Salut tout le monde!
Eh oui, encore une fois, je poste le chapitre en avance... Mais bon, il était déjà prêt et vu à quel point vous aviez l'air d'être impatients de la suite en review, je me suis dit que j'allais être magnanime et ne pas pour laisser dans un suspense insoutenable plus longtemps!
Vous vous en doutiez, ce chapitre est dur, et vous allez probablement tous me détester d'ici quelques minutes. Je vous souhaite quand même une très bonne lecture, et comme d'habitude: je vous attend en bas!
[East Blue, Jour 46]
Ace grogna doucement et se retourna sur le dos, se frottant un instant les yeux avant de les ouvrir. Sanji, redressé sur ses coudes, retira sa main qui lui caressait les cheveux et lui sourit.
-Désolé, je t'ai réveillé ?
-Mmh, c'pas grave, grommela le brun avant de lâcher un énorme bâillement. Quelle heure il est ?
-Presque onze heures.
-Ça fait longtemps que t'es réveillé ?
-À peine vingt minutes.
Le cuistot se retourna sur le dos pour s'étirer. Ace s'assit sur le lit en étouffant un deuxième bâillement, passant une main dans ses cheveux emmêlés.
-C'est quoi le programme aujourd'hui ? Demanda-il. Tu bosse ?
-Seulement ce soir. On pourrait faire quelque chose cette aprém', mais je sais pas... J'ai des courbatures partout.
-On y est peut-être allés un peu fort hier, rit le brun.
-Oui, je pense que ça peut être une bonne idée de faire une pause dans notre marathon sexuel, rit à son tour Sanji en se penchant vers la table de chevet pour extraire une cigarette de son paquet.
Il s'assit à son tour pour l'allumer. Ace se leva, enfila un caleçon et marcha jusqu'à la gazinière côté cuisine pour faire du café.
Le cuistot se laissa retomber en arrière en inspirant la fumée, regardant le plafond.
N'ayant pas franchement envie de recroiser son groupe d'amis tout de suite après son coming-out de l'avant-veille, ils avaient choisi de rester à l'appartement depuis, profitant encore une fois pleinement l'un de l'autre. Robin était passée les voir pour prendre un thé la veille au soir, et avait rassuré Sanji à ce sujet : à part Nami, personne ne semblait avoir pris l'annonce de sa mise en couple avec Ace très mal.
À vrai dire, Usopp avait même appelé Sanji dans l'après-midi, pour lui dire qu'il était surpris, ne comprenait pas, mais « acceptait son choix »... Bon, de toute évidence, il n'avais pas franchement saisi comment ça fonctionnait, mais au moins il était de bonne volonté. C'était plutôt rassurant, même si le blond imaginait bien qu'il devrait supporter un certain nombre de clichés et de regards étonnés de la part de ses amis pendant encore un long moment.
Ace revint vers le lit avec deux mugs remplis de café. Sanji en prit un en le remerciant et commença à souffler sur le liquide brûlant, s'interrompant lorsque le téléphone se mit à sonner.
Tendant la main vers sa table de chevet, il se saisit du combiné et le porta à son oreille.
-Ouais.
-Sanji, c'est moi.
Il eut du mal à reconnaître la voix de Zoro, tant il n'avait pas l'habitude de l'entendre l'appeler par son nom.
-...Oh, marimo. Qu'est-ce qu'il y a ?
-...
Le silence à l'autre bout du fil lui fit froncer les sourcils. Il était habitué à ce que le journaliste soit peu loquace, mais là, c'était un peu bizarre.
-Zoro ? Finit-il par lancer en n'entendant pas son ami lui répondre.
-... J'ai... quelque chose à vous dire, à toi et à Ace, finit par articuler ce dernier.
-À Ace ?
-Qu'est-ce qu'il y a ? demanda le brun qui sirotait son café en regardant par la fenêtre, à deux pas du lit.
-C'est Zoro, lui répondit Sanji. Il veut nous parler à tout les deux, prend l'oreillette.
Ace fronça les sourcils.
-Qu'est-ce qu'il se passe ?
-T'as fini ? On va passer par la fenêtre pour pas se faire cramer à l'entrée.
-Je sais pas si t'as remarqué, mais je suis pas vraiment en état de faire de l'escalade, soupira Law en fronçant un sourcil nerveux.
-C'est bon, on est au rez-de chaussée, c'est pas haut du tout. Je vais te porter.
Kidd ne lui laissa pas le temps de protester et se rapprocha du lit pour passer un bras sous les épaules du brun et un autre sous ses cuisses. Il le souleva sans aucune difficulté. Le corps décharné du jeune homme ne pesait pas plus lourd qu'un sac de plumes.
-Kidd... !
-Allez, commence pas à m'emmerder, on s'en fout.
Le rouquin s'avança vers la fenêtre ouverte et fit passer une de ses jambe, puis l'autre, par dessus le rebord. Puis il serra Law contre son torse et se laissa aller en avant, tombant sur ses pieds un mètre cinquante plus bas. Le brun, qui avait crispé ses mains sur son t-shirt, se laissa glisser jusqu'à terre, se mettant debout sur ses jambes tremblantes.
-Allons-y.
Le cuistot haussa rapidement les épaules. Il commençait à stresser un peu. Zoro avait l'air trop sérieux.
Le visage de Law passa dans son esprit. Non, c'était pas possible... Il était trop tôt, le jeune homme était encore en forme, même s'il s'affaiblissait beaucoup...
Le brun se rapprocha, posa son mug sur la table de chevet et s'accroupit à côté du lit, prenant l'oreillette que Sanji lui tendait.
-On t'écoute, marimo, souffla Sanji, écrasant au passage sa cigarette à moitié consumée dans le cendrier.
-... Très bien. Les gars... ce que je vais dire est difficile à entendre. Il faut que vous restiez calmes, d'accord ?
-C'est au sujet de Law ? Demanda aussitôt Ace assez fort pour que Zoro l'entende à travers le combiné de Sanji, l'air tout à coup très stressé.
-...Oui, mais pas seulement.
-Dis-nous vite.
-... Très bien. Hier soir... Hier soir, Kidd a aidé Law à s'enfuir de la clinique.
-À s'enfuir ? Le coupa Ace. Mais qu'est-ce qui lui as pris ? Law est dans un état pas possible, je l'ai vu hier matin...
-...Laisse-moi finir.
Law ramena ses genoux minces sous son menton sur le siège de la voiture, resserrant autour de lui les pans de la veste en cuir de Kidd. Dehors, le paysage défilait sous la nuit tombante. Quelques étoiles commençaient à poindre dans le ciel bleu sombre.
Le brun joignit ses mains devant son visage et souffla dessus. Il avait froid. Si froid.
Il était si fatigué.
« Tout ce qu'on sait, c'est qu'ils sont sortis de la clinique tout les deux en cachette aux alentours de vingt heures.
Ils ont marché jusqu'au quartier bourgeois à côté de la clinique et ont volé une voiture. Puis ils ont roulé hors de la ville jusqu'à prendre la route qui longe le haut des falaises au nord d'East Blue.
Puis, lorsqu'ils ont été au point le plus haut, leur voiture a pris un virage à angle droit sans raison apparente. La voiture s'est crashée en bas.
Ils sont morts tout les deux.
Je suis désolé, Ace. »
Il jeta un œil au profil impassible de Kidd qui conduisait, les yeux fixés sur la route. Simplement vêtu d'un jean déchiré trop large et d'un t-shirt blanc, la fenêtre ouverte laissait le vent faire flamboyer sa chevelure écarlate.
-Qu'est-ce que tu mate ? Finit par grogner le rouquin.
-À ton avis, enfoiré ?
Son vis-à-vis ne répondit pas, se contentant de lui jeter un rapide regard. Law remarqua à quel point il avait l'air fatigué, lui aussi. Pas physiquement, mais de l'intérieur. Comme s'il n'avait même plus l'énergie de lui lancer une de ses piques caractéristiques.
Il avisa sa main sur le levier de vitesse et la couvrit de la sienne pour la serrer.
Il y eut un silence. Un long, long, long silence. Sanji eut l'impression que toute la force présente dans son corps le quittait. Tenir le combiné en place contre son oreille lui parut soudain un effort immense.
La voix de Zoro retentit à nouveau, mais elle lui parut très lointaine.
-J'ai deux trois trucs à régler, puis je vais passer chez vous. On se voit tout à l'heure.
Il raccrocha et le cuistot laissa sa main qui tenait le téléphone retomber sur le matelas. Les mots qu'il venait d'entendre tournaient en boucle dans sa tête, accompagné d'images par flashs, sans qu'il puisse les contrôler.
Kidd et Law.
Enfuis de la clinique.
Voiture volée.
Le long de la falaise...
Morts tout les deux.
Il leva difficilement les yeux vers Ace. Ce dernier s'était figé, le regard vide. Pendant une longue minute, il ne fit pas un mouvement, puis ses mains se mirent à trembler et il lâcha l'oreillette qui ricocha sur le sol avec fracas.
Sanji ouvrit la bouche pour essayer de dire quelque chose, mais la referma sans réussir à émettre le moindre son. Il déglutit difficilement, puis tenta à nouveau, réussissant seulement à murmurer :
-Ace...
Le jeune homme ne le regarda pas. Il se laissa aller en arrière pour s'asseoir par terre et porta ses mains à son visage, baissant la tête. Sa nuque se mit à trembler et le blond entendit un reniflement.
-Ace...
Ils finirent par arriver en haut de la falaise.
Pendant un instant, Kidd détacha ses yeux de la route pour regarder Law. Il le fixa avec attention, comme s'il voulait imprimer chaque détail de ce qu'il voyait sur sa rétine.
Puis le coin gauche de ses lèvres pourpres s'étira dans son sourire tordu et si familier.
Sanji réussit à se lever -son corps lui semblait peser une tonne- et s'agenouilla à côté du brun, posant ses mains sur ses épaules qui tremblaient de plus en plus violemment.
-Ace, je suis désolé...
Il sentit un sanglot monter dans sa gorge et ses yeux lui piquer. Merde, c'était pas possible. Ça pouvait pas être vraiment arrivé. Kidd et Law... Ils ne pouvaient pas avoir fait ça... C'était ...
La réalité s'imposait de plus en plus à lui. Ace, à ses côtés, laissait échapper des sanglots de plus en plus violent, tandis que des larmes dévalaient ses joues et qu'il crispait ses mains sur ses cheveux tout en se mordant la lèvre jusqu'au sang.
-Ils peuvent pas m'avoir fait ça. Ils avaient pas le droit de me faire ça... gémit-il en se couvrant les yeux des deux mains.
Il y avait quelque chose de brisé dans sa voix. Comme si, après la vie de souffrances qu'il avait vécue, on venait de lui porter le dernier coup – celui dont il ne se relèverait pas. Sanji sentit à son tour des larmes couler le long de ses joues. Il plaqua son front contre le dos du brun, fermant les yeux de toutes ses forces.
C'est pas possible, c'est un cauchemar, c'est trop d'un coup, c'est impossible...
-Ils avaient pas le droit, répéta Ace. Ils avaient pas le droit de me laisser tout seul derrière...
Il referma ses bras sur lui-même, serrant les poings sur ses épaules, enfonçant ses ongles dans sa peau.
Law lui rendit son sourire. Puis Kidd lui fit un signe de tête, auquel il répondit avec lenteur.
Ils détournèrent tout deux le regard l'un de l'autre, fixant la route. Le rouquin serra ses doigts dans ses siens avec force comme pour sceller leurs phalanges entre elles.
Puis, alors qu'ils arrivaient au point culminant de la falaise, il tourna le volant d'un coup.
-Ils auraient dû le savoir pourtant que j'étais pas capable de vivre sans eux. Ils auraient dû m'emmener avec eux, ces bâtards... Pourquoi ils l'ont pas fait, hein ? Pourquoi ils m'ont laissé derrière ? Pourquoi ils m'ont pas laissé crever avec eux, hein ?
Sanji releva la tête, horrifié par ces paroles. Réalisant que le brun était en train de se griffer jusqu'au sang, il lui attrapa les poignets pour s'empêcher de se faire du mal.
-Ace, arrête... !
-Lâche-moi ! Comment tu veux que j'aie envie de vivre après ça, hein ?
Le cuistot se mordit la lèvre.
Dis pas ça, je t'en prie.
Dis pas ça...
Il entoura le jeune homme de ses bras, continuant de serrer ses poignets dans ses mains, enfouissant son visage dans ses cheveux.
-Je suis désolé, Ace... Tellement, tellement désolé...
Le brun ne dit plus rien, mais Sanji le sentit trembler.
De plus en plus fort.
[Jour 47]
-Ace, j'ai fait à manger. Tu veux quelque chose ?
-'Pas faim.
Sanji se redressa pour regarder le brun en se mordant la lèvre.
Avachi sur le canapé, seulement vêtu d'un jogging noir, ses jambes pliées ramenée devant lui, appuyé sur l'accoudoir, le menton dans la main, son amant regardait fixement le brouillard qui embrumait la ville dehors. Son regard était inexpressif, ses yeux mi-clos. À peu de choses près, il était dans la même position depuis la veille. Le cuistot ignorait même s'il avait dormi cette nuit.
Depuis la terrible annonce faite par Zoro, le blond n'avait pas réussi à lui arracher des réponses de plus de deux mots. Ace semblait complètement brisé, déconnecté de la réalité. C'était normal, après un tel choc, Sanji le savait mais quand les derniers mots qu'avaient prononcé le brun avant de tomber dans son mutisme lui revenait en tête, il ne pouvait empêcher une angoisse sourde de lui serrer la gorge.
Il jeta un regard à Zoro qui buvait sa tasse de thé, assis à la table de sa cuisine. Après une dernière hésitation, il décida de ne pas insister auprès de Ace et pris place face au journaliste, posant entre eux le plateau de sushis qu'il venait de finir de préparer.
Son ami le remercia d'un signe de tête et commença à se servir. Le cuistot fit de même, mais une fois son assiette pleine se retrouva incapable d'avaler quoi que ce soit, fixant en silence les couleurs vives de l'avocat et du saumon, la gorge nouée.
Lui aussi vivait comme dans un rêve depuis la veille. Ou plutôt dans un cauchemar. Il se sentait, lui aussi, d'une certaine manière, complètement déconnecté de la réalité. La plupart du temps, il avait même l'impression que ce qui était arrivé à Law et Kidd n'était qu'une illusion. Un mensonge. Puis il songeait aux preuves tangibles, à Zoro qui était allé voir ce qu'il restait des corps à la morgues, à l'enterrement qui devait avoir lieu le lendemain, à l'avis de décès, aux nouvelles locales qui avaient évoqué le double suicide de deux voyous de Gray Terminal.
Et il avait la nausée.
Terriblement.
Son regard fut attiré par un mouvement de Ace, qu'il regarda, surpris, se lever et traverser la pièce.
-Qu'est-ce que tu... commença-il.
-Une douche, murmura simplement le brun en réponse.
La porte de la salle de bain se referma derrière lui, et l'on entendit l'eau couler quelques secondes plus tard. Sanji soupira et s'alluma une cigarette, tirant une taffe avant de se prendre un instant la tête dans les mains.
-Ça va aller ?
Il releva les yeux, surpris. Zoro le regardait, le visage assez inexpressif, comme toujours. Le cuistot se passa une main dans les cheveux et se laissa aller en arrière sur le dossier de sa chaise, soupirant de nouveau.
-Je ne sais pas. Je sais que c'est encore tôt, et que c'est normal qu'il soit comme ça. Mais j'ai peur... J'ai peur qu'il ne reprenne plus jamais goût à la vie après ça. J'ai peur que ce soit le coup de trop...
Le journaliste hocha la tête, montrant qu'il comprenait. Sanji se pris à nouveau la tête dans une main. Il avait peur, oui. Peur que Ace veuille se détruire, peur qu'il veuille mourir, comme il l'avait laissé entendre la veille. Il avait peur de n'être pas assez fort aussi. Il savait qu'il devait soutenir le brun, en plus de gérer sa propre peine à lui. Et il savait que cette peine n'était rien face à celle que son amant devais ressentir...
Zoro le regarda à nouveau et finit par prendre la parole :
-Ace est très fort. Ça finira par aller mieux, dit-il simplement.
Il se leva.
-Je dois aller régler quelques derniers trucs pour demain. Je passerais vous prendre à dix heures, merci pour le repas.
Sanji hocha la tête pour toute réponse et le regarda partir. Lorsque la porte se ferma derrière son ami, il se sentit tout d'un coup terriblement seul, même si les mots de Zoro, dans une moindre mesure, lui apportaient du réconfort.
Il regarda les makis qui s'étalaient toujours sous ses yeux et soupira. Il n'arriverais sans doute à rien avaler aujourd'hui.
Il remis la nourriture dans le plat et rangea le tout dans son frigo. Puis il entreprit de ranger un peu l'appartement, tâche qu'il avait un peu laissée de côté ces derniers jours.
Lorsqu'il passa devant la porte de sa salle de bain, un son étouffé lui parvint et le figea pendant un instant.
De l'autre côté du panneau de bois, Ace sanglotait doucement.
Sanji déglutit. Lentement, il se pencha jusqu'à ce que son front touche la porte et ferma les yeux, retenant ses propres larmes.
Il sentait au fond de lui que le brun voulait sans doute qu'il le laisse seul. Mais tout ce dont il avait envie était de le serrer dans ses bras. La barrière froide de chagrin qu'il sentait entre eux depuis la veille l'effrayait peut-être plus que tout le reste.
Car ni Ace, ni lui ne pourraient se sortir de là l'un sans l'autre, il le sentait.
Et voilà, ce chapitre était court, mais intense... Le prochain sera plus long! J'espère que vous ne m'en voulez pas trop pour le sort de nos deux amours, et j'ai quand même hâte d'avoir vos avis en commentaires.
Comme vous le devinez sans doute, on commence à vraiment se rapprocher de la fin de cette fic! Le prochain, qui arrive le 16 août, sera l'avant-dernier. (Et pour me faire pardonner, je fait revenir un personnage que tout le monde a l'air de beaucoup aimer la prochaine fois, yay!)
Merci, merci d'être toujours nombreux à me suivre et merci aux quelques fidèles lecteurs et lectrices qui me laissent leurs avis, vous êtes les meilleurs!
Je vous laisse le soin de m'insulter/de me pleurer dessus/de me menacer de mort pour que je réécrive ce chapitre avec une fin heureuse en review, prenez soin de vous et à la prochaine!
