Bonjour tout le monde!
Et me revoilà enfin avec le chapitre 25 de Wild World... Je sais que vous l'attendiez, celui-là. Je suis vraiment sadique de vous avoir laissés sur la fin de chapitre d'il y a dix jours... Et du coup aujourd'hui c'est reparti pour un tour de montagnes russes émotionelles!
Merci infiniment pour toutes vos reviews adorables, j'ai adoré vos réactions au chapitre précédent! C'est toujours un vrai plaisir de vous lire, vous êtes les meilleurs.
Bon, puisque j'imagine que vous trépignez d'impatience, je vais cesser mon blabla ici et vous laisser avec le chapitre. On avance d'un grand pas dans l'intrigue, aujourd'hui!
Bonne lecture à tous et comme d'habitude, on se retrouve en bas.
[Jour 32, Gray Terminal]
Ace ouvrit péniblement les yeux et fut aveuglé par la blancheur du plafond qui lui faisait face. Il les referma et papillonna un instant, tentant de clarifier sa vision un peu floue. Il se sentait engourdi. Sa bouche était pâteuse. Il voulut porter sa main droite à son visage pour se frotter les paupières, mais quelque chose encombrait son mouvement. Il tourna la tête et fronça les sourcils en apercevant une perfusion reliée aux veines palpitantes de son poignet.
Qu'est-ce que... ?
Il releva péniblement la tête, tentant de regarder autour de lui. Il n'était pas dans sa chambre. Il n'était pas dans un hôpital non plus, en tout cas, ça y ressemblait peu. La chambre qui l'entourait, assez grande et luxueuse, lui était complètement inconnue. Son regard s'attarda sur l'épais tapis beige qui couvrait le sol, sur les larges fenêtres qui semblaient donner sur un jardin, sur le grand lit dans lequel il se trouvait enfin, meuble à l'air onéreux en bois sombre. Il fronça encore davantage les sourcils, complètement perdu. Ça ressemblait au manoir du bâtard, dans le genre, mais il ne reconnaissait rien... Et dans tout les cas, qu'est-ce qu'il faisait là ? Qu'est-ce que c'était que cette perfusion ?
Il porta sa main gauche à son front et sentit un gros pansement qui lui recouvrait l'arcade sourcilière. Baissant les yeux sur son torse nu couvert de marques de griffures et de morsures, il se souvint.
Merde. Lucci était venu chez lui. Il l'avait complètement détruit... Il se souvenait maintenant.
Il s'était piqué. De l'héro. Celle de Law... Il se souvenait vaguement de son trip. Un champ de fleurs, Sanji... Et lui qui renonçait à son corps, à la fin... Il s'était senti mourir pour de bon.
Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Il regarda à nouveau autour de lui. Peut-être était-il dans le manoir de Teach, tout compte fait... Dans une chambre qu'il ne connaissait pas... Peut-être que Lucci était revenu sur ses pas, l'avait trouvé en pleine défonce et avait décidé de l'embarquer... C'était la seule explication qu'il voyait.
Il frissonna. Ça voulait dire que Lucci était tout près, ça, pas vrai ?
Non... Non, il ne voulait pas le voir. Il ne pouvait pas, il sentait qu'il craquerait, cette fois... Il était vaincu. Le mafieux l'avait brisé. Il n'aurait plus la force de lui tenir tête... Rien que l'idée de ses mains sur son corps lui donnaient la nausée...
Il enserra ses épaules dans ses mains pour tenter de s'empêcher de trembler. Une légère panique lui serrait la gorge.
Quitte à se réveiller dans ce manoir de malheur, il aurait préféré ne pas se réveiller du tout.
Il en était là de ses réflexion lorsqu'il entendit la porte de la chambre s'ouvrir. Il se tendit aussitôt, sur la défensive, prêt à devoir affronter l'un ou l'autre de ses pires ennemis...
Mais ce fut Makino qui apparut. Il se détendit aussitôt. La jeune femme, quand à elle, ouvrit la bouche, l'air surpris, avant d'afficher un immense sourire, s'élançant vers son lit.
-Ace... ! Tu es réveillé, je suis soulagée...
-Makino...
Elle fondit sur lui, passant ses bras autour de son torse, pressant son visage contre ses cheveux. Il la sentit trembler et lui rendit aussitôt son étreinte du mieux qu'il put, se serrant contre sa chaleur.
-J'ai eu peur, j'ai eu tellement peur pour toi...
Sa voix était pleine de larmes. Lorsqu'elle se détacha de lui pour prendre son visage entre ses mains et le regarder, il vit qu'elle pleurait.
-J'ai cru t'avoir perdu...
-Qu'est-ce que... Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Il était si heureux de la voir. Il en avait tellement besoin... Lorsqu'elle se dégagea de son étreinte pour s'asseoir sur son lit, il posa une de ses mains sur son épaule, et commença à lui caresser les cheveux de l'autre, les yeux fixés sur son visage dans l'attente d'une réponse.
-Tu as fait une overdose, Ace. Avant-hier, je suis passée te voir chez toi et je t'ai trouvé... Tu... Tu avais l'air d'être dans le coma...
Elle baissa les yeux et ses larmes coulèrent à nouveau. Le jeune homme les essuya des deux pouces, l'encourageant à continuer.
-J'ai appelé les urgences, mais ils ont mis trop de temps à venir... Alors je t'ai fait ramener ici, c'était plus sûr.
-Makino...
-Tu a dormis pendant presque deux jours... J'ai vraiment cru...
Elle sourit sous ses larmes.
-Je suis si contente que tout aille bien...
Il l'attira dans ses bras et posa un baiser sur son front.
-Je suis désolé, murmura-il. Désolé...
Il enfouit son visage dans les cheveux de la jeune femme, qui lui rendit son étreinte. Il se sentait mieux... Il n'avait envie de penser à rien d'autre... Et surtout pas à ce qui se passerait après, d'autant plus que la présence de Makino confirmait qu'il se trouvait bien chez le bâtard. Mais pour l'instant, il ne voulait pas s'en préoccuper. Seulement profiter de cette douceur... De cette chaleur...
Il avait été stupide. Comment avait-il pu songer à se laisser mourir ? Elle en serait inconsolable, il le savait. Il n'avait pas le droit de la laisser... Peut importait ce que lui avait fait subir Lucci, il devait se relever, s'en remettre...
-Alors, réveillé ? Lança soudain une voix près de la porte.
Ace rouvrit les yeux et leva brusquement la tête, sur la défensive. Ne reconnaissant pas la voix, il s'attendait à se retrouver face à un sous-fifre de Teach ou Lucci, envoyé là pour rendre compte de son état...
Mais Makino, qui était toujours dans ses bras, se dégagea et tourna tout à coup la tête vers le nouvel arrivant, tout sourire.
-Oui, il va bien, affirma-elle, rayonnante.
Puis elle regarda à nouveau Ace et esquissa un geste en direction de leur vis-à-vis commun.
-Je te présente Shanks.
Ace fronça les sourcils sans comprendre. Il détailla rapidement l'homme qui le regardait, appuyé contre l'encadrement de la porte, les mains dans les poches, un léger sourire sur les lèvres.
Une chemise blanche entrouverte sur son torse, une veste de costard aux manches retroussées jusqu'aux coudes, des chaussures en cuir verni. Des cheveux roux mi-longs, une barbe de quelques jours, un visage sympathique strié de trois impressionnantes cicatrices sur l'œil gauche. Ce mec sentait le mafieux à trente kilomètres, mais dans un genre bien différent de Teach.
-Shanks... ? Répéta Ace, penchant légèrement la tête sur le côté.
Le mec de Makino ?
Mais alors si il est là...
-On est pas chez Teach ? Demanda-il sans rien comprendre.
Il voyait mal comment un chef de gang ennemi pouvait se balader tranquillement dans le manoir du mafieux le plus puissant de la ville.
-Ace... ! S'exclama Makino, l'air outrée. Tu as vraiment cru que je t'aurais amené là-bas... ?
-Bah je... je sais pas, moi, je pensais que t'avais pas trop eu le choix... mais on est où alors ?
-Chez moi, déclara Shanks avec un sourire. Makino m'a appelée quand elle t'a trouvé et j'ai aussitôt envoyé des gars te chercher.
-Ah... Je vois.
Ace poussa un soupir de soulagement. Alors il n'étais pas là-bas... ça expliquait pourquoi il ne reconnaissait rien, ici.
Shanks se décolla de l'encadrement de la porte et s'avança vers le lit, posant une main sur l'épaule de Makino.
-Je pense qu'on a quelques petites choses à t'expliquer, elle et moi.
-Comment ça ?
La jeune femme eut un sourire timide. Le roux la regarda et, voyant qu'elle ne semblait pas prendre la parole, se décida à le faire.
-Disons que cette demoiselle m'a convaincu de t'offrir un ticket de sortie.
Ace les regarda tour à tour. Ok, il était vraiment largué. Son esprit était encore embrumé et il ne comprenait vraiment pas où ils voulaient en venir.
-Heu... C'est à dire ?
-Je vais t'expliquer, dis Makino d'une voix douce.
Elle lui prit doucement la main.
-En venant chez toi avant-hier, j'ai croisé Lucci. Il m'a fait comprendre qu'il venait de te voir. Quand je t'ai trouvé... Enfin... J'ai vu dans quel état était ton corps... J'ai compris ce qu'il s'était passé.
Ace détourna un instant le regard. Ça le gênait un peu que Makino soit au courant, et plus encore qu'elle en parle devant Shanks, mais il n'était plus à ça près.
-Lucci m'a aussi dit qu'il ne te laisserait pas quitter la maison. Je le connais bien à force de travailler sous ses ordres, et je pense que toi aussi... Il est dangereux. Il te tueras si tu le laisse continuer, Ace.
-Je sais, répondit l'intéressé, le regard sombre.
Il savait depuis bien longtemps que ce taré risquait, un jour ou l'autre, de mettre réellement sa vie en danger. Et il le lui avait confirmé lors de leur dernière entrevue, lui faisant carrément comprendre que si Teach tombait, il n'hésiterait pas à le tuer plutôt que de la voir retrouver sa liberté...
-Alors... je suis dit que cette overdose, c'était l'occasion pour toi de t'en sortir, continua Makino.
Ace la fixa en clignant des yeux. Il ne comprenait toujours pas.
-On a fait en sorte de simuler ton décès, mon garçon, lâcha Shanks pour éclairer sa lanterne.
-Quoi... ?
Ace fronça les sourcils tandis que l'information prenait lentement place dans son cerveau.
-Quoi ?! Répéta-il plus fort.
-C'est l'idée de Makino, de bout en bout. J'ai soudoyé l'hôpital et la morgue pour qu'ils officialisent ta mort. Ça tombait bien, on avait justement un cadavre à faire disparaître, avec cette guerre de gangs. Tu a été incinéré hier. Le faire-part de décès est arrivé chez Teach, après tout tu a officiellement habité là-bas pendant quelques années. Ils ont donc officiellement été informés que tu était mort des suites d'une overdose à l'héroïne -ce qui est complètement vrai, somme toute, et Makino s'est chargée de leur confirmer ce fait.
Ace regardait Shanks parler, la bouche ouverte, muet comme une carpe. Tout se bousculait dans sa tête.
Makino raffermit la prise de sa main sur la sienne.
-Tu comprend ce que ça veux dire, Ace ? Tu es libre. Tu dois quitter la ville maintenant, mais une fois que ça sera fait, tu pourra faire ce que tu voudras.
-M-mais je suis officiellement mort, bredouilla le jeune homme.
-Seulement ici. Shanks t'a fait faire de nouveaux papiers.
-Mais...
Ace respira profondément, portant sa main à son front, complètement perdu. Nom de dieu, c'était beaucoup trop d'informations à encaisser d'un coup, surtout au réveil... Il ne savait pas quoi penser, là... Trop de questions lui venaient à l'esprit.
-C'est trop simple... murmura-il. Teach va forcément vouloir vérifier, il va se douter que... il a dû envoyer quelqu'un à la morgue pour vérifier... Lucci... Lucci lâchera pas l'affaire comme ça...
-Non, Ace, répondit Shanks d'une voix rassurante. J'avais posté un de mes homme à la morgue au cas où et personne n'est venu vérifier. Ils sont trop occupés en ce moment avec cette guéguerre, l'information a dû leur parvenir dans la confusion générale... Pour eux, t'es juste un p'tit gars complètement dans la dèche et sans aucun autre lien avec la mafia que celui que tu as avec eux, ça doit être inconcevable pour eux que tu aie les moyens de simuler ton décès. Et ils ne savent rien du lien qui m'unit à Makino. En plus, c'est complètement crédible que tu sois mort après ce que Lucci t'a fait subir. Après tout tu as réellement failli y passer. Tu est vraiment hors d'atteinte, mon garçon.
Ace le regarda sans rien dire. Il commençait à assimiler tout ce qui s'était passé. Alors... C'était vrai ? Il était vraiment libéré de l'emprise de Teach ? C'était beaucoup trop beau pour être vrai...
Makino reprit la parole :
-J'ai prévenu Marco. Il est allé chercher tes affaires et tes économies chez toi. Il t'accompagnera à la gare en voiture. Il faut que tu te fasse discret, si jamais l'un des hommes de Teach te voit, on aura fait tout ça pour rien.
-Je... je sais pas, Makino... Je...
Il ferma les yeux et se pinça l'arrête du nez, inspirant profondément pour se calmer.
Tout se bousculait dans sa tête. Il n'avait aucune idée de comment il allait se débrouiller à l'avenir. Quitter la ville définitivement, lui qui n'avait jamais rien connu d'autre que le centre de Gray Terminal ? Et qu'est-ce qu'il allait pouvoir faire, nom d'un chien ?
Une partie de lui paniquait un peu, mais il comprenait bien qu'il n'avait pas le choix.
Il releva la tête, un peu calmé, et son regard tomba sur Shanks.
-Pourquoi vous faites tout ça pour moi ? Vous me connaissiez même pas avant que tout ça n'arrive.
Le chef mafieux eut un petit rire.
-Eh bien, déjà parce que je ne refuse pas grand chose à Makino. Elle me parle de toi depuis notre rencontre et je sais à quel point tu es important pour elle. Disons que j'ai tout intérêt à te garder en vie et en bonne santé, puisque ça la rend heureuse.
Makino rougit un peu, mais n'ajouta rien. Shanks, quand à lui, pris un air plus sérieux avant de continuer :
-Et puis... Je ne sais pas si tu es au courant, mais je bossait avec ton père quand j'étais jeune.
Ace baissa les yeux. Il était très rare que quelqu'un évoque son père devant lui, principalement parce que très peu de gens connaissaient son identité. Comme à chaque fois que ça arrivait, son visage s'assombrit.
-Oui, j'en ai entendu parler, murmura-il.
-J'ignorais totalement qu'il avait eu un fils jusqu'à ce que Makino m'en parle. Elle m'a raconté la vie que tu avais menée... Crois-moi, si j'avais su, je ne t'aurais jamais laissé subir toutes ces horreurs. Ton père a vraiment fait beaucoup pour moi, je m'en veux de ne pas avoir pu payer ma dette en protégeant son unique fils.
Ace haussa les épaules. Ça ne changeait pas grand chose de dire tout ça maintenant, mais il ne fit pas de réflexion, par reconnaissance pour Shanks.
Il se tourna plutôt vers Makino.
-Mais... et toi ? Qu'est-ce que tu va faire maintenant ?
-Je vais quitter la famille, répondit-elle en souriant. Pas tout de suite, pour que ça ne paraisse pas trop suspect, mais d'ici quelques mois.
-C'est dangereux... Ils ne te laisserons pas partir comme ça.
-Je suis sous la protection d'une autre famille maintenant, alors tout ira bien. Ne t'en fais pas, je m'en sortirais.
-Je sais, tu l'as toujours fait... Mais...
Il baissa les yeux, songeant à tout ce qu'il allait être forcé de quitter.
-Ace...
La jeune femme le pris par le menton et lui releva la tête.
-Tu va énormément me manquer, toi aussi.
Elle sourit et des larmes se mirent à nouveau à briller dans ses yeux.
-On se reverra, je te le promet.
Il la prit à nouveau dans ses bras. Il était à peu près calme à présent. Ses idées se faisaient plus claires.
-Tu sais où est-ce que tu vas aller ? Lui demanda Shanks. Tu as des contacts dans d'autres villes ?
Ace eut un demi-sourire.
-J'ai aucune idée de ce que je vais pouvoir faire sur le long terme. Je suis jamais sorti de cet endroit de malheur.
Il pris une grand inspiration.
-Mais pour commencer, j'ai un ami malade qu'il faut que j'aille voir.
Il regarda par la fenêtre et fronça légèrement les sourcils.
-À East Blue.
Toutes ses affaires tenaient dans deux sacs -toutes celles qui lui importaient à peu près, du moins. Il en chargea un sur son épaule et Marco s'empara du deuxième.
Ils se trouvaient dans le grand hall de la maison de Shanks -maison qui servait aussi de quartier général aux réunions de mafieux que présidait le roux. Ce dernier se trouvait aux côtés de Makino, qui depuis tout à l'heure peinait visiblement à retenir ses larmes, ne quittant pas Ace des yeux.
Il aurait sans doute été plus raisonnable pour Ace de rester encore quelques jours sur place pour reprendre des forces. Mais à peine quelques heures après son réveil, il avait été sur pieds, et avait tenu à partir vite. Après tout ce qui s'était passé, il avait besoin de voir Kidd et Law.
Il avait été convenu qu'il prendrait un train de nuit, ce qui lui avait laissé la journée pour finir de se reposer. Il était vingt-deux heures et Marco, comme prévu, venait d'arriver pour l'emmener jusqu'à la gare.
On en était donc à l'heure des adieux. Ace pris une fois de plus Makino dans ses bras, et cette dernière laissa aller ses larmes. Il lui caressa doucement le dos pendant un moment, puis se détacha d'elle pour lui sourire, les mains posées sur ses épaules.
-Merci. Pour tout ce que t'as fait pour moi toutes ces années, lui murmura-il.
-Oh, Ace... C'était rien du tout. Écoute, je...
Elle pris son visage entre ses mains, lui caressant les cheveux.
-Je te souhaite toute la chance possible. J'espère vraiment que tu t'en sortiras... Tu... Tu as toujours mérité beaucoup plus que ça. Je suis désolée de ne pas avoir pu te sortir d'ici plus tôt...
-Dis pas de conneries...
-Tu mérite d'être heureux, Ace. J'espère vraiment que tu y arriveras... Et je te promet qu'on se reverra, quand tout sera fini.
-Bien sûr.
Il lui offrit son plus beau sourire et déposa un long baiser sur son front.
-Au revoir, Makino.
Il pris sa main dans la sienne une dernière fois. Shanks s'approcha et lui serra doucement l'épaule d'une main.
-Bon courage pour la suite. Je te promet de la protéger de Teach.
Ace hocha la tête.
-Merci pour tout, murmura-il.
Il finit par faire volte-face après leur avoir adressé un dernier sourire. Marco lui ouvrit la porte et sortit à sa suite. Son cœur se serra quand il l'entendit se refermer derrière eux.
Ne te retourne pas.
Ils chargèrent ses affaires dans la berline noire aux vitres teintées que Shanks leur avait prêté pour acheminer Ace jusqu'à la gare sans qu'il risque d'être reconnu, puis prirent place à l'avant du véhicule.
Le barman démarra et commença à les conduire le long des rues plongées dans le noir, en direction de la gare. Ace regarda un instant par la fenêtre en songeant que c'était la dernière fois qu'il voyait cet endroit, qu'il longeait ces rues, qu'ils ne rentrerait plus dans les bars ou les snacks aux enseignes lumineuses, dans les hôtels plus ou moins luxueux aux étages innombrables. Ça lui fit un peu bizarre et il ne sut pas quoi en penser -il ne savait plus ce qui dominait au fond, son dégoût pour cette ville ou son attachement pour elle.
Il finit par se détourner pour regarder Marco, dont le profil sérieux était concentré sur la route, éclairé de loin en loin par la lueur d'un lampadaire qui glissait sur ses traits réguliers avant de filer, remplacé par une autre. Il était moins loquace qu'à l'ordinaire. Il avait seulement salué Ace, tout à l'heure, sans rien lui dire sur ce qui était arrivé.
-Tu dis rien ? Finit par lui lancer le jeune homme.
Marco lui jeta un coup d'œil et finit par sourire.
-Je crois que Makino a déjà dit tout ce que je voulait dire, et bien mieux que moi.
-T'as l'air tendu depuis tout à l'heure.
-Moi ? Non.
-Marco...
Le barman le regarda à nouveau, l'air amusé.
-Je ne peux rien te cacher, hein. C'est rien, ne t'en fait pas. Je suis simplement en colère.
-En colère ? Pourquoi ?
-Lucci.
-Oh...
-J'ignorais qu'il te faisait subir à ce point. Quoique j'aurais dû m'en douter... Il perd rien pour attendre, celui-là.
Ses mains se crispèrent discrètement sur le volant.
-Te prend pas autant la tête. Ça va pour moi, du moment que j'ai plus à le croiser. J'ai vu pire, tu sais, je m'en remettrait.
-Je sais, Ace...
Marco eut soudain l'air très triste.
-Je sais.
Le brun le regarda, un peu mal à l'aise. Il n'aimait pas trop voir Marco s'en faire pour lui. Il tenta de changer de sujet sur une note plus joyeuse :
-Le Moby Dick est sûrement la seule chose qui va me manquer dans ce bled pourri.
-Haha, tu m'étonne. Et tu manqueras au Moby Dick, ça c'est sûr. Ça risque d'être vide, sans vous trois...
-Héhé, tu risque de t'ennuyer si t'a plus à constamment t'en faire pour nos vie ou notre intégrité physique. Ou mentale. Ou les deux.
-C'est sûr, ça risque d'être d'un calme harassant. J'espère que la guerre contre Teach viendra pimenter un peu tout ça.
-Il vaudrait mieux, oui, sinon tu va vraiment commencer à ressembler à un papi.
-Me cherche pas, gamin.
Ace rit tandis que Marco se garait à côté de la gare, le plus près possible des portes.
-On va entrer vite et se mettre hors de vue le temps que ton train arrive.
-ça marche.
Ils sortirent lestement de la voiture et rentrèrent en vitesse dans la gare. Elle était presque déserte. Ils la traversèrent et sortirent sur le quai, où ils se mirent vite à l'abri des regards, derrière l'énorme distributeur automatique où, quelques jours auparavant -mais ça semblait déjà si loin- Kidd s'était servi son dernier café avant de partir.
Il leur restait quelques minutes avant l'arrivée du train. Marco continuait de fixer discrètement le quai, l'air attentif. Ace, face à lui, le regarda et sentit son cœur se serrer. C'était encore plus dur de dire au revoir à Marco qu'à Makino. Il aimait énormément la jeune femme, mais lui, c'était différent... Il le voyait tout les jours. Il avait tellement représenté pour lui, pendant toutes ces années... Il l'avait tant admiré sans jamais le lui dire...
-Marco ?
-Ouais ?
-Tu sais que j'étais amoureux de toi quand j'étais plus jeune ?
Le barman tourna brusquement la tête vers lui, ayant un instant l'air surpris qu'il balance ça d'un coup, puis il le regarda, un sourire mi-amusé, mi-gêné sur les lèvres, comme s'il ne savait pas trop quoi faire de cette information.
-Sérieux ?
-Ouais. Quand j'avais dix-sept, dix-huit ans. T'es le premier mec qui m'aie vraiment plu, je crois.
-On peux dire que tu as élevé tes standards alors. Sanji est bien plus mignon que moi.
-San... Pff, soupira rageusement Ace en rougissant un peu.
Il n'avait même pas réfléchi, jusque là, au fait qu'en allant à East Blue il retrouverait inévitablement le jeune homme. Il ne savait pas trop quoi en penser, à vrai dire.
-Marco ?
-Ouais ?
-On... on se reverra, dis ?
-Bien sûr. Fait pas cette tête. Trouve-toi un coin sympa où te poser, et je viendrais te voir pendant mes vacances. Si je dis que c'est pour venir te voir, peut-être que Shakky me laissera en prendre, qui sait.
-Marco...
-Oui.
-J'voulais te dire... merci d'avoir cru en moi. Tu sais, t'es la première personne à m'avoir dit que je méritais mieux... Je crois que sans ça, j'aurais perdu tout espoir.
-C'est normal, Ace. C'est normal.
Ils entendirent le train qui s'approchait. Le brun regarda Marco, se mordant la lèvre.
-Au revoir, alors.
Le barman lui sourit.
-Ouais. Au revoir.
Ace hésita un instant avant de le prendre dans ses bras. Le blond répondit à son étreinte, et il apprécia un instant sa chaleur rassurante. Puis, lorsqu'il se séparèrent, il déposa un baiser sur sa joue, ce qui eut l'air de le surprendre. Il répondit à son air étonné par un sourire un peu moqueur.
-À bientôt.
Il se détacha tout à fait de lui, s'empara de ses bagages et courut au train. Une fois à l'intérieur, il fit volte-face pour jeter un dernier coup d'œil au barman, mais aussi aux buildings que l'on apercevait depuis le quai, à cette ville infernale qu'il avait autant aimée que détestée, dans laquelle il avait vécu, surnageant entre tout les dangers possibles, dans laquelle il avait tant souffert, mais dans laquelle il avait aimé aussi, surtout.
Marco lui fit un dernier signe de main quand le train se mit en marche, et tout à coup il s'éloigna, se rapetissant au loin jusqu'à sortir brutalement de son champ de vision. Tout comme la ville, sombre et froide, dont les lumières, à leur tour, finirent par disparaître.
Ace finit par s'asseoir dans un compartiment vide, laissant tomber ses sac à ses pieds. Il était pensif, songeant à tout ce qui venait de se passer, à sa vie qui venait de changer si vite, et à ce vers quoi il se précipitait à présent... Il avait hâte de retrouver Kidd et Law, de tout leur dire, d'alléger son fardeau en le partageant avec eux, comme ils faisaient toujours -après tout, ils étaient les seuls qui pourraient comprendre, comprendre ce que Lucci lui avait fait subir, comprendre pourquoi il s'était piqué avec aussi peu de précaution, comprendre ce qu'il laissait derrière lui...
Et puis il y avait Sanji. Il allait forcément le revoir, pas vrai ? Il ne savait pas s'il avait envie d'y penser. D'une part, rien que le fait de penser à l'éventualité de se retrouver dans la même pièce que le blond lui tordait le ventre d'excitation. De l'autre... Au fond, rien n'avait vraiment changé depuis la dernière fois, non? Il était toujours un prostitué sans avenir -avec encore moins d'avenir qu'avant, semblait-il- et Sanji était toujours un jeune homme bien comme il faut d'une petite ville bourgeoise, aux dernière nouvelles. Il ne savait pas du tout comment il réagirait face à lui, et il devait avouer qu'il appréhendait un peu.
Enfin. Ça ne lui ressemblait pas de s'en faire pour l'avenir. Il s'enfonça dans son siège, sortit le walkman que Marco avait pris soin de récupérer chez lui et mis les écouteurs sur ses oreilles, enclenchant la cassette qui était dans l'appareil, la seule qu'il avait sur lui, une vieille playlist qu'il avait faite un ou deux ans auparavant. Love Will Tear us Appart de Joy Division se mit à retentir. Il ferma les yeux, et se laissa bercer par les vibrations du train, vidant son esprit.
Il arriverait ce qu'il arriverait, après tout. Il continuerait d'avancer sans regrets comme il l'avait toujours fait -et au fond, même si Marco et Makino lui manqueraient, il n'en laissait aucun derrière lui, de regret, non, pas dans cette foutue ville.
Il sentait les kilomètres défiler sous lui, l'éloigner pour toujours de toute la crasse de son passé, de ce maudit Lucci et du bâtard dont il n'avait plus rien à faire. Il allait de l'avant.
C'était tout ce qui comptait.
Et voilà... Au revoir Marco, on ne te reverra plus pendant un bon petit moment, snif. Au revoir Gray Terminal aussi, cette fois l'intrigue se déplace pour de bon à East Blue!
J'espère que ce retournement de situation ne vous a pas paru trop facile... Mais en même temps, j'en avait marre de voir Ace souffrir, et je pense que vous aussi.
J'ai hâte de voir ce que vous avez pensé de tout ça!
On se retrouve le 31 mai pour la suite... Et les retrouvailles, comme vous vous en doutez, qui risquent d'être un peu compliquée.
Prenez soin de vous!
