Défi n° 8 : Écrivez un univers alternatif correspondant au nom de votre équipe, c'est-à-dire un texte où un personnage qui ne l'est pas dans le canon est apprenti héros / héros professionnel / vigilante / vilain
Titre :
Résumé : On ne choisit pas d'être un héros, on le devient.
Hey hey hey ! Du coup me voilà de retour avec le défi 8, étant dans l'équipe Vigilante, c'est donc un UA Vigilante et...J'ai été quelque peu… Inspirée.
Dabisous à Takkamour pour sa relecture.
Warning : Description de blessures assez gore, peut être.
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Eri n'avait jamais voulu devenir une héroïne. Bien sûr, elle avait grandi entourée des plus grands héros du Japon actuel, son propre père adoptif était un ancien pro qui avait pris sa retraite pour s'occuper correctement d'elle sans mettre sa vie en danger. Des deux personnes qu'elle admirait le plus au monde, l'une était Izuku Midoriya, aussi connu sous le pseudonyme de Deku, futur numéro un du classement et l'autre, Mirio Togata, œuvrait pour la reconnaissance des blessures et maladies du travail héroïque. Alors bien sûr que non, elle ne détestait pas les héros. C'était juste que ce métier n'était pas fait pour elle. Il y avait pleins d'autres domaines, il lui suffisait de trouver quel était le sien. Il y avait encore le temps, elle n'avait que seize ans.
De toute façon, elle avait bien trop peur de son alter pour pouvoir vouloir l'utiliser dans son métier. Elle n'avait pas peur de le reconnaître, elle savait son alter trop dangereux, trop instable. Il avait déjà commis des atrocités dans le passé et elle ne voulait pas avoir de nouvelles morts sur la conscience. Il y avait déjà bien trop de monde qui avait souffert à cause d'elle. Alors elle n'avait pas hésité à demander à avoir un truc pour limiter son pouvoir, et c'était pour ça qu'un bracelet cuivré ornait son poignet nuit et jour.
C'était une version modifiée des menottes anti-alter inventées pour les détenus dangereux. Un cercle de métal rougeoyant qui bloquait le fonctionnement de l'alter dès qu'il était mis en contact avec la peau. Le sien était adapté pour qu'elle puisse l'enlever toute seule si elle le souhaitait (bien qu'elle ne le fasse jamais). Il était aussi plus fin et élégant, passant pour un simple bijou décoratif.
Depuis peu, Eri avait prit la manie agaçante de le faire tourner autour de son bras de façon interminable. C'était un tic inconscient qui l'énervait elle même, ce bracelet était sa sécurité, la sécurité des autres contre elle, et il ne fallait pas qu'elle l'abîme.
Il y avait bien assez de héros et d'alter différent pour qu'on se passe du sien. Elle avait annoncé son choix quelques mois plus tôt, avant son entrée au lycée, et il avait été bien pris dans l'ensemble. Son père adoptif était d'ailleurs satisfait qu'elle n'emprunte pas une voie aussi dangereuse que lui. Seul Mirio avait été quelque peu déçu, mais Mirio était du genre à vouloir que tout le monde devienne héros.
Donc elle ne serait pas un héros, et ça lui allait très bien.
Mais Izuku lui avait toujours dit qu'on ne choisit pas d'être un héros, on le devient. Elle n'avait jamais vraiment compris cette maxime. Pour elle, devenir pro était une vocation. Et bien sûr qu'il fallait du travail, mais comment quelqu'un pourrait devenir héros sans le choisir avant ?
Puis un jour, elle avait entendu des pleurs dans la foule. Oh, pas des cris, ni de lourds sanglots désespérés, juste un petit chuintement anodin qui passait inaperçu dans les bruits de la rue. Mais de par son passé, Eri était plus empathique que la moyenne à la détresse des autres, et elle ne pouvait pas y rester insensible.
Alors elle dévia de son chemin, (de toute façon elle avait juste rendez-vous avec Mirio et ses amis, ils pouvaient bien l'attendre quelques minutes de plus) et s'engagea dans une rue parallèle à l'artère principale. Elle ne mit pas longtemps avant de trouver la source des pleurs, c'était une petite fille d'environ huit ans, accroupie sur le sol malgré ses beaux vêtements. Elle tenait quelque chose de noir serré dans ses bras.
« Euh…» Hésita Eri en se penchant dans sa direction, elle n'avait pas l'habitude de s'adresser à des inconnus, encore moins à des enfants. « Pourquoi est-ce que tu pleures ? »
La gamine releva un regard larmoyant vers elle et renifla bruyamment plusieurs fois avant de réussir à articuler quelque chose.
« Y-y-y a des méchants qu-qui qui on f-fait du mal à K-Kuroo ! »
« Et il est où Kuroo ? Il a besoin d'aide ? »
Pour toute réponse, l'enfant ouvrit les bras, laissant apparaître le corps inanimé d'un jeune chat noir qu'elle serrait jusqu'alors contre son coeur.
« Oh… »
Eri déglutit en voyant les traces rougeâtres qui avait tachées les habits de la petite et les poils sombres de l'animal coagulés sur une bonne partie du flanc. Elle n'avait jamais beaucoup apprécié la vue du sang.
« Pauvre chaton. »
Elle effleura la petite tête du félin qui ne réagit pas, complètement inconscient. Ou peut être déjà mort.
« Tu peux l'aider ? »
La petite la regardait, les yeux remplis d'espoir et Eri baissa la tête. Non elle ne pouvait rien faire contre la mort, et puis même s'il était encore vivant elle doutait qu'il tienne suffisamment longtemps pour l'emmener au vétérinaire. Il risquait de succomber à ses blessures et… Elle se mordit la lèvre inférieur, non, elle ne pouvait pas. Mais… Mais après tout… Ce n'était pas un humain et... et même si elle ne faisait rien, il allait finir par mourir alors, peut être que…
« Peut-être… » Murmura-t-elle sans s'en rendre compte.
Aussitôt les sanglots de l'enfant s'arrêtèrent et elle se pencha vers elle, lui fourrant le chat dans les bras.
« Sauve-le, s'il te plait ! »
« Je… »
« S'il te plait ! S'il te plait ! S'il te plait ! »
Les cris de la petite fille étaient si déchirants que Eri n'hésita pas plus longtemps. Elle posa le corps du chat sur le béton, grimaçant devant les nombreuses blessures (est-ce qu'il était encore vivant au moins ?). Elle fit tourner plusieurs fois son bracelet avant de prendre son courage à deux mains et de le décrocher.
Aussitôt elle sentit son pouvoir parcourir ses veines. C'était la première fois en plus d'un an qu'elle retirait le limiteur (depuis qu'elle l'avait mis, en fait) et la puissance de son alter reprenant ses droits sur son corps faillit lui faire tourner la tête. Elle sentit douloureusement la corne sur son front augmenter de volume, et espèra que la privation n'avait pas fait empirer ses pouvoirs.
« C'est pas sûr que ça marche. » Prévient-elle quand même.
« Essaie, je t'en supplie ! »
Alors elle hésita encore un peu, et devant les yeux pleins de larmes de l'enfant, inspira profondément et déposa un doigt tremblant sur Kuroo.
Visualiser le pelage noir de l'animal, supprimer le sang, retirer les lacérations de son petit corps, les effacer comme s'ils n'avaient jamais existé.
Quand le chat ouvrit les yeux, Eri poussa le plus gros soupir de soulagement de toute son existence : il ne s'était pas désintégré.
« Kuroo ! » S'écria l'enfant en se jetant sur le félin.
Eri retira rapidement sa main de peur que la fille ne la touche par inadvertance, et s'empressa de remettre son bracelet avant de perdre le contrôle de son alter. Pour une fois que ça s'était bien passé, elle n'allait pas tenter le diable.
La petite fille la remercia au moins un million de fois, et Eri ne put que lui offrir un sourire gêné, peu habituée à tant d'effusion. Elle se contenta de lui dire de faire attention à son chat avant de partir, presque s'enfuir, n'imaginant pas qu'elle venait de devenir le héros de quelqu'un.
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~oOo~
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La fois suivante, elle n'eut même pas conscience d'aider. C'était juste elle, son éducation qui faisait qu'elle ne pouvait pas laisser un portefeuille oublié dans la rue. Elle l'avait juste rapporté au commissariat de police le plus proche. C'était ce que tout le monde aurait fait.
Parce qu'Eri était gentille, c'était dans sa nature d'être douce. Et les années sous l'emprise des Yakuza n'auraient pas pu altérer ça. Au contraire, elle était encore plus attentive à la détresse des autres et ne pouvait pas rester sans rien faire quand quelqu'un avait besoin d'aide.
Alors elle aidait les personnes âgées à traverser la route, montait les courses pour ceux qui habitaient au cinquième étages, indiquait le chemin à ceux perdu dans la rue, cherchait un chien perdu pendant des heures, courrait après un voleur de sac à main, se retrouvait parfois tard le soir à traîner dans des endroits peu fréquentables pour une jeune fille de seize ans, à se renseigner sur une affaire de drogue qui faisait des victimes dans le quartier. Et peu à peu, sans qu'elle ne s'en rende compte, elle prenait goût à l'altruisme, se découvrant allocentrique. Elle aimait se sentir utile et œuvrer pour les autres. Ce n'était que de petites actions pour aider par-ci par-là, elle ne faisait rien de mal.
Un jour, bien des semaines après le sauvetage du chat, alors que Eri rentrait du lycée, elle assista à un accident de voiture. Elle ne comprit pas exactement ce qui s'était passé, sûrement qu'un des deux véhicules avait coupé la priorité à l'autre, mais la collision fut violente et les engins détruirent le vieux parapet de métal et plongèrent dans le canal en contrebas.
Eri resta tétanisée. Abasourdie par le choc, elle ne sut pas réagir et se contenta de regarder avec effroi les voitures s'enfoncer dans le courant.
Et personne revenir à la surface.
Quelqu'un la bouscula violemment, la sortant de sa torpeur. Elle vit un garçon aux cheveux noirs se précipiter vers l'eau tout en enlevant son sweat-shirt. Avant de plonger, il se retourna et leur regard se croisèrent.
« Vite, il faut les aider ! » Hurla-t-il, et l'instant d'après il avait lui aussi disparu dans le courant.
Eri eut un instant d'hésitation, ça s'était passé si vite qu'elle se demanda si elle n'avait pas imaginé le garçon, puis un sursaut d'adrénaline la parcourut et elle courut à son tour vers le canal. Elle n'hésita qu'une demi-seconde avant de plonger dans l'eau froide du début de printemps.
La puissance du courant la désarçonna quelque peu, avant que l'adrénaline ne la réchauffe suffisamment pour y faire face et elle nagea en direction des voitures accidentés, s'immergeant complètement sous l'eau une fois près des carcasses des véhicules. Une boule d'angoisse lui noua la gorge en voyant les passagers bloqués à l'intérieur. Certains tapaient contre les fenêtres tandis que les autres semblaient avoir déjà perdu connaissance.
Elle s'avança vers la portière la plus proche, tentant de l'ouvrir, mais la pression de l'eau était trop forte et elle ne parvient qu'à s'acharner contre la poignée de métal. Tout d'un coup le garçon de tout à l'heure fut à ses côtés, il fit un geste de la main et le courant changea soudain de direction, arrachant la portière et l'emportant avec lui dans les profondeurs du fleuve.
D'un mouvement de la tête, le garçon lui désigna l'enfant inconscient à l'arrière du véhicule et Eri se faufila entre les sièges pour détacher le bambin. Elle s'acharna un peu sur la ceinture que le choc avait bloquée et, une fois le corps dégagé, un léger tourbillon d'eau vient s'enrouler autour de lui et l'enfant fut emporté vers la surface.
Le garçon aux cheveux noirs lui fit un pouce en l'air, avant de se propulser vers l'autre voiture d'un seul mouvement de pied. Eri, elle, dut retourner respirer, elle n'avait pas un alter agissant sur l'eau comme l'autre semblait posséder, et elle était arrivée au maximum de sa résistance.
De toute façon, elle constata une fois de retour sous la surface que le garçon se débrouillait très bien tout seul. Il se servait du courant pour libérer le passage aux accidentés, les aider à se détacher et renvoyait les corps vers la rives dès qu'il le pouvait.
Eri sentit soudain un courant plus chaud que celui gelé du canal s'enrouler autour de son corps et l'emmener rapidement vers le fond. Elle se retient de paniquer, devinant que c'était le garçon qui faisait ça. Bien que ça n'empêchait pas la situation d'être incroyablement anxiogène.
Lorsqu'elle fut près de lui, le garçon lui montra la dernière personne dans la voiture qu'il n'avait pas encore ramené jusqu'à la berge, une femme d'une quarantaine d'année, la conductrice visiblement vu qu'elle était installée derrière le volant. Eri comprit pourquoi il ne l'avait pas secouru en voyant un filet de sang se diluer dans l'eau sale du canal : sa jambe était bloquée par la portière que le choc avait dû enfoncer. Sans doute que le garçon ne voulait pas utiliser son alter au risque d'aggraver sa blessure.
Il lui fit signe de venir avec lui et s'engagea dans l'habitacle pour pousser contre la porte à main nue. Eri le suivit rapidement, même si elle doutait que sa faible force change quelque chose, elle ne pouvait pas rester le regarder sans rien faire.
À deux, et certainement avec l'aide d'un léger courant que Eri sentait s'enrouler autour de ses bras, passant dans ses longues mèches blanches pour les maintenir en arrière et l'empêcher de venir dans ses yeux (Eri remercia intérieurement le garçon, elle n'avait même pas pensé à les attacher avant de se jeter à l'eau), ils parvinrent à repousser suffisamment le débris pour permettre à un léger mouvement d'eau de dégager la victime.
Dès que la femme fut sortie du véhicule, le garçon attrapa Eri par le bras et un tourbillon les enveloppa, les propulsant directement à la surface.
Eri prit une grande inspiration, soulagée de retrouver l'extérieur même si l'air frais lui brûla les poumons.
« Bien joué. »
Elle se retourna vers le garçon qui lui adressa un petit sourire avant de les ramener sur la berge d'un simple mouvement de la main.
Mais une fois à terre, rien n'était terminé. Plusieurs personnes étaient encore inconscientes mais déjà quelques passants s'occupaient de leur faire des massages cardiaques. Le cas le plus préoccupant était celui de la femme qu'ils avaient sauvés en dernier et dont la blessure apparaissait maintenant pleinement à la lumière du jour.
Eri eut un haut-le-cœur en voyant la déchirure sur sa cuisse, le sang qui s'en écoulait par vague et l'os brisé blanchâtre qui affleurait à la surface, bien trop près de la peau pour que ce soit normal.
« Bordel. » Grogna le garçon à l'alter d'eau. « Qu'est-ce qu'ils foutent les héros ? »
Il attrapa son sweat abandonné un peu plus tôt sur le sol et se laissa tomber à genoux à côté du corps de la femme.
Eri se souvint brusquement des cours de secourisme que s'acharnait à lui rappeler Izuku tous les ans et se précipita à ses côtés pour lui attraper le bras.
« Attends ! Il faut pas faire de pression sur une fracture ouverte ! »
« Je sais ! » Souffla le garçon sans pour autant s'emporter malgré l'urgence de la situation. « Mais faut lui faire un garrot sinon elle va y passer. Et tant pis si elle perds sa jambe. »
Tout en fouillant dans son sweat d'une main, il posa l'autre sur le torse de la femme et des filets d'eau s'échappèrent de ses lèvres avant de se disperser dans l'air. Une fois l'eau évacuée de ses poumons, il se concentra sur son pull et sortit de la poche un rouleau de bandage qu'il commença à dérouler sur la cuisse de la blessée.
« Aide-moi. » Fit-il en glissant le tissu sous la jambe. Mais comme Eri ne lui répondait pas, il s'arrêta un instant pour relever les yeux sur elle. « On a pas le choix. À moins que tu puisse faire quelque chose pour la soigner ? »
Eri écarquilla les yeux, la respiration brusquement coupée. Ouais, elle pouvait faire quelque chose pour la soigner mais… Mais elle n'avait pas utilisé son alter depuis Kuroo, et c'était un chat, pas un humain, les conséquences ne seraient pas aussi dramatique que si un humain disparaissait à cause de son pouvoir, et elle ne pouvait pas mettre en danger cette femme juste parce qu'elle ne parvenait même pas à contrôler son propre alter.
« Eh, respire. »
La voix du garçon la ramena à la réalité. Eri prit une grande inspiration qui lui brûla la gorge. L'odeur du sang lui donnait la nausée, mais elle ne devait pas détourner le regard pour son petit confort. On comptait sur elle.
« Il faut agir. » Reprit le brun en la quittant du regard pour continuer son garrot. « Sinon elle va pas tenir jusqu'à l'arrivée des secours. »
« Recule. »
« Quoi ? »
Le garçon avait de nouveau lever la tête vers elle, mais Eri ne se répéta pas. Elle s'avança vers la femme inconsciente et, après avoir fait tourner son bracelet une seule fois, le retira.
Poser le doigt sur la plaie fut encore plus difficile que ça l'avait été pour Kuroo. Même si elle ignorait le dégoût que lui procurait la blessure sanguine, son propre corps lui faisait mal tant l'angoisse lui dévorait les entrailles. Sa tête hurlait de douleur pendant sa corne lui transperçait la peau et la peur obstruait son champs de visions d'un voile noir de mauvaise augure. Sa main n'arrêtait pas de trembler et son bras se crispait plusieurs dizaines centimètres avant même d'entrer en contact avec la peau abîmée, incapable de bouger.
« Ça va aller. »
Même si elle ne put quitter la déchirure des yeux, le ton tranquille du garçon infiltra ses sens, et, avec une délicatesse infinie, elle déposa la pulpe de ses doigts sur les bords de la plaie.
La femme tressaillit de douleur, mais ne se réveilla pas. Eri laissa son pouvoir glisser lentement dans son corps, retenant l'agitation qui parcourait ses veines pour ne pas le laisser s'échapper trop rapidement. Elle visualisa la peau claire de la cuisse, comme elle devait être à l'origine, inversant le processus des cellules pour remonter le temps.
Rembobiner.
Juste quelques heures avant l'accident, à peine quelques minutes avant la blessure. Ne pas laisser son pouvoir s'emballer, ne pas laisser son alter l'emporter et..
Stop !
Eri retira vivement sa main comme si elle avait été brûlée. Observant avec fascination la peau pâle et lisse là, où, quelques secondes plus tôt, ce n'était qu'un amas de chair sanguinolente et d'os brisés. Elle n'était pas morte, non. Elle allait bien, elle était en vie. La blessure avait disparue, elle allait bien.
Elle semblait même avoir rajeunie, les petites rides aux coins des yeux s'étaient effacés et ses cheveux poivres et sels avaient perdus de leur salinité.
« Whaou ! »
Eri sursauta. Elle recula brusquement et rattacha son bracelet d'un coup sec alors que le garçon aux cheveux noirs s'approchaient d'elle, le sourire aux lèvres.
« C'était fantastique. Tu étais fantastique. »
« Je .. Non... C'est pas...»
Une sirène d'ambulance interrompit sa tentative maladroite de former une phrase. À côté d'elle, le garçon se tendit brusquement.
« Il faut qu'on y aille. »
« Que- quoi ? »
Sans attendre il enfila son pull et lui attrapa le bras, la forçant à se relever avec lui puis l'entraîna dans la direction opposés aux secours, où déjà plusieurs personnes descendaient en vitesse des véhicules.
« Eh, attends. » Protesta Eri se laissant tout de même entraîner. « Pourquoi on doit partir, les héros- »
« Vont débarquer et ils ne doivent pas nous trouver ici. » La coupa le garçon en rabattant sa capuche de sa main libre.
« Mais- »
« Écoute. » Il se tourna vers elle et Eri sursauta en croisant son regard bleu sombre. « Même si on a sauvé des gens, ce qu'on vient de faire est illégale. Si on nous chope, on est bon pour passer par la case interrogatoire pendant des heures avec le petit plus "casier judiciaire" en souvenir. C'est ça que tu veux ? »
Comme Eri ne répondait rien, il enchaîna :
« Bien. Allons y. »
Ils marchèrent d'un pas rapide jusque de l'autre côté de la rue, disparaissant entre les badauds venus assister à la scène. Eri se serait sûrement perdue dans la foule si le garçon ne lui tenait aussi fermement le bras.
Après plusieurs tournant qui lui semblèrent totalement aléatoire, Eri se décida enfin à se dégager de son emprise. Le garçon aux cheveux noirs se retourna vers elle, mais loin du regard atrocement sérieux qu'il avait abordé pour lui ordonner de fuir, c'était maintenant un immense sourire qui s'étendait sur ses lèvres.
« C'était génial ! » Souffla-t-il avec un enthousiasme exubérant que son ton bas n'arrivait pas à camoufler suffisamment. « C'est la première fois que je sauve vraiment des gens. C'était… »
« Beaucoup trop dangereux, » Compléta Eri.
« Absolument fantastique ! T'as pas senti l'adrénaline parcourir ton corps ? T'as pas envie de recommencer tout de suite ? »
« Non, c'était irréfléchi et… Et j'aurai pu la tuer avec mon alter. C'était inconscient et stupide. »
« Oh allez, Eri. Ton alter n'est pas si hors de contrôle que tu le penses, tu le maîtrises très bien et avec un peu d'entrainement tu pourras sauver des centaines de personnes. »
« Certainement pas et-... Comment tu connais mon prénom ? »
Soudainement méfiante, Eri recula de plusieurs pas dévisageant le garçon avec crainte. L'embarras s'installa sur le visage de l'autre et il passa une main gênée dans ses cheveux encore humides, les plaquant en arrière sur son crâne.
« Ah c'est que, Midoriya-sempai m'a beaucoup parlé de toi... »
« Tu connais Izuku ? » Demanda Eri que l'information ne rassurait pas vraiment. N'importe qui aurait pu sortir le nom du héros, après tout, il était en passe de devenir numéro un.
« Il m'a sauvé quand j'étais gamin moi aussi. »
« Toi aussi. » Releva la jeune fille, avant de se méfier davantage encore. « Donc en plus, tu connais mon passé. »
« Hm, ouais. En fait… » Le garçon s'embrouillait dans ses explications, rougissant sous la gêne, il n'osait même plus affronter le regard vermeille de son interlocutrice. « Puis, euh, on s'est déjà rencontré y a quelques année, en fait, tous les deux. »
« Ah oui ? Je me souviens pas de toi. »
« Euh ouais, enfin, normal. Je suis pas trop le genre de gars dont on se souvient. Puis j'osais pas te parler parce que tu étais avec pleins de héros et bon, même si je l'ai déjà rencontré, Aizawa est vachement intimidant, surtout depuis qu'il t'a adopté et, hm. »
« Et en plus tu sais qui est mon père, génial. Tu es quoi ? Un stalker ? »
« Ah ! Non ! » S'agita le garçon, secouant vivement la tête. « Je suis pas.. Enfin, oui d'accord je sais plein de truc sur toi, mais c'est pas parce que je m'intéresse à toi, enfin si mais… Arg, je devrais vraiment arrêter de parler avant de m'enfoncer encore plus. »
Et pour se faire, il plaqua ses mains contre sa bouche, s'empêchant effectivement d'en dire davantage. Eri le regarda abasourdie, ne sachant pas vraiment comment elle devait réagir.
Malgré les informations que le garçon avait sur elle, il ne lui paraissait pas être une menace. En général elle avait un très bon instinct avec les gens, et le garçon aux joues rouges et au regard fuyant ne lui apparaissait pas dangereux.
« Est-ce que je devrai, genre, partir en courant ? »
« Grmhn. » Marmonna le garçon derrière ses mains.
« Nan, mais parce que tu parais super louche quand même. Tu sais pleins de chose sur moi alors que je connais même pas ton prénom. »
Le garçon eut un sursaut et retira brusquement les mains de son visage pour crier.
« Ah, bien sûr ! Je suis bête, je m'appelle Kota Izumi ! »
« Oh ! »
Oh. Oui. Eri avait déjà entendu ce nom. En fait elle se souvenait même maintenant quand elle l'avait croisée. C'était à Yuei presque huit ans plus tôt quand Izuku et les autres étaient encore lycéens et que Mirio l'avait invité à passer une journée avec les élèves de premières année. Des héros pro en cosplay de chat avait débarqués, et avec eux, un petit garçon portant une casquette bizarre et à l'air timide.
Eri observa le garçon -Kota- comme si elle ne l'avait pas vu jusqu'à présent, l'enfant avait grandi, laissant place à un adolescent de quelques années de plus qu'elle. Ses cheveux noirs étaient en peu plus longs et il ne portait plus de couvre-chef bizarre, ses traits s'étaient affinés, il avait grandit -beaucoup- et ses muscles… étaient apparus. Hm. Eri se reconcentra sur son visage. Il était loin de l'enfant un peu renfrogné qu'elle avait rencontré plusieurs années auparavant, même si les rougeurs sur ses joues lui rappelait la timidité dont il avait fait preuve quand ils avaient été présentés. Ils s'étaient à peine adressés la parole avant d'être chacun emmenés par un groupe d'élève et de ne plus se recroiser de l'après-midi.
« Je me souviens de toi. »
« Les Dieux soient louées ! » S'exclama le garçon (Kota !) « Je vais pouvoir éviter de passer pour un pervers psychopathe. »
« Je crois que c'est un peu tard pour ça. » Fit Eri, plaisantant doucement pour dissiper la tension accumulée entre eux.
« Ahah, zut alors. »
« Bon. »
« Bon ? »
« Je vais y aller, avant que, hm, tu sais mon père, ne commence à se demander si j'ai été enlevé par un pervers psychopathe. »
« Ah… » Kota rougit furieusement, puis quand elle commença à s'éloigner à reculons, il bondit en avant pour lui attrapper le bras. « Attends ! Tu peux pas rentrer chez toi maintenant ! »
« Et pourquoi donc ? »
« Parce que, euh, tu es complètement trempée ? » Tenta d'argumenter Kota.
Eri baissa les yeux sur ses vêtements et, effectivement, elle avait oublié que son saut dans le canal ne l'avait pas laissé sans souvenir. Elle croisa les bras sur son haut clair qui moulait un peu trop son torse à son goût.
« Certes. » Accepta-t-elle. « Mais qu'est-ce que je peux y faire ? »
« Tu pourrais venir avec moi. » Proposa Kota sans oser croiser son regard.
« Chez toi ? » Fit suspicieusement Eri.
« Hm, non. Euh, je pensais plus à la planque en fait… »
« La planque ? C'est quoi ça encore, ton repère de stalker ? »
« C'est, comment dire… » Commença Kota, hésitant visiblement sur les mots à employer. « Tu vois, c'est pas la première fois que j'utilise mon alter pour aider quand les héros sont pas assez rapides pour intervenir. Avec plusieurs personnes, on trouve qu'il y a pleins de petits quartiers pas assez grands pour mériter la protection des pro, alors, hm, on s'en occupe à leur place. »
« Oh. Vous êtes des justiciers illégaux. »
Eri avait déjà lu quelques articles sur des groupes de personnes qui utilisaient leur alter en dehors du cadre légal imposé par le statut de héros. Des groupes que les journaux appelaient des extrémistes malgré leurs actes bénéficiant à la société, et qui étaient recherchés pour utilisation illégale de leur alter.
« Ouais, et la planque c'est… Là où on se planque. »
« C'est illégal. »
Kota la regarda longuement avant de souffler.
« Laissez les gens mourir alors qu'on peut agir, ça, ça devrait être illégal. »
Eri fronça les sourcils, pas convaincue par son argument. En tant que proche de plusieurs héros professionnel, elle ne pouvait pas rester à écouter sans réagir.
« Les héros sont là pour aider les gens ! »
« Mais il n'y a pas assez de héros pour être suffisamment efficace. » S'emporta Kota. « Il y a trop de mauvaise choses qui se passent et trop de personnes souffrent en attendant des héros qui n'arrivent pas ! »
« C'est beaucoup trop dangereux si tout le monde se met à agir sans autorisation ! »
« Et pourtant c'est ce que tu as fait aujourd'hui. » Lui rappela brutalement le garçon d'un ton mielleux.
« Je… »
Sans qu'elle ne sache trop pourquoi, les larmes lui montèrent brusquement aux yeux et Eri récupéra les premières gouttes sur sa manche déjà trempée. Kota perdit aussitôt son expression agressive.
« Eh, eh, pleure pas, je voulais pas te culpabiliser. » Il s'avança vers elle, stoppant ses mains à quelques centimètres de sa peau, hésitant à la toucher. « C'est très bien ce que tu as fait aujourd'hui. Cette femme ne s'en serait certainement pas sortie sans toi. Tu lui as sauvé la vie. »
Eri renifla bruyamment, le fusillant du regard.
« Et j'aurai très bien pu la tuer. »
« Mais ce n'est pas le cas. Et ça l'était pas pour ce chat non plus. Ton alter est un don, pas une malédiction. »
« Mais… Comment tu sais pour ce chat aussi. Comment tu peux- ! »
La fin de sa phrase s'échoua dans un sanglots, la pression accumulée pendant l'accident se déversant soudainement dans son corps maintenant que l'adrénaline était partie.
« Pleure pas, pleure pas, je suis désolé ! » Paniqua Kota, il posa maladroitement ses mains sur les épaules de la jeune fille sans savoir quoi faire pour la consoler. « Ce n'est pas un reproche, au contraire ! Pour le chat, tu sais, dans la rue tout finit par se savoir. Ça fait quelques temps qu'on entends parler de ce que tu fais pour aider les habitants, et c'est bien, c'est super même ! »
« Tu crois ? »
« Oui. » Affirma le garçon. « C'est très bien et, c'est un peu ce qu'on fait avec les autres. On aide ceux qui en on besoin, même si pour ça dès fois, on doit être dans l'illégalité. Mais on fait rien de mal. Tu fais rien de mal. Et sans nous la vie ici serait beaucoup plus compliquée, non ? »
Eri hocha la tête en reniflant de nouveau. Et il lui tapota maladroitement l'épaule pour la rassurer.
« Allez, viens. » Fit Kota en lui tendant la main. « J'ai des gens à te présenter. »
