Salut tout le monde!

Me revoilà avec le quinzième chapitre de Wild World... Merci d'être toujours plus nombreux à suivre cette histoire, et merci infiniment aux quelques personnes qui prennent la peine de laisser une review! J'ai très peu de temps pour y répondre ces temps-ci (comme vous pouvez le voir, c'est déjà une galère de poster le chapitre à temps aha) mais je promet que je m'y remettrait très bientôt.

Bref, pour parler un peu sérieux avant de vous laisser avec l'histoire, je tiens à faire une petite précision quand à une scène de la fin du chapitre.

Je ne cherche absolument pas à faire l'apologie de la drogue dans cette fiction; jusqu'ici j'ai même plutôt cherché à montrer comment elle pouvait détruire la vie, comme avec Law. Ici je suis consciente que c'est un peu différent parce que la drogue en question est montrée comme quelque chose de récréatif, mais je n'en fait pas l'apologie pour autant. C'est pour cela que j'ai fait le choix de ne pas préciser le nom de la drogue utilisée, pour ne pas promouvoir une drogue en particulier. Si j'ai intégré cet élément à la fiction, c'est parce que c'est vrai que la drogue est extrêmement présente dans le milieu de la prostitution, pour diverses raisons que j'aborderais peut-être plus en profondeur plus tard.

Enfin bref, je vais pas vous faire un roman (même si je le fais déjà, pardon) mais en gros je pense que vous m'avez comprise, ne faites pas ça chez vous, la drogue c'est mal. Ou en tout cas, ça peut être dangereux.

Sur ce, désolée de vous avoir un peu spoilée la fin du chapitre mais je voulais vraiment que ce soit clair avant la lecture, que je vous souhaite très bonne!

On se retrouve en bas, à tout à l'heure!


[Gray Terminal, jour 15]


Ace se réveilla en sursaut et se redressa sur son lit, repoussant frénétiquement ses draps, haletant.

Il regarda un instant autour de lui, paniqué, avant de reconnaître son appartement plongé dans la pénombre et de soupirer.

Il passa le revers de sa main sur son front trempé de sueur, réalisant au passage que ses joues étaient baignées de larmes.

Merde...

Il les essuya rapidement du poignet, reprenant son souffle, se tournant vers Sanji dont la lune éclairait le visage dans l'obscurité. Il ne l'avait heureusement pas réveillé... Il n'aurait vraiment pas aimé qu'il le voie dans cet état là...

Il se recula un peu jusqu'à ce que son dos vienne s'appuyer contre le mur contingent à son lit, finissant de réguler sa respiration, fermant un instant les yeux. Putain. Ses cauchemars étaient vraiment vénères, ces temps-ci.

Il rouvrit les paupières et jeta un œil aux traits régulier du visage du jeune homme étendu à ses cotés. Peut-être qu'il n'y était pas tout à fait pour rien, lui...

Il n'arrivait pas vraiment à savoir si fréquenter Sanji était bon pour lui. Il avait fait les choses sans vraiment y penser, jusque là, prenant le tout comme ça venait sans se préoccuper des conséquences... Comme d'habitude, quoi. Mais depuis deux jours, et depuis la première fois qu'ils avaient fait l'amour, la veille... Il réalisait que ce qui se passait entre eux n'était pas anodin. Que Sanji n'était pas un simple amant passager. Passager, il le serait peut-être... mais il laisserait des traces. Ça, il en était de plus en plus sûr.

D'un côté, c'était génial. Hyper grisant. Il découvrait tout un tas de choses, de sensations, qu'il n'avait jamais rencontrées avant. Il aimait la manière dont il avait l'impression d'être normal, en sa compagnie. Comme s'ils étaient deux jeunes hommes libres et sans réels problèmes, deux étudiants qui sortaient en bar, buvaient, riaient, dansaient, rentraient chez eux et faisaient l'amour...

D'un autre côté... Tout ça empirait le reste. Retourner bosser après ça ? Il évitait soigneusement d'y penser. Reprendre sa vie de merde, quand Sanji lui montrait plus que jamais qu'autre chose pouvait exister ? Quand la veille, au comptoir du Moby Dick, Sanji avait naturellement commencé à lui raconter ses anecdotes de travail -son quotidien simple de cuistot talentueux, mais modeste, partageant son quotidien entre son restaurant, son petit appartement douillet et ses amis le week-end, avec une semaine de vacance à droite ou à gauche de temps en temps... Il s'était surpris à y songer, lui aussi. Il avait repensé plus sérieusement à la boite à chaussure qu'il gardait dans le fond d'un de ses placards et ou il entreposait soigneusement ses économies dans l'espoir illusoire qu'un jour elles serviraient à autre chose qu'à sortir un de ses amis d'une grosse panade... Et si lui aussi, il se barrait ? Et si une bonne fois pour toutes, il laissait tout ça derrière lui, pour vivre une vie peinarde ?

C'était marrant cinq minutes, de penser ça. Mais il n'avait pas besoin d'y réfléchir bien longtemps pour se rendre compte que c'était complètement irréaliste. Law malade qui aurait sans doute besoin de son argent, Teach et Lucci qui lui collaient au cul, comment il pourrait partir ? Sans compter qu'il avait jamais rien fait d'autre que vendre son corps, lui. Il n'était pas Sanji et son incroyable talent de cuistot. Il ne savait rien faire. Il était foutu, il le savait bien...

Complètement calmé, il se recoucha, faisant face au jeune homme, collant presque son front au sien, passant un bras au dessus de son corps.

-Tu fais chier, lui murmura-il. T'es trop troublant, quand tu t'y met...


Sanji fut brusquement réveillé par des coups sourds frappés à la porte. Il ouvrait à peine les yeux qu'il entendit ladite porte s'ouvrir et le bruit des pas de trois personnes entrer sans gène dans l'appartement.

C'est quoi, ce débarquement ?

Couché sur le ventre, il se redressa sur ses coudes et se retourna un peu péniblement, pas franchement réveillé. La première chose qu'il vit fut Ace à côté de lui, assis sur son lit, manifestement fraîchement réveillé lui aussi, le regard étonnamment dur.

La deuxième chose fut les trois mecs en costards, flingue à la ceinture, qui venaient de débarquer dans l'appartement.

Qu'est-ce que...

Il s'assit brusquement à son tour, couvrant son corps nu de la fine couverture, plus que surpris. C'était quoi, ce bordel ?

Deux des hommes étaient plus grand que l'autre et restaient un peu en retrait, oreillette collée au visage, lunettes opaques sur le nez. Un vrai cliché du garde du corps pour mec pas net. Le troisième, qui les menait clairement, était légèrement plus petit et fin, mais athlétique, et portait ses cheveux longs et bouclés détachés sur ses épaules. Sa veste de costard était nonchalamment repliée sur ses avant-bras et il portait, chose assez étrange dans ce contexte, un chapeau haut-de-forme assorti. Sa barbe et ses sourcils étaient taillés assez étrangement – quoi que sur ce dernier point, Sanji était mal placé pour faire des remarques, il le concédait sans peine. Enfin bon, tout ça ne disait pas ce que ces mec foutaient là, ni pourquoi le mec au chapeau faisait tranquillement tourner un double des clés de Ace autour de son doigts.

-Tu connaît ces gars? Murmura-il.

-Dis-leur rien, surtout, lui siffla son voisin entre ses dents serrées.

-Salut, Portgas, les interrompit l'homme, un léger sourire sur les lèvres. Je suis surpris de voir que t'es pas tout seul. Je croyais que tu refusais de ramener des clients ici...

-C'est pas un client, répondit l'intéressé d'une voix sourde, les sourcils froncés.

Le type au chapeau marqua une pause, haussant un peu les sourcils.

-Tiens donc. C'est encore plus rare alors. Pourquoi tu nous a pas présenté ta fiancée ?

Ace ne répondit pas, se contentant de froncer encore davantage les sourcils. Sanji tiqua, mais se retint de répondre, gardant à l'esprit ce que le brun lui avait ordonné.

Le nouveau venu examina le cuistot de haut en bas, une expression intéressée sur le visage. Ce dernier ne cilla pas mais fronça à son tour les sourcils, mal à l'aise. Il lui voulait quoi, lui ?

-Il est plutôt mignon, finit pas lâcher l'autre à la fin de son examen. Il plairait au patron, j'en suis sûr.

Hein ?

-N'y pense même pas, Lucci, gronda Ace.

-Ooh, c'est chasse gardée, c'est ça ?

-La ferme. Allez plutôt m'attendre dans le couloir. J'arrive.

Le type au chapeau plissa les yeux. De toute évidence, il n'avait pas apprécié le fait que Ace lui donne un ordre, mais après quelques secondes de silence il finit par prendre son parti, esquissant un signe de tête à l'adresse des deux autres et faisant volte-face pour sortir de l'appartement. Sanji déglutit et Ace eut un soupir.

-C'était quoi, ça ? Demanda le cuistot en se tournant vers son vis-à-vis, dès que la porte se fut refermée et qu'il furent à nouveau seuls.

-Lucci. Un sous-fifre du bâtard. Des fois son chef l'envoie me chercher plutôt que de laisser un message au Moby Dick, quand c'est urgent.

-Il a un double des clés de chez toi ?

-Ouais... ça faisait partie des conditions quand j'ai pris mon indépendance.

-Merde...

-T'inquiète pas, il est fêlé, mais obéissant. Il nous fera pas de mal si le bâtard ne le lui ordonne pas, et ça, ça n'arrivera pas.

Ace se leva et enfila un boxer et un jean, puis une chemise qu'il laissa ouverte. Il se tourna ensuite vers lui, un léger sourire sur les lèvres, comme s'il se voulait rassurant.

-Je vais voir ce qu'il me veux, ok ? Fais comme chez toi, fais-toi du café. J'en ai pas pour longtemps.

Sanji lui rendit son sourire, pas franchement rassuré, et le brun sortit. Le cuistot resta seul dans l'appartement silencieux, songeur, un peu troublé de ce qu'il venait de voir. Ce Lucci... Pas besoin d'avoir un bac plus sept en psychologie pour comprendre qu'il était complètement malade. Il regardait Ace -et lui, par la même occasion- comme une bout de viande...

Si ça se trouvait, il l'avait déjà acheté...

Il secoua la tête en fermant les yeux. Non. Il ne fallait pas qu'il pense à ce genre de choses.


-Alors ? C'est qui, ce blondinet ? Il a l'air ni d'un voyou, ni d'une pute...

-Bien vu. Mais c'est pas tes affaires.

-Me dit pas que c'est un civil... ? Me dit pas... me dit pas que c'est ton mec ?

-C'est pas mon mec. Et de toute façon, je vois pas en quoi ça te regarde, souffla Ace, irrité.

-Bien sûr que ça me regarde, lui répondit Lucci en lui lançant un regard perçant, son sourire torve toujours sur les lèvres. Faudrait pas que tu commence à penser à te ranger, Ace...

-C'est pas le cas. Et de toute façon, je fais ce que je veux.

-Si ça te fait plaisir de croire ça... Le patron te laisse faire ta vie parce qu'il t'aime bien. Mais il laissera pas partir sa pute la plus onéreuse comme ça...

-C'est pas la peine de me dire ce que je sais déjà. Dis moi ce que vous attendez de moi et cassez-vous de chez moi.

-Teach te veux cette après-midi pour quatorze heures. Il attend un invité de choix pour faire affaire et il entend bien t'offrir comme cadeau de bienvenue...

-Ok, j'y serais. Vous pouvez partir, maintenant.

Lucci perdit son sourire et Ace serra les dents. C'était risqué de lui parler comme il le faisait, il risquait de le payer cher, il le savait. Mais ça avait été trop tentant.

Le second de l'homme qu'il haïssait le plus au monde se rapprocha de lui, collant presque son corps au sien, se mettant à tirer négligemment le col de sa chemise toujours ouverte.

-T'a de la chance que je soie pressé aujourd'hui, Portgas. J'aurais pas été contre une petite douceur...

Ace se raidit insensiblement, restant silencieux. Tout ce qu'il voulait, c'était que ces mecs s'en aillent. Quittent cet immeuble, s'éloignent de lui. Et de Sanji. Les laissent tranquille. Il savait bien que Lucci était tout à fait capable de lui demander une passe maintenant, et il n'en avait vraiment, vraiment pas envie.

Mais il ne devait surtout pas le montrer. Cacher son stress, cacher sa peur. Ou ce sadique s'en donnerait à cœur joie, il ne le savait que trop bien.

-...Mais j'en profiterais plus tard. Tu perd rien pour attendre...

Il fit glisser son doigt dans son cou, sous son menton, et s'éloigna d'un coup, faisant demi-tour pour repartir dans le couloir de l'immeuble, suivi aussitôt par ses deux sous-fifres silencieux. Ace resta quelques instants sans bouger, appuyé contre le mur, les yeux baissés, jusqu'à ce qu'il les ai entendus descendre les escalier et sortir du bâtiment.

Il porta sa main à son visage, blasé. Putain. Il avait pas envie, mais alors vraiment pas envie, d'y aller.

Puis pris d'une impulsion, il se redressa et poussa la porte de son appartement pour rentrer. La cafetière chauffait sur le gaz, l'odeur familière du café se répandait dans la petite pièce. Sanji, debout à côté du lit, finissait de s'habiller, boutonnant sa chemise bleu pâle, le visage penché, l'air concentré. Lorsqu'il l'entendit entrer il releva la tête, fixant sur lui un oeil un peu interrogateur, un peu inquiet.

-ça va ?

Me demande pas. Me regarde pas comme ça.

Il se força à sourire.

-Ouais, t'inquiète.

Il vit que le cuistot voulait poser des questions, alors il s'approcha de lui et pris son visage entre ses mains.

Et il l'embrassa doucement, plus doucement qu'il ne l'avait jamais fait jusqu'alors. Le blond parut un instant surpris, puis il répondit sans broncher, posant ses mains sur ses hanches. Lorsqu'ils rompirent le contact quelques secondes plus tard, Ace passa ses bras dans son dos et se serra contre lui sans un mot, nichant son visage dans son cou. Il le sentit hésiter avant de lui rendre son étreinte. Sans doute qu'il ne comprenait pas trop ce subit accès de tendresse. Mais il en avait besoin. Comme à chaque fois qu'il voyait Lucci... Il se sentait crade. Comme si son corps ne lui appartenait plus vraiment.

C'était presque pire qu'avant... mais les bras de Sanji lui faisaient du bien. Alors ça irait, pas vrai ? Pour l'instant.


-Ace... ! Ça faisait longtemps, dis-donc. Lucci tient tellement à s'occuper de toi que je ne te croise jamais.

Soupir.

-Qu'est-ce que tu me veux ? J'aurais pu aller bosser directement.

-Toujours aussi aimable à ce que je vois... On est pas pressés, voyons. Tu veux boire quelque chose ? Ou manger, peut-être ? J'imagine que t'a toujours cet appétit légendaire que t'avais quand t'es arrivé ici... Demande et j'envoie quelqu'un aux cuisine te chercher ce que tu veux.

-ça ira, merci.

Ace enfonça ses mains dans ses poches, jetant un coup d'œil renfrogné autour de lui. Rien n'avait vraiment changé dans le « salon » de Teach, la pièce luxueuse ou il recevait ses invités et traitait la plupart de ses affaires. Quatre larges canapés de cuir bordeaux disposés en carré et se faisant face autour d'une immense table basse en verre, couverts de coussins et vides pour l'instant -mais le bâtard n'hésitait pas, à l'occasion, à y faire s'y asseoir ses plus beaux et belles prostitué.e.s, pour accueillir ses invités de marque. Un immense lustre de cristal au plafond, une cheminée de marbre vide, un bar luxueux derrière lequel se tenait toujours Lafitte, le barman personnel du patron -et son gardien des secrets- prêt à préparer en un instant n'importe quel cocktail à base d'alcool hors de prix -rien qui vaille jamais les fabuleuses préparations de Marco, bien entendu.

Chemise noire entrouverte, chaîne en or, bagues aux doigts, sourire édenté, rire gras : Teach, assis confortablement sur l'un des canapés, faisait face à Ace, un verre de whisky à la main. C'était ce que le jeune prostitué détestait le plus chez lui : cette amabilité, cette sympathie mal placée qu'il avait toujours à l'égard de tout le monde, même de ceux qu'il détestait, même de ceux qu'il exploitait. C'était ce faux sourire qui l'avait poussé, enfant, à faire tout ce que son propriétaire lui disait sans se poser trop de question. C'était cette saloperie de sourire qui dissimulait si bien sa cruauté sans bornes, qui l'avait perdu définitivement, ainsi que beaucoup d'autres, sans doute.

-Alors, pourquoi tu voulait me voir ?

-Assied-toi, Ace.

Le jeune homme soupira bruyamment avant de s'exécuter, jugeant que les choses iraient plus vite s'il allait un minimum dans son sens. Il voulait écourter le plus possible le temps qu'il passait dans la même pièce que cet enfoiré.

-Alors ?

-Je voulais te voir un peu de mes propres yeux. Mes clients sont toujours plus que satisfaits de tes services, mais tu vois... Il y a presque un an que je ne t'avais pas vu, étant donné que tu m'évite si bien, et les putes vieillissent tellement mal des fois... Je voulais voir par moi-même si tu n'avais pas perdu en fraîcheur, disons.

Il rit.

-Une fois de plus tu ne me déçois pas. Tu a même l'air plus en forme que la dernière fois...

-Sérieusement ? Tu m'a juste appelé pour pouvoir me reluquer ?

-Pas seulement.

Teach posa son verre sur la table et se redressa un peu. Son sourire ne quitta pas ses lèvres, mais il pris un ton plus sérieux.

-Lucci se fait du soucis à ton sujet, tu sais.

-Lucci est capable de se faire du soucis ?

-Il pense que tu veux partir.

-Je sais. C'est un abruti. Tu le sais aussi bien que moi, j'irais nul part. Ou tu voudrais que j'aille ?

Teach se mit aussitôt à rire, puis il reprit son verre en main et se laissa aller dans le dossier de son fauteuil, l'observant un instant sans rien dire avant de continuer :

-Content de te l'entendre dire. Mais je tenais à ce que tu sache que je t'ai à l'œil.

-Si ça peut te faire plaisir. Je peux aller bosser maintenant ?

-Bien sûr, t'es là pour ça après tout.

Le bâtard lâcha un autre rire et Ace se leva aussitôt, enfonçant à nouveau ses mains dans ses poches et quittant la pièce sans demander son reste. Sans le regarder, surtout.

Le dernier des bâtards, ouais.

Une petite piqûre de rappel fait jamais de mal, pas vrai ?

Tu peux traîner avec des journaleux d'East Blue. Tu peux coucher avec Sanji autant de fois que tu veux. Tu peux même l'épouser, ça changera rien.

Ton corps t'appartient plus depuis que ce mec t'a recruté il y a presque dix ans.

T'es qu'une pute. Sa pute.

Et tant qu'il aura pas décidé du contraire, tu seras jamais plus.


-Bon, Ace, va falloir que tu m'explique, là. Tu te l'es faite, au final, la blondinette, ou pas ? Demanda Kidd en posant bruyamment sa bière sur la table.

L'intéressé le regarda, haussant les sourcils.

-Tu sais que l'énorme intérêt que tu porte à ma vie sexuelle pourrait porter à confusion ?

-Allez, fait pas ton Law, là. Dis-nous.

Ace soupira, le sourire aux lèvres, et but une gorgée de bière en dardant un regard un peu embrumé sur la salle. L'ambiance était plutôt festive au Moby Dick, ce soir. La piste de danse était encombrée par une vingtaine de danseurs se trémoussant sur le rythme endiablé de Back in the USSR des Beatles. Au bar, Shakky, la serveuse qui bossait avec Marco, servait verre après verre avec un calme olympien. Marco était là aussi, mais il était occupé à répondre aux questions de Zoro, attablé avec ce dernier et Sanji à une table dans un coin. Leur échange durait depuis près de deux heures, et le journaliste prenait des notes quasi sans interruption -de toute évidence, les histoires du barman avaient énormément d'intérêt pour lui.

-Bon, tu répond ?

-Tu me fais chier, Kidd.

-Ouais, Kidd, t'es lourd, soupira aussi Law, le nez dans son verre.

-Répond juste et j'arrêterais. Vous avez couché ensemble ?

-Ouais.

-Et alors, il est comment ?

-T'a dis que t'arrêterais, putain !

-Mais je veux savoir ! Il est aussi coincé que dans la vraie vie ? Ou alors...

-Ta gueule, Kidd. T'es un gros porc.

-Dis-moi au moins si c'est un bon coup... !

En entendant ces mots, Ace ne put retenir un sourire et son ami partit dans un grand rire.

-Ok, c'est bon, pas besoin de répondre. Il cache bien son jeu, cet enfoiré de blondie...

-Vous voulez boire quelque chose, les gars ?

-Oh, vous avez fini l'interview ? Demanda Kidd à Marco qui venait d'arriver près de leur table. Tu paye ta tournée, c'est ça ?

-En quel honneur je ferais ça ? Répondit le barman avec un sourire.

-Pour nos beaux yeux, comme d'habitude, lui glissa Ace avec un sourire moqueur.

-Moi, je paye la tournée, lâcha Zoro en s'attablant avec eux. Faut bien que j'utilise le fric du journal pour quelque chose, après tout.

Sanji s'assit à son tour entre ce dernier et Ace, hochant la tête pour approuver -pour une fois- les dires du journaliste. Marco prit leurs commandes et fit volte-face pour aller les servir.

-Alors, il vous a raconté plein de crasses sur nous ? Grinça Kidd dès qu'il se fut un peu éloigné.

-Ouais, plein. Tu m'avais jamais parlé de ton rapport à la violence, toi, lui répondit Zoro du tac au tac, détendu et un peu moqueur.

-Parce que tu m'a jamais demandé quoi que ce soit qui s'en rapproche.

-T'es pas obligé de m'en parler, mais ça serait intéressant pour comprendre le...

-C'est bon, j'ai compris. Je t'en parlerais demain. Ce soir, on parle pas de votre livre à la con, on a mieux à faire.

-Comme finir notre concours d'alcool, je présume ? Le devança Zoro, un sourire torve sur les lèvres.

-Et c'est repartit, le show des alcooliques stupides, soupira Sanji avant de remercier Marco qui lui apportait un Punk Hazard.

Ace pris à son tour la bière que le barman lui tendait et envoya un sourire au cuistot. Il ne résista pas à l'envie de glisser sa main jusqu'à sa cuisse sous la table, pressant doucement la peau qu'il sentait tiède sous le jean. Le blond ne réagit pas, mais une légère rougeur de gêne apparut sur ses joues et l'ayant remarquée, le jeune homme retira sa main. Il n'avait pas envie de se moquer de lui ce soir.

La conversation reprit, glissant sur des sujets divers avant d'atterrir sur East Blue. Depuis le début de leur séjour, ils n'avaient que très rarement parlé de la ville natale des deux journalistes et Kidd et Law se mirent à poser quelques questions -Est-ce qu'il y a beaucoup de bars ? Les mecs sont tous canons comme vous ? Ya vraiment pas de putes là-bas? - auxquelles Sanji et Zoro se firent un plaisir de répondre. Seul Ace restait silencieux, buvant sa bière en écoutant en silence.

-De toute façon, vous verrez par vous-même, conclut Zoro au bout d'un moment. On vous invitera sans doute quelques jours pour la sortie du livre, tout les trois.

-Vraiment ? Répondit Kidd, l'air interloqué.

-Ben ouais. Ça vous ferait pas plaisir ?

-J'sais pas. On est jamais vraiment sortis de Gray Terminal, tu sais, dit doucement Law.

-Justement, ça pourrais être marrant, non ?

-Ouais...

Sanji se tourna vers Ace pour voir sa réaction. Ce dernier eut un petit sourire mais resta silencieux, détournant le regard, et le cuistot pencha un peu la tête sur le côté, surpris.

-Bon, c'est pas tout ça, enchaîna Kidd suite au petit silence qui s'ensuivit, mais on a un concours à reprendre, nous.

Au moment même ou il disait cela, la musique de fond changea, passant à Magic Carpet Ride de Steppenwolf, réchauffant aussitôt l'atmosphère. Le roux se leva et alla au bar demander une énième ligne de shot, dans l'espoir de vaincre enfin Zoro qui semblait plus déterminé que jamais à ne pas se laisser abattre. Law soupira et secoua la tête d'un air agacé et recommanda à boire ; Ace et Sanji, qui avaient fini leurs verres respectifs, firent de même. Ce dernier buvait un peu trop vite, mal à l'aise. Il sentait que quelque chose était un peu différent avec Ace, par rapport au moment ou il l'avait quitté ce matin. Il avait comme l'air... triste ? Plus réservé que d'habitude, et ses rares sourires sonnaient faux.

Est-ce qu'il s'était passé quelque chose ?

Il n'eut pas le loisir de le lui demande, car le concours commença et ils furent forcés d'observer un instant les deux brutes de leur groupe enchaîner shots après shots avec une facilité déconcertante. Au bout de quelques minutes, Law soupira une énième fois et finit par prendre la parole.

-On va vraiment passer la soirée à les regarder boire ?

Il fouilla dans la poche de son jean et en sortit un petit sachet en plastique qu'il fit tournoyer entre ses doigts.

-Ou on va s'éclater un peu pour une fois ?


Ace regarda Law et fronça les sourcils. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais se ravisa.

D'abord, Law leur avait fait promettre de ne parler de sa maladie à personne d'autre. Il pouvait aisément comprendre ce point : parfois, quand tout allait mal, il n'y avait rien de pire que d'être pris en pitié.

Ensuite, il leur avait demandé de le laisser vivre sa vie comme il l'entendait jusqu'à la fin. Il le leur avait fait promettre aussi, même s'il avait davantage peiné à les convaincre.

Je vais pas finir ma vie à vivre comme un enfant de chœur sous prétexte que je suis malade. Alors que ce soit bien clair pour vous deux, parce que je vous voit venir d'ici. Je picole autant que je veux. Je continue de faire des passes si je veux. Je me drogue si je veux. C'est bien clair ?

C'était de la folie, vu son état. Mais après tout, si c'était lui qui le voulait... Et puis il avait raison. Law avait toujours vécu comme ça. Ils n'allaient pas lui enlever ses maigres réconforts sous prétexte que ça risquait de raccourcir encore le temps pas très long qu'il lui restait.

Il secoua imperceptiblement la tête. Il ne fallait pas qu'il pense à ça. Pas maintenant. Ni à ça, ni à son entrevue avec le bâtard cette après-midi... Sanji commençait à le regarder d'un air inquiet. Il fallait qu'il se secoue.

-Très bonne idée, Law. Amusons-nous un peu, lança-il en décollant son dos du dossier de la banquette pour se pencher vers lui en souriant.

Sanji cligna plusieurs fois des yeux avec l'air de ne pas tout à fait comprendre. Kidd haussa les épaules en grognant avant de vider un verre de plus, tandis que Zoro fronçait les sourcils en les regardant.

-Vous allez vraiment prendre ça ici ?

Ace ricana.

-S'il y a bien une chose que tu dois retenir et mettre dans ton foutu bouquin, toi...

Il se décala un peu sur la banquette pour se rapprocher de Law, passa un bras autour de ses épaules et tendis le visage vers lui avec un haussement de sourcils suggestif. Son ami compris le message et ouvrit le sachet pour faire tomber au creux de sa paume un petit cachet violet pâle, qu'il attrapa entre deux doigts pour le passer entre ses lèvres. Ace l'avala avec un sourire et se tourna à nouveau vers le journaliste.

-C'est que le pire ennemi d'une pute, c'est sa lucidité.


Sanji regarda Ace avaler le cacheton en haussant les sourcils. Il n'avait aucune idée de ce que ça pouvait être précisément, mais il était sûr que ça n'avait rien de légal. Il savait bien que les trois prostitués prenaient ce genre de drogues régulièrement, mais il n'aurait jamais pensé que ça puisse arriver aussi facilement... Et quelque chose le dérangeait dans le comportement de Ace. Il le sentait étrangement cynique, et la phrase qu'il venait de dire à Zoro...

Mais en même temps, ça l'intriguait. Il était toujours autant séduit par cet aspect là de la personnalité de Ace... par cette facilité qu'il avait à avancer dans la vie à grande foulées, en prenant tout ce qui se présentait à lui, en expérimentant tout sans se soucier d'aucun lendemain.

Il avait presque envie de le suivre...

Law avala à son tour un cachet et vida son verre pour le faire passer. D'un geste, il en proposa un à Kidd qui secoua la tête, puis à Zoro qui fit de même. Ace se saisit du sachet en plastique après avoir lui aussi vidé sa deuxième bière et se rapprocha de Sanji.

-ça te tente pas d'essayer ?

-...

-Ou tu préfère rester sur terre pendant que je décolle ?

Le cuistot fit la moue devant son sourire provocateur. Son bon sens lui hurlait de dire non. Ce n'était pas parce qu'il fréquentait Ace et qu'il... l'appréciait beaucoup, qu'il était obligé de le suivre dans toutes ses embardées de tête brûlée.

Mais en même temps... ça faisait partie du truc, non ? Plus il avançait, plus il avait envie de vivre à fond l'expérience de ce centre de Gray Terminal. Quitte à ensuite tout quitter pour reprendre une vie d'enfant modèle...

Il avait envie de la suivre, cette tête brûlée, de se laisser griser par tout dans son sillage...

Ace finit de le convaincre lorsqu'il piocha un autre cachet dans le sachet et le pinça entre ses lèvres, tournant la tête vers lui, un sourire enjôleur dans les yeux.

Ignorant une fois de plus son bon sens, ignorant tout ce que lui avait inculqué son éducation jusque là, ignorant surtout le regard de Zoro qui, les yeux écarquillés, semblait plus que surpris de ce changement chez lui, il se pencha avec un sourire et posa ses lèvres sur celles d'Ace, capturant la petite capsule de drogue et la faisant entrer dans son organisme.

Même Kidd et Law parurent surpris. De le voir se droguer, ou de le voir embrasser leur ami devant tout le monde ? Les deux, probablement. Quoi qu'il en soit, plus que jamais, Sanji avait l'impression de devenir quelqu'un d'autre.

Et c'était grisant. C'était incroyablement grisant.

Ace éclata de rire et se leva pour le tirer vers la piste de danse.


Et voilà!

J'espère vraiment que ce chapitre vous aura plu. On sort un peu de l'ambiance du dernier chapitre tout mignon, mais en même temps, malheureusement, le monde allait pas s'arrêter de tourner pour nos petits amours.

Vous êtes nombreux à me demander des nouvelles de Law, je sais que dans ce chapitre il apparaît encore assez superficiellement, mais dans le prochain je vous promet au moins un peu de temps d'apparition sérieux pour lui héhé.

Laissez-moi vos avis sur le petit Sanji qui s'encanaille, sur ces enfoirés de Lucci ou Teach, sur la beaugossitude de Ace, la décadence de Law ou que sais-je encore, mais laissez-moi vos avis.

On se retrouve le 30 février pour la suite!