Salut tout le monde!

On se retrouve pour un chapitre... Qui ma foi... risque de vous fracasser le cœur si la fic vous touchait déjà jusque là, vous êtes prévenus !

J'espère que vous ne me détesterez pas trop, de toute façon je me déteste déjà pour ce que j'y ai fait alors pas d'inquiétude x) .

Je vous laisse à votre lecture, comme toujours un grand merci à tout ceux qui me laissent des reviews c'est vraiment adorable et ça fait chaud au cœur.

On se retrouve en bas, à tout à l'heure!


[Gray Terminal, jour 17]


-Je vous paye un verre à tous.

-Ah ouais ? Et en quel honneur ?

-On s'en branle, Law. Il dit qu'il paye un verre, on va pas cracher dessus.

-On a le droit de prendre le cocktail le plus cher de la carte alors ?

-Ouais.

-Quoi, sérieux ? Qu'est-ce qu'on fête ? Rit Ace en passant négligemment son bras autour des épaules de Sanji.

Ce dernier baissa les yeux. Il croyait savoir d'où venait ce subit accès de générosité de la part de Zoro.

Et il n'avait pas franchement envie qu'ils en parlent, même pour tout les verres du monde.

Il avait encore passé la nuit chez Ace, la veille. Et aujourd'hui, après avoir dormi jusqu'à midi -il était sans doute encore crevé de tout ce qu'il s'était passé ces derniers jours- il avait squatté chez lui jusqu'au soir, ou ils avaient décidé de rejoindre Kidd, Law et le journaliste au Moby Dick.

Il n'avait réussi à lui annoncer la nouvelle de leur départ imminent. Parce qu'il savait que cette nouvelle provoquerait une conversation entre eux, dont il n'était pas sûr qu'il veuille qu'elle advienne tout de suite.

Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?

On est quoi, d'ailleurs ?

Je suis quoi pour toi ?

Il n'avait pas vraiment adressé la parole à Zoro non plus. Il était conscient de lui avoir dit des choses assez dures avant de s'en aller, la veille. Ils n'étaient pas trop du genre à se faire la gueule, eux deux, plutôt à se balancer leurs quatre vérités jusqu'à ce que ça aille mieux, d'habitude. Mais il sentait quand même un certain froid. Il n'avait pas le moins du monde l'intention de s'excuser, non. Ce crétin de marimo n'avait eu que ce qu'il méritait. Il se prenait pour qui, sa conseillère matrimoniale ?

Comme si des conseils pouvaient lui être d'une moindre utilité vu la complexité de la situation...

-Notre départ. On rentre à East Blue.

Sanji n'osa pas regarder le visage de Ace, gardant les yeux fixés sur la table sans rien dire. Kidd et Law, après quelques secondes de silence, réagirent simplement :

-Ah, ok. C'est vrai qu'on a un peu fait le tour en même temps.

-J'allais justement vous poser la question de quand est-ce que vous pensiez partir.

-ça nous donne une bonne excuse pour encore faire la fête...

-Oui, c'est pas comme si c'était des adieux en plus, leur répondit Zoro, l'air détendu. Je reviendrais peut-être dans les mois à venir pour faire quelques mises au point, même si en soi, à partir de maintenant, on peux plus ou moins tout régler par téléphone. Et j'imagine que pour la sortie du livre la rédaction de GrandLine vous paiera un petit voyage à East Blue tout frais compris. On parlera des détails plus tard, pour ce qui est de la promotion du livre...

-Il va sortir bientôt ? Demanda Law en haussant un sourcil.

-Oui. Mon boss est plutôt du genre à faire faire ce genre de choses rapidement, surtout pour des livre documentaires. Et j'avais déjà réalisé un travail de fond sur la prostitution en amont, alors en gros, à partir de maintenant, j'ai plus qu'à coller les morceaux. Ça sera sans doute seulement l'affaire de quelques mois – la direction du journal aimerait bien qu'on sorte le livre avant les grandes remises de prix journalistiques de l'année. Ils pensent qu'avec un sujet pareil, on a sans doute moyen d'en rafler quelques-uns.

Sanji l'écoutait d'une oreille, n'osant toujours pas tourner la tête vers le jeune homme assis à côté de lui, qui n'avait toujours pas émis le moindre son. Il finit par le regarder un peu timidement, tentant un semblant de sourire, et Ace fit de même, un air un peu triste dans les yeux. Il sentit son cœur se serrer.

Merde, il n'allait pas y arriver.

-Je vais chercher nos boissons, du coup. Bière pour tout le monde ou il y a autre chose ? Déclara-il en se levant soudainement.

Bière pour tout le monde.

Il se détourna de la table, traversa la salle et alla s'accouder au bar, passant la commande à la serveuse Shakky -Marco avait quitté son poste et était assis à une table dans un coin, en conversation avec un moustachu à la forte carrure qu'il n'avait encore jamais vu. Ils avaient tout deux le sourire aux lèvres, mais la conversation semblait très sérieuse.

Regardant à nouveau le bar, il souffla.

Merde. Il n'avait toujours pas la moindre idée de ce qu'il allait faire.

Les paroles de Zoro tournaient en boucle dans sa tête...

Raaah...

Il se sentais coincé.

-Eh, Blondie. Ça va pas ?

Ace vint s'accouder au comptoir à côté de lui.

Sanji le regarda, l'air un peu troublé.

-... Si, si. Ça va.

-Alors comme ça tu va partir ?

Le cuistot détourna le regard, évitant tout contact avec ses yeux noirs. Son cœur se serrait, il se sentait mal.

-En même temps, c'est vrai que Kidd et Law vous ont un peu tout dit... Et puis East Blue dois vous manquer, j'imagine...

-... Pas tant que ça...

Sanji n'y arrivait pas. Il ne parvenait pas à mettre des mots sur ce qu'il ressentait, à dire à Ace ce qui lui faisait mal dans cette situation, à lui dire qu'il ne voulait pas partir... parce qu'au fond il avait peur, peur de voir que le jeune homme, lui, n'était pas affecté plus que ça par son départ, peur de voir qu'il n'avait été, peut-être, qu'un mec avec qui passer du bon temps parmi d'autres, qui serait vite oublié dès qu'il quitterais la ville...

Il y eut un léger silence, troublé par les discussions des gens autour d'eux, et par But Not For Me de Chet Baker qui passait en fond et qui, pour une raison qu'il ignorait, lui donnait envie de pleurer -peut-être parce que pour une fois, la playlist du Moby Dick passait une des chansons qu'il avait déjà l'habitude d'écouter à East Blue. Puis Ace finit par lâcher :

-... Tu va me manquer.

Sanji tourna brusquement la tête vers lui, sans rien dire pour autant, se mordant les lèvres.

Puis il baissa les yeux et murmura, juste assez fort pour que l'autre puisse l'entendre :

-Toi aussi.

Il fronça les sourcils.

-En fait, je... Je sais pas si j'ai très envie de partir.

-...Comment ça ?

-Je... je suis venu ici parce que je me sentais pas bien, là ou j'étais. Et ici, bah... Je vais pas mentir, ça a été compliqué au début, il a fallu que je m'acclimate, mais au final... c'est mieux. Je préfère. Alors... j'ai pas encore décidé de ce que j'allais faire, mais...

Il releva la tête. Ace le regardait en silence, une expression indéchiffrable sur le visage.

-Quoi ? Lui demanda le cuistot.

-Quoi quoi ?

-T'en pense quoi ?

-Je sais pas. J'en pense que si il y a deux semaines on m'avait dit que cette blondinette effarouchée allait un jour vouloir vivre ici sur le long terme, je me serais bien fendu la gueule.

-Que... ! Tu sais ce qu'elle te dit, la blondinette ? Répliqua Sanji en lui envoyant un coup de pied qu'Ace esquiva en riant.

-Je sais vraiment pas quoi en penser, blondie, ajouta-il en reprenant son sérieux. Je... voudrais pas t'influencer, en fait. Fait ce que tu veux.

-Mais tu serais content que je reste ?

-...Ouais...

-Et tu serais triste que je parte ?

-...

Ace détourna le regard, l'expression toujours neutre, mais ses yeux brillaient d'une lueur qu'il n'avait jamais vraiment vue jusqu'alors.

-... j'ai pas trop envie d'y penser.

Le cuistot le regarda en silence. Ça voulait dire quoi, ça, exactement ?

Il soupira. Il n'était pas beaucoup plus avancé, mais le poids sur son cœur s'était un peu allégé.

-Ace... commença-il.

-Putain, blondie, t'étais pas censé aller nous chercher nos bières ? L'interrompit Kidd en arrivant près du bar.

-Ah ouais... Pardon.

Le roux s'empara de sa boisson ainsi que de celle de Zoro et Law en râlant de plus belle avant de repartir en direction de leur table. Sanji le suivit des yeux avant de se tourner à nouveau vers Ace, pour constater que ce dernier s'était éloigné pendant l'intervention de son ami. Apparemment il avait été abordé et entraîné plus loin par un homme de haute taille qui lui parlait, penché vers lui, l'air sérieux.

Il se figea.

Ce mec. Il l'avait déjà vu.

Ce soir-là, quand il était monté dans un taxi avec Zoro et qu'il avait surpris Ace en train de sortir avec un...

Ce mec...

C'est un client.

Merde.

Il se détourna d'eux pour se mettre face au bar, attrapant machinalement sa bière qui attendait toujours à côté de celle du brun. Il faillit s'étouffer avec sa première gorgée et toussa un peu avant de vider la moitié du verre, l'esprit en ébullition.

Merde.

Je suis censé faire quoi, là ?

Fausse question.

Il savait ce qu'il était censé faire. Laisser ce qui était en train d'arriver arriver et revenir vers Ace comme si de rien n'était. Après tout, c'était son travail.

Juste son travail...

Il ne devait pas le voir autrement...

C'est pas grave, Sanji, c'est pas grave.

C'est comme ça. Depuis le début. Et tu le sais.

Et tu dois l'accepter.

Il soupira profondément et termina sa bière, comme s'il espérait que boire lui rendrait les idées plus claires, le regard dans le vide, écoutant d'une oreille distraite Walk on the Wild Side de Lou Reed, au son duquel le bar prenait une atmosphère veloutée étrange.

Il ne sut pas vraiment combien de temps il était resté ainsi lorsque Ace le rejoignit, le faisant sursauter en lui touchant l'épaule.

-Hé. Tu rêvasse ?

-Hein ? …. Ouais, un peu... murmura-il en se tournant vers lui.

-Je vais devoir m'absenter un moment, mais j'en ai pas pour longtemps.

-Ah ouais... ? Tu va ou ?

-Une passe vite fait... J'en ai pas pour longtemps, je reviens dans... une demie-heure max. Tu m'attend ? J'ai quand même envie qu'on passe la soirée ensemble.

-...Ok, s'entendit répondre Sanji, qui le regarda enfiler sa veste et sortir sans faire un seul mouvement, médusé.

Merde, il va vraiment...

Là, maintenant, il va...

Avec ce mec...

Il va se vendre, il va...

Il se couvrit la bouche d'une main, s'appuyant de l'autre contre le bar, nauséeux. Il serra brièvement les paupières, tentant de chasser les images que son cerveau lui envoyait.

Ace acheté, échangé contre un billet, traité comme un objet...

Non. Il ne devait pas y penser, il ne devait pas imaginer ce qui était en train de se passer...

T'es un gros naïf, Sanji.

Tu le savais. Tu savais bien qu'il continuait à faire ça. C'est pas comme si il allait arrêter pour tes beaux yeux.

Et tu voudrais lui dire quoi ? De ne plus le faire ? Et qui paiera son loyer et sa bouffe ? Toi peut-être ?

T'es trop con.

Oublie pas que vous venez pas du même monde...

-Quelque chose ne va pas, mon chou ?

Il rouvrit les yeux. Shakky, une cigarette à la main, le regardait avec un air bienveillant, accoudée de l'autre côté du bar à un peu plus d'un mètre de lui. Il étira ses lèvres en un sourire forcé et poli.

-Je te sers quelque chose ? Reprit la femme en tirant une taffe, l'air pas franchement dupe.

-Ouais...

Il leva sur elle un regard sombre.

-Une triple vodka-glaçons, s'il te plaît.


Ace poussa la porte du bar, cherchant Sanji des yeux.

Il se sentait un peu mal de l'avoir laissé en plan tout à l'heure... Surtout que le cuistot n'avais pas eu l'air ravi de le voir partir. Après tout, c'était la première fois qu'il... depuis qu'ils... Bref. Il ne le vit plus au bar, ou les clients se faisaient rare ce soir. Promenant son regard sur la salle, il finit par le reconnaître, assit avec Zoro, Kidd et Law, et s'approcha de leur table.

Apparemment, Kidd et Zoro s'étaient remis à boire ensemble... Les shoters vides s'amoncelaient sur la table et les deux concurrents enchaînaient à nouveau les verres. Lorsqu'il s'approcha un peu plus, il se rendit compte avec surprise que... Que Sanji avait l'air de participer à leur beuverie.

Ce dernier, assis en face des deux autres, jambes écartées, joues rouges, chemise entr'ouverte, semblait en effet sur le point de vider un verre beaucoup trop rempli qui n'avait pas l'air d'être son premier, ni même son deuxième. Ace s'assit à côté de lui.

-Qu'est-ce que tu fous ?

Le cuistot le remarqua et se contenta de le regarder en haussant les épaules, avant d'avaler d'une traite ce qui semblait être beaucoup, beaucoup trop de vodka.

-Hé, blondie, qu'est-ce qui te prend de boire comme ça ? Lui demanda-il, un peu inquiet.

Il voyait mal Sanji, sans aucune raison, se mettre dans un tel état d'ivresse en seulement une demie-heure juste pour le plaisir.

-Il a raison, Du-sourcil, l'appuya Zoro. T'abuse un peu, là. Essaie pas de nous suivre, t'es pas de notre calibre, tu va mal finir.

-Je t'emmerde, crétin de marimo, répondit le cuistot d'un ton acerbe.

Il se laissa aller dans son siège, se passant une main sur le visage.

-Putain, ça tourne...

-Ouais, ça fait ça généralement l'alcool, lui lança Ace, un peu moqueur.

Sanji lui lança un regard triste qui lui serra le cœur, avant de se laisser glisser sur le siège jusqu'à ce que sa tête vienne s'appuyer sur son épaule. Le brun lui posa une main sur la tête, lui caressant doucement les cheveux, de plus en plus inquiet.

-Tu veux qu'on rentre ? Murmura-il.

Le photographe hocha la tête sans rien dire.

-ça marche. Mais il va falloir que tu te lève, par contre. Tu crois que tu peux faire ça ?

-Mouais...

-Vous partez ? Leur demanda Law.

-Je crois que ça vaut mieux. C'est vous qui l'avez fait picoler comme ça ?

-Non, il s'y est mis tout seul comme un grand.

-...Ok. Je vous vois demain les gars ?

-Ok.

-A plus, Zoro.

-Salut.

Il passa un bras sous les épaules de Sanji et l'aida à se lever. Ils sortirent du bar sans encombre et se retrouvèrent dans la rue, ou ils se mirent en route, Ace n'hésitant pas à rire dès que le blond trébuchait ou se mettait subitement à chanceler.

-Sérieux, et toi qui te moque tout le temps de Zoro et Kidd parce qu'ils boivent trop... Qu'est-ce qu'il t'a pris ?

-J'sais pas... grommela le cuistot.

Il n'ajouta rien, peu loquace, contrairement à son habitude.

Ils furent vite à son immeuble, puis dans son appartement -même si monter les escaliers sans encombre s'avéra plutôt sportif. Ace enleva sa veste tandis que Sanji s'effondrait tout habillé sur le lit, s'appuyant tant bien que mal sur le mur pour s'asseoir. Il se passa à nouveau une main sur le visage, l'air sombre, sous le regard inquiet de son vis-à-vis.

-Qu'est-ce qui va pas, Blondie ?

-...

-Hé, fait pas genre. Même moi, je me bourre pas la gueule gratos comme ça quand tout va bien.

-Pourquoi t'a fait ça ? Lâcha subitement son vis-à-vis.

Sa voix était grave et sourde. Il ne l'avait jamais entendu parler comme ça. Il se tourna vers lui, fronçant les sourcils.

-De quoi tu parle ?

-Pourquoi t'es allé voir ce mec ?

-Hein ?

Sanji baissa la tête. Ace souffla.

-Alors c'est ça... C'est ça qui t'emmerde ? Encore ? Je pensais que t'avais compris, moi. C'est mon métier, blondie, c'est comme ça. J'ai fait ça toute ma vie, tu te rappelle ? J'ai besoin de fric pour vivre, comme tout le monde, moi, je-

-Viens avec moi à East Blue.

Le brun s'interrompit, braquant son regard sur celui de l'autre. Le cuistot avait levé la tête vers lui, l'air plus triste que jamais. Son œil bleu était fixé sur lui, brillant d'espoir, ou de désespoir, ou alors d'un mélange des deux, il ne savait pas trop...

-Q... Quoi ?

-Viens vivre avec moi à East Blue. Quitte tout ça.

-Tu... T'es conscient de ce que tu me demande là ? Tu dis pas ça juste parce que t'es bourré ?

-Je suis sérieux.

Ace le regarda sans savoir quoi dire, la bouche ouverte, les bras ballants. Il finit par s'asseoir sur le tapis, se mettant à sa hauteur, cherchant ses mots.

-C'est... C'est pas si simple tu sais. Qu'est-ce que je foutrais là-bas ? J'ai jamais rien fait d'autre que me prostituer, et tu le sais. J'ai pas fait d'études. Et je suis pas intelligent comme Law. Je sais rien faire. Je vois pas comment je me débrouillerais au pays des honnêtes gens... Et puis il y a Kidd et Law... Enfin...

-S'il te plaît. On trouvera une solution. Je t'hébergerais...

-Hé, Sanji. Sois réaliste une seconde. T'es pas sérieux, là. T'es bourré, tu te rend pas compte de ce que tu dis.

-Si, je m'en rend compte. Je veux pas te laisser là. Et je peux pas... Merde...

Il se couvrit les yeux d'une main et grimaça.

-Je peux pas rester avec toi tant que tu te prostitue...

-Quoi ? Mais pourquoi ?

Ace se releva, les sourcils froncés, serrant les poings.

-Je comprend pas. Ça n'a rien à voir avec toi, que je me prostitue. T'a pas à te sentir... trompé, ou je sais pas quoi...C'est juste du travail... c'est juste un travail. Un gagne-pain. C'est tout.

Sanji se leva à son tour, un peu titubant.

-Non, Ace. Non, c'est pas un travail quand t'es obligé de prendre de la drogue pour tenir le coup. C'est pas un travail de bosser avec les gens qui t'ont vendu et exploité alors que t'étais qu'un môme qui aurait juste dû être aimé comme tout le monde, c'est pas un travail si ça te fait te réveiller en sursaut toutes les nuits, et c'est pas un travail quand le sous-chef de ton boss vient te réclamer chez toi flingue à la ceinture.

Il balbutiait un peu et son discours manquait de cohérence, il le sentait. Mais il continua sur sa lancée sans vraiment réfléchir :

-Un corps, ça devrait même pas pouvoir s'acheter pour commencer. T'es pas un putain de sandwich, merde. Tu devrais pas avoir à coucher avec des gens avec qui t'a pas envie de coucher. Le sexe, c'est... ça devrait juste être toujours la rencontre de deux désirs. Comme... Comme ce qu'on fait, nous. Et le désir, ça s'achète pas, c'est même pour ça que c'est beau. Dire oui en échange d'une liasse de billets, c'est pas ce que j'appelle du consentement. Alors non, Ace, non. Vendre son corps comme ça, c'est pas un travail. C'est juste du... du viol tarifé.

-Du...

-Viens avec moi, Ace. S'il te plaît.

Le brun le regarda, tremblant. Il ne savait pas quoi faire. Il avait tout à coup à la fois envie de le gifler, de l'embrasser passionnément et de le foutre dehors. C'était quoi, ça... Ces mots, là... Pourquoi il lui sortait ça d'un coup ? Est-ce qu'il avait la moindre idée du mal que ça lui faisait d'entendre ce genre de trucs ?

-Si... ajouta Sanji, tremblant lui aussi, mais le regard déterminé, Si tu viens pas avec moi, je partirais avec Zoro après-demain et je reviendrais jamais ici.

-Quoi... ?

-Je suis sérieux, Ace. Je peux pas vivre ça. C'est trop dur... ça me fait trop de mal. Zoro a raison, je peux pas... je supporterais pas une demi-mesure.


Le jeune homme face à lui recula, les joues pâles, le visage dévasté, les yeux hagards.

Sanji se mordit les lèvres. Ne pas craquer. Ne pas craquer.

Accepte. Accepte, s'il te plaît.

Viens avec moi.

Viens avec moi...

Ace baissa les yeux.

-Dans ce cas... C'est peut-être mieux comme ça, murmura-il.

-... Quoi ?

-Les choses vont rentrer dans l'ordre après tout. C'est plus simple...

-Non, attend. On peux faire autrement...

-Arrête, Sanji. Voit les choses en face. T'acceptera jamais le fait que je me prostitue. On pourra jamais...

Il se passa une main sur le visage, l'air subitement exténué.

-Après tout, on aurait jamais dû se rencontrer, toi et moi. On viens de deux monde qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre...

-Dis pas ça.

-C'est vrai.

-Ace...

-Tu devrais partir avant qu'on se fasse plus de mal l'un à l'autre, toi et moi.

Sanji le regarda, horrifié.

Non.

Ça n'était pas en train d'arriver... pas comme ça, pas alors que quelques heures auparavant tout allait bien entre eux...

Il chercha quelque chose à dire. Quelque chose qui pourrait sauver la situation. Quelque chose qui réparerait tout.

Il ne trouva pas.

Parce que Ace avait raison. Désespérément raison...

Il se retrouva faire demi-tout et à se diriger vers la porte, sans savoir ou il trouvait la force de se mouvoir ou la volonté d'avancer, laissant derrière lui cette chambre, cette minuscule chambre, cette petite parenthèse hors du temps et de l'espace ou pendant quelques jours, sans même s'en rendre compte, il avait connu tout le bonheur possible...

-Sanji...

Son nom murmuré le fit s'arrêter. Se retourner. Un ultime espoir. Un dernier essai...

Les yeux noirs teintés d'une tristesse qu'il n'aurait pas cru être si profonde, venant de sa part, le firent frissonner.

Il ne sut pas trop comment leurs lèvres se trouvèrent, s'effleurèrent pour un ultime baiser, comment leurs mains se nouèrent et se dénouèrent beaucoup trop vite, il ne sut pas quels furent les derniers mots prononcés, des mots vides de sens, de toute façon, ni comment subitement il se retrouva dehors, devant une porte close, dans le froid et la nuit.

Seul.

Avec pour seule compagnie, les yeux de Ace gravés à jamais sous ses paupières.


Voilà, je vous laisse avec ça, moi je vais aller déprimer sous ma couette et tenter de finir d'écrire la suite (je m'auto-déprime avec cette fic, mais en même temps j'adore l'écrire, je vous avoue c'est plutôt étrange comme sentiment).

Avant que vous vous mettiez à me détester, laissez-moi vous dire que le prochain chapitre est presque exclusivement centré sur Law (et sur Kidd, du coup, vu qu'ils vont rarement l'un sans l'autre, mais voilà, quoi). On va prendre quelques petites nouvelles de la santé de notre petit chouchou!

Le chapitre paraîtra le 22 février. En attendant j'ai super hâte de voir vos retour sur celui-ci!

A très bientôt!