Bonjour, bonjour !

Me voici pour le défi numéro 5 : Écrivez un texte à la première ou à la deuxième personne. J'ai donc choisi la deuxième personne, avec une petite DeathFic ShigaDabi qui fait plaisir (ou pas)

! Attention, ça spouale assez salement tout ce qui se passe à partir du chapitre 260 environ (je pense qu'on peut même aller jusqu'à 270). Bref, si vous n'êtes pas à jour sur les scans, il est encore temps de faire demi-tour.

Sinon, pour ceux qui aiment bien la musique quand ils lisent, j'ai écrit ce texte sur la bande originale de Gris, et plus particulièrement "Gris Pt.1".

Voilà, voilà, bonne lecture !


Tu n'as pas eu le temps de réagir. Les trois fils rouges acérés filaient vers toi, tu aurais pu les éviter. Et même s'ils t'avaient atteints, tu y aurais survécu, tu te serais régénéré grâce au pouvoir que t'as légué le Maître. Mais lui ne le savait pas. Et il s'est interposé.

Tu mets plusieurs longues secondes à comprendre ce qui vient de se passer. Devant toi, sa silhouette projette une ombre qui te recouvre, rassurante. Tu souris, malgré toi. Il est là. Dabi est là, il a pu te rejoindre et il va pouvoir se battre à tes côtés. Tu n'aurais pas pu rêver mieux. Mais ensuite, tu vois les trois longs fils rouges qui le transpercent de part en part et, en contrebas, Edgeshot, blessé mais toujours debout, qui les contrôle. Tu réalises avec horreur ce qui vient de se passer.

Tu as tout juste le temps de rattraper Dabi avant qu'il ne s'effondre au sol. Les mains grandes ouvertes pour éviter de le toucher, tu l'allonges tant bien que mal sur les gravats qui vous entourent. Le sang bat à tes tempes, il colore ton monde de rouge, tandis que le sien se répand tout autour de vous. Vite, compresser la plaie, empêcher l'hémorragie de s'aggraver. Tu n'as pas assez de mains, tu ne pourras pas tout arrêter, mais au moins, au moins il faut tenter de ralentir le saignement à son épaule, prier pour qu'aucune artère ne soit touchée. Une idée, vite, il faut trouver une idée. Tu songes à lui donner ton Alter de régénération. Mais si prendre un Alter ne te demanderait qu'une poignée de secondes, en donner un est bien plus compliqué. Le processus est bien trop long, il sera mort avant. Tu n'as jamais rien fait de tel avant, tu n'es même pas sûr de savoir comment t'y prendre.

Les larmes te montent aux yeux, elles brouillent ta vision et tombent sur le sol pour se mêler au sang et à la poussière. La panique commence à te gagner, tu la sens t'envahir à mesure que le liquide chaud coule entre tes doigts. Avec elle vient une colère sourde. Ce n'est pas ce qui était prévu ! Tu allais gagner, les écraser tous jusqu'au dernier et vous vous seriez retrouvés, tous les deux, dans un monde que vous bâtiriez ensemble. Dans la capsule, tu y as pensé, encore et encore.

Dans ton état de quasi mort cérébrale, tu flottais tranquille dans un autre univers, dans un monde que tu gouvernais. Tu foulais le sol de cette nouvelle terre dont tu étais le roi. Et toujours, il se tenait à tes côtés, son petit doigt serré autour du tien et il te souriait comme il n'ose sourire qu'avec toi. Justice était rendue, et celui qui avait osé se donner le nom de héros alors qu'il détruisait sciemment sa propre progéniture gisait à vos pieds, châtié comme il se doit. Ballotté dans ta chrysalide de verre et de plastique, tu rêvais encore et encore à ce futur certain.

Dabi est encore conscient. Ses yeux plongés dans les tiens, il te parle sans dire un mot. Tu sais ce qu'il pense. Tu sais qu'il se croit condamné, mais tu ne le laisseras pas partir aussi facilement. Il existe un moyen. Il existe forcément un moyen. Tes larmes coulent de plus belle. Tu songes à vos trop rares, trop courtes nuits passées ensemble, à sa chaleur, à ses mains sur ta peau, ses lèvres sur tes joues, sa façon de te regarder comme si tu étais la plus belle personne qu'il ait jamais rencontrée, à ce slow maladroit que vous avez dansé loin des regards indiscrets juste avant ton départ. Il y en aura d'autres. Il y en aura des milliers d'autres, pour rattraper le temps perdu à se haïr. Vous vous éteindrez comme les braises qui ont longtemps couvé sous la cendre, dans dix ans, vingt ou même trente. Mais pas aujourd'hui. Pas maintenant que le destin vous sourit.

Sa main se referme autour de ton poignet. La prise est faible, trop faible.

— Fais-le, articule-t-il, laissant apparaître ses dents maculées de rouge.

Tu sais de quoi il parle. Vous en avez longuement discuté et, même si l'idée ne te plaît pas, même si tu préférais penser que vous n'en arriveriez jamais là, tu lui as promis. Tu secoues la tête. Le faire maintenant serait un aveu que vous avez échoué. Il est trop faible. Tu le tuerais. Ce n'est pas encore le moment. Tout n'est pas perdu, il reste un espoir.

— Non…

— Si tu ne le fais pas maintenant, ce sera trop tard.

Tu vois dans ses yeux toute l'étendue de sa résignation. Il se sait arrivé à la fin et, contrairement à toi, il semble serein. Tu sais au fond de toi qu'il a raison, que tu ne dois pas tarder si tu veux mener le processus à son terme avant qu'il n'y succombe. Tu serres ta main autour de la sienne. Les héros ont repris leurs esprits, ils ne vont pas traîner pour relancer l'assaut.

Front contre front, tu sens sa peau poisseuse de sueur au contact de la tienne. Comme le Maître te l'as enseigné, tu fermes les yeux et visualise une flamme. Celle que tu vois est bleue. Elle danse doucement à la surface d'une eau sombre au milieu d'un lac sans fond. Tu marches vers elle et, arrivé à sa hauteur, tu distingues une silhouette au milieu du plasma. Tout de suite, tu reconnais Dabi. Tu lui tends la main, il t'imite. Le maître t'a mis en garde contre ceux qui essaieraient de te repousser et du danger qu'ils représentent mais tu n'as pas à t'en faire. Tu es invité, bienvenu. Tu plonges au coeur du brasier et au creux de ses bras. Tu ne brûles pas, mais la douce chaleur qui émane de lui se fond en toi doucement jusqu'à ce que vous ne fassiez plus qu'un. Tu as tout juste le temps de sentir ses lèvres se poser sur ton front avant qu'il ne disparaisse.

Tu ouvres les yeux et, de nouveau, le chaos s'étend autour de toi. Le vacarme des combats te vrille les tympans. A tes genoux, Dabi est immobile. Les yeux fermés, il semble endormi, paisible. Mais tu sais qu'il n'en est rien.

Les héros se sont remis debout. Ils avancent vers toi à grande vitesse, parés pour l'assaut final. Tu es prêt à les accueillir. Un feu follet danse entre tes poumons. Tu te lèves, écarte les bras, ferme les yeux. Tu le laisses t'envahir.

Son corps est mort désormais. Les héros te l'ont enlevé, ils t'ont déchiré, écorché, écartelé pour t'arracher le coeur. Mais ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'ils ont échoué sur toute la ligne. Il vit. Il vit au fond de toi et tu ne reculeras devant rien pour protéger le foyer qui couve en toi.

Un picotement t'envahit ; il part de ton plexus solaire pour se diffuser dans chacun de tes membres, qui s'embrasent.

Une colonne de flammes bleues s'élève dans le ciel, elle crève les nuages, fait de l'ombre au soleil.

Les héros se stoppent dans leur élan, pris de court. Tu t'élances à leur rencontre, ceint d'un feu céleste. La flammèche se transforme en incendie, elle te grise, t'emporte. Ils n'ont aucune chance contre toi.

Aucune chance contre vous.