Salut tout le monde!

On se retrouve aujourd'hui avec le troisième chapitre de Wild World, avec pour la première fois le point de vue de Ace, comme promis.

J'espère qu'il vous plaira!

J'ai réalisé que je n'avais jamais précisé (je crois) l'époque à laquelle la fic se déroulait. Vous l'aviez peut-être deviné vu l'ambiance générale mais l'histoire se passe dans les années 80, ce qui explique entre autre pourquoi aucun personnage n'a de téléphone ^^ je préfère préciser!

On a affaire ici au premier chapitre qui justifie le rating M... Je ne préviendrais pas en chaque début de chapitre je pense, sauf pour les trucs vraiment choquants, mais vu le sujet de la fic oui, ce rating est justifié, pas seulement pour les scènes de sexe mais surtout pour les propos et récits des personnages qui sont souvent assez crus et durs.

Ceci dit, place au chapitre! J'espère qu'il vous plaira! N'hésitez pas comme d'habitude à me dire ce que vous en pensez, merci infiniment aux deux personnes qui ont pris le temps de me laisser une review !

Bonne lecture!


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[Gray Terminal, jour 3]

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Ace ouvrit les yeux pour les refermer aussitôt. Il garda les paupières closes pendant une dizaine de minutes, se réveillant doucement, l'esprit embrumé.

Lorsqu'il se sentit un peu plus d'attaque pour sa première épreuve de la journée -c'est à dire se lever- il rouvrit les yeux et se redressa en s'étirant mollement, avant de regarder autour de lui en se grattant l'arrière de la tête.

Ah oui. La chambre de Law.

Il baissa les yeux vers le corps endormi à côté de lui. Son ami était couché sur le ventre, nu, les bras repliés autour de son oreiller, seulement recouvert jusqu'au bas des hanches par le drap qui leur servait de couverture. Sa tête était tournée vers le mur, mais sa respiration calme montrait qu'il dormait encore.

Il passait son temps à dormir, ces temps-ci, c'était bizarre. Encore quelques semaines auparavant, il était toujours levé avant lui. Il détourna le regard et se mit en mouvement lorsqu'il fut debout, il partit à la recherche de son caleçon qu'il avait balancé avec le reste de ses fringues la veille, et l'enfila avant de sortir de la chambre.

L'appartement de ses amis n'était pas très grand. Deux chambres, un salon dans lequel tenait à grand peine une table entourée de chaises dépenaillées et un canapé devant la vieille télé posée sur une caisse, une salle de bain microscopique et une cuisine à peine plus grande. Des murs blancs et nus, souvent un peu de bordel, mais pas trop quand même. C'était surtout dans les chambres que les affaires avaient tendance à s'amonceler.

Kidd et Law vivaient en colocation depuis presque deux ans maintenant. Lui, il avait un petit appart' pas très loin du Moby Dick -ou du QG, comme ils l'appelaient- mais n'y rentrait qu'un ou deux soirs par semaines, passant le plus clair de son temps ici, à dormir alternativement avec les deux zouaves -comme il les appelait- ou sur le canapé, selon l'humeur. Il avaient commencé à vivre presque ensemble comme ça, sans même s'en rendre compte, et maintenant, même s'ils auraient tout trois préférés mourir que de l'avouer, ils étaient inséparables. Il se passait rarement une journée sans qu'ils se voient tout les trois, que ce soit ici ou dehors.

Dieu seul savait comment ils arrivaient à cohabiter sans s'entretuer, avec leurs trois caractères de merde et leurs fortes têtes -et il n'y avait pas de dieu pour les gens comme eux, alors personne savait, en fait. Mais le fait était là : ils vivaient presque ensemble, racolaient la plupart du temps ensemble, mangeaient ensemble, dormaient ensemble. Couchaient ensemble aussi. Ça aussi, on savait pas trop d'où c'était parti, on savait juste que ça avait commencé à un moment, et que ça leur convenait très bien à tout les trois. Le plaisir qu'ils ne prenaient pas avec leurs clients, il le prenaient en revenant ici, s'abandonnant dans les bras des uns et des autres, comme pour oublier, ou pour guérir, du quotidien. Comme si ça pouvait compenser quoi que ce soit. Enfin, c'était vrai que ça rendait sans doute tout le reste moins difficile à supporter.

Kidd et Law avaient un lien plus spécial. Il n'aurait pas vraiment su dire quoi. Ils se connaissaient depuis plus longtemps et se retrouvaient plus, sur certains points. Lui, il était arrivé plus tard entre eux deux. Pas que ça avait l'air de les gêner, mais c'était comme ça. Il les voyait mal vivre l'un sans l'autre alors que lui n'hésiterais pas vraiment s'il pouvait se barrer seul.

Ace se traîna jusqu'à la salle de bain et se lava le visage avant de se brosser les dents. Tandis qu'il se rinçait la bouche, son regard accrocha un objet posé sur le rebord du lavabo. Il se redressa et s'en saisit, reconnaissant une seringue dont on avait retiré la tête.

C'est sûrement à Law... Il se pique beaucoup, en ce moment, non ? Ça craint un peu...

Il se droguait parfois. Kidd aussi. Des putes qui faisaient leur vie en restant sobre, ça n'existait pas. Tout les autres prostitués qu'il avait rencontré, hommes comme femmes, étaient au moins alcoolique, souvent plus. Tout le monde avait besoin de quelque chose pour tenir le coup.

Mais généralement, il évitait de prendre des trucs trop forts. Il ne s'était piqué que deux ou trois fois dans sa vie, plus pour essayer qu'autre chose. C'était à peu près pareil pour Kidd, de ce qu'il en savait.

Law était différent. Il se noyait là-dedans. Quand il était sobre, c'était quelqu'un de précis, calculateur, incroyablement intelligent, et qui faisait preuve de discernement mieux que personne. Mais il se droguait trop. Il dissolvait tout ses problèmes, tout son mal-être, en s'engourdissant la conscience à coup de seringue. Plusieurs fois, il s'était mit dans des sales états, au point de lui faire peur. Un jour, il était rentré à l'appart et l'avait trouvé endormi dans la minuscule baignoire de la salle de bain, remplie d'eau froide. Il avait vraiment flippé, sur le coup, il avait cru qu'il était mort. Son pire cauchemar, c'était de le retrouver inerte au fond de son lit à cause d'une overdose. Il faisait pas assez attention, il le savait. Il faisait pas gaffe à la qualité de ce qu'on lui vendait, il était trop approximatif sur les quantités. Il essayait de surveiller un peu pour lui, mais c'était dur. Law aimait pas se piquer devant eux, il faisait toujours tout en cachette.

Faudrait ptétre qu'on en parle sérieusement un de ces quatre.

Il reposa la seringue là ou il l'avait trouvée et se traîna dans la douche. Dix minutes après, il en ressortit beaucoup plus réveillé, se sécha rapidement, passa ses doigts dans ses cheveux mouillés pour les plaquer en arrière et enroula une serviette autour de ses hanches avant de marcher d'un bon pas jusqu'à la cuisine.

Ils avaient encore oublié de se racheter des céréales, alors il se bricola un petit-déjeuner avec ce qu'il trouva dans le frigo -en gros, il fit du café et se fit cuire deux œufs au plat. Alors qu'il se servait une tasse du liquide brun, il sentit un front se poser sur son épaule et vit deux mains blafardes aux ongles peints passer autour de ses hanches pour venir se nouer au niveau de son nombril.

-Salut, dit-il d'une voix enjouée.

Kidd lui répondit d'un grognement en fourrant le nez dans ses cheveux mouillés.

-Tu veux du café ?

-Ouais.

Ace servit une deuxième tasse et la tendit à Kidd qui se décolla de lui pour s'en emparer. Puis, toujours debout, il engloutit ses deux œufs d'une traite -c'était bien trop peu pour son appétit d'ogre, mais il rachèterait à manger en sortant- et regarda l'heure sur le réveil à la vitre cassée de l'étagère de la cuisine. Il n'avait plus trop de temps.

Il but son café d'une traite en marchant jusqu'à l'évier déjà plein de vaisselle sale et y laissa sa tasse. Au même moment, Kidd vint à nouveau se coller à son dos, frottant légèrement son bassin au sien tandis que ses doigts se mettaient à courir sur ton torse. Puis il lui mordilla légèrement le cou, lui arrachant un gémissement de protestation.

-Kidd, j'ai pas le temps. Il est déjà quatorze heure dix et j'ai rendez-vous chez le bâtard.

Le roux ignora son objection et intensifia ses caresses.

-Kidd !

Ace le repoussa en grognant.

-Tu m'écoute ou pas ? Je te dis que j'ai pas le temps.

-Si tu veux pas, vient pas m'aguicher dès le matin en te baladant à moitié à poil dans l'appart.

-N'importe quoi, rit le jeune homme en réponse en remontant sa serviette sur ses reins.

-T'es vraiment une allumeuse.

-Si t'a envie, va réveiller Law. Moi j'ai des trucs à faire.

-Tu fait chier, Portgas.

-Mais oui.

Il retourna dans la chambre ou il avait dormi -son propriétaire roupillait toujours à poings fermés – et récupéra quelques fringues parmi celles qui traînaient par terre. Il piocha parmi les fringues de Trafalgar pour trouver un pantalon -il était moins mince que lui, mais ça faisait l'affaire – et retrouva une de ses chemises sur le dossier de la chaise du bureau, une noire à manche courtes. Parfait.

Une fois habillé, il repassa par le salon ou Kidd s'était vautré sur le canapé, son café à la main. Il lui demanda, désignant ses fringues d'un geste vague de la main :

-Je suis bien ? Faut pas que j'aie l'air trop crade ou le bâtard me donnera pas de taf.

-Ouais, c'est bon. De toute façon, quoi que tu fasse, tu sera toujours assez bandant pour ce vieux dégueulasse.

-Héhé, de ta part, je prend ça pour un compliment.

-Ta gueule.

-Vous avez pas rendez-vous avec les journaleux aujourd'hui ?

-Non, mais ils doivent venir ici demain.

-Ah. T'en pense quoi d'eux?

-Celui aux cheveux verts, ça va. Et le blondinet, je sais pas trop, mais j'ai l'impression qu'on le met mal à l'aise et c'est marrant.

-Tu parle, c'est qu'un cul-serré de la banlieue bourgeoise ce gars.

-T'a une touche avec lui, je crois. Il arrête pas de te mater.

-Boaf, ça m'étonnerait. Il a l'air trop coincé pour ça.

-A ta place, j'hésiterais pas. Il est ptétre coincé du cul mais il est pas dégueulasse à regarder.

-Je te laisse la place, grogna Ace en haussant les épaules avant d'enfiler sa veste en cuir par-dessus sa chemise.

Il était plutôt d'accord avec son ami, au sujet des journaleux. Zoro avait l'air cool, ça se voyait à trois kilomètres que c'était le genre de type à être égal à lui-même en toute circonstance, et que par conséquent il était honnête avec eux. Il était pas là pour satisfaire une curiosité malsaine de petit bourge sur les prostitués, ni pour les juger sur leur mode de vie, juste pour raconter fidèlement ce qu'était leur quotidien. Il appréciait ça.

Et l'autre, là, Sanji... C'était sans doute pas un mauvais gars non plus. C'est juste qu'on comprenait pas trop ce qu'il foutait là. Un mec sorti par hasard d'une banlieue de ville favorisée, pas méchant et pas con, juste pas prêt pour ce qu'il allait trouver ici.

Et vachement coincé du cul aussi. Sérieux, même à l'âge de dix ans Ace rougissait pas aussi facilement. A tout les coups il venait d'un milieu bien conservateur et il avait jamais vu deux mecs ne serais-ce que s'embrasser avant de venir ici. Ou alors il était juste chiant. Il ne savait pas trop, mais ça le faisait plutôt marrer de se foutre de lui.

-Bon allez, j'y vais moi.

Il fit un vague signe de la main à Kidd qui lui grogna de nouveau dessus pour toute réponse avant de sortir.

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Le manoir du bâtard. C'est comme ça, dans sa tête, qu'il appelait l'immense baraque de Teach.

Il détestait y venir. Déjà, pour y arriver, il devait quitter son quartier pourri et aller vers celui des bourges du centre de Gray Terminal. Ici pas de rues miteuses ou d'appartements minuscules, juste des énormes résidences entourées de jardins. Pas de prostitués dans les rues ou dans les bars, ils les faisaient venir à domicile.

La façade était jolie, mais au fond tout était pareil, voire pire, que par chez lui.

Il sonna au portail de fer forgé et fixa la caméra fixée en hauteur pour être identifié par le vigile. Lorsque ce fut fait, le battant de métal se déverrouilla et il le poussa, entrant dans la propriété de l'homme qu'il détestait le plus au monde.

Il jeta à peine un coup d'œil au jardin soigneusement entretenu par les larbins, comme il les appelait, et fila directement jusqu'à la large porte d'entrée à deux battants. Un garde était adossé à l'encadrement de la porte, mais il lui fit simplement signe d'entrer d'un signe de tête. Tout le monde connaissait sa gueule ici.

Il pénétra dans le hall d'entrée, une large pièce presque vide ou trônaient seulement, aux quatre coins, des fauteuils de velours pour les éventuels visiteurs qui patientaient. Les murs étaient couverts de tableaux qu'il supposait hors de prix. Ace patienta debout en plein milieu, regardant avec mépris ces marques de richesses -toutes acquises avec de l'argent sale.

Et même avec de l'argent très, très sale, il savait de quoi il parlait.

Teach était le chef du clan de mafieux le plus influent de la ville. Trafic d'arme, drogue, et surtout prostitution, il occupait une place de choix sur tout ces marchés. Le jeune homme avait longtemps travaillé exclusivement pour lui, avant d'enfin prendre son indépendance dans la rue. Désormais, le bâtard le contactait lorsqu'il avait besoin de lui pour une de ses commandes de prostitution de luxe, et il acceptait à condition que ça ne devienne pas trop fréquent, essentiellement parce que ça payait cher, au moins dix fois plus que dans la rue. Même si ça le dégoûtait encore plus de se vendre à des énormes bourges -la clientèle de Teach comptait d'autres mafieux, des industriels, des politiciens : il se servait aussi de ce commerce pour garder un certain pouvoir sur eux.

Cette fois, c'est Marco qui lui avait fait savoir qu'on l'avait convoqué ici. C'était généralement comme ça que ça se passait, le bâtard envoyait quelqu'un poser un message pour lui au Moby Dick, ou alors il lui envoyait directement ses hommes – ce qu'il n'aimait pas trop, se faire réveiller par deux mec en costard qui tambourinaient à sa porte parce que monsieur avait besoin de lui dans l'urgence n'était pas sa façon préférée de commencer la journée.

-Ace ?

Le jeune homme fit volte-face en entendant l'appel de son nom derrière lui.

-Makino !

Il s'élança d'un bon pas vers la jeune femme qui venait d'entrer dans le hall, un plateau rempli de boissons diverses dans les mains. Arrivant près d'elle, il la prit pas les épaules et se pencha pour l'embrasser sur le front, un sourire aux lèvres.

Makino était sans doute la seule chose dans cette endroit qui ne lui donnait pas envie, au choix, de partir au courant, de vomir ou de frapper quelqu'un. Elle travaillait comme secrétaire pour Teach depuis des années, et il l'avait toujours connue. Elle avait longtemps pris soin de lui, lorsqu'il était enfant et jeune adolescent, et c'était sans doute la personne la plus douce qu'il ai jamais rencontré. Elle était différente de la plupart des gens qu'il croisait dans le milieu mafieux : elle ne le jugeait jamais, ne le prenait jamais de haut, n'avait jamais cherché à l'utiliser pour quoi que ce soit. Il avait longtemps été amoureux d'elle -jusqu'à ses quinze ans, environs c'était la seule femme qu'il avait aimé dans sa vie, en fait.

La voir lui faisait plaisir, mais savoir qu'elle continuer de travailler dans cet endroit rempli d'enflures en tout genre le faisait grincer des dents. Il espérait de toutes ses forces que tout le monde la respectait et qu'elle n'avait jamais eu à subir d'abus, mais il savait très bien qu'il y avait peu de chance. Cet endroit était bourré de sales vicieux, il était bien placé pour le savoir.

-Je suis contente de te voir, tu a l'air en forme, lui sourit la jeune femme en le regardant de haut en bas. Tu es très beau avec cette chemise, ajouta-elle en riant.

Il la remercia, sincèrement touché. Avec son métier, des tas de gens lui faisaient des compliments sur son apparence physique, mais Makino était bien la seule avec qui ça lui faisait plaisir. Ils échangèrent quelques nouvelles, sans toutefois trop rentrer dans les détails.

-Les garçons vont bien ?

-Oui, ça va, dans l'ensemble. Enfin, tu les connaît, ils peuvent pas s'empêcher de se foutre dans la merde de temps en temps, mais... ça va.

-Tant mieux. Ça me rassure de savoir que vous prenez soin les uns des autres...

-On fait ce qu'on peux. Mais c'est vrai que c'est mieux que quand j'étais tout seul.

Il y eut un léger silence, puis Makino désigna du menton le plateau de boisson qu'elle tenait toujours en s'excusant.

-Il faut que j'apporte ça, je vais devoir te laisser. Mais j'aimerais te voir plus ! Viens manger à la maison un de ces jours... Disons mardi ? Ou mercredi ? Qu'est-ce qui t'irait le mieux ?

-Mercredi, c'est bien.

-Parfait ! Je te ferais le gratin que tu adorais quand tu était petit...

Le jeune homme se mit à rire.

-T'es gentille.

-C'est normal, Ace.

Elle se hissa sur la pointe des pieds pour l'embrasser sur la joue. Puis elle lui adressa un dernier sourire avant de faire volte-face et de se diriger vers les appartements de Teach.

-A plus tard ! Je vais prévenir Lucci que tu es là.

-Merci.

-Prend soin de toi, surtout !

Elle poussa une des trois larges portes de bois qui donnaient sur le hall et disparu de sa vue. Il soupira bruyamment. Il espérait que Lucci ne passait pas ses nerfs sur elle... ça le rendait dingue de la savoir ici, entourée de prédateurs qui ne pensaient qu'à l'argent et au sexe.

Il patienta encore quelques minutes, regardant d'un air désintéressé les tableaux accrochés aux murs. Puis le bruit d'une porte qui s'ouvre lui fit tourner la tête et il regarda Lucci entrer avec un grand déplaisir.

-Bonjour, Portgas, lui lança le bras droit de Teach.

Comme à son habitude, il portait un costard noir dont il avait remonté les manches jusqu'à ses coudes. Ses cheveux sombres, détachés, tombaient sur ses épaules, et son regard d'acier, souligné par ses sourcils à la forme étrange, était aussi pénétrant que d'habitude. Ace se renfrogna.

Il détestait cordialement Lucci. Teach passait toujours par lui pour lui donner du travail, et il ne se gênait pas pour en profiter. Il préférait toujours le voir lui plutôt que son chef, mais quand même. Ce mec lui sortait par les yeux.

De tout les vicelards qu'il avait rencontré dans sa vie, celui-là était le pire. L'argent, le sexe et la gloire ne l'intéressaient pas vraiment. Non, lui, c'était un vrai sadique. Ce qu'il aimait, c'était avoir du pouvoir sur les gens. Être capable de les dominer, de les mener à la baguette quand il le voulait. C'était pour ça, et uniquement pour ça, qu'il était dans ce métier. C'était pour ça qu'il était aussi dangereux, aussi. Il n'avait pas de faiblesse. Un cœur de métal, une machine à ordonner, manipuler et tuer, qui ne prenait vraiment son pied que lorsque les gens qu'il écrasait souffraient.

Il achetait régulièrement Ace. Presque à chaque fois qu'il le voyait, en fait. Pas parce qu'il avait du désir pour lui en particulier, ou par envie de sexe, non. Juste pour le plaisir de pouvoir le plier à sa volonté, lui faire faire tout ce qu'il voulait sans rencontrer la moindre résistance.

« Ce que je déteste chez toi, c'est ton regard, lui avait-il glissé un jour alors qu'il le déshabillait dans son bureau. Peu importe ce que je te fais, peu importe à quel point je t'humilie, tu garde toujours cette fierté intacte au fond des yeux. Un jour, je la briserais. Ça viendra, à force. »

Putain de taré. Ace détestait coucher avec lui. Il aurait pu dire non -il se réservait toujours le droit de refuser un client- mais il craignait qu'il le lui fasse payer. Il était tellement vicieux, il était capable de tenter de le faire plier en menaçant Makino, ou alors Law et Kidd. Il préférait endurer une partie de jambes en l'air avec l'un de ses pires ennemis de temps en temps, plutôt que de risquer ça.

En contrepartie, il lui demandait toujours des prix exorbitant. Lucci payait, comme pour lui montrer à quel point l'argent était peu de choses pour lui, pour sa toute-puissance.

-Salut, répondit-il en lui lançant un regard noir. Alors, t'a quoi pour moi ?

-Un travail pour demain soir. J'ai besoin de trois gars, alors ramène tes deux potes, ok ? Venez ici vers 20h. On vous fera laver et habiller, c'est pour une fête.

Ace soupira. Les fêtes, c'était le pire. Généralement des rassemblement de riches tous plus tordus les uns que les autres qui faisaient venir des escorts pour qu'ils leur servent le champagne en petite tenue et qu'il les baisent en fin de soirée. C'était d'un chiant.

-Pour les fêtes, je demande un bonus, rappela-il, surtout si c'est pour nous trois. Plus dix pour cent pour chaque mec qui me touche moi ou les gars, ok ? Même si c'est juste une main au cul.

-Bien entendu, je connaît tes tarifs.

-Ok. Si t'a rien d'autre à me dire, je me casse.

-Attend une seconde.

Ace serra les dents. Il s'en doutait, mais un instant, il avait espéré que ce connard ne serait pas d'humeur.

Lucci s'approcha de lui en fouillant dans la poche intérieure de sa veste. Il en sortit une liasse de billets qu'il glissa dans la poche arrière du jeune homme, un sourire torve sur le visage.

-Passe dans mon bureau avant de partir.

Ce connard. Il prenait tellement son pied à demander ça, à lui montrer, une fois de plus, qu'il n'était rien devant lui, son argent, sa volonté. Ça se sentait à trente kilomètres qu'il trouvait ça jouissif, c'en était presque ridicule.

Le jeune homme soupira encore, avant de suivre son vis-à-vis qui avait fait demi-tour pour sortir de la pièce.

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Ace écrasa sa cigarette dans le cendrier plein à ras bord posé sur la table de chevet. Puis il se laissa tomber sur le lit et enfouit son visage dans l'oreiller, inspirant l'odeur familière de Kidd. En rentrant à l'appartement, il l'avait trouvé vide. Les gars étaient sans doute partis travailler. Il en avait été plutôt déçu. Généralement, lorsqu'il rentrait du manoir du bâtard, il se foutait en l'air avec eux -drogue, sexe, alcool, tout ce qui pouvait lui faire oublier les souvenir que faisaient remonter en lui la proximité de Teach était bon à prendre pour lui dans ces moments-là.

Faute de camarade avec qui passer le temps, aussitôt après être rentré il avait attrapé une bouteille de whisky -il y en avait toujours une ou deux dans la cuisine - , avait allumé une clope et s'était traîné jusqu'à la chambre de Kidd -il ne savait pas trop pourquoi, mais il avait la sensation qu'il s'y sentirais moins seul que dans le salon.

Maintenant il était là, torse nu, couché sur le dos sur le lit de son pote, légèrement relevé sur ses coudes pour pouvoir plus aisément boire de longues rasades d'alcool. Il commençait déjà à être saoul. Il n'y allait pas vraiment de main morte.

Perdu dans ses pensées, il regardait dans le vide, observant seulement par instants la bouteille qu'il secouait lentement pour faire miroiter le liquide ambré. C'était toujours pareil après avoir couché avec Lucci. Il se sentait crade. C'était encore pire qu'avec les autres clients. Habituellement, il oubliait tout dès que c'était fini. Il tentait de ne rien regretter et d'aller de l'avant. C'était son credo, c'est ce qui lui avait permis de survivre depuis l'enfance. Mais avec le bras droit de Teach, il n'y parvenait pas. Il gardait toujours, pendant plusieurs jours parfois, la sensation de ses mains sur son corps, de son regard acier habité de cette envie de le détruire. Ça lui foutait la gerbe.

Il ne savait pas depuis combien de temps il était là -une demie heure ? Une heure ? Lorsqu'il entendit la porte d'entrée s'ouvrir et quelqu'un entrer. Law ou Kidd, aucune idée, mais le nouveau venu fit plusieurs allers et retours dans l'appartement avant d'enclencher le lecteur de cassette posé sur la table du salon.

Tainted Love de Soft Cell se mit à résonner, d'abord doucement, puis on monta le son, et des pas s'approchèrent de lui.

-Qu'est-ce que tu fous sur mon pieu, Portgas ?

Il regarda Kidd qui s'était arrêté dans l'encadrement de la porte de sa chambre et haussa les épaules, un sourire désolé sur les lèvres.

-T'es bourré ? Grogna son ami.

-Un peu.

Il tendit un bras pour poser la bouteille sur la table de chevet et se laissa retomber sur les oreillers, posant son avant-bras sur ses yeux fermés.

-Le bâtard. Il t'a donné du taf ?

-Pour nous trois. Demain soir. Une fête. Law est parti bosser ?

-Un de ses réguliers l'a appelé. Il a dit qu'il rentrait tard.

-T'es ok pour demain ?

-Ben ouais.

Il entendit Kidd se rapprocher et monter sur le lit. Une seconde après, il sentait sa bouche dans son cou, son corps au-dessus du sien. Il poussa un soupir de plaisir quand les baisers se muèrent en mordillements.

C'était toujours comme ça, après qu'il soit rentré de chez le bâtard ou un autre client. Quand il se sentait sale, quand il se sentait seul, que son corps se souvenait encore du toucher, de la voix, de l'odeur de toutes ses personnes dont il n'avait jamais eu envie, il rentrait dans cet appartement et oubliait tout dans les bras de Kidd, ou de Law, ou des deux. En frottant sa peau à la leur, il avait en quelque sorte l'impression d'effacer ce qu'il avait subi quelques heures auparavant, d'enfin prendre le plaisir qu'il n'avait pas pris avec les autres. C'était pareil pour eux, il le savait. C'était leur seul moyen de ne pas devenir des objets sexuels mécaniques, incapables de prendre leur pied, uniquement là pour le service des autres. Entre eux, ils redevenaient des humains comme les autres, qui couchaient par envie, par désir, par amour peut-être, sans histoires d'argent ou de services rendus, pouvant enfin se préoccuper de leur plaisir autant que de celui de leur partenaire.

Libres.

Les gémissements de Ace se mêlèrent à la musique qui leur parvenait toujours lorsque Kidd entra en lui. Il colla son front au sien, mêlant leurs chevelures rouges et noires, l'entourant de ses bras, ne pensant à rien d'autre, enfin. L'alcool le rendait un peu plus maladroit que d'habitude, le laissait gémir plus fort aussi. Il s'en foutait. Les tabous, les complexes, il y avait bien longtemps qu'il n'y avait plus rien de ce genre entre eux.

Ils connaissaient le corps de l'autre sur le bout des doigts, depuis le temps. Ils pouvaient sans effort parvenir à se faire jouir tout deux en quelques minutes. Ils firent malgré tout durer le plaisir, appréciant la chaleur de leurs peaux l'une contre l'autre, de leurs respirations haletantes qui s'entrecroisaient, du regard de braise de l'un sur celui plus doux et embrumé de l'autre, de leurs mains, de leurs doigts qui pétrissaient la chair de l'autre comme pour y laisser la mémoire de leur contact.

Lorsqu'ils eurent fini, ils échangèrent un unique baiser -qui fut davantage une morsure, de la part de Kidd, mais l'intention était la même – puis Ace cala sa joue contre le torse de ce dernier, s'alluma une nouvelle cigarette, en donna une à son ami, et ils finirent la bouteille de whisky en y buvant tour à tour, bavardant vaguement, laissant l'alcool les engourdir et les tirer lentement vers le sommeil, tout en écoutant ce fichu lecteur de cassettes qui égrenait désormais les notes de Dream On d'Aerosmith.

C'était à peu près toujours de cette façon qu'ils évacuaient leurs envies de crever journalières.

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On se retrouve jeudi prochain pour la suite! Avec cette fois quelques révélation sur le passé de certains personnages.

Prenez soin de vous, lâchez une review si le cœur vous en dit, et à bientôt!