Et nous voici arrivés au dernier défi, le défi 11 : Écrivez un texte sur le personnage que vous avez choisi et le premier personnage de My Hero Academia sur lequel vous avez écrit (= le ou l'un des personnages principaux de votre première fic postée sur le fandom). Si ce sont les mêmes ou que vous n'avez jamais écrit sur MHA auparavant, écrivez un texte où le personnage que vous avez choisi est le seul présent.

J'avais choisi Shigaraki comme personnage au début de l'event, et ma première fanfiction sur MHA était Hypnos, un Two Shot sur Shinsou et Ojiro. Nous voilà donc partis pour un OS mettant en scène Shigaraki, Shinsou et Ojiro.

! Attention, ça spoile un peu quelques éléments du manga.

Bonne lecture !


Vous avez laissé les volets ouverts et la lumière de la ville découpe les traits de son visage dans la pénombre. Tu le regardes, sans jamais détourner les yeux de ta montre. Il est bientôt une heure du matin. Doucement, pour ne pas le réveiller, tu passes une main dans sa tignasse violette. Depuis la fin du lycée, elle est devenue partie intégrante de son costume de héros au même titre que ses bandelettes de capture. Il lui en aura fallu du temps pour prouver au monde qu'il n'était pas qu'un vilain à retardement, qu'il était digne de leur confiance. Tu ris un peu jaune quand tu y penses. Tout cela changera très bientôt, il finira par se ranger à tes arguments.

Sans un bruit, tu te glisses hors du lit et t'habilles, puis quittes l'appartement. Tu lui as laissé un petit mot : « J'ai du mal à dormir, je vais patrouiller un peu. Bisou, Mashi ». Dehors, tu ne vois pas grand monde. Du temps a passé depuis les dernières attaques du Front de Libération du Paranormal, mais la tragédie plombe toujours les esprits. Même dans la ville reconstruite, les noctambules se font rares. Tant mieux, tu préfères qu'on évite de te déranger avant que tu arrives au centre-ville. Tu ne jouis que d'une popularité toute relative comparé à des types comme Deku ou Melting Point, mais dans le quartier, on te connait bien. Les habitants du coin n'hésitent jamais à te demander leur aide.

Pendant une heure, tu patrouilles pour de vrai. Tu arrêtes une bagarre à la sortie d'une boîte de nuit, escortes jusque chez elle une jeune fille terrifiée de rentrer seule dans ces rues mal fréquentées. On te filme, te prend en photo, te demande un autographe. Parfait. Ce sont autant de personnes qui diront qu'ils t'ont vu dans les parages, autant de preuves sur les réseaux sociaux que tu as fait ce que tu dis. Tu n'arrivais pas à dormir, tu es parti patrouiller. Rien de plus.

Une fois que tu estimes avoir assez détourné l'attention, tu te faufiles dans une ruelle. Ton Alter, Search, gracieusement offert par le Maître, te permet de t'assurer que personne ne te suit. Pas que tu sois le genre de héros à connaître les joies des fans enragés qui épient chacun de tes mouvements dans l'espoir de voler une photo ou de récupérer l'emballage que tu viens de jeter à la poubelle, mais on ne sait jamais. Tu entres par la porte de service d'un restaurant, descends les escaliers jusqu'au sous-sol. Tu descends, descends et descends, toujours plus profond dans les entrailles de la terre. Le froid humide t'arrache un frisson. Quand tout cela sera terminé, tu iras t'installer sur une île dans le sud, là où la chaleur est toujours étouffante, là où il ne neige jamais.

Tu penses à Hitoshi. Il faudra bien qu'un jour, tu le lui dises et tu pries pour qu'il comprenne. Lui que la société a toujours traité comme un monstre, tu te demandes comment il a pu ne pas voir plus tôt à quel point tout ce système était pourri, comment il a fait pour ne pas perdre espoir et même devenir l'un d'entre eux. Mais petit à petit, tu l'aideras à comprendre, tu lui raconteras ton histoire. L'histoire de ce petit garçon pris dans un éboulement lors d'une sortie scolaire, qui a dû s'extirper seul des gravats, tandis que le héros local, après avoir sauvé une poignée d'enfants, souriait à la caméra. Tu lui parleras de ton petit frère, qui n'a pas eu tant de chance, qui s'est retrouvé au milieu d'un affrontement entre un héros et un vilain. Le héros avait de l'influence, on a étouffé l'affaire, comme si c'était ce pauvre braqueur et son Alter de projection mentale qui avait calciné ce tout petit corps. Hitoshi saura de quoi tu lui parles. Car s'il n'a jamais vécu de telles horreurs, il n'a lui aussi connu que l'injustice du monde des Alters, un monde où ta naissance te place d'un côté ou de l'autre de la barrière, sans que tu puisses rien y changer.

Shigaraki t'attend tout en bas. Il semble moins mal en point que la dernière fois que tu l'as vu, mais ce n'est pas bien difficile. Depuis les derniers affrontements, même sa formidable capacité de régénération n'a pas pu grand-chose pour lui. Il se dit dans les couloirs qu'il a mal supporté tous ces Alters et que certains ont dû lui être retirés pour lui permettre de survivre, mais tu ne sais pas à quel point tout cela est vrai. Son bras n'a toujours pas repoussé et, sous le masque, sa respiration est lourde, sifflante, erratique. On prétend qu'il n'est plus en état de se battre, qu'il ne le sera jamais et que, comme le Maître avant lui, il est à la recherche d'un successeur. Certains noms circulent, mais aucun ne fait l'unanimité. Toi, tu préfères ne pas te prononcer.

Dans une cuve transparente derrière le fauteuil de Shigaraki flotte Dabi, ou du moins ce qu'il en reste. Il est le dernier membre en vie de la Ligue originelle, si on peut appeler ça la vie. Sa carcasse bardée de tubes, pompes et autres prothèses se maintient depuis trois ans dans un état de stase en attendant de trouver un moyen de le sauver. Tout cela te paraît bien exagéré, mais tu songes à ce que tu ferais à sa place, si c'était Hitoshi dans cette cuve et tu comprends mieux.

Tu t'assois, Shigaraki t'observe de haut en bas. Une fois, tu as tenté d'utiliser Search sur lui, pour en apprendre un peu plus sur son état de santé. Incapable de l'utiliser, tu as levé les yeux vers lui et croisé des iris d'un rouge étincelant. S'il a perdu quelques Alters, tu peux être au moins certain qu'il a conservé celui-là.

Tu lui fais ton rapport mensuel. Vous parlez de ce qui se passe à la surface, des dernières recrues que tu as pu rallier à ta cause. Depuis la chute du Front de Libération et l'avènement de Deku comme héros numéro un, la criminalité n'a de cesse de baisser. Il t'est difficile de trouver des vilains dignes de ce nom qui n'ont pas déjà été emprisonnés ou supprimés. Shigaraki le sait bien ; tous les sbires qu'il a envoyés à la surface lui rapportent la même chose. L'âge d'or des vilains est passé, aussi court fut-il. Un nouveau symbole de paix règne en maître sur la société héroïque.

Vous parlez aussi de Hitoshi. Tu es toujours persuadé que tu pourras le ranger de votre côté, qu'il comprend votre philosophie comme personne. Shigaraki n'est pas convaincu. Comme à chaque fois, il t'invite à te méfier, à ne pas trop te laisser aveugler par tes sentiments. Il te dit qu'ils sont les pires conseillers. Tu regardes la cuve et te dit qu'il est bien hypocrite. Sans doute en a-t-il conscience.

Tu lui confies tout de même une clé USB, qui contient toutes les informations d'importance que tu as pu glaner ici et là. La plupart n'a pas été difficile à trouver. Hitoshi te voue une confiance aveugle, qui relève de la folie. Il a suffi qu'une fois, il laisse son ordinateur portable déverrouillé pendant qu'il prenait sa douche. Tu n'as eu besoin que d'une minute pour en copier l'intégralité des dossiers sur une clé. Tu as même largement eu le temps de le rejoindre dans la salle de bains ensuite. Il te remercie et te laisse partir. Tu y es resté moins d'une demi-heure, mais tu as l'impression que des jours se sont écoulés. Ici, sous terre, le temps passe différemment, le passé pèse sur tout, sans qu'il soit possible d'y échapper.

De retour à la surface, tu continues ta « patrouille ». Tu fais de nouveau la police pour les fêtards que l'alcool rend agressifs, aide à évacuer un client importun d'un bar à hôtesses, arrête un voleur à la tire et le conduit au poste. Désormais, même la police pourra témoigner en ta faveur. Ce soir, tu n'as fait que du boulot de héros, du boulot pas très intéressant de ces soirées tranquilles. Tu ne pouvais pas rêver mieux comme alibi.

Tu rentres à la maison, il est presque quatre heures du matin. Tu te déshabilles, te douches et te glisses de nouveau dans le lit. Encore englué dans un demi-sommeil, Hitoshi bat des paupières, te fixe du regard. Il laisse sa main s'aventurer sous l'élastique de ton pyjama. Tu le laisses faire.

Les jours passent. Tu reprends ton petit train-train quotidien de héros banal. Tes journées se résument à aider des petites vieilles à traverser la route et remplir de la paperasse. Tout va pour le mieux. Mais un jour, alors que tu viens de terminer, que tu ne rêves qu'au canapé dans lequel tu vas t'affaler, tu trouves ton immeuble cerné de voitures de police. Un homme est escorté à l'extérieur du bâtiment, menotté et muselé comme un chien enragé. Ils n'ont même pas pris la peine de dissimuler son visage. Tu n'as aucun mal à reconnaître Hitoshi.

Un officier que tu connais bien, avec qui tu as souvent travaillé, t'explique que des informations confidentielles ont fuité, concernant des héros infiltrés chez les vilains. Plusieurs d'entres eux sont déjà morts. Hitoshi est le dernier à avoir accédé à cette liste. Tu songes que ce n'est pas une preuve très solide, que ce n'est pas parce qu'on est le dernier à avoir accédé à quelque chose qu'on est forcément celui qui l'a copié. Mais tu sais au fond de toi que ça n'a rien à voir avec ses histoires d'accès et tout à voir avec le fait qu'il est Hitoshi, le vilain en puissance, la bombe à retardement.

Et puis, tu comprends tout ce que cela implique. Trahison. Intelligence avec l'ennemi. Le tribunal, la déchéance. La prison, puis la corde.

C'est moi, cries-tu. C'est moi l'unique responsable, moi qui ai volé ces documents ! Mais personne ne te croit. Hitoshi disparaît dans la voiture de police. Tu n'as d'autre choix que de le laisser partir. De retour dans l'appartement, dès que la police vide les lieux, tu te retrouves assailli par le silence. Tu dois le sortir de là, tu dois absolument le sortir de là avant qu'il ne soit trop tard. Toute la soirée, tu cogites, tu échafaudes un plan pour le faire évader. Dès que possible, dès que tu seras certain qu'on ne te surveille plus, tu iras voir Shigaraki, tu lui demanderas des hommes en renfort. Tu as conscience qu'en faisant cela, tu ne feras que renforcer la certitude qu'il est coupable. Il sera forcé à vivre en fugitif pour le restant de ses jours et tous ses beaux rêves d'héroïsme seront réduits à néant. Mais tout cela vaut bien mieux que la mort.

Hitoshi profite du coup de téléphone auquel il a le droit pour t'appeler. Jamais tu n'as été aussi soulagé d'entendre sa voix.

— Je n'ai rien fait, je te jure, sanglote-t-il à l'autre bout du fil. C'était pas moi, j'ai jamais volé ces documents…

— Je sais, réponds-tu. Je sais.