Bonjour à toutes et à tous!

On se retrouve aujourd'hui pour le premier chapitre de 2020, yeaaah! Qui sera assez court, mais apporte une réponse à la question qui revient le plus dans vos reviews... Donc enjoy (ou pas.)

J'espère que le chapitre sur le passé de Ace vous a plu... Je n'ai pas eu de retours pour l'instant, alors j'espère que j'ai pas fait fuir tout le monde avec son histoire hyper glauque... Parce que ce chapitre-là apporte son lot de glauquitude aussi, alors j'espère que vous êtres bien accrochés!

Allez, assez parlé, je vous souhaite une bonne lecture et on se retrouve en bas!


[Gray Terminal, jour 10]


Ace ouvrit les yeux d'un coup, se réveillant en sursaut.

Qu'est-ce que...

Il était couché sur le flanc dans ce qu'il identifia comme un grand lit deux places. Entendant un vague ronflement derrière lui, il se retourna d'un coup, un peu paniqué, avant de pousser un soupir en reconnaissant le dos de Kidd et ses cheveux rouges en bataille qui s'étalaient sur l'oreiller. Il ne pouvait voir son visage, mais à en juger par le bruit régulier qui émanait de lui, il dormait à poings fermés.

Ah oui. La veille, après avoir cherché Law sans succès au Moby Dick, puis à l'appartement, il était sorti pour une passe -il n'en avait vraiment pas envie, mais il avait peu bossé ces derniers temps et le terme de son loyer approchait. Coup de bol, il n'avait pas dû faire face à quelque chose de compliqué, seulement une passe classique dans un hôtel, avec un quarantenaire qui s'ennuyait dans son couple -encore un gay qui ne s'assumait pas.

La soirée terminée, il était à nouveau rentré à la colocation de ses deux amis, n'y trouvant toujours pas Law. Il en avait été déçu, parce qu'il voulait éclaircir avec lui cette histoire d'hôpital, mais aussi parce qu'il n'aurait pas été contre dormir dans les bras de quelqu'un, pour cette nuit. L'interview l'avait remué plus qu'il ne pensait.

Il s'était donc glissé sans bruit dans la chambre de Kidd, ou son ami roupillait déjà depuis un moment, et s'était glissé entre ses draps, se blottissant contre son dos, en catimini – jamais Kidd n'aurait assumé de le laisser dormir dans ses bras s'il avait été éveillé, alors que Law pouvait se montrer doux quand on savait s'y prendre.

Il se recoucha contre son ami, posant son front contre l'arrière de sa tête, respirant l'odeur des cheveux écarlates, songeant enfin à la raison pour laquelle il s'était réveillé aussi brutalement. Il avait fait un cauchemar, sans doute... il ne s'en souvenait pas trop, mais il avait la vague impression d'avoir rêvé de cette journée atroce qu'il avait racontée à Sanji, cette journée ou il avait tiré sur son violeur, ou la vue de la mort s'était imprimée pour toujours sur ses grands yeux d'enfants...

Cet événement revenait souvent hanter ses nuits, comme beaucoup d'autres -mais sans doute plus que tout les autres. Sans doute parce que contrairement au reste, il n'en avait que très rarement parlé. A Makino, une fois, et encore, dans les grandes lignes... Et maintenant à Sanji -par extension à Zoro, sans doute. C'était le genre de souvenir dont il ne savait pas que faire, qu'il sentait là, constamment dans son esprit, terriblement encombrant, sans comprendre comment il était censé le traiter, ou l'appréhender – qu'est-ce qu'il avait le plus traumatisé au final ? Les abus en eux-même, ou le fait que tout le monde l'aie abandonné à son sort devant eux, le forçant à devenir un meurtrier à l'âge de même pas neuf ans ? Les deux, sans doute. Qu'est-ce que ça faisait de lui ? Est-ce qu'il pouvait vraiment y avoir le moindre espoir pour quelqu'un qui avait vécu ça ? Il n'avait pas la réponse, et personne ne l'avait sans doute, en tout cas pas autour de lui -les psys ne pullulaient pas, dans le centre de GT.

-Qu'est-ce que tu branle, Portgas ?

Il rouvrit les yeux. Kidd s'était réveillé et le fixait par-dessus son épaule, les traits encore ensommeillés.

-T'a dormi ici ?

-Ouais.

-Tu pourrait demander avant, quand même.

Ace ne répondit pas, se contentant d'enfouir son visage dans son oreiller tandis que Kidd se levait, enfilait un jean large et troué par-dessus son boxer et sortait de la chambre.

-Je fais du café, lui grommela-il depuis la cuisine.

Le bruit caractéristique de la cafetière qui chauffe se fit bientôt entendre, ainsi que celui d'une cassette qu'on insère dans un poste. Les premières notes de Sunday Morning du Velvet Underground résonnèrent bientôt dans l'appartement, à un volume pas franchement raisonnable. Kidd était sans doute le mec le plus bruyant et sans-gêne de la ville. Quand il se levait, on était vite obligé de faire pareil, tant le boucan qu'il faisait vous empêchait de vous rendormir.

Aussi Ace se résigna assez vite, enfila lui aussi son jean de la veille et sortit, rejoignant son ami dans la cuisine ou il constata avec satisfaction qu'il y avait de quoi faire des tartines -c'est pas tout les jours qu'on avait de quoi petit-déjeuner, ici.

Deux minutes plus tard, ils s'installaient tout deux à la table du salon, face à face avec chacun leur mug rempli de café et deux énormes tartines. Lorsque les dernières notes hypnotiques du morceau eurent retenti, Ace arrêta la cassette et alluma la radio, laissant place aux infos locales qu'ils écoutèrent distraitement tout en mangeant. Il devait être environs treize heures.

-Vous ressemblez à un vieux couple, ça me donne envie de gerber.

Law venait de sortir de sa chambre, vêtu d'un jean noir et d'une chemise laissée ouverte. Il détourna son regard d'eux et entra dans la salle de bain ou on l'entendit se débarbouiller.

-Va te faire voir, lui répondit Kidd du tac au tac -il fallait croire que c'était sa manière de dire bonjour.

Ace, lui, ne répondit pas à sa remarque. La vision du torse de Law, qui semblait encore avoir maigri depuis la dernière fois qu'il lui en avait fait la remarque, lui rappela avec un pincement au cœur la conversation qu'ils devait avoir avec lui.

Terminant en vitesse son petit-déjeuner, il attendit que son ami réapparaisse dans le salon, un peu anxieux. Il connaissait bien Law, et il savait qu'il n'obtiendrait pas ce genre d'informations de sa part sans que le ton monte au moins un peu. Ils détestaient tous trois montrer leur vulnérabilité aux autres, alors il pouvait le comprendre, mais bon...

Il réalisa dans le même temps qu'il n'avait pas parlé de tout ça à Kidd. Tant pis. Même s'il doutait que sa réaction ne serait pas des plus calmes non plus.

Il décida d'y aller cash.

-Law, faut qu'on parle, lança-il lorsque l'intéressé sortit de la salle de bain, se dirigeant vers la cuisine.

-De quoi ? Répondit l'autre en s'immobilisant, une main sur la hanche, semblant déjà sur la défensive, portant sur lui son regard sombre.

-... Est-ce que t'es malade ?

Il y eut un léger silence. Son interlocuteur plissa imperceptiblement les yeux.

-Comment ça ?

-Je sais que t'étais à l'hôpital hier. Et je t'ai déjà dis que je voyait bien que t'étais pas en forme.

-A l'hôpital ? C'est quoi cette histoire ? Intervint Kidd, les regardant successivement tout deux.

-Vous me fliquez, maintenant ? Foutez-moi la paix, leur répondit Law en se détournant, esquissant un geste en direction de la cuisine.

-Non, Law.

Ace se leva d'un bond et lui attrapa le bras, l'empêchant de fuir.

-Je sais bien que t'es du genre à cacher ce genre de choses. Mais s'il t'arrive un truc grave, faut que tu nous le dise. Pour qu'on soit prêts à encaisser le coup si jamais il se passe quoi que ce soit.

Son vis à vis le fusilla du regard, les sourcils froncés. Il ouvrit la bouche pour répondre, mais Kidd le devança :

-C'est quoi cette histoire, connard ? Il t'arrive quoi ?

-Dis nous, insista Ace. Je vois pas ce que t'a à perdre à ce qu'on soit au courant.

Law soupira rageusement. Ses yeux lançaient toujours des éclairs.

-Hé, tu va nous dire ce qui ce passe, espèce de tocard ? Explosa Kidd. T'a finis de nous cacher des trucs ? Les piqûres en cachette, c'est déjà assez, ok ? Alors maintenant t'arrête de te la jouer et tu nous balance tout ou je te jure que je vais finir par t'exploser la-

-J'ai chopé le sida.

Un silence lourd tomba brusquement sur la pièce. Kidd se tut, comme soufflé par ce qu'il venait d'entendre. Ace, quand à lui, cligna des yeux plusieurs fois, fixant son ami, ne comprenant d'abord pas ce qu'il venait d'entendre, puis réalisant doucement... Il desserra sa prise sur le bras de Law, qui se dégagea, toujours rageur.

Il y eut comme un blanc de plusieurs minutes durant lequel il ne put que regarder ses pieds sans savoir quoi dire ou faire. Face à lui, son ami finit par reprendre d'une voix basse :

-Je suis allé chercher mes tests sanguins hier. Ya aucun doute.

Quoi... ?

Le sida ?

Mais...

-Et tu va me dire comment t'a chopé ça ?

Ace se tourna vers Kidd qui venait de parler. Ce dernier fixait son colocataire, vibrant de colère, une lueur froide dans le regard.

L'interpellé se tut, gardant son air sombre.

-Hein ? Reprit le roux en se levant tandis que le volume de sa voix montait progressivement. Comment t'a chopé ça, pauvre con ?

Il s'avança, poussant Ace et attrapant Law par le col de sa chemise pour le plaquer contre le mur.

-Qu'est-ce que t'a branlé, salopard ?

Ace les fixa sans rien dire, incapable de faire le moindre mouvement pour arrêter son ami. La question se posait en effet. Depuis qu'il y a quelques années, des informations sur la maladie meurtrière avaient commencé à circuler, ils étaient tout trois très prudents, ne faisant aucun compromis pour s'en préserver. Ils refusaient de coucher avec leurs clients sans être protégés, même si ces derniers les payaient plus chers pour ça, même si certains tentaient de faire du chantage. C'était presque leur seule condition, en fait, même lorsqu'ils travaillaient pour le bâtard, même lorsqu'ils couchaient ensemble entre eux.

Alors comment Law avait pu... ? En se piquant ? C'est vrai que c'était un autre moyen de transmission... Mais non. Il était trop précautionneux pour ça. La seule explication, c'était que...

-Me dit pas que t'a couché sans capote?

Kidd tirait sur le col de son ami, l'entraînait vers lui pour le plaquer à nouveau avec plus de violence contre le mur.

-Répond-moi, bordel !

-...Ouais.

-Mais t'es malade ? Pourquoi t'a fait ça ?

Voyant que Law rechignait encore à répondre, il le frappa encore plus fort contre le mur, rapprochant son visage du sien, furieux.

-Tu va me répondre ou je te jure que je t'éclate la gueule.

-...J'avais besoin de fric pour payer ma came. J'ai accepté deux ou trois fois de le faire pour plus cher.

-...Putain...

Kidd relâcha un peu sa prise, se passant une main sur les yeux.

-Mais quel con, putain... Quel con...

Law fit un geste pour se dégager et Kidd le plaqua à nouveau au mur d'une main, serrant son poing libre, tremblant un peu. Son regard était plus effrayant que jamais. Ace sentit qu'il allait le frapper, alors il finit par réagir, l'attrapant par les épaules pour le tirer en arrière.

-Calme-toi, mec. Ça sert à rien de faire ça.

-Mais putain, quel abruti de première ! Ta foutue came est plus importante que ta vie, alors ?

Law ne répondit pas, fuyant le regard de son ami. Ce dernier finit par repousser Ace avec un grognement, attrapa son perfecto en cuir clouté pour l'enfiler sur son torse nu et ouvrit la porte d'entrée en jetant à son colocataire un regard assassin.

-T'es vraiment la dernière des petites putes, Law.

-C'est ça. Casse-toi.

Le battant de bois claqua derrière lui, laissant l'appartement silencieux. Law, toujours adossé au mur contre lequel il avait été plaqué, fronçait encore les sourcils, l'air amer. Ace le regardait, hagard, ne sachant pas trop quoi faire. Il n'allait pas mentir, il lui en voulait d'avoir été aussi imprudent. Ils étaient tout trois conscient du risque, et lui peut-être encore plus, vu sa passion pour la médecine. Les paroles criées de Kidd l'avaient ramené à la réalité, lui montrant brutalement la situation dans toute son envergure.

Law est malade.

Law va mourir ?

Cette pensée l'emporta bien vite sur sa colère. Il sentit la peur le gagner doucement.

-Law... Hé.

Il s'approcha de lui et lui fit relever la tête, le forçant à le regarder dans les yeux.

-Ils t'ont dit quoi, à l'hôpital ? Ils pensent pouvoir te soigner ?

Son vis à vis haussa les épaules.

-Ils sont pas vraiment optimistes. En plus, les soins risquent de coûter cher. Trop cher.

-On trouvera le fric. Je bosserais chez le bâtard tout les soirs s'il le faut.

Law le regarda, l'air plus fatigué que jamais, avant de soupirer, se couvrant les yeux d'une main.

-Ah... C'est pour ça que je voulais pas vous le dire, putain. Vous faites chier, tout les deux.

-Excuse Kidd. S'il est comme ça, c'est avant tout parce qu'il s'inquiè-

-Je sais.

Law se décolla du mur et se dirigea vers sa chambre.

-Law...

-Laisse-moi. J'ai besoin d'être un peu seul. Et de dormir.

La porte de sa chambre claqua derrière lui, laissant Ace seul dans le salon. Ce dernier resta un instant les bras ballants, avant de laisser à son tour son dos aller contre le mur. Il se laissa glisser jusqu'au sol et se prit la tête dans les mains, appuyant ses deux paumes contre ses yeux. Bordel. Tout allait si vite. Il se sentais pris de tout côté par des émotions diverses dont il ne savait plus quoi faire. Tristesse et inquiétude, principalement... mais aussi colère, colère contre cette injustice, ce foutu manque de bol, qui leur tombait sur le coin de la gueule sans prévenir... Parce que c'était toujours sur les mêmes que ça tombait, pas vrai. C'était trop con. Law aurait pu mériter tellement mieux que ça. Ouais, son esprit brillant, son pragmatisme à toute épreuve aurait mérité tellement mieux que de s'endormir sous des litres d'héroïne, que de s'abîmer dans la prostitution, pour au final finir comme ça...

Ne pense pas comme ça. Ce n'est pas fini. On va tous bosser dur pour lui payer ses soins... Si le livre de Zoro marche aussi bien qu'il le dit, ça pourrait même être plus facile que prévu...

Il releva la tête et ferma les yeux, serrant les paupières. Ouais. Il fallait positiver, après tout. Ou du moins essayer. Ne pas penser à tout ce qu'il avait pu entendre au sujet du sida. Aux malades qui s'affaiblissent sans fin. Aux soins qui ravagent le corps encore davantage. Aux visages qui se creusent, aux corps qui perdent leur force. Au taux de survie quasiment nul...

Merde.

Il en avait la nausée. Il se sentait mal, seul, recroquevillé, torse nu dans ce salon qui lui semblait maintenant froid, loin de tout le monde lui semblait-il. Il avait besoin de chaleur... Il avait envie de tendresse, de bras refermés autour de lui, lui faisant croire que tout irait bien... Il... Il avait envie de voir Sanji... Ouais... Il avait bien envie de sa lumière, à celui là. Il avait bien envie de l'enlacer. De l'embrasser. De le faire rougir... De tout oublier, les lèvres plaquées contre sa peau pâle...

Il se leva péniblement et se traîna jusqu'à la cuisine, ou il s'empara de la sempiternelle bouteille de whisky toujours présente -c'était dingue comme on manquait de tout, mais jamais d'alcool, dans cet appartement.

Sortir et draguer Sanji, se frotter à sa lumière, à sa chaleur, ça le tentait bien. Mais ce serait pour plus tard. Pour l'instant, il avait seulement besoin de noyer toutes ces saloperies qu'il ressentait dans beaucoup, beaucoup d'alcool.


Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui! Mes excuse pour ce chapitre un peu court, le prochain rattrapera ça, promis.

N'hésitez pas à me laisser votre avis, vos menaces de mort pour que je ne fasse pas souffrir Law davantage et vos prières pour le salut de ce petit ange.

En vous souhaitant une très bonne année à tous, je vous dit à bientôt!