Salut tout le monde, j'espère que vous allez bien et passez un bon été!
On se retrouve aujourd'hui pour le chapitre 31 de Wild World! Merci infiniment pour les retours riches qu'a reçu le dernier chapitre, je répondrait à tout juste après avoir posté celui-là!
Je vous souhaite une bonne lecture, et vous retrouve en bas comme d'habitude!
[East Blue, jour 42]
-... Et c'est comme ça que j'ai en-fin réussi à obtenir cette promotion. Depuis le temps que je la demandais, il était temps ! J'ai cru que mon imbécile de patron ne se déciderais jamais.
-Tu le mérite, ma petite Nami, sourit Sanji, buvant une gorgée de son cocktail.
-Je sais, après tout sans moi cette boîte ne tiendrais plus depuis longtemps, c'est la moindre des choses ! C'est comme toi au Baratie, c'est un scandale, ils devraient te payer bien plus, vu le niveau de ta cuisine.
Le jeune homme haussa les épaules.
-Ce n'est pas un milieu facile. Le vieux ne touche pas beaucoup plus que moi, je sais qu'il essaye de nous rémunérer au mieux.
-Quand même... Il serait temps que tu arrive à te payer autre chose que ce minuscule appartement.
-J'aime vraiment cet endroit tu sais. Il me convient parfaitement. Je ne crois pas que j'en changerais, même si je gagnait plus.
-Oui... Moi aussi il me convenait à peu près à l'époque... Mais maintenant que j'ai goûté au loft avec terrasse, je crois que je ne pourrais plus m'en passer !
-Il vaut peut-être mieux que je n'essaye jamais, dans ce cas, rit le cuistot.
La jeune femme face à lui lui lança un sourire de connivence. Puis elle se pencha sur la table, posant son visage sur ses mains jointes, et désigna d'un regard insistant le second couple qui bavardait à côté d'eux.
-ça m'a l'air d'être plutôt bien engagé, tu ne crois pas ?
Sanji jeta un œil à Ace qui vidait son deuxième cocktail en discutant avec Vivi. La jeune fille le dévorait des yeux depuis le début de la soirée, c'était visible à des kilomètres. Le brun, quand à lui, était poli et charmant avec elle, semblant plutôt à l'aise malgré l'évidente ambiguïté du traquenard dans lequel Nami l'avait fourré -avec l'aide de Sanji, bien que ce soit complètement malgré lui.
Au final, ce dernier n'avait pas réussi à échapper au rendez-vous que son ex-petite amie avait organisé entre eux quatre. Cela faisait maintenant un peu plus d'une heure qu'ils étaient attablés au Going Merry, un petit bar du centre-ville, et très vite Nami avait fait en sorte que Ace et Vivi se retrouvent forcés d'entamer une conversation. Sanji espérait vraiment que la soirée se terminerait vite et qu'ils pourraient s'échapper de cette situation de plus en plus gênante -bon dieu, Zoro avait raison, plus il attendait, plus la révélation qu'il allait fatalement finir par faire à ses amis risquait d'avoir des répercussions désastreuses.
-Et si tu me parlais un peu de ton voyage ? Reprit Nami, remuant distraitement le contenu de son verre avec sa paille tout en le regardant avec un nouveau sourire qui lui donna l'impression de fondre sur place.
-De mon voyage ?
-Oui, Gray Terminal.
-Eh bien...Tu en as déjà entendu pas mal à notre soirée de retour, non ?
-Oui, mais je ne parle pas de tes anecdotes...
Elle se pencha encore davantage vers lui et baissa la voix.
-J'ai entendu des rumeurs... C'est vrai que tu as eu une aventure là-bas ?
Sanji déglutit.
Meeeeerde.
Il ne put s'empêcher de rosir un peu devant l'allusion.
-Heu... Je...
-Alors c'est vrai... le coupa la jeune femme. Je m'en doutais. Ça explique pourquoi tu as autant changé. Enfin, vu l'endroit, ça ne m'étonne pas. Je ne te demande pas quel genre de fille c'était, murmura-elle avec un petit air dédaigneux.
On aurait dit qu'elle abordait enfin ce dont elle voulait lui parler depuis plusieurs jours déjà.
-Nami... commença le cuistot, n'ayant aucune idée de comment clarifier la situation - autrement qu'en lui disant la vérité, mais face à elle plus encore que face aux autres, il n'en avait pas envie.
-J'espère seulement qu'elle ne t'as pas marqué au point de m'oublier, ajouta-elle avec une petite moue.
Le cœur de Sanji manqua un battement. Merde, la situation ne laissait planer aucun doute, hein... Alors elle voulait vraiment le reconquérir. Mais pourquoi ? Pourquoi seulement maintenant, alors qu'il en avait rêvé sans succès pendant des mois ? Est-ce qu'il avait tant changé que ça pendant son séjour à Gray Terminal ?
Quoi qu'il en soit, cette situation n'était plus tenable.
-Ton...
Il s'éclaircit la gorge.
-Ton verre est vide, ma petite Nami ! Laisse-moi te payer un nouveau cocktail.
Il se leva d'un coup, attirant le regard de Ace qui lui adressa un haussement de sourcil interrogateur.
-Je reviens, souffla-il.
Il alla commander une nouvelle boisson pour la jeune fille, le cerveau en ébullition. Il ne pouvait pas continuer comme ça. Il se devait d'être franc avec elle, ou cette situation risquait de dégénérer pour de bon... Il se le devait à lui, à elle, et à Ace. Il prit son courage à deux main et revint vers la table avec un verre plein, le posant devant Nami avant de s'asseoir, joignant ses deux mains devant lui.
La jeune femme avait de toute évidence noté son trouble -en même temps, il s'était échappé d'une manière beaucoup trop maladroite pour que ça soit naturel. Elle le fixa en fronçant les sourcils, sans même jeter un regard à sa nouvelle boisson.
-Qu'est-ce qui te prend, Sanji ? J'ai l'impression que tu me fuis depuis tout à l'heure. Je rêve ou t'es en train de me repousser ?
Le cuistot prit une grande inspiration. La jeune femme continua sur sa lancée, l'air exaspéré.
-Alors c'est ça ? Tu t'es vraiment trouvé une catin à Gray Terminal et tu lui reste fidèle ?
-Nami... commença Sanji un peu précipitamment dans l'espoir qu'elle se taise -tout en priant pour que Ace n'aie pas entendu sa dernière phrase - c'est pas ça. Je...
Il soupira, portant une de ses mains à sa nuque.
-La vérité, c'est que je suis incapable de te repousser, Nami. Tu as été... Et tu seras toujours, la femme de ma vie. Mais tu m'a brisé le cœur. Et j'ai eu énormément, énormément de mal à m'en remettre. Pour être honnête, je... J'ai vraiment cru que je m'en sortirais pas. Si cet abruti de marimo ne m'avait pas traîné jusqu'à Gray Terminal, j'y serais encore. Alors je ne peux pas, Nami. Je ne peux pas revenir vers toi comme ça...
Il se mordit la lèvre.
-... Et c'est vrai. J'ai rencontré quelqu'un à Gray Terminal. Quelqu'un qui m'a enfin permis de passer à autre chose. Et je... Je ne veux pas trahir cette personne.
Il y eut un léger silence. Nami n'ouvrit pas la bouche pendant un moment, l'air médusé. À côté d'eux, Ace et Vivi continuaient leur conversation comme si de rien n'était. La musique d'ambiance du bar -Rich Girl de Daryl Hall and John Oates- avait permis à leur échange de garder une certaine intimité.
Puis la jeune femme fronça les sourcils, l'air mi-en colère, mi-blessée.
-Tu... commença-elle d'une voix sourde, et Sanji frémit en sentant venir la tempête.
-Oh, je me doutais que vous seriez là ! Les interrompit une voix familière. ça y est, vous avez terminé votre before? Il est déjà tard, je croyais qu'on devait aller en boîte tous ensemble !
Cavendish venait d'entrer dans le bar et de couper court à leur conversation. Il fila aussitôt vers Nami, attirant comme d'habitude la plupart des regards féminins de la salle sur lui, et la pris à part pour lui demander en chuchotant comment les choses avaient l'air d'aller entre Ace et Vivi -d'après les bribes de ses phrases qui parvinrent jusqu'aux oreilles de Sanji. La jeune femme lui répondit sur le même ton, sans regarder le cuistot qui baissa les yeux, pas franchement certain de son ressenti par rapport à ce qui venait de se passer. Il ne lui avait pas tout dit, certe... Mais au moins le message était passé, pas vrai ? Il espérait ne pas lui avoir fait de peine... Elle avait l'air davantage blessée dans son ego que réellement triste, mais il ne pouvait s'empêcher de s'en vouloir. Il venait vraiment de repousser Nami ? Ça lui aurait paru totalement invraisemblable il y a quelques mois encore...
Un regard vers Ace le rassura aussitôt. Peu importe ce qu'aurais fait le Sanji d'avant, après tout.
Grâce à un certain brun, il était depuis longtemps mort et enterré.
Ace lança un regard interrogateur à Sanji lorsqu'il vit ce dernier se lever un peu brusquement avant de se lancer vers le bar, laissant Nami seule au bout de la table. Juste avant, il avait cru voir la jeune femme lui prendre la main, mais peut-être était-ce seulement son imagination... Quoique ça ne l'étonnerait pas des masses non plus, vu la manière dont elle se rapprochait de lui et lui lançait des regards de temps à autre. Il fronça légèrement les sourcils, puis haussa les épaules et reprit sa conversation avec Vivi, qui lui demandait plus de détails sur sa vie à Gray Terminal. Il était resté vague au sujet de son métier, disant seulement qu'il enchaînait les petits boulots, et se contentait de raconter quelques anecdotes sur la ville, les guerres de gangs, les bagarres et la drogue -la jeune femme buvait ses paroles, l'air mi-horrifiée, mi-captivée.
Parler avec elle ne le dérangeait pas. Elle n'était pas dédaigneuse et plutôt curieuse, et lui rappelait un peu Makino, par sa douceur. Mais il restait mal à l'aise quand à ce qu'elle attendait de lui -et les regards absolument pas discrets que lui jetait régulièrement Nami lui donnait envie de lever les yeux au ciel. Plus il observait la jeune femme, et plus il avait du mal à croire que Sanji était passé d'elle à lui. Putain, tu parle d'un changement.
Il avait ressenti, à sa plus grande surprise, une pointe de jalousie quand il avait vu la jolie rousse draguer éhontément le cuistot sous ses yeux. Merde, il se souvenait pas avoir déjà ressenti ça dans sa vie. D'habitude, il se foutait éperdument de ce que les gens avec qui il couchait pouvaient foutre de leur cul le reste du temps. Bon, évidemment, Sanji était beaucoup plus que ça, il en était conscient. Mais quand même, ça faisait bizarre.
Enfin, cette sensation avait été vite balayée, lorsqu'il avait avisé avec un sourire en coin l'expression affolée de Sanji qui ne savait de toute évidence pas comment se sortir de cette situation. Ouais, il aurait dû être sourd et aveugle pour croire qu'il avait du soucis à se faire du côté de la rousse.
Il recentra son attention sur Vivi, qui le regardait d'un air incertain, un peu rougissante.
-Et... commença-elle en détournant légèrement le regard, tu as une copine à Gray Terminal ?
Ace eut un soupir imperceptible.
Nous y voilà.
Il hésita un instant, réfléchissant, avant de décider de jouer la carte de la franchise. Après tout, si Sanji n'était pas prêt à faire son coming-out, ça le regardait, mais il n'était en aucun cas forcé de se cacher, lui... Et dans le pire des cas, peut-être que ça aiderais les autres à comprendre pour le cuistot, et que ça lui éviterais d'avoir à tout faire lui-même. Et puis merde, de toute façon il mentait super mal.
-Non, mais... Disons que je ne suis pas franchement intéressé par les filles.
Vivi écarquilla un peu les yeux.
-Comment ça ?
Il se retint de lever les yeux aux ciel.
Pitié. Rassurez-moi, ils savent que l'homosexualité existe, ici, quand même ?
-Je... préfère les garçons, tu comprend ?
La jeune fille ouvrit la bouche sans qu'aucun son n'en sorte, l'air profondément surpris. De toute évidence, elle ne s'attendait pas à ça.
Ouais, c'est ça, je crois que je viens juste de lui apprendre que ça existe.
-J-Je... Ah... d'accord, finit-elle par dire.
Elle rougit encore davantage, réalisant probablement à quel point elle s'était trompée sur son compte -et à quel point ce fichu rendez-vous était ridicule, maintenant. Ace ne put s'empêcher de sourire devant sa confusion. Bon, après tout, ça restait une gentille fille.
-Désolé, Vivi. J'aurais dû te le dire plus tôt.
Elle sembla vouloir dire quelque chose, mais Cavendish les interrompit, entrant dans le bar avec fracas -Ace ne l'avait vu que quelques fois, celui là, mais ça avait l'air d'être une sacrée drama queen.
-Les autres nous attendent dehors, ajouta le blond lorsqu'il eut terminé sa rapide discussion avec Nami, tout en se passant théâtralement une main dans les cheveux. On va à l'Oro Jackson, dites ? C'est un peu cher, mais je suis sûr que Zoro se fera un plaisir de nous payer une tournée.
-C'est ça, allons-y, balança Nami un peu sèchement en se dirigeant vers la sortie, bousculant légèrement Sanji au passage. Ace haussa un sourcil. Est-ce que par hasard le cuistot s'était décidé à dire la vérité... ?
Ils sortirent tous du bar. En effet, un petit attroupement les attendait juste devant, composé de la bande que le brun avait croisé à la fête chez Zoro, et de quelques nouvelles têtes auxquelles il ne prêta pas vraiment attention. Kidd n'était pas là, constatation qui lui arracha un soupir. Il n'avait pas franchement envie de continuer cette comédie toute la soirée...
Alors que le groupe se mettait en mouvement en direction de la fameuse boîte, il attrapa le poignet de Sanji et l'attira discrètement à l'écart dans une ruelle transversale -la pénombre ainsi que la rue plutôt animée et peuplée lui permit de n'être vu de personne.
-Ace ?! Qu'est-ce que tu f...
Le brun interrompit le cuistot en posant un baiser sur ses lèvres, le plaquant en douceur contre le mur de la ruelle. Sanji eut un léger sursaut de surprise avant de lui répondre, portant une main à sa joue.
-Tirons-nous d'ici, lui souffla Ace lorsqu'il eut rompu le contact.
-T'es dingue d'avoir fait ça, si on nous avait vu ? pesta Sanji - qui n'avait pourtant pas l'air particulièrement dérangé par cette échappatoire. Les autres vont se demander où on est passés en plus, et-
-Tu parle, ils vont juste se dire qu'ils nous ont perdus dans la foule. J'en peux plus de cette comédie, en plus j'ai déjà fait comprendre à Vivi que je n'était pas intéressé alors elle ne devrait pas me chercher.
-Toi... J'espère que t'as été correct avec elle.
-Pour qui tu me prend ? Makino m'a toujours appris à respecter les femmes. Allez, rentrons. À moins que tu préfère continuer la soirée à te faire draguer par ton ex ? Depuis quand elle essaye de te reconquérir, d'ailleurs ? C'est pas elle qui t'avait largué ?
Sanji fit la grimace à l'évocation de Nami, mais le ton employé par Ace le fendit d'un sourire.
-T'es jaloux ? Demanda-il, l'air un peu provocateur.
-Vu la gueule que tu tirais quand elle se rapprochait de toi, je serais vraiment con de l'être. Elle avait pas l'air ravie en sortant d'ailleurs. Tu lui as dis ?
Le blond secoua la tête et soupira, posant son front contre celui d'Ace en ferma les yeux.
-Non. Je lui ai juste dit que j'avais rencontré quelqu'un d'autre. J'espère vraiment ne pas lui avoir fait trop de peine...
-Merde, elle risque de m'étriper quand elle se rendra compte qu'il s'agit de moi, non ? Ça a pas l'air d'être le genre de fille à avoir l'habitude de se faire repousser.
-C'est normal, elle est parfaite. Je dois sûrement être dingue pour avoir refoulé une fille pareille, sourit Sanji.
Il posa ses mains sur les hanches de Ace et l'embrassa doucement sur le commissure des lèvres.
-Tu as raison, rentrons. C'était une idée terrible dès le départ. Promis, j'essaierais de faire en sorte qu'on aie plus à se cacher le plus vite possible.
Ace lui sourit et passa un bras autour de ses épaules tandis qu'ils se mettaient en marche en direction de son appartement.
[East Blue, jour 43]
-Ils t'ont laissé rester tard hier ?
-Un peu. Ils m'ont quand même mis dehors à 21h.
-C'est mieux qu'à l'hôpital.
-J'imagine.
Kidd, appuyé nonchalamment contre le mur à côté de l'entrée principale, tira une longue bouffée sur sa cigarette, levant pensivement les yeux vers le ciel, l'air sombre. Zoro lui jeta un rapide coup d'œil. Il se faisait de plus en plus taciturne, récemment. Toujours bavard avec Law, mais de moins en moins avec lui, et il se mêlait assez peu aux autres. Evidemment, tout ça le touchait plus qu'il ne le montrait...
-Je vais faire le point avec le médecin de Law, lui lança-il.
-Ok. Je finis ma clope avant d'entrer.
Le journaliste hocha la tête avant de rentrer dans la clinique, prenant le chemin habituel, zigzaguant entre soignants, patients et visiteurs.
Il n'était plus très loin de la chambre de Law quand un hurlement lui fit lever précipitamment la tête. Ne pouvant voir l'origine du bruit, il fronça les sourcils et accéléra le pas, avançant dans le couloir.
-Law ! Oh, merde, Law, répond-moi...
Sursautant en entendant le nom de son ami, le journaliste accourut jusqu'au devant de la chambre de ce dernier, et se figea un instant devant le spectacle qui s'offrit à ses yeux.
Law était couché par terre, les yeux clos. Du sang maculait une partie de son menton, et Bonney peinait à le retourner sur le dos, en larmes, tout en appelant à l'aide d'une voix à la fois désespérée et furieuse.
-Bande d'enfoirés, il va falloir que je vous le dise en quelle langue ? Allez me chercher un putain de médecin ! Cria-elle aux quelques patients qui regardaient la scène, les yeux écarquillés. Law, tu m'entend ? Ajouta-elle en soutenant la tête du jeune homme, tandis que des larmes continuaient de dévaler son visage lisse. Réveille-toi, s'il te plaît...
Merde.
Zoro s'apprêtait à repartir en courant dans l'autre sens pour aller chercher de l'aide, mais il stoppa son mouvement en voyant un médecin accourir, s'accroupir aux côtés de Law et prendre son poul.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé, mademoiselle ? Brancardiers ! Lança l'homme en blouse blanche à l'infirmier qui l'accompagnait, qui hocha rapidement la tête avant de détaler.
-On sortait de sa chambre pour aller manger. On a rien fait de particulier, pas d'effort ou... Il a commencé à cracher du sang et... Oh, bordel, Law, me fait pas ça... gémit la jeune femme.
-Calmez-vous, on va s'occuper de lui.
Zoro restait à quelques pas, ne s'approchant pas de peur de gêner le médecin qui semblait déjà embêté par Bonney. Le visage de Law était si pâle. Le sang qui perlait à la commissure de ses lèvres semblait presque comme une tache de peinture sur une image en noir et blanc...
-Law ?
La voix rauque de Kidd retentit derrière le journaliste, et l'instant d'après, le rouquin le bousculait pour passer devant lui, repoussant durement Bonney pour prendre sa place auprès du jeune homme, passant un bras derrière les épaules du malade pour le redresser légèrement, malgré les protestations du médecin qui lui ordonnait de ne pas le toucher.
-Hé, Law, qu'est-ce que tu me fait, là ? T'as pas intérêt à me lâcher maintenant, espèce d'enfoiré.
Le visage de Kidd était grave, ses sourcils froncés, mais ses mains crispées tremblaient, trahissant sa détresse.
Bonney sanglotait en silence derrière lui, assise par terre là où il l'avait poussée. Des brancardiers finirent par arriver, et réussirent à faire lâcher prise au rouquin qui les laissa embarquer le brun.
-Vous l'emmenez où ? Demanda-il cependant, l'air menaçant.
-On le ramène dans sa chambre pour le moment. Mais je vais devoir vous demander de nous laisser seul avec lui.
-Et puis quoi encore ? Je vous suis.
-Monsieur...
-Je vous suis, me cassez pas les couilles.
Le médecin sembla comprendre que Kidd ne se laisserait pas convaincre et suivit Law et les deux brancardiers jusqu'à entrer dans sa chambre, talonné par le roux. Zoro les regarda disparaître derrière la porte, les sourcils froncés. Il soupira et se passa une main dans les cheveux. Merde... Il aurait dû s'attendre à ce genre de situation -Law s'affaiblissait de jours en jours, c'était visible. Mais maintenant qu'il y était... Merde, il se sentait complètement impuissant. Il avait pourtant fait tout ce qui était en son pouvoir pour que Law puisse être soigné. Est-ce que tout ça n'avait vraiment servi à rien ?
Un reniflement lui fit baisser les yeux vers Bonney, qui se relevait lentement, essuyant ses joues maculées de larmes, l'air abattu. Il se gratta l'arrière de la tête, embêté. Puis, après quelques secondes d'hésitation, il fit quelques pas vers elle et lui demanda :
-ça va ?
La clinique était composée de plusieurs bâtiments formant un carré fermé. Au centre, un espace ouvert formait une sorte de petit parc où les résidents allaient et venaient, se promenant parmi les quelques arbres, s'asseyant sur des bancs pour lire, discuter entre eux ou recevoir leurs visites.
Zoro se servit deux cafés noirs au distributeur mis à disposition des malades et marcha jusqu'à Bonney pour lui en tendre un, silencieux.
La jeune fille, assise sur un des bancs un peu à l'écart des autres, emmitouflée dans un gilet trop grand pour elle, avait ramené ses genoux sous son menton, enfermant ses jambes dans ses bras. Elle leva les yeux vers le jeune homme et leva une main pour se saisir de la boisson.
-Merci, souffla-elle d'une voix un peu rauque.
Ses yeux étaient encore rouges. Elle baissa la tête et enveloppa son gobelet en carton de ses deux mains, le regard vide.
-...ça va aller ? Demanda Zoro.
Elle haussa les épaules.
-Je vois pas comment ça pourrait aller.
Elle avait toujours des larmes dans la voix.
-Je pourrait plus vivre ici quand il sera plus là.
Zoro resta silencieux, ne sachant pas trop quoi dire.
-ça fait déjà des mois que je pourris ici. Je pourrais sortir, je suis encore très en forme. Mais mes parents utilisent ma maladie comme prétexte pour m'enfermer. Quand Law est arrivé, j'étais en train de chercher le meilleur moyen de me foutre en l'air.
Elle renifla et essuya d'une main une larme qui perlait au coin de son œil gauche.
-Je sais que je l'emmerde à toujours venir le voir, mais ça faisait si longtemps que j'avais pas pu parler à quelqu'un. Enfin... vraiment parler. A quelqu'un qui comprend. Qui a vécu des choses.
Zoro finit par s'asseoir sur le banc à côté d'elle, toujours sans rien dire, comprenant qu'elle avait seulement besoin de parler.
-C'est la seule chose chouette de ma vie en ce moment. Tout mes potes sont se sont barrés, ou alors ils sont morts, en désintox ou en taule. Mes parents me voient comme la honte de la famille, une camée et une traînée. J'y arriverais pas... Je veux pas qu'il me laisse...
Elle se tut et ils restèrent quelques minutes à boire leur café en silence. Puis la jeune femme renifla de nouveau et leva les yeux vers le ciel, clignant plusieurs fois des paupières, comme pour s'intimer d'arrêter de pleurer et de se ressaisir.
Elle tourna légèrement la tête vers Zoro et eut un petit sourire.
-C'est toi le journaliste, non ?
-... Ouais.
-Law m'a laissé lire le manuscrit que tu lui a laissé. C'est vraiment super, ce que tu fais. De leur donner une voix. J'espère que ça réussira à toucher les gens. Et à leur faire prendre conscience de certaine choses.
-Moi aussi.
-Mr Roronoa Zoro ?
Le jeune homme tourna la tête. Le médecin de Law s'avançait vers eux, un dossier sous le bras, l'air détendu et rassurant.
-Oui.
-Mr Trafalgar s'est réveillé.
-Est-ce que...
-Il va bien, mais nous avons dû le mettre sous perfusion. Ce genre de malaise est assez fréquent chez les personnes dans un stade aussi avancé.
-On peux le voir ? Demanda Bonney.
-Oui, mais essayez de ne pas trop le fatiguer. Je vais devoir vous demander de le laisser assez tôt. Il a besoin d'une bonne nuit de sommeil.
Zoro remercia le médecin, puis se dirigea vers la chambre de l'intéressé, suivi de près par la jeune femme. Arrivant devant la porte, il aperçut, par la fenêtre verticale qui permettait de voir à l'intérieur, Kidd et Law étroitement enlacés sur le lit de ce dernier. Le roux avait enfoui son visage dans les cheveux du brun, qui fermait les yeux, les deux mains refermées sur son dos. Il était toujours pâle et ses cernes étaient creusées, mais il avait l'air d'aller mieux que tout à l'heure, en effet.
-On ferait peut-être mieux de les laisser seuls pour l'instant, dit Zoro.
Bonney se pencha devant lui pour regarder à son tour et eut un sourire triste.
-T'as raison.
Voilà, un chapitre un peu triste à nouveau... J'espère qu'il vous a tout de même plu!
On se retrouve pour la suite le 30 juillet, j'ai hâte de lire vos retours comme d'habitude!
Profitez de vos vacances pour ceux qui en ont, bon courage aux autres!
à la prochaine!
