Salut à tous et à toutes!
Ce one-shot est un supplément de ma fic "Wild World", que je viens de terminer. Mais il peut être lu séparément, étant donné qu'il raconte une histoire qui se passe plusieurs années avant son intrigue.
Le rating M est justifié, pour langage plus que grossier, violence physique et psychologique, et plus tard pour lemon.
J'espère que cette histoire vous plaira, que vous ayez lu Wild World ou non!
Bonne lecture à tous!
Première partie
[Mai 1885]
Law balança son sac de cours sur son lit et ressortit de sa chambre sans prendre le temps de s'y arrêter, fourrant simplement dans les poches de son jean noir son paquet de cigarettes et son canif. Il traversa le salon où le lecteur de cassettes crachotait le rythme lancinant d'une des playlists de boites de nuit ringardes de Doffy. Ignorant comme à son habitude ce dernier, invariablement assis sur le canapé un peu défoncé, les jambes écartées, penché sur la table basse en verre couverte de poudre blanche dont il préférait ne pas connaître la provenance, il enfonça ses mains dans les poches de son sweat jaune trop grand pour lui, et s'apprêtait à passer le pas de la porte lorsqu'une voix le fit s'arrêter net :
-Law. Tu vas où ?
Le jeune homme soupira et tourna la tête vers son tuteur qui le fixait, le regard indiscernable derrière ses lunettes aux verres fumées, un sourire froid sur les lèvres.
-Depuis quand ça t'intéresse ?
-Je demande, c'est tout.
-Je sors me balader.
-Où ça ?
Law haussa les épaules.
-J'en sais rien. Au skatepark ou au terrain de foot, je suppose, mais qu'est-ce que ça peux te foutre ?
Doffy ne demandait jamais rien sans avoir une idée derrière la tête, il le savait. Il attendit patiemment que l'homme qui lui servait de père lui dévoile le fond de sa pensée.
-Ne sois pas si rude, voyons, répondit ce dernier sans se départir de son sourire.
Il se laissa aller contre le dossier du canapé, étendant ses deux bras à côté de lui.
-J'ai appris que le gamin des Eustass et le jeune Killer étaient sorti de la prison pour mineurs, c'est vrai ?
-J'en sais rien.
-Fait un effort.
-... J'ai dû apercevoir leurs deux tignasses débiles, ouais. Je m'en fous, je les connaît à peine.
-Mmh... Dis-moi, si jamais tu entend parler de gamins de cette trempe qui cherchent du travail... Hésite pas à me les envoyer, d'accord ?
Law leva les yeux au ciel. Ah, alors c'était ça. Monsieur recherchait des jeunes dealers.
-Je te l'ai dit, je les connaît à peine. Je leur ai même jamais vraiment parlé.
-Law...
-...Mais si jamais je les vois chercher du fric, je leur parlerais de toi, d'accord.
-C'est tout ce que je voulait entendre.
Law coupa court à la conversation en laissant la porte d'entrée claquer derrière lui. Il se mit en marche, les mains toujours dans ses poches, fixant ses pieds de ses yeux cernés. D'un pas tranquille, il laissa son lotissement derrière lui -Doffy se payait le luxe de vivre dans une maison, même si ce quartier était aussi pourri et mal fréquenté que les HLMs qui l'entouraient- et déambula à travers les barres d'immeubles, sans réellement trouver de but à sa promenade. Avant, quand il n'était pas au collège, il passait son temps à traîner au skatepark avec sa bande. Mais ils ne lui parlaient plus trop depuis que...
Il soupira et shoota dans une canette, rageur. Il n'aurait peut-être pas dû sortir. Puisqu'il n'avait plus personne à voir dehors, autant s'enfermer dans sa chambre et passer son temps à étudier... Mais ça aussi, ça l'emmerdait, récemment. Depuis qu'il avait compris que même avec des notes excellentes, ses chances de sortir de ce quartier étaient minimes.
-Law !
Il tourna la tête en entendant une voix familière l'appeler. Dans le petit parc qu'il était en train de longer sans y prendre garde, Bepo, assis sur le dossier d'un banc, beuglait son nom en lui faisant de grands signes avec ses bras. À côté de lui, Sachi et Penguin, les mains dans les poches, semblaient discuter, ignorant royalement les cris de leur camarade.
Law hésita. C'était probablement une mauvaise idée d'aller à leur rencontre. Il ferait mieux de passer son chemin... Mais Bepo continuait de l'appeler, alors il s'épargna la culpabilité de lui faire de la peine en l'ignorant et finit par s'avancer vers eux.
Au regard que lui lancèrent les deux plus âgés des trois lorsqu'il arriva à leur hauteur, il su aussitôt qu'il avait eu tort. Il s'était pourtant promis de ne plus traîner avec eux depuis que...
-Law, tu vas bien ?
Bepo interrompit ses pensées, un gros sourire sur les lèvres. Ah, celui-là. Toujours à tenter de lui coller aux basques malgré tout. Sans doute qu'il comprenait même pas franchement pourquoi ses deux acolytes avaient décidé d'exclure le brun de leur bande. Naïf, bedonnant et profondément inoffensif : Bepo dans tout sa splendeur.
-ça va, répondit brièvement Law. Quoi de neuf, les gars ?
Il ne savait pas s'il incluait Sachi et Penguin dans son interrogation par pure provocation ou par tentative de ré-instaurer un lien avec eux. Un peu les deux, sans doute.
-... Pas grand chose, répondit Sachi sans le regarder. On regarde juste ce connard d'Eustass mettre une branlée à un lycéen.
Law fronça les sourcils et suivit son regard. En effet, de l'autre côté du parc, un gamin à tignasse rouge semblait en pleine altercation musclée avec un type de leur bahut. Il haussa les épaules.
-Il n'arrête pas de se battre depuis qu'il est sorti de taule, non ? Il est tellement crétin qu'il va finir par y retourner aussi sec.
-Pour ça, il faudrait que quelqu'un aie le culot d'aller se plaindre, lui répondit Penguin. Tout le monde a peur de lui.
Puis, après lui avoir lancé un regard en coin, il ajouta :
-Il faut dire qu'il se bat bien, pour une tarlouze.
Bepo se dandina nerveusement sur son siège. Law se tendit imperceptiblement. Il avait cru un instant qu'ils arriveraient à avoir une conversation normale. Mais c'était clair maintenant : ils n'en auraient plus. Plus jamais. Bepo avait peut-être l'air de vouloir oublier ça, mais il était évident que pour les deux autres, il n'était plus question que le brun fasse route commune avec eux.
Bordel. Pourquoi diable est-ce qu'il avait fallu que ça se sache.
Law ne releva pas et regarda Eustass mettre son adversaire en fuite, de l'autre côté du parc. Puis il réfléchit un instant et lâcha négligemment :
-Fait attention à ce qu'il ne t'entende pas dire ça. J'ai entendu dire que des mecs y avaient perdu leurs dents.
-Tu parles. Comme si je pouvais avoir peur d'une tapette.
Law retint un rire. Bien sûr que Penguin se pisserait dessus de peur devant une brute comme Kidd. Il prendrait juste bien garde à ce que ses propos n'atterrisse jamais dans les oreilles de ce dernier, c'est tout.
Il se retint de faire le moindre commentaire et chercha un moyen de quitter cet endroit sans que ça ressemble à une fuite.
-D'ailleurs, pourquoi tu ne va pas le voir, Traf' ? Demanda soudain Sachi.
-Qui ça ?
-Kidd. On sait jamais, peut-être qu'il acceptera de s'occuper de ta bite, hein ?
Law serra les dents. Bepo se mordit la lèvre, l'air terriblement mal à l'aise, tandis que les deux autres affichaient un sourire moqueur.
-Des fois tu ferais mieux de t'avaler la langue plutôt que d'ouvrir ta gueule, lança Law d'un ton plus cinglant qu'il ne l'aurait voulu.
Il serra les poings. Il ne fallait surtout pas qu'il s'énerve.
Leur montre pas que ça te touche. Leur montre pas que ça te touche.
-Vous êtes chiants. Je me casse, finit-il par trancher, faisant volte-face.
-Non, Law, reste, bredouilla Bepo. Sachi dit juste ça pour rire. On a qu'à oublier toute cette histoire et redevenir potes comme avant, non ?
-Laisse tomber, Bepo, soupira Law. Si tu veux me voir, ce sera sans ces deux crevures.
Il se mit en marche, mais fut stoppé par Penguin qui renchérit :
-Ouais, laisse-le rentrer chez lui, Bepo. Il va rentrer dans sa petite maison de pédé avec son père la grosse tapette en manteau rose, et se taper les potes chelous de son daron...
Law fit de nouveau volte-face, sentant son sang bouillir. Il s'intima de rester calme, serrant les poings dans les poches de son sweat.
-Vraiment, Penguin ? Tu veux essayer d'insulter Doffy ?
Il prit son air le plus menaçant.
-Faudrait pas que ça arrive jusqu'à ses oreilles...
Son vis-à-vis déglutit. Law ne put s'empêcher d'avoir un petit sourire en coin. La menace Doffy, ça marchait toujours... Personne n'avait envie d'avoir des emmerde avec le plus gros fournisseur du coin. En réalité, jamais Doffy ne ferait quoi que ce soit pour ce genre d'insulte futile, mais ça, les gamins du quartier n'avaient pas besoin de le savoir.
Penguin haussa les épaules, tentant de se retrouver une contenance.
-O-ouais, c'est bon.
-Dégage, Law, reprit Sachi. De toute façon, toi et l'autre rouquine, on veux plus vous voir dans ce parc. Dehors, les tarlouzes, ajouta-il, tandis que son acolyte approuvait d'une signe de tête énergique.
Face à eux, le brun soupira. Il s'apprêtait à faire volte-face et à quitter l'endroit pour de bon, lorsqu'une voix un peu rauque le stoppa dans son mouvement :
-On peux savoir qui tu traite de tarlouze ?
Le brun se figea. À cinq ou six mètres de leur banc, adossé contre un arbre, fumant une cigarette, Eustass Kidd les regardait, l'air sombre. Un silence de mort abattit sur la scène, aucun des deux garçons n'osant apparemment répondre.
Le rouquin jeta son mégot par terre et s'approcha d'eux, traînant un peu des pieds, les mains dans les poches.
-Hein ? Demanda-il à nouveau, l'air menaçant.
Sachi finit par craquer. Il déglutit bruyamment avant de bredouiller :
-P-personne.
-Ouais, c'est ça, je te conseille pas d'assumer ce que tu viens de dire.
Il y eut un nouveau silence, puis Kidd fronça les sourcils et fit un signe de tête en direction des immeubles d'à-côté.
-Dégagez maintenant. Tout les trois.
Ils ne se le firent pas répéter deux fois. Sans jeter un regard à Law, ils sautèrent du banc sur lequel ils étaient assis et déguerpirent à toute vitesse sans rien ajouter. Ce dernier les regarda faire, blasé, puis concentra son attention sur le jeune homme qui venait d'intervenir.
Eustass Kidd. Son regard alla de ses grosses chaussures défoncées à son débardeur blanc trop grand pour lui, de son jean déchiré à sa tignasse rouge écarlate dont quelques mèches retombaient sur son visage, de ses yeux aux prunelles sombres à son visage marqué des traces d'une bagarre, un pansement sur son arcade, un bleu sur sa joue. Une bouille de gamin, une aura de voyou, une silhouette d'adolescent encore fine où commençaient à apparaître quelques muscles d'adulte.
Eustass Kidd. À une époque, ils fréquentaient le même collège. Leurs bandes étaient à peu près rivales. Ils s'insultaient gratuitement parfois, s'ignoraient la plupart du temps. Puis le rouquin s'était fait coffrer. Avec son pote Killer, ils s'étaient fait choper en train de piquer la caisse de l'épicerie du coin, ou quelque chose comme ça. Six mois de prison pour mineurs.
Law s'était moqué d'eux, à l'époque. Ouais, décidément, y avait que des abrutis comme eux pour se faire avoir sur un coup pareil. Toujours tapageurs, aucune discrétion. Bien fait pour leur gueule, tiens.
Puis il l'avait à peu près oublié. Pas qu'il aie grand chose à foutre du destin du rouquin, de toute façon.
Il avait été relâché quelques semaines auparavant, de ce qu'il en savait. Mais il n'était pas revenu au collège, alors que comme Law il avait l'âge d'être en troisième. À la place, il avait commencé à castagner tout le monde. Une rumeur avait couru sur lui, comme quoi il était gay. Depuis, il frappait tout ceux qui osaient le traiter de tapette. Law s'y était vaguement intéressé, mais sans plus. Il était même pas sûr que ça soit vrai. Et même si c'était le cas, qu'est-ce que ça pouvait bien changer ?
-C'est tes potes ? Demanda Kidd en le regardant à son tour de haut en bas.
-Plus maintenant, répondit Law en secouant la tête.
Il fit demi-tour et commença à s'éloigner.
-C'est vrai, ce qu'ils disent sur toi ? Lui cria Kidd.
Le brun marqua une pause et lui jeta un coup d'œil par-dessus son épaule.
-De quoi ?
-T'es une tarlouze ?
-Je vois pas en quoi ça te regarde.
Agacé, il se remit en marche. Il ferait mieux de rentrer chez Doffy, se dit-il.
Il n'y avait décidément plus rien à voir pour lui dehors.
[Décembre 1885]
Law tira sur sa cigarette du bout de ses doigts tremblants. Putain, il faisait vraiment un froid de canard.
Il allait bientôt devoir rentrer... Il espérait que Doffy en aurait terminé à son retour.
Il soupira et entoura ses jambes de ses bras, se recroquevillant sur son siège de béton. Il se sentait stupide, à rester comme un con sur ce banc à l'écart derrière cet immeuble alors qu'il aurait pu aller au parc ou au terrain de foot comme tout le monde. Mais il n'avait pas envie de se bagarrer.
Pas aujourd'hui.
De toute façon, ces derniers mois, de manière générale, il évitait de trop rester dehors. La rumeur sur son homosexualité s'était répandue dans le quartier comme une traînée de poudre -il savait qui il devait remercier pour ça. Et il ne faisait pas trop bon traîner dans la rue quand on avait ce genre de réputation dans le quartier. Surtout en hiver, quand les flics tournaient moins et que la nuit tombait plus tôt.
Il tira encore une taffe sur sa cigarette, tapant nerveusement du pied. Au vu du jour qui baissait, il devait être presque dix-sept heures. Il allait bientôt pouvoir rentrer...
Doffy concluait une grosse affaire cette après-midi. Il avait donc demandé à Law de déserter l'appartement pour être tranquille. Manque de pot, on était samedi, et il ne pouvait donc pas se réfugier au lycée. Il était donc venu ici, à l'abri des regards, et s'était assis sur ce banc pour lire jusqu'à ce que le froid lui engourdisse trop les mains pour qu'il puisse continuer.
Le jeune homme enfonça ses poings dans ses poches en soupirant. Il était fatigué... Son train de vie était devenu terriblement ennuyant, depuis que sa bande d'amis l'avait rejeté. Avant, ils passaient tout leur temps libre dehors, à discuter de tout et de rien, à jouer les petits frappes, à regarder les bagarres des autres gamins en se moquant d'eux. Sachi et Penguin étaient des gros crétins, et Bepo était loin d'avoir inventé l'eau chaude... mais ils lui manquaient. La seule compagnie de Doffy et de ses sbires était loin d'être réjouissante. Au lycée, où il était maintenant en seconde, il n'avait pas franchement d'amis... Il s'occupait tout seul, entre les cours et ses hobbies bizarres -de plus en plus passionné par la chirurgie, il passait son temps à disséquer les animaux morts qu'il récupérait à l'animalerie du quartier d'à côté, ce qui encourageait encore moins ses camarades de classe à se rapprocher de lui. Mais franchement, des fois il s'emmerdait grave.
Il croisa les bras sur ses genoux et y enfouit son visage, songeur. Il en était presque à s'endormir sur place, lorsque la porte de secours de l'immeuble auquel il tournait le dos s'ouvrit avec fracas.
Il sursauta légèrement et jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour voir une tignasse caractéristique apparaître dans son champ de vision.
-Toi... ? Murmura Kidd d'une voix rauque en le reconnaissant après avoir fait quelques pas en avant. Puis :
-Qu'est-ce que tu fous là ?
-C'est pas tes affaires. Qu'est-ce qui t'es arrivé ?
Une plaie fraîche s'étalait sur le front du rouquin, déversant un double filet de sang qui coulait sur son visage. Kidd eut un rictus mauvais.
-C'est pas tes affaires.
Puis il porta deux doigts à sa blessure en jurant dans sa barbe.
-'Pauvre connasse...
-ça a l'air grave, dit Law en se redressant sur son banc.
Son penchant pour la chirurgie le poussait à être fasciné par les blessures. Et il n'avait jamais eu l'occasion de soigner quelqu'un d'autre que lui.
-Viens là, je vais regarder.
-Va chier.
-Sois pas con, je m'y connaît en blessures.
-Ah ouais ?
-Un peu. Viens.
Kidd sembla hésiter. Puis il s'approcha et se laissa tomber sur le banc à ses côtés.
Law se pencha vers lui et écarta une mèche de cheveux rouges que le sang avait collée à la peau. La plaie n'était pas très profonde, mais elle saignait abondamment.
-Il faut s'occuper de ça, ou ça va s'infecter.
Le rouquin fit la moue sans répondre.
-T'habite ici ? Demanda Law.
-Ouais.
-T'as une trousse de secours chez toi ?
-Je sais pas, mais ça m'étonnerais. Et puis il est pas question que je refoute les pieds chez moi ce soir. T'inquiète, ça va finir par sécher.
-Par sécher... ? Regarde-toi, t'as du sang plein la gueule, t'es débile ou quoi ? Tu crois vraiment que ça va guérir tout seul ?
-Va chier, je te dis.
-... Bon.
Law fouilla dans son sac et en sortit un mouchoir en papier qu'il tendit au jeune homme.
-Presse ça dessus pour l'instant... pas trop fort.
Il se leva et se tourna vers lui.
-Suis-moi. Je vais te soigner chez moi.
Kidd le regarda un instant sans rien dire, appuyant simplement son mouchoir sur sa plaie, le visage neutre. Puis, semblant pris d'une impulsion, il se leva d'un bond et fit un pas dans sa direction. Law pris ça pour un oui et se mit en marche, entendant l'autre faire de même derrière lui.
-Assied-toi ici.
-Arrête de me donner des ordres, grogna Kidd en s'exécutant tout de même.
Le salon était désert. Doffy était apparemment sorti après avoir conclut sa fameuse grosse affaire, ce qui ne l'étonnait pas trop. Le rouquin prit place sur le canapé en regardant autour de lui tandis que Law allait chercher sa trousse de secours.
-Eh ben, ça paye pas trop mal de dealer, on dirait. J'ai jamais vu une télé aussi grosse.
-Tu vas me dire comment tu t'es fait ça ? Demanda le brun en s'asseyant près de lui, sortant des compresses et du désinfectant.
-Et pourquoi je ferais ça ?
-Parce que je te soigne gratuitement et que sans moi, tu te retrouverais avec une vieille plaie purulente dès demain ?
Kidd soupira en levant les yeux au ciel.
-Ma mère m'a balancé un cendrier en pleine tête.
Law garda le silence, commençant à lui nettoyer le visage avec une compresse. Le sang avait coulé jusque sur son œil droit.
-Elle me frappe pas d'habitude, ajouta le rouquin, comme s'il sentait qu'il devait justifier quelque chose. C'est juste quand elle est défoncée, des fois elle pète un câble.
-Désolé alors, murmura Law en commençant à nettoyer délicatement la plaie. C'est sans doute mon père qui la fournit.
-Ouais, je sais.
-Attention, ça va piquer.
Le brun appliqua le désinfectant sur la plaie et vit Kidd serrer les dents. Puis il lui banda soigneusement le front, concentré sur sa tâche.
-Voilà. Essaye de trouver une trousse de secours chez toi pour pouvoir refaire le bandage demain.
-Et si j'en trouve pas ?
Law haussa les épaules.
-Je pourrais revenir ?
-Heu...
Il y eut un petit silence. Le brun rangea tout ce qu'il avait sorti dans la trousse de secours. Il ne comprenait pas trop la question du jeune homme. Il voulait revenir... ?
Il haussa les épaules.
-Ouais. Je suis toujours ici après les cours.
-Je sais. Tu sors plus à cause de tout ces connards, c'est ça ?
-...
-Tu devrais te défendre.
-Je suis pas une brute comme toi. Et c'est pas grave, de toute façon, je m'en fiche. Je suis bien ici, mentit-il.
-Mouais. Tu fais bien comme tu veux.
Kidd se leva, tâtant doucement son bandage.
-Bon, je me tire.
-Tu rentres chez toi ?
-Pas tant que la vieille est pas redescendue de son trip, non. Je vais dormir chez Killer, ses vieux sont pas là.
-Killer. C'est ton mec ?
Il ne savait pas pourquoi il avait demandé ça. Il était un peu curieux. Après tout, Kidd était le seul autre mec comme lui, ici... Enfin, selon les rumeurs. Si ça se trouvait, c'était même pas vrai.
-Non.
-T'es vraiment gay ?
Le rouquin le regarda un instant sans répondre.
-Ouais. Ça te pose un problème ?
-Non.
-Et toi ? Tu m'as pas répondu, le dernière fois que je t'ai demandé.
Law baissa la tête.
-Je sais pas trop. Je crois.
Kidd s'esclaffa.
-Toi, t'as l'air bien paumé. Allez, je me tire. À plus, Trafalgar.
[Mars 1886]
-C'est vrai ce qu'on dit sur toi ?
Kidd leva la tête, regardant le garçon qui venait de lui parler, assis sur son lit.
-Quoi ? Demanda-il d'une voix rauque.
-Ben... Tu sais...
Le jeune homme aux cheveux bruns se gratta la nuque, manifestement gêné.
-... Ils disent que t'aime les garçons...
-...
-C'est vrai ?
-Ouais. T'es venu pour te foutre de ma gueule ? Gronda le rouquin, l'air menaçant.
Son vis-à-vis leva ses deux mains devant lui en signe d'apaisement.
-Non, non ! Bien sûr que non. C'est juste que...
Il s'éclaircit la gorge.
-En fait... je crois que moi aussi. Alors je...
Kidd se mit à rire.
-Oh, je vois.
-Quoi ?
-T'es venu pour tester, c'est ça ?
-N-Non, je...
-Je te plaît ?
-Quoi ?
-Répond. Je te plaît ?
-Je... Ouais, j'imagine...
-La question est réglée alors.
Kidd se leva et alla s'asseoir à côté de lui, se penchant sur son visage. Il le sentit frémir lorsque leurs lèvres se touchèrent, et l'attrapa fermement par la nuque, tentant d'avoir l'air assuré.
C'était son premier baiser.
Tentant d'ignorer les battements de son cœur, il l'approfondis doucement tandis que les mains de son vis-à-vis se perdaient dans sa tignasse écarlate. Bordel... C'était si agréable, c'était-
-Kidd, c'est encore toi qui m'a chouré mes bières ?
Le rouquin sursauta et rompit le baiser, paniqué. Il tourna la tête vers la porte grande ouverte de sa chambre, dans l'ouverture de laquelle se trouvait sa mère, la bouche béante, les yeux écarquillés.
-Que... Kidd... ?
-Merde, souffla-il.
Il s'écarta vivement du jeune homme.
-Kidd... gronda sa mère.
-Calme-toi, la vieille. Y a pas de quoi en faire un plat.
-Qu'est-ce que tu foutais, là ? T'es pas sérieux de venir faire des pareilles dégueulasseries sous mon toit ?
Elle s'avança dans la pièce d'un pas incertain.
-C'est pas sa faute, madame, dit précipitamment le vis-à-vis du rouquin. C'est moi qui ai...
-Toi, ta gueule, lui lança la femme aux longs cheveux rouges en pagaille. Dégage vite d'ici 'van que j'appelle les flics.
-Mais...
-Elle a raison, dégage, soupira Kidd.
Ça allait mal tourner, il le sentait. Son tout premier amant hésita un instant avant de prendre ses affaires et de déguerpir.
-J'arrive pas à croire que toute ces années, j'ai hébergé un putain de pédé sous mon toit, gronda sa mère en attendant à peine qu'il eût disparu. Tu m'dégoute, Kidd. T'es bien le fils de ton père, tiens...
Elle fut prise d'un haut le cœur et arrêta un instant de parler pour se passer une main sur le visage.
-T'es encore défoncée ? Grogna Kidd. Si tu va vomir, évite de le faire dans ma chambre, s'il te plaît.
-Ta chambre ? C'est plus ta chambre maintenant, petit connard !
Le ton était monté. Elle se retenait au mur pour ne pas tomber. Kidd se leva.
-Maman...
-Dégage. Dégage d'ici, j'veux plus jamais te revoir. Si jamais je revois ta face de sale pédé... Jte jure que j'te casse une bouteille sur la tête, sale petit vaurien.
-Tu dis n'importe quoi, t'es encore en train de planer...
-Tu va voir si je plane, connard ! Hurla-elle.
Il sursauta. Elle se saisit d'une des bouteilles de bière qui traînaient sur son bureau et la lança dans sa direction. Il se pencha in extremis et elle explosa sur le mur derrière lui.
-Putain mais t'es malade ?
-J't'ai dit de dégager, petite tarlouze ! Tu me fais honte, putain, Kidd, tu me fais honte !
Elle lança une deuxième bouteille qui le fit sortir de sa chambre en courant.
-Disparaît, putain, t'avise plus jamais de remettre les pieds ici !
Il attrapa son blouson dans l'entrée et ouvrit la porte pour partir.
Alors qu'il dévalait les escaliers de l'immeuble, il l'entendit hurler sur le pallier :
-J'vais dire au concierge c'que t'es, espèce de ptit dégueulasse. Comme ça, si tu te repointe, il videra le chargeur de son flingue dans ta sale gueule de suceur de bites !
-Ferme-là, connasse, grommela Kidd entre ses dents pour lui-même.
La porte d'entrée de l'immeuble claqua derrière lui. Il soupira longuement et se passa une main dans les cheveux.
Bordel, il était vraiment dans la merde, sur ce coup-là.
-Law !
-Je finis la vaisselle, là, Vergo, fous-moi la paix.
-Il y a un gamin pour toi à la porte.
Le jeune homme releva la tête, surpris, avant de se sécher les mains et de se diriger vers l'entrée. Vergo, le bras droit de Doffy, retourna s'asseoir à côté de ce dernier sur le canapé, se replongeant dans le comptage d'une épaisse liasse de billets froissés.
Law ouvrit la porte et se retrouva face à Kidd.
-Tu t'es encore blessé ? Soupira-il.
Généralement, quand le rouquin passait à l'improviste, c'était parce qu'une de ses bagarres avait mal tourné ou que sa mère l'avait encore frappé en plein délire.
-Non... murmura Kidd en regardant ses pieds, fourrant ses mains dans ses poches.
Law le fixa, surpris.
-T'as l'air bizarre. Y a un truc qui va pas ?
-En fait...
Kidd se gratta le menton, détournant le regard.
-J'aurais besoin d'un endroit où loger. Peut-être pour quelques jours.
Law fronça les sourcils.
-Qu'est-ce que t'as foutu ?
-Rien. C'est ma mère... Elle m'a foutu dehors. Pour de bon, je veux dire.
-Quoi ? Mais non, elle est juste défoncée comme d'habitude.
-C'est pas ça.
Kidd baissa un peu la voix.
-Elle m'a surpris au pieu avec un mec. Elle a vraiment pété un boulon. Elle veux plus jamais me revoir, ce coup-ci.
Law garda le silence quelques secondes, assimilant l'information.
-Je serais bien allé chez Killer, mais ses parents font chier, dernièrement. C'est juste le temps que je trouve une autre solution...
-Je...
-Si c'est trop chiant, je trouverais ailleurs, c'est bon.
Le brun soupira en secouant la tête.
-Ailleurs comme sous un pont ? C'est bon, entre.
-Merci.
Law s'écarta pour le laisser passer, puis le guida jusqu'à sa chambre. En passant dans le salon, il lança à Doffy :
-ça dérange si Kidd dors ici pour quelques temps ?
Son père leva les yeux de ses billets pour les regarder et adressa un de ses fameux sourires inquiétant aux deux garçons.
-Oh, le gamin des Eustass. Salut. Tu invite bien qui tu veux, Law, tant qu'il ne nuit pas à mes affaires.
-Très bien.
Le brun fit entrer Kidd dans sa chambre et ferma la porte derrière lui, étouffant le bruit de la musique qui retentissait continuellement dans le salon.
-Putain, tout ce fric qu'il y a sur la table... commença le rouquin.
-Je te conseille de pas trop en parler si tu veux rester ici. Doffy est chatouilleux quand ça concerne ses affaires. Il vaut mieux juste faire comme si tu ne voyais rien.
Kidd haussa les épaules.
-Ok.
Il s'attarda un instant sur le contenu de la chambre de Law, dans laquelle il n'était jamais entré auparavant. Elle était plutôt petite, largement encombrée par son bureau et son lit deux places. Les planches anatomiques sur les murs et les nombreux livres sur les étagères le firent s'esclaffer.
-Putain, la chambre de nerd.
-Ta gueule. Tu peux toujours aller vivre sous un pont si quelque chose te convient pas.
-Nan, j'te manquerais trop.
-Crétin. T'as plus rien alors ? Comment tu vas faire pour tes affaires ?
-Je sais pas. J'ai toujours les clés, alors j'irais sûrement en douce chercher toutes mes affaires. Même si je suis pas super serein de refoutre les pieds dans l'immeuble. Tu peux être sûr que la vieille peau va faire savoir à tout les voisins que son fils est un dégénéré... Et ils seront sûrement moins sympa que les connards de mon âge s'ils me recroisent.
-Alors même Eustass Kidd peux avoir peur, dit Law un peu moqueur.
-C'est pas de la peur, c'est du putain d'instinct de survie. J'ai pas envie de me retrouver devant le flingue du concierge.
-Mouais, c'est ça.
-Tu me cherches, Trafalgar ?
-Non, j'ai pas envie de me battre avec toi aujourd'hui. Tu veux manger un truc ?
-Ouais, grave. I manger ?
-Un des avantages à vivre avec Doffy. Le frigo est toujours plein, il demande toujours à ses sous-fifres de lui faire ses courses.
-Putain, chez moi à part de la bière, y'a pas grand chose dans le frigo. Franchement, ça va pas me manquer.
-...
-Quoi ? Me regarde pas comme ça. Je reste ici que quelques jours puis je trouverais autre chose, de toute façon. Ya pas moyen que je le retrouve à vivre avec un taré dépressif comme toi !
[Avril 1886]
-...Et ça fait tout de même un mois que t'es là, alors fous-moi la paix !
-Un mois ? N'importe quoi.
-Si, je te jure. M'oblige pas à vérifier sur le calendrier, ça va juste te ridiculiser.
-Pff... Je suis même pas là tout le temps, d'abord.
-C'est pas parce que tu passe une ou deux nuit par semaine chez Killer...
-Plus que ça, quand même...
-... Dans tout les cas, tu m'emmerde. Laisse-moi dormir.
-J'ai pas sommeil, moi.
-Je m'en fous. J'ai cours demain, pas comme toi qui passe tes journées à rien faire.
-T'exagère, je cherche du travail.
-ça fait un moment que je t'ai pas vu chercher.
-Tss... Des fois t'as vraiment de la chance que je crèche dans ton pieu, Trafalgar. Sinon ça fait longtemps que je t'en aurais mis une.
-Mais oui, c'est ça.
Law se retourna sur le dos et ferma les yeux, fronçant les sourcils. À côté de lui, Kidd, couché sur le flanc, sa main soutenant sa tête, se mit à l'observer en silence. Son regard alla des mains fines du jeune homme, croisées sur son ventre, à ses lèvres entrouvertes et à ses yeux clos.
-Hé, Trafalgar.
-Quoi ?
-Tu veux bien me laisser essayer un truc ?
-De quoi ?
Law ouvrit les yeux juste à temps pour voir le visage de l'autre se rapprocher du sien. L'instant d'après, il sentait des lèvres chaudes se presser sur les siennes, tandis que des doigts se posaient sur sa joue avec douceur. Il se surpris à répondre au baiser encore chaste, sans même y penser.
Kidd rompit le contact au bout de quelques seconde. Se redressant sur ses coudes, il lui adressa un sourire goguenard.
-Je le savais. T'es gay.
-Que...
Law serra les dents, essayant de calmer son cœur qui venait de faire une embardée. Puis il se mordit les lèvres en fronçant les sourcils.
-Préviens avant de faire un truc pareil, abruti...
Kidd se mit à rire et le brun détourna le regard, luttant contre ses joues qu'il sentait s'empourprer.
Merde.
Il avait déjà envie de recommencer.
Voilà, j'espère que ça vous a plu!
Je passe vite sur beaucoup de choses, en particulier via les ellipses, mais je voulait pouvoir faire rentrer leur histoire dans un two-shot alors j'ai bien dû faire des coupures, sinon on était repartis pour une fic complète!
J'ai hâte d'avoir vos retour, on se retrouve dans une dizaine de jours pour la deuxième partie!
D'ici là portez-vous bien, à bientôt!
