Salut tout le monde!

J'espère que vous allez bien, et que vous vivez toujours bien le confinement! De mon côté ça va, je vous ai concocté un bon petit chapitre assez long pour pouvoir vous occuper un peu, héhé.

Aujourd'hui, changement d'ambiance, on part à la découverte d'East Blue, dans une ambiance eighties beaucoup plus classique. J'espère qu'elle vous plaira aussi, j'ai hâte d'avoir vos retours!

Sur ce, je vous laisse à votre lecture, et on se retrouve en bas comme d'habitude!


[East Blue, jour 26]


Sanji arriva devant la porte de son appartement et essaya tant bien que mal d'attraper ses clés dans sa poche sans faire tomber les sacs qui encombraient ses bras. Au moment où il y parvenait enfin, il entendit un léger grincement de gonds derrière lui sur le palier, et une voix bien familière retentit dans la cage d'escalier.

-Sanji... ! Tu rentre tard.

Pas surpris le moins du monde, il fit volte-face pour offrir le plus beau sourire possible à Robin qui le regardait depuis l'encadrement de sa porte avec son calme habituel, confortablement vêtue d'un pull noir sur une longue robe violette et les pieds enfoncés dans d'épais chaussons.

-Eh oui, on accueillait un dîner d'affaire ce soir et ils ont fini tard.

-Tu n'était pas censé finir après le premier service comme d'habitude ?

-J'ai pris quelques heures sup'.

-Encore des heures supplémentaires, hein... murmura-elle avec un fin sourire, s'appuyant doucement contre le cadre de sa porte.

Sanji jeta un coup d'œil à sa montre. Il était minuit passée.

-Comme d'habitude, je sais que ce n'est pas une heure convenable pour inviter une demoiselle à prendre le thé, mais... sourit-il.

Robin eut un petit rire entendu.

-J'attendais que tu me propose, répliqua-elle.

Elle franchit lestement les quelques pas qui le séparaient de lui tandis que le cuistot ouvrait enfin sa porte avant de s'effacer pour la laisser rentrer, puis de s'engager à sa suite. Une fois dans l'appartement, il se hâta d'aller déposer ses paquets sur la table de sa cuisine, puis d'en sortir une bonne dizaine de tupperwares remplis de nourriture qu'il disposa méthodiquement dans son frigo. Il emportait toujours les restes du service du soir lorsqu'il quittait le travail ça lui faisait gagner du temps pour les jours suivants, et puis il avait horreur du gâchis.

Son appartement, situé à quelques minutes à pied du restaurant où il travaillait, était petit mais coquet et confortable, au troisième étage d'un vieil immeuble qui aurait pu être une résidence de luxe si les studios qui le composaient n'avaient pas été de taille aussi réduite.

Il était principalement constitué d'une grande pièce carrée, dans laquelle la cuisine, sans surprise, occupait près de la moitié de la place. La partie restante était partagée entre son lit deux place aux draps bleu sombre dans un coin, et un canapé et une table basse dans un autre, qui faisaient office de salon. A droite de l'entrée, deux portes supplémentaires menaient aux toilette et à la salle de bain, laquelle était de taille respectable et possédait une assez grande baignoire -c'était son petit luxe à lui.

Le parquet couleur de miel, la lumière tamisée et la décoration chaleureuse -il ne voulait pas se vanter, mais il savait y faire- constituaient une atmosphère agréable, un vrai petit cocon pour le cuistot -qui à présent pouvait regarder son appartement sans que le souvenir du fait que quelques mois auparavant Nami y habitait encore avec lui ne le rende mélancolique.

Lorsque la table fut dégagée, il se hâta de tirer une chaise à Robin pour l'inviter à s'asseoir, puis de mettre de l'eau à bouillir.

-Tu as une préférence, pour le thé ? Lui demanda-il.

-Je te laisse choisir.

-J'ai acheté du thé blanc à la mûre ce matin au marché, tu m'en dira des nouvelles.

-ça me semble parfait.

-Et il restait des forêts noires au boulot, j'en ai ramené quelques unes, si tu en veux.

-Avec plaisir.

Il sortit des tasses et des assiettes à dessert, sous le regard de Robin -un regard qu'il ne connaissait que trop bien. La curiosité de la jeune femme, depuis son retour, était visible à quinze kilomètres. Elle avait plein de questions à lui poser, il le savait. Il attendit poliment qu'elle fasse le premier pas.

-Alors... Finis-elle en effet par dire tandis qu'il lui servait son thé. Tu va me dire pourquoi tu te tue au travail comme ça ?

-Moi ? Je ne fais que quelques heures supplémentaires...

Elle secoua la tête.

-Sanji... Je te fréquente depuis le lycée et je ne t'ai jamais vu travailler autant.

-C'est parce que j'ai fait une longue pause. Je suis vraiment content de m'y remettre. Et puis, pendant ces mois d'arrêt j'ai brûlé toutes mes économies. Il faut bien que je rattrape un peu...

Il s'assit à son tour, essayant d'ignorer son regard pas dupe. Évidemment. Robin devinait toujours tout – c'en était presque effrayant parfois. Depuis qu'il l'avait revue deux jours auparavant, il sentait bien que les rares explications qu'il avait pu lui donner ne la satisfaisaient pas – elle n'en disait rien, toutefois.

Robin était peut-être son amie la plus proche ici. Comme elle l'avait dit, ils se connaissaient depuis le lycée -elle avait un an de plus que lui, mais ils fréquentaient le même groupe d'amis à l'époque, avec Zoro, entre autres. Elle avait fait partie de ces filles dont il avait toujours été sous le charme et avec qui il avait toujours été aux petits soins, prévenant le moindre de ses désirs, tentant de la protéger à outrance alors qu'elle n'en avait pas besoin le moins du monde -il s'était un peu calmé depuis.

Elle était véritablement brillante. Il ne connaissait pas d'esprit plus vif que le sien, ni de personne ayant de connaissances plus grandes. Elle lisait en tout le monde comme dans un livre ouvert et avait toujours la grâce de n'en laisser rien paraître -sauf avec celles et ceux qu'elle connaissait bien, comme lui, et encore.

A la fin du lycée, elle avait filé en fac d'histoire où elle s'était vite classée comme l'une des meilleures étudiantes du pays. L'année précédente, sans surprise, après avoir obtenu haut la main sa licence et son master, elle s'était lancée dans l'écriture d'une thèse. Son appartement ressemblait davantage à une bibliothèque qu'à un véritable lieu de vie, et elle écrivait souvent jusqu'à très tard le soir c'est pourquoi ils avaient pris l'habitude de prendre le thé ensemble avant d'aller se coucher, lorsque Sanji rentrait tard de son service du soir. Ils vivaient dans le même immeuble depuis à présent trois ans -c'est Robin qui l'avait invité à venir y vivre lorsqu'elle avait vu l'appartement face au sien se vider - et ce genre de rituels ponctuaient leurs semaines depuis lors. Sans vraiment s'en rendre compte, ils étaient devenus très proches, développant une relation un peu à part de leur autres amis.

Lorsqu'il s'était séparé de Nami, il s'était éloigné d'elle pendant quelques temps. Les deux jeunes femmes étant très proches, elles avaient passé la plus grande partie de la période post-rupture ensemble, et même après ça, la présence de Robin lui rappelait trop celle de son aimée pour qu'il puisse être pleinement serein en sa compagnie. Ils étaient revenus naturellement l'un vers l'autre quand il était rentré de Gray Terminal, et il en était sincèrement heureux.

Ouais, Robin était peut-être la seule personne qui lui avait vraiment manqué ici.

-D'ailleurs, reprit Robin après avoir bu une première gorgée de son thé, Usopp m'a dit que tu venait demain soir. J'ai été surprise... Tu sais que Nami sera là ?

-Hmm ? Ah, oui. Je sais pas, Zoro m'a proposé, et puis j'ai eu le temps de voir personne depuis mon retour, alors...

-Tu est prêt à la revoir ?

-Heu... Oui, je pense.

-Eh bien... Quel progrès. Zoro a eu raison de t'emmener avec lui, à ce que je vois. Tu es complètement transformé, je suis contente pour toi.

Sanji eut un petit rire gêné.

-Peut-être, oui... ça m'a... aidé à prendre du recul sur certaines choses, disons.

-Tu a rencontré quelqu'un de spécial là-bas, pas vrai ?

Le cuistot se figea un instant, reposant sa tasse, levant les yeux vers son amie qui le fixait toujours, la même expression calme sur le visage.

-Tu... Zoro t'a dis quelque chose ?

-Il ne m'a rien dit. Ça se sent, c'est tout.

Sanji resta interdit pendant un instant, puis lâcha un soupir.

-On ne peut rien te cacher, hein... sourit-il tristement.

Il y eut un petit silence. Robin le fixait toujours, comme si elle attendait des explications de sa part.

-Disons que...

Il soupira.

-J'aimerais avoir une conversation avec toi à ce sujet, ma petite Robin, mais je crois que j'ai encore... besoin... d'un peu de temps.

-Je vois. Sent-toi libre de m'en parler quand tu sera prêt.

Sanji lui offrit un sourire sincère. Elle était toujours aussi psychologue et attentionnée, hein... C'était vraiment un vrai bonheur de la retrouver.

Il changea de sujet, la questionnant avec intérêt sur l'avancement de sa thèse. Elle lui répondit avec joie, passionnée comme toujours lorsqu'elle parlait d'histoire -il adorait la voir comme ça – et ils discutèrent ainsi pendant une petite demie-heure au bout de laquelle Robin finit par lui annoncer qu'elle allait se coucher, lui souhaitant bonne nuit avant de le laisser seul pour regagner son appartement.

Sanji fit rapidement la vaisselle avant de se déshabiller et d'aller se glisser entre ses draps, fermant les yeux avec la volonté de s'endormir le plus rapidement possible.

Il sentit tout de suite que ce ne serait pas si facile.

Depuis son retour, il remplissait ses journées au maximum pour ne penser à rien. A peine avait-il posé ses valises dans son appartement, lorsque Zoro l'avait ramené depuis la gare en voiture, qu'il avait appelé le vieux Zeff pour lui annoncer qu'il reprenait son travail le lendemain, si on voulait bien de lui. Surpris de ce retour soudain, son chef avait accepté, masquant mal sa satisfaction de le voir de retour. Ceci fait, il s'était aussitôt lancé dans un grand rangement de son appartement, qu'il avait laissé dans un piteux état après sa dépression.

Puis, dès le lendemain, il s'était mis au travail, acceptant d'office toutes les heures supplémentaires que son patron lui proposait, en redemandant même. Zeff était surpris de cet entrain qui avait même l'air de l'inquiéter un peu, mais il continuait d'accepter de lui donner plus de travail. C'est ainsi que depuis, il assurait sans relâche les services du midi et du soir, restant souvent travailler jusqu'à très tard, comme aujourd'hui. Reprendre ce rythme était physiquement très éprouvant, après avoir passé plusieurs semaines à vivre tranquillement dans un hôtel, mais c'était ce qu'il recherchait, au fond se dépenser au maximum, s'éreinter, pour pouvoir tout les soirs se laisser tomber sur son lit et s'y endormir aussitôt. Malheureusement, c'était de moins en moins efficace... Il s'habituait à nouveau à ce mode de vie, il fallait croire. Il fallait qu'il trouve autre chose... se remettre au sport, peut-être...

Ou alors arrêter de fuir tes pensées comme un gros lâche ?

Il fit la grimace. Non, clairement, il n'était pas encore prêt à faire ça. Bien que quoi qu'il fasse, ces pensées qu'il fuyait au quotidien lui revenaient en tête, à chaque heure de la journée...

Pour être honnête, il n'avait jamais vraiment cru que ce serait facile d'oublier Ace. Il l'avait très vite senti -même avant qu'il n'admette son attirance pour le jeune homme – cette rencontre n'était pas de celles sur lesquelles on peux vite passer.

Mais à ce point là...

Il voyait Ace partout. Dès qu'il laissait un instant de répit à son esprit -constamment sollicité lorsqu'il était au travail – ce dernier revenait sans jamais se lasser jusqu'au jeune homme. Le moindre prétexte -un jeune homme aux cheveux noirs aperçu de dos dans la rue, une chanson un peu rétro qui passait à la radio dans la cuisine du restaurant, l'odeur de ce même riz frit qu'il avait cuisiné chez Kidd et Law, n'importe quel autre détail suffisait pour que son cerveau lui ressorte toutes ces images qu'il aurait préféré oublier... Mais dans lesquelles, paradoxalement, il avait cruellement envie de se replonger.

Il était déjà rentré depuis presque une semaine... Et il n'en voyait pas le bout. Non, il ne se voyait pas oublier Ace, pas avant longtemps, très longtemps... Et pire que tout, maintenant qu'il était de retour dans cet univers aseptisé et bien-pensant que pouvait être East Blue par moments, il n'était pas sûr de le vouloir.

Vraiment pas.


-Salut, lança-il dans l'appartement lorsqu'il passa la porte d'entrée.

Un simple grognement, à moitié couvert par Honky Cat d'Elton John qui passait en fond, lui répondit. Du Zoro tout craché.

Il avança dans le petit couloir qui succédait à la porte d'entrée et entra dans la pièce principale du loft, qui était à la fois un salon et un bureau -Oui, en tant que journaliste d'un des plus grands journaux du pays, Zoro avait de quoi se payer un loft, même si ce dernier était presque vide – le marimo était plutôt du genre minimaliste.

Cette pièce était le théâtre de la plupart de leurs soirées à vrai dire -en même temps, elle était plutôt appropriée pour ça. Assez grande, deux de ses côtés étaient bordés de portes vitrées donnant sur de longs balcons le bureau de Zoro, seul espace encombré, dans un coin, prenait peu de place à part ça, il y avait seulement un large canapé couleur crème en U autour d'une table basse et un minibar -bien rempli, au vu du goût prononcé du bretteur pour la boisson. Le sol était couvert d'une douce moquette blanc cassé et les murs étaient quasi vides. Le journaliste, pas franchement matérialiste, louait en fait le loft tel quel, entièrement meublé, et n'avait presque rien changé à la décoration. Ça donnait un aspect assez impersonnel au truc -rien à voir avec l'appartement de Sanji, pour sûr – mais Zoro n'avait vraiment pas l'air de se préoccuper. Et puis, ça devenait vite chaleureux lorsque c'était envahi par leur groupe d'amis, après tout.

Sanji s'avança dans la pièce. Son ami, assis à son bureau en train de taper furieusement sur une machine à écrire, ne s'était pas retourné quand il était entré -il ne s'en formalisa pas, la tête de mousse avait déjà peu de manière d'habitude, quand il travaillait c'était encore pire. Chose suffisamment rare pour être remarquée, toute la zone autour de son bureau était dans un désordre sans nom, encombré de papiers, certains imprimés, d'autres chiffonnés, la plupart par terre.

-ça avance, l'écriture ?

Zoro ne répondit pas tout de suite, prenant le temps de finir d'écrire sa phrase, et le cuistot cru un instant qu'il avait décidé de l'ignorer -quand il travaillait, il pouvait vraiment devenir invivable, des fois. Mais le cliquetis de la machine finit par se calmer et le journaliste finit par prendre la peine d'ouvrir la bouche :

-Ouaip. Je suis en train de finaliser le premier jet, j'apporte tout à Mihawk demain.

-Sérieux, déjà ?

-C'est qu'une étape préliminaire, il y a encore du boulot. Mais le corps du texte est là.

-Je vois...

Il se remit à écrire et Sanji en déduit qu'il ne lui en dirait pas plus pour le moment. Il regarda autour de lui, jetant un coup d'œil à la documentation pour le moins fournie qui encombrait le sol.

S'apercevant qu'il marchait sur l'un des bouts de papier, il se pencha et y jeta un coup d'œil, reconnaissant un article sans doute tiré d'un journal sociologique quelconque.

Les Chiffres de la Prostitution Dans Notre Pays* :

D'après l'EACP et l'étude ProSanté menée il y a trois ans par l'Institut de veille Sanitaire,

On dénombrerait 40000 personnes en situation de prostitution dans notre pays.

80% d'entre elles sont étrangères, 85% sont des femmes, 10% des hommes et 5% des personnes transgenres.

Les « clients » quand à eux, sont constitués à près de 98% d'hommes.

L'âge moyen d'entrée dans la prostitution serait de 14 ans.

Pour ce qui est de leurs conditions de santé mentale et physique,

L'espérance de vie d'une personne prostituée au sein de nos frontières est de 42 ans, soit presque deux fois moins que pour le reste de la population.

Le taux de suicide est douze fois supérieur que pour le reste de la population, avec près de 70% des personnes prostituées interrogées qui déclarent avoir eu des envies sérieuses de suicide dans les six derniers mois. Ce chiffre ne dépasse par 3% lorsqu'on interroge le reste de la population...

Sanji lâcha la feuille sans finir l'article, la laissant retomber à terre, les dents serrées, le regard fixe.

Non. Non, c'était trop dur pour lui de lire ce genre de chiffres. Il ne pouvait s'empêcher de voir Ace dans chacune des phrases imprimées... Et devant les chiffres sur l'espérance de vie et le taux de suicide, il ne pouvait s'empêcher de trembler...

N'y pense pas. N'y pense pas.

Qu'est-ce que ça changera ? Tu n'y peux rien, de toute façon.

Ta vie est ici, à présent. Concentre-toi dessus.

Il se mordit la lèvre. Il le savait, qu'il ne pouvait rien y faire, qu'il devait passer à autre chose, penser à autre chose. Mais en même temps, il se sentait tellement inhumain de faire ça. Tout mettre sous le tapis, vivre sa petite vie privilégiée alors que pendant ce temps...

Merde. Arrête-toi, Sanji. Tu va faire quoi, passer ta vie à pleurer pour des gens que tu peux pas sauver ?

T'es rentré chez toi. Tu va retrouver tes potes.

Profite. Tu pensera au reste après.

Il s'éclaircit la gorge, secouant la tête.

-Hem... Tu sais quand est-ce que les autres arrivent ?

-Sais pas. Vers vingt et une heure, j'imagine.

Il jeta un coup d'œil à sa montre. Il était presque vingt heures.

-J'ai apporté de quoi cuisiner, t'a faim ?

-Aaaah, ouais, répondit Zoro avec plus d'entrain. T'a raison. Rend-toi utile.

Sanji tiqua. Toujours présent pour le faire tourner en bourrique, celui-là.

-Tu sais quoi ? Je te cuisinerais bien en rôti pour te faire fermer ta gueule, mais je suis sûr que ça ruinerait ma réputation parce que t'aurais un goût infect, répliqua-il en entrant dans la cuisine -spacieuse et bien équipée, bien que presque jamais utilisée par quelqu'un d'autre que lui, le journaliste n'étant pas trop du genre à cuisiner.

-C'est ça, c'est ça. Contente-toi de faire la bonne épouse.

-Ok, j'ai changé d'avis, grogna Sanji en revenant dans le salon pour lui sauter dessus, une fourchette à la main.

-T'approche pas de moi ! Glapit Zoro devant les pointes menaçantes de l'objet, bondissant de sa chaise.

Comme à leur habitude, il commencèrent à se battre, et après dix minutes à rouler sur la moquette en s'apostrophant mutuellement de « T'a pas intérêt à me piquer avec ça, enfoiré de sourcil-en-vrille », et de « Tu l'a bien cherché, sale marimo », il s'interrompirent, à bout de souffle, couchés tout les deux par terre au milieu des papiers plus en désordre que jamais.

Bon, au moins, se fritter avec cet abruti lui permettait un peu de penser à autre chose.

-Hé, finit par lancer Zoro en se redressant sur ses coudes, après quelques minutes de silence durant lesquelles ils reprirent une respiration à peu près normale. T'es ok ?

-Quoi ?

-Tu négocie bien le retour ?

Ouais, enfin, jusqu'à ce que cet abruti se décide à remettre le sujet sur le tapis.

-Ben ouais. J'ai repris le taf, j'ai retrouvé mon appart' et ma petite Robin d'amour. Tout baigne.

-Pfff.

-Quoi ?

-Rien.

-Commence pas à m'emmerder.

Sanji se redressa, récupéra la fourchette qu'il avait laissée s'échapper quelques mètres plus loin pendant la bataille, et se rendit dans la cuisine, attrapant son sac au passage pour en sortir ce qu'il avait apporté.

A vrai dire, s'il n'était pas passé voir Zoro depuis son retour, c'est parce qu'il appréhendait de le voir.

Parce que c'était le seul.

Le seul qui savait.

Le seul qui, dans son quotidien sans vagues, avait le pouvoir de lui rappeler qu'un autre monde existait.

Et que dans ce monde, un beau brun se baladait, avec son espérance de vie à 42 ans et son taux de suicide probable douze fois supérieur à...

Il s'agrippa au plan de travail d'une main, se masquant les yeux de l'autre, serrant les paupières.

Stop. Stop. Sors. Tout ça. De ta tête.

Au moins pour aujourd'hui.

T'es là pour t'amuser. Tu va retrouver tout tes vieux potes, passer une bonne soirée.

Commence par cuisiner. Pense pas à autre chose. C'est bon.

Il prit une grande inspiration et s'empara d'un couteau de cuisine. Ses mains tremblaient un peu.

Puis d'un coup, il se mit en mouvement, travaillant à toute vitesse, les yeux fixés sur ce qu'il faisait, le plus concentré possible.

Ne pas penser.

Ne pas penser.

Avancer.


-Qu'est-ce qui t'a pris de cuisiner autant ?

-Ah, je... Je sais pas. J'ai pas fait trop gaffe aux proportions... Au moins, il y en aura pour tout le monde, si jamais les autres ont faim quand ils arriverons...

-ça te ressemble pas trop, de te tromper dans les proportions, rit Usopp en lui jetant un regard malicieux. T'a perdu l'habitude, c'est ça ?

-Sûrement, sourit Sanji en se grattant l'arrière de la tête. Au pire, tu pourra en garder, Zoro.

Ce dernier, occupé à finir de ranger son bureau -il avait finit par ramasser les papiers qui jonchaient le sol- lui répondit par un vague grognement affirmatif. Usopp, qui venait s'arriver, ouvrit son sac.

-J'ai apporté à boire, moi, du coup, lança-il gaiement en en sortant plusieurs bouteilles. On se sert un verre en attendant les autres ?

-Volontiers, lui répondit le cuistot en jetant un œil aux boissons. Je vous fait un petit cocktail ? Zoro ?

-Nan, un whisky pur pour moi.

-Moi je veux bien, s'il te plaît.

Après quelques secondes de réflexion, Sanji se décida à faire un punch pour tout le monde et sortit un saladier de l'un des nombreux placards de Zoro -sérieux, c'était une pitié, avoir une cuisine pareille et ne pas savoir faire autre chose que des pâtes et du riz.

Il prépara la mixture tout en demandant de ses nouvelles à Usopp, qui lui répondit avec son entrain habituel. Leur ami, qu'ils fréquentaient aussi depuis le lycée, tenait une petite boutique dans le centre-ville d'East Blue, où il réparait un peu tout et n'importe quoi, vendant et échangeant des pièces de rechange. C'était un bricoleur hors pair et un bon vivant, toujours prêt à rendre service. Il posa quelques questions à Sanji sur son voyage à Grey Terminal, mais sans trop entrer dans les détails -et surtout sans aborder le sujet de la prostitution, se contentant de lui demander comment était la ville, si c'était vraiment si dangereux que ça, s'ils avaient rencontré des mafieux, comment c'était de voir Zoro au travail...

Le cuistot lui répondit distraitement tandis qu'ils transportaient nourriture et boissons jusqu'au salon, se servaient un verre de punch et s'installaient confortablement sur le canapé. Il finir par lui raconter qu'il s'était fait agresser par trois types, un soir -il avait presque oublié cette histoire, avec tout ce qui s'était passé après- et le tint en haleine tout du long, le jeune homme semblant plus qu'impressionné.

Zoro finit par les rejoindre, s'asseyant à leurs côtés, plutôt taciturne comme toujours, ajoutant seulement quelques détails aux histoires de Sanji de temps à autre, ou lui envoyant une pique occasionnelle, comme à son habitude. Mine de rien, il semblait éviter, lui aussi, de glisser jusqu'au sujet de la prostitution et des gens qu'ils avaient rencontrés là-bas.

Puis, aux alentours de vingt et une heure, comme le journaliste l'avait prédit, la sonnette de la porte d'entrée retentit, et peu à peu, à quelques minutes d'intervalles les unes des autres, diverses personnes firent leur entrée dans l'appartement -d'abord Kaya, la copine d'Usopp, puis les autres membres de leur groupe d'amis habituels, à savoir Vivi, Coby, Perona, Tashigi, Cavendish, Hermep et enfin Robin. Tous saluèrent Sanji avec chaleur, l'air heureux de le retrouver -tout le monde loua sa bonne mine et sa soi-disant bonne humeur retrouvée- avant de se servir à leur tour à boire et à manger et de se répartir sur et autour du large canapé et de la table basse. Quelqu'un, il ne vit pas qui, mit de la musique -ce qui lui occasionna un petit retour aux habitudes musicales de ses amis, qui suivaient beaucoup plus la mode que les trois lascars de Gray Terminal et leurs vieilles cassettes pleine de vieux morceaux de rock. Ici, c'était plutôt ambiance Michael Jackson, Wham et Kool and the Gang, entrecoupés tout de même de quelques morceaux de rock plus récent. Plusieurs nouvelles questions sur leur voyage fusèrent, et Usopp commença à l'emmerder pour qu'il raconte à nouveau l'histoire de son agression -il s'en serait bien passé, surtout qu'à la réflexion, ce qu'il avait retenu de cette soirée, lui, c'était plutôt d'avoir fini en milles morceaux chez Ace et de l'avoir embrassé, et ce n'était pas franchement le bon moment pour penser à ça.

Cependant, devant les regards brillants et pleins d'attente de l'audience – et le sourire encourageant de la jolie Vivi, il n'allait pas se mentir- il finit par céder, repartant dans son récit, tandis qu'un silence presque total se faisait autour de lui, les quelques personnes qui l'entouraient semblant pendues à ses lèvres.

La musique de fond était forte – 99 Luftballons de Nena passait en fond – alors il ne fit pas attention à la sonnette qui retentissait à nouveau, ni à Zoro qui se levait pour ouvrir et au bruit qu'elle fit lorsqu'elle entra dans la pièce. Aussi s'interrompit-il en plein milieu de sa phrase, surpris, lorsque Nami apparut entre Coby et Tashigi qui l'écoutaient, debout à côté de la table basse, un verre à la main.

-Et donc là, je sens une grosse douleur vers les côtes, là. Je me retourne et en fait, le mec avait sorti un couteau...

Il perdit le fil lorsque ses yeux se posèrent sur ceux de la rousse qui le regardait fixement, ravissante comme toujours, ses cheveux roux attachés en une queue de cheval, vêtue simplement d'une mini-jupe noire et d'un pull rouge. Elle lui sourit, l'air un peu gênée. Il répondit de même, un peu par automatisme.

Du coin de l'œil, il aperçut certains de ses amis -Robin, Usopp, Vivi, peut-être même Zoro- s'échanger des regards entendus.

-Et après ? Demanda Coby, qui ne semblait même pas avoir remarqué l'arrivée de la jeune femme, trop pris dans le récit. T'a fait quoi ?

Sanji se reprit, détournant le regard.

-Eh bien.. Il m'a chopé et m'a plaqué contre le mur -il m'a bien assommé au passage, l'enfoiré. Il m'a aussi coupé là... Je crois que ça se voit encore un peu -il tamponna sa joue du bout des doigts et toutes les personnes qui l'entouraient se penchèrent subitement en avant pour mieux voir. Il a vidé mes poches, mais j'avais trois fois rien sur moi, alors ils sont restés tout cons sans trop savoir quoi faire, enchaîna-il avec un petit rire.

Il préféra abréger.

-Enfin bon, du coup ils m'ont passé à tabac et ont fini par me laisser tranquille.

-Ils t'ont beaucoup amoché ? Lui demanda Tashigi, les yeux écarquillés, une main sur la bouche, l'air choqué.

-Heu... pas mal.

-T'a fait quoi du coup ? T'a pu rentrer à l'hôtel ? Lui demanda Perona, l'air un peu moins chamboulée mais tout de même prise dans l'histoire, les bras croisés sur sa poitrine.

-Heu... En fait, j'ai eu de la chance. Un des mecs avec qui on travaillait est passé dans le coin et a pu me donner un coup de main.

Il croisa le regard de Zoro qui le fixa en silence pendant quelques secondes avant de se détourner.

-C'est dingue, murmura Vivi, portant une main à son front. Alors Gray Terminal est vraiment un endroit aussi dangereux...

-Oui, enfin... C'était la nuit, j'étais en costard... je veux dire... A part ça, il ne nous est rien arrivé.

-C'est déjà beaucoup trop, répondit Tashigi, l'air remonté. C'est révoltant que des types fassent ce genre de choses. T'es allé voir la police, j'espère ?

-Tu sais... Le centre de Gray Terminal est plus ou moins une zone de non-droit. On y va à ses risques et périls... Les flics auraient sans doute pas pu faire grand chose.

-C'est horrible. Je comprend pas comment des gens peuvent aller vivre dans ce genre d'endroit.

-Je pense que la plupart n'ont pas le choix, Tashigi, lui répondit-il du tac au tac.

Il y eut un petit silence. Il se rendit compte qu'il avait peut-être pris un ton un peu trop agressif.

Mince.

-Enfin... Je veux dire... bredouilla-il.

-T'a une cicatrice de l'autre coup de couteau ou pas ? L'interrompit Usopp, lui épargnant de devoir se justifier.

-Ouais...

-Fais voir!

Son ami se jeta sur lui et commença à lui relever sa chemise, tandis que Coby s'avançait également, l'air intéressé lui aussi. Il soupira et les repoussa doucement.

-Les gars...

-Allez, montre-nous !

-Va-y, Sanji. Montre-nous donc ta blessure de guerre.

Il releva la tête. Nami lui souriait d'un air un peu moqueur, comme elle avait l'habitude de le faire.

Il baissa la tête, gêné sans trop savoir pourquoi, et finit par céder, relevant sa chemise et montrant aux deux garçons surexcités la fine ligne blanche qui subsistait de sa mésaventure au niveau de ses côtes. Il les laissa admirer pendant quelques secondes avant de rabattre le tissus sur sa peau en prenant un air faussement agacé tandis qu'il se levait pour se resservir un verre, sans regarder à nouveau la jeune fille.

Privée de son centre principal d'attention, la soirée se divisa en plusieurs petits groupes -plusieurs personnes discutaient entre elles sur le canapé, d'autres allèrent prendre l'air sur le balcon, Vivi entraîna Nami et Cavendish sur la piste de danse où ils commencèrent tout trois à se balancer à l'unisson -le blond, très fier de son physique avantageux, aimait particulièrement se donner en spectacle, et offrait à la vue de tous son plus beau déhanché, tandis que les filles dansaient à côté de lui tout en discutant. Sanji, en se rasseyant sur le canapé, regarda un instant la rousse se trémousser sur le rythme entraînant de Super Freak de Rick James. Puis il détourna le regard sans peine. Il avait eu un peu peur, lorsqu'elle était arrivée -son cœur avait fait un bond dans sa poitrine lorsque pour la première fois depuis leur rupture, il s'était retrouvé confronté aux yeux bruns qui lui avaient fait tourner la tête pendant des années. Mais en fait, ça ne lui faisait pas grand chose. C'était juste bizarre de la revoir, mais... l'impression qu'il avait eue en repensant à elle pendant son séjour à Gray Terminal était bonne. Il ne ressentait plus rien.

… Pire encore, à la voir danser, il ne pouvait s'empêcher de penser à Ace se déhanchant sans complexes sur la piste sombre éclairée par les flashs des néons du Moby Dick. Ouais... Tout ça lui manquait... Boire les cocktails farfelus et délicieux de Marco, écouter la playlist aussi ringarde que géniale du bar, rire aux blagues salaces et sans tabous de Kidd. Il était heureux de retrouver ses amis, sincèrement. Mais... Franchement, il n'arrivait pas à se mettre dans l'ambiance. C'était bizarre, il se sentait comme un adulte qui ré-écoute pour la première fois un groupe de musique qu'il adorait étant ado. Il se représentait tout à fait qu'à une période de sa vie, il avait pu aimer tout ça, que ça avait pu lui correspondre... Mais en même temps, tout lui semblait étranger à présent.

Ça lui faisait peur. Il espérait sincèrement qu'il finirait par y reprendre goût.

Robin vint s'asseoir à ses côtés.

-Tout va bien ? Lui demanda-elle en se penchant doucement vers lui pour qu'il l'entende malgré la musique.

-Bien sûr, lui répondit-il avec un grand sourire. Comment est-ce que je pourrait aller mal quand tu est assise à côté de moi ?

-Pas trop étrange de la revoir ?

-... Si, un peu. Mais je suis content. J'ai la sensation que les choses vont pouvoir redevenir comme avant.

-Tant mieux, alors.

Perona s'assit à son tour à côté d'eux, déjà un peu éméchée -le punch de Sanji avait eu du succès, et le taux d'alcoolémie général de la pièce augmentait de minutes en minutes – et s'incrusta dans leur conversation, le sujet dérivant peu à peu sur les études que poursuivaient les deux jeunes femmes -Perona étudiait la mode depuis deux ans dans une école assez prestigieuse. Il n'était pas particulièrement proche d'elle, mais appréciait son caractère bien trempé et son style bien à elle, qui la rendaient à ses yeux particulièrement mignonne.

La soirée poursuivit tranquillement son cours. Sanji se sentait un peu mieux. La compagnie des deux jeunes femmes lui changeaient les idées – discuter avec deux personnes aussi raffinées après deux semaines avec des rustres qui passaient la moitié de leur temps à parler de cul, de drogue et d'alcool avait quelque chose de rafraîchissant, en fait. Pas que lesdits rustres le dérangeaient, non. Les deux étaient bien, c'est tout.

Et puis il fallait bien qu'il se concentre sur le positif.


-Mais du coup, les garçons... Vous nous avez pas trop parlé du sujet de votre voyage, en fait.

Sanji tourna la tête vers Nami qui les fixait, assise sur l'autre branche du canapé, face à eux.

La soirée connaissait une petite accalmie. La musique était moins forte, Cavendish, Coby, Hermep et Perona s'étaient éclipsés sur le balcon, plus personne ne dansait et toutes les personnes restantes s'étaient rassemblées autour de la table, un verre à la main, tous un peu éméchés, mais assez calmes.

Le cuistot n'avait pas bougé, toujours assis aux côtés de Robin. Zoro avait pris la place de Perona, une bouteille de vodka à la main, et Nami les regardait, l'air curieux. Le silence se fit dans la pièce.

-Comment ça ? Répondit Zoro calmement.

-Ben... Vous avez rencontré des prostitués, du coup, ou pas ?

Il y eut à nouveau un petit silence. Vivi, assise à côté de Nami, eut un petit rire gêné. Usopp, Kaya et Tashigi, assis sur la branche transversale du canapé, ne pipèrent pas mot, mais regardèrent les deux intéressés avec attention, l'air également curieux.

-Évidemment. On est partis pour ça, tu sais. T'a cru qu'on avait passé deux semaines à jouer aux dominos ou quoi ? Répondit Zoro, l'air d'assez mauvaise humeur tout à coup.

-... Et alors ?

-Alors quoi ?

-Ben, c'est quel genre de personnes ?

-T'aura qu'à acheter mon bouquin quand il sortira.

-Pff, toi alors... Sanji ?

Le cuistot leva la tête vers elle. Ça lui faisait un peu bizarre de lui reparler tout à coup -surtout pour parler de ça.

-Oui ?

-T'en a rencontré, toi aussi ?

-Oui. J'ai assisté à presque toutes les interviews.

-Ah ouais... C'est pas trop bizarre ?

-Quoi donc ?

-Ben, je sais pas... C'est quand même des gens qui, tu vois...

Elle eut à son tour un petit rire mi-gêné, mi-nerveux. Sanji serra les poings. Il ne pouvais pas lui en vouloir, d'abord parce qu'il était génétiquement incapable d'en vouloir à Nami, ensuite parce qu'elle réagissait à peu près comme lui quelques semaines auparavant. Mais en venir à en parler de ce sujet le stressait. Il ne savait pas s'il saurait se retenir de mal réagir s'il entendait de trop grosses conneries, comme tout à l'heure avec Tashigi...

-J'ai trouvé ça bizarre au début, finit-il par répondre.

Il se sentait étonnamment calme.

-Mais en les écoutant parler, j'ai fini par me rendre compte que ce sont des personnes exactement comme nous, qui ont seulement eu moins de chance que nous, et qui font ce qu'elles peuvent pour s'en sortir. Je suis allé au-delà de mes préjugés.

Il s'interrompit. Tout le monde le regardait fixement, Zoro comprit. Usopp hocha la tête avec l'air d'un mec qui n'adhère pas totalement, mais comprend le point de vue. Nami semblait encore curieuse :

-Mais alors... C'est genre... Des gens comme toi et moi ? Genre, on pourrait les croiser comme ça et ne pas savoir qu'ils...

-Ils sont différents de nous, je vais pas te le cacher, répondit-il du tac au tac pour lui éviter d'avoir à finir sa phrase. Ils voient les choses différemment. Ils ont eu des vies beaucoup plus dure, c'est pour ça. J'étais mal à l'aise au début, je pensais qu'il y aurait toujours un mur entre eux et moi. Mais en fait, au fil des interviews et des soirées passées avec eux... Je...

Il bredouilla un peu. Il avait peur d'en dire trop.

-J'ai fini par m'attacher à eux... comme j'aurais pu m'attacher à n'importe qui d'autre. Ils ont un mode de vie qui nous paraît inimaginable, mais ils sont comme nous, au fond, ils ont des doutes, des faiblesses, des choses et des gens qu'ils aiment, de l'humour. J'ai passé... des bons moments avec eux.

-Vous êtes devenus potes, carrément ? Demanda Usopp.

-Ben... Je... Pas avec tous, non. Mais... Oui, on peux dire que je suis devenu ami avec l'un d'eux, oui.

C'est pas une bonne idée. C'est pas une bonne idée de parler de lui.

Il savait qu'il s'approchait d'un terrain glissant, mais ne parvenait pas à s'arrêter. Il avait envie d'être honnête, dans la mesure du possible, et puis... Dissimuler l'existence de Ace le répugnait, il ne savait pas trop pourquoi.

-C'était quelle genre de personne ? Demanda timidement Vivi.

-Eh ben... Je saurais pas trop comment dire...

Il marqua une pause, cherchant ses mots.

-Comment le décrire rapidement... Disons que... C'est un peu une comète, pardonnez-moi la métaphore débile. Il a vécu tellement de choses horrible que ça fait longtemps qu'il s'est détaché de tout, il avance en croquant dans la vie à pleine dents, en profitant de la moindre parcelle de bonheur à fond. Et du coup... Il se consume un peu dans le même temps... Comme s'il s'en foutait des conséquences. Comme s'il n'y avait pas de lendemains, comme s'il allait crever la semaine prochaine.

-C'est un peu triste, non ? Murmura la jeune fille.

-ça l'est. Quand on y réfléchit. Mais quand on reste simplement à ses côtés, parfois c'est seulement... rafraîchissant. Grisant. Je sais pas. Ça change.

Il se tut. Tout le monde continuait de le fixer, l'air un peu perplexe, comme si personne ne savait trop quoi dire après ça. Il finit par se lever, posant son verre.

-Excusez-moi, je reviens.

En passant devant Zoro il croisa son regard interrogateur, mais se détourna et traversa le salon, allant jusqu'à la porte des toilettes qu'il ouvrit tandis que les conversations reprenaient doucement derrière lui.

Il ferma à clef et appuya son dos contre le battant de bois, soupirant profondément, se laissant glisser jusqu'au sol. Son cœur battait la chamade. Il sentit un sanglot monter dans sa gorge et tenta de le retenir, sans succès.

Je vais pas y arriver.

Il fondit en larmes, enfouissant son visage dans ses mains.


* J'ai utilisé ici les chiffres de l'EACP et de l'étude ProSanté menée par l'Institut de veille Sanitaire en France. Je voulais mettre de vrais chiffres, plutôt que juste faire des approximations sous prétexte qu'on a affaire à un pays fictionnel.


Eeeet voilà, c'est tout pour aujourd'hui!

J'espère vraiment que ce chapitre vous aura plu! Je sais que ça change un peu de l'ambiance Gray Terminal alors j'ai vraiment hâte d'avoir vos retour.

La semaine prochaine on retourne -en partie- sur nos trois lascars préférés! Ce sera pour le 21 avril, du coup.

Bon courage à tous et à toutes, prenez soin de vous, essayez de ne pas devenir trop dingues à cause du confinement!

(Au passage, si certains d'entre vous ont des fics un peu sérieuses à me conseiller sur One Piece (de préférence avec Ace, Law, Zoro ou Sanji dedans héhé) je suis preneuse! C'est le moment de faire votre auto-promo si vous écrivez vous-même héhé)