Disclaimer : Naruto ne m'appartient pas.

Cette fic a été intégralement écrite durant le confinement, je m'excuse à l'auteur de Naruto pour avoir massacré la moitié de Shippuden.

Bonne lecture !


Komoko : Chapitre 1

La grosse Rina sauta de son petit cheval bai, acheté six ans plus tôt à un marchand douteux de Suna et à peine plus frais que le cadavre du premier Hokage. Ce dernier s'ébroua avec paresse et émit un soupir de soulagement imperceptible, ravi d'être délesté de son horrible propriétaire. Rina mit sa main en visière devant ses yeux. Elle n'avait pas franchement une vue transcendante, mais elle réussit tout de même à saisir que tout autour d'elle se trouvait d'immenses flammes noires. Sa mule Jin, attachée par une corde solide au cheval, hennit bruyamment, souhaitant sûrement être lui aussi débarrassé du poids qu'il portait, mais un regard noir de la vieille femme l'empêcha de continuer.

Elle eut une moue dubitative, émit un juron coloré de son invention et remonta à cheval, sans se soucier de la douleur manifeste de l'animal; il fallait qu'elle voit ces flammes de plus près. Elle talonna sans douceur la pauvre bête qui consentit alors à se traîner sans entrain jusqu'aux immenses langues de feu d'un noir abyssal. Rina frissonna en sentant leur chaleur froide trop près de sa peau, poussa un autre juron évocateur et ne se rendit pas compte tout de suite que Jin avait éjecté son cadavre au sol.

Voyant le pauvre homme fraîchement décédé désormais recouvert des flammes noires qui semblaient impossibles à éteindre la grosse Rina jura, encore. Cela voulait dire qu'elle serait retardée et qu'il lui faudrait un nouveau cadavre à ramener. C'était ennuyeux, ces temps-ci on ne trouvait pas des corps comme cela, juste en claquant des doigts. Kabuto sama ne semblait pas le comprendre, mais la tâche n'était vraiment pas aisée.

Soudain le ciel s'obscurcit et un espèce de monstre sortit du ciel. C'était totalement fou, Rina se pinça pour vérifier qu'elle ne rêvait pas et se fit mal au bras. Après avoir copieusement insulté le premier ninja et une bonne douzaine de divinités diverses entre ses dents, elle releva la tête et vit un guerrier rouge immense affronter une hydre qui avait huit têtes. Elle n'avait jamais vu ça, et pourtant elle avait déjà la soixantaine bien tassée.

Plus curieuse qu'une pie et maintenant certaine qu'elle ne rêvait pas, elle s'approcha de l'endroit où toutes ces choses bizarres avaient eu lieu et vit un homme allongé par terre, sous la pluie. Pestant contre les vagabonds qui traînaient çà et là mais n'étaient jamais assez morts pour Kabuto sama, Rina s'apprêta à rebrousser chemin quand une lueur d'intelligence éclaira ses petits yeux malsains. Le séduisant vagabond était immobile alors que des trombes d'eau tombaient sur lui, menaçant de le noyer à tout moment. Peut-être y avait-il une chance qu'il ne vive plus ? Elle s'avança plus encore, vit que ses yeux noirs et ouverts ne reflétaient que la mort et ronronna de satisfaction.

Elle avait trouvé son cadavre.

Rina ramassa le corps sans vie du grand brun et le sangla sur Jin, serrant bien les liens pour que la mule au sale caractère ne puisse pas l'éjecter, puis repartit aussi vite qu'elle le pouvait au cas où l'adversaire du mort, si il avait combattu avant de mourir, ou un quelconque proche essaierait de le retrouver.

La grosse Rina devait en principe rejoindre sans détours son petit village paumé du pays du Feu, mais elle avait une passion immodérée pour la nourriture, comme en témoignait sa silhouette marquée par un certain embonpoint, et Konoha était réputée pour ses ramens délicieux, aussi décida-t-elle de faire un minuscule saut par le village caché, bien que Kabuto sama le lui ai interdit formellement.

Elle se léchait déjà les lèvres d'anticipation lorsqu'elle arriva aux portes détruites de la ville, deux bonnes semaines plus tard.

Il se passait quelque chose d'étrange à Konoha, quelque chose de mauvais. Elle grogna, les ramens, ce ne serait pas pour aujourd'hui, apparemment, puis remarqua que d'étranges traits verts s'abattaient sur le village caché. Aussitôt, elle décida de faire demi-tour et éperonna son pauvre cheval pour qu'il s'éloigne au plus vite possible du village. Cependant, avant qu'elle n'ait eu le temps de mettre beaucoup de distance entre elle et Konoha, un des traits verts toucha son cadavre.

La grosse Rina jura et mit Jin et sa monture au grand galop, espérant que ce truc vert n'aurait aucun effet sur sa prise. Kabuto pouvait se montrer très cruel lorsqu'on n'exhaussait pas tous ses souhaits au plus vite et sans discuter. La grosse Rina haïssait Kabuto.

Quand elle fut assez éloignée de Konoha et de ses étrangetés, elle descendit de cheval, attacha sa mule et sa monture à un arbre et balança sans égards particuliers le cadavre par terre. Tous les soirs elle le sortait du sac de riz qui lui servait à le dissimuler, le dépliait et lui injectait un peu de chakra pour qu'il ne pourrisse pas. Elle détestait gaspiller ses forces ainsi, déjà qu'elle n'en avait pas beaucoup...

Mais Kabuto n'aimerait pas qu'elle lui ramène un corps déjà bouffé par les vers, il croirait qu'elle l'avait déterré, il la frapperait. Alors, comme tous les autres soirs, elle retourna le corps et posa ses mains sur la poitrine froide pour y injecter un peu de chakra.

Sauf que ce soir-là, la main impeccablement vernie de violet du cadavre se posa sur la sienne, tentant visiblement de l'empêcher de lui faire du mal.

Rina eut un rire gras et bloqua le poignet du mort avec sa main droite tandis qu'elle continuait son affaire de la gauche. Puis elle se rendit compte de ce qui venait de se passer et eut un frisson de dégoût et de terreur.

LE MORT AVAIT ATTRAPE SA MAIN ! IL ETAIT VIVANT !

Pourtant elle était sûre que lorsqu'elle l'avait ramassé, il n'avait plus aucun pouls. Et depuis, il était toujours resté comme ça, froid et mort.

Alors pourquoi est-ce qu'il tentait visiblement d'ouvrir les yeux ?

Rina avait toujours eu une certaine intelligence, elle était retorse, maligne, ce qui lui permettait de commettre les pires atrocités en faisant toujours accuser les autres. Mais rien ne lui vint pourtant à l'esprit à ce moment précis. Elle ne savait pas du tout quoi faire.

Alors dans le doute elle flanqua un bon coup de poing sur la nuque de l'ancien cadavre, histoire qu'il dorme encore un peu, et décida de rentrer au plus vite chez elle. Là-bas elle trouverait bien quoi en faire, de son mort vivant.

Elle se passa donc de sommeil et se contenta du minimum de nourriture possible durant les huit jours restant, talonnant dur pour arriver le plus vite possible à Komoko, le petit village où sa famille avait élu domicile une éternité plus tôt.

Quand elle arriva au village, elle eut la bonne surprise de ne voir ni Kabuto ni ses lieutenants. D'après ce que son amie Mariko, la plus grosse commère du coin, lui dit, le ninja avait décidé de lever le camp suite à la mort de son maître Orochimaru. Il avait quitté les lieux deux mois plus tôt, peu après son départ.

Rina était d'une humeur exécrable lorsqu'elle franchit le seuil de sa maison avec le mort vivant sur le dos, après avoir rentré ses bêtes à l'écurie. Elle houspilla ses poules, qui avaient volé de la nourriture et grommela toute la soirée en attendant que sa soupe soit prête et que l'ancien cadavre se réveille encore. Si son petit fils avait été là, elle aurait pu déchaîner sa mauvaise humeur sur lui, mais ses parents n'avaient pas encore eu vent de son retour et elle ne l'aurait donc pas sur les bras avant le surlendemain. Pas que cela la dérange plus que cela. Elle détestait ce gamin, en fait, elle détestait TOUS les gamins, y compris les siens.

Sa fille était imbuvable, son fils aîné était perpétuellement au combat et le cadet ne faisait rien de sa vie hormis tuer des chèvres et courir après des jeunes filles pas assez prudentes pour rester chez elles. Quant à son petit-fils, le rejeton du plus vieux, il était tellement agité et souriant qu'elle ne pouvait s'empêcher d'avoir envie de le gifler après deux minutes en sa compagnie. C'était une vraie plaie, et il n'en voulait même pas à son père de n'être jamais là, ce qui horripilait la vieille femme.

Même si de toute façon, elle, elle lui en voulait bien assez pour deux.

Le mort qui ne l'était plus ouvrit les yeux, coupant court à ses réflexions sur l'agaçante bonté de son petit-fils, et l'interrogea du regard. Crétin ! Comme si elle en savait plus que lui sur la raison de son brusque retour dans le monde des vivants !

Il avait les yeux noirs, ce qui était plutôt habituel au pays du Feu, et ne semblait pas franchement plus vivant qu'il ne l'était lorsqu'elle l'avait trouvé. Elle lui colla un bol de soupe froide dans les mains et partit s'occuper de ses chèvres après lui avoir gentiment souri. Rina se garderait certainement de lui dire qu'elle avait craché dans la soupe pour relever le goût, ce serait son petit secret rien qu'à elle.

Cette mesquinerie la requinqua et elle ne donna qu'un seul coup de pied dans ses bécasses de chèvres, chose plutôt incroyable, car elle les détestait.

La grosse Rina n'aimait qu'elle même, et encore, dans les bons jours, et la nourriture. Le reste finissait toujours par l'agacer.

Lorsqu'elle revint au chevet de l'homme, il avait fini sa soupe et ne semblait pas particulièrement dégoûté par sa petite touche personnelle. Il rapprochait et éloignait sa cuiller de ses yeux, comme si il testait sa vue ou qu'il était sénile. Mais Rina préférait la première option, aussi décida elle d'oublier son autre hypothèse pour ne se concentrer que sur celle-là. A priori, il n'y voyait pas plus clair qu'une taupe. Lorsqu'il la vit, ou qu'il l'entendit, arriver, il reposa sans hâte son ustensile et se redressa sur le lit à peine salubre où il avait été installé.

« - N'étais-je pas supposé être mort ? »

Il avait une voix d'homme distingué, elle restait froide et inquisitrice, mais l'on sentait qu'il voulait se montrer poli.

Rina ne savait pas si cela lui plaisait ou non.

« - Pour sûr, vous l'étiez ! Mais il s'est passé un phénomène étrange à côté de Konoha et depuis vous êtes vivant, encore. »

A la mention de Konoha, les traits du grand brun s'étaient durcis, sans doute était-ce un sujet sensible pour lui. Il semblait néanmoins plutôt maître de lui-même, et sans chercher à trop en savoir plus pour le moment, il parut s'accommoder rapidement de sa résurrection.

« - Où suis-je ? »

Rina aimait bien les gens comme lui, qui ne parlait pas trop et qui allait droit au but, malheureusement, elle n'en avait rencontré que très peu, et la plupart lui étaient devenus insupportables pour une autre raison.

« - Nous sommes dans un petit village de l'extrême Est du pays du Feu, loin de Konoha. Je suis Rina Tsuchiko, une des doyennes de ce village, mais tu peux m'appeler la Grosse Rina, comme les autres habitants, ça ne me dérange plus. Je t'ai ramené ici parce que je ne savais vraiment pas quoi faire de toi. »

Il acquiesça et tenta de se lever avec un succès tout relatif. Rina le rattrapa avant qu'il tombe et il put sentir à plein nez son odeur dégoûtante de mort, de sueur et de nourriture avariée. A sa décharge le voyage avait été long, et ça faisait un moment qu'elle n'avait pas eu le luxe de se laver.

Itachi, car c'était lui, en fit abstraction, ne releva pas le tutoiement et la remercia pour son aide. Sa vue s'était un peu améliorée quand il avait ressuscité, mais il n'y voyait toujours pas grand-chose et un autre combat, même contre un ninja très moyen, se révélerait certainement mortel pour lui dans l'état actuel des choses. Alors il décida de profiter de l'hospitalité toute relative de la vieille dame plus ou moins amicale autant qu'il le pourrait.

De toutes façons, il n'y avait plus aucun but à sa vie, maintenant que son frère avait enfin réalisé la vengeance qui lui tenait tant à cœur.

« - Puis je rester quelques temps ? Je crains ne pas être en état de repartir maintenant. »

La vieille dame le regarda un moment, semblant jauger la situation. Puis elle acquiesça et tourna les talons, prête à repartir.

« - Eh bien cela me fera de la compagnie. Et puis de toute façon j'avais besoin de quelqu'un pour s'occuper de mon petit-fils, Aoi, il a seize ans et ne pense qu'à devenir ninja. En échange je te laisserais dormir et manger ici. Je sors, pendant ce temps, tu peux te changer, il y a quelques vieux vêtements de mon mari dans la penderie, prends les. »

Elle s'éloigna de quelques pas, pensant sortir de chez elle pour aller faire quelques courses et assurer à tous ses enfants qu'elle avait bien survécu, bien qu'elle n'en ai aucune réelle envie, quand elle se rappela de quelque chose d'important.

« - Au fait, comment t'appelles-tu ? »

Itachi releva la tête. Il n'y avait pas pensé, mais il y avait fort à parier que tout le monde au pays du Feu connaisse Uchiha Itachi, l'homme qui avait décimé son clan légendaire, au moins de réputation. Il était donc risqué de faire usage de son véritable nom. Il sourit légèrement, sentant ses muscles protester contre le mouvement inhabituel de ses lèvres.

«- Akira, Akira Homura.»

La grosse Rina hocha la tête et sortit.

Itachi enfila rapidement les vieilles fripes qu'elle lui avait indiqué puis s'allongea sur le dos, pensif. Une fois son chakra entièrement reconstitué, il pourrait tenter de soigner lui-même ses yeux. Il avait longuement pu observer ceux de Madara et ainsi faire la comparaison avec les siens, et après presque dix ans de recherches, il avait finalement réussi à mettre au point un remède efficace sur le long terme. Au départ il ne comptait pas l'utiliser, puisqu'il pensait mourir ou de la main de son frère, ou de la maladie qui avait ravagé ses organes des années durant, mais puisqu'il était resté en vie au final et qu'il avait apparemment été remis en état de marche, pourquoi ne tenterait il pas de recouvrer pleinement la vue ? Cela prendrait un peu de temps, mais il était persuadé que dans deux mois il y verrait à peu près clair.

Et puis de toute façon, il n'avait rien d'autre à faire pour l'instant.

Pendant ce temps, Rina avait acheté ce qu'il lui fallait pour la semaine à venir et entrait chez son fils aîné. Le cadet n'avait pas répondu lorsqu'elle avait sonné, elle en avait conclu qu'il devait encore être en prison ou en train de faire des expériences étranges. Quant à sa fille, Rina l'avait croisé au marché, et elles avaient eu une dispute mémorable à propos des pousses de bambou d'un goût discutable que vendait une amie de celle-ci, et que Rina avait bien entendu décrié devant toutes les vieilles peaux qui faisaient, comme elle, leur marché.

La maison semblait vide, comme toujours. Mikio devait déjà être parti jouer aux guerriers avec ses amis idiots, laissant sa femme et son fils seul. Sa femme, justement, était alitée depuis quelques mois maintenant, souffrant d'une maladie inconnue que Rina soupçonnait d'être imaginaire, elle devait donc encore dormir dans sa chambre sans lumière. C'était pitoyable.

La vieille femme ouvrit la porte donnant sur le jardin et trouva Aoi en train de donner des coups de pieds aux arbres. Elle ne le dirait jamais, même sous la plus vile torture, mais elle était assez admirative devant la combativité du jeune homme. Depuis qu'il s'était fait racketter par les mercenaires de Kabuto, il s'entraînait comme un forcené pour devenir plus fort, même si en l'absence d'un professeur de ninjutsu, il était quelque peu limité.

«- Aoi ! Je suis rentrée, tu peux revenir martyriser mes arbres, j'ai trouvé quelqu'un pour garder un œil sur toi, tu pourras même le déranger et l'ennuyer avec tes questions stupides.»

Il la regarda, l'œil noir. Il n'appréciait pas trop qu'elle le taquine à propos de son besoin constant de tout savoir.

Le fait que ce soit juste de la méchanceté gratuite ne lui venait même pas à l'esprit, pour lui, la grosse Rina était la personne la plus extraordinaire du monde. Elle savait même utiliser le chakra et avait tenu tête plus d'une fois à Kabuto sama, c'était une légende !

Aoi arrêta immédiatement ce qu'il était en train de faire et passa voir sa mère, qui dormait profondément, avant de suivre Rina jusqu'à chez elle. Il était intrigué par ce mystérieux inconnu qu'avait évoqué sa grand-mère, après tout, peu de personnes pouvait se targuer d'amadouer la vieille Rina, la femme la plus revêche qu'il connaissait, et si cette personne logeait chez elle, c'était qu'elle lui plaisait bien.

Il entra dans la petite bicoque puante de sa grand-mère, qui n'avait pas connu le balai depuis des années, et vit que cette dernière était entrée dans la chambre d'ami, qui n'avait à sa connaissance jamais été utilisée.

Peu de temps après, elle ressortait, suivie par un brun aux yeux d'un noir profond vêtu d'un pantalon grisâtre qui avait connu des jours meilleurs et d'un tee-shirt d'un bleu passé qu'il savait appartenir à son grand père, décédé plusieurs décennies auparavant, peu après la naissance de son oncle.

Il ne fit pas grande impression au jeune garçon. Il semblait avoir la vingtaine, ses yeux étaient sombres et paraissaient éteints, il était grand, à peu près 1 mètre 80, mais n'avait pas une carrure de guerrier comme son père. Ses traits étaient très fins, et deux fines cicatrices courraient sur ses joues. Sa seule grande originalité était ses ongles peints en violet et la bague qu'il portait à l'annulaire droit. Plutôt inintéressant en somme.

«- Akira, voici mon petit fils Aoi, Aoi, je te présente Akira. C'est lui qui va devoir supporter ton bavardage incessant et tes entraînements idiots maintenant, je vous laisse tous les deux.»

Itachi jaugea rapidement sa toute nouvelle charge avec sa vision approximative. Il n'était pas très grand, avait de longs cheveux bleu ciel et des yeux qui semblaient de la même couleur. On le devinait musclé sous son pantalon beige et il ne portait pas de tee shirt. Il était déjà en sueur, comme si il s'entraînait depuis des heures entières, et sa moue dubitative lui révéla qu'il n'avait pas une grande estime de lui. Son visage était agréable, sans plus, et ses deux mains étaient éraflées.

Le nukenin n'avait pas vraiment envie de lui apprendre à se battre, ni même de lui parler, aussi décida-t-il de reprendre sa petite sieste, dans le jardin cette fois, puisque, d'après la taille réduite de la maison et son absence de dojo, c'était visiblement là où s'entraînait Aoi.

Itachi s'installa donc sous un arbre et ferma ses yeux qui ne voyaient presque plus, appréciant le calme tout relatif de la campagne environnante.

Le jeune garçon quant à lui fronça les sourcils. D'après ce qu'il avait compris des propos de sa grand-mère, Akira devait s'occuper de lui, hors il était à priori très occupé à dormir. Aoi haussa les épaules, il s'en fichait, de toutes façons si il était le genre d'homme qui préférait se reposer que de s'entraîner, il ne l'intéressait pas.

L'adolescent prit un verre d'eau dans la cuisine puis se remit à taper dans son arbre préféré, situé non loin de l'endroit où Akira avait élu domicile.


Deux semaines passèrent ainsi, sans que ni l'un ni l'autre ne se parlent. Itachi avait fini par reconstituer tout son chakra et il travaillait toutes les nuits sur la guérison de ses yeux. C'était épuisant, désagréable et ses progrès étaient au mieux lents. En conséquence il ne pouvait dormir que le jour et passait ainsi ses journées allongé sous l'arbre pour retrouver ses forces.

Et tout cela aurait très bien pu continuer éternellement si Aoi ne s'était pas rapidement lassé du silence qui régnait durant ses entraînements. Le jeune garçon rappelait beaucoup à Itachi le porteur du Kyuubi, Naruto Uzumaki. Il était tout comme lui hyperactif, borné et ne supportait pas l'idée que quelqu'un n'ai pas envie de s'entraîner avec lui.

Aussi, par une splendide après midi alors que le déserteur était tranquillement installé sous son arbre habituel, Aoi vint s'asseoir à ses côtés, ruisselant de sueur et tentant tant bien que mal de calmer sa respiration bien trop rapide.

« - Vous ne vous entraînez donc jamais ?

- Pour quoi faire ?

- Eh bien pour savoir vous défendre !

- Je n'ai pas besoin d'entraînement pour savoir me défendre. En plus, on ne peut pas franchement dire qu'il y ait beaucoup de personne contre qui se défendre dans le coin.

- C'est faux, depuis que Kabuto est parti, il y a pas mal de voleurs et de mercenaires dans le coin.

- Cela ne m'intéresse pas.

- Et s'ils vous agressent pendant que vous sortez ?

- Ils m'agresseront. »

Aoi le contempla, rageur, et se leva avant de reprendre son massacre de végétaux. Il n'aimait pas beaucoup Akira et sa nonchalance horripilante. On aurait dit que cet arrogant pensait maîtriser tous les jutsus du monde. Et en plus il était aussi bavard qu'une pierre. C'était une vraie plaie !

Sa compagnie était pour lui à peine plus agréable que celle de sa grand-mère acariâtre, qui de son côté profitait de ce temps gagné pour aller voir ses amies agaçantes, jouer au casino tout l'argent de ses économies et essayer de rendre fou les commerçants du village. La mauvaise vieille femme se ravissait donc de la présence du jeune homme brun chez elle et ne regrettait plus d'avoir ramené le mort vivant.


Deux semaines après la première discussion entre Aoi et Itachi, ce dernier se leva et vint le voir, brisant le pacte d'ignorance tacite qui avait jusqu'alors gouverné leurs relations. Sa vue avait grandement progressé suite à une opération d'envergure qu'il avait enfin réussi à mener à bien quelques jours plus tôt, et il voyait désormais convenablement les personnes et les objets autour de lui. Dans trois grosses semaines, si tout se passait bien et qu'il pouvait continuer de se reposer autant, il aurait définitivement guéri.

Il avait découvert qu'Aoi avait, comme il l'avait deviné, les yeux bleus, et que la maison était en très mauvais état. La poussière était omniprésente, la cuisine repoussante et la chambre qu'on lui avait gracieusement attribué couverte d'une épaisse couche de saleté. Les draps étaient immondes, plus encore depuis qu'il avait opéré sur ses yeux, incrustés de vieilles taches de sang et rigides de crasse. Il n'avait jamais été un grand fan de ménage, mais si il devait rester ici encore quelques temps il refusait de vivre dans une telle insalubrité. Durant ses longues années en tant que nukenin il avait séjourné dans des endroits terribles, dormi dans des grottes hostiles et en compagnie de compagnons de médiocre qualité en qui il n'avait jamais eu confiance. Mais jamais il n'avait trouvé pareil laisser-aller dans une maison, c'était complètement inédit. Il allait devoir nettoyer, vraiment nettoyer. Mais d'abord, il souhaitait assouvir sa curiosité.

L'adolescent lui jeta un regard mauvais quand il vit que le brun l'observait et lui demanda pourquoi il ne faisait pas la sieste comme les autres jours.

« - Je voulais savoir en quoi constituait ton entraînement.

- C'est simple, pour accroître mon endurance je cours tous les jours pendant une dizaine de kilomètres, puis pour ma force je m'entraîne contre ces arbres.

- Tu ne fais pas de ninjutsu ?

- Non! »

Son ton était brusque, comme si cela le frustrait considérablement de ne pas pouvoir apprendre à contrôler son chakra. Itachi s'en fichait, il n'avait pas l'intention de devenir son professeur. Ses réserves étaient faibles, presque inexistantes, et il n'avait jamais reçu la formation appropriée. A son âge avec un entraînement adéquat il pourrait éventuellement réussir à maîtriser les mercenaires civils qui rodaient parfois sur les chemins du pays du Feu, mais il ne serait jamais ninja et ne ferait jamais le poids contre eux.

Voyant que ce dernier ne bougeait pas, Aoi lui demanda :

« - Vous voulez essayer, pour les arbres ?

- Non merci, je ne préfère pas.

- Pourquoi, vous avez peur de vous blessez ?

- ... Je voudrais visiter le village, tu m'accompagnes ?

- D'accord. »

Aoi se rinça rapidement dans la douche située à l'extérieur de la maison, se sécha et se changea avant de sortir de la maison en compagnie d'Akira. Il lui montra les principaux lieux du village et répondit avec un plaisir évident aux rares questions de l'invité de sa grand-mère sur l'histoire de sa petite bourgade natale.

Komoko était un petit village traditionnel de l'Est du pays du Feu modernisé depuis quelques années par la colonisation subie par les hommes d'Orochimaru. Le village était de taille respectable mais moins connu que les villes aux alentours, entouré par les bois et tout proche du pays des Rizières. C'était un point d'entrée que les ninjas de Konoha ne gardaient pas, et donc un passage important pour les ninjas d'Oto. Kabuto y avait établi un campement permanent et terrorisait les habitants, réclamant un impôt important pour la « défense » de la ville et les menaçant de sévères représailles si ils parlaient de la situation à qui que ce soit. Le casino, certains restaurants et une partie des maisons modernes construites en bordure du village avaient été édifiés de force par les habitants suite à cette invasion par Oto, défigurant le paysage historique de Komoko. Lorsque Kabuto et ses hommes s'étaient repliés, au décès d'Orochimaru, ils avaient laissé à l'abandon ces nouvelles structures et après beaucoup d'hésitation les villageois se les étaient réappropriés, peignant les extérieurs de couleurs vives pour donner un peu de joie aux monstres de bétons. Le tout donnait un air excentrique au village, et avait forgé des habitants aux caractères bien trempés qui se méfiaient des ninjas.

Aoi entre deux petites parenthèses historiques essaya de savoir d'où venait Akira, mais à priori ce dernier le devina tout de suite car il ne répondit à aucune de ses allusions.

Plus le temps passait, plus il trouvait que le brun avait une certaine prestance. Il n'aurait pas su dire pourquoi, mais il y avait quelque chose dans sa posture, dans sa manière de parler, qui suggérait des origines nobles et un certain talent inné pour les arts martiaux. Akira gardait un secret, plusieurs peut être, et il avait le sentiment qu'il connaissait bien plus de choses sur les ninjas qu'il ne voulait bien le laisser paraître.

Il aurait bien voulu qu'Akira lui fasse une petite démonstration, pour qu'il puisse voir si ses impressions étaient justifiées, mais il refusait toujours de s'exécuter, comme si il avait peur qu'il le trouve trop faible. Aoi lui avait pourtant promis qu'il ne jugerait pas, il était même prêt à lui montrer certains secrets de son propre entraînement pour remédier à son humiliation, mais rien n'avait convaincu Akira.

A quel point était-il mauvais ?