Bonjour, bonjour ! Nous voici de retour pour le défi n°9 : Écrivez un texte contenant le personnage choisi par un-e autre membre de votre équipe. Le bonus constant à faire intervenir tous les personnages de notre équipe, soit, pour les Vilains : Dabi, Toga, Hawks, Shigaraki et Tamaki. Comme il y a deux Shigaraki chez les vilains, j'ai décidé qu'il y aurait aussi deux Shigaraki dans mon texte, parce que c'est vachement plus rigolo comme ça.
! Un avertissement avant de commencer : ce texte est particulièrement NSFW. Par souci d'équité, pour que tout le monde puisse lire/commenter s'il en a envie, je vais poster à la suite un autre texte, beaucoup plus soft pour le coup et ce sera sur ce deuxième texte qu'il faudra commenter pour que les points review compte (même si je ne vous empêche absolument pas de reviewer celui ci aussi). Il y a aussi quelques spoils si vous ne suivez que l'anime.
Bonne lecture !
Il était foutu. Et il le savait. Tamaki avait engagé le combat avec Dabi, en sachant pertinemment les risques qu'il prenait. Sans doute aurait-il dû attendre les renforts, sans doute aurait-il dû se retirer. Mais il avait fait face, sans doute un peu par orgueil, parce qu'il n'aurait pas pu se regarder dans une glace s'il avait fui devant la menace, et un peu aussi pour se prouver à lui-même qu'il pouvait y arriver. Il avait réussi pour l'instant à éviter une déflagration fatale, mais qui sait pendant combien de temps il tiendrait encore ? Il arrivait au bout de ses réserves et l'autre ne semblait pas fatiguer.
Il avait longtemps repoussé cet atout, qu'il gardait dans sa manche depuis le début. Contre un tout autre adversaire, il l'aurait utilisé bien plus tôt, mais avec Dabi, il se devait de garder ses distances, s'il ne voulait pas finir carbonisé. Il jeta un coup d'oeil derrière lui, puis au talkie walkie accroché à sa ceinture. Impossible de savoir où en étaient les autres, ni même s'ils étaient toujours en vie. Si ça trouvait, ils étaient tous morts et il était le dernier à se battre, le dernier debout contre cet adversaire qui le dépassait sur tant de points.
Il n'avait pas le choix.
Le goût de la salamandre séchée, que Fatgum lui avait glissée dans la main avant d'entrer dans le bâtiment, lui restait sur la langue. C'était un style de combat qu'il testait rarement, pour la simple et bonne raison que la convention héroïque restait encore chatouilleuse sur ces pratiques. Un héros n'empoisonnait pas son prochain, c'était ainsi. Mais puisque leur ennemi ne respectait pas les règles, il fallait bien qu'ils s'adaptent.
Le mucus translucide, chargé de toxine, perlait sur sa peau. Tamaki arracha le peu de costume qui n'avait pas brûlé sur son torse. Pour le moment, Dabi l'observait, patient, l'épiderme couvert d'un mince filet de fumée blanche. Il semblait hésitant à relancer l'assaut, plus essoufflé que ce que Tamaki avait cru au départ. C'était le moment d'agir.
Le monde tanguait autour de lui. Tamaki voyait le monde comme au-dessus d'un feu, distordu dans une vague erratique. Il lui semblait que ses jambes étaient plus légères, que ses brûlures n'étaient plus qu'un lointain souvenir. Sans plus hésiter, il fonça. Dabi, habitué à ce que son adversaire garde entre eux une distance de sécurité depuis le début du combat, n'eut pas le temps de réagir.
Le coeur palpitant, et un drôle de feu au ventre, Tamaki se coula contre Dabi. Il se rendit compte à ce moment-là qu'il n'avait aucune idée de la façon dont agissait le poison des salamandres. Un contact suffisait-il ou faisaient-elles partie de ces animaux dont la stratégie de survie se résumait à : « mange-moi d'abord et meurt dans deux heures » ? Fatgum ne lui avait rien dit à ce sujet et, puisque c'était quasiment illégal, jamais Tamaki ne s'était renseigné sur ces animaux. Dans le doute… Il fallait agir vite, cesser de réfléchir et suivre son instinct. Que ferait Mirio dans cette situation ?
Tamaki, ses mains enduites de fluide gluant, profita de la stupéfaction de Dabi et colla ses lèvres sur les siennes. Si le contact ne suffirait pas, l'ingestion ferait l'affaire. Et, sans comprendre bien pourquoi, il en mourrait d'envie. Un feu inconnu lui dévorait les reins. Pour la première fois de sa vie, il ressentait du désir pour un autre être humain. Un désir qui n'avait rien à voir avec le soleil chaleureux qui éclairait son esprit quand il voyait Mirio. De grosses gouttes de poison spumeuses dégoulinaient le long de son visage, tombaient sur leurs langues et se mêlaient à leur salive. Malgré lui, Tamaki laissa échapper un long gémissement. Sa tête lui tournait de plus en plus, le combat oublié. Plus, il lui en fallait plus.
Il vit l'étincelle un millième de seconde avant la déflagration. Une vague couleur saphir le submergea. Pendant une seconde, la douleur fut intolérable et, la seconde d'après, il ne sentit plus rien. La pièce s'agitait toujours d'un flot incongru, intangible, et son champ de vision se resserrait sans qu'il puisse rien faire pour l'en empêcher. Il eut tout juste le temps d'apercevoir l'ombre ailée de Hawks avant de sombrer.
— Dépêche-toi de te barrer de là. En ce qui me concerne, Tamaki était seul quand je l'ai trouvé.
Il n'eut pas le temps de se demander s'il l'avait réellement entendu ou si son imagination lui jouait des tours. Les ténèbres envahirent son champ de vision et, bientôt, il ne sentit plus rien.
—
Dabi courait à travers les couloirs, ignorant les battements affolés de son coeur. Il n'avait aucune idée, aucune foutue idée de ce qui venait de se passer. Ce gamin s'était jeté sur lui, plus brûlant que n'importe quelle fille qu'il avait connue jusque-là. À se demander ce qu'ils leur apprenaient à Yuei… Il l'avait cramé, mais trop tard, et cette drôle de substance l'inquiétait. Il en avait, malgré lui, avalé un peu, elle collait à sa peau, à ses vêtements. Ce n'était pas normal.
Presque arrivé à l'issue de secours, il s'arrêta, en prise à des palpitations qui le pliaient en deux. Elles n'avaient rien à voir avec la fatigue, ni avec l'excitation du combat. Il ne se sentait pas mal pour autant. D'ordinaire, après un combat, les brûlures se rappelaient à lui comme autant de morsures sur sa peau lésée. Mais cette fois, il ne sentait rien. A l'exception de son pouls qui s'emballait, il ne sentait rien. Le bout de ses doigts, parcouru de fourmillements, ne perçevait plus le relief du crépi. La plante de ses pieds, insensible, lui donnait l'impression de flotter quelques millimètres au-dessus du sol. Devant ses yeux, le monde dansait, agité comme par les ridules qui se forment sur l'eau quand on y lance un galet.
Ce n'était vraiment pas normal.
—
Après dix éprouvantes heures au bloc opératoire, Tamaki n'était pas tiré d'affaire pour autant. Les médecins avaient tout mis en oeuvre pour limiter les dégâts, et s'étaient avant tout échinés à lui sauver la vie. Et du peu d'information qui filtrait à l'extérieur, l'adolescent vivrait. Sa convalescence ne serait pas une partie de plaisir, mais il pourrait souffler ses dix-huit bougies au printemps prochain.
Dans la salle d'attente, un gobelet de mauvais café qui avait depuis longtemps refroidi à la main, Hawks n'en finissait pas de faire les cent pas. Il avait dit à Dabi de partir pour le bien de sa mission et, au fond de lui, il savait qu'il avait pris la bonne décision. Mais à cet instant, jamais il n'avait autant voulu l'avoir devant lui pour pouvoir lui trancher la gorge.
Enfin, entra dans la pièce un homme qu'il n'avait jamais vu de sa vie mais qu'il sut identifier à la seconde où il posa le pied sur le seuil. Mine sombre, cheveux gominés tirés en arrière, costume noir et lunettes de soleil, dans une pathétique parodie des Men in Black… un toutou de la Commission comme on n'en faisait plus.
— C'est bon, le jeune Tamaki est tiré d'affaire. Cependant…
Il releva la tête et observa tour à tour Hawks, puis Fatgum, sans doute très satisfait de sa petite pause dramatique.
— Il a fait un arrêt cardiaque durant l'opération. Les analyses ont révélé une concentration élevée de samadarin, une toxine mortelle et hautement hallucinogène présente chez certaines espèces de salamandre. J'imagine, qu'en tant que tuteur, vous avez une bonne explication à nous fournir.
Hawks eut pitié du géant tout recroquevillé sur sa chaise. Il savait mieux que personne l'effet que cela faisait de se retrouver aux prises avec ces idiots, qui suivaient à la lettre un protocole qui semblait uniquement destiné à empêcher les héros de faire leur travail correctement.
— Je voulais juste qu'il puisse protéger sa vie, déclara Fatgum, les yeux baissés, triturant le bout de ses doigts. Je suis entièrement responsable de ce qui s'est passé.
Il continua ses explications mais Hawks ne l'écoutait déjà plus. Les mots du type de la Commission tournaient en boucle dans sa tête. Il se souvenait de l'étrange substance translucide et collante dont était couvert Dabi quand il l'avait croisé. Tamaki avait ingéré une salamandre, salamandre dont la toxine était mortelle. Et Dabi était entré en contact avec de grandes quantités de cette même toxine. S'il ne faisait rien, il serait mort d'ici quelques heures.
—
Qu'est-ce qu'il lui avait fait ? Qu'est-ce que ce sale foutu gamin lui avait fait ? Barricadé dans la seule pièce qui lui offrait un tant soit peu de liberté, il se battait contre le poison qui envahissait peu à peu son cerveau. Il se sentait partout circuler dans ses veines, visqueux, épais comme la salive du gosse, se répandre et diffuser avec lui une chaleur qui n'avait rien à voir avec celle de son feu. Toute l'eau du monde n'aurait pas réussi à éteindre ses ardeurs. Depuis qu'il était sorti de ce bâtiment, presque douze heures auparavant, la sensation n'avait fait que croître, exponentielle. Il lui semblait qu'elle ne cesserait jamais d'augmenter, qu'elle attendrait bientôt un point tel qu'il finirait par en mourir.
Affalé contre le carrelage de la salle de bains, il laissait couler sur lui l'eau chargée de rouille. La respiration lourde, il brûlait, se consumait lentement d'un feu de frustration. Suneater, dans une version fantomatique qui prenait au gré de ses envies une apparence tout à fait humaine ou bien monstrueuse, ondulait au-dessus de lui, le regard voilé, l'air hagard. Ses hanches, dans un mouvement obscène, l'enfonçaient en lui un peu plus à chaque coup de boutoir. Il souriait, d'un sourire de dément, la bouche grande ouverte ; ses dents acérées s'alignaient sur plusieurs rangées jusqu'à l'entrée de sa gorge, à l'image de celles des requins. De temps en temps, il les faisait claquer, comme pour lui promettre qu'il le dévorerait une fois le méfait accompli. Dans le prolongement d'une de ses mains, les tentacules enserraient les poignets de Dabi, les ventouses fermement agrippées au carrelage pour lui interdire tout mouvement. Mais ce n'était pas tout. Elles s'insinuaient partout, laissant derrière elles une traînée de mucus dans lequel poignaient de toutes petites bulles, qui crevaient en arrivant à la surface.
Shigaraki lui aussi était là. Il s'était faufilé comme une ombre, sans que Dabi sache vraiment depuis quand il était présent. Assis tout contre lui, ses vêtements noirs trempés sous le jet de la douche, il observait la scène, impassible. Parfois, par jeu ou par menace, il laissait courir ses doigts le long de la peau de Dabi. Un, deux, trois, quatre. Le cinquième restait en suspens, mais si près qu'il pouvait en sentir la chaleur. Un seul caprice, une seule seconde et il serait réduit en cendres. Étrangement, il ne ressentait aucune peur, aucune envie de fuir. Il restait obnubilé par le va-et-vient entre ses cuisses, par les yeux rouges de Suneater, par la sueur poisseuse qui dégouttait de son menton pour s'écraser en une flaque épaisse sur son ventre, par les tentacules qui serraient son cou et l'étouffaient petit à petit, juste assez lentement pour qu'il prenne son pied.
Dabi sentait la langue de Shigaraki contre son oreille. Paresseuse, elle traînait sa salive bouillante dans chaque recoin du pavillon, se baladait au fil du cartilage. Dabi réagit à peine quand il sentit la canine se planter tout près de la base de son oreille, s'enfoncer dans la chair tendre et faire couler le sang comme autant de lave. Shigaraki tira, arrachant d'un mouvement fluide le lien de peau entre le visage et le lobe. Il ne s'arrêterait pas là, mais Dabi n'en avait cure. Tout ce qu'il voyait c'était la bosse qui déformait son pantalon et que, plus que tout au monde, il voulait toucher, il voulait sentir, il voulait goûter. Il poussa une longue plainte quand Suneater, se rappelant à lui, resserra un peu plus son emprise autour de sa gorge, tandis qu'il se déversait en lui dans un flot d'encre qui eut tôt fait de s'écouler aussi de son nez de ses yeux et de sa bouche.
Dabi se coucha sur le côté, la cage thoracique bloquée comme par la serre d'un grand rapace. Elle plantait ses ongles dans sa chair, ses ongles si longs qu'ils perçaient ses poumons et les remplissaient de liquide. Respirer, respirer… Il devait respirer, avaler un peu d'air, il le devait, pour survivre, survivre encore un peu. L'oxygène se bloquait à l'entrée de sa gorge et, à chaque seconde, son sang devenait un peu plus épais dans ses veines. Bientôt, il ne circulerait plus du tout.
La porte grinça, mais Dabi n'eut pas la force de se tourner pour cracher au visiteur importun de dégager de là. Toujours assis à côté de lui, Shigaraki tripotait du bout de son ongle une oreille percée de trois anneaux, qui gisait sur le carrelage sale, dans une mare de sang. Il leva les yeux vers le nouvel arrivant mais reporta vite son attention sur Dabi, entortillant une mèche de ses cheveux noirs autour de son index.
Dabi ne résista pas quand il sentit qu'on s'asseyait à côté de lui et qu'on le tournait pour l'allonger sur le dos. L'arrière de son crâne percuta une paire de jambes, qui lui rappelèrent celles de sa mère, qui le laissait dormir sur ses genoux quand il était enfant. Quand il leva les yeux, les traits de Rei Todoroki se superposèrent sur ceux de Toga, qui s'amusait elle aussi à ébouriffer ses mèches folles. Il lui sourit, tandis que les contours de son visage devenaient de plus en plus flou.
— Comme tu es beau, soupira-t-elle en levant vers ses yeux ses mains couvertes de sang.
Un long râle fut tout ce qui parvint à sortir de la bouche de Dabi. Ses lèvres claquaient, s'ouvrant et se fermant comme celles d'un poisson hors de l'eau. Peu à peu, l'illusion se dissipait, remplacée par un terrible constat : il allait mourir.
—
Hawks se précipita vers le QG des vilains à la seconde où il avait obtenu l'antidote. Son contact à la commission l'avait regardé de travers quand il lui avait expliqué son raisonnement, mais il ne devait pas être aussi fallacieux que cela, puisqu'il ne lui avait fallu qu'une heure et une poignée de coups de fil pour lui trouver la précieuse fiole.
Dabi ne devait pas mourir, certainement pas. Hawks avait passé beaucoup trop de temps à nouer avec lui ce pseudo-lien de confiance pour le laisser s'évanouir à la faveur d'une erreur de calcul de la part de Fatgum. Deuxièmement, lui sauver la vie cimenterait encore plus son statut d'élément sur lequel on pouvait compter ; il serait bien moins question de le considérer comme un traître. Et puis, tant que Dabi ne succombait pas des suites de son empoisonnement, il serait bien plus facile d'étouffer l'affaire. Tamaki pourrait passer son permis à la fin de la troisième année, sans que cette malencontreuse bavure n'étouffe sa carrière dans l'oeuf.
Dans leur QG, qui méritait plutôt l'appellation de « squat tout juste salubre », toute la Ligue était massée près d'une porte. Hawks devina tout de suite que Dabi devait se trouver derrière. Après un bref hochement de tête en direction de Shigaraki, il inspira à fond et entra.
Ce qu'il trouva à l'intérieur le força à poser précipitamment le flacon et le seringue sur le bord du lavabo et à rendre son maigre dîner dans le coin le plus proche. Étendu sur le sol, complètement nu, la tête posée sur les genoux de Toga, Dabi était figé dans une contorsion catatonique, les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte. Certaines des agrafes au niveau de son sternum avaient cédé et la jeune fille s'amusait, d'un doigt, à se glisser sous la peau lésée pour en faire jaillir un peu de sang. Dans l'autre main, elle tenait ce que Hawks reconnut avec horreur comme étant une oreille humaine. Mais le pire était l'odeur de chair brûlée, mêlée à celle, ferreuse du sang qui maculait le carrelage. Il avait senti, au fil des années, bien trop de charniers comme celui-ci et les souvenirs remontaient en même temps la bile dans sa gorge.
Le temps qu'il reprenne ses esprits, Shigaraki s'était emparé de l'antidote et, agenouillé près de Dabi, enfonçait l'aiguille dans le peu de peau saine qu'il trouva. De longues secondes s'écoulèrent, pendant lesquelles personne ne bougea. On attendait un signe, une respiration qui indiquerait qu'enfin tout allait bien.
Dabi inspira. Les mouvements de sa poitrine, d'abord superficiels, s'amplifièrent peu à peu, à mesure qu'il se détendait. Quand son regard, éveillé et conscient de ce qui se passait autour de lui croisa celui de Shigaraki, puis de Toga, la tension retomba dans la pièce. Les prochaines heures allaient être difficile, mais au moins, il était sauf.
Toujours replié dans son coin, Hawks fit tout son possible pour ne pas le regarder. S'ils voyaient la flamme de rage qui dansaient au fond de ses pupilles, jamais il ne pourrait nier ce qu'il ressentait. L'odeur de viande carbonisée pesait dans la pièce et lui rappelait sans cesse la carcasse écorchée de Tamaki, allongée sur la table d'opération. Il lui avait sauvé la vie cette fois, fort bien. Mais il se le jura encore et encore, jusqu'à ce que ce serment se grave dans son esprit, ce serait pour mieux le tuer plus tard, de ses propres mains.
