Salut tout le monde!
Me revoilà avec ce fameux chapitre 13! J'espère qu'il vous plaira, l'intrigue avance pas mal dans celui-là vous verrez.
Je préfère ne rien vous en dire et vous laisser découvrir, on se retrouve en bas!
Un grand merci à la personne qui m'a laissé une review sur le chapitre précédent.
Bonne lecture!
[Gray Terminal, jour 13]
Sanji termina sa bière, réalisant dans le même temps qu'il l'avait bue extrêmement vite. C'était pourtant déjà la troisième... Il fallait qu'il se calme s'il ne voulait pas finir complètement ivre. Ce qui n'était pas chose facile avec Kidd qui, à côté de lui, vidait ses verres aussi vite que lui et commandait systématiquement à nouveau pour eux deux sans vraiment lui demander son avis.
A peine s'était-il fait cette réflexion qu'une quatrième bière atterrit devant lui ; il la regarda du coin de l'œil, suspicieux, avant de céder en soupirant.
Il était déjà tard, mais l'interview traînait en longueur. Kidd et Law avaient plutôt l'air en forme, aujourd'hui, alors ils offraient des réponses fournies à Zoro qui, ravi, ne cessait de les relancer. Le cuistot, de son côté, avait décroché au bout d'une demie heure. Peu importe les efforts qu'il y mettait, il ne parvenait pas à se concentrer réellement sur plus d'une phrase ou deux. Ses yeux finissaient par dévier du visage de ses vis-à-vis, glissant sur les autres clients du bar, sur les quelques danseurs qui se déhanchaient sur Town called Malice de Jam, sur la serveuse, Shakky, qui remplaçait Marco aujourd'hui, ou sur son verre dont le contenu diminuait -encore- beaucoup trop vite...
C'était peine perdue. Il était ailleurs. Et lorsqu'il parvenait à se concentrer sur ce qui se passait à côté de lui, Kidd et Law lui faisaient penser à Ace, et penser à Ace lui donnait envie d'aller s'enterrer quelque part dans un coin.
Il n'en pouvait plus.
La veille, Zoro avait pris sa journée pour rassembler la totalité de ses notes et pour les organiser. Il avait commencé à rédiger l'introduction de son livre par la même occasion. Autant dire qu'il était avait été absorbé par son travail, avec son sérieux habituel, pendant toute la journée. Sanji était donc resté seul, tournant et retournant dans sa tête sa dernière entrevue avec Ace sans réussir à se concentrer sur aucune autre activité, fumant cigarette sur cigarette.
Il était complètement paumé. Le vide intense qu'il avait ressenti lorsque Ace l'avait quitté ce soir-là, le regret qui lui creusait le ventre lorsqu'il repensait à leur baiser et à ce qui aurait pu se passer s'il ne l'avait pas repoussé, avaient achevé de balayer ses dernières incertitudes, et il ne parvenait même plus à se voiler la face.
Il était attiré par le jeune homme. Terriblement, et depuis le début. Pire encore, il était sans doute plus attiré par lui par la plupart des femmes qu'il avait croisé dans sa vie.
Et il avait repoussé Ace. De la pire des façons.
Et c'est pas pour une pute que je vais changer de bord...
Il avait envie de se mettre des baffes, sérieux. Qu'est-ce qui lui avait pris de dire un truc pareil ?
Si toutes ces interviews, ces témoignages, ces entrevues multiples lui avaient bien montré une chose, c'était la suivante : la prostitution, pour Ace comme pour les deux autres, n'était pas un choix. Elle s'était imposée à eux, avait ruiné leur vie, et continuait de le faire.
Stigmatiser Ace comme il l'avait fait, le faire souffrir plus encore en lui reprochant sa condition, c'était... Enfin, il avait le droit d'être gêné de l'avoir vu se prostituer, mais se laisser embrasser avant de le repousser avec une phrase aussi violente, juste parce que son petit ego de mec élevé dans une ville homophobe et bien-pensante n'arrivait pas à assumer que le jeune homme lui plaisait...
Et il osait se prendre pour un gentlemen ? Sérieusement, il avait trop honte. Faire souffrir Ace, après avoir entendu l'histoire de sa vie, était pourtant la dernière chose dont il avait envie. Il avait pourtant tapé dans le mille, il l'avait bien vu dans ses yeux.
Il avait tout foiré...
Il avait envie de le voir. De s'excuser, de lui expliquer... Mais de lui expliquer quoi ? Qu'il était un petit con qui avait préféré l'insulter plutôt que d'assumer qu'il avait des sentiments pour un autre homme ? C'était pitoyable.
Il revint à la réalité lorsque Zoro éteignit son dictaphone et annonça avec un sourire que l'interview était finie pour aujourd'hui.
-On va se caler au bar, les gars ? Il faut toujours qu'on finisse notre concours d'alcool de l'autre fois...
-Bonne idée, allons-y, grogna Kidd d'un air satisfait.
Sanji les regarda se lever, sortant lentement de ses pensées sombres.
-Hem... Je pense que je vais rentrer, moi, les gars, finit-il par dire en se rendant compte qu'il n'était vraiment, vraiment pas dans le bon état mental pour faire la fête.
-Sérieusement ? Il est à peine vingt-et-une heure.
-J'ai pas trop la tête à boire, ce soir.
-Mais tu picole dans ton coin depuis tout à l'heu-
-A demain, les gars.
Il termina sa bière en une gorgée, enfila sa veste de costard – il avait fini par renoncer à s'habiller de façon neutre et ça n'avait eu l'air de choquer personne, au final- et se dirigea vers la sortie, après un dernier vague signe de main en direction de Zoro qui le regarda partir, les sourcils froncés.
Il poussa la porte du bar. L'air froid lui fit du bien. Il fit quelques pas dans la rue, pris plusieurs longues inspiration, s'alluma une cigarette, et hésita un instant.
Il n'avait pas envie de rentrer maintenant. De toute façon, il savait bien qu'il ne parviendrais pas à dormir avant une heure tardive.
Il décida d'aller marcher un peu et partit au hasard, se perdant dans les ruelles des environs du Moby Dick, perdu dans ses pensées.
Il avait sérieusement pensé à quitter la ville. A rentrer à East Blue, à laisser tout ça derrière lui, à reprendre son travail et sa vie d'avant. Après tout, il était venu ici pour oublier Nami et se remettre d'aplomb. C'était chose faite, alors rien ne l'obligeait à rester. Son travail de photographe était à peu près terminé -Zoro pourrait bien se débrouiller sans lui pour finir, après tout il travaillait seul d'habitude.
Néanmoins il ne pouvait envisager sérieusement de partir. Il savait qu'il le regretterait. Il avait peur, quelque part, de se retrouver à nouveau dans sa ville natale, après tout les chamboulement qui avaient eu lieu dans sa tête ici. Et il aurait l'impression de fuir, ce qu'il détestait.
Mais il ne savait pas quoi faire en restant ici. Il avait merdé... Il avait brisé quelque chose, il le savait. Il avait sans doute même fait perdre un sujet à Zoro -sans doute que Ace ne voudrait plus entendre parler de quoi que ce soit en rapport avec les interviews maintenant...
Et puis il avait besoin d'Ace... Il s'en rendait compte à présent. Il avait envie de le voir. Il avait envie de le toucher... Il avait envie de tout reprendre, de revivre la soirée de l'avant-veille, le baiser qu'ils avaient échangés, et de ne pas le repousser, cette fois...
Il n'aurait pas cette chance, il le savait. Il avait été un sale con. Il se dégoûtait vraiment...
Il se rendit compte que ses pas, d'instincts, l'avaient menés dans la rue de Ace. Il s'arrêta devant son immeuble, avant de se couvrir les yeux d'une main, se fustigeant mentalement.
Qu'est-ce que tu fous là, bordel ?
Tu crois pouvoir faire quoi que ce soit ?
Tu va sonner chez lui, lui dire que tu es désolé, et tout ira mieux, c'est ça ?
N'importe quoi. Il faisait n'importe quoi...
Il fit volte-face. La meilleure chose à faire, pour l'instant, était sans doute de rentrer à l'hôtel, de s'installer au bar et de vider suffisamment de verres de whisky pour pouvoir se traîner jusqu'à son lit et s'endormir comme une masse sans avoir à se torturer l'esprit davantage.
-Pardon, vous auriez pas du feu ?
Il releva la tête, à nouveau tiré de ses pensées. Trois mecs s'étaient arrêtés à côté de lui dans la ruelle, stoppés dans leur marche, les mains dans les poches, leurs visages masqués par la pénombre. L'un d'eux tendait sa main devant lui, une cigarette éteinte glissée entre deux doigts.
-...Ouais, bien sûr, répondit Sanji après un instant de flottement.
Il baissait les yeux pour sortir son briquet de la poche intérieure de son costard, lorsqu'un coup brutal le saisit à la gorge pour le plaquer au mur, lui coupant le souffle. Un des hommes l'avait attrapé et serrait ses doigts sur sa trachée, le faisant peiner à retrouver son souffle.
-Que... balbutia le cuistot d'une voix sifflante.
-Portefeuille.
-Quoi ?
-Portefeuille.
Bien sûr. Quel con il avait été. Il avait oublié un instant qu'il n'était pas à East Blue. Se balader après la tombée de la nuit dans les ruelles du centre de Gray Terminal, complètement seul et vêtu d'un costard, mais qu'est-ce qui lui avait pris ?
Décidément, tu brille par ton intelligence, ces temps-ci.
Il attrapa le poignet de son agresseur qu'il serra doucement.
-C'est bon, articula-il. Je vais te le donner, lâche moi.
La prise sur sa gorge se desserra et il pu respirer à nouveau, inspirant une large goulée d'air frais.
Bordel...
Il fit mine de chercher son portefeuille dans sa poche arrière, réfléchissant à toute vitesse, reprenant son souffle. Puis, avant que ses vis-à-vis aient pu bouger à nouveau, il passa à l'action.
Levant brutalement sa jambe droite, il envoya un coup sec dans l'estomac de celui qui le tenait à la gorge. Ce dernier poussa un grognement étouffé et tituba en arrière, les mains sur le ventre, tandis que l'un de ses acolytes esquissait un direct du droit vers Sanji. Le cuistot l'évita de justesse et lui rendit un coup de pied en pleine poire -il avait tenté de viser le nez, mais dans l'obscurité, difficile de savoir- qui le projeta contre l'autre mur de la ruelle. Merci, les cours de savate du vieux Zeff, comme quoi, c'était toujours utile.
Il faisait demi-tour pour faire face au dernier larron lorsqu'il ressentit une vive douleur au niveau de son flanc droit. Il sentit la peau se déchirer et le sang coller sa chemise à sa peau presque aussitôt...
Merde.
Une fois de plus, il avait été trop naïf. Évidement que les voyous de Grey Terminal ne se baladaient pas sans armes.
Il sentit une main l'empoigner avec force et le plaquer violemment contre le mur. L'arrière de sa tête heurta le béton et il sentit la douleur se répandre dans son crâne tandis que sa vue devenait floue. Le visage du troisième homme se rapprocha du sien, tandis qu'il appuyait la lame de son couteau contre sa joue pour le dissuader de bouger à nouveau. Il sentit du sang perler sur son visage.
Putain...
Tandis que ses deux autres agresseurs, remis des coups qu'il leur avait donnés, se rapprochaient à nouveau de lui, il tenta d'évaluer la gravité de sa plaie au flanc. Il ne pouvait faire de geste pour la toucher, mais elle semblait peu profonde, la lame avait dû glisser sur ses côtes...
-Laisse-moi le défoncer, cet enfoiré, siffla celui qu'il avait frappé au visage.
-Récupère son fric, d'abord, répondit d'une voix sourde celui qui tenait le couteau.
L'autre obéit, fouillant les poches du cuistot pour en sortir son portefeuille de cuir. Il l'ouvrit, sortit les quelques billets qui y traînaient et poussa une exclamation déçue.
-Putain, i peine trente balles... Vu ses fringues, je l'ai pris pour un bourge.
-Il a rien d'autre sur lui ? Des bijoux, une montre ?
-Rien de valeur, continua l'autre après avoir vérifié. Fais chier, putain... Allez, on dégage. Mais laisse-moi lui refaire la tête avant, à ce petit enculé.
Celui qui maintenait toujours Sanji en place s'écarta lentement. Ce dernier, sonné par son coup à la tête, esquissa un geste pour frapper à nouveau, mais un crochet du droit le cueillit à la tempe, suivi d'un coup de coude dans l'estomac. Les salauds, ils s'y mettaient à deux... C'est vraiment pas la classe qui les étouffait, ceux-là...
Il poussa un gémissement et tomba à genoux. La tête lui tournait, il n'arrivait pas à bouger correctement... Plusieurs coups de pieds le touchèrent aux côtes -la douleur éclata lorsque l'un d'eux frappa sa plaie ouverte et il perdit le compte, peinant à rester conscient.
Il ne sut pas vraiment quand est-ce qu'ils décidèrent de le laisser tranquille, ni pourquoi, mais les coups finirent par cesser et il se retrouva seul dans la ruelle déserte, couché par terre, un goût de sang dans la bouche et meurtri jusqu'au os.
-Putain...
Il rampa péniblement jusqu'au mur le plus proche et fit tout les efforts possibles pour se redresser, ne parvenant pas toutefois à se relever. Il cracha un peu de sang... Sa tête lui tournait toujours... Merde, il avait vraiment pris un sale coup lorsque l'autre zouave l'avait frappé contre le mur... Il espérait que ça n'était pas trop grave...
Quelle journée de merde...
Il s'adossa au mur et resta assis là, haletant, la tête penchée en avant. Il porta péniblement la main à sa blessure... Comme il le pensais, elle n'était pas profonde, mais le sang avait imbibé sa chemise... Il saignait aussi de la joue, mais plus superficiellement.
Il se sentait bizarre... Sa tête lui faisait vraiment mal, venant s'ajouter à la douleur cuisante de son corps...
Sa vue s'obscurcissait...
Il perdit connaissance.
Lorsqu'il revint à lui pour de bon, il faisait encore plus noir. Il n'avait pas bougé ; rien n'avait changé autour de lui, excepté le fait qu'une pluie fine s'était mise à tomber, trempant ses vêtements déjà en partie gorgés de sang.
Il était gelé. Il n'avait aucune idée du temps qui s'était écoulé pendant qu'il était inconscient. Il avait vaguement la sensation d'être revenu à lui plusieurs fois, par intermittence, jamais plus de quelques minutes d'affilée.
Sa tête lui faisait moins mal, bien qu'une douleur vague persistait ; ça n'était malheureusement pas le cas de son corps. Le froid, loin de l'anesthésier, lui faisait ressentir chaque centimètre carré de sa peau dix fois plus intensément qu'auparavant.
Il fallait qu'il bouge rapidement ou il était bon pour la pneumonie. Et il fallait qu'il soigne cette plaie... Mais bon sang, chaque mouvement était une vraie épreuve. Il tenta de se relever une première fois, se retenant au mur, mais ses jambes cédèrent sous lui et il retomba assis par terre, grognant de douleur.
-Merde... Siffla-il, haletant.
Il reprit lentement son souffle pendant plusieurs minutes. Sa blessure au flanc le brûlait. Il releva sa chemise et y jeta un coup d'œil, grimaçant. Il fallait rapidement désinfecter ça, et ça saignait trop... Il ne parviendrais sans doute pas à marcher jusqu'à l'hôtel -il n'était déjà pas sûr de parvenir à se lever- il faudrait sans doute mieux qu'il aille directement à l'hôpital... S'il parvenait jusqu'à une rue plus fréquentée, il pourrait sans doute demander de l'aide à un passant...
Allez mec, un petit effort. Tu peux pas rester là.
Il s'appuya à nouveau sur le mur et tenta de se relever.
-...Sanji ?
Il sursauta et manqua de glisser à nouveau jusqu'au sol, se retenant de justesse au mur.
-Merde, blondie, c'est toi ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Le cuistot releva la tête, haletant, et reconnut vaguement Ace dans la pénombre.
Qu'est-ce qu'il fout là, lui ? Entre tout les habitants de Gray Terminal, il fallait que je tombe sur celui qui doit m'en vouloir à mort ?
Ah oui, c'est vrai. Il était dans sa rue.
-Merde, mais t'es couvert de sang !
Le jeune homme s'approcha de lui. Sanji discerna vaguement son expression inquiète.
-Qu'est-ce qu'il t'es arrivé?
Il sentit ses mains chaudes soulever sa chemise pour constater l'étendue des dégâts, lui relever le menton pour regarder la coupure sur sa joue.
-Me suis fait tabasser... parvint à grommeler le cuistot.
Sa bouche était pâteuse, le goût du sang lui donnait la nausée, et il grelottait, il avait du mal à parler.
-Tu peux marcher ?
-Pas trop.
-Putain... Allez, viens.
Ace passa son bras sous ses épaules pour le soutenir et l'entraîna en direction de la porte de son immeuble.
-Merde, t'es glacé … ça fait longtemps que t'es là ?
-Plusieurs heures, je crois...
-... T'a l'air bizarre, t'a pris un coup sur la tête ou quoi ?
-Ouais...
Ace ouvrit et poussa la porte de l'épaule, l'aidant à entrer. L'ascension des escaliers fut des plus compliquées -Sanji sentit sa blessure au flanc se rouvrir à cause de ses mouvements, et Ace finit par le porter à moitié pour franchir les derniers mètres qui les séparaient de son appartement.
Une fois la porte de ce dernier ouverte, il laissa le cuistot s'écraser sur le lit, alluma la lumière et le chauffage, et se mit à fouiller dans ses affaires.
-J'espère que c'est pas Kidd qui a ma trousse de secours... Ah non c'est bon, la voilà.
Sanji, de son côté, tenta de trouver une position confortable sans mettre du sang partout sur les draps, s'allongeant sur le dos. La chaleur de l'appartement commença lentement à se communiquer à lui, et ses idées se firent un peu plus claires. Il se rendit un peu plus compte de la situation dans laquelle il se trouvait et releva la tête vers le jeune homme qui continuait à faire des allers-retours dans l'appartement sous ses yeux.
Ce dernier finit par venir s'asseoir à côté de lui sur le lit, éparpillant autour de lui bandages, pansements et bouteille de désinfectant, ainsi qu'une bouteille de vodka qu'il ramassa pour la lui tendre.
-Tu devrais boire un peu. Ça risque de piquer et j'ai pas mieux comme anti-douleur. En plus ça t'aidera à te réchauffer.
-Ace...
Sanji se saisit de la bouteille et l'ouvrit.
-Va-y, bois.
-Ace... J'suis vraiment désolé pour-
-C'est bon, on va pas parler de ça maintenant. Bois.
Le cuistot obéit, saisissant la bouteille et la portant à sa bouche avec difficulté, grimaçant lorsque le liquide lui brûla la gorge. Ça le réchauffait, en effet, mais lentement. Il était toujours engourdi, peinant à rester dressé sur ses coudes.
Il manqua de s'étouffer lorsque Ace se pencha sur lui et commença à déboutonner sa chemise, ce qui arracha un sourire goguenard à ce dernier.
-Faut pas que tu panique, blondie, le grand méchant prostitué va pas te sauter dessus.
Il fit sauter les dernier boutons et écarta les pans du tissus, découvrant son torse en partie ensanglanté qu'il nettoya sommairement avec une serviette afin de mieux voir la plaie.
-Ace... articula Sanji. Vraiment, je tiens à ce que tu le sache, je suis désolé. J'ai été un sale con, l'autre soir. Je m'en veux vraiment...
Il reprit une gorgée. L'alcool faisait son effet, il arrivait mieux à parler, et la tête lui tournait toujours un peu à cause du coup qu'il avait reçu, bref, il était dans les vapes. Il regarda Ace qui tamponnait sa plaie avec une gaze imbibée de désinfectant. La douleur était présente, mais elle lui semblait comme lointaine... Il commença à parler sans réellement réfléchir.
-Tu sais, j'ai vraiment été élevé sur une autre planète. Je m'en rend compte chaque jour davantage depuis mon arrivée ici. Là-bas, on est hétéro, ou on est rien du tout. On nous présente jamais d'alternative à ça. Depuis que je suis gamin, on me dit, « tu va avoir une amoureuse... » « quand tu rencontrera une fille qui te plaît... » et bla, bla , bla. Quand j'étais ado, j'ai commencé à courir les filles comme un dingue. Je sais pas trop pourquoi. Pour me rassurer, peut-être. Pour trouver une validation, auprès de je-sais-pas-qui. Et le pire, c'est que ça a marché. Tout le monde m'a félicité quand j'ai eu mes premières copines. Mes collègues m'ont toujours respecté parce que je suis connu pour être un dom Juan. C'est partout pareil.
Ace était à présent affairé à panser sa plaie. Le contact de ses doigts tièdes sur son flanc le chatouillait. La tête baissée sur son ouvrage, seuls ses légers froncements de sourcils de temps à autre montraient qu'il l'écoutait.
-Là d'où je viens, quand les mecs veulent vraiment s'insulter, ils se traitent de tapette, de pédé, de pute, de fils de pute. On sait tous que l'homosexualité existe, mais on la voit nulle part. Au collège, quand il y avait des rumeurs de ce genre sur un gars, tout le monde le mettait à part.
Sanji soupira.
-Je me cherche pas d'excuses. Je sais que je suis un con, et je ne suis pas en train d'accuser East Blue ou quoi que ce soit d'autre pour mes saloperies. Mais j'étais une personne totalement différente avant d'arriver ici. J'avais aucune idée de ce monde-là. Ça m'a d'abord choqué... J'ai d'abord détesté. Parce que j'en ai eu peur, je pense. J'avais peur des remises en questions que ça allait pouvoir occasionner pour moi. Et j'avais raison, je me suis rendu compte de beaucoup de choses... D'à quel point je suis privilégié. D'à quel point on est stupide, à East Blue, et sans doute à beaucoup d'autres endroits dans le monde, de mettre les gens dans des cases si étriquées.
Ace avait toujours les sourcils froncés, mais ne disait rien. Il termina son pansement et esquissa un geste vers son menton.
-Ton visage.
Puis il commença à désinfecter sa plaie à la joue, imperturbable.
-Je raconte ma vie, je dis n'importe quoi, je sais, soupira à nouveau Sanji. Tout ce que je veux dire... C'est que si il y a bien une chose que j'ai compris à votre contact, c'est que vous n'êtes coupables de rien. Si vous vous prostituez, c'est pas par choix. Et ceux qu'il faut blâmer, c'est vos clients, c'est les proxénètes, c'est les connards dans le genre de Teach... du bâtard, je veux dire. Ce que j'ai dis l'autre soir... Et la façon dont je l'ai dit... Je le pensais pas. Je ne vous méprise pas pour ce que vous faites. Si j'ai dit ça, c'est juste parce que je suis un pauvre minable pas capable d'assumer qu'un mec lui plaît.
Ace restait muet, mais sa tirade sembla avoir un léger effet sur lui. Son expression renfrognée se teinta de surprise, et finalement en entendant la dernière phrase du cuistot il se fendit d'un léger sourire en coin.
-Alors comme ça je te plaît ? Demanda-il, goguenard, en lui collant un pansement sur la joue.
Sanji se laissa retomber en arrière. L'alcool, la douleur, la situation, tout, l'avaient désinhibé autant que c'était possible. Il ne songea même pas à mentir.
-Évidemment, répondit-il d'un air renfrogné. Tu m'a plu dès que je t'ai vu, le premier soir au Moby Dick. Tu m'a tellement plu que j'ai pas compris ce qui m'arrivait, sur le coup. J'ai cru que je débloquait. Ou que j'étais malade.
Il soupira et se couvrit les yeux d'une main.
-J'ai été débile tout du long. Et ce soir c'est encore pire. Je t'ai insulté et tu me sauve. Je suis pathétique...
Il y eut un léger silence, puis son vis-à-vis finit par prendre la parole.
-...C'est vrai, blondie. T'es un abruti de première.
Il soupira, un léger sourire sur les lèvres.
-Relève la tête, pour voir ?
Le cuistot s'exécuta, se redressant à nouveau sur ses coudes. Ace se pencha encore vers lui, touchant la peau au-dessous de son œil gauche de la pulpe de ses doigts.
-Tu va avoir un beau coquard, gueule d'ange.
Sanji haussa les épaules avec un sourire désabusé.
-J'imagine que je peux remercier ceux qui t'ont fait ça, ajouta le brun.
-Comment ça ?
-Ils t'ont castagné, alors j'aurais pas à le faire. Je peux directement passer à des trucs plus marrants.
-Comme quoi ?
-Comme ça.
Ace se pencha encore davantage, appuyant ses mains sur le matelas de chaque côté de son visage. Plantant ses yeux dans les siens, se rapprochant d'un coup, il l'embrassa doucement, nouant sensuellement ses lèvres aux siennes. Sanji répondit aussitôt, appréciant ce contact encore chaste, fermant les yeux, ne pouvant s'empêcher de sourire. Il ne savait pas trop ce qui était en train de se passer... Mais il n'avait plus vraiment l'air de lui en vouloir...
Ace rompit le contact et planta ses yeux dans les siens.
-Si tu m'envoie encore chier, t'ira voir ailleurs si j'y suis pour de bon, blessé ou pas, murmura-il.
Le cuistot hocha la tête.
-Je sais.
Il baissa les yeux. Il avait presque honte de se faire pardonner aussi facilement. Mais il releva les yeux vers le visage en face de lui et eut tout à coup envie de penser à tout autre chose.
-Alors je te plaît aussi ? Demanda-il, un peu joueur, un sourire mutin sur les lèvres.
-Non. Je fais ça par pitié.
-Que...
-Évidemment, abruti.
Ace se mit à rire.
-C'est trop facile de te faire marcher, blondie.
Sanji se renfrogna, puis le fit taire en l'embrassant de plus belle, levant les bras malgré la douleur pour passer les mains dans son dos et le rapprocher de lui. Il se sentait totalement désinhibé, ne ressentait aucune gêne. Ça lui faisait bizarre, mais c'était agréable. Il ne savait pas trop ce qu'il penserait de tout ça le lendemain matin... Il n'avait pas vraiment envie d'y songer maintenant. La chaleur de Ace tout contre lui, ses cheveux qui lui chatouillaient le visage, son odeur qu'il respirait maintenant à plein nez lui faisaient oublier tout le reste.
Il ne tiqua même pas lorsqu'il sentit le jeune homme passer la main sous le tissus de sa chemise, dans son dos, pour caresser sa peau nue. En revanche, il ne pu retenir un gémissement de douleur lorsque l'autre le referma ses bras autour de lui pour le serrer contre son corps. L'alcool et le désir anesthésiaient un peu ses sens, mais il avait tout de même toujours l'impression qu'un trente-six tonnes lui était passé dessus.
Ace rompit leur baiser et s'écarta légèrement de lui avec un petit rire.
-Vu ton état, vaut peut-être mieux qu'on en reste là pour ce soir.
Sanji laissa sa tête retomber en arrière en faisant la grimace. La fatigue lui retombait dessus du plus belle. Ace avait raison, c'était sans doute plus raisonnable, mais... Il n'avait pas envie que ça s'arrête...
-Et puis, vu comment t'a l'air défoncé, je préfère qu'on continue ça une autre fois. Histoire que tu te réveille pas avec des regrets demain et que j'aie pas l'impression d'avoir abusé de toi dans un moment de faiblesse.
Sanji le regarda, un peu surpris de sa remarque. Puis il hocha la tête lentement. Après tout, Ace avait raison. Il valait mieux qu'il puisse réfléchir à tout ça à tête reposée.
Regardant le jeune homme se redresser et s'écarter totalement de lui, il soupira légèrement et posa son avant-bras sur ses yeux. Il était exténué. Son corps qui finissait de se réchauffer mais qui restait un peu engourdi, son esprit qui, embarqué dans une montagne russe d'émotions depuis toute à l'heure, demandais clairement une pause, sa tête qui restait un peu lourde, l'alcool qui finissait de l'assommer... Ses paupières se fermaient toute seules.
Avant qu'il puisse s'en rendre compte il s'était endormi.
Ace se tourna vers Sanji et ne put retenir de pouffer en voyant qu'il dormait déjà.
-Eh beh, t'a pas perdu de temps, toi...
Sa chemise ouverte laissait voir son torse pâle aux muscles ciselés. Son avant-bras avait glissé de ses yeux, révélant son visage détendu ou prenait forme un coquard de plus en plus violacé, et sa main droite gisait sur ses abdominaux. La vue était loin d'être déplaisante. C'était la première fois qu'il le voyait aussi détendu...
Il ne put s'empêcher de tendre le bras pour effleurer du bout des doigts sa joue lisse, ses cheveux fins. Franchement, en se levant ce matin, il ne s'était pas franchement attendu à finir sa journée avec le cuistot dans son lit. Non pas que ça le dérangeait, loin de là... Mais il ne se serait pas cru capable de lui pardonner aussi facilement.
Il ne savait pas trop pourquoi il l'avait fait, au final. Son honnêteté l'avait touché, il n'allait pas mentir. Et puis il n'était pas vraiment du genre rancunier. Il laissait les choses venir, et les prenait si elles lui plaisaient... C'était le meilleur moyen de ne rien regretter, après tout...
Il se leva, débarrassa le lit de tout les objets qui y traînaient – bouteille de mercurochrome, vodka, pansements et bandages- puis enleva son t-shirt et son jean avant de se glisser entre les couvertures, aux côtés de Sanji qui continuait de dormir comme un bébé, allongé sur le dos.
Il le regarda et hésita un peu. Puis il pris son parti et se tourna sur le côté, se rapprochant de la chaleur de son corps, posant le front contre son épaule. Il ferma les yeux, ne songeant plus à rien, à peu près apaisé.
Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui!
Comme vous avez pu le voir, je suis d'abord partie sur un chapitre bien déprimant comme les précédents, puis j'ai eu pitié de vous et j'ai décidé de mettre un peu de douceur dans ce monde de brute.
N'hésitez pas à me laisser votre avis, à me dire vos petits pronostics pour la suite, c'est toujours très agréable à lire!
La suite arrive le 9 février, d'ici là portez vous bien!
