Et nous voici pour le défi numéro 3 : Écrivez un texte contenant l'une des trois thématiques suivantes, à choix : omegaverse, maladie de Hanahaki, ou mpreg sans omegaverse. J'ai choisi de traiter le thème de l'omegaverse, ce qui sera une grande première pour moi (et sans doute pas une dernière parce qu'en vrai, c'est marrant à écrire). J'ai aussi choisi de pomper allègrement... herm, de m'inspirer un peu du manga Loveless avec le système des oreilles de chat qui tombent après une première relation sexuelle, parce qu'après tout, pourquoi pas.

Voilà voilà !

Enjoie !


— Pour une fonction f dérivable sur un intervalle I, on a les théorèmes suivants : si f ' est positive sur I, la fonction est croissante ou si… mais bordel !

Ojiro se retourna sur sa chaise et fusilla du regard les deux Omega étalés sur son lit. Adossé au mur, Shinsou pianotait sur son téléphone tandis que Monoma, la tête posée sur son ventre, mélangeait consciencieusement le Rubik's Cube qu'Ojiro essayait de résoudre depuis plusieurs jours. Ils ne faisaient aucun bruit — si on ne comptait pas les bips du téléphone et le claquement du cube — mais les phéromones qu'ils dégageaient tous les deux lui interdisaient de se concentrer.

— Ça vous dirait pas de me laisser réviser en paix ?

— Est-ce que tu sous-entendrais que notre présence te dérange ? demanda Shinsou, les oreilles en arrière, sans lever les yeux de son écran.

— Non mais…

Ojiro soupira, avant de retourner à son manuel. Il devait se rentrer tout ça dans le crâne avant le lendemain s'il ne voulait pas que sa moyenne empire encore. Et bien sûr, si ce n'était pas assez difficile comme ça, il avait fallu que ces deux-là aient la merveilleuse idée de commencer leurs chaleurs en même temps. Ils ne décolleraient pas de là pendant au moins deux jours, ils l'avaient convenu longtemps à l'avance. Rester loin de leur Alpha pendant cette délicate période attirait les convoitises et ils n'avaient aucune envie de passer plusieurs jours barricadés dans leur chambre à repousser comme ils pouvaient des Alphas trop contents d'avoir deux Omega sous la main.

Ojiro, lui, n'avait absolument pas l'habitude de tout ce cirque. Pendant des générations, il n'y avait eu que des Betas dans sa famille et il n'avait dû qu'aux hasards de la génétique de naître Alpha. Pas mal de ses proches et de ses amis le jalousaient ; après tout, c'était un aller-simple pour des tonnes de privilèges auxquels les gens ordinaires ne pourraient même pas rêver. Mais lui s'en serait bien passé. Contrairement aux Alphas qui naissaient dans des familles où ces choses-là étaient monnaie courante, rien ne l'avait préparé à ce qui l'attendait une fois lâché dans le vrai monde. Et quand il était entré à Yuei, il avait tout prévu sauf de se lier aux deux seuls Omega de première année. Monoma et Shinsou avaient tout de suite été attirés par lui, ce qu'il ne s'expliquait toujours pas, surtout quand sa propre classe comptait deux Alphas issus des prestigieuses lignées qu'étaient les Iida et les Bakugou. Même Todoroki, premier Alpha d'une fratrie d'Omega, était mille fois plus charismatique que lui, bon sang ! On n'avait beau lui expliquer que la logique de l'attirance entre Alphas et Omegas était bien différente de celle des Betas, il avait encore du mal à comprendre ce que ces deux-là lui trouvaient.

Monoma se leva et approcha d'Ojiro sur la pointe des pieds. Même si on ne l'entendait pas, tout léger qu'il était sur la moquette, Ojiro sentait son parfum, un peu plus enivrant à chaque pas. Des deux, il n'avait marqué que Monoma, plus pour le protéger des autres Alphas du lycée que de gaieté de coeur. Il avait toujours pensé attendre l'âge adulte pour ces choses-là, il voulait prendre son temps. Mais avec l'adolescence venait un bouillonnement d'hormones avec lequel il n'avait d'autre choix que composer.

Tout son sang se mit à bouillir quand Monoma passa ses bras autour de son cou et lui mordilla l'oreille. Il voulait bien faire preuve de self control, mais il fallait qu'ils y mettent du leur, aussi !

— Si tu n'arrives pas à te concentrer, susurra-t-il, on peut peut-être en profiter pour se détendre un peu…

Ojiro le repoussa, peut-être plus violemment qu'il ne l'aurait voulu. Mais il lui fallait au moins ça s'il ne voulait pas craquer. Il détourna le regard pour ne pas affronter les yeux de chaton battu de Monoma qui, les oreilles baissées et une moue aux lèvres, tentait l'angle de la pitié. Si la situation n'avait pas été aussi frustrante, Ojiro en aurait hurlé de rire. Difficile en le voyant dans un tel état qu'à la fin de la semaine, il fanfaronnerait sur la supériorité indéniable de la classe B et nierait jusqu'à la mort de changer ne serait-ce qu'un peu pendant ses chaleurs.

— Allez… Juste un peu...

— Et comment on explique demain que tu aies miraculeusement perdu tes oreilles dans la nuit ?

Dans ces cas-là, il n'était pas question d'un peu ou de beaucoup, le résultat serait le même. La première fois qu'ils s'unissaient à un Alpha, les Omega perdaient leurs oreilles de chats pour ne garder que les humaines. Ojiro lui aussi était tenté de sauter le pas chaque mois, mais ils ne pouvaient tout simplement pas se le permettre. S'ils passaient à l'acte, tout le lycée le saurait, professeurs compris et ce serait le début de leurs ennuis. Ojiro n'en serait sûrement pas inquiété, mais il n'en irait pas de même pour Monoma.

— Je suis un grand garçon, répliqua-t-il, les bras croisés, je fais ce que je veux.

— Tu veux être renvoyé ?

Ojiro sut à la seconde où il finit de prononcer sa phrase qu'il avait touché une corde sensible. Monoma avait souffert toute sa vie de son statut d'Omega et n'avait dû qu'à son obstination d'entrer à Yuei, un lycée où les Omega se comptaient sur les doigts de la main. Savoir que sa nature-même pourrait mettre fin à son rêve de devenir un héros si on considérait qu'il ne savait pas contrôler ses instincts le terrifiait.

— Je suis désolé, tenta Ojiro en tendant le bras vers lui.

Mais c'était déjà trop tard. La tête basse, Monoma se laissa de nouveau tomber sur le lit, où il fut réceptionné par Shinsou, qui lança un regard noir à Monoma. Tout n'avait pas été tout rose pour lui non plus. Dans sa famille, tous les hommes étaient des Alphas et, s'ils essayaient de le traiter avec autant d'égards que les autres, leur mépris transparaissait bien trop facilement.

Ojiro ferma son manuel et s'approcha du lit, au pied duquel il s'agenouilla. Il songea, avec un sourire amer, aux regards que lui auraient lancé les autres Alphas de la classe en le voyant dans une telle position. La liste de règles qu'ils s'imposaient, tous ces « fais pas ci, fais pas ça » pour conserver leur image de mâle ultime l'épuisaient et, s'il les suivait au mieux à l'extérieur pour sa propre tranquillité, il les laissait tomber quand il se retrouvait seul, encore plus avec Monoma. Ils étaient ensemble jusqu'à la fin maintenant et il ne s'imaginait pas jouer un rôle toute sa vie.

— Je peux avoir un câlin ?

Monoma se tourna vers lui et le fusilla du regard, mais finit par céder et passa ses bras autour des épaules d'Ojiro. Petit à petit, il se détendit et Ojiro finit par grimper sur le lit pour le laisser s'allonger sur lui. Il ne lui fallut pas plus de dix minutes pour s'endormir.

— Il est épuisé, commenta Shinsou, passant entre ses doigts une longue mèche blonde.

Ojiro acquiesça. Il savait qu'il n'avait aucune idée de la fatigue qu'ils pouvaient ressentir tous les deux. Même pour Shinsou, qui se contrôlait bien mieux, ce n'était pas de tout repos.

Leurs doigts se rencontrèrent dans la chevelure de Monoma et ils laissèrent leurs mains se toucher, s'apprivoiser. Ojiro avait depuis longtemps appris à dompter l'envie qui le tiraillait à chaque fois qu'il entrait en contact avec un Omega ; les autres Alphas lui donnaient toujours de bons conseils à ce sujet, il pouvait au moins le leur accorder.

Souvent, il se demandait si Shinsou n'aimait pas Monoma plus que lui. S'il ressentait la même attirance pour lui que pour le blond, une attirance bien plus puissante que celle qu'il ressentait face aux autres Omega, il sentait bien qu'ils n'avaient pas la même relation. D'abord parce qu'il ne l'avait pas marqué, ce que Shinsou refusait catégoriquement pour le moment — et Ojiro l'en remerciait — mais aussi parce qu'il ne semblant pas emballé à l'idée d'être lié à lui. Sans doute s'était-il fait une idée différente de l'Alpha qui l'accompagnerait jusqu'à la fin de ses jours ou bien lui reprochait-il inconsciemment d'être né Alpha alors que lui non.

— On ne fait pas ça pour t'embêter, tu sais...

Shinsou posa doucement sa tête sur l'épaule d'Ojiro. Sa main toujours entrelacée dans la sienne. C'était la première fois qu'il se montrait aussi tendre à son égard, mais Ojiro devait admettre que ce changement ne lui déplaisait pas, bien au contraire. Du coin de l'oeil, il voyait le rose qui colorait les joues de son Omega et sentit à son tour la chaleur lui monter au visage. Son Omega…

— On se doute bien que ce n'est pas évident pour toi de te retrouver avec deux Omega en chaleur collés à tes basques toute la soirée. Mais c'est la seule solution pour nous apaiser sans se gaver de pilules.

Ojiro déglutit. Il se souvenait encore des premières chaleurs de Monoma, dont il avait été témoin malgré lui. Il savait pour s'être renseigné sur le sujet que les premières chaleurs d'un Omega pouvaient être éprouvantes, mais il était loin de s'imaginer un pareil spectacle. Monoma recroquevillé sur le sol, en larmes, les mains serrées dans les cheveux et Shinsou, accroupi à côté de lui, tentant de lui faire avaler une poignée de cachets tout en hurlant à Ojiro de partir pour ne pas empirer la situation. Avant cet incident, il n'avait qu'une idée très vague — et très influencée par des mangas pour adultes échangés sous le manteau — de ce à quoi pouvaient ressembler les chaleurs d'un Omega. Il s'était depuis promis de faire attention à eux autant qu'il était humainement possible.

— Rien qu'être en classe, dans une autre pièce, c'est difficile. Et on doit faire semblant de rien, faire comme si tout allait bien. On a déjà pas des Alters très « héroïques » donc tu te doutes bien que si on leur montre en plus qu'on ne peut pas se contrôler…

— Si qui que ce soit vous cherche des problèmes…

— On se débrouille. On est des futurs superhéros.

Shinsou lui adressa un sourire reconnaissant et se leva. Il récupéra le manuel d'algèbre sur le bureau, avant de revenir se lover contre Ojiro.

— Alors, lut-il, « pour une fonction f dérivable sur un intervalle I… »

Ojiro le serra un peu plus contre lui et serra la main sur la chemise de Monoma, qui ronflait doucement au-dessus de lui. Certes, ce n'était pas la vie dont il avait rêvé, mais il savait à ce moment qu'il saurait s'y faire.