Salut tout le monde!

J'espère que vous allez bien, et que vous tenez toujours le coup face au confinement! Courage, on en a bientôt fini, si tout va bien!

On se retrouve aujourd'hui avec un chapitre que j'ai eu beaucoup de plaisir à écrire, comme les suivants que je suis en train de boucler. Je me rend compte qu'à partir de maintenant on cette histoire va vraiment partir en montagnes russes d'émotions pour quelques temps, j'espère que vous apprécierez et que vous ne m'en voudrez pas trop!

Mais trêves de bavardages, je vous laisse à votre lecture, et on se retrouve en bas, comme d'habitude.


[?, jour ?]


Sanji sortit sans se presser de la voiture et claqua la portière derrière lui. Il jeta un œil aux quelques billets qu'il avait en main, les rassembla et les plia proprement, avant de les glisser dans la poche de son jean délavé et troué aux genoux.

Le véhicule démarra derrière lui et disparut dans la circulation dense des avenues qui bordaient le centre-ville. Il le regarda faire en sortant une cigarette qu'il alluma à la flamme de son vieux Zippo à la flamme tremblotante.

Tout en tirant sa première taffe, il jeta un coup d'œil à son reflet dans la vitrine de la petite supérette devant laquelle il se trouvait. D'un geste habile, il remis en ordre ses cheveux dont les pointes lui arrivaient presque aux épaules, puis remonta sur ses bras son sweat gris élimé qui laissait voir son débardeur noir.

Puis, à peu près satisfait de son allure, il fourra une main dans sa poche et, tirant sur sa cigarette de l'autre, se mit en marche d'un pas tranquille, naviguant de trottoirs en trottoirs jusqu'à se retrouver devant la porte vitrée et les néons du Moby Dick .

Il poussa la porte, jetant sa cigarette à la rue sans regarder où elle retombait, puis se faufila à l'intérieur, allant droit au bar sur lequel il s'accouda avec nonchalance, le sourire aux lèvres.

Marco, occupé à laver quelques verres, le remarqua et le salua d'un sourire.

-Je te sers quoi ?

-Ta bière la moins chère.

-Les temps sont durs à ce que je vois.

-Un peu, répondit Sanji en sortant un de ses billets de sa poche, le glissant sur la table en direction du barman.

-T'es déjà allé bosser aujourd'hui ?

-Ouais, un client ce matin. Faut que j'en trouve au moins trois autre d'ici demain, si je veux pouvoir payer mon loyer à temps...

-Viens me voir si jamais t'es vraiment trop juste.

-Merci mais t'en fais pas, ça va aller.

-Excusez-moi, fit un client à Marco qui se tourna aussitôt vers lui.

-Oui, qu'est-ce que je vous sert ?

-Trois café et un café au lait, s'il vous plaît.

Sanji, le nez dans la bière que le serveur venait de déposer devant lui, regarda le jeune homme qui venait de parler, le détaillant brièvement.

Il était plutôt habillé à la cool, mais on voyait quand même qu'il était pas du coin. Ses chaussures avaient l'air trop neuves. Son sweat-shirt orange portait le nom d'une marque assez chère. Il avait le teint clair de quelqu'un qui passe beaucoup de temps au grand air, des cheveux noirs mi-longs légèrement ondulés, le nez pointu, les yeux sombres. Ouais, définitivement, un mec pas d'ici.

Le jeune homme remarqua le regard de Sanji et lui adressa un sourire poli. Le blond nota ses joues mouchetées de taches de rousseur. Il était canon.

Il le reconnut soudain.

-Hé, mais t'es le journaleux d'hier soir, non ? Demanda-il en s'approchant, sans doute trop près au goût du jeune homme qui eut l'air soudain un peu gêné.

-Oui, c'est ça. Je m'appelle Ace, répondit l'autre d'une voix franche en lui tendant la main, souriant.

Sanji la serra en lui rendant son sourire.

-Sanji. Enchanté, répondit-il d'une voix un peu suave en lui glissant un clin d'œil.

Le jeune homme s'empourpra aussitôt, l'air pas franchement habitué à ce genre de choses. Le blond eut un petit rire et se détacha du bar, se rapprochant encore de lui.

-Tu m'a l'air bien facile à faire rougir pour quelqu'un qui se risque aussi près du centre de GT...

Il se pencha doucement en avant, plantant son regard dans les yeux noirs, portant une main au menton, puis à la joue de son vis à vis, qui ne fit que s'empourprer davantage. Cela ne fit que l'encourager et il rapprocha encore son visage du sien, comme s'il allait l'embrasser, et, au dernier moment, alors que leurs lèvres se frôlaient presque, il murmura :

-Bienvenue chez moi...


[East Blue, Jour 29]


Sanji se réveilla en sursaut, se redressant sur son lit, trempé de sueur, le souffle court.

Perdu, il mit quelques secondes avant de se rappeler d'où il était. Son appartement. A East Blue. Les cristaux rouges du réveil indiquaient 3h28. Tout allait bien. Tout était normal.

Il poussa un énorme soupir et se laissa retomber sur son oreiller, repoussant sa couverture de ses pieds. Putain, il crevait de chaud. Il fit aussi passer son t-shirt humide de sueur par-dessus sa tête et regarda le plafond, reprenant son souffle. Son cœur battait la chamade.

Oh, bordel. Qu'est-ce que ça avait été que ce rêve ? Ça avait eu l'air tellement réel... Il était à Gray Terminal, mais... C'était lui le prostitué, et c'était Ace le journaliste d'East Blue...

L'inversion des rôles était plus que troublante.

J'ai vraiment un problème, pour que mon cerveau imagine ce genre de trucs.

Comment je suis censé passer à autre chose si mon subconscient ne coopère pas ?

Sa respiration revint finalement à la normale et il regarda à nouveau son réveil, découragé. Il n'était pas sûr de pouvoir se rendormir après ça... Il allait bien falloir pourtant, il travaillait le lendemain...

Il se tourna sur le flanc et ferma résolument les yeux, bien décidé à essayer.

Mais des images de Ace revenaient à son esprit, encore et encore.

De Ace et de lui, de cette version de lui qu'il ne parvenait pas à chasser de son esprit, de ce Sanji désinvolte accoudé au bar du Moby Dick, de ce Sanji sans avenir...


[Gray Terminal]


-Vous buvez un truc ? Lança Kidd depuis la machine à café.

-Non, merci, répondit Ace en enfonçant ses mains dans ses poches.

-Un café noir pour moi, répondit Law, assis face à ce dernier sur un des bancs qui bordaient le quai.

Ace leva les yeux vers le panneau qui annonçait les départs de train.

-Le vôtre part dans trois minutes.

-J'ai vu, souffla Law en pinçant une cigarette entre ses lèvres. T'as du feu ?

-Ouais.

Kidd les rejoignit, deux gobelets dans les mains. Il en tendit un à Law avant de boire le sien cul sec.

-Putain, j'avais un de ces besoins de café, grogna-il ensuite. Ça fait une paye que je m'étais pas levé avant midi. Bon, Portgas, t'es décidé, tu viens pas avec nous ?

-Je décide de rien. Teach me demande beaucoup de boulot en ce moment. S'il apprend que je quitte la ville, il va croire que je m'enfuis et j'ai pas très envie de voir qui il a envoyer à ma poursuite.

-Qu'est-ce que tu veux, t'es sans doute sa ressource la plus lucrative... Parmi les adultes, du moins, ricana Kidd en levant un sourcil dédaigneux. Enfin bon, si tu viens pas, ça veux dire que je vais pouvoir me faire blondie ?

-C'est ça, tu peux toujours essayer, s'esclaffa Ace. Tu va juste finir par t'en prendre une.

-J'ai hâte de voir ça, murmura Law.

Ce dernier ce leva un peu difficilement, plissant ses yeux aux cernes creusées sous l'effort. Il tenta de prendre son sac, mais Kidd le devança et le chargea sur son épaule en plus du sien, ignorant le regard noir que lui lança son ami.

Une voix dans les hauts-parleurs de la gare annonça que le train à destination d'East Blue arrivait dans moins d'une minute.

-Bon... commença Ace en regardant ses deux acolytes. Passez le bonjour aux journaleux pour moi.

-Rien pour blondie ? Sembla s'étonner Kidd.

Le brun fit la moue.

-Non.

Puis il se tourna vers Law. Une idée l'effleura et lui serra le cœur, celle qu'il le voyait peut-être pour la dernière fois. Il la balaya d'un froncement de sourcils.

-J'essaierais quand même de venir vous voir une fois que le bâtard me lâchera un peu la grappe. D'ici là... Faites gaffe.

-A quoi ? Aux petits bourgeois coincés du cul ? Grogna Kidd.

-Par exemple.

Ace se rapprocha de Law. Le brun fuyait un peu son regard. Est-ce qu'il pensait à la même chose que lui... ? Il espérait que non.

-Law, murmura-il pour capter l'attention de ses yeux gris.

Il posa ses mains sur ses épaules et se pencha pour effleurer ses lèvres du bout des siennes.

-Pour te porter chance, sourit-il en reculant, grimaçant un demi-sourire.

-Putain, Kidd a raison, arrête de faire ton allumeuse, Portgas, grogna le malade en réponse.

Néanmoins il souriait un peu. Ace se tourna ensuite vers Kidd, qu'il étreignit brièvement.

-Prend soin de lui, souffla-il à son oreille.

-Ouais, répondit le roux d'une voix presque inaudible.

Le train entra en gare et ouvrit ses portes. Ace serra une dernière fois la main de Law dans la sienne, lui écrasant presque les doigts, comme dans une ultime tentative de lui communiquer sa force vitale.

Puis ses deux amis s'éloignèrent et disparurent dans le véhicule après un ultime signe de tête à son attention. Les portes se fermèrent derrière eux, puis, quelques secondes plus tard, le train partit.

Ace resta seul sur le quai, les mains dans les poches, les yeux dans le vague, pendant un long moment.

Puis il fit lentement volte-face et se mit en marche en direction du centre-ville, bougeant comme un automate.


Lentement le paysage changea.

Après avoir traversé les immenses banlieues et villes périphériques qui entouraient Gray Terminal, ils eurent droit à une heure ou deux de campagne triste aux champs interminables et monotones, uniquement troublés par de petites villes quelconques dans lesquelles ils s'arrêtaient quelques minutes, jamais plus.

Peu à peu la population présente dans le train changea aussi. Rares étaient ceux qui traversaient le pays d'une traite comme ils étaient en train de le faire. Les passagers qui avaient embarqué en même temps qu'eux finirent par descendre, remplacés par d'autres, puis par d'autres encore. Ils faisaient de plus en plus tache. On lorgnait sur les oreilles percées et les tatouages de Law, sur les lèvres et les ongles peints de Kidd. Ils répondirent aux regards désapprobateurs par des haussements de sourcils dédaigneux, se pelotonnant l'un contre l'autre comme pour ériger une barrière entre eux et le reste du monde.

Law lut un peu, mais resta la plupart du temps les yeux fixés sur le paysage qui défilait sous ses yeux. Kidd se la jouait blasé, mais faisait de même. Après tout, pour l'un comme pour l'autre, c'était la première fois qu'ils quittaient leur ville natale.

Après encore deux autres heures, le paysage changea de nouveau. Ils aperçurent des champs de lavande, des rivières, des petits bois, des collines verdoyantes, des villages minuscules, et puis, au loin, de hautes falaises de pierre blanche. Ok. Là, ça devenait vraiment joli. Comme dans un film ou un bouquin.


[East Blue]


Ils traversèrent une minuscule banlieue, une petite zone industrielle, puis d'un coup ils furent en ville.

Le train s'arrêta. Une voix annonça East Blue.

Kidd s'empara une fois de plus de leurs deux sacs -Law renonça à protester- et ils descendirent, se retrouvant dans une gare bondée, sentant à nouveau les regards se poser sur eux et les détailler de la tête au pied.

-Qu'est-ce que tu mate ? Grogna Kidd à un vieillard qui détourna précipitamment les yeux, l'air outré. Putain, je suis dans cette ville depuis à peine dix secondes et elle me saoule déjà, ajouta-il à l'adresse de Law. Et comment on va se retrouver, ici ?

-Zoro a dit qu'il viendrait nous chercher, répondit Law en regardant autour d'eux, cherchant du regard la chevelure verte caractéristique.

-Ils sont là ! Kidd, Law !

Ils firent volte-face d'un même mouvement. A travers la foule, ils aperçurent le journaliste, accompagné de Sanji, qui leur faisait de grands signes de main. Ils s'avancèrent vers eux, esquissant un sourire.

Ils se serrèrent les mains, un peu gêné mais contents de les retrouver.

-Vous allez bien ? Demanda le cuistot, qui avait une petite mine, mais souriait quand même.

-Aussi bien qu'on puisse aller quand on doit se coltiner le séropositif le plus casses-burnes de la terre, maugréa Kidd qui reçut sans surprise un regard noir de la part de Law. Et vous, vous êtes contents de retrouver votre ville de bourges ? Le grand méchant GT vous manque pas trop ?

Sanji répondit simplement par un petit rire gêné, tandis que Zoro haussait les épaules, se mettant en marche et leur faisant signe de les suivre.

-On va où ? Comment ça va se passer ? Lui demanda Law en lui emboîtant le pas, imité par les deux autres.

-Là, on va t'emmener à la clinique dont je t'ai parlé, où j'ai pris rendez-vous. Ils ont déjà pris contact avec l'hôpital de Gray Terminal qui leur a transféré ton dossier. Il y a des chances pour qu'ils te gardent cette nuit, mais ils m'ont dit que si ton cas n'était pas plus grave qu'il n'y paraissait tu pourrait sortir plusieurs jours par semaine.

Law fit la moue. Rester enfermé, même si c'était seulement la moitié du temps, le répugnait, mais il se sentait trop redevable envers Zoro d'avoir arrangé tout ça pour lui pour se plaindre.

-Tu logeras chez moi le reste du temps, avec Kidd, continua Zoro.

-Tu nous fait une place dans ton pieu ? Demanda le roux avec un rire graveleux.

-J'ai une chambre d'amis, lui répondit simplement le journaliste avec un sourire. Le seul loyer que je vous demande, c'est de m'aider un peu pour boucler le livre. J'ai soumis un premier jet à mon chef qui m'a demandé d'ajouter deux trois bricoles. Mais on verra ça plus tard.

Ils arrivèrent devant la voiture de Zoro, une minuscule bagnole rouge vif qui n'avait pas l'air d'être dans le meilleur des états, ce qui fit hausser un sourcil aux deux nouveaux arrivants.

-Eh ben, ça paye pas si bien que ça, journaliste chez GrandLine ? Demanda Kidd, moqueur.

-J'arrête pas de lui dire qu'il devrait en acheter une autre, mais il s'entête à garder celle-là. Il nous trimballe dedans depuis la fin du lycée, rit Sanji en ouvrant le coffre pour y ranger les sacs que le roux tenait toujours sous chaque bras, avant de prendre la place du passager avant.

-Elle est très bien, cette voiture, grogna Zoro. Si ça vous va pas, vous pouvez toujours marcher.

Il s'installa à la place du conducteur tandis que Kidd et Law montaient à l'arrière, se tortillant pour trouver suffisamment de place dans le minuscule habitacle.

Le journaliste mit en route le moteur, sortit du parking de la gare et se mit en route en direction de la clinique. Il y eut un petit silence, et Sanji jeta un coup d'œil timide en direction des deux passagers.

-Qu'est-ce qu'il y a, blondie ? Lui lança Kidd lorsqu'il le remarqua.

Le cuistot regarda à nouveau face à lui, rougissant un peu. Puis il finit par se lancer :

-Est-ce qu'Ace va bien ?

Silence. Le roux haussa les épaules, détournant le regard pour fixer le paysage par la fenêtre.

-Il a les boules que tu sois parti, se contenta de répondre Law, croisant le regard du blond dans le rétroviseur.

Ce dernier hocha pensivement la tête, baissant les yeux. Zoro lui lança un regard en biais, avant de se concentrer à nouveau sur la route sans rien dire.

Un léger silence s'installa, si bien que le conducteur finit par allumer la radio. Englishman in New York de Sting se mit à résonner dans l'habitacle. Law se laissa aller contre son siège et regarda par la fenêtre, posant son front contre la vitre. Il laissa son regard défiler sur le pays inconnu qui s'étalait sous ses yeux, dehors. Les rues tranquilles et propres, les maisons d'un ou deux étages et les petits immeubles résidentiels, les cafés, fleuristes et petites boutiques en tout genre, les passants tranquilles, les familles se promenant au bord de la petite rivière qui traversait la ville, les amoureux sur les bancs, les parcs où lycéens et étudiants flânaient ou lisaient, les pistes cyclables, les allées bordées d'arbres et de bacs à fleurs... Nom d'un chien, qu'est-ce que c'était que cet endroit ? Zoro et Sanji leur en avait parlé, mais il n'aurait jamais pensé que ce serait à ce point différent de chez eux... Pas étonnant qu'on les regarde de travers. Ils faisaient tellement tache, tout les deux, ici... Il poussa un léger soupir.

«It takes a man to suffer ignorance and smile,

Be yourself, no matter what they say

Oh

I'm an alien, i'm a legal alien »

Il se demanda s'il devait regretter. C'était probablement ici qu'il passerait ses derniers jours, il ne se faisait pas d'illusions à ce sujet. Il aurait peut-être été mieux à Gray Terminal, chez lui, pour ça.

Mais en même temps, il n'était pas mécontent de pouvoir connaître autre chose que sa banlieue natale pourrie et que le centre-ville grouillant de merde de GT, avant de passer l'arme à gauche.

Et puis merde, on verra bien, songea-il en ferma brièvement les yeux.


[Gray Terminal]


Il fallut plusieurs dizaines de minutes de déambulation dans les rues avant que Ace se rende compte que quelque chose clochait, trop perdu dans ses pensées qu'il était.

Il s'engouffrait dans la rue au bout de laquelle se trouvait le Moby Dick lorsqu'il releva la tête, soudain aux aguets.

Bon dieu, les rues étaient complètement désertes.

Quand il était vers la gare encore, il avait croisé quelques passants, mais depuis qu'il s'approchait du vieux centre, plus personne. Pas un chat, et même les voitures se faisaient rares.

Qu'est-ce qui pouvait bien se passer ?

Plissant les yeux d'un air suspicieux, il accéléra un peu le pas pour arriver rapidement le Moby Dick, qu'il trouva fermé, à sa grande surprise.

Quoi... ?

Les néons en forme de baleine de la devanture étaient éteints, l'intérieur était plongé dans la pénombre. Étonné, il arrondit ses mains autour de ses yeux et plaqua son visage contre la vitre de la porte d'entrée pour tenter de voir ce qui se passait derrière. Soudain, ladite porte s'ouvrit, le faisant sursauter et reculer brusquement.

-Rentre vite, lui souffla une voix.

-Marco ?

-Grouille-toi !

Le serveur l'attrapa par le bras et le tira à l'intérieur avant de refermer la porte sur lui et de la verrouiller, jetant un regard méfiant à l'extérieur. Ace le regarda faire, de plus en plus surpris.

Le bar ne semblait pas avoir ouvert de la journée. Les lumières étaient toutes éteintes, plongeant la salle dans une semi-pénombre silencieuse, et les chaises et tabourets étaient retournés sur les tables, comme avant l'ouverture.

-Qu'est-ce qui se passe ? Demanda le jeune homme au barman qui le dépassa pour se diriger vers le bar, beaucoup plus détendu maintenant que la porte était fermée.

-T'es pas au courant ? Viens, je t'offre un verre.

Marco passa derrière le comptoir.

-Un cocktail ou autre chose ?

-Un Wano, ouais, s'il te plaît.

Le serveur s'activa un instant, puis déposa devant lui la boisson qu'il venait de demander, un truc assez rafraîchissant à base de jus de litchi. Ace se mit à jouer avec la paille sans y toucher.

-Bon, tu va me dire ce qu'il se passe ?

-Ou t'étais aujourd'hui, pour pas en avoir entendu parler ?

-Chez Kidd et Law, je les ai accompagnés à la gare. Mais dis-moi !

-Rassure-moi, t'a quand même capté que des gangs se faisaient la guéguerre ces derniers jours, hein ?

-Oui, bien sûr. Mais pas plus que d'habitude, non ?

-Jusqu'à hier, ça allait. Mais aujourd'hui, ça a commencé à prendre des proportions énormes. Ce qu'on savait pas, c'est que Teach est impliqué. Plusieurs autres petites familles et gangs se sont montés contre lui pour essayer de le faire tomber.

Ace écarquilla les yeux.

-...Sérieux ?

-Il y a eu plusieurs fusillades dans le centre ce matin. Pour l'instant, aucun civil n'a été touché, mais tout le monde flippe. Il vaut mieux pas trop sortir de chez soi pour le moment. Ça durera pas trop, je pense, sinon les flics finiront par intervenir.

-Attend, Marco... Tu pense que Teach a une chance de tomber ?

Le barman jeta un œil aux yeux brillants du jeune homme face à lui et soupira.

-...Je sais pas. A ta place, je me réjouirait pas trop vite. La coalition est suffisamment puissante pour qu'il se sente en danger, mais il est quand même bien implanté dans le quartier, je le vois mal tomber aussi facilement. En plus...

Il baissa la voix et détourna le regard.

-Tu sais que grâce à son... commerce, il peut faire pression sur des gens importants. J'ai bien peur qu'il reçoive toute l'aide qu'il voudra.

Ace s'assombrit aussitôt. Ouais, il ne le savait que trop bien. Teach vendait le corps de gamins à des tas de gens importants qui ne voulaient surtout pas que ça se sache, bien sûr. Il se servait de ça pour s'assurer loyauté et protection de la part de beaucoup d'hommes d'affaire ou de politiques. Il avait servi à ça, lui aussi...

Il se renfrogna et Marco lui ébouriffa affectueusement les cheveux, un demi-sourire sur les lèvres.

-Fait pas cette tête. Même si ça ne le fait pas tomber, ça va peut-être l'affaiblir un bon coup. Et puis je ne sais presque rien de cette coalition. Ils ne l'ont sans doute pas attaqué pour rien. Peut-être qu'ils ont un as caché dans leur manche. Garde espoir.

Le jeune homme répondit à son sourire. Ouais, il avait raison, après tout. Des gens faisaient chier le bâtard, ils n'avaient qu'à se réjouir, même si au final ça ne le faisait pas tomber. Et puis savait-on jamais...

-Tu va crécher ici, toi, du coup ? Demanda-il à Marco.

-Ouais, Shakky va m'héberger dans la chambre à l'étage. Tu peux rester aussi, si tu veux.

-ça ira. En sortant par derrière, je suis à à peine deux rues de mon appart'. Je devrais pouvoir rentrer sans me faire canarder.

-Sois prudent.

-Je suis toujours prudent, répondit Ace avec un sourire provocant.

Marco sourit en secouant la tête, l'air désespéré, et le jeune homme s'attaqua finalement à son cocktail.

Ils bavardèrent de choses et d'autres -du départ de Kidd et Law et de l'état de ce dernier, principalement- puis, quand la nuit commença à tomber, Ace jugea qu'il était temps pour lui de rentrer. Il remercia Marco qui lui demanda une fois de plus de faire attention sur le chemin, puis il le salua et sortit par la petite porte de l'arrière du bar, aux aguets.

Il se fit discret, rasant les murs, guettant le moindre bruit, et parvint sans encombre jusqu'à son appartement. Fermant la porte derrière lui, il fut d'abord tenté de s'écrouler sur son lit, mais il se ravisa et décida de commencer par se faire à manger.

Après un repas des plus simple à base de pâtes et de sauce tomate -il n'avait pas franchement les qualités culinaires de Sanji- il se vautra sur son lit, croisant les bras sous sa tête, regardant le plafond. Il réfléchissait à cette histoire de guerre de gangs et à ce que Marco lui avait dit.

Il ne pouvait s'empêcher d'espérer, de croire à la chute de l'homme qu'il haïssait le plus au monde. Il y avait peu de chances, c'était vrai... Mais savait-on jamais... Plus de Teach, plus de visites surprises de Lucci, fini d'avoir peur pour Makino, plus de tafs plus horribles et éreintants les uns que les autres, fini de devoir visiter cet affreux manoir où il avait subi tant de choses, enfant...

Et alors quoi... ? Qu'est-ce qu'il ferait ? Il ne savait pas trop, mais il était sûr que ça serait mieux que sa vie présente.

Fatigué, il finit par s'endormir sans même y penser, rêvant sans trop y croire à un avenir meilleur, glissant, comme souvent ces derniers jours, dans les bras d'un certain blond en même temps qu'il glissait dans les bras de Morphée.


Et voilà, Kidd et Law sont passés de l'autre côté...

Comme d'habitude, n'hésitez pas à me laisser vos avis, impressions, pronostics pour la suite, etc, je vous lis toujours avec beaucoup de plaisir!

On se retrouve le 11 mai pour le prochain chapitre... Qui sera sans doute le chapitre le plus dur de cette fic, désolée d'avance aha.

Comme d'habitude prenez soin de vous, et à très bientôt!