Dans ce chapitre, Lucifer continue de découvrir le XXIe siècle et parvient à rester habillé jusqu'à la fin. Vous êtes fiers de lui hein ?

Bonne lecture et merci Pandorwho ! Les reviews sont toujours appréciées, vous savez ?


Fallen idol

La première chose que Lucifer vit du XXIe siècle, si ce n'est Sam, fut le trafic routier.

- D'accord, c'est quoi ces trucs ? C'est coloré, ça pue et ça roule plus vite qu'un cheval au galop !

- Ce sont des voitures, Lucifer, expliqua patiemment Sam. Elles permettent d'aller très vite et très loin en peu de temps.

- J'en veux une ! s'exclama l'esprit en s'arrêtant au milieu du trottoir, faisant râler tout le monde.

- Tu ne saurais pas la conduire… objecta Sam en essayant d'imaginer les dommages matériels qu'un Lucifer au volant pourrait causer.

- N'importe quoi, j'apprends très vite ! Et puis, ça ne doit pas être si dur à utiliser, si ?

- Hé bien, ça demande du temps et de l'entraînement, et puis il faut apprendre le code de la route aussi.

- Pourquoi, la route est cryptée ?

Le blond avait l'air estomaqué et scruta la rue avec attention pour essayer d'y trouver des symboles bizarres qui justifieraient la présence d'un code quelconque.

- Non, c'est juste que comme il y a beaucoup de gens en voiture, ils doivent suivre des règles pour éviter les accidents. Tu vois ces panneaux, là ? Ce sont des règles à suivre !

Lucifer marcha à reculons pour apercevoir les signes que Sam lui montrait. Ce faisant, il se cogna dans un panneau Stop et sursauta, surpris.

- Vilaine décoration ! siffla-t-il à l'adresse de la sucette rouge géante.

- C'est pas une déco, c'est aussi un panneau, soupira Sam en se retenant de ricaner.

- Ah, je pensais que ces "panneaux" étaient là pour l'esthétique. Je veux dire, c'est très coloré, tu ne trouves pas ?

- C'est uniquement pour qu'on les voie bien, expliqua Sam avec un sourire. Tu t'es fait mal ?

Lucifer se tâta l'arrière de la tête et sourit d'un air supérieur.

- Bien sûr que non, rien au monde ne saurait me faire mal ! Plus immortel que moi, y a pas !

Sam s'amusa de son entrain, puis fronça les sourcils.

- Attends, tu veux dire que quoiqu'il arrive, tu ne peux pas mourir ? Même si on t'embrochait ?

- Ouais, répondit Lucifer en jetant un œil curieux à des adolescentes qui faisaient des selfies. A vrai dire, il n'y a qu'une seule personne au monde capable de me blesser ou de me tuer, et manifestement, elle est morte depuis belle lurette. Des tas de gens ont essayé, mais aucun n'a réussi à m'entailler la peau !

Mais alors… l'Ordre l'avait envoyé en mission-suicide pour rien ?! S'il était incapable de tuer Lucifer (déjà qu'il n'en avait aucune envie…), il ne pourrait pas sauver Dean ! Et l'Ordre devait le savoir, non ?

Sam se rembrunit d'un coup, abattu par le désespoir qui venait de le frapper en pleine face. Lucifer, inconscient de ses problèmes, le regarda avec curiosité avant de se concentrer sur autre chose.

Pourquoi cette bande de sadiques l'avaient-ils envoyé lui, pour commencer ? Était-ce finalement un simple coup du sort ? Les avaient-ils espionnés depuis leur sortie de l'avion et décidé de les utiliser pour arrêter une créature immortelle, histoire de ne pas se salir les mains ? Histoire de ne pas devoir se sacrifier pour une cause vieille de trois mille ans ? Sauf que ça ne leur servirait à rien si le monstre en question ne pouvait foutrement pas mourir !

Et puis d'abord, pourquoi Lucifer devait-il être exécuté ?

- Pourquoi tous ces gens ont-ils essayé de te tuer ? demanda doucement Sam, bien décidé à comprendre les tenants et aboutissants de cette histoire.

Lucifer fixa le ciel avec nonchalance et se balança d'un pied à l'autre avant de répondre.

- Les premiers voulaient simplement m'empêcher de guerroyer pendant la Titanomachie. Tu sais, la guerre entre les dieux et les titans ? Un monstre a voulu me plonger une épée dans le bide, mais elle s'est brisée en me touchant. Même les dieux peuvent saigner, vois-tu, mais moi non. Je suis devenu leur éclaireur, puis leur espion, et enfin leur guerrier le plus dangereux. Après la guerre, les dieux ont essayé de trouver mon point faible, juste au cas où je les trahirais, mais aucun n'a réussi à percer ma peau, ni à m'empoisonner ou à m'asphyxier. Comme je n'aspirais qu'à faire la fête, ils ont fini par laisser tomber et m'ont laissé tranquille.

L'esprit marqua une pause et scruta le visage de Sam, qui avait l'air fasciné par son histoire.

- Après ça, j'ai un peu combattu aux côtés des humains pendant diverses guerres, mais plus le temps passait, plus j'ai ressenti du dégoût envers les combats en général. J'ai renvoyé les émissaires des hommes et des dieux et je suis resté bien sagement dans mon coin pour m'amuser, et ainsi j'ai perdu tout intérêt de la part des autres. Tant que je ne me rangeais pas du côté de leurs ennemis, les dieux se fichaient bien de mon existence.

- Mais pourquoi les humains ont-ils cherché à te tuer alors ? s'enquit Sam, que le suspense consumait à petit feu.

- J'y viens, sourit Lucifer. Il y a trois mille ans, des rumeurs ont commencé à enfler un peu partout. J'étais soi-disant devenu un monstre assoiffé de sang qui s'en prenait aux paysans et aux rois sans distinction. Et, effectivement, des milliers de gens sont morts en ce temps-là, et les rares rescapés m'ont désigné comme seul responsable de ce massacre.

- Mais ce n'était pas toi, devina Sam, qui savait reconnaître un coup monté quand il en voyait un.

- Bien sûr que non. Je n'avais aucune querelle avec les humains, au contraire ! Avec le recul, je pense qu'un autre esprit - ou un dieu - s'est fait passer pour moi afin d'attiser la haine des hommes, et ça n'a pas manqué. Des dizaines de guerriers, de héros et de dieux mineurs sont venus m'affronter, mais aucun n'a pu me tuer. C'est alors que l'Ordre de Michael est intervenu et a placé un nouveau pion en jeu : le seul guerrier au monde capable de me tuer, grâce à un don offert par cet enfoiré de Michael. Normalement, les dieux n'ont pas le droit d'interférer avec le destin, donc ce guerrier est resté unique - et ça explique peut-être la disparition de Michael du panthéon.

- Et alors ? l'encouragea Sam, complètement pris par le récit.

Les yeux bleus de Lucifer se troublèrent, et il eut un petit sourire triste.

- He bien, ce guerrier aussi a échoué, mais il s'est joué de moi et m'a habilement conduit droit vers un piège de l'Ordre, qui m'a alors emprisonné. Tu connais la suite. Et toi, tu veux me tuer pour quelle raison, au juste ?

Sam, pris au dépourvu, releva la tête vers Lucifer et croisa son regard malicieux. Cependant, la mélancolie de l'esprit le frappa à nouveau, et il décida de ne pas lui parler de l'Ordre. Ces enfoirés lui avaient suffisamment gâché la vie, inutile d'en rajouter.

- Parce que tu as essayé de me bouffer, voilà pourquoi ! répondit Sam sur un ton qui se voulait rancunier.

Lucifer avala le mensonge sans sourciller et s'esclaffa avant de donner un petit coup dans l'épaule de Sam.

- C'était pour rire ! Tu m'en veux toujours pour ça, sérieusement ?!

- Tu m'as fait si peur que j'ai failli me faire dessus, grogna Sam en évitant le regard de l'homme-serpent.

De mieux en mieux. L'Ordre l'envoyait tuer un pauvre type à peine sorti de prison pour un crime qu'il n'avait pas commis et qui en plus ne pouvait pas mourir. Splendide. Et pendant ce temps, la vie de Dean était en danger, et à lui seul, Sam ne pouvait pas faire grand' chose pour le sauver.

Sauf si…

Le jeune homme coula un regard indécis vers le grand blond, qui écarquillait les yeux devant la tenue plutôt légère d'une passante. Lucifer était immortel et savait se battre. Il avait combattu dans des conflits légendaires et n'avait jamais été vaincu. Si quelqu'un pouvait l'aider à sauver Dean, c'était bien lui… encore fallait-il que Sam trouve un moyen de lui avouer toute l'histoire sans que l'esprit prenne la fuite, ou pire, le tue.


- Donc, tu es payé pour défendre des criminels devant un juge, fit lentement Lucifer en shootant dans un brin d'herbe plus haut que les autres.

- Oui. Enfin, certains sont innocents, hein. Je sais que c'est tordu de protéger des criminels, mais selon la loi, tout le monde a le droit d'être représenté et défendu par un avocat au tribunal.

Lucifer réfléchit à la question en se tapotant la lèvre inférieure, puis offrit un sourire compréhensif à Sam.

- Ce n'est pas tordu. Athéna disait qu'elle préférait laisser dix criminels en liberté plutôt que de condamner un innocent. J'aurais eu bien besoin d'un de ces "avocats" pour me défendre, il y a trois mille ans.

Sam ne put que s'incliner face à la logique de son hôte, qui lui faisait visiter une forêt qui avait miraculeusement survécu au passage du temps.

- C'est triste, je ne reconnais plus rien, soupira Lucifer en touchant l'écorce d'un arbre. Mes arbres sont morts, depuis le temps…

Sam, qui n'avait jamais sa langue dans sa poche, ne sut que répondre à ça. Il essaya de s'imaginer à la place de Lucifer, coincé sans repère trois mille ans dans le futur, et frissonna d'horreur. La compassion qu'il ressentait envers l'esprit s'accentua de plus belle, de même que la haine qu'il éprouvait envers l'Ordre de Michael.

- Allez, viens, je vais te faire essayer les pizzas, dit-il alors, obtenant en retour un sourire enthousiaste qui lui serra le cœur.


Un peu plus tard dans la journée, Lucifer chanta les louanges des pizzas à qui voulait l'entendre - sauf que comme il parlait en grec ancien, même les indigènes n'en comprirent pas un mot - et Sam, fatigué de toutes ces émotions et accablé par la chaleur, s'endormit sous un parasol à la terrasse d'un café.

Dès qu'il ferma les yeux, un nouveau rêve encore plus vivant que les autres l'avala.

- Reviens-moi en vie, disait une voix masculine que Sam connaissait par cœur.

Il releva la tête et croisa le regard vert forêt un peu vitreux de son frère, vêtu à la mode grecque. Dean avait des protège-poignets en cuir et portait une épée courte à la ceinture, et sa main reposait sur l'épaule de Sam tandis qu'il lui souriait avec chaleur. Cependant, Sam put lire de l'inquiétude dans l'expression du mécanicien.

- Tu sais que je ne risque rien, fit Sam d'une voix tendue par le stress.

- Je devrais peut-être t'accompagner, proposa Dean d'un ton pressant. On dit qu'il dévore ses victimes encore vivantes…

- Ce n'est qu'un esprit de la nature un peu plus résistant que les autres, je ne risque rien, temporisa Sam.

Non, non, voulut crier Sam. Lucifer est innocent ! Fichez-lui la paix !

Dean soupira et lâcha Sam.

- Fais attention à toi, d'accord ?

- Sam ? La femme dit quelque chose, mais je ne comprends pas et elle a l'air fâchée ! lança la voix de Lucifer à son oreille, le réveillant en sursaut.

Le jeune homme se frotta les yeux et considéra la tenancière du café, qui, les poings sur les hanches, s'adressait à un Lucifer complètement perdu.

- Elle dit qu'on doit consommer si on veut rester ici, expliqua Sam, la bouche pâteuse.

- Consommer quoi ?

- Des boissons. Deux limonades, s'il vous plaît, commanda Sam en grec.

Heureusement pour eux, il suffisait de montrer à Lucifer à quoi ressemblaient les pièces européennes pour qu'il les reproduise en deux temps, trois mouvements. Parce qu'évidemment, Sam n'avait pas pris la peine d'emmener tout son argent de poche pour sa promenade au clair de lune. Il avait bien conscience que créer de la monnaie n'était pas très sain, mais l'inflation n'était clairement pas son souci le plus urgent du moment.

A vrai dire, Sam commençait à s'inquiéter des rêves étranges qu'il faisait depuis maintenant deux jours. Toute cette histoire avait commencé à cause d'un de ces rêves, et plus il en faisait, plus il avait l'impression qu'ils étaient importants.

Pour commencer, ils avaient tous un lien avec Lucifer et se déroulaient à l'époque de la Grèce antique. Pour le rêve de la caverne, il n'en était pas sûr, mais son instinct lui disait qu'il avait raison. Ensuite, le Dean de ses rêves était différent de celui qu'il connaissait. Il était plus sérieux et en même temps, son regard était bizarre, comme s'il voyait quelque chose que Sam ne pouvait pas voir.

Même le corps qu'il habitait dans ses songes était différent. Il était plus petit - il s'en était rendu compte en voyant les narines de Dean par en-dessous - et plus fin, aussi. Sam avait une impression bizarre quand il bougeait, comme si ce corps lui était étranger, comme s'il possédait une tierce personne.

Mais si cette personne était de la famille d'une autre version de Dean, était-il possible qu'il s'agisse d'une autre version de Sam ? Un Sam antérieur qui aurait vécu pendant l'Antiquité et par les yeux duquel il voyait le passé ? Un Sam envoyé pour tuer Lucifer ? Alors que justement, on venait de lui ordonner exactement la même chose… trois mille ans après que les dieux aient désigné le seul guerrier capable de tuer Lucifer. L'Ordre de Michael du XXIe siècle devait connaître l'identité de ce tueur et savait donc qu'il était inutile d'envoyer quelqu'un d'autre pour accomplir la mission.

Sam était un avocat. Il ne croyait ni aux coïncidences, ni au destin, mais ces derniers jours, il avait appris à croire en la magie. Il était donc prêt à accepter le fait que ses rêves étaient en réalité des souvenirs d'une vie antérieure, et que l'Histoire ne faisait que se répéter. Il avait bien pensé voir les souvenirs d'un de ses ancêtres, mais quelles étaient les chances que cet ancêtre ait justement un frère semblable en tous points à Dean ? Et puis, comment pourrait-il voir ses souvenirs ?

En temps normal, il n'aurait pas prêté attention à ces rêves, il aurait cru qu'il s'agissait d'une façon pour son subconscient de traiter l'existence d'un esprit de la nature tel que Lucifer. Mais ce qu'il avait découvert sur l'immortalité du blond et sur ce guerrier avait changé la donne.

Le hasard, ça n'existe pas.

S'il était bien la réincarnation (pas très efficace) de ce guerrier du passé, Sam avait donc un nouveau secret qu'il devait absolument cacher à Lucifer. Si l'esprit le découvrait… il se sentirait trahi et se vengerait sur Sam et son frère, de ça, il était sûr.


Lucifer souffla dans sa paille et observa les bulles qui se formèrent aussitôt dans son verre de limonade. Habituellement, l'esprit évitait de boire de l'eau car elle était pleine de maladies, tout le monde savait ça. Seulement, Sam lui avait dit lors de leur visite en ville que dorénavant, l'eau était filtrée et nettoyée, ce qui la rendait potable. Décidément, ce siècle était formidable et les humains de vrais génies !

Voyant que Sam commençait à siroter distraitement sa limonade, le blond l'imita et fut surpris par la fraîcheur de la boisson citronnée que la femme leur avait apportée. En plus, il y avait un petit goût piquant qui lui laissa une drôle d'impression dans la bouche, puis dans la gorge. C'était bizarre, mais pas désagréable. Il ouvrit la bouche pour demander à Sam ce qu'il y avait dans cette eau, mais le jeune homme scrutait sombrement le fond de son verre comme s'il envisageait de s'y noyer.

Cette expression sombre alliée au visage bronzé du jeune homme frappa à nouveau Lucifer, qui avait déjà cru halluciner en le voyant au réveil, le matin-même. Les souvenirs de Lucifer concernant "cette personne" étaient flous, vu que plusieurs millénaires avaient passé, mais plus il regardait Sam, plus la mémoire lui revenait. Ce matin, il avait cru se retrouver nez à nez avec l'Autre et pendant l'espace d'un instant, Son visage grave s'était superposé à celui, détendu, de Sam.

Quelle était la probabilité qu'un jeune homme qui Lui ressemblait à ce point se retrouve sur cette colline la nuit de sa libération ? Soit le destin lui offrait la possibilité de se venger, soit… de corriger le passé. Ou alors il était si désespéré qu'il pensait voir l'Autre partout. Ou il était devenu complètement fou à cause de la solitude et en réalité, Sam n'existait pas et il parlait au vide depuis la nuit dernière.

Dans tous les cas, Sam rendait cette époque plus facile à aborder et sa compagnie était agréable et adoucissait la haine que Lucifer avait pourtant très envie de ressentir à l'égard de la race humaine toute entière. De toute façon, il lui était impossible de haïr ou de blesser Sam, avait-il décidé le matin-même. Le garçon était trop doux, trop vif et trop lumineux pour que Lucifer ait envie de lui faire du mal. Et son odeur le faisait planer.

Peut-être s'était-il déjà entiché de l'humain. Il n'avait jamais mis très longtemps à s'attacher aux autres, après tout. Malgré ça, le simple fait de voir l'inquiétude sur le visage de Sam suffit à lui donner des envies de meurtre et éveillait chez lui un instinct de protection qu'il ignorait encore posséder.

Tout ce qu'il espérait, c'est que l'attraction irrésistible et inexplicable qu'il éprouvait pour Sam était réciproque.

à suivre…


Ouuuuuuuh, y a de la tension dans l'air :D

Un petit commentaire ? ^^