Les vitres à l'arrière se brisent. La princesse hurle. Les deux gardiens à l'arrière sont expédiés en dehors de la voiture, en passant à travers les fenêtres détruites. Dehors c'est le chaos total : une horde de Strigoïs nous attaque !

-Lissa !

Rosemarie regarde la princesse avec affolement. Elle n'en mène visiblement pas large. Je vois les autres gardiens descendre des voitures pour affronter les Strigoïs. Je les imite en ordonnant aux deux filles de rester dans la voiture que je verrouille derrière moi.

Les combats sont acharnés. Caché derrière un pin, je sors discrètement mon pieu et observe la situation avant de me jeter corps et âme dans l'affrontement. J'entends les hurlements mais j'en fais abstraction, les empêchant d'atteindre mon cerveau. J'en ai connu des batailles, mais celle-là ressemble davantage à une embuscade qu'à une chasse désorganisée et primitive...

Nous parvenons à tuer la plupart des Strigoïs mais certains s'enfuient et nous partons chacun de notre côté, à leur poursuite.

Je cours dans les bois de toutes mes forces pour rattraper le monstre. C'est alors qu'il se retourne brusquement et me regarde. Un sourire cruel fend son visage de mort-vivant et c'est là qu'une voix d'outre-tombe rugit dans les bois à mon intention :

-Dimitri Belikov. Le meilleur gardien depuis deux générations ! C'est un honneur.

Son ironie si malsaine m'arrache presque un frisson d'horreur heureusement avec le temps, j'ai appris à ne rien laisser transparaître devant ces êtres néfastes.
Je charge. Il esquive la plupart de mes coups. Il dévie la trajectoire de mon pieu et ce qui aurait dû être un coup fatal, ne devient qu'une égratignure qui le fait tout de même hurler de douleur. Profitant de sa souffrance, je lui assène un puissant coup de pied dans l'estomac, le propulsant à quelques centimètres de moi. Il est déstabilisé et les secondes qui suivent me permettent de lui planter mon pieu en argent dans le cœur. Je l'enfonce profondément afin d'être sûr de bien atteindre l'organe vital... Même si je suis persuadé de l'avoir déjà touché.

Plus aucun bruit ne m'entoure. Je retire mon pieu de la poitrine du Strigoïs, mais pris d'inquiétude je fais aussitôt volte-face et cours de plus en plus vite pour rejoindre les voitures. Qui sait ce qui a bien pu arriver à Vasilissa et à la novice... !

Lorsque j'arrive, l'autre équipe de gardiens est présente et a réussi à neutraliser un Strigoï qui n'était pas là, lors de l'attaque de toute à l'heure.
Je salue Spiridon, un collègue qui est aussi ce qui se rapproche assez d'un ami pour moi. Je remarque également que Rosemarie est dehors et avance vers le Strigoi en le regardant d'un air curieux. Son attitude me rappelle la réaction que j'avais eu, moi aussi, après avoir tué mon premier Strigoï.

Je chasse ces souvenirs d'un léger mouvement de tête. Je décide de ne pas intervenir en la regardant s'approcher du mort-vivant, considérant que c'est un bon moyen de la familiariser avec le terrain. Mais elle sursaute lorsque le monstre, dans un dernier sursaut de « vie », produit un son effrayant qui caractérise les vampires lorsqu'ils déploient leurs canines pour attaquer.

Je m'approche d'elle vivement et la saisis par le bras. Elle ne cesse de fixer le Strigoï, pétrifiée de terreur.

-Je t'avais dit de rester dans la voiture !

Mais elle ne semble même pas entendre ce que je lui dis et ne réagit pas lorsque je la force à remonter dans le véhicule.

Nous reprenons notre route et pénétrons dans l'enceinte de l'école.
Je me gare. Je descends de la voiture et me dirige vers un petit attroupement de gardiens. Parmi eux, se trouve Alberta Petrov, la directrice des gardiens à l'académie. Elle me donne une tape sur l'épaule en guise de salut, lorsque son regard est happé par quelque chose derrière moi. Je me retourne légèrement et vois les deux jeunes filles, marchant l'une à côté de l'autre.

Vasilissa n'a pas l'air franchement à l'aise. Et d'ailleurs si j'étais un idiot, j'aurais très bien pu penser que la brune était la princesse Dragomir. Rosemarie Hathaway dégage une assurance naturelle, un charme caractéristique, une fougue qui a l'air incontrôlable.
Vasilissa Dragomir a cependant toutes les qualités dû à son rang. Elle possède une grâce innée, un charme angélique, une douceur naturelle et elle a de la prestance, bien sûr.

Mais Rosemarie s'affirme, sans gênes, alors que Vasilissa est bien plus timide ; c'est ce que j'ai pu voir en tout cas. C'est d'ailleurs, ce qui entre en contradiction avec l'importance qu'on lui porte, vu qu'elle est la dernière de sa lignée !

-Merci gardien Belikov. Vous avez accompli cette mission avec brio mais, ce n'est pas fini. Je suis désolée...

Elle m'explique la situation en quelques mots avant de me laisser. Je rejoins alors les deux filles. J'entends la princesse dire dans un soupir, à peine audible :

-Je déteste cette école.

-Princesse ! La proviseure Kirova vous attend dans son bureau.

Vasilissa semble sur le point de faire une crise de panique et se tourne presque instinctivement vers la novice. Cette dernière la rassure d'un signe de tête et lui dit :

-Aller... Tu viens ?

Je mène la marche vers le bureau du proviseur. Sur notre passage, beaucoup d'étudiants se retournent et dévisagent les deux jeunes filles derrière moi. Divers sentiments leurs percent la rétine : Admiration. Désir. Jalousie.
Je peux voir du coin de l'œil, que les deux jeunes fugueuses regardent droit devant elles sans s'arrêter même si Rosemarie défie de temps à autre les regards insistants.

Nous passons dans divers couloirs et escaliers. Pendant tout le trajet qui dure au moins cinq bonnes minutes, la novice ne cesse de murmurer à la princesse que tout va bien se passer... Ce qui ne fait que renforcer mes interrogations puisque la princesse n'a pas ouvert la bouche depuis que nous nous sommes mis en route vers le bureau de la proviseure.

Une porte en bois vernis attire mon attention. Je l'ouvre et commence à grimper les marches du grand escalier de pierre en colimaçon.

-Eh ! Camarade ! Elle va nous faire la peau, pas vrai ?

Je hausse un sourcil en entendant le surnom que la Novice me donne mais lui réponds tout de même :

-Si tu veux parler de la proviseure Kirova, je n'en sais rien.

-Évidemment que je parle d'elle. Alors ? Tu ne sais vraiment pas ?

Je ne réponds pas, perdu dans mes pensées. Il y a longtemps, j'avais failli devenir un abonné fidèle du bureau du proviseur de mon école. Mais Ivan avait été là, il m'avait aidé à arrêter les bêtises... Et la cigarette. Surtout la cigarette ! Je crois qu'à cette époque-là je pouvais m'enfiler un paquet de vingt-cinq clopes en même pas deux jours. J'étais vraiment accro...

La voix de la novice coupe court à ma séance de nostalgie.

-Pff... Tu ne parles pas beaucoup décidément. *Je garde le silence pour confirmer ces dires mais au lieu de s'y conformer et de simplement se taire, elle met un point d'honneur à ajouter quelques mots* OK. J'ai compris...

Nous arrivons devant deux portes de bois. Je me tourne alors très légèrement vers les deux filles et les observe durant quelques secondes. La princesse regarde ses pieds et la novice lui prend doucement la main dans un geste réconfortant. Par l'ouverture du sac, je suis persuadé de voir un œil briller... S'agit-il de son chat ? Cela expliquerait le fait qu'on ne l'ait plus vu après l'attaque. Il a l'air décidé à faire le mort en tout cas...

Je toque à la porte et une jeune femme vient m'ouvrir. Elle affiche un air neutre et sérieux mais lorsque son regard se pose sur les deux jeunes filles m'accompagnant, un grand sourire se dessine sur son visage.

-Rose ! Princesse Vasilissa ! Vous...

-Isobel ! Faîtes les entrer !

Son sourire disparaît et elle se pousse pour nous faire entrer. Je me poste près de la porte, tout comme mon collègue. Les deux jeunes filles en revanche n'ont pas bougé d'un poil. Elles regardent la femme aux courts cheveux noirs bien coiffés, dont la beauté trompe les années, et qui trône derrière ce bureau de bois lustré, impeccable.

Madame Kirova les observe en silence. Elles entrent finalement et prennent place sur deux des sièges se trouvant devant le bureau.

Dans sa robe carmin, la proviseure les toise en silence. Son regard passant de l'une à l'autre, elle s'exprime finalement d'une voix glaciale :

-Bon retour parmi nous, mesdemoiselles.