-

- Et je ne veux rien entendre. A vivre dans tes livres, tu vas en oublier de parler. Alors pioche un numéro et montre le moi !

Obéissant devant le regard furieux de Pacifica, Dipper lui tendit le petit papier blanc avant de laisser entraîner dans un placard et d'y être enfermé. Clignant des yeux, il regardant les vêtements luxueux l'entourant dont les couleurs étaient blafardes avec la lumière presque éteinte dans laquelle ils baignaient.

- Paci- Commença t-il en regardant la porte close.

- Sept minutes au paradis. C'est tout ce que je te demande. Après tu pourras partir mais respect le jeu Pines.

- Sept minu-quoi ?!

La porte s'ouvrit aussi rapidement que lorsqu'il était rentré et un inconnu entra à son tour, un chronomètre en main qui avait déjà était enclenché. Reculant de plusieurs pas, Dipper contempla le nouveau venu. Nouveau venu qui le regarda fixement, un rictus défigurant son visage bronzé. Visage qui jurait avec les cheveux blonds décolorés qui faisait office de tignasse et d'où l'on pouvait deviner à l'arrière du crâne, des épis encore noirs.

- Je suppose que je vais devoir jouer avec toi à Sept minutes au Paradis. Susurra d'une voix amusée l'inconnu qui commença à s'approcher de l'étudiant en science.

Étudiant qui continua à recula avant de tendre les bras, mains en avant pour stopper la progression de l'arrivant au sourire étrange. Mains qui rencontrèrent un torse protégé par un simple t-shirt et d'où Dipper pouvait deviner aisément une fine musculature. Réfléchissant à vive allure, il tenta de se souvenir de ce qu'était ce jeu. Sept minutes au paradis. Sept minutes dans un placard avec un inconnu et sept minutes pour tout faire. Tout. ABSOLUMENT TOUT. Redressant la tête en sentant ses joues se teindre de rouge, Dipper croisa le regard de l'autre avant de le dévier rapidement. Un regard de chasseur. Des yeux dorés et parsemé de notes bleutées qui le fixaient comme s'il n'était qu'un petit bout de viande. Yeux qui s'attardèrent sur le visage penaud et maladroit du garçon et enfin sur l'étrange casquette.

- Pinetree. Souffla le blond en se décidant de reculer d'un pas pour se mettre à même le sol, le chronomètre en main. Et bien assis toi pour qu'on fasse connaissance vu que tu semble pas vouloir passer directement à l'acte.

- P-Pardon ?!

S'apprêtant à répliquer en voulant s'approcher de l'énergumène, le brun croisa son regard une nouvelle fois du garçon avant se mettre à même le sol à son tour, tout en conservant une certaine distance de sécurité, les yeux rivés sur l'autre humain. Humain qui venait de poser sa joue contre son poing et qui le regardait avec une certaine curiosité, comme si cela était la première fois qu'une personne ne se jetait pas sur lui dans ce genre de jeu. En vrai, c'était le cas. Sept minutes au paradis. C'était pour le blond sept putains de minutes à baiser la personne qui était coincée avec lui et rien de plus. Et là, c'était une première.

- Comment t'appelle-tu ? Souffla le détendeur du chronomètre.

- Mon nom te regarde pas. Grogna sur la défense Dipper.

- Et il mordrait en plus. Pas que cela me dérange, mais tout de même. Fit le garçon aux cheveux dorés en riant. Pour ma part, c'est Bill Cipher.

Bill Cipher. Ce nom … Il l'avait déjà entendu plus d'une fois sur le campus. Sûrement un des garçons appartenant aux équipes sportives et qui attirait à lui les femmes comme les hommes. Et qui se permettait tout, car personne ne leur disaient rien. Fronçant les sourcils, Dipper affronta Bill en le regardant avec dédain. Sentiment qui ne passa pas inaperçu au destinataire qui répondit par un léger mouvement du sourcil droit.

- Un problème Pinetree ?

- On pourrait pas juste ne rien dire pendant le temps qui reste.

- Hum … Non. Je n'ai jamais aimé cette règle. Si nous avons le don de la parole pourquoi ne pas l'utiliser ? C'est ridicule de s'en priver, tu ne crois pas ?

Serrant la mâchoire, Dipper jeta un bref coup d'œil au temps restant et laissa échapper un juron en voyant encore six minutes à attendre. Cherchant une position confortable, il fit de son mieux pour ignorer le regard persistant de Bill qui reprit la parole une nouvelle fois.

- Ah moins que bien sûr tu ne sois pas très éloquent. Tu semble plus être de ceux qui écoutent sagement que de ceux qui parlent. Un brave petit mouton … Quoi que non, les moutons chargent. Toi Pinetree, tu tiens plus de l'agneau.

Dipper se figea à cette réplique en se revoyant dans cet horrible costume de petit agneau que sa mère lui avait offert lors de ces cinq ans. A cela s'ajouter une chanson et une danse tout aussi gênante qu'il se refusait de se rappeler. Lançant un regard noir à Bill avant d'ouvrir la bouche. Il voulait qu'il parle, alors il allait parler.

- Je ne crois pas que l'éloquence entre en jeu dans cet endroit. Je n'ai pas envie de me forcer à parler à une personne qui me semble imbue d'elle-même et qui se croit tout permis car elle est une personne qui se dit influente sur le campus.

- Oh, donc tu as déjà entendu parler de mes prouesses. S'amusa Bill en gardant les yeux rivés dans les siens.

Gardant le contact visuel, Dipper nota leurs iris fendues comme les yeux d'un chat. D'ordinaire et avec une personne en confiance, il aurait parler d'une réaction chimique et de l'origine de cette réaction, mais là, sa colère commençait à monter pour qu'il puisse aligner deux mots scientifiques. Il voulait sortir de ce placard maintenant et non pas attendre que le chronomètre daigne sonner.

- Que fais-tu comme études ? Ou qu'aime tu ? Il ne reste que cinq minutes alors essayons juste de ne pas nous sauter à la gorge l'un de l'autre, bien que cela me plairait. Continua Bill, la voix sifflante.

- Ce que j'aime c'est le silence et tu es en train de le rompre. Alors ferme là.

- Oh. L'agneau se rebelle on dirait. Pour peu, tu pourrais me mordre. Mais bon, tu aurais bien trop peur de te risquer à ce genre d'actions. Après tout, quand as-tu vraiment goûté à la vie pour la dernière fois Pinetree ?

Cette question. Mabel lui avait posé la même en l'emmenant dans cette soirée. Pacifica également à travers son obsession des livres et du savoir. Il n'avait pas besoin de goûter à la vie pour l'apprécier ! Il aimait sa petite vie tranquille, entouré de livres et du savoir scientifique. Il n'avait besoin de rien d'autres pour être heureux ! Sentant sa respiration s'emballer, Dipper serra les poings en fixant les deux orbes dorés qui le contemplaient. Si tout allait aussi bien qu'il le disait, pourquoi sa bouche venait se sécher ? Pourquoi son cœur se tordait comme son ventre dans une douceur amère ? Il avait … Non, avait-il un jour vraiment goûté à la vie ?

- Tu semble savoir beaucoup de choses sur moi Pinetree. Mais beaucoup ne sont que des préjugés, alors que toi on peut facilement deviner tes pensées et tes occupations. Tu ne vis pas, tu survis dans ta chambre. Tu ne dors pas, tu lis tout le temps pour oublier que tu n'es rien. Que nous sommes rien. Et le pire dans tout ça, c'est que tu en aie conscient. Tu sais que tu rate tout pour tes études, tu en oublie de vivre et de respirer. Tu as la tête tellement sous l'eau que tu en as oublié la sensation que peut avoir le soleil sur ta peau. Est-ce que j'ai tord Pinetree ?

Plissant les pupilles, Dipper chercha une réponse logique qu'il pourrait retourner contre Bill, sans pour autant la trouver. Plus que trois minutes. Il n'avait plus que trois minutes à tenir. Ouvrant et refermant la bouche, les sueurs froides coulant le long de son dos, le brun à la tâche de naissance chercha encore et encore. Il devait répondre. Ce n'était pas un sportif comme l'on disait, une étiquette qu'on lui collait.

- Tais toi … Murmura t-il sans quitter des yeux les orbes dorés. Juste tais toi s'il te plaît.

- Et j'ai touché juste n'est-ce pas ? À croire que j'ai bien fais de continuer en psychologie. Tu dois penser que je suis un monstre, un démon. Et c'est le cas, je suis un véritable démon qui te met à nu pendant sept minutes au paradis. Pas nu comme l'exige le jeu, mais nu dans la parole. Alors réponds moi Pinetree pourquoi es-tu venu ici si c'est pour fuir encore une fois ? Quelqu'un t'y a obligé non ? Mais tu n'as pas pu lui résister comme tu n'as pas su résister à Pacifica pour ce jeu. Elle t'y a obligé et tu n'as pas pu dire non. Peut-être parce qu'au fond de toi tu voulais que cela arrive. Inconsciemment, tu ne supporte plus ce vide. Tu ne supporte plus cette solitude dans laquelle tu t'es enfermé par toi-même.

Qu'il se taise. Par pitié qu'il se taise. Il ne restait plus que deux minutes. Qu'il se taise maintenant, lui et ses beaux yeux jaunes. Lui et sa bouche qui ne cessait de bouger. Qu'il se taise. Par pitié, qu'il se taise.

- Dis moi Pinetree, à force de te noyer dans les livres et la connaissance, quand as-tu prit le temps de respirer ? Ou est-ce que tu te souviens comment l'on fait pour respirer en dehors de cet enfer que tu daignes appeler paradis ?

Cherchant l'air autour de lui, Dipper le regarda froncer les sourcils pour poser sa main sur son épaule, les pupilles entièrement dilatées où un unique cercle doré étaient encore visibles. Il était en enfer c'est ça ? Il en avait oublié de vivre ? Quand est-ce qu'il était sorti de son plein gré la dernière fois ? Quand est-ce qu'il avait eu un contact humain avec quelqu'un ? Ceux de Mabel et Pacifica ne comptaient pas. Il ne parlait presque jamais avec ces camarades de classe si ce n'est que pour les études ou pour leur poser une question en rapport avec les cours. Mais jamais de son plein gré. Continuant d'observer Bill ou plutôt ses yeux, il cessa de réfléchir. Il ne le connaissait pas et pourquoi ils avaient plus parlé en moins de sept minutes que lui avec la plupart des personnes présentes sur le campus. Il lui avait juste fallu quelque coups d'œil pour le percer à jour et faire s'écrouler sa belle carapace. Lui faire comprendre qu'il ne vivait plus ou qu'il avait cessé de respirer pour se noyer sous les papiers.

- Pinetr … Commença le blond avant de cesser de parler.

La bouche du brun venait de se plaquer à la sienne comme le ferait un naufragé à une bouée. Les mains s'accrochaient avec désespoir aux épaules musclées par le sport et tout son corps semblait vouloir disparaître contre le sien. Répondant au baiser, les mains prenant appui dans le dos fin, Bill taquina du bout de la langue les lèvres qui s'ouvraient en cherchant de l'air. Sa main gauche se perdit dans les boucles sombres tandis que la droite glissa jusqu'à la nuque créant une pression pour le forcer à incliner la tête. Tout l'être du garçon à la casquette tremblait, créant des frissons en répercutions contre le sien. Il senti la langue du garçon venir timidement caresser la sienne, comme pour demander la permission. Permission qui se transforma en un gémissement étouffé quand il le colla encore plus contre son corps, les sens en alerte.

De son côté Dipper ne cherchait à comprendre. Là, à cet instant précis, il se sentait en vie. Il avait chaud, il avait froid, il tremblait, il haletait, il respirait. En bref, il revivait dans le bras de ce garçon. Il crut percevoir un son, mais ni Bill, ni lui n'y prêtèrent attention, cette dernière trop focalisée sur eux même et les réaction qu'ils éprouvaient à cet instant.

- Euh … Les gars ? Fit une voix.

Ouvrant les yeux, et se rendant compte qu'il les avait fermé, Dipper senti la bouche de Bill quitter la sienne pour le regarder une dernière fois, le regard embrumé avant de se lever et partir du placard sans se retourner. Se levant en tanguant, Dipper passa devant Pacifica, ignorant son immense sourire pour partir à la poursuite du blond. Il heurta les invités, s'excusant rapidement tout en continuant de chercher la tête décolorée. Le brun à casquette l'a vit non loin de la porte qu'il avait quelques minutes plus tôt prit comme cible. Porte qui s'ouvrit sans douceur pour libérer le redoutable chasseur qu'était le blond qui s'y engouffra sans se retourner.

- Bill attends ! Cria Dipper à travers la foule bruyante.

Sortant à son tour en manquant de tomber, le scientifique respira l'air glacé autour de lui comme un premier né prenant sa toute première bouffée. Devant lui se tenait le dos du blond qui s'était arrêté pour chercher quelques choses dans ses poches, et de manière plutôt énervée.

- … Dipper. Souffla Pinetree en attirant l'attention sur lui, faisant retourner Bill pour lier une nouvelle fois ses yeux aux siens. Je m'appelle Dipper Pines. Je suis étudiant en première année de Master de physique-chimie et je ne sais plus c'est quoi vivre, ni ce qu'est le paradis ou l'enfer. Je ne parle jamais à personne, je garde le nez dans les livres et ma sœur jumelle m'a obligé à venir à cette soirée pour que je vives je pense. Ou que j'apprenne une nouvelle fois à respirer. Toi tu ne me connaissais pas et en moins de sept minutes, tu as réussi un véritable exploit. Tu m'as fais respirer. À croire qu'avec un démon comme toi, le paradis était là bas.

Le laissant s'approcher, Dipper conserva le lien visuel, frissonnant quand la main gauche du blond se glissa pour maintenir son menton, son pouce caressant les joues rondes. Bill avait l'habitude de ce jeu. Il entrait dans le placard, il baisait et il partait sans revoir l'autre. Mais là c'était différent. Ils avaient parlé, ils avaient échangés, ils s'étaient regardés et pire que tout ils s'étaient embrassés. Il n'avait jamais eu ça avant. Jamais.

- Je suis un démon. Je ne peux pas te promettre Sept minutes au paradis Pinetree.

- Alors donne moi Sept minutes en enfer. Se surprit à dire Dipper en frissonnant sous les caresses.

- Je te donne toutes les minutes que tu veux si cela peut t'aider à respirer dans cette vie. Souffla le blond en collant son front au sien.

Se collant pour savourer sa chaleur, Dipper eut en tête une vague expérience qu'on lui avait apprise. Regarder une personne dans les yeux pendant quatre minutes suffisaient à faire tomber amoureux d'après certaines études. Effleurant de son souffle chaud les lèvres bien trop tentantes, il ne quitta pas des yeux, les deux orbes entièrement noirs à présent, les paumes de ses mains reposant contre le poitrail où battait un cœur à vive allure.

- Alors fais moi vivre. Fais moi respirer.

- Tu signerais un contrat un démon pour ça ?

- Si j'ai pu le supporter pendant sept petites minutes, je peux bien le supporter encore plus.

Et en guise de réponse et pour consolider cet étrange contrat, fusionner ce qu'ils nommaient paradis et enfer ,sans se donner un temps limité ni une pièce faiblement illuminée, Bill déposa ses lèvres contre celles de Dipper et l'embrassa pour à son tour enfin respirer.