Salut à tous et à toutes!

On se retrouve aujourd'hui pour le chapitre 28 de Wild World... Beaucoup d'entre vous ont été surpris de l'ambiance mignonne et soft du chapitre précédent, c'est vrai que je ne vous ai pas vraiment habitués à ça. Mais j'ai quand même le plaisir de vous annoncer que ça continue, pour ce chapitre du moins! J'espère que cette petite couche de guimauve me fait pardonner les atrocités que j'ai fait subir à ces personnages jusque là.

Merci infiniment, encore une fois, pour tout vos retour positifs et constructifs! Vous êtes les meilleurs.

Je vous souhaite une bonne lecture, on se retrouve en bas!


[East Blue, jour 35]


Sanji ouvrit la porte de son appartement et y entra en silence, jetant aussitôt un coup d'œil en direction de son lit lorsqu'il fut à l'intérieur. Il fut assez surpris de voir que Ace y dormait toujours à poings fermés, couché sur le ventre, le visage à demi masqué par son oreiller.

Le cuisinier ferma la porte derrière lui et retira sa veste qu'il jeta sur le dossier d'une chaise. Puis il s'approcha doucement du matelas, ne pouvant s'empêcher de sourire en détaillant davantage la vue qui s'offrait à lui. Ace avait repoussé la fine couverture qui le couvrait pendant son sommeil, et le tissus ne couvrait plus qu'une mince partie de son corps nu. Ouais, rentrer chez soi après le boulot et tomber sur un mec sculpté comme un dieu grec en train de pioncer dans son lit, il y avait pire, c'était sûr.

Sanji s'assit sur le matelas, caressant du regard la peau découverte, les muscles biens dessinés, la frimousse qui prenait un air presque enfantin dans le sommeil. Il passa avec tendresse une main dans les cheveux en bataille. Il était quand même étonné que le jeune homme ne se soit pas réveillé pendant son absence. Ace était plutôt un gros dormeur, d'accord, mais il s'était assoupi la veille en fin d'après-midi et il était quatorze heures passée... C'est vrai qu'il avait l'air fatigué, mais quand même. Le cuistot posa une main sur son épaule et le secoua doucement.

-Hé, Ace.

-Mmh, gémit le jeune homme en fronçant les sourcils sans pour autant ouvrir les yeux.

-Ace, réveille toi. Tu dors depuis presque vingt heures.

-Mmh ?

L'endormi finit par papillonner des paupières, l'air perdu, avant de tourner la tête vers Sanji et de lui offrir un immense bâillement en guise de bonjour.

-'Lut, finit-il par marmonner en se tournant sur le dos, se redressant sur ses coudes. Sanji rit en le voyant se frotter les yeux comme un enfant.

-Eh bah, quelle marmotte. T'es venu de Gray Terminal en courant pour être crevé comme ça ?

Ace eut un petit rire. L'air un peu mieux réveillé, il regarda Sanji de haut en bas, l'air perplexe.

-Qu'est-ce que c'est que cette tenue ?

Le blond avait seulement travaillé en cuisine aujourd'hui, et ne portait donc pas le costard qu'il portait habituellement lorsqu'il s'occupait aussi du service. A la place, il avait revêtu sa tenue de cuistot, formée d'une longue blouse à double rangée de boutons qui lui arrivait au bas de la cuisse et d'un tablier noué autour de sa taille.

-Je rentre du boulot, c'est ma tenue de service. Je sais,l'interrompit-il en le voyant ouvrir le bouche pour répondre, j'ai l'air d'un bouffon, on me l'a déjà dit.

-Je trouve ça plutôt sexy, moi, rit Ace en l'attrapant par la nuque pour l'attirer vers lui, nouant ses lèvres aux siennes pour un court baiser.

-Petit déj ? Demanda Sanji lorsqu'ils se séparèrent, passant tendrement une main dans les cheveux du jeune homme.

-Avec plaisir, répondit ce dernier en baillant à nouveau, se laissant à nouveau aller pour s'allonger sur le lit en s'étirant tandis que son vis-à-vis se relevait et faisait volte-face en direction de la cuisine.

Il mit la cafetière sur le feu, puis se changea rapidement, retirant son tablier et sa blouse pour les remplacer par un t-shirt bleu marine, sous le regard gourmand de Ace qui le regardait, toujours couché, tourné sur le côté, le menton posé dans une main.

-Quoi ? Finit-il par grogner en le voyant hausser un sourcil moqueur.

-Rien du tout. Je profite juste du spectacle.

Sanji leva les yeux au ciel en souriant et alla récupérer la cafetière qui crachotait. Au passage, il alluma la radio, qui commença à diffuser Wish you were here des Pink Floyd - depuis son retour de Gray Terminal, il s'était mis, lui aussi, à écouter les stations qui diffusaient de la musique moins populaire que celle qu'écoutait ses amis, même si il préférait les chansons calmes aux rythmes endiablés des morceaux qui passaient au Moby Dick. Il servit deux tasses de liquide brûlant qu'il déposa sur un plateau, avant d'y ajouter le reste des éclairs au chocolat qu'il avait cuisiné pour Law la veille. Puis il revint vers le lit, posant le tout sur les draps tandis que Ace, salivant d'avance, enfilait un caleçon avant de s'asseoir en tailleurs, enfournant aussitôt une pâtisserie dans sa bouche avec une exclamation étouffée de satisfaction. Le cuistot s'assit face à lui et se contenta de siroter son café en l'observant, le sourire aux lèvres. Ace, après avoir englouti la moitié de ce que contenait le plateau, finit par s'en rendre compte et fit un signe du menton dans sa direction.

-Quoi ?

-Rien, répondit Sanji par réflexe.

Il marqua une pause.

-En fait, si. J'ai pensé à tout plein de trucs, ce matin, au taf...

Il se gratta l'arrière de la tête, un peu gêné.

-Je me demandais si tu voulait pas rester avec moi ici. Pendant le temps que tu passeras à East Blue, je veux dire.

Ace le regarda et posa sa tasse de café, baissant un instant les yeux.

-Tu travaille beaucoup, non ? Je risque de te déranger.

-Mais non, ça ira. Je vivais ici avec ma copine, avant, tu sais...

Il rosit un peu en réalisant qu'il venait indirectement d'insinuer que Ace était son « copain » et ajouta précipitamment :

-Si tu préfère rester avec les gars chez Zoro, je comprendrais. Mais si tu veux rester ici, ne te gêne pas, surtout. Je veux dire... ça me ferait plaisir.

Ace se gratta l'arrière de la tête, l'air un peu gêné.

-Il y a un truc qui m'embête un peu... C'est que je n'ai presque plus d'argent, j'ai tout dépensé pour payer les médocs de Law quand j'étais encore à GT, et pour mon billet de train jusqu'ici...

-C'est pas un problème.

-Mais...

-ça ne me dérange pas, vraiment. Tu m'a hébergé aussi à Gray Terminal, en plus. Si tu veux rester ici, fait-le, vraiment, je préférerait.

Ace sembla hésiter encore un peu, puis finit par lui adresser un sourire.

-ça marche, alors. Mais laisse-moi te donner l'argent qu'il me reste, pour payer la bouffe.

-T'es pas obligé...

-Si, vraiment, je me sentirais mal si je ne le faisait pas.

-... D'accord.

Sanji sourit à son tour, puis il s'empara du plateau posé entre eux pour le mettre sur sa table de chevet et se laissa doucement tomber dans les bras du jeune homme qui se coucha sur le dos, nichant son visage dans son cou en se serrant contre lui. Ace lui rendit son étreinte, fermant les yeux, et le blond finit par se redresser sur ses coudes, le regardant avec un demi-sourire, commençant distraitement à lui caresser les cheveux.

-Ace... dit-il après quelques minutes.

-Ouais ?

-Tu m'as pas dit pourquoi tu était remonté de Gray Terminal.

-...

-Je comprend pas, pourquoi tu n'es pas revenu en même temps que Law et Kidd ? Tu avais quelque chose à faire ?

Ace rouvrit les yeux et fixa le plafond. Sanji comprit tout de suite qu'il s'était passé quelque chose. Il s'en doutait -après tout, le brun s'était pointé chez Zoro avec un pansement sur l'arcade sourcilière, quelques jours auparavant, et la veille, en le déshabillant, il avait remarqué sur son corps plusieurs hématomes épars qui viraient du violet au jaune. Il n'avait rien dit sur le moment, mais il avait passé la matinée à se demandé ce qui avait bien pu arriver à Ace. Et si c'était lié à sa décision de venir à East Blue ou pas.

-Si tu veux pas en parler, c'est pas grave, murmura-il en traçant doucement des arabesques sur son torse nu, reliant entre elles les marques qui parsemaient la peau pâle.

Il continua ses caresses en silence jusqu'à ce que le jeune homme frisonne et attrape ses doigts pour les serrer dans son poing. Sanji le regarda, sentant qu'il allait dire quelque chose.

-Tu te souvient du jour où trois mafieux ont débarqué chez moi un matin ?

-Oui, répondit le cuistot.

Difficile d'oublier un truc pareil. Se faire réveiller par trois mecs armés n'était pas franchement dans ses habitudes.

-Et du mec qui commandait les deux autres, Lucci ?

-Ouais.

Difficile de l'oublier, lui aussi. Ce taré qui avait suggéré qu'il devrait rentrer au service de Teach, lui aussi...

Ace marqua une pause, le regard toujours fixé sur le plafond, comme s'il ne savait pas trop où commencer.

-Lucci est le bras droit de Teach. C'est un putain de psychopathe. Depuis... Depuis que je bosse chez Teach... Dès les premières années, il a commencé à m'acheter. Très régulièrement.

Sanji se crispa légèrement. Il s'y attendait un peu. Il se souvenait comme si c'était hier du regard que ce mec avait eu sur eux. Déjà, à l'époque, il s'était demandé s'il avait déjà acheté Ace... Mais il n'imaginait pas que ça avait pu remonter à si loin. Alors ce mec faisait partie des pourritures qui achetaient les services sexuels d'enfants de douze ou treize ans, hein... Mettre un visage là-dessus était plutôt étrange, surtout que physiquement, Lucci ressemblait pas vraiment à l'idée qu'on se faisait d'un pédophile, même s'il était évident qu'il ne tournait pas rond.

-J'ai toujours détesté faire ça avec lui. Encore plus qu'avec les autres, je veux dire. Il a toujours tout fait pour que je me sente mal. Il a toujours été violent, il a toujours... Il voulait me briser. Il me l'a clairement dit, un jour.

Ace avait l'air plus lassé qu'en colère. Sanji, quand à lui, s'efforçait de ne pas trop serrer les poings, écoutant seulement, la tête pleine d'images qui lui donnaient envie de hurler.

-Ces derniers temps, c'était pire. En fait, je ne sais pas si Kidd et Law vous en ont parlé, mais il y a une guerre de gangs en ce moment à East Blue. Teach est impliqué, et même s'il reste très puissant, il est menacé. Lucci a commencé à flipper, il devait avoir peur que je profite de l'occasion pour m'enfuir. Alors un jour, il est venu chez moi et...

Le jeune homme marqua une pause. Il lâcha les doigts de Sanji, qu'il gardait toujours serrés, et se couvrit les yeux de sa main.

-... Je sais même pas si je pourrais vraiment décrire ce qu'il m'a fait. J'ai l'habitude des abus. Des clients un peu violents, peu précautionneux... Mais là... Il m'a vraiment détruit. Il y est parvenu. Quand il est parti, mon corps ne m'appartenait même plus. D'habitude, après l'avoir vu, je fait tout pour me changer les idées... Je bois, la plupart du temps. Je baise avec le premier venu. Je me drogue, même, des fois... Et là...

Il raconta presque tout. Il passa sous silence son trip sous héroïne, un peu gêné; mais son overdose, Makino qui l'avait sauvé, son réveil chez Shanks, ce dernier qui avait arrangé sa fuite, il raconta tout dans les moindres détails. Sanji l'écouta sans rien dire, les yeux grand ouverts, partagé entre plusieurs émotions. Sa haine pour Lucci, qu'il sentait monter sourdement en lui depuis le début du récit du jeune homme. Sa rage de reconnaître sa propre impuissance, de savoir que ce mec ne serais sans doute jamais puni pour ce qu'il avait fait, et pire encore, qu'il continuerait sans doute, en toute impunité... Sa tristesse et son remord de n'avoir pas été aux côtés de Ace pour traverser tout ça. Et en même temps, son espoir qui fleurissait et se transformait en sourire sur son visage, à l'idée que le jeune homme était libre, libre pour de bon, et qu'il allait peut-être choisir de rester ici, après tout...


Lorsque Ace eut terminé son récit, Sanji le prit dans ses bras et bascula pour se retrouver sur le dos, serrant le jeune homme sur sa poitrine, enfouissant son visage dans ses cheveux. Sans doute qu'il sentait qu'à présent, c'était tout ce dont son vis-à-vis avait besoin, et en effet, le brun répondit à son étreinte sans attendre, posant son front contre la peau fine et tiède de son cou, profitant de ce contact. Il n'en revenait toujours pas, d'à quel point il se confiait facilement à Sanji. Il n'avait rien dit aux autres, expliquant seulement à demi-mot à Kidd et Law qu'il était libre à présent, que Teach le croyait mort. Tout sortir d'un coup, comme ça, lui avait fait plus de bien qu'il ne le pensait. Il se redressa doucement sur ses coudes et regarda le visage du cuisinier, jouant distraitement avec ses cheveux blond. Il se demandait s'il devait dire ce qu'il avait envie de dire. Ce qu'il ne pouvait s'empêcher de penser depuis qu'il avait commencé à fréquenter Sanji, à comparer sa vie à la sienne.

Il finit par se lancer, prenant une grande inspiration avant de lâcher:

-Des fois je me dit que je m'en sortirais jamais, de tout ça. Que je suis brisé pour la vie. Comment c'est possible de vivre une vie normale, comme la tienne, quand on a eu mon enfance ? Mon adolescence ? Putain, certaines personnes se font violer une fois et s'en remettent pas de toute leur vie. Alors quel genre d'espoir il y a pour les gens comme moi?

Sanji écarquilla les yeux, l'air tout à coup très triste.

-Ace...

-Je crois que je suis vraiment foutu.

-Dis pas ça. Tu n'es pas foutu. Tu n'es pas brisé. Tu es blessé... Et incroyablement fort d'avoir survécu à tout ça. Mais rien qu'on ne puisse pas guérir.

-J'ai du mal à y croire.

Le cuisinier se mordit la lèvre. Il eut l'air de réfléchir un peu, cherchant ses mots.

-Je crois qu'il faut surtout que tu te laisse du temps. Et... Je pense qu'il faut que tu te dise que tu as fait le plus dur. Tu es libre maintenant. Tu peux t'en sortir. Tu peux faire ce que tu veux. Surtout que tu n'es pas seul... Je t'aiderais, et Zoro t'aideras, et je suis sûr que Kidd et Law aussi, et plein d'autres. Je suis certain qie tu finiras par t'en sortir.

Ace haussa les épaules, détournant le regard. Il avait envie d'y croire, ouais. Il était reconnaissant envers le cuistot, de lui dire ce genre de choses. Mais arriver à East Blue, voir les amis de Sanji, son appartement, sa routine, le voir rentrer du travail comme ça... Il se rendait plus compte que jamais du gouffre qui les séparait. Et il ne se sentait pas franchement capable


, dans l'état actuel des choses, d'aspirer à une vie normale.

-Hé, Ace.

Sanji l'attrapa par l'arrière de la tête et le rapprocha à nouveau de lui, déposant un baiser sur son front avant de l'enfermer dans ses bras.

-N'y pense plus. Profite juste, pour l'instant. Je pense que tu te dois bien des petites vacances, avant de te mettre à penser sérieusement à ce que tu vas faire après.

Le brun marqua une pause, puis acquiesça en silence et ferma les yeux, profitant de la chaleur de Sanji qu'il sentait tout autour de lui, rassurante.

Le jeune homme avait raison. Là, maintenant, il n'avait pas envie de penser à tout ça. Et bordel, ce qu'ils étaient bien tout les deux.

Le reste pouvait attendre...


[East Blue, jour 36]


-Retourne dans ta chambre, Bonney.

-Mais je m'ennuie.

-C'est pas mes oignons.

-En quoi ça te dérange que je reste ?

-J'essaie de lire. En plus Kidd ne va pas tarder à passer me chercher.

-Ah, Kidd... C'est le grand mec aux cheveux rouges, c'est ça ? Tu voudrais pas me le présenter ?

-Tu perd ton temps, t'es pas son genre.

-Comment ça ? Tu vas pas me faire croire qu'il aime les petites princesses, quand même, c'est marqué sur sa gueule que non...

Law leva les yeux de son livre et la regarda en haussant un sourcil. La jeune femme pencha le tête sur le côté, ne semblant pas comprendre, puis des connections semblèrent se faire dans son cerveau et elle écarquilla les yeux.

-...Oh... Je vois... Merde, c'est dommage, il me plaisait bien.

-Sans blague, j'avais pas remarqué.

-C'est ton mec ?

-Non.

-Quoi, t'aime les meufs toi ?

-Non.

-Tu va pas me faire croire que vous êtes juste amis...

Law haussa les épaules. Bonney, assise en tailleur au bout de son lit, le regardait d'un air inquisiteur. Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi elle s'acharnait autant à passer ses journées à tenter de percer ses secrets.

Ces deux derniers jours, elle avait passé la moitié du temps dans sa chambre. Ça le faisait râler, bien entendu, mais c'est vrai qu'elle parvenait d'une manière ou d'une autre à tromper son ennui. Et elle n'était pas si mal. Kidd avait eu raison en parlant d'elle l'autre jour, on aurait pu croire qu'elle venait de Gray Terminal. Ça le changeait des autres patients de la clinique, qui regardaient ses tatouages et ses oreilles percées avec appréhension comme s'ils étaient contagieux...

-Il vient de Gray Terminal lui aussi ? Demanda justement Bonney.

-Kidd ? Ouais.

-Et le beau gosse brun qui est venu te voir ce matin, aussi ?

-Ouais. Ça se voit tant que ça ?

-Putain, ouais. C'est lui, ton mec ?

Law leva les yeux au ciel.

-Mais non.

-Il est super beau, en tout cas.

-Je sais.

-Vous faisiez quoi là-bas ?

-Tu veux vraiment le savoir ?

-Ben ouais.

-On se prostituait.

Il y eut un silence. La jeune fille le regarda fixement, clignant des yeux plusieurs fois, comme si elle cherchait à savoir si il était sérieux. Il lui rendit son regard sans rien dire, haussant les sourcils dans un sarcasme muet. Alors, est-ce que ça se la jouait rebelle, mais que c'était quand même une gamine d'East Blue, ou alors...

-Ben merde, finit-elle par dire d'une voix un peu basse. J'aurais pas cru. C'est super dur de faire ça, non ?

Law haussa les épaules et jeta un regard ennuyé par la fenêtre. Il n'avait pas franchement envie d'en parler avec elle. De toute façon, elle n'y comprendrait rien.

-Je l'ai fait, moi, une fois. Quand je vivait dans la rue. Si j'étais retournée chez mes parents, ils m'auraient foutu en désintox direct, et j'avais plus de fric.

… Ou pas. Law referma son livre et se mit à l'écouter, curieux.

-J'ai une copine qui le faisait. Elle m'a dit que c'était cool, qu'elle choisissait bien ses clients pour que ça soit pas trop pénible et que c'était de l'argent facile. Alors je l'ai fait une fois, mais putain, j'ai détesté.

Elle secoua la tête comme pour tenter de repousser un souvenir pénible.

-Je me suis vraiment sentie comme un objet. Le mec était pas horrible pourtant, j'avais fait gaffe. Mais juste... J'en avais pas envie. J'avais jamais couché avec personne dont j'avais pas envie. Et ça devrait être ça pour tout le monde, non ?

Elle marqua une petite pause comme si elle attendait que Law approuve, mais il resta silencieux.

-Enfin bref, c'était juste nul. Sur le coup, j'ai trouvé ça naze sans plus. J'ai pris le fric et je me suis barrée. Mais j'ai commencé à faire des cauchemars, j'ai... Merde, j'ose même pas imaginer l'état d'esprit des meufs qui font ça toute la journée. Je ferais plus jamais ça. Ça me dégoûte rien que d'y penser.

-Elle a continué, ta copine ?

-Non, elle... elle est morte. Elle a finit par faire une overdose. Faut dire qu'elle et moi, on se camait tout le temps. Elle devait pas être aussi heureuse qu'elle le prétendait. Et puis dans la rue, tout le monde dit que les putes vivent jamais vieilles...

Law baissa les yeux.

-Merde, je voulais pas dire ça, s'excusa Bonney en portant une main à sa bouche.

-C'est rien. T'as raison, on vit pas vieux. Et t'as eu raison de pas le refaire, si t'as eu le choix.

-Tu défend pas la prostitution ?

-Non. Je me suis prostitué quand j'étais ado parce que je voulais pas crever de faim. J'ai continué parce qu'une fois que t'es dedans, c'est pire que la came, tu sais juste plus vivre autrement alors t'arrête pas. Mais c'est de la merde...

Il allait continuer sur sa lancée, mais fut interrompu par le bruit de la porte de sa chambre qui s'ouvrait.

Kidd fit son entrée, l'air surpris de trouver Bonney dans la pièce. Il esquissa un sourire en laissant la porte claquer derrière lui.

-J'vous dérange, les ptits tourtereaux du VIH ?

Law leva les yeux au ciel devant son humour aussi douteux qu'à l'ordinaire et Bonney éclata de rire.

-Bon, enchaîna Kidd d'un air beaucoup plus grognon, je viens de voir ta grognasse de médecin, elle dit que tu peux sortir mais que pour quelques heures, ajouta le roux en s'avançant vers le lit.

-Ok, répondit Law. Profitons-en alors, j'en peux plus de ne pas sortir de cet endroit.

Bonney sauta du lit et s'étira avant de s'élancer vers la porte.

-Je vous laisse moi alors, bonne balade. À plus, les beaux gosses, ajouta-elle avec un clin d'œil avant de s'éclipser, et Kidd eut un léger rire.

-Tu l'as adoptée, ça y est ?

Law haussa les épaules.

-Allons-nous en.

-Tu veux aller où ?

-Je sais pas, dehors.

Une fois sortis de la clinique, ils marchèrent un peu au hasard dans les rues, s'arrêtèrent dans un bar pour prendre deux cafés à emporter, fumèrent quelques clopes en déambulant dans les vieux quartiers et finirent par échouer sur le bord de la rivière qui traversait la ville.

Les rives étaient aménagées et assez agréables, bordées d'espaces verts parsemés de bancs, principalement fréquentées par des enfants qui couraient en tout sens, quelques familles et des couples qui se promenaient sur le sentier qui bordait l'eau. Le genre de cadre qu'il était totalement impossible de trouver à Gray Terminal.

Il s'assirent dans l'herbe face à la rivière, fumant encore plusieurs cigarettes - Law profitait d'être hors de la clinique pour s'en donner à cœur joie - et buvant leur café en silence, à demi allongés sur le dos par terre, redressés sur leurs coudes, bavardant de tout et de rien pendant un peu plus d'une heure - Kidd lui raconta surtout comment il travaillait sur le livre de Zoro, qui, d'après lui, "le faisait travailler comme un putain de bœuf".

-ça va la cohabitation, chez Zoro ? Finit par demander Law.

-Ouais, tranquille. Ace crèche chez blondie maintenant, alors on peux pas dire que je sois à l'étroit.

-Chez blondie, sérieux ? Il s'est bien abstenu de me dire ça quand il est venu ce matin, le petit enfoiré. Il devait avoir peur que je me foute de sa gueule.

-Je m'en suis déjà chargé pour nous deux. Ils me foutent la gerbe, sérieux, un vrai petit couple.

-C'est pas si mal pour Ace.

-Tu parle, il m'emmerde, il veux plus qu'on baise.

-Arrête de penser avec ta bite.

Il y eut un petit silence. Quelques oiseaux piaillaient dans les arbres qui leur faisaient de l'ombre, le bruit de l'eau ajoutait un fond sonore apaisant. Ouais, c'était vraiment différent ici. Tout était différent.

-Hé, Kidd.

-Quoi.

-Tu m'aime ?

Law n'avait pas quitté l'eau des yeux. Le rouquin le regarda et poussa un grognement, fronçant les sourcils.

-Quoi ? Qu'est-ce que tu raconte comme conneries ?

-Je pense que tu m'aime. Tu m'aurais pas suivi comme ça jusqu'ici sinon.

-N'importe quoi. Ça t'es pas venu à l'idée que je puisse venir juste pour sortir de mon trou pourri tout frais payés ?

Law ignora sa réponse acerbe et se redressa, entourant ses genoux de ses bras, continuant de fixer l'eau.

-Moi je t'aime, je crois. Je sais pas. Ça fait si longtemps, tout ça, murmura-il, comme s'il se parlait à lui-même.

Kidd secoua la tête et se mit lui aussi à fixer la rivière.

-Qu'est-ce qui te prend tout d'un coup... T'es devenu débile ou quoi ? Cette saloperie a fini par t'attaquer le cerveau?

-Je sais pas. Mais des fois je pense que je vais bientôt mourir, et je me sens super réveillé d'un coup. Je vois des trucs que je voyais pas avant. Je me voile moins la face, aussi.

Kidd garda le silence. Aucun d'entre eux ne prononça plus le moindre mot pendant plusieurs minutes. Puis le roux se leva.

-Bon, allez, il faut qu'on rentre, sinon ta doctoresse de mes couilles va encore m'emmerder.

Law regarda encore la rivière pendant quelques instant.

-Ouais, rentrons, finit-il par dire en se levant à son tour, époussetant la terre qui maculait son pantalon.

Il ne savait pas trop pourquoi, mais il se sentait bien.

Ouais, pour la première fois depuis longtemps, il se sentait à peu près heureux.

Mieux valait tard que jamais, après tout...


Eeeet voilà.

Oui, j'ai réussi à faire un truc à peu près mignon avec Kidd et Law, je crois que je peux pas pousser trop loin dans la guimauve dans cette histoire.

Enfin, comme vous vous en doutez, même si le pire est passé les problèmes ne sont jamais très loin dans cette fic.

J'attend comme d'habitude vos retours avec impatience, on se retrouve le 30 juin pour la suite, bonne semaine à tous!