Bonjour à toutes et à tous!
Bon, je suis contente, vous m'avez dispensée de vos menaces de mort pour la chapitre précédent. Merci pour vos supers retours, au passage, ça motive vraiment! Je répond à toutes vos review d'ici quelques jours, promis.
Voici donc le chapitre 11 de Wild World, vous m'en direz des nouvelles je pense... En bien ou en mal, ça, c'est à voir. Je vous laisse me dire!
Je vous laisse à votre lecture sans plus attendre, on se retrouve en bas!
PS: Dans ce chapitre est caché le morceau qui m'a inspiré le titre de cette fic. Je vous laisse l'écouter si l'envie vous en prend, le lien de la playlist est toujours sur mon profil!
[Gray Terminal, jour 11]
-Hé, du sourcil.
-Quoi ?
-Tu va rester couché encore longtemps ?
Sanji, allongé sur le dos sur le lit de sa chambre d'hôtel, darda un œil meurtrier sur son ami.
-La ferme, je me suis levé avant toi ce matin.
-Je vois pas l'intérêt si c'est pour passer la journée allongé sur ton lit à mater le plafond comme un poisson mort.
-Va te faire voir. T'a besoin de moi pour quelque chose, aujourd'hui ?
-Non, je vais juste rencontrer un flic qui s'occupe des affaires de prostitution.
-Alors fous moi la paix.
-Tu devrais en profiter pour sortir un peu. Je veux bien que le témoignage de Ace t'aie touché, mais c'est pas une raison pour perdre toute volonté de vivre, espèce de faiblard.
-Ferme ta gueule. Tout le monde n'est pas une face de laitue insensible comme toi. Et puis c'est pas à cause de ça. Je suis fatigué, c'est tout.
-C'est ça, et mon cul c'est du poulet. Va donc faire un tour au Moby Dick. Tchatche un peu avec Marco, toi qui t'entend bien avec lui, vois s'il peux t'apprendre des trucs, ça sera toujours ça de pris. Et si tu vois Ace, arrête un peu de fuir et laisse-toi séduire, pour une fois, ça te passera l'envie de faire la gueule.
-Putain mais tu va pas t'y mettre sérieusement avec cette histoire toi aussi ?
-Ben quoi ?
Sanji se redressa sur son lit, fusillant son ami du regard.
-Merde, Marimo, les autres à la rigueur, je peux comprendre, mais toi, tu me connaît. Tu sais bien que j'ai toujours été hétéro, non ? Depuis qu'on se connaît...
Zoro eut un léger rire qu'il tenta de masquer en plaçant son poing devant sa bouche, ne faisant qu'augmenter sa fureur.
-Quoi ?
-Je sais pas, justement, depuis qu'on se connaît, tu passe tellement ton temps à essayer de prouver à tout le monde que t'es un Dom Juan... je me suis toujours dis que ça devait cacher quelque chose. Comme si tu flippait de te mettre face à ce que tu étais vraim...
-Je sais pas ce que t'es en train d'imaginer dans ta petite tête couverte de mousse, mais c'est faux. J'ai aimé Nami sincèrement et -
-Je dis pas le contraire, crétin. En parlant de Nami, on dirait bien que t'a finis par faire une croix sur elle, non ? C'est la première fois que je t'entend parler d'elle de ton plein gré depuis votre rupture.
-...
-Ose me dire que tu t'en serais remis aussi rapidement si t'avais pas rencontré Ace.
-ça n'a rien à voir. Enfin, pas totalement.
Le sourire de Zoro s'élargit.
-Pas totalement, hein...
-Putain, tu me saoule, journaliste à deux balles. Tu sais quoi, je vais t'écouter et aller discuter avec Marco. Je crois que c'est le seul mec dans cette ville qui aie l'air suffisamment raffiné pour pas me les briser avec des sous-entendus à la con toutes les cinq minutes.
-Mais oui, va donc. Et ramène moi de la bonne information bien juteuse. J'ai vu que tu commençait à être doué pour ça.
-Zoro ?
-Quoi ?
-Je te jure que je vais demander des crédits sur le livre quand il sortira, et avec l'argent je me payerais des vacances le plus loin possible de toi.
Sanji poussa la porte du Moby Dick. C'est dingue comme en seulement une dizaine de jours, il s'était habitué à cet endroit au point qu'il en devienne familier. Ça lui manquerait, lorsqu'il retournerait à East Blue, de ne plus pouvoir boire un coup sur le bar aux néons flashy, sur fond de playlist rock un peu ringarde. En parlant de playlist, aujourd'hui elle semblait inhabituellement calme, avec Wild World de Cat Stevens qui passait en fond. Il aimait bien ce morceau, très beau bien qu'un peu triste.
Il était environs dix-huit heures et la soirée s'annonçait plutôt calme. Il n'y avait personne au bar et seulement une quinzaine de clients étaient répartis autour des tables sur les chaises et les banquettes, bavardant plus ou moins silencieusement.
Marco, fidèle au poste, était seul derrière le large meuble bordé de néons rouges, occupé à ranger ou à laver il-ne-savait quoi. Très calme et statique comme toujours, seules ses mains et ses avant-bras bougeaient et il semblait comme plongé dans une profonde méditation.
Sanji s'approcha discrètement, peu désireux de le déranger dans ses pensées, mais dès qu'il l'aperçut le grand blond tourna la tête vers lui avec un sourire :
-Tiens, c'est rare de te voir ici sans Zoro. Qu'est-ce que je te sert ?
Le cuistot se laissa tenter par un autre des cocktails spéciaux du barman, un « Skypiea » - qui se révéla être un mojito amélioré absolument délicieux, comme toute les créations de Marco qu'il avait pu goûter jusqu'alors.
Il chercha un moyen de démarrer une conversation mais son vis-à-vis, très prévenant comme toujours, lui ôta cette peine en entrant directement dans le vif du sujet :
-Alors, j'ai appris que tu avait interviewé Ace ? Ça s'est passé comment ?
-Hem..
Sanji fit la moue en s'accoudant au bar, esquissant un vague signe de la main.
-Bien, je suppose.
-Il t'a tout raconté ?
-Je crois, oui.
-ça a dû être dur à entendre.
Le cuisinier hocha la tête en silence, buvant une gorgée de son verre avant de relancer :
-Vous avez l'air de bien le connaître. Mieux que Kidd et Law, je veux dire.
-Oh, je ne sais pas tout à son sujet. Mais il vient ici depuis un bout de temps.
-Ouais, il m'a dit... Vous vous êtes rencontrés comment, exactement ?
Marco eut un léger rire.
-Haha, sombre histoire...
-ça m'intéresse, s'empressa Sanji.
Il espérait n'être pas trop envahissant ou indiscret, mais à force d'observer Zoro, il avait bien compris que dans ce domaine, sans s'imposer, on n'obtenait pas grand chose.
-Tu va me rendre mélancolique, rit encore le barman.
Il balaya la salle du regard, vérifiant sans doute qu'il n'y avait plus personne à servir. Puis il posa le verre qu'il avait commencé à essuyer et s'accouda à son tour au bar, acceptant la cigarette que le journaliste en herbe s'empressa de lui offrir, l'allumant lentement, prenant son temps.
-Ace a commencé à venir racoler ici quand il avait quinze ou seize ans. C'était de notoriété publique qu'il sortait de chez Teach, et tout le monde sait que par là-bas, les marmots comme lui ont tendance à commencer jeune. Quand j'ai su ça, il m'a fait de la peine, alors j'ai fermé les yeux sur le fait qu'il soit mineur. Si je l'avais foutu dehors, qui sait dans quel bar glauque il serait allé se fourrer... ça me répugnait qu'il fasse ça, mais je savais bien que je pourrais pas le sauver, alors je me suis dit : « autant qu'il fasse ça ici, plutôt qu'ailleurs... ».
Sanji hocha la tête. Vraiment, parler avec Marco lui faisait toujours du bien. Il avait enfin l'impression d'être face à quelqu'un qui partageait son horreur pour tout ce qui se passait ici... En moins accentué, sans doute, mais c'était sans doute une question d'habitude.
-Il s'entendait pas très bien avec les quelques autres prostitués qui venaient ici. Victime de son succès, comme toujours... Les autres lui en voulaient parce que malgré son jeune âge, il était plus expérimenté qu'eux et plaisait plus. Alors il était souvent tout seul, accoudé au bar, ici. Il était débrouillard, avait du répondant, bref, j'ai vite eu de la sympathie pour lui, j'ai fini par le prendre sous mon aile. Je l'ai couvert quelquefois quand Teach le réclamait et qu'il ne voulait pas aller bosser chez lui. Quand les clients se faisaient rares et qu'il manquait d'argent, je lui filait les restes de nourriture à la fermeture. Je faisait ce que je pouvait, à droite, à gauche, quoi. Mais il avait toujours l'air méfiant, je comprenais pas trop pourquoi. Il me remerciait à peine, évitait mon regard.
« Et puis un jour, en sortant du boulot tard le soir, je l'ai trouvé assis sous la pluie, le corps plein d'hématomes, dans la rue, là, juste à côté. Un client abusif l'avait balancé là après avoir fini son affaire. Il était pas amoché au point de pas pouvoir se lever et marcher, mais je crois qu'il en pouvait juste plus, il avait plus la volonté de faire quoi que ce soit. Il m'a même pas répondu quand je lui ai demandé ce qu'il fichait là. J'habite à côté, alors je l'ai pris par le bras pour le faire se lever et je l'ai entraîné à ma suite. Il s'est laissé faire, il a même pas bronché. »
Marco soupira, exhalant un long nuage de fumée. Sanji l'écoutait, buvant ses paroles, magnétisé par le charisme du barman. Il l'imaginait sans peine. Ace adolescent, assit par terre dans cette ruelle minable, tellement dépossédé de son propre corps qu'il n'en sentait même plus le froid ou la douleur...
-Arrivé chez moi, je lui ai fait couler un bain et lui ai dit de se réchauffer. Il a accepté tacitement, toujours sans rien dire. J'étais emmerdé, je savait pas trop quoi faire. Je voyait bien qu'il s'était sans doute passé quelque chose de grave, mais je savait aussi que c'était loin d'être la première fois qu'il vivait ce genre de choses. Je voyait pas trop comment je pouvait aborder le sujet sans avoir l'air ridicule à ses yeux. Pour lui, j'étais sans doute -et à raison- un adulte privilégié qui pouvait rien comprendre à ce qu'il traversait, après tout...
« J'étais là, assis sur le canapé de mon studio, à me je pouvais bien venir en aide à ce môme, quand il sort de la salle de bain à moitié nu, s'allonge sur mon lit et me demande quand est-ce que je compte le baiser. Un môme de seize ans, sérieux... J'ai compris que tout ce que je faisais depuis le début -les restes de bouffe, les traitements de faveur, le bain chaud- il avait pris ça pour une tentative minable de ma part d'avoir une passe gratuite. Pour lui, qu'un adulte puisse être gentil avec lui sans arrière-pensées malsaines, sans avoir envie de l'acheter, de faire de lui un objet, c'était pas possible. »
Marco interrompit brièvement son récit pour se masser l'arrête du nez.
-ça m'a vraiment mis un coup. Je fréquente des prostitués régulièrement depuis que je travaille ici, mais c'était la première fois que je tombais sur quelqu'un d'aussi jeune et d'aussi détruit. Alors je me suis assis à côté de lui et je lui ai expliqué, enfin, j'ai essayé. De lui dire que pour moi, il était un enfant, que j'avais fait tout ça uniquement parce que j'en avais envie, que jamais je n'aurais envie d'acheter quelqu'un pour coucher avec, et encore moins un gamin, et surtout qu'il méritait mieux, et que j'espérai qu'un jour, il n'aurais plus à vivre ce genre de chose.
« J'ai parlé longtemps. Au début, il a juste eu l'air surpris, puis un peu dubitatif, mais au fur et à mesure j'ai vu que je commençait à le toucher. Et quand je lui ai dit qu'il méritait mieux, il s'est mit à pleurer. Sans rien dire. Il a pleuré dans son coin pendant au moins une heure, acceptant seulement ma main sur son épaule, jusqu'à s'endormir. Pour finir, je l'ai bordé et j'ai dormi sur le canapé.
Le lendemain au réveil, il avait disparu, mais quand je l'ai recroisé ici, il s'est montré beaucoup plus ouvert. Les années passant, on a fini par devenir vraiment proches. Je crois qu'à un moment, j'étais la seule personne en qui il avait un tant soit peu confiance, avec Makino... J'étais soulagé de le voir rencontrer Kidd et Law. Avant, je t'avoue que j'étais jamais trop tranquille à son sujet... Maintenant, il a des gens qui prennent soin de lui au quotidien -et des gens de qui il prend soin, et c'est peut-être ce qui lui a fait le plus de bien, après tout. »
Marco se tut et resservit un Skypiea à Sanji, lui précisant que c'était la maison qui offrait. Sanji le remercia, touché que le barman lui aie raconté ça aussi facilement. Imaginer Ace adolescent le mettait mal à l'aise et il n'était plus très sûr d'avoir envie d'en entendre parler, mais il était vrai que les histoires du grand blond pourraient plaire à Zoro.
-Vous accepteriez de vous faire interviewer par mon coéquipier ? Pas forcément sur Ace en particulier, mais sur votre expérience générale en tant qu'homme qui fréquente des prostitués au quotidien depuis longtemps...
-Hmm. J'aimerais avoir une petite discussion avec lui d'abord. J'ai appris que votre article serait finalement un livre... Je me méfie de ce genre de choses. Si ça m'a l'air d'être un projet racoleur juste pour faire de l'argent en excitant la curiosité malsaine des gens, alors ce sera non. Mais, enchaîna-il en voyant Sanji ouvrir la bouche pour le contredire, si votre but semble bel et bien de faire connaître ces problèmes-là à plus de monde et de dénoncer le système prostitutionnel, alors ce sera oui. Laisse-moi en juger par moi-même en discutant avec ton ami.
Le cuisinier hocha la tête, compréhensif. Marco se détourna de lui pour servir un client, puis un autres -la soirée commençait, et il y avait de plus en plus de monde dans le bar. De son côté, il balaya la salle du regard, regardant si par hasard Law, Kidd et Ace n'étaient pas entrés pendant leur discussion -après tout, ils passaient plus de la moitié de leurs soirées ici- mais il ne les vit pas. Il se mordit la lèvre, un peu mélancolique. Nan, vraiment, entendre des histoires sur le passé de Ace, même si ça le touchait, ça ne le mettait pas bien. Il aurait bien aimé le voir, ce soir... A vrai dire, il avait eu l'esprit tellement occupé par son témoignage ces deux derniers jours qu'il n'avait jamais sérieusement repensé à la manière dont ils s'étaient quittés, la dernière fois qu'il s'étaient vus. Ace lui avait pris la main, et l'avait presque embrassé, quand même... Qu'est-ce qu'il était en train de laisser arriver ? Il n'était pas sûr de vouloir savoir.
Il demanda un autre verre à Marco -un "Dressrosa", cette fois. Le nez dans son verre, il regarda le barman continuer d'exécuter les un après les autres ses cocktails spectaculaires, pensif, tandis que le rythme entraînant de Good Old-Fashioned Lover Boy de Queen résonnait dans le bar, décidant quelques danseurs à venir se déhancher sur la piste.
Ace porta sa bouteille à ses lèvres pour finir de la vider en voyant apparaître au bout de la rue l'enseigne si reconnaissable du Moby Dick. Marco allait encore râler, s'il ramenait son propre alcool dans son bar.
Ceci fait, il la lança d'un geste rageur dans la première poubelle venue ou il l'entendit éclater en milles morceaux. Enfonçant ses mains dans ses poches, il s'avança d'un pas lourd, sa moue trahissant son humeur massacrante.
Il était à peu près ivre depuis hier non-stop, ayant recommencé à boire de suite en se levant ce matin. Il n'avait recroisé ni Kidd, ni Law, et n'était pas sûr de vouloir le faire avant quelques jours. Toute cette histoire lui avait ruiné le moral, et l'alcool, contrairement à ce qu'il avait pu penser, n'arrangeait rien.
Après avoir passé la journée à ne rien faire -à part boire- chez lui, il s'était donc décidé à sortir. Peut-être que discuter avec Marco lui ferait du bien.
Poussant de l'épaule la porte de l'établissement, il jeta un œil au comptoir et sa moue se transforma en vague sourire lorsqu'il y reconnut une tête blonde familière. Peut-être qu'il le tenait, son remède à la mélancolie, après tout.
Il s'avança résolument.
-C'est rare de te voir seul ici, lança-il.
Le cuisinier se retourna, le reconnut et lui offrit un sourire.
-Salut. Eh oui, j'ai laissé ma feuille de salade de compagnie à l'hôtel pour ce soir.
-Il doit se sentir seul, le pauvre.
-Je pense plutôt qu'il profite comme moi de ce repos bien mérité, soupira Sanji, l'air faussement dépité.
Ace pris place à ses côtés et s'accouda au bar. Toujours ivre, il ne se priva pas de détailler son vis-à-vis du regard, passant de son œil rendu brillant par l'alcool à ses lèvres, de ses lèvres à sa chemise dont les deux premier boutons ouverts laissaient apparaître la naissance de son torse... Ouais, il avait envie de goûter à Sanji, ce soir. De se frotter à sa lumière éclatante, auprès de laquelle il sentait que momentanément, peut-être, il se sentirais moins sale.
Le cuistot, bien que semblant un peu gêné d'être regardé ainsi, entama la conversation avec entrain, lui demandant pourquoi Kidd et Law n'étaient pas avec lui. Il lui répondit vaguement, peu désireux de parler de ces deux-là. Il préféra relancer la conversation du côté du jeune homme :
-D'ailleurs, je me demandais, vous savez quand est-ce que vous rentrez à East Blue ?
Le sourire de son vis-à-vis s'effaça légèrement.
-Hum, je sais pas trop, on en a pas vraiment parlé. Quand Zoro estimera qu'on aura tout ce qu'il nous faut, je suppose.
-C'est comment là-bas ?
Sanji fit une petite moue, cherchant ses mots.
-C'est... calme. Et plus aéré qu'ici. Moins d'immeubles, plus de maisons. Moins de monde dans les rues. Et les gens se ressemblent tous, comparés à ici. Je passe pour un original juste parce ce que je m'habille en costard, alors je te laisse imaginer l'impression que ferait Law ou Kidd...
-ça a l'air un peu nul, dit comme ça.
-Il y a aussi des choses chouette. Il y a plus de verdure qu'ici... Moins de bars mais plus de petits cafés sympas, de petites places calmes, des gens à vélos ou qui se promènent le long du fleuve...
-Tu viens d'un monde parallèle, en fait.
-Oui, c'est possible, rit le cuistot. Vous devriez venir. Zoro n'aura qu'à vous inviter pour la sortie du livre.
-ça pourrait être marrant. Mais je suis jamais vraiment sorti de Gray terminal. Et je suis pas sûr que les gens de chez vous seraient ravis de vous voir débarquer.
-Dis pas ça. Si moi, j'ai réussi à aller au-delà de mes préjugés, tout le monde à East Blue devrait pouvoir faire pareil.
-J'arrive pas à savoir si t'es un gros naïf ou juste un optimiste plein de bonne volonté.
Sanji se mit à rire.
-Les deux, je suppose.
Ace le regarda avec un demi-sourire et il fit de même. Il se sentait bien. Il avait vaguement conscience que le jeune homme en face de lui le détaillait des pieds à la tête, et qu'ils étaient un peu trop proches pour une conversation entre simples connaissances, mais il avait envie de s'en foutre. De laisser les choses arriver, pour une fois...
-Hé, c'est toi Ace ? Les interpella une voix derrière eux.
L'intéressé fit volte-face, et Sanji fit de même plus lentement, portant son verre à ses lèvres. Un homme d'une trentaine d'années, un grand blond avec les cheveux longs un peu hirsutes et un débardeur rose, matait ouvertement le jeune prostitué de haut en bas avec un regard intéressé.
-Ouais, c'est moi. Tu veux quoi ?
-C'est un pote qui m'a conseillé de venir te voir. Tu travaille, ce soir ?
-ça dépend à quelle heure.
-Ce soir à vingt-deux heures ?
-Ok.
Le nouveau venu regardait Ace sous tout les angles avec une lueur malsaine dans le regard.
-C'est vrai ce qu'on dit, t'es vraiment canon. Et t'a l'air propre. Tu ressemble à une pute de luxe. Tes prix sont vraiment dans la moyenne ?
-Ouais.
-Eh bah putain, ça c'est du super plan. Tu vois le motel un peu plus haut dans la rue, là, sur la gauche ?
-Ouais.
-Je crèche dans la première piaule du deuxième étage, à droite. Tu viens à vingt-deux heures ? Je serais peut-être avec un pote.
-Ce sera plus cher si vous êtes deux.
-Ouais, ça marche. A tout à l'heure, beau gosse.
L'homme repartit aussi sec, sortant du bar sans rien ajouter de plus. Sanji, figé, s'était lentement retourné pour s'accouder à nouveau au bar. Il sentait son ventre se tordre, extrêmement mal à l'aise. L'entrevue à laquelle il venait d'assister, aussi courte soit-elle, lui avait fait l'effet d'une douche froide.
Bin ouais, t'avais oublié ou quoi? C'est comme ça que ça se passe. C'est toujours ça, son quotidien. Des mecs viennent et l'achètent, le baisent et repartent, et après il recommence, comme si de rien n'était.
Ace se retourna à son tour, demanda un nouveau cocktail à Marco et se tourna vers le cuistot, pas l'air troublé le moins du monde.
-On disait quoi ? Sourit-il.
Un prostitué. T'es en train de te laisser charmer par un prostitué.
Tu crois vraiment que quoi que ce soit de bon pourra résulter de tout ça ?
Sanji sentit une sueur froide lui dégouliner le long de la colonne vertébrale. Il se sentait mal. Tout l'oppressait, tout à coup : la musique trop forte, les discussions des gens autour d'eux, l'alcool qui lui faisait tourner la tête, la chaleur... Il avait besoin d'air.
-Eh, ça va pas, blondie ?
Ressaisis-toi, mon grand. Sors toi de toute cette histoire avant qu'il ne soit trop tard. Ce mec vend son corps. C'est son métier. Et tu pourra jamais rien faire pour changer ça.
-Je vais fumer dehors, souffla-il avant de faire volte-face et de traverser la piste de danse à grand pas pour pousser la porte du bar. Il entendit vaguement Ace l'appeler, mais l'ignora et se jeta presque dehors, respirant à grandes goulées l'air froid et humide de pluie fine qui l'accueillit aussitôt.
Il resta quelques secondes à respirer profondément sans bouger, reprenant un peu ses esprits. Puis il fit quelques pas et alla s'appuyer contre le mur à côté de la porte, à l'abri de la pluie, fixant la rue déserte, sortant une cigarette qu'il alluma avec des gestes nerveux. Il soupira un long nuage de fumée dense, puis porta sa main à son front, se massant nerveusement le crâne, fermant les yeux.
Qu'est-ce qui m'arrive... ?
Il n'avait plus aucune idée de ce qu'il voulait faire. Trop de choses se bousculaient dans sa tête. Son attirance pour Ace, son empathie pour lui, aussi, son dégoût face à la scène à laquelle il venait d'assister...
-Hé, blondie. Ça va ?
Il rouvrit les yeux et retira sa main de son visage. L'objet principal de ses pensées se tenait devant lui, un peu penché dans sa direction, les mains dans les poches, les sourcils haussés dans une expression interrogatrice. Il souriait, toujours plein d'une gaîté empreinte d'ébriété qui le faisait tanguer un peu sur ses appuis.
-Bin alors, qu'est-ce qui t'arrive ? Ça va pas de partir comme ça ? On peux fumer à l'intérieur ici, tu sais ?
Sanji le regarda, incapable de prononcer un mot, ce qui ne fit qu'augmenter l'amusement de Ace.
-T'a l'air perdu.
-...
-Hé, blondie.
Le jeune prostitué se rapprocha de lui et porta la main à sa joue.
Trop proche. Beaucoup trop proche.
Merde, l'alcool l'aidait vraiment pas à réfléchir correctement.. Il avait du mal à ne pas se perdre dans les yeux mi-clos au noir profond qui se rapprochaient du sien, brillants de... désir ?
Une voix au fond de sa tête lui ordonna de fuir, de le repousser, de rentrer à l'hôtel, de rentrer à East Blue, de s'éloigner de toutes ces sensations nouvelles qui le faisaient paniquer. Mais son corps, lui, appelait tout entier celui de Ace qui se réduisait de plus en plus l'espace entre eux, crevait de pouvoir se plaquer contre lui, de fourrer le nez dans ces cheveux noir pour en inspirer l'odeur entêtante à plein poumons, de glisser les mains sous ces vêtements pour accéder à la peau tiède...
Il resta donc immobile, embrouillé par l'alcool, ne sachant laquelle de ses deux pulsions suivre, et ce qui devait arriver arriva.
Ace s'approcha encore et l'embrassa, enserrant sa nuque de ses doigts pour le rapprocher de lui, plaquant son torse contre le sien, passant une main dans son dos, pressant sa bouche contre la sienne, d'abord chastement, puis venant caresser sa lèvre inférieure de sa langue...
Sanji se sentit perdre pied, levant légèrement les bras sans pour autant oser les refermer sur son vis-à-vis, répondant au baiser par réflexe tout en fermant les yeux tandis qu'il lui semblait que la température de son corps doublait en quelques secondes.
Oh, bordel.
C'était si agréable que c'en était presque douloureux. Il se sentait revivre, reprenant un instant son souffle tandis que Ace le plaquait contre le mur avant de reprendre le baiser en l'approfondissant, perdu entre le feu d'artifice qui semblait avoir lieu dans ses entrailles et son cerveau qui partait dans tout les sens.
Qu'est-ce qui se passe ?
Qu'est-ce que tu fous, Sanji ?
T'es en train d'embrasser un mec, là ?
…
Toi, le plus grand Dom Juan d'East Blue, t'es en train de te faire plaquer contre un mur par un autre mec ?
…
…
...
T'a oublié qu'il y a pas dix minutes tu l'a vu vendre son cul à un inconnu ?
A cette pensée, Sanji eut un sursaut de lucidité et rouvrit les yeux, repoussant doucement Ace.
-Attend... On peux pas faire ça.
-C'est bon, blondie, détend-toi, souffla Ace. Je suis pas aveugle, je vois bien que t'en a envie autant que moi.
Il repartit à l'assaut de son cou, posant ses lèvres tièdes sur sa peau sensible. Une fois de plus, le cuistot fut sur le point de céder, se laissant emporter par le plaisir, mais la scène à laquelle il avait assisté dans le bar s'imposa à sa conscience, le décidant une fois pour toutes à repousser le jeune homme, plus fermement cette fois.
-ça suffit.
-Arrête de te voiler la face, mec...
-Je me voile pas la face, je t'ai déjà dit que j'étais hétéro et c'est certainement pas pour une pute que je vais changer de bord !
Il regretta ses mots avant même d'avoir fini de les prononcer. Son esprit paniqué, englué par l'alcool, n'avait rien trouvé de mieux à dire pour échapper à cette situation qu'il n'était clairement pas prêt à assumer.
Il porta une main à ses lèvres, déjà rongé par le remord, ouvrit la bouche pour s'excuser, mais le visage de Ace, qui passa d'une expression de surprise à un regard dur, fermé, lui donna l'impression d'un étau sur la poitrine et il resta silencieux un instant.
Le mal était fait.
-Ace, je voulais pas dire ç-
-C'est bon, j'ai bien compris ce que tu voulais dire. Tu sais ce qu'elle te dit, la pute ?
Il recula d'un pas, les sourcils froncés, et s'essuya la bouche d'un revers de poignet, l'air dédaigneux.
-Va chier.
-Ace...
Avant que Sanji aie pu ajouter quoi que ce soit, il tourna les talons et s'enfonça dans la nuit. Le cuistot resta là, les bras ballants, un peu hébété, ne réalisant pas vraiment ce qu'il venait de se passer. La sensation des lèvres de Ace était encore sur les siennes, la chaleur de son corps était toujours imprimée sur son torse.
Mais il était seul dans cette rue déserte et mouillée, et déjà les sensations lui manquaient, déjà les regrets lui serraient la gorge, malgré tout ce qu'il avait pu penser, malgré tout ce qui avait pu le pousser à faire ça.
Qu'est-ce qu'il avait foutu... ?
Mec, t'es trop con.
Il se laissa lentement glisser contre le mur jusqu'à s'asseoir par terre. Le sol était humide, mais il n'en avait rien à faire.
Mec, qu'est-ce que tu viens de faire ?
T'a tout foutu en l'air...
Eeeet voilà c'est sur cette note joyeuse que je vous laisse pour aujourd'hui.
Le prochain chapitre paraîtra dans dix jours, le 21 janvier. Eeh oui, les cours ont repris, je vais donc devoir espacer un peu mon rythme de parution, mais je ne m'étalerais pas au-delà de dix jours, promis.
Et histoire de vous teaser un peu, ce sera un chapitre centré sur Law... Je vous entend grincer des dents d'ici parce que je n'ai pas donné de nouvelles de ce pauvre petit dans ce chapitre, alors ne vous inquiétez pas, vous aurez votre dose!
En attendant, j'attend vos avis sur ce chapitre avec impatience.
A la prochaine!
