Bonjour, bonjour !

Voici venir le défi numéro 4 : Écrivez un texte sur le couple ou duo choisi par un-e autre participant-e.

Comme j'ai eu tous les maux du monde à me décider sur le duo que j'allais choisir, j'ai fini par le tirer au hasard et c'est avec bonheur que je suis tombée sur le couple/duo Kirishima/Tetsutetsu de Aqua Thalassa, ce qui me fait très très plaisir, vu que c'est un duo de personnages qui sont beaucoup trop peu exploités, en plus d'être trop pipou.

Bref, enjoie !


Sur le campus de Yuei, les dortoirs étaient arrangés de telle façon que l'aile des garçons de la classe 1-A donnait sur celle de la classe 1-B. Les deux bâtiments étaient assez proches pour donner une vue imprenable sur la chambre du voisin d'en face, pour peu qu'il n'ait pas pris soin de fermer ses volets. Certains s'étaient offusqués de ce scandaleux manque d'intimité et Mineta, qui avait compté profiter du fait que les dortoirs seraient tous organisés de la même manière pour se rincer l'oeil resta inconsolable pendant plus d'une semaine.

Kirishima, lui, se contentait avec plaisir de la situation. Il ne s'en serait pas formalisé de toute manière, puisqu'un simple rideau suffisait à le couper du reste du monde s'il le voulait. Mais pour le coup, il n'aurait pas pu demander meilleur voisin.

Avec Tetsutetsu, ils avaient discuté d'un balcon à l'autre dès le premier jour. Ils parlaient de tout et de rien, mais surtout de sport, s'échangeant des secrets d'entraînement et autres routines fitness, si proches qu'ils n'avaient même pas besoin de crier pour s'entendre. Peu à peu, ils prirent l'habitude de ces conversations et il ne se passait pas un soir sans qu'ils ne se retrouvent au moins quelques minutes. Ils apprirent à se connaître et à s'apprécier, sans jamais pouvoir franchir la distance qui les séparait. Mais une fois le jour arrivé, c'était à peine s'ils s'adressaient la parole. Sans parler du fait que Bakugou l'exécuterait probablement sur le champ s'il osait fraterniser avec l'ennemi sous son nez, Kirishima se sentait bizarre à l'idée de lui parler sans garde-fou. Mais le soir venu, de nouveau, il lui parlait de sa journée et des exercices qu'il allait faire avant de se coucher.

Un soir, la classe 1-B était rentrée d'un exercice à l'extérieur quelques minutes à peine avant l'heure du couvre-feu. Toute la soirée, le souvenir de ce qui s'était passé au SCA avait hanté Kirishima. Bien sûr, on avait tout prévu pour assurer leur sécurité, et rien ne serait laissé au hasard. Ils étaient entre de bonnes mains. Ce qui n'empêcha pas Kirishima de se faire un sang d'encre et d'imaginer qu'à tout instant, on viendrait les chercher en renforts parce que les villains auraient réussi à débusquer leurs camarades. Pour se changer les idées, il avait enchaîné les exercices de musculation au delà du raisonnable et était passé à deux doigts du claquage. Un patch chauffant sur l'épaule, il s'était allongé dans son lit et n'avait rien su faire d'autre que fixer le plafond, consultant sa montre de temps en temps.

Il était près de vingt-deux heures trente quand des éclats de voix au dehors attirèrent son attention. D'un bond, il se leva et se précipita sur le balcon. Les élèves de la classe B étaient massés en bas de leur bâtiment, de retour d'exercice. Kendou le vit en premier, et tapota l'épaule de Tetsutetsu, qui lui adressa un grand signe de la main, un sourire triomphant aux lèvres. Le poids qui avait plombé Kirishima toute la soirée s'envola d'un seul coup. Certains élèves étaient amochés, la plupart épuisés, mais ils allaient bien.

Il ne fallut pas plus de deux minutes à Tetsutetsu pour grimper jusqu'au quatrième étage et ouvrir en grand sa fenêtre.

— T'aurais dû voir ça, mec, c'était génial ! s'exclama-t-il, encore essoufflé. On nous a fait faire du combat en conditions réelles, il y avait même des acteurs pour jouer les civils.

— Sérieux, ça a l'air génial !

— Oui, c'était super impressionnant ! On avait une partie zone industrielle avec tout un enchevêtrement de tuyaux, il a fallu se frayer un chemin à travers tout en évitant les attaques des robots !

— Des robots ?! Trop bien !

— C'était les mêmes que ceux de l'examen d'entrée, j'ai réussi à en abattre un ! C'était super puissant, je te rac…

— Bon vous allez pas bientôt les fermer, vos gueules ?!

Bakugou, en pyjama et l'écume aux lèvres, venait de surgir sur son propre balcon. Kirishima savait bien que dans un cas pareil, la seule solution était la retraite. Il s'excusa avec un rire nerveux et regagna ses pénates, quand même heureux d'avoir pu discuter avec Tetsutetsu.

Après cet incident, il n'y eut plus de discussion tard le soir sur le balcon. Même s'il en était un peu déçu, Kirishima comprenait aussi qu'ils avaient sans doute incommodé tout le monde et il reconnaissait que c'était mieux ainsi. Mais un soir qu'il planchait sur un devoir d'histoire de l'art, un polycopié retourné lui donna une idée. Une idée folle, mais après tout, elle avait toutes ses chances de marcher. Il se saisit d'un gros feutre noir dans le pot à crayons et traça, dans les caractères les plus lisibles possibles :

Tu fais quoi ?

La lumière dans la chambre de Tetsutetsu filtrait à travers les rideaux, preuve qu'il était là et non dans la salle commune. Kirishima scotcha le morceau de papier sur sa fenêtre et retourna à son travail. De temps en temps, il jetait un coup d'oeil par la fenêtre pour voir s'il avait reçu une réponse. Mais rien. Soit Tetsutetsu n'avait pas vu le message, soit il n'avait pas envie d'y répondre. Pourtant, une heure plus tard, une fois son analyse d'oeuvre terminée, Kirishima retourna vérifier une ultime fois. En face de lui, sur la fenêtre du bâtiment d'en face, on avait accroché une feuille de papier blanc :

Quatre cents pompes et toi ?

— Tout va bien, Kirishima ? demanda Fat Gum entre deux bouchées.

— Oui, pardon.

Il reposa son portable sur ses genoux, un peu honteux d'avoir été pris sur le fait. Fat Gum avait été assez gentil pour les inviter, Tamaki et lui, à dîner dans un restaurant qui servait, disait-on, un des meilleurs barbecue japonais de la ville et il le remerciait en restant scotché à son téléphone. Il s'excusa à mi-voix et Fat Gum lui assura que ça ne faisait rien.

— Ça ne doit pas être évident de te retrouver aussi loin de tes amis, je comprends, ne t'en fais pas.

Kirishima hocha la tête. Ses amis lui manquaient, c'est vrai, mais plus que tout, c'était les petits mots de Tetsutetsu dont il avait du mal à se passer. Le soir, dans la petite chambre qu'il partageait avec Tamaki, il ne pouvait s'empêcher de regarder par la fenêtre de temps en temps, et de prier pour que, par miracles, ces petits messages de rien du tout arrivent quand même jusqu'à lui.

En fin d'après-midi, Kaminari et Sero lui avaient envoyé, presque en même temps, une photo prise depuis leur propre balcon, qui montrait la chambre de Tetsutetsu. Sur la fenêtre était collé un message, qu'il n'arrivait pas à lire à cause de l'angle. Ses deux amis avaient profité du fait qu'ils devaient aller tous les jours dans la chambre de Kirishima pour arroser JCVD, son aloe de compagnie, pour prendre un cliché plus net :

T'es où ?

Le coeur de Kirishima s'était serré en voyant le message. Il aurait tellement aimé pouvoir être sur place pour lui répondre. Il lui tardait de rentrer. Même s'il adorait autant son stage que Fat Gum, il avait besoin de rentrer à la maison et de retrouver ses repères.

Son téléphone vibra plusieurs fois dans sa poche au cours de la soirée, mais il choisit de les ignorer. Tant qu'il se trouvait à des centaines de kilomètres de Musutafu, il ne pouvait rien faire de toute façon, et se morfondre ne servirait à rien. D'ailleurs, Tetsutetsu n'apprécierait sans doute pas qu'il déprime par sa faute, tout comme Kirishima ne voudrait pas qu'il déprime par la sienne. Cette pensée l'apaisa et il pu enfin profiter de son repas en excellente compagnie.

Le temps passa si vite à partir de ce moment qu'il fut vingt-trois heures sans que Kirishima s'en rende compte. Fat Gum profita d'une balade digestive pour leur enseigner deux trois trucs sur les patrouilles de nuit, avant de les raccompagner jusqu'à leur chambre.

— Pfiou, j'ai trop mangé ! s'exclama Kirishima en se jetant sur son lit.

Tamaki répondit d'un grognement qui signifiait sans doute qu'il était d'accord et Kirishima roula pour attraper son chargeur et brancher son téléphone. Sero lui avait envoyé plusieurs messages au cours de la soirée. Le premier disait que la mission était accomplie et que JCVD avait reçu toute l'hydratation et les nutriments dont il avait besoin. L'autre consistait en une photo, où il posait avec Kaminari et une feuille où était inscrit :

En stage à Osaka

Kirishima sourit. Il ne pouvait peut-être pas être présent sur place, mais il pouvait compter sur ses amis pour faire passer le message à sa place. Il espéra que ce serait suffisant pour rassurer un peu Tetsutetsu et se promit de lui demander son numéro dès qu'il rentrerait. Ce serait moins romanesque mais tout de même beaucoup plus pratique.

Il sourit beaucoup moins en découvrant la deuxième photo. Même configuration : Sero et Kaminari posaient, tout sourire, et lui montraient le message qu'ils s'apprêtaient à coller sur la fenêtre.

Tu me manques

Le coeur de Kirishima manqua un battement. Ils n'avaient pas osé ?! Qu'est-ce que Tetsutetsu allait bien pouvoir penser maintenant ?! Certes, il lui manquait, il n'allait pas le nier. Mais c'était tout de même autre chose de le dire à haute voix — ou du moins, écrit noir sur blanc. Il passa une bonne partie de la nuit à se morfondre, imaginant Tetsutetsu découvrant le message et fuyant à toutes jambes devant cet élan d'affection malvenu. Sero et Kaminari avaient sans doute cru bien faire, ou avaient pensé lui faire une petite blague sans méchanceté. Mais Kirishima ne put s'empêcher de penser que ces trois petits mots venaient de mettre un coup fatal à une amitié placée avant tout sous le signe de la virilité.

Si la journée n'avait pas été si mouvementée, Kirishima aurait probablement passé toute la nuit à cogiter. Mais l'épuisement aidant, il arriva tant bien que mal à s'endormir. Il se réveilla le lendemain matin, à peine reposé. Quelques minutes plus tôt, Bakugou lui avait envoyé un message.

Je crois que c'est pour toi, Tête d'Ortie. Envoyez-vous des SMS comme les gens normaux putain.

Une photo l'accompagnait. Sur la fenêtre de la chambre de Tetsutetsu, une page de cahier était scotchée, un peu de travers. On pouvait y lire :

Toi aussi.