Bonjour, bonsoir tout le monde!

Oui, je sais, je suis en retard. Très en retard. Mais que voulez-vous, les examens mènent la vie dure aux fanfictions, c'est comme ça, et je ne voulais pas poster un chapitre à peine relu, alors...

Mais je me remet dans le rythme initial à partir de maintenant, donc haut les cœurs!

J'ai été très heureuse de voir que le dernier chapitre vous a plus. J'espère qu'il en sera de même pour celui-ci! Aujourd'hui on est sur un chapitre très soft (sans doute le plus soft qu'on aie eu jusqu'ici en fait), mais ne vous inquiétez pas, la fic ne tombe pas dans l'eau de rose pour autant, la dureté de la vie va vite revenir... Pardon.

Je vous laisse à votre lecture, la playlist est à jour comme d'habitude! On se retrouve en bas!


[Gray Terminal, jour 7]


-Si vous pouviez changer de métier, vous le feriez ?

-Bien sûr. Comme la plupart d'entre nous. Met-toi à notre place, ça te fait rêver, toi, de te faire baiser par des gonzes que tu connais pas, et qui sont bien moches les trois quarts du temps, plusieurs fois par semaines ? Tu crois que c'est une vocation, qu'on voulait faire ça quand on était petits ?

Kidd était plutôt en forme, aujourd'hui. Il n'arrêtait pas de se lancer dans des discours plutôt inspirés qui semblaient ravir Zoro.

-Vous projetez de changer de métier ?

-Bien sûr, si l'occasion se présente. C'est pareil pour tout le monde. Si Ace bosse autant pour la mafia alors qu'il les déteste, c'est parce qu'il économise pour se barrer. Nous, on en est pas là, mais clairement, on va pas faire ça toute notre vie.

A l'entente de cette nouvelle information sur Ace, Sanji regarda ce dernier, qui discutait avec Marco au bar.

-Vous vouliez faire quoi, quand vous étiez plus jeunes ?

Le cuisinier se détourna et regarda Zoro, un peu surpris. Il trouvait ça dur, de leur demander ça. Genre, avant de foirer votre vie pour ce métier qui a l'air de vous rendre bien malheureux, c'était quoi vos projets ?

-Moi, je voulait être chirurgien.

Law répondit presque du tac au tac, sans sembler se formaliser de l'aspect un peu triste de la question.

-Ouais, il était super glauque avec ça. Il ramenait des souris et des grenouilles dans sa chambre pour les disséquer, c'était grave bizarre, précisa Kidd. Tout le monde le prenait pour un taré dans le quartier, c'est pour ça que je voulait pas lui parler à la base.

-Et toi, Kidd ? Demanda Zoro.

-Moi, j'aurais bien fait de la mécanique ou une merde du genre. Avec Killer, on allait traîner dans une vieille décharge et on démontait des bagnoles pour passer le temps, quand on était gamins, j'aimais bien ça.

Sanji se mordit la lèvre. Eh oui. Kidd et Law avaient été des gamins comme eux. Lui, au collège, il voulait déjà être cuisinier, et le marimo racontait à tout le monde qu'il serait le meilleur sabreur du monde, à l'époque. Si leurs places avaient été échangées, il ne serait sans doute pas plus devenu cuisinier que Law était devenu chirurgien...

Ace revint jusqu'à leur table et s'assit avec eux. La conversation continua pendant quelques minutes, assez légère pour l'instant, la véritable interview n'ayant pas encore commencé. Lorsqu'il vit Zoro sortit son magnétophone, le photographe se leva, enfilant sa veste et se saisissant de son sac.

-Je vais aller faire un tour en ville pour développer les photos que j'ai faites jusque là, annonça-il à l'assemblée. Je vous laisse pour l'interview.

Son ami approuva en silence d'un hochement de tête.

-Je peux venir avec toi ?

Il se tourna vers Ace qui venait de parler et le regardait, un sourire aux lèvres.

-J'ai jamais été dans une chambre noire, ajouta-il.

Voyant l'air un peu décontenancé de Sanji, il ajouta, levant les mains devant lui, un peu moqueur :

-Je serais sage, promis.

Le cuistot ne s'attendait pas vraiment à cette proposition, mais après tout elle ne lui déplaisait pas. Il se sentait beaucoup plus à l'aise avec le jeune homme depuis qu'ils avaient clarifié les choses, la veille. Même si les quelques pensées troublantes que sa présence occasionnait chez lui avaient tendance à le déstabiliser un peu... Mais après tout, il serait étrange de sa part – et un peu rude – qu'il refuse.

-Bien sûr, viens.


-On appuie sur cet interrupteur, ça allume une lumière rouge à l'extérieur qui prévient les gens de ne pas rentrer.

-Parce que la lumière ça nique les photos, c'est ça ?

-Oui, c'est ça, quand elles ne sont pas encore fixées.

Grâce aux contacts de Zoro, Sanji avait pu se faire prêter une chambre noire dans les locaux d'un journal local. La pièce était pratique et bien équipée, il n'eut plus qu'à verser les produits dans les bacs pour commencer à développer ses photographies.

Il expliquait chaque étape à Ace qui se montrait étonnamment calme et curieux, même s'il lançait parfois une plaisanterie. Avant de commencer à faire tremper les photos, il lui demanda d'enfiler le même tablier et les mêmes gants que lui, afin qu'il puisse également manipuler les produits. La lumière rouge qui baignait la pièce faisait ressortir le fort contraste entre la chevelure noire du jeune homme et sa peau pâle, et il se surpris à l'observer tandis que ce dernier enfilait consciencieusement ses gants, les yeux baissés, l'air sérieux.

-...On commence ? Demanda Sanji un peu hésitant.

Il venait de se rendre compte que c'était la première fois qu'il se retrouvait seul avec lui.

Putain mais arrête avec ce genre de pensées. Les photographies. Concentre-toi sur ce pour quoi tu es venu.

Toujours en expliquant chaque étape, ils commença à faire tremper les négatifs dans les premiers bacs. C'était son moment préféré dans le développement : lorsque les formes commençaient à apparaître peu à peu sur le papier glacé, que l'image se faisait de plus en plus nette jusqu'à prendre sa forme définitive.

-Tu ne fait que du noir et blanc ? J'ai vu que ça commençait à se faire de plus en plus, la photo couleur. Je pensais qu'en bossant pour un journal...

-Je préfère le noir et blanc. Plus de contraste.

-Tu fait tout à l'ancienne, à ce que je vois. Comme pour tes fringues.

-Ah non, tu ne va pas t'y mettre ! Ce crétin de marimo me fait déjà chier avec ça.

-J'ai pas dit que c'était une mauvaise chose, rit Ace.

Après que l'image soit apparue sur les premières photos, il les transvasa dans le second bac, plus grand, pour les fixer.

-Ensuite, il n'y a plus qu'à les suspendre pour les sécher. Tu veux en faire quelques unes toi-même ?

-Je peux ?

-Bien sûr. T'es venu pour m'aider, non? Va falloir mettre la main à la pâte.

Après s'être répartis les tâches, ils s'attaquèrent au développement de toutes les photos, travaillant sans rien dire, concentrés sur leurs tâches, entourés du son apaisant du papier glacé brassant les liquides.

Sanji se sentait assez bien. Il avait craint un instant que l'ambiance ne soit pesante, mais le silence était plus relaxant qu'autre chose. A plusieurs reprises, il lança un regard à son coéquipier temporaire, qui semblait étonnamment calme et concentré, le visage penché sur son ouvrage, muet comme une carpe. A un moment, Ace surpris son regard et lui adressa un léger sourire, et il détourna la tête, gêné d'avoir été pris en flagrant délit d'observation. Puis au bout d'une demie heure, il commença à suspendre les photographies développées par des pinces à linges sur les fils qui traversaient la pièce de part en part pour les faire sécher. Ace se redressa en le voyant faire et, son travail terminé, se mit à parcourir la pièce pour les regarder une à une, riant parfois en découvrant un cliché de l'un ou l'autre de ses deux amis.

-Tiens ?

Son attention parut être attirée par l'une des photos. Il la regarda bouche bée et Sanji s'approcha de lui pour voir de laquelle il s'agissait.

Ah oui, merde.

Il avait espéré qu'il ne remarquerait pas celle-là. Il s'agissait bien sûr de celle qu'il avait prise un peu à son insu la veille, fixant sur la pellicule son éclat de rire. Il avait hésité à la développer, mais le cliché était si réussi qu'il n'avait pas résisté. Les contrastes étaient parfaits. Ace semblait plus beau que jamais.

Le cuisinier fit la grimace. Il ne savait pas vraiment quelle serait la réaction du jeune homme face à cette photo... Après tout, il avait aussi photographié Kidd et Law, alors il n'y avait rien d'ambigu, pas vrai ?

… Évidemment, il ne les avait peut-être pas photographiés exactement de la même façon...

-Elle te plaît pas ? Finit-il par tenter devant le silence du jeune homme, gêné.

-...Si...

Ace le regarda et il frissonna devant son regard, remarquant qu'ils étaient assez proches l'un de l'autre. Il eut un petit mouvement de recul.

Putain, mais sérieusement ? Pourquoi je frissonne ? C'est quoi cette ambiance ?

Il y eut un léger silence. Puis son vis à vis, qui le fixait avec un air neutre, eut brusquement un large sourire et porta sa main à sa tête pour lui ébouriffer les cheveux.

-Que...

C'est tout ce que Sanji réussi à dire, beaucoup trop surpris par ce geste.

-Merci. C'est la première fois qu'on me prend en photo comme ça. T'es plutôt doué...

Il détourna le regard, semblant un peu gêné malgré son attitude désinvolte, et enleva ses gants et son tablier.

-Je sors fumer une clope.

-Heu... Ok, je finis et je te rejoint.

La porte claqua derrière Ace et le cuistot soupira bruyamment. Il s'appuya contre le plan de travail et se passa une main sur le visage, fermant les yeux.

Nom de dieu, qu'est-ce qui lui arrivait avec ce mec ? Pourquoi il stressait autant, pourquoi il avait l'impression d'avoir les nerfs à fleur de peau dès qu'il lui adressait la parole ? Et surtout, pourquoi, pourquoi il adorait ça, pourquoi son contact lui plaisait autant -plus que celui de Kidd ou de Law- et pourquoi il n'avait pas envie que ça s'arrête alors que dans son cerveau, toutes les sonnettes d'alarmes étaient tirées et qu'il sentait bien qu'il s'avançait dans une voie qu'il allait regretter ? Il avait l'impression de ne plus rien contrôler.

Ça fait une semaine que tu le connaît. Arrête de débloquer. Remet pas tout direct en question, comme ça.

C'est ce qu'une part de lui ne cessait de lui murmurer à l'oreille. Le Sanji raisonnable, le Sanji d'East Blue, le Sanji de Nami, détestait Ace. Il ne supportait pas l'impact que ce mec semblait avoir sur lui. Et surtout, ce Sanji-là refusait catégoriquement de remettre en question ce qu'il sentait, mine de rien, être de plus en plus menacé : son amour pour les femmes, son hétérosexualité totale.

Et en même temps, depuis quelques jours, il sentait un autre Sanji émerger. Un Sanji qu'il connaissait, mais qu'il n'avait pas vu depuis longtemps. Celui d'avant, celui de son adolescence, celui qui se foutait de toutes les responsabilités de l'âge adultes, et des étiquettes qu'on pouvait bien lui coller sur le front.

Celui qui, depuis quelques jours, depuis sa rencontre avec cet endroit et ces nouvelles personnes, se sentait pousser des envies de je-m'en-foutisme, de laisser-aller, de découverte aussi. Oui, Ace lui plaisait. Énormément. Et non, il n'avait pas envie de le fuir, même s'il avait peur, même s'il ne savait pas exactement ce qu'il voulait ni ou tout ça allait le mener, même s'il ne savait pas quoi faire de tout ces nouveaux sentiments et envies.

Une grosse part de lui protestait toujours.

Mais il avait envie de la laisser derrière, en laissant tout le reste : sa dépression, son stress, son cœur brisé, toute sa vie d'avant. Il avait envie de tenter d'oublier. Même si ce n'était que pour quelques jours, pour quelques semaines.

Il se tourna vers les photographies. Elles étaient à peu près sèches.

Il les rangea avec soin dans son carton, une à une, les séparant les unes des autres avec du papier de soie, puis enleva à son tour son équipement et sortit. Remerciant au passage d'un signe de main les mec du journal qui lui avaient prêté la salle, il sortit une cigarette en poussant la porte qui donnait sur la rue, se retrouvant face à Ace qui fumait, appuyé contre la vitrine du bâtiment.

-T'es content des photos ? Lui demanda le jeune homme en se tournant vers lui.

-Oui, elles sont bien. Enfin, c'est le marimo qui va choisir lesquelles on utilise et tout ça. Si ça se trouve il va me dire de tout recommencer, et ça m'étonnerait pas vu qu'il a aucun goût, ce débile.

Ace répondit d'un simple rire et ils se mirent en marche en direction du Moby Dick d'un accord tacite,.

-Vous me faites marrer, à vous battre tout le temps, tout les deux. Vous êtes pire que Kidd et Law, sérieux, je pensais pas que c'était possible.

-C'est parce qu'il est trop chiant. C'est juste un tas de muscle sans raffinement ni cervelle.

-Comment vous en êtes arrivés à travailler ensembles ?

-Hum...

Il n'avait pas envie de tout raconter. Parler de Nami à Ace le répugnait.

-J'avais envie de me sortir de mon boulot, un peu. Il m'a convaincu de l'accompagner ici -il est vraiment chiant quand il s'y met, j'ai pas vraiment eu mon mot à dire, en fait.

Ace eut un grand rire.

-Tu regrette de l'avoir suivi ?

Sanji le regarda, regrettant aussitôt ce geste. Il ne savait jamais quoi faire, ou quoi dire, devant ces yeux noirs qui le détaillaient toujours avec insolence.

-...Non.

Le jeune homme à ses côtés lui offrit un demi-sourire.

-Tant mieux alors.

-Et toi ? Ça t'emmerde pas trop qu'on soit là ?

-Non. C'est pas souvent qu'on a du changement, ici, tu sais. J'pense que ça nous fait du bien à tout les trois.

-Vraiment ?

-Bin oui. Tu sais, c'est pas souvent que des mecs viennent s'intéresser à nous sans nous demander de baisser notre pantalon.

Sanji ne sut pas trop quoi répondre, mais n'eut au final pas à le faire : ils arrivèrent au Moby Dick, se réfugiant vite dans la chaleur accueillante du lieu.

Au fond de la salle, toujours attablés au même endroit, Zoro, Kidd et Law semblaient avoir fini leur interview, à en juger des bières qu'ils s'étaient fait servir.

-Je vais me prendre une bière aussi, t'en veux une ? Lui proposa Ace en sortant son portefeuille de sa poche.

-Laisse-moi payer.

-Non, je te l'offre. C'est pour te remercier de m'avoir appris à développer.

Sans lui laisser le temps de protester, Ace s'élança vers le bar après lui avoir servi son plus beau sourire. Sanji soupira et abandonna, allant s'asseoir aux côtés de Zoro.

-Eh ben, on vous sépare plus, vous deux, lui lança ce dernier en désignant Ace du menton.

-Quoi... ? Ta gueule, marimo. Je te vois venir avec tes sous-entendus débiles.

-Vous avez l'air de bien vous entendre, remarqua Law avec un sourire en coin.

Le cuistot fronça les sourcils. Ils n'allaient quand même pas recommencer avec ça ?

-Je vous ai déjà dit d'arrêter...

-Peut-être que si c'est toi qui demande, il acceptera de livrer son témoignage, continua Law sans prêter attention à ses protestation.

Sanji le regarda, intrigué.

-Quoi ?

-Tu crois ? Avança aussitôt la tête de mousse, sautant sur l'occasion -il perdait pas le nord, celui-là.

-Je sais pas, il a l'air de bien t'aimer. En tout cas, c'est sûr qu'il a l'air plus à l'aise avec toi qu'avec Zoro. Si vraiment vous le voulez, ce témoignage, ça vaux peut-être le coup d'essayer.

Law haussa les épaules en se saisissant à nouveau de sa bière.

-Je dis ça parce que Zoro arrête pas de nous faire chier pour qu'on l'aide à avoir le témoignage de Ace. Ça te coûte rien de demander.

Le journaliste se mit à le fixer avec insistance.

-Tu serais d'accord pour prendre son témoignage ?

Sanji le fixa en retour, un peu paniqué. Tout allait trop vite, là. Prendre le témoignage de Ace ? Déjà qu'il avait du mal à rester serein en restant seul dans la même pièce que lui... Rien que le fait que Law lui dise qu'il « avait l'air de bien l'aimer » avait fait se contracter son estomac.

Et en même temps... Il voulait savoir. Le passé de Ace l'intriguait depuis qu'il en avait entendu parler.

En plus, ça clouerait bien le bec de cette satanée tête de mousse s'il parvenait à obtenir le témoignage après lequel il courait en vain depuis plusieurs jours... Et il avait tout de même envie de se rendre utile. Un peu plus utile qu'en se contentant de prendre quelques photos, il entendait.

Il pesa un instant le pour et le contre, puis regarda Zoro droit dans les yeux.

-Ok. Mais tu m'en devra une bonne. T'a intérêt à plus me faire chier, au moins jusqu'à la fin du séjour.

-Mais oui, c'est ça. Je sais bien que tu crève d'envie de tout savoir, de toute façon.

Sanji le fusilla du regard et s'apprêtait à répliquer lorsque Ace posa une bière devant lui, interrompant leur conversation.

-Santé, les journaleux ! S'exclama-il avant de vider la sienne cul sec.

Le cuistot leva les yeux vers lui. C'était pas tout d'avoir accepté de l'interviewer, maintenant il fallait lui demander la permission.

-Bon, allez, Marco vient de me faire passer un message, je bosse chez le bâtard ce soir, moi, lança le sujet de ses pensées avant qu'il aie pu dire quoi que ce soit. On se revoit bientôt, j'imagine, continua-il à l'adresse des deux journalistes en leur faisant un vague signe de main.

Il salua également ses deux amis avant de sortir du bar sans demander son reste. Zoro regarda Sanji en faisant la moue.

-C'est bon, je lui demande la prochaine fois, promis, grommela ce dernier face à sa demande muette.

Ça risquait de ne pas être simple.


Et-voi-là!

On se retrouve vendredi prochain pour la suite! D'ici là prenez soin de vous et n'hésitez pas à me laisser votre avis!