Komoko : Chapitre 2
Deux mois passèrent encore, deux mois où Itachi préféra recommencer à s'entraîner en secret, la nuit, et dormir le jour entre deux sessions de ménage. Il regardait parfois le jeune garçon taper sur les pauvres arbres de manière totalement inutile, le cœur serré par la pitié. Il n'avait pas vraiment envie de casser ses espoirs en lui disant qu'avec le niveau qu'il avait à présent, même des enfants encore à l'Académie pouvaient le vaincre aisément. Pas parce qu'il appréciait spécialement le gamin, mais il n'avait aucun désir de partir, et il savait qu'il allait y être obligé si il se mettait le petit à dos.
Après tout, l'une des conditions pour qu'il reste était qu'il s'occupe d'Aoi, alors si il le détestait et ne voulait plus le voir, le marché serait caduc.
Itachi s'habituait doucement à la vie de sédentaire. Lui qui était habitué à manger la viande crue des animaux sauvages, à dormir trois heures par nuit les bons jours et à se faire pourchasser tout le temps découvrait avec un certain plaisir qu'ici personne ne lui reprochait de ne rien faire.
C'était assez agréable, même si il se doutait que ça n'allait pas durer. Son corps disparu avait du inquiéter Tobi. Madara avait besoin de ses yeux si il voulait pouvoir utiliser Sasuke sans qu'il ne devienne aveugle. Il avait fini par enterrer la bague dans les bois après l'avoir détruite du mieux qu'il pouvait, mais il la portait encore lorsqu'il avait ressuscité. C'était peu probable, mais il ne pouvait exclure qu'ils aient senti sa réanimation. Si c'était le cas, ils le trouveraient. Si c'était le cas, il devrait se battre.
Parfois, lorsqu'il se sentait suffisamment reposé, il demandait au jeune garçon de lui monter la région et Aoi l'emmenait à la découverte de ce coin reculé du pays du Feu qu'il ne connaissait pas du tout. Ils se baladaient ainsi pendant des heures durant, découvrant bois, rivières et collines. Aoi parlait, parlait, parlait, et il gardait le silence, profitant de l'odeur agréable de la forêt et du clapotis régulier des ruisseaux, sentant sous ses doigts les mousses délicates et l'écorce solide des arbres. Itachi trouvait ces balades apaisantes, il se sentait en paix lors de leurs excursions.
Seulement un jour, durant l'une de ses promenades, alors qu'ils approchaient de la frontière avec le pays des Sources Chaudes, six mercenaires leur barrèrent soudain la route, des sourires peu engageants ornant leurs visages durs et couverts de cicatrices.
Ils étaient l'image même qu'Aoi se faisait des ninjas. Immenses, larges d'épaules, le crâne rasé et des tatouages sur les bras. Ils les toisaient, arrogants, et comme la dernière fois, l'adolescent se sentit totalement dépassé. C'était comme si tout son entraînement n'avait servi à rien. Il avait perdu ses moyens et commençait déjà à sortir son argent quand il releva les yeux vers Akira, se demandant comment ce dernier prenait la chose.
Il n'y avait aucune expression sur son visage, même si Aoi crû entrevoir une lueur amusée dans ses yeux noirs d'encre. Il se tenait droit et paraissait n'éprouver aucune peur. Quand il daigna porter son attention sur lui, il lui décocha un regard surpris.
« - Qu'est-ce que tu fais, Aoi ?
- Ils veulent notre argent, alors je le leur donne. »
Itachi releva la tête, vaguement surpris par son manque de confiance en lui. Ces six minables ne méritaient pas un centime, ni un jutsu. Ils paraissaient sûrs d'eux, et visiblement il ne connaissait pas le vrai visage de l'aîné des Uchiha. Stupides, mal renseignés, arrogants. Des brutes quelconques, si il avait été seul il ne leur aurait même pas laisser le loisir de contempler ses traits. Ils seraient morts sans avoir eu aucune idée du mal qui les avait frappé, et il aurait récupéré leur argent et éventuellement une partie de leurs vêtements si quelque chose lui avait tapé dans l'œil.
Il grimaça légèrement. Dans le cas présent, il se serait contenté de l'argent.
« - Eh toi ! Qu'est-ce que tu attends pour sortir ton argent, on n'a pas que cela à faire tu sais ?
- Je n'ai pas l'intention de vous donner de l'argent.
- C'est ce que l'on va voir ! »
Itachi leur jeta un regard ennuyé et à peine curieux, ce qui les mit en rage. Ils décidèrent donc d'attaquer, inconscient du danger auquel ils s'exposaient. Une erreur. Le brun les regarda arriver, indiffèrent, puis disparut soudainement du champ de vision d'Aoi, qui se sentait trembler de peur. Est-ce qu'il l'avait abandonné ?
Tous les brigands s'écroulèrent soudain, morts, et Itachi revint à ses côtés, même pas décoiffé. Un simple coup très puissant sur la nuque et ils avaient tous succombé, ce n'était même pas intéressant, il avait connu des biches qui avaient opposé plus de résistance.
« - Comment est-ce que tu as fait ça ? Ça a été si vite que je ne t'ai même pas vu ! »
Itachi haussa une épaule et ils se remirent en marche. C'était du simple Taijutsu, tout bon ninja pouvait parvenir à un résultat semblable à celui-ci sur des personnes aussi faibles.
« - Tu es un ninja, n'est-ce pas ?
- Oui.
- Tu pourrais m'apprendre ?
- Non. »
Aoi ne s'était même pas rendu compte qu'il l'avait tutoyé. Après la réponse catégorique d'Akira, il se mit à bouder comme un gamin et ils finirent par rebrousser chemin pour retourner bien plus tôt qu'ils ne l'avaient initialement prévu.
Lorsqu'il rentra chez lui ce soir-là, sa mère était réveillée et mangeait, quant à son père, il lui racontait sa journée à chasser les brigands d'Oto des frontières.
Sa mine sombre et son manque d'entrain inhabituel alertèrent les deux adultes, qui lui demandèrent ce qui s'était passé, si cela avait un rapport avec Rina et si ils devaient s'inquiéter.
« - Eh bien en fait, ce n'est pas Rina, c'est Akira, l'homme qu'elle a recueilli. Aujourd'hui, on se promenait et...
- Qu'est-ce qu'il y a, il t'a fait du mal, tu veux qu'on aille lui montrer de quel bois on se chauffe ?!
- Non ! C'est juste qu'on a rencontré des voleurs, et bon et bien je croyais qu'il était à moitié aveugle et qu'il n'arrivait même pas à courir, et il les a abattu, tous les six, en moins de dix secondes, c'était impressionnant. Mais il a refusé de m'apprendre...
- Il a abattu six hommes armés jusqu'aux dents en dix secondes ?
- Oui. Il m'a dit qu'il avait été ninja... »
Mikio lança un regard lourd de sens à sa femme. Ils avaient été prévenu, bien sûr, que c'était désormais cet Akira qui s'occupait de leur fils, mais Rina n'était jamais bien loin, et puis ce n'était qu'un vagabond inoffensif qu'elle avait ramassé sur la route du retour lors de son dernier voyage. Du moins c'était ce qu'ils croyaient. Ils n'avaient pas du tout envie que leur fils suive l'enseignement d'un renégat, ni qu'il courre le moindre risque en sa compagnie. Et a priori c'était risqué, puisqu'il avait un talent indéniable pour tuer.
Mikio ne l'avait jamais vu, aussi décida-t-il de rendre une petite visite à sa mère le lendemain, histoire de confirmer ce que lui avait dit son fils.
Et le lendemain comme prévu, il se rendit dans la vieille maison qui semblait presque abandonnée où Aoi aimait s'entraîner. C'était plus propre qu'à l'ordinaire, étonnant. Sa mère n'avait jamais de mémoire fait le ménage chez elle, et lorsque la fratrie avait quitté le nid toute notion de nettoyage avait disparu de son esprit. Il marcha jusqu'au jardin et salua son fils, qui s'entraînait sans relâche. Continuant, il vit l'homme, Akira, dont son fils lui avait parlé, et s'installa à ses côtés. Il dormait ou faisait semblant, et se redressa lorsque Mikio s'assit.
L'homme d'âge mûr aurait pu le classer comme étant tout à fait inintéressant, tout comme l'avait fait son fils, mais il voyait des combattants à l'œuvre depuis si longtemps qu'il comprit immédiatement que sous les traits parfaitement symétriques et délicats de ce très beau jeune homme se cachait un guerrier exceptionnellement talentueux.
Plus que lui, en tout cas.
« - Je suis Mikio Tsuchiko, le père de Aoi. Vous devez être Akira san, n'est-ce pas ? »
Le nukenin acquiesça, peu intéressé. Il savait qu'il ne risquait rien en dévoilant quelques aspects de sa vie passée, et puisque c'était visiblement ce dont ce Mikio voulait lui parler, il n'avait pas vraiment envie de tourner autour de la question, qui vint assez rapidement, d'ailleurs.
« - Vous étiez ninja à Konoha ? »
Le beau brun se tourna vers lui et le contempla un moment, indifférent. Cela ne semblait pas être un grand bavard. Mikio quant à lui sentait que cette entrevue n'allait pas être facile. Il jeta un regard distrait aux marques sous ses yeux, elles lui disaient vaguement quelque chose, mais il n'arrivait pas à se rappeler quoi.
« - C'était il y a très longtemps. C'est fini pour moi maintenant.
- A quel grade ?
- A l'époque je dirigeais un commando des forces spéciales du village. »
Il y avait de la nostalgie et de la tristesse dans sa voix. Mais Mikio n'y porta qu'un intérêt très secondaire. Devant lui se tenait un capitaine de l'ANBU, quelqu'un pour qui tuer les gens était plus naturel que de dormir, un expert de la torture et de l'espionnage. Quelqu'un qu'il n'était pas sûr de vouloir voir aux côtés de son fils. Mais pouvait-il l'en empêcher ? Aoi ne comprendrait pas, et il n'était pas là suffisamment souvent pour vérifier qu'il ne se rende pas chez Rina en douce. Quant à sa mère, il avait arrêté d'essayer de raisonner avec elle de longues années auparavant. Elle avait mal digéré la mort de son père, et s'était fermée peu à peu, rejetant tout contact positif avec le monde. Elle n'avait gardé que de rares amis, avait pris environ vingt kilos et son caractère déjà puissant avait développé une facette détestable. Personne ne souhaitait s'opposer à Rina, et lui encore moins. Si elle autorisait cet Akira à demeurer chez elle, il ne pouvait rien faire.
Le guerrier s'éloigna très légèrement et regarda Aoi frapper l'arbre de toutes ses forces. Il faisait cela tellement souvent que le tronc n'était plus recouvert par l'écorce à certains endroits. Brave petit, il aurait aimé passer plus de temps avec lui. Peut être dans quelques mois, lorsque les frontières seraient plus sûres, peut être qu'il pourrait l'emmener avec lui, lui montrer certaines facettes du métier et lui faire comprendre que ce n'était pas le meilleur choix pour lui. Aoi était vif, malin, curieux, il adorait apprendre et l'histoire le fascinait. Il ferait un bon professeur, un écrivain peut être ? Mais il ne serait jamais un combattant.
« - Vous ne voulez pas l'instruire, n'est-ce pas ? Pourquoi ?
- Parce que si il devient un ninja, un jour où l'autre il le regrettera.
- Je suis d'accord. »
Mikio se leva et partit, sous le regard toujours aussi impassible du nukenin et celui, trahi et blessé, de son propre fils, qui ne comprenait pas pourquoi son père avait abandonné aussi facilement.
Ce soir-là il le retrouva pour le dîner et exigea qu'il lui explique les raisons de son abandon.
« - Aoi, cet Akira était ANBU à Konoha, et je suis un guerrier au service du pays du Feu. Nous savons tous les deux quels tourments agitent les shinobis et les mercenaires, et je ne souhaite pas qu'un jour tu viennes me voir en me demandant des comptes parce que tu regretteras ton choix. »
L'adolescent accusa le coup et se renfrogna. Il ne comprenait pas, tout cela le dépassait, et Mikio savait qu'il n'entendrait rien à ce qu'il venait de lui dire avant de longues années. Des années de rancœur, très certainement. Mais un jour, il en était sûr, Aoi le remercierait de l'avoir empêché de devenir un shinobi.
Le jeune garçon se mit quant à lui à réfléchir sur les propos de son père. Ainsi donc, cet homme que la grosse Rina avait recueilli était un ancien ANBU, un des meilleurs shinobi de Konoha ? Mais alors, pourquoi était-il parti ? Qu'est ce qui avait décidé Akira à rendre son bandeau ? Une blessure inguérissable ? Sa quasi cécité du départ ? Un désastre sentimental ?
Plus le temps passait, plus il se rendait compte qu'il ne savait rien de lui, de ses motivations et de son passé. Akira ne dévoilait jamais rien, ou alors ce n'était que par bribes. Il ne parlait quasiment jamais, et les rares informations qu'il donnait ne faisaient que soulever plus de mystère à son propos.
Un vrai shinobi...
De son côté, Itachi rangeait les quelques kunais appartenant à Rina dont il se servait pour son entraînement personnel. Il adressa un très léger sourire à un chêne à l'écorce arrachée et finit de ramasser ses affaires et de nettoyer le jardin tout en se mettant soudainement à parler.
« - Vous n'en avez pas assez de m'espionner le soir, Rina san ? »
La grosse Rina renifla et annula son henge. Perchée sur une branche d'arbre six fois moins grosse qu'elle, elle ressemblait à un éléphant sur un balai. Elle descendit sans aucune classe de son perchoir et marcha jusqu'à lui avec la lenteur paresseuse qui la caractérisait.
«- Bien sûr que non, tu sais très bien que te regardez lancer des kunais et entretenir ta plastique à moitié nu et ruisselant de sueur est pour moi un divertissement délectable.»
Itachi retira son pantalon et sans se préoccuper une seconde du regard concupiscent de la vieille femme, il alluma la douche, située à l'extérieur de la maison.
Rina Tsuchiko était une ancienne Genin d'Iwa très intelligente et assez malveillante, et elle avait vite découvert que son mort vivant s'entraînait dès que son petit fils était parti et qu'elle sombrait dans les bras de Morphée. Loin de s'offusquer des cachotteries de ce prétendu Akira, qu'elle soupçonnait d'être un dangereux criminel aux fréquentations douteuses et aux mœurs étranges - il portait du vernis à ongles VIOLET ! Elle trouvait fascinant le contraste avec l'homme calme et détaché passant son temps à dormir qu'il était le jour et le chasseur aux instincts meurtriers et aux réflexes totalement inhumains qu'il était la nuit.
Et bien entendu, elle devait s'avouer que le spectacle affligeant de sensualité qu'il offrait lorsqu'il s'entraînait était des plus agréables, surtout pour une femme comme elle, qui n'avait plus connu d'hommes depuis son mari, mort vingt ans plus tôt.
En fait, Akira était en trois mois devenu le seul être trouvant grâce aux yeux de la vieille femme, et cela se faisait ressentir. Elle ne crachait plus dans sa soupe, ne lui servait plus à boire l'eau de ses toilettes, ne lui donnait plus à manger sa viande avariée et il lui était même arrivé de changer ses draps DEUX fois, même si c'était lui qui les avait lavé. Ce qu'elle aurait jugé tout à fait impensable lorsqu'elle l'avait recueilli.
Itachi coupa l'eau, froide, il ne fallait tout de même pas trop en demander à la grosse Rina, et se sécha rapidement avant de rentrer à l'intérieur de la maison et de s'habiller pour la nuit, ou plutôt le petit matin.
Il avait fait quelques petits boulots de livraison, de ménage et de jardinage dans le petit village et avec l'argent il avait, pour la première fois depuis ses treize ans, acheté des vêtements. Ce bonheur simple de s'habiller de neuf avec l'argent qu'il avait lui-même gagné, il ne l'avait jamais connu auparavant. Quand il habitait chez ses parents, l'argent de ses missions lui servait à renouveler son stock d'armes et à acheter des cadeaux ou des friandises salées à son petit frère, et à l'Akatsuki ils se contentaient de voler les ninjas qu'ils assassinaient sur la route.
Itachi trouvait cela agréable.
Et il commençait à envisager de rester à cet endroit plus d'un an. Il s'y sentait bien, pas vraiment aimé, mais il était au calme et surtout rien à Komoko ne lui rappelait son passé dérangeant et ses attaches ennuyeuses.
Cependant, trois semaines plus tard, alors qu'Aoi persistait à lui faire la tête, qu'il finissait une grande opération de retour à la salubrité chez Rina et qu'il recommençait, très discrètement et hors de vue de la vieille dame, à faire usage de son Sharingan, un gamin complètement terrifié sonna à la porte et laissa à Rina un bébé requin sur lequel était inscrit un message codé. La vieille femme n'en avait jamais reçu, aussi elle devina aussitôt que le destinataire n'était autre qu'Akira, qui se reposait après une nuit d'entraînement intensif.
Elle lui remit le requin en espérant qu'il saurait de quoi il retournait et vit avec inquiétude les traits du beau jeune homme se crisper au fur et à mesure de sa lecture. Il serra le poing violemment et le requin explosa, éclaboussant sa joue de quelques gouttes de sang. Rina frissonna violemment, non pas à cause de l'explosion cruelle et sans intérêt, autre que la méchanceté pure, du requin ; mais parce que pendant un instant, il lui avait semblé que les yeux d'Akira rougeoyaient.
Il se leva et lui dit qu'il serait certainement de retour dans la soirée, l'air aussi calme que d'habitude, mais elle commençait à bien le connaître et elle sentit qu'il était plus tendu que jamais. Il prit discrètement quelques kunais et le sabre qu'il avait trouvé caché dans la penderie du mari de Rina et partit, ignorant qu'Aoi le suivait.
Tout son esprit était concentré sur sa rencontre avec Kisame, et sur ce qu'il allait dire à son ancien partenaire.
Il le retrouva dans une partie isolée de la forêt située au Nord du village. Le déserteur de Kiri cajolait son épée fétiche lorsqu'il arriva. Un sourire démesuré et plus tranchant que celui du requin dont il semblait tenir apparut sur son visage. Cela en aurait effrayé plus d'un, mais le nukenin de Konoha savait que c'était purement amical. Ou presque.
Aoi s'installa dans un arbre situé non loin, et, coup de chance, il choisit le seul angle dans lequel il pouvait voir sans être vu d'aucun des deux, et la partie de la forêt ou le vent venait de face, effaçant son odeur et ses bruits. Perché sur son arbre, il tenta alors d'espionner la conversation d'Akira et du ninja, qui pour le moment lui tournait le dos et portait une épée gigantesque.
« - Alors, partenaire, comme cela tu as survécu ? Je pensais pourtant que Sasuke kun t'avait définitivement tué.
- Il l'a fait, mais quand Pain s'est sacrifié pour Konoha, j'ai reçu l'un des rayons et je me suis réveillé ici. Ne sois pas surpris, après tout, cinq d'entre nous étaient immortels ou presque, six si on compte Orochimaru. Je ne suis pas très original sur ce coup là.
- Il nous a rejoints, tu sais. Madara lui a dit quelque chose qui brusquement t'as fait passer du rang d'immonde traître à son clan meurtrier à celui de gentil frère aîné luttant pour protéger Konoha. Ils veulent détruire le village en ton honneur, amusante réaction n'est-ce pas ?
- Mon petit frère a toujours été stupide. Si tu me parlais des véritables raisons de notre entretien ?
- C'est simple, en fait. Madara a senti ton chakra renaître grâce aux bagues, et comme tu ne lui ai plus d'aucune utilité et qu'il te sait aveugle et malade, il veut que je te supprime. »
Aoi eut un hoquet de terreur pure alors que l'homme qui parlait avec Akira retirait son manteau. Il ressemblait à un poisson, un très, très méchant poisson. Akira quant à lui était d'une sérénité qui lui coupa le souffle. Aoi avait juste compris que l'homme était son ancien partenaire et qu'on lui avait donné l'ordre de le tuer, et lui avait l'air de s'en ficher royalement. S'il ne l'avait pas trouvé aussi stupide à ce moment précis, Aoi l'aurait admiré pour son courage. Lui aurait été pétrifié par l'homme requin.
Les yeux d'Akira devinrent terrifiants. Ils étaient d'un rouge démoniaque, avec des dessins noirs qui ne les rendaient que plus beaux. Et juste après, l'adversaire de l'ancien ninja de Konoha s'écroula, l'écume aux lèvres.
« - Si tu avais été plus attentif, Kisame, tu aurais remarqué que je n'étais pas plus aveugle ou malade que toi et que je pouvais donc utiliser ma pupille. Tu es d'une naïveté affligeante. »
Le dénommé Kisame semblait complètement hors combat, ce qui n'empêcha pas Akira de lui trancher la tête et de brûler le corps avant de l'enterrer avec son épée grâce à des techniques de ninjutsu qu'Aoi n'avait encore jamais vu.
Il passa l'après-midi à effacer toute trace de la présence de Kisame Hoshigaki sur les lieux puis rentra au village, comme si de rien n'était, comme si il ne venait pas de tuer un de ses coéquipiers.
Il lui faisait peur. Mais d'un autre côté, cette petite rencontre avait soulevé de nouvelles interrogations et sa curiosité naturelle lui conjurait de ne pas abandonner sa quête d'informations sur Akira.
Si c'était bien son nom.
Aoi se dépêcha de rentrer chez lui ce soir-là et demanda à son père si il savait quoi que ce soit à propos d'un ninja aux yeux devenant rouges.
« - Je ne vois pas très bien pourquoi tu demandes cela. Il n'y a que deux sortes de personnes dont les yeux peuvent devenir rouges, d'après ce que j'en sais. Les réceptacles de démons et un des clans de Konoha. As-tu vu l'un ou l'autre ?
- Non, mais Akira l'a évoqué une fois, c'est tout. »
Aoi préféra arrêter là, ne tenant pas à attiser la curiosité de son père, et finit de manger en silence.
Akira ferait donc parti d'une famille plus ou moins influente de Konoha. Il ne connaissait rien aux affaires du village caché, mais c'était toujours une information de plus sur l'ancien ninja. Il était impensable qu'il soit l'un des réceptacles d'un démon. Tout le monde disait qu'ils étaient instables, maudits et qu'ils tuaient par pur plaisir, hors Akira n'avait l'air ni instable ni maudit et lorsqu'il tuait, c'était parce qu'il y était obligé.
Le jeune garçon s'endormit donc l'esprit en paix, une grande partie de sa curiosité étant satisfaite de ce qu'il avait appris.
Kiburi s'avança jusqu'à l'immense siège de pierre où siégeait son maître, retenant avec peine un gémissement de terreur. Il se trouvait dans une immense ruine. Il y avait du sang sur les quelques murs qui n'étaient pas tombés, et peu à peu le lierre avait envahi ce qui avait dû être un magnifique château fort. Une légère brise souleva quelques mèches de ses cheveux blonds et le fit frissonner. Kiburi était mort de peur, même si il tentait tant bien que mal de se raisonner, de se dire qu'il n'avait rien à craindre de son maître, à priori.
Mais depuis que la nuit était tombée, et qu'il avait remarqué la couleur plus qu'inhabituelle de l'astre lunaire, il ne pouvait s'empêcher d'être pétri par l'angoisse. Un affreux pressentiment le tenaillait, le faisait trembler.
Il s'agenouilla puis releva doucement la tête et constata, soulagé, que ce dernier était caché par les ténèbres environnantes. Ainsi, il était un peu moins impressionnant. Juste un peu. Il pensa un instant à sa petite amie, qui devait l'attendre avec impatience. Ils s'étaient échappés d'un repère d'Orochimaru à la mort de celui-ci et vivaient depuis dans une petite maison tranquille de la ville de Tanzaku. Jusqu'à ce que son maître le retrouve, évidement.
« - Maître, comme vous me l'aviez demandé j'ai suivi Hoshigaki Kisame. Il a parcouru la moitié du pays du Feu en une journée, et s'est arrêté près de la frontière avec le pays des Sources Chaudes et le pays des Rizières. Je n'ai réussi à le localiser que le lendemain, mais lorsque je suis arrivé, il était déjà mort. Kisame a été tué par... Par Uchiha Itachi. »
Le maître sonda l'esprit de son serviteur, puis sourit quand il comprit qu'il ne mentait pas. Il se leva alors, dévoilant un visage repoussant en forme de tête de serpent, et planta son sabre dans le ventre de Kiburi, qui mourut peu après.
Il n'avait pas envie de laisser filtrer l'information.
Le nukenin rangea l'arme dans son fourreau, annula son henge puis retourna s'asseoir sur cet espèce de trône qu'il avait trouvé dans les ruines d'un ancien château. Contemplant la lune, qui avait une teinte rougeoyante ce soir-là, Sasuke sentit une unique larme de soulagement couler sur sa joue. Ainsi, son frère était toujours en vie et en pleine possession de ses moyens...
Une visite s'imposait, mais pour le moment, il devait rejoindre Madara pour sceller Hachibi, qu'il venait de rattraper.
Lui l'avait pourchassé pendant des années entières, Itachi pouvait bien attendre une toute petite semaine.
Une moue boudeuse rappelant qu'il n'était encore qu'un adolescent s'installa sur son visage, la même que celle qu'il avait, enfant, quand Itachi ne voulait pas jouer avec lui. Il n'était pas sûr de réussir à tenir, lui.
