Bonjour, bonjour,

Nous voici donc au défi numéro 2 : Écrivez un texte sur un couple que vous n'avez encore jamais écrit auparavant. Mon choix s'est porté sur le EraserMight, qui est un ship sur lequel je voulais écrire depuis un bout de temps mais sans en avoir eu l'occasion. C'est aussi un mpreg, parce que je n'en avais jamais écrit auparavant et que le défi 3 m'a donné envie de m'y essayer.

Voilà, voilà

Bonne lecture et à la prochaine !


Ce fut au moment où Shouta Aizawa se retrouva penché au-dessus de la cuvette des toilettes à trois heures du matin qu'il se dit qu'il serait peut-être temps de consulter un médecin. A la porte, Eri, le visage ensommeillé et les mains serrées sur son pyjama rose l'observait. Il la voyait mais ne trouvait pas la force de la renvoyer au lit. C'était la troisième nuit d'affilée qu'il passait à vomir sans trouver le repos.

— Fallait pas manger trop vite, intervint l'enfant depuis le seuil.

Elle disparut, pour revenir quelques instants plus tard, armée d'un verre d'eau qu'elle lui tendit. Aizawa la remercia à mi-voix et posa sa main sur la petite tête. Encore une fois, il voulut lui dire qu'elle devait retourner dormir, qu'elle avait école demain et à quel point le sommeil était crucial pour les enfants de son âge, mais une nouvelle crampe lui tordit l'estomac et il cracha un peu de sucs acides au fond de la cuvette. Eri, elle, s'allongea sur le carrelage froid, la tête sur les genoux de son père adoptif et les yeux plein d'inquiétude. Quand elle s'assoupit, Aizawa la recouvrit d'une serviette de toilette attrapée dans le placard le plus proche et se promit de la porter jusque dans sa chambre dès qu'il trouverait la force de se lever.

Pour la première fois depuis des années, il pensa à son père. Il avait son âge quand il avait développé ses premiers ulcères qui n'avaient pas tardé à dégénérer en cancer de l'estomac. Et s'il avait finalement triomphé de la maladie, ça n'avait été qu'au prix de nombreuses années de douleur, à enchaîner chimiothérapie et rayons.

Aizawa sentit de nouveau son estomac se crisper. Il porta sa main à son ventre. Il devait à tout prix voir un médecin.

Le gastroentérologue chez qui son médecin traitant l'avait envoyé était un homme à deux pas de la retraite, au visage rond et aux joues tombantes qui rappelaient à Aizawa le bouledogue français de sa voisine, un sale cabot qui passait son temps à aboyer sur tout ce qui bougeait. Il ne lui adressa pas la parole pendant de longues minutes, se contentant de parcourir son dossier en poussant de temps en temps des « hmm » et autres « hun hun ».

— Vous avez mangé ou bu ces huit dernières heures ? fut la première chose qu'il lui demanda.

Aizawa secoua la tête. On lui avait indiqué de venir à jeun, au cas où et, docile, il avait obéi. En cette fin de matinée, la faim commençait à lui peser, d'autant plus qu'il avait encore eu du mal à dormir. Il sentait ses paupières s'alourdir et n'avait qu'une hâte : pouvoir se caler dans un coin tranquille pour une sieste bien méritée. Il s'installa sur le fauteuil tandis que le médecin préparait le matériel pour l'échographie, à grands renforts de soupirs. Aizawa se demanda si lui aussi avait l'air toujours aussi las. Quand le médecin lui étala une couche de gel froid sur le ventre, il ne put réprimer un frisson. Si tout cela pouvait se finir vite…

— Bon, je ne vois rien d'étrange au niveau de l'estomac… marmonna le médecin. On va regarder les intestins.

La gorge d'Aizawa se noua quand il vit l'expression du médecin passer de la lassitude à la surprise. Sans un mot, l'homme scrutait l'écran, vérifiait et revérifiait le même point, où Aizawa ne voyait qu'une bouillie de pixels mais où un oeil averti détectait forcément autre chose.

— Je crains que votre état ne soit plus de mon ressort, dit le médecin en regagnant son bureau. Je vais vous adresser à un confrère.

Voilà, ses pires craintes se confirmaient. Il suivrait le même chemin que son père, passerait sa vie à traîner sa carcasse de traitement en traitement. Il eut une pensée pour Toshinori. Quel beau couple de moribonds ils feraient là.

— Le docteur Takahashi est un excellent obstétricien, expliqua le médecin tandis qu'il rédigeait le courrier à l'adresse de son collègue. Il s'est déjà occupé de beaucoup de cas comme le vôtre, c'est un spécialiste en la matière.

Le gastroentérologue eut le temps d'imprimer son courrier, de le glisser dans une enveloppe et de la tendre à Aizawa avant que l'idée lui monte au cerveau.

Comment ça, un obstétricien ?

Aizawa rentra tard, si tard qu'il avait été obligé de demander à Midnight de récupérer Eri à l'école. Il avait d'abord pensé à demander à Mic, avec qui la petite s'entendait particulièrement bien, mais il avait ensuite songé aux questions qui en découleraient et auxquelles il ne se sentait pas prêt à répondre. Il avait besoin de temps pour digérer l'information et savoir ce qu'il allait faire.

On l'avait reçu tout de suite au cabinet du docteur Takahashi. La secrétaire l'avait dévisagé d'un drôle d'air mais avait quand même transmis la missive au médecin, qui s'était empressé de le voir entre deux consultations. Un bref examen avait confirmé ce qu'expliquait le gastroentérologue dans sa lettre : il attendait un enfant. Lui, un homme, attendait un enfant. Certes, il avait déjà entendu parler de ce genre de cas, de personnes possédant un Alter particulier et de couples gays qui choisissaient cette méthode plutôt que l'adoption. C'était rare mais ça arrivait. Ça arrivait aux autres. Lui n'avait jamais entamé ce genre de démarches. Il avait déjà assez à faire entre ses élèves et Eri.

Il tenta de se rappeler toutes les personnes qu'il avait croisées ces derniers mois, tous les vilains qu'il avait affronté. Aucun ne possédait de capacité de ce type. Puis, il s'était souvenu de cette petite fille. Elle devait avoir cinq, peut-être six ans. Elle avait perdu sa mère dans les rayons du supermarché et, prise de panique, s'était recroquevillée près des bacs de surgelés. Aizawa lui avait pris la main et l'avait emmenée jusqu'à l'accueil, où sa mère l'attendait déjà. C'était la seule personne, en dehors de son entourage proche, avec qui il avait eu un contact physique. C'était forcément elle.

Il avait écouté, hagard, les explications du médecin sur les choix qui s'offraient à lui, sur le temps qui lui restait pour se décider, sur les méthodes utilisées s'il voulait interrompre cette grossesse, sur le fait que, dans le cas contraire, il doive se préparer à la césarienne et tout le processus de guérison qui allait avec, sur l'aide qu'on pouvait lui fournir pour l'accompagner durant ces prochains mois. Aizawa avait répondu qu'il allait y réfléchir et avait quitté le cabinet en priant pour que tout ceci ne soit qu'un mauvais rêve dont il allait vite se réveiller.

— On a fait du tonkatsu et du gâteau ! s'écria Eri dès qu'Aizawa poussa la porte de l'appartement.

Aizawa prit l'enfant dans ses bras et la félicita pour tout ce travail. Dans la cuisine, Midnight, en tenue civile, éminçait du chou. Aizawa était toujours soufflé quand il la voyait hors de son costume d'héroïne. Elle avait l'air si normale qu'on aurait dit une autre personne. Ils dînèrent tranquillement et, une fois Eri au lit, Aizawa pria Nemuri de rester prendre le thé.

— Tu n'as pas l'air dans ton assiette, toi, commenta-t-elle, le nez dans sa tasse.

— J'étais chez le médecin aujourd'hui. Je vais avoir un bébé.

Il avait lâché la bombe le plus vite possible, de peur d'être incapable de l'articuler s'il hésitait une seconde de plus. Nemuri leva les yeux et le dévisagea, d'un air qu'il ne parvint pas à déchiffrer. Par réflexe, il serra la main sur son ventre. C'était si étrange de se dire qu'une autre vie poussait là, qu'elle prendrait bientôt tellement de place. D'une traite, il raconta tout à Nemuri. La seule chose dont il ne lui parla pas fut Toshinori. Ils avaient décidé tous les deux de faire profil bas, du moins, pour un moment. Leur relation n'était pas si sérieuse que ça, de toute manière. Pour Aizawa, ce n'était qu'un flirt sans rien d'officiel, même s'il lui arrivait de souhaiter autre chose.

— Tu sais ce que tu vas faire ? demanda-t-elle, une fois qu'il eut fini.

Il comprenait bien ce qu'elle sous-entendait. Et il n'en savait foutre rien. Son silence en dit plus à Midnight qu'il ne l'aurait voulu.

— La décision n'appartient qu'à toi, tu sais… J'imagine que tu dois te dire des tas de trucs. Que tu dois te poser un tas de questions. Qu'est-ce que les gens vont penser ? Est-ce que je saurais vraiment m'occuper d'un bébé ? Combien ça va coûter ? Neuf mois, c'est long quand même, est-ce que je vais tenir le coup ? Et le père, dans tout ça ?

Elle se tut, reprit sa respiration. Aizawa comprit à cet instant à quel point ils étaient différents tous les deux. Nemuri s'était préparée toute sa vie à l'éventualité d'avoir un enfant, de le porter, de lui donner naissance. Elle avait dû se poser mille fois ces questions elle aussi, jusqu'à ce que l'idée lui paraisse familière, jusqu'à ce qu'elle devienne sa réalité quotidienne. Lui n'avait jamais songé au fait qu'il pourrait un jour être père ; du moins, pas de cette façon-là. Il n'arrivait pas encore à saisir toute la réalité de la situation et ça la rendait encore plus terrifiante.

— Personne ne pourra choisir à ta place, tu sais. Tu vas te demander ce qu'en pensent tes amis, tes collègues, tes parents, mais il faut que la décision vienne de toi et personne d'autre. Sinon, tu pourrais bien le regretter toute ta vie.

Nemuri avait parlé les yeux baissés, remuant du bout des doigts sa cuillère dans sa tasse. Aizawa s'empressa de changer de sujet. Quand elle partit, il passa border Eri puis, dans sa chambre, s'assit au bord de la fenêtre et passa toute la nuit à réfléchir.

Toshinori était en retard. Bien sûr. Il était toujours en retard. De leur tout premier rendez-vous, alors qu'ils n'étaient encore rien de plus que des collègues, jusqu'à maintenant, il n'avait pas changé sur ce point. Aizawa repositionna la télécommande sur la table pour la cinquième fois en moins de dix minutes. Elle n'était pas mal rangée, mais il avait besoin de s'occuper les mains.

Toshinori arriva. Comme à son habitude, il frappa trois petits coups à la porte et entra sans attendre la réponse. Aizawa sentit une boule se former dans sa gorge.

— Viens, assieds-toi. Il faut qu'on parle.

Toshinori déglutit et obtempéra, marchant d'un pas lent comme un condamné à mort qu'on mènerait à l'échafaud. Il s'assit sur le canapé, à côté d'Aizawa, juste assez proche pour ne pas le toucher.

— Qu'est-ce qu'on est, tous les deux ?

— Quoi ? Pourquoi…

Aizawa avait conscience que la question était brusque et qu'il aurait pu faire preuve d'un peu plus de tact, mais il avait besoin d'une réponse claire et précise. Il savait que Toshinori, allergique qu'il était à ce genre de discussions, essayerait de se débiner mais il ne lui en laisserait pas l'occasion.

— Est-ce qu'on est juste des amants, comme ça, de temps en temps ou est-ce que c'est plus sérieux que ça ?

S'il devait se montrer tout à fait honnête, leur relation ne dépassait pas vraiment la sordide histoire de coucherie. Est-ce qu'il en aurait voulu plus ? Plus que quelques soirées volées par ci par là et dont personne d'autre qu'eux ne devaient jamais rien savoir. Jamais la question du secret n'était venue entre eux. Ils s'étaient cachés par pur instinct, parce qu'ils savaient les questions qui viendraient s'ils se montraient au grand jour. Jamais jusque-là Aizawa n'avait envisagé autre chose, simplement parce qu'il était persuadé que Toshinori se contentait bien de la situation. Après chacune de leurs nuits passées ensemble, il s'attendait à recevoir un message lui disant que c'était bien amusant tout ça, mais que la plaisanterie avait assez duré.

— Je sais ce que je veux qu'on soit, mais est-ce que tu le veux, toi ?

— Qu'est-ce que c'est que cette réponse ?! répliqua Aizawa, haussant brusquement le ton. J'ai besoin que tu sois clair !

Puis il ajouta, un ton en dessous :

— S'il te plait.

Toshinori réfléchit un instant, les incisives plantées dans la lèvre inférieure. Il prit entre ses mains celles d'Aizawa, qui semblaient minuscules en comparaison. Même sous cette forme souffreteuse et malingre, il restait gigantesque. Mais c'était ce Toshinori-là qu'Aizawa aimait. Jamais il n'avait été un grand fan d'All Might, trop m'as-tu-vu, trop flamboyant. C'était cette raison qui l'avait poussé à refuser toutes ses invitations au début. Ils n'avaient rien en commun, quel intérêt de faire connaissance sinon de perdre son temps. Et puis, il avait rencontré Toshinori Yagi, la vraie personne qui se cachait derrière le héros. Il était comme une grande marionnette aux fils relâchés, tout aussi gauche et maladroit. Mais il lui avait plu. Assez pour qu'il l'invite dans son lit et que, petit à petit, il lui laisse aussi une place dans son coeur.

— Si ça ne tenait qu'à moi, je t'aurais demandé en mariage il y a des mois.

Le coeur d'Aizawa manqua à son devoir pendant une longue poignée de secondes. Toshinori passa rêveusement son pouce le long de l'annulaire gauche de son amant. La tête baissée, son visage était obscurci par ses longues mèches blondes, qui empêchaient Aizawa de voir son expression.

— Mais dans l'état où je suis… avec ma santé, et le pronostic qui empire de mois en mois…. Je ne veux pas que tu finisses par me subir. Alors, si tu penses qu'on est allés trop loin, je comprendrai très bien que tu préfères...

— J'attends un enfant.

Il avait prévu de le faire attendre plus longtemps. Comme en interrogatoire, de le laisser mariner dans le silence jusqu'à ce qu'il craque et qu'il lui révèle toutes ses véritables intentions. Mais la seule mention d'une séparation, même hypothétique, l'avait poussé à parler avant même qu'il ne le décide consciemment.

— Quoi… Mais… mais comment ?

Comme avec Nemuri, il lui raconta tout. Ses nausées, le passage chez le médecin, la petite fille au supermarché. Entre temps, il avait recroisé sa mère entre deux rayons et lui avait demandé si la fillette avait déjà manifesté son Alter. La femme lui avait dit que non, mais que les médecins étaient formels quant au fait qu'elle n'était pas Sans Alter, mais qu'il faudrait sans doute du temps pour découvrir de quoi elle était capable. Aizawa avait voulu lui expliquer sa situation mais, au dernier moment, il s'en était trouvé incapable.

Il lui expliqua aussi qu'il avait pris sa décision. Qu'avec ou sans lui, il porterait cette grossesse à son terme et qu'il élèverait du mieux qu'il pouvait le fruit de ses entrailles, comme il s'efforçait tous les jours d'élever Eri.

Toshinori ne répondit pas. Il l'entoura de ses immenses bras et l'attira à lui. La tête au creux de son cou, Toshinori sanglotait, mais Aizawa pouvait sentir son sourire contre sa peau.