Coucou tout le monde!

Eeeet on se retrouve aujourd'hui pour le chapitre 22 de Wild World... Merci à toutes les personnes qui me laissent des petites reviews, je ne répond pas à toutes, mais je les lis avec grand plaisir, plus encore pendant cette période de confinement!

A propos du confinement, j'espère que vous tenez toutes et tous le coup!

Aujourd'hui, on est sur un petit chapitre de prises de consciences diverses pour les personnages. J'en dis pas plus et espère qu'il vous plaira, on se retrouve en bas comme d'habitude, bonne lecture!


[Gray Terminal, jour 28]


-A la prochaine, beau gosse.

-C'est ça. Tu sais où me trouver.

Ace sortit lestement de la voiture et claqua la portière derrière lui, fourrant dans la poche de son jean les quelques billets froissés qu'il venait de recevoir. Puis il fit quelques pas, regardant autour de lui tandis que le véhicule s'éloignait en trombe. Il s'était fait déposer le long de l'avenue qui bordait le quartier où vivaient Kidd et Law. Ils étaient peut-être déjà réveillés... Autant passer chez eux.

Il se mit en marche d'un pas tranquille, offrant son visage aux rayons du soleil qui passaient à travers les hautes barres d'immeubles.

Il était fatigué.

Lui et Kidd travaillaient beaucoup, ces jours-ci. L'état de Law devenait de plus en plus préoccupant et ces foutus médocs coûtaient très cher à chaque fois qu'il devait augmenter les doses, ils devaient raquer davantage. Et les trois quarts du temps, pas moyen de se faire rembourser quoi que ce soit. Le gouvernement continuait de traiter le sida comme un problème mineur ne touchant que les putes et les gays, alors que des patients de tout type se bousculaient dans les hôpitaux... ça aussi, ça allait finir par être un problème, d'ailleurs. Law était de plus en plus faible et il allait bientôt falloir qu'ils...

Il secoua la tête, réalisant qu'il arrivait au bas de l'immeuble de ses deux amis. Ça ne servait à rien de ressasser tout ça une énième fois. Il avait envie de se changer les idées, aujourd'hui. C'était vraiment pas la joie, en ce moment...

Il monta l'escalier en colimaçon et arriva devant la porte de l'appartement, qu'il ouvrit, entrant dans le salon qu'il trouva désert. Il crut d'abord que Kidd et Law dormaient encore, puis il entendit des éclats de voix s'échapper de la chambre du roux et tendit l'oreille.

-T'avais aucun droit de faire ça. Tu m'avait promis, tu te souvient ? T'es vraiment un connard.

-Putain mais regarde-toi, Law. Regarde nous. Tu vois pas qu'on est dans la panade ?

-Il n'empêche que c'était pas à toi de prendre cette décision.

Ace soupira. Ça s'engueulait encore, hein... C'était souvent comme ça, ces temps-ci. Ils étaient plus tendus que d'habitude. Plus... proches, aussi, encore plus qu'avant. Mais ils n'en passaient pas moins leur temps à s'écharper.

-C'est bon, mec, au moins c'est dit, tu vas pas me casser les couilles milles ans là-dessus.

-Va te faire voir.

Il hésita. Il n'avait pas envie d'intervenir au milieu d'une engueulade. Il avait envie de calme, aujourd'hui... Et puis il les connaissait. En intervenant, il ne ferait sans doute que compliquer les choses. Alors qu'en restant entre eux, comme d'habitude ils allaient sans doute se hurler dessus pendant une demie-heure avant de régler ça sur l'oreiller. C'était toujours pareil.

Il fit donc demi-tour, se disant qu'il repasserait sans doute les voir dans la soirée. Avant de sortir, il remarqua un objet sur la table à côté de l'entrée. S'approchant un peu, il reconnut un sachet en plastique qui contenait une seringue encore inutilisée et un autre sachet plus petit, rempli d'un peu de poudre brune. Il haussa un sourcil.

Il est sérieux, Law, à laisser traîner son matos comme ça ? Je l'ai connu plus discret... Et puis merde, il continue vraiment à se piquer vu son état ? Il est vraiment...

Il soupira et hésita un instant. C'est vrai qu'ils avaient promis à leur ami de le laisser faire sa vie comme ils l'entendait... Mais quand même, de l'héroïne ? C'était trop dangereux. Il hésita un peu, avant de s'emparer du sachet et de le mettre dans sa poche. Ça le faisait chier d'en arriver là, mais avec un peu de chance, Law penserait l'avoir perdu et se sentirait moins tenté... Il pourrait toujours le lui rendre si vraiment il le réclamait.

Il finit par faire volte-face, pour de bon cette fois, et sortit de l'appartement, fermant silencieusement la porte derrière lui.

Il enfonça ses mains dans ses poches et dévala les escaliers avant de se mettre en route pour chez lui. Une fois arrivé, il se laissa tomber sur son lit et se mit à somnoler, trop fourbu pour faire quoi que ce soit d'autre, mais pas assez pour vraiment dormir. Ses pensées, comme souvent, dérivèrent sur diverses choses -son client du matin, encore un connard qui se la jouait avec son fric, Law, Kidd et leurs engueulades, ce bâtard de Lucci qui était trop lourd ces temps-ci, les histoires de guerres de gangs qui continuaient de courir dans le quartier... - avant d'échouer sur le sujet qu'il évitait toujours mais finissait inévitablement par atteindre...

Il secouait à nouveau la tête en essayant de sortir un certain blond de ses pensées lorsqu'on frappa à la porte. Il se redressa sur ses coudes. Merde... Il espérait que ça n'était pas encore Lucci qui venait lui rendre visite. Il détestait ça plus que tout, et c'était en train de devenir une habitude. Et aujourd'hui en particulier, il n'avait vraiment pas envie...

M'en branle, si c'est lui, je lui fais croire que j'ai chopé la syphilis pour qu'il me laisse tranquille.

Il se leva péniblement, tandis qu'on frappait à nouveau.

-Ouais, j'arrive, grommela-il.

Il ouvrit la porte, s'apprêtant à offrir son regard le plus meurtrier à son visiteur. Mais son expression morose se changea instantanément en sourire lorsqu'il eut l'agréable surprise de se retrouver face à Makino.

-Ace... ! Sourit-elle. Ça fait un moment qu'on s'est pas...

Il l'interrompit se jetant brusquement sur elle pour la serrer dans ses bras. Elle eut un petit rire surpris avant de répondre à son étreinte, passant doucement une main dans ses cheveux.

-...Tout va bien ? Finit-elle par dire après quelques secondes de silence.

-J'crois que j'ai bien besoin qu'on parle, souffla le jeune homme en posant son front sur son épaule, les yeux fermés.


[East Blue]


-Allo ?

-Ouais, du-sourcil, c'est moi.

-Qu'est-ce que tu veux ?

-J'ai des nouvelles de Gray Terminal.

Sanji, qui était occupé se tortiller dans tout les sens pour enlever sa veste, le téléphone coincé entre son oreille et son épaule, s'interrompit brusquement. Il se saisit du combiné, tirant sur sa cigarette de l'autre main, soudain beaucoup plus concentré.

-Ah oui ?

Il rentrait tout juste du travail le téléphone s'était mis à sonner à peine une seconde après qu'il ai refermé la porte de son appartement. Il s'assit sur son lit, attentif.

-Je t'écoute.

-J'ai eu Kidd au téléphone... Je l'ai appelé pour prendre de leurs nouvelles. Et il m'a appris quelque chose d'assez dur à entendre.

Le cuistot l'entendit soupirer à l'autre bout du fil.

-Je vais pas y aller par quatre chemins... Ils nous ont caché un truc, quand on était là-bas. Law a le sida. Il s'en sort assez mal, malgré son traitement. Ils ont pas assez d'argent pour le faire placer en clinique et les hôpitaux sont surchargés de cas comme lui, là-bas.

Sanji écarquilla les yeux.

Le sida... ?

Il ne parvint pas à prononcer un mot, ne sachant même pas quoi dire, continuant seulement d'écouter Zoro, une boule dans la gorge :

-Je suis en train d'essayer de m'arranger avec ma maison d'édition... continua son ami. Comme Law fait partie des sujets du livre, je vais peut-être pouvoir leur demander une avance pour le faire transférer dans une clinique d'ici... ça va être une vrai bataille administrative d'arriver à obtenir un truc pareil, mais je vais essayer. Je peux pas te parler très longtemps du coup, faut que je file au bureau. Je te faxe leur numéro, si jamais tu veux les appeler ou quoi...

Sanji balbutia un remerciement. Ça allait trop vite pour lui, là. Law malade, Law qui allait venir ici... Il ne connaissait pas grand chose à propos du sida -c'était pas le genre de choses dont on parlait beaucoup aux infos d'ici – mais il en savait assez pour savoir qu'on en mourrait. Parfois très vite. Il imaginait déjà le reste, Kidd et Ace qui devaient être en galère aussi, avec lui... En galère d'argent, à bosser plus que jamais...

Et puis, Ace et Kidd... Il se souvint que Ace avait mentionné qu'ils couchaient ensemble assez régulièrement, tout les trois... Une angoisse sourde lui serra la gorge. Si ça se trouvait, Ace aussi...

-Marimo, attend, parvint-il à dire avant que son ami raccroche. Et... Kidd et Ace... Ils vont bien ?

-Ils ont passé des tests, ils sont négatifs tout les deux. Ils ont l'air prudents là-dessus, je sais pas comment Law a fait pour choper cette saloperie.

Sanji souffla. C'était déjà horrible que ça arrive à Law, mais si Ace avait été aussi... Merde, il préférait même pas y penser.

Zoro lui assura qu'il le tiendrait au courant avant de raccrocher. Sanji laissa retomber sa main qui tenait le combiné, tandis qu'entre ses lèvres sa cigarette se consumait sans qu'il y prête réellement attention.

Trop de choses se bousculaient dans sa tête. Déjà le choc d'apprendre la nouvelle concernant Law... Et puis tout le reste...

Il entendit le bruit de son fax qui se mettait en marche, derrière lui, à côté de son lit. Il se leva pour récupérer ce que le journaliste lui avait envoyé... Il avait inscrit le numéro de chez Kidd et Law, et juste en dessous, un deuxième, à côté duquel il avait précisé : Celui de chez Ace. Au cas où.

Sanji serra les dents. Ses mains se crispèrent sur la feuille de papier. Il se laissa de nouveau tomber assis sur son lit, regardant les petits numéros qui s'étalaient devant lui.

Il ne savait pas quoi faire.

Il avait envie d'appeler Kidd et Law, pour leur communiquer son soutien. Mais en même temps... Il n'osait pas. Il avait passé beaucoup moins de temps avec eux que Zoro, mine de rien, et même s'il s'était beaucoup attaché à eux en deux semaines... Il avait peur de ne pas savoir quoi leur dire, de paraître tout con, à juste leur balancer qu'il était désolé. Et en même temps, il s'en voulait de ne rien faire...

Il espérait que Zoro parviendrais à faire transférer Law dans une des cliniques de la ville... Il se demanda un instant si Kidd et Ace le suivraient. Kidd, ça lui paraissait probable, mais Ace... Merde, rien que d'imaginer la possibilité qu'il pouvaient se revoir, il sentait son ventre se tordre. De joie ou d'appréhension, il ne savait pas trop.

Et Ace... Putain, il avait envie d'appeler Ace. Ce numéro, sous ses yeux, le narguait... Il avait envie de lui parler, de savoir comment il allait... D'entendre sa voix. Savoir qu'à présent, le jeune homme devait affronter et gérer la maladie de Law en plus de tout le reste... Merde. Merde.

Il fit volte-face et avança sur son lit jusqu'à pouvoir atteindre à nouveau son téléphone, qui trônait sur sa table de chevet, et s'empara à nouveau du combiné.

Au moment où il allait composer le numéro, il se figea et raccrocha brutalement, se ravisant. Avant de le décrocher à nouveau, de commencer à taper les chiffres sur le clavier, et de s'arrêter à mi-chemin, renonçant à nouveau.

Il se sentait perdu. D'un côté, il avait cette envie irrépressible d'entrer à nouveau en contact avec le jeune homme, par n'importe quel moyen. De combler, d'une manière ou d'une autre, ce manque qui creusait sa poitrine depuis des jours.

Parce que depuis son retour Ace était partout, et pas près de partir. Parce que chaque jour sans exception, sa première pensée le matin était qu'il l'avait perdu, et qu'il s'endormait le soir en rêvant à la caresse de ses bras.

Parce qu'il se rendait compte, de jours en jours, que non seulement il ne parvenait pas à l'oublier et à passer à autre chose, mais pire encore, qu'il n'en avait pas envie. Penser au jeune homme lui faisait autant de mal que de bien, semblait-il. Lui enfonçait des épines dans le cœur, tout en le faisant battre plus intensément que jamais...

Et d'un autre côté... Il savait qu'il ne pouvait pas agir comme ça. Rien n'avait changé depuis son départ. Ace était toujours un prostitué, coincé à Gray Terminal, piégé dans ses liens avec la mafia, et pas près de quitter la seule ville qu'il avait jamais connue. Sanji n'avait rien à lui dire qui pourrait changer tout ça. Reprendre contact avec lui, c'était seulement prendre le risque que tout recommence, qu'ils doivent à nouveau se séparer douloureusement, se faisant encore plus de mal à l'un et à l'autre.

Sans compter que Ace était peut-être déjà passé à autre chose, lui. Avec Law malade et tout ses problèmes, le cuistot devait être le cadet de ses soucis...

Non. Il ne devait pas. Il ne fallait pas céder.

Il raccrocha le téléphone d'un geste qu'il voulait franc et décidé, mais sa main tremblait. Il sentit les larmes monter à nouveau et papillonna des yeux pour les chasser, agacé.

Bordel. Il n'en voyait pas le bout. Il ne savait pas quoi faire... Il ne voyait pas comment il pourrait arranger la situation...

Il se leva et alla se servir un verre d'eau, l'air sombre, avant de s'asseoir à la table de sa cuisine. Son regard coula sur la pochette de photos qui y traînait. Ah oui.

Quelques jours après leur retour, il avait transmis toutes les photos qu'il avait prises à Gray Terminal à Zoro pour que ce dernier choisisse celles qu'il voulait intégrer dans son livre. Il les avait à peine regardées avant de les lui donner, en fait, se contentant de les mettre dans une pochette et de les lui donner sans faire aucun commentaire. Trop douloureux.

La veille, le journaliste, qui avait choisi celles qui l'intéressaient, était passé lui rendre les autres. Sanji s'était contenté de la balancer sur la table en songeant que le bretteur aurait pu s'abstenir, désireux de ne plus y penser.

Mais tout à coup, pris d'une impulsion, il s'en empara et l'ouvrit, se mettant à fouiller parmi les feuilles de papier glacé, une image bien précise en tête.

Il s'interrompit lorsqu'il tomba sur celle qu'il cherchait. Cette photo, cette fameuse photo qu'il avait prise un peu en cachette, au début de leur séjour, celle qui avait immortalisé Ace en plein éclat de rire, sa cigarette à la main, vautré sur le canapé de chez Kidd et Law.

Il la sortit de la pochette, qu'il referma d'un geste lent. Ses doigts tremblaient toujours un peu. Le visage du brun, face à lui, s'imposait à son regard, plus précisément que dans sa mémoire. La frimousse piquetée de taches de rousseur, les cheveux noirs en pagaille, le nez pointu, les grandes mains aux doigts fins, et ce sourire, ce foutu sourire...

-Merde... siffla-il entre ses dents, croisant les bras, se penchant jusqu'à ce que son front vienne heurter le bois de la table.

Comment on se remet de ça ?

Comment on reprend sa vie sans la détester après ça ?

Il serra les paupières, serrant les poings jusqu'à ce que ses ongles égratignent ses paumes.

Je suis censé faire quoi ?

On frappa à la porte.

Merde.

Il se redressa, hésitant à aller ouvrir. Il n'avait envie de voir personne maintenant. Il se leva tout de même pour aller voir de qui il s'agissait à travers l'œil de bœuf. Reconnaissant le visage de sa voisine de pallier, il ouvrit sans réfléchir, presque par réflexe, se retrouvant face à elle.

Robin scruta un instant son visage défait -il n'avait même pas songé à se forcer à sourire- et sembla hésiter un instant avant de demander d'une voix douce.

-... Tout va bien ?

-Je... ouais, ouais.

Il baissa les yeux. Il n'aurait peut-être pas dû ouvrir.

-Tu... tu venais pour quelque chose en particulier ?

-Juste pour te voir. Tu veux que je repasse plus tard ?

-Non.. Non, reste. Tu... Tu veux boire quelque chose ?

Il fit volte-face et retourna vers la cuisine, tandis que la jeune femme entrait dans l'appartement derrière lui. Remarquant qu'il avait laissé la photo de Ace sur la table, il la retourna discrètement face cachée pour éviter que Robin ne la voie, avant de servir nerveusement un verre d'eau à la jeune femme alors que cette dernière n'avait pas répondu.

Tout en le sondant du regard, elle s'assit à sa place habituelle, et il fit de même, n'osant pas trop la regarder. Un silence de quelques secondes s'installa tandis qu'ils prenaient tout deux une gorgée de leurs boissons respectives, puis la jeune femme pris la parole :

-Il est peut-être temps que tu me dise ce qui ne va pas, tu ne crois pas ?

Il la regarda, incertain.

-...Peut-être...

Il baissa la tête.

Bien sûr qu'il avait envie de pouvoir en parler -à quelqu'un d'autre qu'à cet insensible de Zoro qui n'était certainement pas le plus habile pour consoler les gens, en tout cas. Et puis Robin n'était pas comme tout le monde ici, elle était plus... Plus ouverte, elle ne se basait pas sur des préjugés... Peut-être qu'il pouvait tout lui dire, après tout... Néanmoins, il n'était franchement pas sûr de sa réaction s'il lui apprenait comme ça, d'un coup, qu'il avait eu une aventure avec un prostitué de Gray terminal... Lui, i peine un mois, il aurait trouvé ça complètement dingue.

-Je... Je sais pas, Robin.

-Si c'est trop dur pour toi t'en parler, tu peux peut-être simplement me laisser deviner, tu crois pas ?

Sanji eut un petit rire sans joie. Il se prit la tête dans une main et lui jeta un regard désabusé.

-... Tu peux toujours essayer, j'imagine...

Elle eut un sourire rassurant, puis l'observa pendant quelques secondes avant de prendre la parole :

-Tu a rencontré une personne à Gray Terminal.

-Tu l'avait déjà deviné, ça, non ?

-... Une personne dont tu es tombé amoureux, pas vrai ?

Il se tendit légèrement. Sa main se crispa sur son front. Il se mordit la lèvre. Son estomac se contracta.

Et il hocha lentement la tête en silence.

Parce qu'il sut au moment où il l'entendit qu'elle avait raison. Qu'elle venait de mettre les mots sur tout ce qui constituait son mal-être et sa tristesse de ces derniers jours, de formuler ce qu'il n'avait même pas osé se dire alors que c'était tellement évident.

Il était amoureux de Ace. Complètement amoureux. Au-delà de toutes proportions.

Il en était dingue.

Et il était dans la merde, parce qu'il était pas près de s'en sortir.

-Vous avez été forcés de vous séparer, c'est ça ? Continua Robin qui ne le quittait pas des yeux.

-... Ouais, murmura-il d'une voix un peu lasse.

Il crispa ses doigts sur la photo qui était toujours posée devant lui, face contre table.

Il y eut un silence. La jeune femme détourna un instant le regard avant de le fixer à nouveau, comme si elle s'apprêtait à dire quelque chose de délicat. Puis elle finit par demander :

-Et-ce que c'était une prostituée, Sanji ?

Il eut un demi-sourire.

-Haha... Non, pas tout à fait...

Il n'ajouta rien. Robin suivit son regard et aperçut la photographie qu'il tenait toujours sous ses doigts. Elle tendit doucement la main et s'en empara délicatement. Le cuistot la laissa faire, une boule au ventre, appréhendant un peu, mais après tout, si elle avait tout deviné jusque là...

Il la regarda sans rien dire, guettant sa réaction. Elle eut l'air légèrement surprise pendant une seconde, puis se fendit de son sourire habituel, l'air attendri.

-Je vois. Quel beau garçon... J'aurais dû m'en douter.

Elle avança sa main sur la table pour prendre celle de Sanji et la serra.

-Je suis désolée. J'espère vraiment que ça s'arrangera pour toi. Pour vous deux.


[Gray Terminal]


-T'es toujours avec ce Shanks ?

-Ace... n'aie pas l'air aussi agacé quand tu parle de lui.

-N'importe quoi, tu te fais des idées.

-Bien sûr... je te connais, à force.

Le jeune homme lâcha un soupir de fausse exaspération et Makino eut un petit rire, passant une fois de plus sa main dans ses cheveux. Il eut un petit sourire de contentement, appréciant ce contact, les yeux fermés. Il était allongé sur son lit, la tête calée sur les genoux de la jeune femme qui lui caressait doucement la tête, comme quand ils en avaient l'habitude quand il était plus jeune. Il y avait très, très longtemps qu'il n'avait pas accepté de se laisser dorloter comme ça, mais aujourd'hui, il en avait besoin.

-Et du coup, ça veux dire que oui ? Grommela-il.

-Oui. Mais ne parlons pas de moi, aujourd'hui. Si tu me disais plutôt ce qui te tracasse ?

Elle sembla penser à quelque chose et eut soudain une expression peinée.

-J'ai croisé Marco la semaine dernière, il m'a appris pour Law. Je suis vraiment désolée... ça doit être dur pour vous trois. C'est ça qui te rend aussi triste ?

Ace détourna le regard.

-Hmm... En partie, oui.

-Ace...

-Quoi ?

-C'est toi même qui a dit que tu avais besoin qu'on parle, tout à l'heure. Ne compte pas sur moi pour abandonner, maintenant.

Le jeune homme soupira en faisant la grimace et Makino lui pinça gentiment la joue.

-Pas de ça avec moi. Arrête donc de rechigner, explique-moi.

Ace finit par se résigner. Elle avait raison, il avait besoin de lui parler, il le sentait bien. Il ne savait juste pas trop comment mettre les mots sur la manière dont il vivait les choses.

Après quelques secondes d'hésitations pendant lesquelles son regard passa successivement des yeux interrogateurs de la jeune femme au reste de son appartement -qui ne l'aida pas énormément dans sa recherche d'inspiration- il finit par se lancer :

-Pour Law, ça va... je veux dire, c'était dur quand je l'ai appris, mais maintenant bah... j'évite de trop y penser, c'est tout. Même si je m'inquiète pour Kidd parce que je les vois vraiment pas vivre l'un sans l'autre.

Il se mordit la lèvre. Il avait très peu l'habitude de se confier comme ça. Raconter ce qui se passait dans sa vie, comme il l'avait fait pendant son interview avec Sanji, c'était dans ses cordes, mais parler plus précisément de son ressenti intérieur, c'était plus compliqué. Makino était sans doute la seule avec qui il se sentait suffisamment à l'aise pour le faire -même avec Kidd et Law, il se confiait rarement, communiquant davantage par sous-entendus, par non-dits.

-Ce qui me fait chier en ce moment, c'est plus...

Il fronça les sourcils, s'interrompit quelques instant et finit par lâcher :

-J'ai rencontré un mec il y a peu de temps. Maintenant, il a quitté la ville, et j'arrive pas à me le sortir de la tête.

Il marqua à nouveau une pause.

-Voilà. C'est tout.

Makino le regarda, sourcils haussés, l'air un peu surprise.

-C'est tout ?

-Ben ouais.

-Tu pourrais développer un peu plus, quand même.

-...

-Bon, d'accord, j'ai compris, je pose les questions, rit-elle devant son silence. Parle-moi de ce garçon.

-T'en parler ?

-Oui.

-Je saurais pas trop quoi... Enfin... Je sais pas, moi. C'est un cuistot qui vient d'East Blue. Au début, il m'énervait à être coincé du cul, mais au final, je crois que j'ai plutôt trouvé ça... Je sais pas. C'est le genre de mec avec un assez grand sens moral et qui se fixe lui-même un code d'honneur, ou je sais pas quoi. Il vient d'un univers complètement différent du mien... Mais je crois que mine de rien, on s'est compris. Jusqu'à un certain point. Je sais pas... Je m'embrouille. J'ai pas l'habitude de décrire les gens comme ça.

-Mhh, dans ce cas, disons... Si tu devait me le décrire en adjectifs, tu dirais quoi ?

-T'as de ces questions...

-Allez, joue le jeu.

-Ok... Hem... Généreux ? Attentif ? Gentil... Non, gentil c'est trop bateau... Sensible aux autres, je dirais...

-Empathe ?

-Tu viens de m'apprendre un mot, mais ok. A part ça... Un peu naïf. Classe. Prévenant... Anxieux, non, pas anxieux, mais qui se prend un peu trop la tête. Et super sexy, aussi. C'est bon, t'es contente ?

-Comblée, sourit la jeune femme en passant une fois de plus sa main dans ses cheveux. Et... Qu'est-ce que tu veux dire, quand tu dis que tu n'arrive pas à te le sortir de la tête ?

Ace haussa les épaules.

-Je sais pas. On s'est pas franchement séparés dans la joie et la bonne humeur, si tu voit ce que je veux dire. Et depuis, je... Je sais pas. Je pense tout le temps à lui et ça me fout les boules. J'essaye de me le sortir de la tête, mais dès que je fais pas gaffe il revient à toute vitesse. J'ai tout le temps envie de le voir, et... je sais pas, quand je pense que ce sera plus jamais le cas... Je ressent comme un grand vide. Comme un trou dans le ventre.

Makino le regarda en hochant la tête, l'air pensif.

-Je vois...

Elle se redressa et eut un sourire tendre.

-ça ressemble à un chagrin d'amour, ce que tu me dis là, Ace.

-Haha. N'importe quoi. Comme si une pute pouvait vivre ce genre de choses. J'y crois plus depuis que j'ai douze ans, tu sais.

-Ne dis pas ça. Tout le monde peut vivre ce genre de choses.

-Mais oui, à d'autres.

Il secoua la tête et étendit les bras pour s'étirer doucement en baillant. Puis il jeta un regard goguenard à la jeune femme, désireux tout à coup de changer de sujet.

-Bon, et du coup, à ton tour maintenant. Parle-moi de ce gugusse, là.

-Ace...

Devant l'air réprobateur de Makino, il se fendit d'un sourire insolent.

Ouais, heureusement qu'elle était là, elle.


Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui.

En ce moment les chapitres sont assez calmes, mais à partir de la semaine prochaine ça va recommencer à bouger un peu plus!

Et un peu de focus sur Law, parce que là j'ai bien fait ma sadique à juste dire qu'il allait pas bien sans jamais le montrer.

On se retrouve le premier mai pour la suite, d'ici là prenez soin de vous!