Salut tout le monde!
J'espère que vous allez bien, que vous avez bel et bien survécu à ces deux mois de confinement sans trop devenir des zombies et que vous êtes tout aussi heureux que moi que ça soit enfin terminé!
On se retrouve aujourd'hui, avec un petit jour d'avance puisque que je ne pourrais pas poster demain, pour le vingt-quatrième chapitre de cette fic... ça va vraiment vite.
J'avais déjà prévenu à la fin du post précédent que ce chapitre serait vraiment dur, mais je tiens à le redire et à mettre un TW violences sexuelles et usage de drogue. C'est sans doute le chapitre le plus dur de cette fic en fait, je n'aime pas forcément faire dans l'explicite mais j'ai jugé qu'ici c'était nécessaire pour bien comprendre l'état d'esprit du personnage.
Je l'ai déjà dit dans un chapitre précédent quand j'avais mis en scène Sanji, Ace et Law en train de prendre des cachetons, mais je préfère le redire: je ne fait en aucun cas l'apologie des drogues dans cette fic, et ENCORE MOINS de la drogue dont il est question ici, par pitié ne captez pas mal le message. Et ne touchez jamais à cette saloperie (enfin, vous faites comme vous voulez, mais je vous le déconseille fortement).
Sur ce, avant de tout vous spoiler avec mon blabla, je vous laisse avec le chapitre!
Bonne lecture et on se retrouve en bas!
[Gray Terminal, jour 30]
Ace buvait sa deuxième tasse de café, assis tranquillement sur son lit, lorsqu'il entendit la première fusillade, qui vint troubler l'air de Brown Eyed Girl de Van Morrison qui passait sur son poste de radio.
Il baissa aussitôt le son et se figea, écoutant. Ça venait de pas trop loin... Il avait du mal à estimer comme ça, mais il se pouvait bien que ça se passe du côté du manoir du bâtard... Ou alors c'était son espoir qui le faisait halluciner... Il ne savait pas.
Il attendit quelques minutes, aux aguets, avant de se détendre et de remonter le son, continuant tranquillement de boire le contenu de sa tasse en tapant en rythme du pied.
Il entendit de nouveaux des coups de feux une demie heure plus tard. Cette fois, c'était sûr, ça venait de là-bas. Il ne put s'empêcher de sourire. Cette ambiance le rendait anxieux, mais imaginer Teach en panique qui se faisait attaquer dans ses appartements intouchables était plutôt jouissif. Il se posta à sa fenêtre et observa un peu le quartier, qui semblait aussi désert que la veille. Bon. Sans doute qu'il ne valait mieux pas tenter de sortir aujourd'hui.
Il s'allongea tranquillement sur son lit et se plongea dans le dernier livre que Marco lui avait prêté, De Sang-froid de Truman Capote. Il n'était pas très lecture, de base, mais à force de voir Law plongé dans ses bouquins, il avait fini par demander au barman si ce dernier ne possédait pas des livres qui pourraient potentiellement lui plaire. Ça occupait, après tout leur milieu n'était pas franchement propice au fait d'avoir des hobbys, et écouter la radio et regarder la télé avait rapidement tendance à l'ennuyer. Kidd se foutait de leur gueule quand il les voyait tout les deux le nez dans leurs bouquins. C'est plus un appart' de putes, c'est le cercle littéraire des mamies du coin, ici, ma parole, qu'il disait.
En songeant à Kidd, il fit un peu la moue. Franchement, il était content que Law aie trouvé un bon endroit ou se faire soigner, mais ça le faisait chier qu'ils soient partis. Qui sait quand ils allaient revenir, et ses journées allaient se faire longues, sans eux...
Kidd doit déjà être en train de faire du rentre-dedans à Sanji à l'heure qu'il est, pensa-il mi-amusé, mi-amer.
Il secoua la tête. Ces derniers jours, il avait presque réussi à ne pas penser au blond, du moins pas en journée. Il fallait qu'il continue sur cette voie. Il se replongea résolument dans sa lecture, les sourcils froncés.
Mais à peine avait-il lu trois pages qu'il entendit la porte de son studio s'ouvrir. Il se redressa dans un sursaut, aussitôt sur la défensive, et à raison, puisque Lucci fit son apparition, faisant claquer la porte derrière lui, haletant.
Ace leva un sourcil, comprenant aussitôt que quelque chose n'allait pas.
Lucci n'avait rien de sa classe impeccable et de son calme habituel. Il n'avait pas son chapeau, son costard était débraillé, ses cheveux en désordre tombaient sur son visage. Une de ses arcades sourcilières était en sang et il avait la lèvre fendue. Il avait son flingue à la main, et lorsqu'il s'approcha du jeune homme, ce dernier sentit l'odeur de sueur et de poudre qui se dégageait de lui.
Mais c'est surtout son expression qui montrait un changement. Il avait l'air encore plus taré que d'habitude, avec un sourire flippant et une lueur barge dans les yeux.
Ace, toujours assis sur son lit, eut un mouvement de recul instinctif, plaquant son dos contre le mur. Qu'est-ce qui lui était arrivé, à ce malade ?
-T'étais à la fusillade ? Demanda-il d'une voix neutre.
-A ton avis ? Répondit Lucci.
Il ne lui laissa pas le temps de répondre, le rejoignant aussitôt sur le lit, se penchant sur lui pour poser ses lèvres sur les siennes. Ace réprima son envie de l'esquiver et se contenta de grimacer lorsqu'il sentit le goût de sang de ce baiser forcé.
-Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda-il en tournant légèrement la tête, espérant éviter au maximum le contact en le faisant parler, même s'il ne se faisait pas d'illusion.
-Je me suis dit qu'une petite visite te ferais pas de mal, murmura le mafieux en passant une de ses mains froides sous son t-shirt, le faisant frissonner.
Il se pencha sur lui, lui mordillant le cou, la clavicule, tandis que le jeune homme fixait le mur en face de lui, tentant de se détacher de son corps au maximum. C'était toujours plus dur quand c'était Lucci.
Ce dernier se recula un peu et le tira par les hanches pour l'allonger sur le lit, prenant appui au-dessus de lui pour planter ses yeux froids dans les siens.
-On se connaît depuis un bail, toi et moi, pas vrai Ace ?
L'intéressé, sous lui, haussa un sourcil. Qu'est-ce qu'il se mettait à raconter encore, ce taré ?
-Je me rappelle exactement du jour où Teach t'a pris à ton service. Tu m'intéressait pas, au début... Et puis après... Quel âge tu avait quand je t'ai baisé pour la première fois, hein ? Quatorze ans ? Quinze?
Ace détourna le regard, fronçant les sourcils. Quatorze ans. Il s'en souvenait très bien. Lucci l'avait pris sur son bureau, dans le manoir de Teach, en lui murmurant que s'il n'était pas obéissant, ce serait Makino qui prendrait sa place. Il s'était laissé faire des heures durant, avant de regagner sa chambre, serrant contre son torse les billets que l'homme lui avait dédaigneusement lancé au visage avant de quitter la pièce une fois son affaire terminée. Ça avait été la première fois qu'il avait reçu de l'argent directement. D'habitude, c'était Teach qui touchait tout.
-ça commence à faire un petit moment, ouais, continua le mafieux en continuant de lui caresser le torse. Et j'ai pas arrêté, pas vrai ? Faut dire que d'années en années, t'es devenu de plus en plus bandant. De moins en moins facile à briser, aussi... ça me manque, les première années, quand j'arrivais encore à te faire pleurer.
Il tira sur le tissus du t-shirt de Ace pour le relever jusqu'à son menton, se mettant à griffer sa peau, à pincer ses tétons, arrachant des grimaces à ce dernier qui faisait tout pour rester impassible.
-Tout ça pour dire que je te connaît, Ace. Mieux que personne, même, peut-être.
Cause toujours, connard, pensa très fort l'intéressé en serrant les poings, égratignant ses paumes de ses ongles.
-J'ai même pas besoin de te voir pour savoir ce que tu pense. C'est pour ça que j'ai tenu à venir te voir, aujourd'hui. Je parie que dès que t'a entendu ces histoires de guerres de gangs, t'a commencé à croire à ta liberté, hein ? Je parie que t'a commencé à te réjouir. A te dire qu'aussitôt qu'on tomberait tu vivrais la belle vie, pas vrai ?
Ace se figea légèrement. Bordel, il ne savait pas ce qui se passait dans la tête de ce malade, mais il avait un mauvais pressentiment.
Lucci brandit son flingue, qu'il tenait toujours à la main, et commença à lui caresser lentement la joue avec, un air particulièrement vicieux sur le visage.
-J'suis venu pour m'assurer que tu commence pas à te faire des idées. Le boss tombera pas. Jamais. Et même si c'était le cas, tu serait pas libre pour autant. Je m'arrangerais pour que tu tombe avec nous quoi qu'il arrive.
-T'es vraiment un taré, siffla Ace entre ses dents, les yeux plissés.
Il n'était pas super serein par rapport à ce flingue qui lui titillait la tempe, mais c'était plus fort que lui, il devait répondre.
-Ça t'apporte quoi, de faire ça ?
-Crois pas que tu puisse quitter le navire maintenant. Tu t'es fait un bon paquet de fric chez nous, pas vrai, petite pute. Alors tu va rester jusqu'au bout. Je relâcherais pas mon attention. Et maintenant, je vais t'apprendre à nous prendre pour des cons, ok ?
Ace secoua la tête d'un air dédaigneux et lui adressa un sourire acide.
-Tu te remet à jouer au maître, style « je vais te punir », tout ça ? J'ai vu plus original.
-C'est ça, joue au petit malin. Je vais te briser cette fois, Ace.
Il pointa son flingue sur lui.
-Enlève tes fringues maintenant.
Le brun lui jeta un regard noir avant d'obéir, faisant passer son t-shirt par-dessus de sa tête avant de le balancer au sol. Son pantalon et son boxer suivirent le même trajet, tandis que Lucci, sans se presser, retirait sa veste de costard, qu'il alla déposer sur le dossier de l'unique chaise de l'appartement. Puis :
-Met-toi à genoux, ordonna-il encore le visant à nouveau.
Ace soupira et s'exécuta, s'asseyant sur ses talons, continuant de fusiller le mafieux du regard. Putain, il savait y faire, pour ça. Jouer les petits chefs, jouir de son pouvoir, obtenir par la violence. Il savait même rien faire d'autre.
Pauvre type.
Lucci se rapprocha de lui, le dominant de toute sa hauteur. Puis il l'attrapa durement par les cheveux, écrasant le canon de son flingue contre ses lèvres.
-Et maintenant, tu vas me sucer, sale pute.
Ace lui jeta son regard le plus assassin, mais ne put empêcher ses poings serrés de trembler.
[East Blue]
-Je vais vous laisser, les gars, il faut que j'aille prendre mon service du soir.
-Quoi, tu reste pas dormir avec moi, blondie ?
-Non, merci, répondit Sanji avec un petit sourire.
Il aurait jamais cru admettre ça, mais il finissait pas trouver les blagues graveleuses de Kidd plutôt drôles. Il n'osait juste pas imaginer la réaction de ses amis si jamais ils entendaient le roux lui parler de la sorte... Enfin, pour l'instant, le problème ne se posait pas.
Il enfila sa veste de costard et jeta un œil à Kidd et Zoro qui terminaient leur bière, vautré sur l'immense canapé du loft du journaliste, regardant la télé en bavardant de tout et de rien.
-Un vrai petit couple, grinça-il à leur encontre.
Zoro se contenta de sourire en secouant la tête.
-Casse-toi.
-Ouais, c'est ça.
Il les salua avant de sortir, n'entendant qu'à moitié une nouvelle blague du même acabit que la précédente qui franchissait les lèvres du roux.
La veille, comme prévu, ils avaient amené Law à la clinique, qui avait décidé de le garder pour quelques jours, comme il s'y attendaient. Toujours comme prévu, Kidd logeait chez Zoro en attendant, et Sanji était passé les voir pendant sa pause de l'après-midi.
Jusqu'ici, tout se passait bien, mais une nouvelle fête chez le journaliste était prévue dans la semaine, et Sanji appréhendait un peu la rencontre entre les deux prostitués et leur groupe de potes. Pour sûr, ça risquait de faire des étincelles. Rien qu'à imaginer Kidd faire du rentre-dedans à Usopp ou à Coby... Bizarrement, il avait plus envie d'en rire qu'autre chose, en y pensant comme ça.
Il marcha d'un pas tranquille jusqu'à l'arrêt de bus qui se trouvait dans une ruelle adjacente à celle du loft. Puis en attendant, il s'alluma une cigarette, un peu pensif.
Ça lui faisait bizarre de voir Kidd ou Law sans Ace... Le jeune homme lui manquait d'autant plus qu'il avait pris l'habitude de les voir tout les trois ensemble.
Il se mordit la lèvre.
Tout raconter à Robin -ou du moins presque tout- au sujet de son aventure à Gray Terminal lui avait fait du bien. Un peu. Il s'en voulait de ne pas l'avoir fait plus tôt, de ne pas avoir eut suffisamment confiance en l'intelligence et l'ouverture d'esprit de la jeune femme. Elle ne l'avait jugé à aucun moment. Il savait bien que ça risquait fort d'être différent pour les autres, malheureusement...
Aussi, pour qu'on ne lui pose pas trop de questions, il jouait l'homme parfaitement heureux en public, et tout le monde y croyait. Après tout, officiellement, il s'était enfin remis de sa rupture avec Nami, il avait repris le travail, tout allait bien. Pas vrai ?
Le bus finit par arriver. Il écrasa son mégot du pied et monta. Le véhicule était presque vide, il s'assit tout au fond et se mit à regarder par la fenêtre, toujours pensif. La radio diffusait une vieille chanson de Bernadette Carols au rythme languissant.
Oh
Laughing on the outside
Crying on the inside
'Cause i'm so in love
With you
Il tiqua en entendant les paroles, et regarda le haut-parleur du bus en le fusillant du regard comme s'il y était pour quelque chose. Le monde entier se liguait contre lui ou quoi ? Comme si faire des rêves bizarres ne lui suffisait pas...
Il soupira, las, ses pensées revenant encore vers Ace.
Il avait essayé, mine de rien, de soutirer quelques informations à Kidd et à Law pour savoir comment il allait. Sans grand succès. Sans doute qu'il n'y avait pas grand chose à dire... Pas de nouvelles, bonnes nouvelles, pas vrai.
Néanmoins, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Est-ce que Ace allait bien, maintenant que ses deux acolytes s'étaient fait la malle ? Il était bien placé pour savoir que le jeune homme avait vécu pire, mais bon...
Il avait le cœur serré, sans trop savoir pourquoi.
[Gray Terminal]
Ace posa le front contre son matelas, haletant, appuyant de ses deux mains contre le mur d'en face pour éviter d'être précipité contre lui à chacun des coups de reins de plus en plus violents que Lucci lui assenait. Il voyait un peu trouble, déchiré par la douleur. Son arcade sourcilière saignait, tachant les draps de cercles écarlates auquel son regard hébété se raccrochait désespérément. Le mafieux l'avait frappé avec la crosse de son pistolet un peu plus tôt et l'avait ouvert au niveau du sourcil. La tête lui tournait, il n'en pouvait plus.
Depuis combien de temps subissait-il les assauts de Lucci, ces humiliations, ces horreurs ? Deux heure ? Trois heures ? Il ne savait plus. On aurait dit que cette fois il avait décidé de le souiller le plus possible, de pousser au plus loin ses limites, de le briser pour de bon.
Il n'était pas loin de réussir. Ace n'avait même plus la force de bouger, il se contentait de rester là, le visage dans les draps, fermant les yeux de toutes ses forces, tentant d'ignorer tout, de se détacher de son corps, de ce mec ignoble qui entrait toujours plus profondément en lui, lui griffant le dos, lui mordant l'oreille, s'agrippant à ses épaules.
Tout à coup il n'en put plus, il perdit toute combativité, il eut envie de tout lâcher, de mourir maintenant, de laisser son corps moite et douloureux derrière lui – et qu'on lui fiche la paix, bon sang.
Mais il ne pouvait pas. Même ça, ça ne lui était pas accordé, il devait continuer de subir, encore et encore, jusqu'à ce que ce gars soit fatigué de le détruire et s'en aille, enfin.
Cela finit par arriver. Il ne sut pas au bout de combien de temps, mais après un ultime coup de rein il sentit l'hideuse jouissance de Lucci enfoncer ses ongles sans son dos jusqu'à le faire saigner, puis se retirer de lui et se relever, remontant son pantalon sur ses hanches dans un cliquetis familier, ramassant son flingue, le laissant là, sans même daigner lui adresser une parole, peut-être même pas un regard, qui sais.
Il ne bougea pas. Il ne dit rien, ne fit rien, ne réclama pas d'argent -n'y pensa même pas. Il attendit que la porte claque derrière Lucci, et même après ça resta inerte, semblant n'être plus qu'un corps nu et meurtri, presque un cadavre.
Ce fut un frisson qui le poussa à bouger. Il avait froid. Il se redressa péniblement, portant sa main à son arcade sourcilière. Le sang avait séché sur son visage et ne coulait plus. Une douleur aiguë lui vrillait les reins. Il avait l'habitude, mais là... C'était pire que les autres fois.
Bien pire.
Il se pencha doucement depuis son lit pour récupérer son boxer et son pantalon, qu'il enfila lentement, le regard sombre. Ses mains tremblaient. Il avait un poids lourd sur la poitrine, qui lui écrasait les entrailles, lui donnait la nausée. Sa gorge était sèche, sa tête le lançait.
Qu'est-ce qu'il allait pouvoir faire cette fois, pour passer outre ? Pour survivre à ce qu'il venait d'endurer ? Il était seul. Kidd et Law étaient partis. Et de toute façon, un peu de sexe ou d'alcool ne lui suffirait pas cette fois, il le savait bien.
Il eut envie de voir Sanji et sentit ses yeux le piquer à cette pensée. Il n'avait envie que de ça. De se retrouver face à lui, de l'attraper par le col de sa foutue chemise et d'enfouir le visage dans son cou, dans ses cheveux, de sentir son odeur à plein poumons et de chialer tout ce qu'il avait sur le cœur, de sentir ses mains apaisantes lui caresser le dos, ses bras chauds l'enserrer, ses baisers lui faire oublier, au moins pour une nuit...
Le silence lui sembla pesant et oppressif tout à coup. Il alluma la radio, chercha une bonne station jusqu'à tomber sur Rock'n'Roll suicide de Bowie. On pouvait difficilement faire mieux.
« Time takes a cigarette, puts it in you mouth
You pull on your finger,
Then another finger,
Then cigarette... »
Il s'assit sur son lit, dos au mur, et plongea une main dans sa poche pour en sortir une cigarette froissée qu'il porta à ses lèvres, toujours tremblant. En cherchant son briquet dans son autre poche, il fronça les sourcils en sentant quelque chose qu'il ne reconnut pas, une sorte de sachet en plastique. Il l'attrapa entre deux doigts et le sortit, reconnaissant le sachet d'héroïne qu'il avait trouvé sur la table de l'appartement de ses amis et piqué à Law, quelques jours auparavant.
Il le porta à hauteur de ses yeux tout en allumant sa clope, les sourcils froncés.
« You're too old to lose it, too young to choose it
And the clock waits so patiently on your song... »
Pourquoi pas. Après tout, il lui faudrait au moins ça pour passer la soirée.
Il avait jamais été fan de ce genre de truc. Il s'était déjà piqué deux ou trois fois, mais il avait eu trop peur de devenir accro pour s'y accoutumer réellement. Et puis il voyait bien l'état dans lequel ça mettait Law, sans compter que ça coûtait cher... Enfin, pour une fois...
« You walk past a cafe, but you don't eat when you've lived too long
Oh, no, no, no
You're a rock'n'roll suicide... »
Avant de réfléchir davantage, il sortit la seringue du sachet, la prépara méthodiquement, dilua la poudre dans un peu d'eau dans une cuillère, fit chauffer cette dernière à la flamme de son briquet pour tout dissoudre, remplit la seringue, se fit un rapide garrot avec l'élastique qui se trouvait dans le sachet, le tout avec des gestes qui se firent d'un coup précis et méthodiques. Quand tout fut prêt, il hésita. C'était imprudent, il le savait. C'était beaucoup pour une seule fois... Mais il lui fallait bien ça.
-Et puis merde, grommela-il.
Il tira sur le garrot avec les dents, fit quelques mouvements du bras pour bien faire ressortir sa veine, fit pénétrer l'aiguille dans la peau pâle, fit passer le liquide brunâtre dans ses veines...
Presque aussitôt il se sentit quitter terre. Il ferma les yeux et se laissa tomber sur son lit allongé sur le dos, poussant un immense soupir, ayant la douce impression de flotter, de monter au plafond, tandis que la musique se faisait plus présente, plus forte que jamais dans sa tête...
« Chev brakes are snarling
As you stumble across the road
But the day breaks instead, so you hurry home
Don't let the sun blast your shadow
Don't let the milk float ride your mind
You're so natural, religiously unkind... »
Il garda un instant les yeux fermés, frissonnant, tandis que lui venait l'impression délicieuse de rayons de soleil courant sur sa peau...
Et tout à coup il se redressa avec une facilité déconcertante. Toute douleur avait disparu. Son corps lui semblait soudain comme neuf, intact, libéré de la moindre fatigue, de la plus petite égratignure. Il ouvrit les yeux et réalisa qu'il se tenait debout au milieu d'un champ si immense qu'il n'en apercevait pas les limites, rempli de fleurs d'un jaune presque aveuglant. Il tourna lentement sur lui-même, inspirant à pleins poumons l'air le plus frais qu'il aie jamais ressenti.
Il se mit en marche. Tout ses mouvements lui semblaient infiniment facile, comme s'il sentait à peine son propre poids. Il avançait lentement, savourant le calme parfait, le silence qui était total sans être lourd, avec seulement la musique qui continuait de résonner dans sa tête. Au-dessus du champ, bien qu'il semblait faire jour, il apercevait la voix lactée, des milliers et des milliers d'étoiles dans un ciel qui allait du bleu nuit au violet, plus qu'il n'en avait jamais vu. Il ralentit un moment, se perdant dans cette contemplation, apaisé.
Tout à coup il vit quelqu'un allongé dans l'herbe.
« Oh, no, love, you're not alone
You're watching yourself, but you're too unfair
You got your head all tangled up, but if i could only make you care... »
Il n'eut pas besoin de s'approcher pour savoir qui c'était. Car il savait au fond de lui, bien qu'il ne sache pas d'où vienne cette certitude, que c'était la seule personne capable de venir dans ce champ et de s'y allonger ainsi.
Sanji ne parut pas surpris non plus de le voir approcher. Allongé les bras sous la tête, les jambes croisées, entièrement vêtu de blanc, l'air rêveur, il semblait lui aussi perdu dans la contemplation du ciel. Ses cheveux étaient d'un blond presque irréel, beaucoup plus lumineux que dans son souvenir, un peu comme les fleurs qui l'entouraient. Il tourna doucement la tête vers lui et lui adressa un sourire tranquille.
« ..Oh, no, love, you're not alone... »
Ace s'approcha et, sans lui dire un mot, s'allongea à ses côtés, regardant un moment les étoiles avec lui. Puis d'un même mouvement ils se regardèrent. Les yeux du cuisinier avaient une couleur étrange, d'un bleu presque violet, exactement comme le ciel. Il se sourirent en silence, puis lentement, ils penchèrent la tête jusqu'à ce que leurs deux fronts se touchent, fermant les yeux.
« No matter what or who you've been
No matter when or where you're seen
All the knives seem to lacerate your brain
I've had my share, i'll help you with the pain
You're not alone... »
Il eut peu à peu l'impression que la peau de leurs fronts fusionnait, que leurs esprits s'aspiraient l'un l'autre. Il s'abandonna complètement à la sensation de bien-être intense qui se diffusa aussitôt dans tout son corps, perdant la conscience de tout, du temps, de l'espace, de lui-même...
« Just turn on with me, and you're not alone
Let's turn on and be
Not alone
Gimme your hands, 'cause you're wonderful
Gimme your hands, 'cause you're wonderful
Oh, gimme your hands... »
Puis il rouvrit les yeux. Le champ de fleurs était toujours là, la voie lactée aussi. Il était toujours couché aux côtés du jeune homme. Leurs quatre mains étaient entremêlées entre eux deux. Sanji ouvrit les yeux à son tour, et alors seulement Ace osa prendre la parole, malgré la peur qui le taraudait de tout faire éclater comme un rêve :
-Est-ce que je peux rester ici ?
Le blond eut un doux rire.
-J'aimerais bien, mais ça va être difficile. Cet endroit va vite disparaître. Il va falloir que tu fasse un choix.
-Un choix ?
-Oui. Ici, tu es dans l'entre-deux. Regarde...
Sanji se redressa pour s'asseoir et Ace fit de même.
-Regarde en bas.
Il s'exécuta, réalisant que le sol sous leur pieds était tout à coup transparent. Penchant la tête, il réalisa qu'en dessous d'eux, à une quinzaine de mètres de profondeur, il apercevait son appartement, vu d'en haut. Il reconnaissait tout, la petite pièce, le matelas deux places posé à même le sol... Et sur ce matelas, son corps inerte, toujours couché, aux yeux fermés, au visage sans expression. Se penchant encore, il contempla ses traits tirés, sa blessure au visage, les hématomes qui parsemaient son torse nu. Sanji, à genoux à ses côtés, le fixait également avec tristesse.
-Tu peux redescendre. Tu peux retourner là-bas, murmura-il.
-Je ne veux pas. Pas tout de suite. Je suis bien ici.
-Tu n'as pas le choix. C'est ça, ou alors...
Le cuisinier désigna du menton la voix lactée.
-Ou alors tu va devoir partir par là.
Ace leva les yeux vers le ciel hypnotisant.
-Si je choisis de monter, tu viendrais avec moi ?
-Bien sûr. Je serais toujours avec toi. Quoi qu'il arrive.
-Non, c'est faux. Je sais que si je redescend, tu disparaîtra.
Sanji haussa les épaules sans rien dire. Tout à coup, des coups retentirent autour d'eux. Tout se mit à trembler. Les deux jeunes homme s'accrochèrent l'un à l'autre pour ne pas tomber.
-Qu'est-ce qui se passe ? Demanda le brun.
-Il faut te dépêcher. Choisis maintenant, ou tu retournera dans ton corps.
-Je ne veux pas.
-Ace...
-Tu ne sais pas ce que je viens de subir.
-Je le sais.
-Je ne veux plus jamais y retourner.
Sanji hocha la tête gravement, comme pour montrer qu'il comprenait.
Les coups retentirent de nouveau et la terre trembla encore plus fortement. C'était comme si le champ menaçait de s'effondrer sur lui-même. Il lui sembla entendre une voix inconnue l'appeler, loin, très loin...
-Tu es sûr ?
-Ouais. Emmène-moi, s'il te plaît.
-Très bien.
La voix qui l'appelait retentit de nouveau au loin. Sans trop savoir pourquoi, il trouvait cela effrayant.
Le blond passa ses mains autour de sa taille et il fit de même, rapprochant son corps du sien, plongeant dans la couleur hypnotisante de ses yeux. Il jeta un dernier regard à son corps, loin sous leurs pieds, et raffermit sa prise.
Ils se serrèrent encore davantage l'un contre l'autre et il se sentit quitter terre, tout doucement.
Il avait l'impression qu'un fil s'était arrimé au sommet de sa tête et le tirait en douceur vers le ciel qui, tout à coup, semblait étrangement proche. Il leva la tête, et tout à coup ne put plus s'arracher à la contemplation de la voûte céleste, ne parvenant même plus à regarder le visage de Sanji, incapable de détourner les yeux.
Tout lui semblait devenir de plus en plus lumineux. Il avait une sensation étrange, comme s'il commençait à flotter dans son propre corps.
Il entendit encore des coups au loin, et toujours cette voix qui prononçais son nom. Puis il ne l'entendit même plus. La lumière ambiante devint aveuglante. Il ferma les yeux, et tout à coup ses mains se refermèrent sur le vide.
Et enfin ce fut le noir, et il n'y eut plus rien.
... Voilà...
J'espère que je ne vous ai pas trop perdus avec la deuxième partie complètement perchée.
Je suis ouverte à vos menaces de mort pour Lucci (ou pour moi), et à vos larmes pour tout le reste (pas taper pas taper).
On se retrouve le 21 mais pour le prochain chapitre... J'attend vos pronostics avec impatience.
