Auteur : Ookami97 l'obsédée du KiriBaku a encore frappé. Enfermez moi cette sale folle nom de dieu
Rating : T, histoire d'être tranquille. Parce qu'entre le langage de charretier et la dragouille, je vais plus m'y retrouver, moi
Pairing : Au menu ce soir : du KiriBaku, la spécialité de la maison bien-sûr, mais vous n'êtes pas à l'abri d'autres ships totalement inédits dont je garde le secret pour le moment hihi
Genre : Western, Romance, Humour, What the fuck… Rien de tout ça ne rentre dans une catégorie précise *hausse les épaules*
Note : Bonjour, bonsoir, bon appétit ou bonne journée, et bienvenue à vous qui êtes tombés ici soit parce que 1) vous vous ennuyez et vous avez cliqué sans savoir où vous avez atterri et c'est à vos risques et périls soit 2) vous êtes surpris de voir que j'ai posté un truc soit 3) vous faites partie du forum et je vous salue soit 4) vous êtes tombés sur ce… truc par pur hasard et je vous invite à vous asseoir. Bref, me voici me voilà avec ENFIN mon recueil pour le grand, l'unique et le très attendu évènement de l'été organisé par notre Forum ! Pour la faire simple, nous sommes quatre équipes (team apprentis-héros rpz) qui (se battent pour la victoire) jouent dans la bonne humeur, et nos modos' nous proposent chaque lundi un défi à relever pour nous faire remporter des points ! \0/ Ici, vous trouverez ma participation au défi numéro 6 : écrire un texte sur un UA ! Et j'ai choisi…. LE WESTERN. Alors, tous à vos montures, c'est parti pour un aller-retour express vers le Far-West ! YEE-HAW !
Ce premier OS contient donc du KiriBaku (ooooh), c'est cliché à en mourir (aaaaah) et ça tourne à mon avantage (hein?) mais vous savez à quoi vous attendre, avec moi, hein ! xD Allez, bonne lecture !
Défi no. 6 – UA Western : Sin City
La boule de feu immense qui avait chauffé la terre sèche et poussiéreuse du sol de Sin City entamait sa longue descente vers l'horizon, faisant trembler le paysage et se détacher d'un noir d'encre parfait les silhouettes des canyons. Les rues étaient désertes, silencieuses, pas une âme n'osait sortir sous la chaleur brûlante des rayons de l'astre du jour qui desséchait tout sur son passage, ne laissant en vie que quelques rares cactus, où les crotales venaient se lover pour profiter de l'ombre maigre durant le jour.
À l'Est, les premières étoiles pointaient dans le ciel violet de la tombée de la nuit pendant que l'Ouest semblait s'embraser à mesure que l'orbe disparaissait pour laisser place à la face ronde et laiteuse de la lune qui prenait lentement ses quartiers. Peu à peu, à mesure que la nuit épousait de son voile frais la petite ville de l'Ouest Américain, les lumières s'allumaient unes à unes dans les habitations et dans le seul et unique saloon de la ville, La Botte Poussiéreuse, qui faisait office de point de rassemblement tant tous les habitants de la petite bourgade venaient tuer le temps entre ces quatre murs faits de vieilles planches de bois.
Ce soir encore, et alors que la nuit n'était même pas tout à fait tombée, les éclats de voix et les notes de piano s'élevaient déjà du bar, et maintenant que la chaleur de la journée s'évaporait au profit d'une des nuits fraîches du Far West, la vie semblait renaître dans ce point d'animation perdu au milieu du désert.
Sin City était une petite ville coupée de tout. Paumée au milieu de nulle part entre les canyons et les plaines archi-mortes et arides du compté, elle n'était reliée à la civilisation que par un chemin de fer qui menait on ne savait vraiment où. Tous ceux qui vivaient ici naissaient et mouraient dans le nuage de poussière qu'était la cité, et rares étaient les voyageurs qui, ayant le malheur de tomber là dedans, ne séjournaient plus d'une nuit dans l'hôtel miteux qui se trouvait juste à l'étage du saloon.
Il fallait dire qu'ici, les habitants étaient tous des durs à cuire. Agressifs comme des coyotes, hargneux comme des vautours, ils n'hésitaient pas à montrer les crocs et à sortir leurs flingues à la moindre occasion, toujours prêts à se bastonner pour un oui ou pour un non, que ce soit entre eux ou pour tous se liguer contre un même ennemi : A.K.A. tout être vivant venant de l'extérieur.
Tout ce beau monde se protégeait déjà bien assez sans avoir besoin d'une quelconque aide, mais la ville était tout de même sous la direction d'un shérif. L'évocation de son simple nom suffisait à couvrir de frissons l'échine de ceux qui le redoutaient, et à raison. Katsuki, c'était comme ça qu'il se faisait appeler, était un type à qui on ne la faisait pas et qui matraquait de son regard de tueur quiconque osait croiser ses prunelles rouges comme les litres de sang qu'il avait déjà déversé sur sa route.
Le gars était du coin, né dans la galère de Sin City, élevé à la dure par une daronne qui ne lésinait pas sur les claques et qui, même aujourd'hui, continuait à lui beugler dessus chaque fois que son moutard passait sous sa fenêtre. La rue était alors animée de leurs joutes verbales, mais au moins, on pouvait dire qu'ils restaient en contact.
Katsuki avait tout à fait la dégaine du cow-boy avec qui on ne déconnait pas. Un chapeau noir qui cachait ses yeux de meurtrier et aplatissait ses épis cendres sur son front et ses tempes, une chemise argile salie par la poussière et le sable sous un long manteau noir, deux ceintures par dessus son pantalon de cuir, équipées de deux revolvers : un à sa gauche, et un à sa droite. Autour de son cou, il avait noué un foulard qui n'était pas en meilleur état que le reste de ses fringues, se trimballait toujours avec un épi de blé entre les lèvres, et était décoré de deux grosses chevalières en argent qu'il portait sur chaque majeur et d'une paire de boucles d'oreilles en forme de croc qu'il avait probablement profanées sur le cadavre d'un indien. En clair, le mec filait les chocottes, et autant dire que lorsqu'il faisait, comme chaque matin, son tour de la ville au dos d'un étalon aussi noir que la suie, les habitants se tenaient à carreaux. Le shérif avait la gâchette facile et partait toujours au quart de tour pour un rien, à tel point qu'un simple regard de travers lui suffisait d'excuse pour transformer le moindre gus en véritable passoire.
Malgré son étoile rutilante qui étincelait sous le soleil, fichée à sa veste, il était pire encore que les racailles du coin qu'il chopait de temps en temps pour enfermer derrière les barreaux de son poste, où il les laissait moisir pendant trois jours et trois nuits sans eau ni nourriture histoire de leur apprendre la vie. S'il y avait bien une chose que l'officier ne supportait pas, c'était les gosses, et il prenait un malin plaisir à martyriser tous les caïds en herbe qui croisaient sa route.
Ce soir, donc, le shérif quittait son bureau en réajustant son chapeau, faisant claquer derrière lui son long manteau noir qui lui tombait jusqu'aux chevilles, ses éperons d'argent luisant sous la lumière de la lune. Il n'avait qu'à traverser la rue pour se retrouver au saloon, où il pénétra d'un grand coup de pied rageur dans la porte. Lourdement, il alla s'installer au bar, balança son flingue sur le bois poisseux d'alcool et héla le barman de sa voix rauque d'ours brun mal léché :
« Oï, tête de piaf ! Tu m'sers un verre de gnôle, et tu t'magnes ! »
La dite tête de piaf, Hawks, de son vrai nom ou du moins surnom, leva les yeux au ciel et lui servit aussitôt dit un petit verre de son alcool le plus fort, un vrai tord-boyau comme on en faisait plus, qu'il descendit d'une traite avant de le reposer violemment en face de lui.
« Un autre. » Fit le représentant de l'ordre du ton bourru qui lui était propre.
Hawks s'exécuta en haussant les épaules. Après tout, s'il voulait se mettre une cuite, c'était son affaire. Alors que dans le bar, l'ambiance commençait à s'échauffait car le trio des danseuses arrivait sur scène pour accompagner d'un petit cabaret la mélodie du pianiste toujours fidèle à son poste, Gentleman -un homme aux yeux cerclés de noir vêtu d'un élégant costume en queue de pie, l'une d'entre elles vint s'accouder auprès de la terreur en demandant une tequila express histoire de se mettre en jambe avant d'aller la lever sur l'estrade qui faisait office de scène.
« Hep là, beau blond ! Mets-moi une tequila, s'teuplaît ! Hé, mais qui vois-je ? C'est-y pas notre shérif adoré qui nous fait honneur de sa présence, ce soir ? Tu vas voir, on va te faire le show de l'année, chéri.
-Tais-toi, Miruko, bougonna le représentant de l'ordre en repoussant la jeune femme à la peau brune et aux longs cheveux ivoires qui commençait à empiéter un peu trop sur son espace personnel.
-Ouh là, mais c'est qu'il tire la tronche ! Ta donzelle t'as encore largué ? Rit-elle en dévoilant une belle rangée de dents blanches.
-Faudrait déjà qu'il en ait une ! » Rigola derrière eux une autre des danseuses, une brune sulfureuse au rouge à lèvre impeccable et aux yeux bleus comme un ciel sans nuages.
Katsuki grogna en descendant son deuxième verre, se jurant intérieurement qu'il ferait un jour comprendre à ces harpies qu'on ne se foutait pas impunément de la gueule du shérif. Les trois jeunes femmes, pour les présenter, étaient les danseuses de La Botte Poussiéreuse. Midnight, Mount Lady et Miracle Miruko de leurs noms de scène, étaient aussi séduisantes que redoutables, armées jusqu'aux dents sous leurs jupons et plus courageuses que n'importe quel habitant du bled. De nombreuses rumeurs circulaient à leur sujet, aussi, aucun des habitués du bar ne se risquaient à glisser une main baladeuse sur leurs cuisses ou leurs hanches par peur de se retrouver avec un bras en moins. On racontait entre autres que Miruko avait déjà fait son compte à un loubard à l'aide d'une simple fourchette, que Mount Lady était imbattable au bras de fer et que Midnight avait détroussé même les plus redoutables chasseurs de primes, et ça n'était que la mise en bouche.
En voyant qu'en effet, leur shérif semblait étrangement silencieux ce soir, ce qui était loin d'être une habitude chez lui, les deux autres jeunes femmes vinrent s'asseoir à ses côtés, curieuses de savoir ce qui faisait tirer cette tête de six pieds de long au jeune homme, qui descendait maintenant son troisième verre comme s'il s'agissait d'un shot de lait écrémé.
« Ben alors, mon chou, fit Midnight en lui caressant la joue avant de se faire repousser avec un grognement ennuyé, qu'est ce qui te tracasse ?
-Lâchez-moi, bandes de sangsues ! J'vous cause pas.
-Quel grognon, rigola Mount Lady derrière son éventail. En réalité, elles prenaient un malin plaisir à essayer de le faire sortir de ses gonds.
-C'est à cause de la lettre qu'il a reçue ! » Fit une voix à leur droite.
S'était accoudé au bar, discret comme une souris à tel point que personne ne l'avait vu arriver, le propriétaire des trois boutiques de vêtements de la ville, Neito Monoma, qui s'était assis gracieusement sur l'un des tabourets en commandant un verre de vin au barman qui lui répondit en grimaçant qu'il n'avait pas ça en rayon. À peine eut-il entendu le désagréable son de sa sale voix de fouine que l'officier avait collé sous son menton le bout du canon de son flingue, écumant comme un chien prêt à mordre à l'encontre du type qu'il ne pouvait pas s'encadrer par excellence :
« Toi, le sale vendeur de fanfreluches, tu la boucles ! Et comment t'es au courant, bordel ?
-Oh, allons, ce ne sont pas des manières, fit Neito avec son petit sourire suffisant que Katsuki détestait tant, et puis, j'ai des contacts, ajouta-t-il en terminant avec un clin d'œil qui fit définitivement vriller le shérif, retenu de justesse par les bras puissants des danseuses.
-Hé, l'énerve pas trop, Neito ! » Fit Midnight qui retenait Katsuki par sa chemise, agité comme un diable hors de sa boite et qui hurlait maintenant qu'il allait vraiment finir par se faire ce sale type.
Mais Monoma était tout à fait insensible aux menaces, et il continua pour que tous puissent bien entendre :
« Il paraître que les fédéraux, au vu des méthodes plus que douteuses de notre shérif, auraient envoyé un adjoint pour l'aider à résoudre les problèmes avec un peu plus de diplomatie.
-T'es mort ! Beugla le cendré qui était si agité qu'il envoya un coup de feu dans le vide, trouant le plafond et laissant une trace fumante dans le bois.
-Hé ! Mon bar ! Râla Hawks qui se pencha pour observer l'ampleur des dégâts, désabusé. Si vous voulez vous battre, faites-le dehors ! »
L'ambiance avait soudainement viré à la baston, et les clients étaient maintenant tous obnubilés par la scène qui se jouait devant eux, excitant les deux hommes pour qu'ils en viennent aux mains. Il fallait dire que les bagarres, c'était ce qui faisait la principale animation de la ville, mais Hawks mit rapidement les choses au clair en fichant Neito dehors et en prenant Katsuki entre quatre yeux pour lui faire comprendre que s'il voulait foutre la merde, il avait son poste pour faire ce qui lui chantait, mais qu'il n'avait pas intérêt à mettre son bar sans dessus dessous, représentant de l'ordre ou non.
Au final, le cendré quitta les lieux en bougonnant, râlant à Hawks d'ajouter ce qu'il avait bu sur son ardoise -qu'il ne paierait probablement jamais- et retourna traverser la rue pour remonter dans ses appartements, juste au dessus de son bureau. En passant, il envoya une énième fléchette en plein dans un vieil avis de recherche qui pendait au mur, un dénommé Dabi qui avait finalement été porté disparu et dont plus personne ne parlait. Ces habitants sont tous des tocards, pensa-t-il en se laissant lourdement tomber dans son pieu encore tout habillé et chaussé, sourcils froncés et dents serrés, les bras croisés derrière la nuque à fixer les tâches de moisissure sur son plafond insalubre.
Le pire, c'est que ce bougre d'âne de Neito n'avait pas tord. En effet, il avait reçu une lettre ce matin même du Marshall en charge de leur état, un dénommé All Might qu'il n'avait jamais rencontré en personne, qui lui indiquait avec ses plus grands respects que d'après les échos qu'il avait reçu sur ses méthodes de travail, il trouvait judicieux de lui envoyer un adjoint de chez eux histoire de lui faire comprendre que ce n'était pas toujours à coup de balle dans la tête qu'on réglait ses problèmes. Katsuki se retourna rageusement vers le mur. J't'en foutrait, des adjoints ! Et puis quoi, encore ?! Comme si lui, le grand, le terrifiant, le numéro un de tous les shérifs de ce foutu continent, avait besoin de l'aide d'un putain d'adjoint sorti de nulle part ! Il n'en revenait pas de se faire sermonner comme un mioche de la sorte, à tel point que ça lui en donnait des aigreurs d'estomac.
Quoi qu'il en soit, le type allait débarquer dans les jours à venir, et Katsuki était déjà sûr d'une chose : il le ferait revenir d'où il venait la queue entre les jambes.
§§§
L'aube fraîche qui se levait ce matin là sur Sin City vint déposer une fine couche de rosée qui s'évapora avant même qu'elle n'atteigne le sol. Il devait être à peine huit heures que le Far-West était déjà aussi bouillant qu'une assiette de lard fumante. Toute âme se planquait déjà comme elle pouvait dans les moindres recoins d'ombre, les vieillards subsistants à l'abri de leur porche, affalés sur leurs rocking chair et les filles s'éventaient avec énergie, faisant voler leurs longues mèches de cheveux vers l'arrière pour se rafraîchir le cou et la nuque. Dans une heure à peine, tous seraient rentré s'abriter au frais, et la bourgade redeviendrait une ville fantôme pour la journée jusqu'à ce que de nouveau, la nuit ne tombe et fasse renaître la vie dans la cité.
Soudain, une silhouette apparut au sud, brouillée par les mirages causés par la chaleur. C'était un homme à cheval et il s'approchait de la ville. Sa monture semblait peiner, et il lui fallu une éternité pour arriver jusqu'aux portes de Sin City sous lesquelles il s'arrêta, levant le nez pour déchiffrer le panneau histoire d'être sûr qu'il était au bon endroit.
Tous les regards des rares habitants qui étaient encore dehors se braquèrent sur lui avec méfiance. Rares étaient les visiteurs ici, et ce gars là ne semblait même pas venir du coin. C'était un jeune homme à qui l'on donnait même pas vingt ans, une tête de gosse, de grands yeux cachés sous son chapeau en cuir de vachette et des épis vermeils qui lui tombaient jusqu'aux épaules. Le gars avait autour du cou un foulard aussi rouge que sa tignasse, et la chemise qu'il portait sous son veston lui donnait le look d'un véritable garçon de ville. Aux pieds, il avait une paire de santiags parfaitement lustrées et portait une épaisse ceinture autour de son jean, derrière laquelle était parfaitement enroulé son lasso. On devinait, croisant son torse, la lanière en cuir de l'étui d'une arme à feu sur laquelle était fichée l'insigne en étoile de la loi fédérale.
Ni une ni deux, un vent de murmures se leva entre les silhouettes. Qui c'était, ce type ? Jamais vu par ici. Vu son insigne, ça devait sûrement être cet adjoint qui devait venir filer un coup de main au shérif. Il l'avait l'air d'un gamin, pourtant ! C'est sûr, il ne ferait pas long feu.
Le dit gamin, qui avait passé les portes de la ville et qui s'avançait maintenant parmi les bâtiments délabrés, zyeutait avec appréhension les figures qui le fixaient, tapies dans l'ombre comme des charognards attendant leur heure. Il déglutit, donnant un petit coup d'éperon à sa monture pour qu'elle accélère.
Eijiro, c'était son nom, était une jeune recrue de la cavalerie qui avait été envoyé par son chef, le Marshall All Might, pour assister le protecteur de ce trou paumé aux méthodes peu orthodoxes dans son travail. Le pauvre bougre, encore tout innocent, ne savait pas où il venait de mettre les pieds et commençait peut-être à comprendre les signes de croix que lui avaient adressé ses collègues lorsqu'il était parti en direction de Sin City la veille. Mais Eijiro était un gars courageux, et il n'allait pas commencer à se démonter maintenant. Il se remémora les paroles du Marshall, qui l'avait pris à part avant qu'il ne s'en aille :
« Eijiro, mon garçon ! Si je t'envoie à Sin City, c'est parce que je crois en toi ! Tu verras, le shérif n'est pas toujours facile à ce que j'ai entendu, mais tu es ma meilleure recrue ! Je te fais confiance ! Ramène l'ordre dans cette ville, c'est la mission que je te confie! »
Le jeune homme serra le poing. Si All Might avait placé tous ses espoirs en lui, il ne pouvait pas le décevoir. Il fit s'arrêter sa jument lorsqu'il arriva devant le poste de l'officier. Bien. C'était l'heure de mettre le pied à terre.
Perplexe, il descendit de sa monture qu'il attacha devant la bâtisse qui semblait tout bonnement fermée. Les volets et la porte étaient clos, et pas un seul son ne semblait provenir de l'intérieur. Hésitant, il gravit les trois petites marches du perron qui craquèrent sous son poids et vint toquer trois coups contre la porte de bois. Il se passa un instant sans qu'aucun son ne réponde à son appel et alors que le gosse s'apprêtait à tourner les épaules pour faire demi-tour, la porte s'ouvrit brusquement dans un fracas monumental, venant claquer avec force contre le mur si bien qu'elle y laissa quelques échardes; et une véritable furie bondit sur le porche, un flingue dans chaque main, hurlant à l'encontre du voyageur :
« QUOI, BORDEL ?! »
Eijiro écarquilla les yeux et se décomposa sur place, faisant trois pas en arrière. Ce n'était pas vraiment dans ses habitudes de se faire accueillir par les hurlements d'un parfait inconnu armé jusqu'aux dents. Mais il se remémora les paroles chaleureuses de son chef, et se racla la gorge pour se présenter :
« Bonjour, je-
-T'es qui, toi ? J't'ai jamais vu dans l'coin. Quess'tu m'veux ?
-Je suis euh, l'adjoint au shérif qui a été envoyé pour… »
Mais sa voix mourut dans sa gorge lorsque ses yeux descendirent sur le buste de l'homme et rencontrèrent l'étoile qui ornait sa veste poussiéreuse. Le barjo qu'il avait en face de lui, c'était le shérif. Mortifié, il releva les yeux vers l'homme, et les deux garçons s'échangèrent un long regard, comprenant chacun qui ils avaient en face d'eux. Ce putain d'adjoint. Ce foutu shérif. Ils le sentaient mal. Mais Katsuki coupa court au lourd silence pesant qui était retombé, crachant avec férocité :
« Ouais, bah tu r'tournes d'où tu viens. J'ai pas b'soin d'toi ! »
Et sur ces douces paroles, il lui claqua la porte au nez et retourna s'enfermer à l'intérieur de son poste. Mais le jeune adjoint n'était pas décidé à se laisser marcher dessus de la sorte. Il revint à la charge, frappant du poing contre le bois qui trembla sur ses gonds :
« Hé ! Ouvrez ! On m'a envoyé ici pour travailler avec vous, alors je resterai que ça vous plaise ou non ! »
De nouveau, la porte s'ouvrit en grand sur l'homme, appuyé contre l'encadrement un rictus moqueur aux traits :
« Ah ! Te fous pas d'moi, gamin. Tu t'es vu, avec ton look de vacher ? Tu vas pas faire long feu ici, alors dégage. »
Et rebelote, le battant lui fut claqué au visage, laissant Eijiro sur le palier comme un imbécile. Il serra les dents, bouillonnant. Ce gars là était un véritable… ! Mais il était coriace, et qu'il n'aille pas croire qu'il allait se laisser démonter aussi facilement. Aussi, le jeune homme s'assit lourdement sur les marches, bien décidé à attendre que l'autre type veuille bien sortir de son trou.
Il l'accompagnerait, et il se fichait bien de savoir si la nouvelle ravissait cet imbécile de shérif ou pas.
§§§
Une heure et demie de sitting plus tard, alors que le pauvre Eijiro commençait à se décomposer et à se demander quel chemin avait bien pu prendre sa vie pour qu'il se retrouve paumé au milieu de nulle part à attendre après un tel connard, la porte s'ouvrit à nouveau sur Katsuki qui daigna enfin quitter son poste, l'ignorant royalement, allant chercher son cheval derrière la bâtisse. Ni une ni deux, le rouquin bondit sur le dos de sa jument lorsqu'il vu que l'autre homme faisait de même, et la talonna pour arriver à sa hauteur, le hélant :
« Où est ce que vous allez ?! »
Katsuki lui jeta un coup d'œil mauvais par dessus son épaule avant de grogner :
« T'es encore là, gamin ? J't'ai dit de dégager. »
Eijiro gonfla les joues, râlant :
« Je ne vais pas faillir à ma mission ! Le marshall m'a envoyé pour vous aider alors-
-Change de disque, bon sang ! Tu m'gonfles. »
Bizarrement, il n'insista pas plus pour le faire décamper, commençant son tour matinal de la bourgade avec l'autre mioche qui lui collait au train. Voyant qu'il ne se faisait pas chasser, Eijiro se dit qu'il avait peut-être gagné, et en profita pour reluquer discrètement le type. Sa chemise était toute froissée, et il avait l'air fatigué, mais il dégageait vraiment une aura qui ne donnait pas envie de trop le chercher. Eijiro sursauta quand le cendré tourna ses yeux mauvais vers lui, sentant son regard dans son dos, et le jeune adjoint s'empressa de faire mine de regarder ailleurs en sifflotant innocemment.
Mais le calme ne fut pas de tout repos, car les deux hommes tombèrent, au détour d'une ruelle, sur un groupe de trois morveux qui s'amusaient à caillasser un chien. Ni une ni deux, le shérif bondit à terre, sortant son revolver de son étui et tirant un bon coup en l'air qui fit sursauter les mômes et décamper le pauvre animal par la même occasion.
« Non mais j'rêve, vous voulez que j'vous aide ?! On caillasse pas les animaux ! Hurla le blond en se dirigeant d'un pas furax vers la petite bande qui le regarda arriver avec une frayeur viscérale dans les yeux, regrettant instantanément leur acte.
-C'est pas c'que vous croyez, shérif ! Tenta de se défendre l'un deux, une pierre encore à la main, mais le représentant de l'ordre n'entendait pas les choses de cette oreille. Bon dieu ce qu'il haïssait ces foutus mioches.
-Te fous pas d'moi, je sais reconnaître la mauvaise graine quand j'la vois ! »
Terrorisé, le gamin recula jusqu'à heurter le mur, l'ombre menaçante du shérif le prenant au piège. Et soudain, l'homme le saisit par la cheville et le souleva de terre, le secouant comme un prunier pour lui faire passer l'envie de recommencer à maltraiter les bêtes :
« Alors, on joue toujours les durs, maintenant ? Sale gosse !
-Aaaaah ! Lâchez-moi ! » Pleurnichait le moutard qui voyait tout le contenu de ses poches pleuvoir par terre, alors que devant ses yeux, l'horizon faisait un aller-retour qui lui donnait la gerbe.
Eijiro admirait la scène, impuissant et effaré. Katsuki finit par lâcher le marmot qui détala dès qu'il eut de nouveau touché terre, et l'homme remonta sur son cheval comme si de rien n'était, faisant demi-tour pour revenir sur ses pas.
Ok, c'était légitime, pensa Eijiro en le suivant, préférant rester silencieux pour le moment, mais c'était quand même un poil excessif, non ? Enfin, pour le moment, personne n'était mort et comme il l'avait appris : toute mission commençait par de l'observation, alors il allait bien regarder avant d'agir.
Les deux hommes finirent par revenir au poste, mais contre toute attente, l'officier ne s'y arrêta pas et traça tout droit en direction des portes de la ville, vers le désert. Le jeune adjoint leva un sourcil, pas sûr de bien comprendre ce qu'il faisait.
« Vous ne rentrez pas ?
-Non gamin, grinça le blond, ces derniers temps une bande de scélérats tourne autour de la ville. J'patrouille pour montrer à ces tocards que j'monte la garde et qu'ils n'ont pas intérêt à mettre les pieds à Sin City s'ils ne veulent pas finir criblés de trous. » Fit-il en caressant la crosse de son arme.
Ils s'aventurèrent vers la steppe aride, et s'éloignèrent peu à peu de la ville, la bourgade rapetissant derrière eux et tremblant sous les mirages. Ils dépassèrent un bosquet de cactus lorsque le shérif fit s'arrêter sa monture pour descendre, scrutant les alentours d'un regard noir. L'adjoint l'imita et lâcha, dépité :
« Je ne vois personne, fit le jeune homme en regardant aux alentours. Le blond tiqua et se retourna vers lui :
-C'est parce que t'as pas d'yeux, andouille. Ils sont là-bas, planqués dans la montagne, ces sales rats. J'te jure qu'un jour, j'vais m'les faire… »
Mais il ne termina pas sa phrase qu'un serpent à sonnette quitta l'ombre fraîche des cactus pour venir se glisser entre ses jambes. Le shérif sursauta, jurant et bondissant alors que le reptile lui tournait autour :
« Qu'est ce que ?… Bordel, encore un de ces putain de serpents ! Dégage, sale vermine ! »
Eijiro pouffa derrière sa main en voyant que le cendré ne semblait pas vraiment apprécier la bestiole, mais rigola soudainement beaucoup moins lorsqu'il dégaina son revolver pour essayer de shooter l'animal. Évidemment, il le manqua, faisant une belle rangée de trous dans le sable, mais le bruit fit déguerpir leurs chevaux qui cabrèrent en hennissant et s'enfuirent au triple galop vers la ville, laissant l'officier et son adjoint comme deux imbéciles au milieu du désert. Le gamin décida de prendre les choses en main, et ni une ni deux, plongea vers le crotale et l'attrapa juste sous la tête avant que l'hystérie de son supérieur ne cause plus de dégâts.
« C'est bon, arrêtez de tirer ! Je maîtrise la situation ! »
Essoufflé, le chapeau de travers et les yeux injectés de sang, Katsuki fixait la bête tous croc dehors. Il s'empressa de se reprendre, faisant disparaître son arme et ré-ajustant son couvre chef.
« … Tss.
-Quoi, vous avez peur des serpents, shérif ?
-La ferme ! Explosa-t-il, j'ai pas peur de ces bestioles ! Balance-moi ça, on rentre. »
Eijiro haussa les épaules, le serpent toujours à la main, qui crachait son venin et remuait sa sonnette pour tenter d'impressionner les deux grosses bêtes qui étaient venues le déranger pendant sa sieste, en vain. L'adjoint fini par renvoyer l'animal derrière le bosquet de cactus comme s'il avait fait ça tout sa vie, et se retourna pour jauger la distance qui les séparait de la ville.
« Ça va faire une sacré trotte. Bravo, vous avez fait déguerpir nos chevaux !
-Boucle-la, morveux. J't'ai pas forcé à venir alors si t'es pas content, tu t'casses. »
Le rouquin soupira, déjà à bout après à peine une heure passée aux côtés de ce type. S'il voulait se casser comme il le disait si bien, il n'avait pas trente-six solutions : il allait déjà devoir rentrer à Sin City pour récupérer son cheval.
Les deux hommes se mirent alors en route, n'ayant pas d'autre choix que de compter sur leurs jambes pour les porter jusqu'à la ville, alors qu'au dessus d'eux, les vautours commençaient déjà à tracer des cercles dans le ciel.
§§§
Le soleil était à son zénith quand un Katsuki transpirant et un Eijiro à bout de souffle poussèrent la porte de La Botte Poussiéreuse, accueillis par une douce fraîcheur, une mélodie au piano et une odeur d'alcool et de crasse. En les voyant arriver, Miruko, qui lézardait en sirotant son whisky, ne perdit pas une seconde pour se jeter sur le shérif :
« Ben alors ! On a vu ton ch'val revenir au galop, et sans personne sur le dos. Il s'est passé quoi dans l'désert ?
-Toi, commence pas, gronda Katsuki d'une voix menaçante en s'accoudant au bar, balançant son chapeau devant lui pour essuyer d'un revers de manche sale la sueur qui perlait sur son front. Mais la jeune femme n'avait pas peur de ses semblants de menace, et se pencha en arrière en voyant que Katsuki n'était pas seul.
« Hé, qui c'est, lui ? Attends, ça s'rait pas le fameux adjoint ? C'est qu'il est plutôt pas mal ! » Rit-elle en zyeutant sans gêne le jeune homme de la tête aux pieds qui se sentit soudainement un peu mal à l'aise, regardant ailleurs.
Le représentant ignora les piaillements de la danseuse, et fit un signe de tête au barman qui vint vers eux, sans stopper d'essuyer avec son vieux chiffon la chope de bière qu'il tenait dans ses mains.
« Hé, Hawks, commença-t-il, tu me mets comme d'hab' et tu rajoutes un sirop pour le gamin, fit-il en pointant Eijiro du pouce qui s'étrangla au surnom. Il n'en pouvait plus de ce sobriquet !
-Arrêtez avec ça bon sang, fit l'adjoint en fronçant les sourcils, j'ai quand même vingt cinq ans, je vous signale ! Et je m'appelle Eijiro, tâchez de le retenir ! »
Il avait un peu levé la voix, et dans le saloon, ce fut la surprise générale. Le brouhaha ambiant avait stoppé comme si un silence glacial venait de tomber sur la petite échoppe, et même Gentle, au piano, s'arrêta pour se retourner vers le duo. Jamais personne n'avait contredit le shérif en public et ne s'en était sorti en vie.
Katsuki se retourna lentement vers son nouvel adjoint, descendant une main vers l'étui du revolver qu'il gardait à sa ceinture. Tous retinrent leur souffle, y compris le principal intéressé qui se dit qu'il avait peut-être envoyé la réponse de trop, cette fois-ci. Une fois qu'il fut tout proche de lui, le cendré grogna d'une voix sinistre :
« T'arrêtes de m'vouvoyer, toi, ça m'gave. Et t'es un putain de gamin. » Scanda-t-il en rapprochant son visage tout près du sien, si bien qu'Eijiro put sentir son souffle sur son visage lorsque que le shérif planta dans ses deux billes son regard glacial de tueur.
Le rouquin déglutit, réajustant son chapeau et tirant un peu sur le foulard qu'il avait autour du cou. Pourtant, il ne se décontenança pas, et se tourna vers le barman.
« Laissez tomber le sirop. Je prends une bière.
-Ah ah ! La danseuse, elle, profitait de la scène comme si elle était en pleine séance cinématographique, se délectant de chaque interaction entre son représentant de l'ordre adoré et le petit chiot qui lui collait aux basques, c'est qu'il se laisse pas faire, celui-là !
-Miruko, tais-toi !
-Ça va être compliqué, les gars, fit Hawks qui coupa court à leur petit spectacle, haussant les épaules. J'ai presque plus une goutte d'alcool. C'est que le convoi a du retard, vous savez. »
Aussitôt, le shérif redevint sérieux, posant son regard sur l'homme en face de lui, l'air grave :
« T'es en train d'me dire que cette foutue locomotive a toujours pas pointé l'bout d'son nez ?
-Toujours rien. Ça n'arrive pas, et je suis sur les réserves, moi. Tu peux rien faire ?
-Oh que si, j'peux faire. » Et sur ses paroles, Katsuki, qui semblait soudain avoir récupéré de sa longue marche dans le désert, revissa son chapeau sur sa tête et tourna les talons pour sortir du bar, rapidement suivit par Eijiro qui ne le lâchait décidément pas d'une semelle.
Lorsqu'ils furent dehors, et alors que le cendré traversait la rue pour retourner à son poste, le jeune homme l'arrêta :
« Attendez, c'est quoi cette histoire de convoi ? Qu'est ce qu'il se passe ? »
Déjà engagé sur les marches de son perron, l'homme s'arrêta et tourna à peine la tête vers le plus jeune :
« Ça t'regarde pas, gamin. C'est des affaires d'adultes. Pourquoi t'irais pas faire un tour ?
-Je veux vous aider ! Si vous avez une affaire à résoudre, je suis là pour-
-Pfff ! Pouffa le shérif qui le coupa, se retournant totalement vers lui cette fois : tu t'fatigues pour rien, j'te dis. Va jouer ailleurs, moi j'vais bosser. J'te veux plus dans mes pattes, tu m'gênes. Allez oust. »
Et pour la troisième fois de la journée, la porte du poste claqua au visage du pauvre garçon qui se retrouva bras ballants au milieu de la rue, encore une fois jeté comme un vieux chiffon par le blond qui n'en avait décidément rien à faire de lui. À nouveau, il sentit la rage le prendre aux tripes, vexé d'être si peu pris au sérieux. Qu'il ne veuille pas le lui pour l'aider, c'était une chose, mais qu'il le pense incapable de gérer des affaires d'adultes comme il le disait si bien, alors qu'il en était un, ça, ça le foutait en rogne !
Impuissant face à la porte de prison qu'était l'homme, le jeune adjoint décida de laisser tomber, au moins pour le moment. Après tout, il avait passé la nuit à faire la route de sa garnison jusqu'au trou paumé qu'était celle ville de malheur, et il fallait avouer que la petite promenade de santé sous le soleil brûlant de l'Ouest n'avait pas été très reposante. Il revint vers sa jument, qui s'était rangée auprès de l'étalon noir du shérif. Les deux bêtes se frôlaient amoureusement du bout du museau, semblant roucouler sous l'ombre du poste. Le rouquin soupirant en l'attrapant par le mors, l'attirant derrière la bâtisse pour l'amener boire :
« On dirait que toi, au moins, tu as trouvé quelqu'un qui t'apprécie. Je t'envierais presque. »
Pas qu'il s'attendait à se faire aduler par le type à peine arrivé, mais l'accueil plus que rebutant qu'il lui avait offert n'était pas des plus motivants, même si Eijiro était du genre obstiné. Alors que sa monture plongeait le nez dans l'abreuvoir qui se trouvait de l'autre côté du bâtiment, le jeune homme se mit à réfléchir. Peut-être qu'il pourrait faire un tour du quartier histoire de recueillir auprès des habitants des témoignages quant aux méthodes du blond ? Probablement que ça lui permettrait d'y voir un peu plus clair.
Dès qu'il eut fini de désaltérer sa bête, il ne perdit pas une seconde pour aller faire le tour des commerces. Rien de mieux que les habitués pour récolter les informations les plus véridiques. En face de lui, se trouvait ce qui semblait être l'épicerie du coin, malgré la devanture rafistolée au scotch façon amateur qui épelait « Hanta's Grocery » en vieilles lettres délavées et qui penchait un poil trop vers la gauche pour être droite. Il traversa la rue d'un pas rapide, et une sonnette joyeuse l'accueillit lorsqu'il pénétra dans l'échoppe.
Il faisait sombre dans le magasin. Un rai de lumière filtrait à travers les planches de bois qui condamnaient les fenêtres, faisant apparaître les particules de poussière qui virevoltaient dans l'air. L'endroit semblait presque à l'abandon tant il était miteux, une couche épaisse de sable et de saleté au sol et sur les étagères, et personne derrière le comptoir. Le jeune homme fit un pas, s'apprêtant à lever la voix pour appeler quelqu'un, quand une silhouette déboula d'un coup de l'arrière boutique. C'était un garçon à peine plus âgé que lui d'apparence, un asiatique aux cheveux noirs et lisses comme des baguettes, aux grands yeux et large sourire qui l'accueillit d'un air surpris, comme s'il n'était pas vraiment habitué à avoir des clients :
« Bonjour ! J'peux vous aider ? Tiens, j'vous ai jamais vu dans le coin ! Vous êtes un petit nouveau, en ville ? »
Le rouquin se sentit presque soulagé de se retrouver face à une figure si aimable. Il s'approcha un peu plus, posant ses mains sur le comptoir :
« Je suis l'adjoint au shérif, j'ai été envoyé pour l'épauler dans son travail et, euh, comment dire, je voulais vous poser quelques questions à son sujet… »
Voyant qu'à la mention des mots « shérif » et « épauler » l'homme en face de lui tirait la grimace, il comprit qu'il n'aurait probablement pas pu tomber sur pire coéquipier.
« Bah, comment dire, Katsuki est… L'homme réfléchit, haussant les épaules : bah il a ses méthodes, quoi. Et faut pas l'emmerder. Ça, c'est clair. Il vous dégomme un gus plus vite que son ombre, y'a pas à dire. Mais moi, j'en sais pas trop sur lui. Allez voir le pharmacien, ils se connaissent depuis qu'ils sont nés, à c'qui s'dit. »
Eijiro sembla prendre note, avant de remercier le garçon pour faire demi-tour. La pharmacie, ça lui disait un truc. Ils avaient probablement dû passer devant dans la matinée lorsqu'ils avaient fait leur tour.
En sortant, il fut reçu par une lourde vague de chaleur qui lui coupa le souffle. Maudit désert, pensa-t-il en hésitant entre deux ruelles, afin de finalement retrouver celle qui le mena tout droit devant la boutique au caducée. Lorsqu'il entra, il fut surpris de trouver un magasin impeccable, probablement le plus reluisant de ce trou. En même temps, c'était sûrement pour une question d'hygiène… Le jeune homme à l'air chérubin qui se trouvait derrière la caisse avait le nez plongé dans un cahier qu'il remplissait avec une application honorable, marmonnant dans sa barbe des phrases incompréhensibles, si absorbé par la tâche qu'il ne remarqua même pas le cow-boy qui venait vers lui. Ses bouclettes aux reflets verts rebondirent sur son crâne lorsqu'il releva ses grands yeux émeraudes sur l'adjoint une fois qu'il fut face à lui :
« Ah, euh, bonjour ! Vous m'avez fait peur ! Vous avez besoin d'un remède ?
-Désolé, s'excusa le rouge en retirant son chapeau et se grattant la nuque avec embarras. En fait, je venais pour…
-Tiens, vous êtes nouveau, vous, le coupa le garçon en le fixant avec intérêt. Vous venez d'où ? Vous faites quoi, par ici ? » Insista-t-il en ouvrant une nouvelle page de son cahier, prêt à prendre des notes, insatiable.
Eijiro hésita, un peu gêné par l'indiscrétion du jeune homme, mais il ne devait pas oublier ce pourquoi il venait ici en premier lieu. Il poursuivit :
« Je suis l'adjoint au shérif, en fait…
-Ah, c'est vous ? Alors vous avez du supporter Kacchan toute la journée ?! Mon dieu, vous vous sentez bien ? »
Alors que l'adjoint se disait que décidément, la nouvelle s'était répandue comme une traînée de poudre supersonique, il soupira d'un petit rire déçu :
« Je crois qu'il est plus juste de dire que c'est plutôt lui qui ne me supporte pas…
-Il est pas vraiment du genre amical, le prenez pas personnellement, répondit le vert d'une voix soudainement grave. Kacchan est pas foncièrement méchant, mais il a ses méthodes, et il ne supporte pas qu'on essaie de le faire changer. C'est sûr qu'elles ne sont pas des plus acceptables, mais bon…
-Vous pouvez m'en dire plus ? »
Eijiro était intéressé. Après tout, à part un vague encart qui lui apprenait que le shérif de Sin City n'était pas une nonne, il ne savait pas grand-chose sur ses « méthodes » dont tout le monde parlait sans jamais en préciser la nature. Le pharmacien se mit à réfléchir, le regard en l'air :
« Eh bien, il y a peut-être la fois où il a tiré dans la jambe de Monoma parce qu'il avait lancé la provocation de trop, ou celle où il avait trop bu, chez Hawks, et qu'il s'est mis à tirer à vue sur le lustre… Ah, non, je sais ! Il y a la fois où il a chassé des étrangers qui s'approchaient un peu trop près de la ville à coup de fusil à pompe, ou alors…
-D'accord, j'ai compris, j'ai compris ! » Le coupa le jeune homme qui n'eut pas besoin de plus pour comprendre qu'il en avait déjà bien assez entendu.
Le rouquin remercia l'autre garçon et quitta la pharmacie d'un pas décidé, remonté à bloc et prêt à faire entendre à l'officier que gamin ou pas, il avait deux mots à lui dire. Il n'en revenait pas de ce que lui avait confié le pharmacien, et la liste de tous les exploits du cendré semblait être encore longue. Ce n'était pas normal qu'un type pareil ait à charge une ville entière !
Le temps qu'il fasse son petit tour du propriétaire, la nuit avait déjà commencé à envelopper la ville de son voile bleuté, et un vent annonciateur d'une tempête à venir faisait se soulever la fine couche de sable qui jonchait le sol. Où pouvait-il encore bien être, cet énergumène? Se demanda le roux en errant entre les ruelles. Toujours enfermé dans son poste, ou à se saouler au saloon pour oublier qu'en tant que protecteur de la ville, aussi perdue soit-elle, il avait des obligations ? Ce n'était pas parce que Sin City était coupée de tout qu'elle était une zone de non-droit, et ça, le jeune homme comptait bien le lui faire entendre.
Il revenait d'un pas décidé vers l'entrée de la ville, où se trouvaient les appartements du shérif et le bar, lorsqu'il vit l'objet de toutes ses tensions quitter sa demeure pour traverser la rue. Ni une ni deux, il lui bondit dessus, lui barrant le passage et l'affublant d'un regard noir :
« Hé, vous, là. Il faut qu'on cause, je crois.
-Non mais j'rêve, t'es pas encore parti, toi ? Sors de là, t'es sur mon ch'min. Râla Katsuki qui le dépassa en le bousculant sans douceur pour lui faire dégager le plancher. Mais Eijiro n'allait pas en rester là. Il attrapa son bras, le stoppant dans son élan, ce qui n'était peut-être pas la meilleure des solutions car au contact, le shérif démarra au quart de tour :
« Me touche pas, bordel! Tu vas pas t'y croire comme si t'étais ma daronne, non plus ? Tu veux qu'j'te cale une balle entre les deux yeux, pour voir ?
-Essayez seulement, je serais vous, je ne me sous-estimerait pas trop, fit Eijiro en posant sa main libre sur la crosse de son arme. Vous savez qu'on m'a donné l'autorisation de vous arrêtez, alors je vous conseille de ne pas trop jouer au dur avec moi. »
C'en fut trop. Allumé par ses paroles, il se saisit brutalement du col de la chemise de son adjoint, le faisant reculer d'une dizaine de pas et le plaquant violemment au mur du saloon, lui arrachant une quinte de toux au passage. Il colla son visage menaçant au sien, crachant à son égard sans aucune réserve :
« Espèce de sale morveux, tu t'prends pour qui, au juste ? Tu crois qu'j'en ai quoi qu'ce soit à foutre, de ta permission d'mes deux ? Pourquoi tu t'obstines à rester là comme un bon clébard de l'état ? Dégage, j'te dit ! Retourne dans les jupons d'ton Marshall ! Tu sais pas à qui t'as affaire, t'es qu'un gosse, si on t'presse le nez y'a du lait qui en sort ! »
Le souffle court, le regard plongé dans celui du plus âgé avec détermination, Eijiro n'était pas décidé à se laisser marcher dessus de la sorte. Certes, il était peut-être jeune, mais si on lui avait accordé assez de confiance pour l'envoyer ici, c'est qu'il en valait la peine. Hargneux, il siffla entre ses dents :
« Vous êtes mal placé pour parler. Vous devriez vous remettre en question, vous et vos méthodes, et vous demander pourquoi on a envoyé un gamin pour vous aider, espèce de minable. »
Le sang du cendré ne fit qu'un tour, et avant même que le jeune homme n'eut le temps de regretter ses paroles, il se prit un coup de poing bien senti en plein dans la joue qui l'envoya directement au tapis. Son visage heurta la poussière, et il se redressa sur ses coudes, sonné, sentant qu'un liquide chaud coulait de son nez jusque sur ses lèvres et son menton, laissant de petites gouttes sombres sur le sol poussiéreux.
Le shérif se plaça au dessus de lui, une jambe de chaque côté du corps du gamin, la main sur la crosse de son revolver. Sa voix était sourde et ses prunelles rouges semblaient luire dans le noir.
« Tu f'rais mieux d'pas rester ici, morveux. Tu pourrais bien t'faire fumer un d'ces quatre. C'est mon dernier avertissement »
Puis il enjamba son adjoint et disparut dans l'ombre de la nuit, au détour d'une ruelle, le bruit de ses pas s'éloignant jusqu'à totalement disparaître. Lentement, Eijiro se releva, prenant appui sur le mur encore sonné par le coup magistral qu'il venait de se prendre, et épousseta son jean en avisant avec déception le sang qui avait tâché sa chemise, avant de se mettre à tituber jusqu'à l'entrée du saloon. Il se sentait plus que dépité lorsqu'il poussa les deux portes battantes de la vieille bâtisse pour aller s'affaler au bar, sa joue le lançant douloureusement et le sang continuant à s'écouler à grand flots. C'était le début de la soirée et les danseuses, qui n'avaient pas encore commencé leur show et qui traînaient près du comptoir, remarquèrent que le pauvre gosse était dans un piteux état. Miruko, qui comprit immédiatement pourquoi l'adjoint revenait avec un nez en sang et une joue gonflée, s'approcha de lui d'un air inquiet.
« Ouh là là, il t'as pas raté, dis moi. »
Eijiro leva lentement les yeux vers elle. Il n'avait plus d'énergie à rien, ce soir, et soupira :
« Qui te dit que c'est lui…
-Oh, arrête, hein. Pas d'ça avec moi. Hé, Hawks ! Apporte-lui de la glace, tu veux ?
-Aïe, le shérif a encore frappé, hein ? Fit Midnight qui s'installa à côté d'eux. C'est toi l'adjoint, alors ? Mon pauvre petit, on peut dire que t'es mal tombé, avec lui. »
Alors qu'Eijiro se saisissait mollement de la poche de glace qui lui tendait le barman, se la collant contre la joue en réprimant un frisson, il souffla :
« Non, peut-être qu'il a raison. Je ferais mieux de m'en aller, il n'a pas besoin de moi.
-Tu sais, Katsuki n'est pas un mauvais bougre, poursuivit Miruko qui poussa vers lui la fin de son verre de Whisky que le jeune homme descendit d'une traite. C'est juste que la solitude lui a rendu la peau dure. Il est pas facile à percer, mais peut-être que s'il tient autant à te chasser c'est parce qu'il s'inquiète pour toi.
-Sin City est loin d'être une p'tite ville tranquille, enchaîna Mount Lady qui s'était accoudée dos au bar, Tu l'verras si tu restes un peu plus de trois jours ici. Crois pas être tombé au Paradis, mon gars. »
Le jeune homme laissa échapper un long souffle, regardant succinctement les trois filles qui avaient plus que l'air de savoir de quoi elles parlaient. Puis, il sortit de sa poche une liasse de billets et en déposa deux sur le bar, sous les yeux surpris des quatre locaux, avant de demander à Hawks de son air de chien battu :
« Ça vous dérange pas si je passe la nuit ici ? J'ai cru comprendre que vous aviez des chambres à l'étage.
- La troisième à droite au bout du couloir, fais comme chez toi. » Fit Hawks en se saisissant des billets qu'il fourra dans la poche de sa veste, encore surpris de l'épaisseur du paquet que venait de leur sortir le gamin.
Traînant des pieds et remerciant le propriétaire d'un signe de tête, le jeune homme monta piteusement les escaliers. En le voyant s'éloigner, Midnight souffla :
« La vache, ce gamin est pété de thunes, ma parole !
-N'y pense même pas. » La coupa Miruko qui lui lança un regard noir.
Les trois danseuses et le barman regardèrent le jeune homme disparaître au coin du mur, le son de ses pas faisant encore un peu craquer le plancher après qu'il ait disparu du décor. On ne pouvait pas dire qu'il eut l'air très en forme, mais affublé du diable de Tasmanie qu'était le shérif, ça pouvait se comprendre.
Une fois seul, il se laissa tomber entre les draps miteux qui n'avaient probablement jamais été changés depuis que la chambre avait été faite, si bien qu'un nuage de poussière se créa dans l'air lorsque le buste de l'adjoint atterrit mollement sur le matelas qui couina en accueillant le garçon de tout son poids sur ses vieux ressorts. Mais Eijiro n'en avait cure, et ni même l'odeur de renfermé, ni même le bruit qui provenait d'en bas et qui s'entendait comme si on y était tant la petite pièce était mal isolée ne pourrait le déranger plus que le sentiment d'échec monumental qui lui brûlait la poitrine.
Il se sentait plus que nul ne n'avoir su trouver grâce aux yeux de l'officier. Certes, le problème ne venait peut-être pas de lui mais plutôt de l'égo surdimensionné de l'autre homme, mais le rouquin ne pouvait s'empêcher de se souffler que, peut-être que s'il avait été plus crédible, il aurait pu accomplir en bonne et due forme la mission que son Marshall lui avait confié.
S'endormant à moitié, épuisé et démoralisé par la journée haute en couleurs qu'il venait de vivre, il se dit en sombrant qu'il ferait peut-être mieux de plier bagage et de repartir dès l'aube.
Après tout, peut-être que cette saleté de blond aux yeux rouges aurait fini par avoir raison de sa ténacité.
§§§
Un nouveau jour se levait sur Sin City. À l'horizon, le dégradé orange du soleil levant venait déteindre sur le bleu pâle de la nuit qui s'en allait lentement, remportant avec elle les derniers petits éclats brillants qui persistaient encore à luire dans le ciel. Depuis la veille, un vent venu du désert soufflait sournoisement, se faufilant entre les vielles bicoques, faisant craquer les planches de bois séchées et entraînant sur son passage des touffes rondes d'une herbe plus que morte. La ville était déserte, dénuée de toute âme. Volets et portes étaient clos, car les habitants d'ici savaient ce que signifiait cette brise qui s'était levée depuis hier : une tempête de sable les engloutirait d'un instant à l'autre, et tout être qui souhaitait survivre n'avait pas la folie de se laisser surprendre.
Pourtant, dans le silence qui balayait la vallée, seulement troublé du souffle du vent, s'élevait l'écho du sabot d'un cheval qui traversait la bourgade. Sur son dos, l'adjoint, qui avait empaqueté son maigre attirail et qui avait quitté la chambre du saloon sitôt que les premiers rayons du jour s'étaient profilés sur le Far-West. Il avait réfléchi, cette nuit, son sommeil troublé d'une agitation dont il devinait bien la cause, et avait pris la décision de ne pas rester. À quoi bon, après tout ? Il ne se sentait pas le cœur à marauder dans cette ville véreuse comme un imbécile. Il avait compris. Le shérif ne voulait pas d'adjoint, et après le lui avoir fait rentrer dans le crâne à coup de phalanges bien senties, il avait fini par l'assimiler. Il n'était pas le bienvenu à Sin City, alors il retournait au fort d'où il venait où là bas au moins, il avait une place.
Il passa sous les portes de la ville sans même un regard nostalgique pour le vieux bois qui craquait face au vent, trop préoccupé par l'appréhension que le rongeait déjà, honteux d'abandonner si vite et de rentrer la queue entre les jambes. Doucement, il commençait à se laisser gangrener par l'idée qu'il n'était peut-être pas aussi mature que ce que son supérieur avait pu croire, qu'il avait encore besoin d'entraînement, et que les progrès qu'il pensait avoir fait n'étaient qu'illusions. Le jeune homme était si fixé sur ses idées noires qu'il ne calcula pas l'espace d'un seul instant que le vent qui leur faisait face pourrait leur être mortel, à lui et sa monture.
Mais lorsqu'il releva les yeux, ses joues et ses paupières piquées par les milliers de grains microscopiques qui vinrent lui érafler le visage, et qu'il aperçut l'immense nuage de poussière qui arrivait à toute vitesse sur lui, à un kilomètre à peine de distance, il était trop tard. Il n'eut pas le temps de faire faire un demi-tour brusque à sa jument que le géant de fumée l'engloutit tout entier, l'aveuglant et lui faisant perdre tous ses sens comme s'il venait de l'avaler au plus profond de lui.
Pris au piège, le jeune homme, brinquebalé par sa monture en panique, se trouva totalement désarmé. Impossible, avec ce brouillard, de savoir d'où il venait pour retourner le plus vite possible sur ses pas ! Il était pris en plein dans le tourbillon, si bien qu'il dû lâcher les rênes pour se protéger le visage de la tourmente qui l'assaillait.
Quel imbécile ! Hurla sa conscience entre deux bouffées de panique, je vais mourir ici alors que je fuyais mon devoir. Je ne suis vraiment pas un homme.
Je ne suis vraiment pas un homme…
Alors que le sable soufflé par les rafales bourdonnait à ses oreilles, et que son instinct primaire lui faisait comprendre qu'il ne s'en sortirait pas, une poigne puissante et presque surréelle le fit sortir de sa torpeur, le tirant pour le ramener à l'instant présent. Une voix, distordue par la tempête, lui cria de le suivre. La figure éthérique qui était venue à son secours, elle aussi à cheval, passa autour du cou de sa jument un lasso et tira l'inconscient d'un coup d'un seul, traversant la poussière à l'aveugle.
Il eut l'impression qu'il galopèrent des heures à travers le nuage, bravant les grains qui ouvraient leur chair à l'endroit où elle était le plus fine. Dans un élan de lucidité, il avait remonté son foulard sur le bas de son visage, mais sentait ses poumons le brûler de la poussière qu'il avait déjà inhalée. Il reconnut à travers l'embrun les portes de la ville, et sut qu'il revenait sur ses pas, même s'il s'en doutait déjà. Déchu de tous ses sens, il se fit guider à l'aveuglette et lorsque son cheval s'arrêta enfin, il sentit qu'on l'en tirait pour qu'il descende. Se cassant à moitié la figure, il réussit maladroitement à poser un pied au sol, les jambes fébriles, et fut attiré à l'abri de quatre murs où on le balança sans ménagement contre ce qui devait être une table dont il se mangea le coin pile dans les côtes en atterrissant droit dans le mobilier.
À peine eut-il reprit une goulée d'air respirable qu'une quinte de toux sonore le pris. Il avait du sable dans les yeux, le nez et la bouche, et s'essuyait piteusement le visage pour tenter de se débarrasser de la poussière qui inflammait ses muqueuses. Lorsqu'il put enfin ouvrir les yeux sans y voir trouble, quelques secondes plus tard, il observa, hagard, les alentours, avant que son regard ne se pose sur la silhouette qui se tenait face à lui.
Des éperons étincelants même dans la pénombre de la pièce, et un long manteau noir qui lui tombait aux chevilles. Pas de doute possible sur l'identité de cette main qui venait de le sortir des enfer.
Furibond, il fit une cabriole vers l'arrière, ses yeux se levant jusqu'au visage de celui qui se tenait juste là, bras croisés et regard furieux, le visage sali par la crasse de la tempête. Le shérif était droit, à le marteler du regard, les lèvres pincées et prêt à lui balancer en plein visage une litanie de reproche comme on engueule un gamin imprudent.
« Vous !… » Réussit seulement à articuler Eijiro qui n'en revenait pas d'avoir la dernière personne qui aurait bien voulu le voir en vie sous le nez.
« Je voulais que tu dégages de ma ville, pas qu'tu t'foutes en l'air, cracha le cendré sans lui laisser le temps d'argumenter. T'as donc vraiment pas d'cervelle pour te jeter dans une tempête pareille ? »
Le rouquin rentra la tête dans les épaules, préférant garder le silence. Il ne se sentait pas vraiment d'avouer à ce gars qu'il avait la tête ailleurs parce qu'il redoutait de décevoir son supérieur. Mais Katsuki n'ajouta rien, et se saisit d'un bouteille de gnôle qui traînait en haut de la cheminée qui faisait l'angle de la pièce, la balançant au gamin sans un regard de plus, alors qu'il allait s'affaler sur la chaise d'un bureau sur lequel s'entassait une montagne incroyable de paperasse en tout genre. Eijiro comprit alors qu'il l'avait emmené au poste, l'endroit même où il ne l'avait pas laissé glisser le bout de son nez jusqu'à lors.
Observant discrètement les lieux, il porta la bouteille à ses lèvres sans même s'inquiéter de savoir quel genre de liqueur elle pouvait bien contenir. Après tout, il avait trop soif pour se permettre de faire la fine bouche et même si l'alcool lui brûla les lèvres et lui tordit l'estomac, il avait comme le goût délicieux de la première sensation qu'il retrouvait après avoir faillit s'éteindre.
Une heure plus tard ou peut-être plus, il n'en sut rien, la tempête semblait s'être apaisée. Seul le chuintement d'une brise qui se faufilait sous la porte témoignait encore des restes de l'ouragan, mais les volets ne claquaient plus, et la lumière du jour semblait percer peu à peu entre les nuages clairs. Toujours assis à même le sol, les jambes repliées contre son buste et les coudes appuyés sur ses genoux, le jeune adjoint fut tiré de ses pensées lorsque le cendré quitta son fauteuil pour aller se poster à la fenêtre, jetant un regard à travers les stores de bois avant de grogner :
« On dirait qu'c'est fini. Lève-toi. »
Eijiro se redressa, persuadé que maintenant que le danger était passé, il se ferait remettre dehors fissa à grands coups de pieds au derrière. Mais quelle ne fut sa surprise lorsque le shérif lui lança, le fixant par dessus son épaule :
« On va s'décrasser, viens. »
Il y avait, derrière le poste, un large abreuvoir où les cow-boys amenaient se désaltérer leurs bêtes, mais aussi où les gamins venaient s'éclabousser et où les corniaud errants de Sin City s'abreuvaient lorsque le soleil leur brûlait trop la couenne. Après le nuage de sable sans précédent qu'ils s'étaient mangé en pleine poire, le shérif et son adjoint n'étaient en effet pas beaux à voir. Leurs vêtements avaient pris une sale teinte crasseuse, et la poussière avait séché leur peau et collés leurs cheveux. Les deux garçons sortirent du bâtiment et en firent le tour, et, ni une ni deux, arrivé devant le bac de flotte, le blond se désapa comme s'il ne connaissait pas l'existence de la pudeur et s'accroupit avant de plonger la tête en plein dans le bassin. En le voyant faire, le rouquin frôla la syncope et s'empressa de détourner le regard, un flot de sang lui montant directement aux joues. Ce gars-là n'aurait définitivement jamais fini de le surprendre.
En sortant le visage de l'eau, ses mèches de cheveux dégoulinantes plaquées à son front, le blond reprit son souffle avant de se secouer comme un chien, envoyant de l'eau partout, se retournant vers son adjoint :
« Ben alors, t'admires le paysage ? Viens, j'te dis.
-Oui, je… Enfin, vous… Faites, j'irais après. » Bredouilla l'adjoint qui restait tourné, bégayant en regardant le sol comme s'il cherchait à tout prix à éviter son regard.
Le shérif était peut-être un peu brut de décoffrage sur les bords, mais il était loin d'être long à la détente, et vu comment l'autre couillon se tortillait, l'air plus embarrassé que jamais, il n'y avait pas à tergiverser mille ans. Il avait compris. Aussi, l'occasion de le railler un bon coup était trop belle, et il n'allait sûrement pas se priver de lui donner envie de s'enterrer encore plus :
« Dis donc, j'rêve où c'est l'fait que j'me sois foutu à poil qui t'met dans cet état ? Tu sais bien comment sont fait les gars, non ? Tu fais ta p'tite nature, ou alors c'est que j'te fais d'l'effet ? »
Évidemment, ses mots eurent l'effet escompté, et le pauvre adjoint implosa littéralement, fumant comme une cocotte minute :
« Quoi ?! Mais non ! Vous !… Vous vous déshabillez comme ça sans prévenir et… ! »
Il pataugeait, ne trouvant pas ses mots et devenant rouge comme une tomate trop mûre. Le shérif explosa de rire devant le spectacle que lui offrait le gosse et s'envoya une gerbe d'eau dans la nuque avant d'ajouter :
« C'est bon, gamin, j'm'en tape tu sais. T'façon j'm'en doutais bien.
-Qu'est ce que vous voulez dire ?… Eijiro se retourna pour de bon cette fois-ci et le regarda droit dans les yeux, inquiet d'être percé à jour.
-Faut dire qu'hier, les filles ont pas eu l'air de beaucoup t'plaire. Personne est insensible à leur charme même si elles sont de vraies carnes. Puis 'faut dire qu'tu t'es pas mal rincé l'œil quand on s'est rencontrés, ricana le blond en plongeant sa chemise dans l'eau.
-Mais non !… Se défendit le jeune homme, mais c'était peine perdue et il le savait : il l'avait un peu reluqué, ce n'était pas faux. Alors qu'il grimaçait, honteux, le shérif termina :
-Y t'on pas appris, à la caval'rie, que c'est pas ton orientation qui f'ra toi un bon ou un mauvais soldat ? On en a rien à braire gamin, alors fais pas cette gueule. »
Le rouquin releva le nez et croisa les yeux rouges du blond qui ne lui avait jamais parlé aussi gentiment depuis qu'ils s'étaient rencontrés. Ça lui faisait tout drôle, et il se dit qu'il était peut-être un peu content de ne pas être mort dans la tempête, finalement. Mais soudain, l'officier se releva, toujours aussi peu habillé, attrapant son futal pour l'enfiler alors qu'il était encore trempé. Eijiro se plaqua une main devant les yeux, geignant :
« Faites attention, s'il vous plaît !
-C'est bon gamin, t'as plus rien à craindre, se moqua l'homme en le contournant pour retourner au poste, j'te laisse faire ton affaire. Rejoins-moi après, 'faut qu'on discute d'un truc. »
Le jeune adjoint le regarda s'éloigner puis disparaître au coin de la bâtisse, pas sûr de comprendre. Lui parler ? C'était étrange, venant de lui. Mais peut-être que c'était à propos de quelque chose d'important. Ni une ni deux, le rouquin retrouva sa verve, oubliant sa petite déprime de la veille et s'empressa d'aller lui aussi se plonger la tête dans l'eau pour se débarrasser de toute cette crasse.
Il avait l'impression que sa mission allait enfin commencer, et pour de bon, cette fois-ci.
§§§
« Bon, tu vas bien m'écouter, gamin, parce que j'vais pas t'le répéter quinze fois. »
Sur le bureau précédemment envahi de papiers, était étalée une vielle carte aux bords cornés et déchirés, retenue par les deux mains du shérif qui l'empêchait de se ré-enrouler sur elle-même. À sa gauche, l'adjoint plissait les yeux pour essayer de déchiffrer ce qu'épelait l'encre presque totalement effacée par le temps, mais il distinguait tout de même ce qui semblait être un plan de la ville et de ses alentours. Katsuki posa son doigt sur le dessin d'un chemin de fer qui venait jusqu'à Sin City, les sourcils froncés. Il n'avait presque jamais eu l'air aussi sérieux :
« Tu vois, ça ? C'est l'chemin d'fer qui vient jusqu'à chez nous. Comme tu l'sais, l'convoi a pris du r'tard, et en réfléchissant, j'ai fait l'lien avec ces vauriens qui traînent des les montagnes, près d'la ville. J'crois qu'c'est pas après nous qu'ils en ont, mais après la cargaison. Ils ont du mettre des obstacles sur la route pour le ralentir, j'en suis sûr.
-Qu'est ce qu'on peut faire ? Fit l'adjoint en suivant des yeux le tracé du cadastre.
-On les chope, et on leur fait passer l'envie de v'nir se frotter à nous. » Vociféra le cendré en serrant le poing.
L'adjoint leva les yeux vers lui, l'air pas très convaincu par son enthousiasme. Il espérait qu'il n'aille pas encore agir n'importe comment en tirant dans tous les sens, mais d'un autre côté, il se faisait confiance pour reprendre la situation en main si jamais ça dégénérait.
Une fois la carte repliée, les deux hommes sautèrent sur leurs chevaux et quittèrent la ville en direction du désert. Une fine couche de sable était encore emportée par le souffle du vent, mais la tempête retombait peu à peu et on recommençait à y voir clair. Ils traversèrent la plaine aride et bifurquèrent en direction des montagnes qui bordaient la vallée, s'arrêtant aux pieds du géant de pierre, levant le nez pour tenter d'y voir quelque chose. Une figure encapuchonnée montée sur le dos d'un cheval disparut dans le décor dès qu'ils s'approchèrent, et le shérif fit signe à l'adjoint de ne pas s'avancer plus.
« C'est bien c'que j'me disait, ils sont toujours là. Ils doivent attendre que le convoi s'pointe, ici, ils savent que personne ne pourra les arrêter. Sauf qu'ils ont oublié un détail, ricana sournoisement le blond en faisant demi-tour sous la mine perplexe du rouquin.
-Quel détail ? S'enquit-il, craignant la réponse.
-Moi, bien évidemment. » Fit le représentant en lui offrant un magnifique sourire carnassier qui dévoila ses canines acérées.
Et puis, les jours passèrent et se ressemblèrent, à tel point que le quotidien en devenait d'un ennui exponentiel. Chaque matin et chaque soir, le shérif et son adjoint, qui commençaient légèrement à se tolérer l'un l'autre, faisaient une ronde de la ville jusqu'au désert, histoire de montrer aux brigands qu'ils veillaient au grain, attendant eux aussi le train et sa cargaison de pied ferme. Pourtant, leur simple présence ne semblaient pas effrayer les maraudeurs qui eux aussi, du haut de leur perchoir, restaient fidèles au poste.
Quatre journées s'écoulèrent ainsi dans l'attente de la locomotive qui se faisait désirer. À Sin City, c'était l'hécatombe : dans son bar, Hawks n'avait plus une goutte d'alcool, même sa plus mauvaise gnôle avait été bue jusqu'à la dernière bouteille. Chez Hanta, les vivre se faisaient rares et il ne restait qu'un sachet de viande de bison séchée qui se battait en duel avec une boite de sardines, seules sur ses étagères. Les habitants avaient dévalisé la pharmacie de tous ses alcools désinfectants histoire d'avoir de quoi se rafraîchir le gosier même malgré les recommandations du pauvre pharmacien qui s'était échiné à faire comprendre à ses clients que non, l'alcool à quatre vingt dix degrés n'était pas un apéritif, et seul Monoma n'avait pas de problèmes avec ses boutiques, car de toute façon les habits qu'il vendait étaient bien trop chers pour que la plupart des habitants puissent se les payer.
Ce fut à l'aube du cinquième jour qu'un sifflement salvateur retentit dans la vallée, la vapeur de la locomotive laissant ses traces cotonneuses dans le ciel clair.
Katsuki était sous son porche, le dos appuyé contre la porte du poste et les mains dans les poches, le regard vague aux côtés d'Eijiro qui était assis sur les marches. Alors qu'ils se lassaient d'attendre après ce fichu train qui n'arrivait pas, ils bondirent tous les deux en entendant le cri aigu de la machine à vapeur qui annonçait son arrivée plus que tardive vers Sin City. Ni une ni deux, ils sautèrent sur leurs chevaux, filant le plus vite possible jusqu'au désert, priant pour rencontrer la locomotive avant les rôdeurs.
Ils détalèrent à toute allure sous les yeux des habitants qui étaient sorti à l'appel, laissant derrière eux une traînée de poussière. Leurs montures n'avaient jamais tapé un tel sprint de toute leur existence, encouragées par les éperons qui leur piquaient les flancs. En moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire, les deux hommes étaient dans le désert, et ils longèrent le chemin de fer pour venir à la rencontre du convoi.
Mais alors qu'ils galopaient tout droit vers l'Est, les yeux de l'adjoint furent titillés par une silhouette à leur droite qui filait aussi vite qu'eux en direction de la cargaison.
« Shérif ! Cria-t-il par dessus le vacarme du martèlement des sabots et du sifflet aigu du train qu'ils voyaient approcher au loin, ils sont déjà là ! »
D'un coup, le blond tourna la tête. À quelques mètres à peine de lui, une jeune fille aux cheveux d'or rassemblé en deux chignons, à cru sur un cheval blanc, le visage découvert après avoir perdu sa capuche dans la course, leur collait au train et les rattrapait à une vitesse alarmante. De la cape qui recouvrait son dos et qui volait au vent derrière elle, elle sortit une sarbacane et tira sur le chérif, une flèche surmontée d'une plume venant se ficher droit dans son épaule.
« Aïe, bon sang ! Glapit l'homme en serrant les dents, qu'est ce que… ? »
Mais il n'eut pas le temps de déterminer la nature des projectiles qui s'enfonçaient dans sa chair, car à peine l'adolescente eut envoyé une nouvelle épingle au milieu de son dos qu'un homme masqué, la face surmontée d'un haut de forme qui ne lui tenait sur la tête par on ne savait quelle magie, déboula à leur gauche depuis la montagne. Son cheval eut vite fait de rattraper les montures du shérif et de son adjoint, et les deux hommes se retrouvèrent pris en sandwich entre les deux gangsters qui ne comptaient pas leur ficher la paix de si tôt.
Eijiro talonnait sa jument mais la bête peinait, et en quelques secondes à peine, l'homme masqué était arrivé à sa hauteur, tirant un pistolet au canon interminable de son veston. Il se mit à viser le sol, là où les sabots de la monture de l'adjoint frôlaient la terre, et tenta de lui tirer dans les pattes mais manqua son premier coup. La détonation fit décoller le cheval de l'adjoint, mais la balle que venait de tirer le hors la loi n'était pas ordinaire, car elle créa un épais nuage de fumée grisâtre qui emprisonna totalement le jeune homme.
Katsuki avait réussi à distancer la gamine qui lui avait laissé deux flèches de plus dans l'échine. Il ignorait la douleur piquante de ces maudits projectiles qui étaient probablement empoisonnés et jeta un œil derrière lui. Il ne voyait plus l'adjoint qui venait de disparaître dans la brume créée par l'autre rigolo. S'en fut trop. Il décida qu'il n'avait plus envie de jouer.
D'un coup, il fit ralentir son cheval, et arriva à hauteur de la jeune fille qui reprenait son souffle pour lui offrir une nouvelle salve de flèches. D'un coup de main vers l'extérieur, il envoya le corps de sa monture dans celui du cheval blanc qui leur collait au train. Une première fois, puis une seconde, et l'adolescente perdit l'équilibre. Elle glissa du dos de sa bête, tenta de se rattraper aux crins, en vain, et tomba violemment à terre, roulant boulant dans la poussière sur plusieurs mètres avant de finir inerte face contre terre. Puis le shérif se retourna. Le masqué était toujours derrière lui, talonnant l'adjoint qui s'était extirpé in extremis de son nuage de fumée. D'un geste habile, le cendré dégaina son flingue, et visa juste devant le cheval gris de sa cible. Pang ! Le premier coup partit, la balle se logeant dans la terre, faisant voler des éclats de l'argile sèche qui la recouvrait. Effrayé, le cheval de l'homme cabra en hennissant de terreur, faisant choir son cavalier qui comme sa partenaire, ne sut se retenir avant de toucher terre. Il atterrit les fesses dans le sable, perdant son arme dans sa chute.
S'apprêtant déjà à repartir vers la locomotive, l'officier héla son adjoint qui commençait à le suivre :
« Non, gamin ! Tu restes là et tu m'les attaches ! Fais pas ça n'importe comment ! »
Eijiro acquiesça d'un hochement de tête avant de faire demi-tour. Le blond repartit en quatrième vitesse pour aller cueillir le convoi. Dans ses tripes, son instinct lui criait qu'il y avait définitivement un truc qu'il ne sentait pas. Et alors qu'une sale odeur de cramé montait lentement dans l'air à mesure qu'il approchait du train, il déboula pile devant la locomotive qui était arrêtée sur la voie, bloquée par un départ de feu qui avait pris sur les rails.
Les flammes frôlaient dangereusement la fonte de la machine de tête et montaient jusqu'au ciel, atteignant presque les quatre mètres. Aveuglé par leur éclat puissant et agressé par leur chaleur, le shérif stoppa net, faisant reculer son étalon, et mit un pied à terre. Derrière le brasier se tenait un homme, chiffon dégoulinant et briquet à la main, qui se tenait tout proche du feu comme si ce dernier ne lui faisait rien et qui regardait vaciller les flammes d'un regard las.
Derrière le brasier, Katsuki n'arrivait pas à le voir. Il distingua une silhouette vêtue tout en noir, qui comme lui portait une longue veste lui tombant jusqu'aux pieds. Sa peau semblait avoir une drôle de couleur et il finit par l'entrevoir entre deux étincelles : elle était violacée, boursouflée, retenue par des agrafes au peu de chair saine qu'il lui restait sur le corps. Le cendré réprima un frisson de dégoût, pas tout à fait sûr de ce qu'il venait de voir. Le toubib qui s'était occupé de son cas avait probablement eu de la mélasse dans les yeux pour obtenir un résultat pareil. Prudemment, glissant ses doigts sur chacune des crosses de ses deux revolvers, il fit le tour du foyer pour se rapprocher du type qui lui, restait immobile.
En le voyant s'introduire dans son champ de vision, le grand brûlé tourna à peine ses deux yeux bleus vers lui. Il esquissa un petit sourire, du moins, c'est ce qu'en déduit le shérif en voyant les agrafes s'étirer au niveau de ses zygomatiques. Il fit un pas de plus, et l'homme s'adressa à lui, haussant la voix par dessus le crépitement du feu qu'il venait d'allumer :
« Alors, petit shérif, commença-t-il d'un ton moqueur, agitant son chiffon imbibé d'essence du bout du bras, tu croyais que ta parade matinale allait nous décourager ? Tu t'es trompé, mon ami. »
L'odeur de fuel qui montait dans l'air mêlée à la fournaise qui lui brûlait les joues était tout à fait insupportable, mais il en avait vu d'autres, et il n'était pas décidé à se laisser impressionner par ce mariole. Le gus avait tout l'attirail du parfait pyromane, une rangée de briquets logés à la place des balles autour de sa ceinture et un beau bidon plein d'essence à ses pieds. Plus il approchait, plus Katsuki sentait ses doigts se crisper autour de ses armes, fasciné par l'aspect morbide de l'homme. Cette peau cramée qui le recouvrait semblait même suinter par endroits, comme si les brûlures étaient encore récentes. Ce fut quand il croisa son regard pour la seconde fois qu'il finit par comprendre pourquoi ce visage lui disait un truc.
Ce type, c'était le Dabi de l'avis de recherche qui traînait dans son bureau depuis des plombes. C'était le criminel le plus recherché de tout le Far-West avant qu'il ne disparaisse dans la nature sans laisser de traces. On l'avait supposé mort, mais maintenant le shérif avait la preuve que ce n'était pas le cas. Plus vite que son ombre, il sortit ses revolvers de leurs fourreaux en fulminant entre ses dents :
« J'te r'connait, ta tête était mise à prix et t'as été porté disparu, t'es d'venu un grand brûlé, entre temps ? Drôle de comble pour un pyromane. Tu m'lâches tout c'bordel et tu viens là si tu veux pas que j'te finisse au barbecue, espèce de timbré. »
Mais le cendré sentit sa crédibilité en prendre un coup lorsqu'à la vue des armes, l'homme se mit à ricaner. Pas d'humeur à se faire moquer par un zouave dans son genre, l'officier fit un pas de plus, une étincelle de détermination brûlant dans son regard, lui indiquant qu'il ne serait sûrement pas le premier à abandonner. Une fois qu'il fut tout proche de lui, à un mètre à peine, le bandit fit mine de lâcher ce qu'il tenait entre ses doigts, comme si, finalement, il se rendait.
Mais c'était trop facile, et Katsuki le savait. Il n'eut pas le temps de reculer que le grand brûlé lui envoya son chiffon d'essence sur la veste, avant de jeter dans la même lancée son briquet allumé droit sur lui.
Il ne fallut pas plus d'une seconde pour qu'au contact de la flamme, la veste du shérif imbibée du liquide ne s'embrase comme un feu de joie. En voyant l'homme s'enflammer, Dabi étira un large sourire pas tout à fait sain, se mettant à rire comme un diable en le voyant prendre comme un fût de paille sèche.
« Bordel, c'est pas vrai ! »
Le gloussement rauque du pyromane se mêlait au vacarme. Le blond sentait son dos commencer à dangereusement le brûler, et il voyait les flammes venir courir jusque sur ses manches. Il lâcha ses deux armes qui rebondirent dans la poussière, et retira son manteau aussi sec. Il se brûla les doigts mais sentit à peine la douleur dans l'action, et, au lieu de bazarder sa veste au sol et de se mettre à sauter dessus à pieds joints pour étouffer le feu, il la balança droit au visage de Dabi qui, l'espace d'une seconde, eut sa vision obstruée par le vêtement qui lui arrivait en plein dessus.
Le shérif profita de cet avantage et envoya son meilleur coup de poing un peu au pif, droit dans le tissus, là où il supposait que le visage du cramé se trouverait. Un crack sonore de cartilage qui se brise lui indiqua qu'il n'avait pas trop mal calculé. Lorsque le manteau retomba à terre, Dabi se tenait le nez, plié en deux, un flot de sang s'écoulant entre ses doigts. Paf, un deuxième coup de poing bien vénère parti se loger droit dans son abdomen, lui coupant le souffle, et en un clin d'œil Katsuki récupéra un de ses revolver pour venir le lui caler tout contre la tempe.
« Les mains en l'air, sale racaille. Tu croyais m'avoir avec ton petit tour de maître du feu à deux balles ? »
Alors qu'il abattait le chien de son flingue dans un cliquetis menaçant, prêt à presser sur la détente, l'adjoint déboula à son tour. Il avait saucissonné la jeune fille que le choc avait littéralement assommé et l'homme masqué l'un contre l'autre avec son lasso, les mettant tous deux hors d'état de nuire. En le voyant arriver, l'officier lui lança sans quitter une seule seconde Dabi des yeux.
« Hé, gamin. J'ai une paire de menottes dans la poche. Tu m'l'attaches, celui-là aussi. »
Eijiro s'exécuta, grimaçant lorsque ses doigts rencontrèrent la peau granuleuse du bandit. Pendant ce temps là, le shérif s'avança jusqu'à sa veste qui n'était plus qu'un tas de cendre, et se pencha pour farfouiller dans la poussière. Il en ressortit son insigne étoilée qu'il essuya contre son futal, puis la leva en l'air pour l'inspecter sous le soleil. Puis, il l'épingla précieusement sur sa chemise sous le regard de l'adjoint qui esquissa un rictus en voyant à quel point l'homme semblait chérir son badge.
Un peu plus tard, le feu sur les rails s'était éteint, n'ayant plus rien à consumer. La locomotive pu repartir sans encombres, arrivant enfin à Sin City après des jours de retard. Le convoi fut accueilli par les locaux comme un véritable miracle, les habitants soulagés de retrouver de quoi se mettre sous la dent et surtout, de quoi boire. Et le soir, l'adjoint fit partir une missive à l'attention du Marshall, lui faisant part de la situation et l'informant qu'ils avaient capturé trois hors la loi dont une tête mise à prix. Aussi, All Might en personne se pointa trois jours plus tard en ville pour venir chercher les gangsters qu'il amènerait à la prison la plus proche, Le Tartare, dont rien que le nom suffisait à vous filer les chocottes.
Le Marshall n'était pas comme n'importe quel autre gus. Bien sûr, comme tout homme de son rang, il imposait le respect et en général, les soldats savaient qu'avec lui, il ne fallait pas déconner. Mais All Might était un véritable tas de muscles sur pattes, au regard sombre, aux cheveux blonds comme les blés, impeccablement gominés vers l'arrière et au très charmant teint halé qui laissait penser qu'il avait dû en passer, des heures, à cramer sous le soleil du Far-West.
Lorsqu'il arriva aux portes de la ville, semblant tout bonnement immense sur son cheval qui avait l'air trop petit pour lui, il se fit instantanément remarquer, et non pas à cause de sa carrure, mais plutôt par le tonitruant « La cavalerie est arrivée ! » qu'il poussa lorsqu'il se planta en face du poste du shérif. Aussitôt, l'adjoint sortit le bout de son nez du poste et accourut devant lui, heureux de revoir celui qu'il considérait presque comme un héros. Katsuki, alerté par le bruit -comment ne pouvait-il pas l'être- sortit à son tour, bras croisés et regard mauvais envers celui qui lui avait envoyé ce sale gosse dans les pattes même si maintenant, après plus d'une semaine passée à ses côtés, il ne le détestait plus vraiment.
« Bonjour, les garçons ! Commença le Marshall avec un enthousiasme un peu trop surréel, j'ai tenu à venir vous congratuler en personne pour la capture de ces brigands. Vous avez fait du bon travail. Félicitations ! Vous voyez, fit-il en s'adressant à l'officier, l'aide d'un adjoint ne vous aura pas fait de mal ! Ah ah ah ! »
Mais alors que Katsuki s'apprêtait à glapir son plus beau « QUOI ?! », Eijiro intervint, le coupant avant que le blond n'en vienne aux mains :
« Vous vous trompez, Marshall. Le shérif s'est débrouillé seul, sur ce coup-là. Je ne lui ai été d'aucune aide. »
Alors que le dit shérif venait de freezer sur place, All Might perdit son sourire, fronçant les sourcils comme s'il ne comprenait pas :
« Comment ça, mon garçon ?
-Il a agit comme un pro, il sait ce qu'il fait. Je pense qu'il n'a plus besoin de moi.
-Bien, si tu le dis… » Fit l'homme qui ne semblait pas tout à fait convaincu. Mais au vu de la détermination de sa jeune recrue, il ne se sentit pas vraiment le cœur à le contredire.
Plus tard, au coucher du soleil, Le Marshall et ses hommes étaient repartis avec les prisonniers sous le bras, laissant le shérif et son adjoint seuls devant le poste. Les deux hommes n'avaient plus grand-chose à faire maintenant l'affaire résolue, et ils décidèrent de s'éloigner un peu de la ville pour aller profiter de la fraîcheur de la nuit, seuls, dans le désert.
Ils avaient allumé un petit brasier, histoire d'y voir clair. Sous la lumière de la voie lactée qui maculait le ciel noir de milliers de petits poins d'argent, le cendré et le roux s'étaient installés près des rochers. Ils avaient emporté avec eux une caisse de bière gracieusement offerte par Hawks en remerciement de leur exploit, et ils en avaient déjà vidé une bonne moitié lorsque la lune se leva dans le ciel. Katsuki les avait alignées en face d'eux, et chacun leur tour, ils s'amusaient à essayer d'en dégommer une, ce qui s'avérait difficile avec le petit coup qu'ils avaient déjà dans le nez.
Alors que le cendré ratait pour la quatrième fois sa bouteille, grognant en réalisant qu'il n'avait plus de balles, il s'adressa à Eijiro qui se leva en titubant, visant maladroitement vers les bonbonnes en verre.
« Au fait, gamin… Il fouilla dans ses poches et en sortit une balle qu'il fit glisser dans son chargeur, pourquoi t'as dit au Marshall que tu m'avais pas aidé t'aleur ? C'est faux.
-Non… Le jeune homme ferma un œil et visa droit sur le flacon, je n'ai rien fait, vous vous êtes débrouillé seul. »
Il allait tirer mais le shérif le coupa :
« J't'en dois au moins une pour le serpent l'autre jour. »
Les épaules d'Eijiro se secouèrent lorsqu'il étouffa un rire, tentant de rester concentré. Sans lâcher sa cible du regard, il répondit avec assurance :
« Vous oubliez que vous m'avez tiré de la tempête. J'aurais été dans un sale état, sans vous. On est quittes. »
Pang ! Il tira et toucha le verre en plein dans le mille, le faisant voler en éclat. Soufflant sur le bout de son canon pour en chasser la fumée, le jeune homme finit par ajouter :
« Enfin, puisque vous insistez, il y a peut-être une chose…
-J'insiste pas, gamin, grinça le shérif. Mais sa curiosité était trop forte, et, l'alcool aidant, il n'avait plus vraiment de filtre : laquelle ?
-J'peux pas vous demander ça… »
Eijiro eut un petit rire avant de tirer à nouveau. Cette fois, il manqua sa cible.
« T'as peur de quoi ? Ricana le cendré en tirant à son tour, la dénotation de son coup résonnant jusque loin dans les montagnes, j'vais pas te bouffer. »
Le shérif venait de shooter la dernière bouteille. L'adjoint chancela et revint s'asseoir lourdement aux côtés de l'homme, laissant tomber son arme près de lui.
« Bon, très bien. Mais vous l'aurez voulu.
-J't'attends. »
Leurs épaules se touchaient presque, et lorsqu'Eijiro posa sa main sur le sol, s'enfonçant dans la poussière du désert, ses doigts frôlèrent ceux du shérif. Il se pencha vers lui, rapprochant son visage du sien. De son autre main, il releva légèrement le chapeau du cendré pour libérer l'accès à son visage.
Et doucement, il déposa ses lèvres contre celles de l'autre homme.
Katsuki resta parfaitement immobile, et lorsque le gamin s'éloigna, rompant le contact dans un claquement humide presque inaudible, le souffle du rouquin qui vint rouler sur ses joues et mourir contre son cou fut presque aussi agréable que la brise fraîche qui soufflait sur le désert :
« J'aurais bien aimé rester plus, mais je n'ai plus rien à faire ici. Je repars demain.
-J'te f'rai r'venir, gamin. »
Le shérif et son adjoint s'échangèrent un long regard, seulement éclairés de la lumière de la lune, ne remarquant pas que leur feu s'était éteint et qu'il n'en restait que des braises ardentes qui crépitaient de temps à autres.
La silhouette de l'officier se pencha à son tour sur celle du jeune homme, et ils veillèrent tard dans le désert, ne rentrant à Sin City qu'un peu avant l'aube, sans que personne ne sache où est ce qu'ils avaient pu passer la soirée et ce qu'ils avaient bien pu faire cette nuit-là.
§§§
Lorsqu'Eijiro quitta la ville, l'orbe luisante de l'astre du jour se devinait à peine derrière la vallée, laissant poindre ses premiers rayons au dessus des canyons. Les rares grillons qui chantaient encore se turent sur son passage quand les sabots de sa jument foulèrent le sable du désert, alors qu'il laissait derrière lui Sin City et son irréductible shérif.
Katsuki se tenait l'épaule appuyée contre l'encadrement de la porte de son poste, plissant les yeux face au soleil, regardant la silhouette du jeune homme s'évaporer peu à peu dans le paysage. Les bras croisés, il esquissa un rictus en le voyant disparaître entre les montagnes, repartant pour sa garnison.
« J'espère qu'tu r'viendras me filer un coup d'pouce un d'ces quatre, gamin. »
De toute façon, ce sale gosse avait intérêt à repasser à Sin City, sans quoi il reviendrait le chercher par la peau du cou.
Et au final, alors qu'il retournait se terrer dans son bureau, l'officier se fit la réflexion qu'avoir un adjoint, en fait, ce n'était peut-être pas si mal.
Fin
Ouf, cette tartine est enfin terminée! Un sincère bravo à vous si vous êtes arrivés au bout! xD
En bref, merci d'avoir lu, j'espère que vous avez aimé, que vous avez ri, que vous avez voyagé un peu dans l'Ouest américain grâce à moi (ce qui n'a sûrement pas été le cas mais on sait jamais hein) et quoi qu'il en soit je vous dit à la prochaine pour un prochain défi!
Salut et Banzaï!
ET HYDRATEZ VOUS NOM DE DIEU!
