Komoko : Chapitre 3

Lorsqu'Itachi se réveilla le lendemain avec un puissant mal de crâne du à son utilisation abusive du Sharingan, il peina à rester totalement immobile et à ne pas tuer l'imprudente qui s'était glissée dans sa chambre.

En effet, une femme se tenait près de lui, son visage à moins de dix centimètres du sien, et semblait hésiter à l'embrasser.

Itachi Uchiha n'avait jamais embrassé personne, et il ne tenait pas vraiment à ce que cela lui arrive. Après tout, il avait déjà survécu 22 ans sans, n'avait jamais ressenti un désir particulier pour la chose et d'après ce qu'il en avait vu, avoir des sentiments amoureux ou même une certaine attirance physique pour quelqu'un ne provoquait que des ennuis.

Et en plus, celle-là était assez moche.

Elle avait des traits grossiers, comme taillés à l'aide d'une serpe, une peau grasse, à l'éclat jaunâtre et qui sentait la mauvaise sueur, des yeux légèrement globuleux d'une teinte indescriptible, mélange de brun et de gris, de fines lèvres rouge sang et un corps qui lui rappelait celui de la grosse Rina.

En fait, elle lui rappelait beaucoup Rina, mais en moins grosse, en moins belle et en plus jeune. Sans doute sa fille.

La femme d'âge mûr se rendit soudain compte qu'elle était observée et découverte, et elle recula très légèrement en lui faisant un grand sourire désagréablement mielleux, qui dans son langage voulait certainement dire qu'elle acceptait volontiers de repeupler la planète avec lui sans plus tarder.

Écœurant.

« - Cette sale vieille peau de Rina n'avait pas menti, vous êtes vraiment très agréable à regarder, Akira san. Je suis sa fille Sayuri. »

Heureusement pour Itachi, qui voyait avec une certaine horreur une perle de sueur descendre lentement mais sûrement jusqu'à la mâchoire carrée de Sayuri, d'où elle allait sûrement tomber pour arriver sur sa peau à lui, la grosse Rina entra à cet instant précis dans la chambre. Il n'était pas descendu à l'heure habituelle et elle voulait à priori vérifier qu'il n'était pas mort dans son sommeil.

« - Que fais-tu ici, Sayuri ? Tu importunes mon invité, vas t'en ! »

La tante d'Aoi se releva et sortit de la pièce, non sans avoir lancé un clin d'œil évocateur au nukenin de Konoha, qui put alors se redresser sans craindre qu'on essaye de martyriser ses lèvres magnifiques et encore vierges de tout attouchement.

Il remercia presque chaleureusement Rina. Presque parce qu'il n'était jamais vraiment chaleureux, et accepta en échange du service qu'elle venait de lui rendre de parader à son bras au marché.

Rina adorait faire courir des rumeurs sur elle, et tout le monde dans le village se demandait quelle était la nature de ses relations avec ce beau jeune homme qui habitait chez elle. Était-ce un étudiant qui se faisait de l'argent en lui vendant ses charmes, le petit ami caché d'Aoi, un amateur de femmes âgées, quelqu'un qui était juste là pour l'aider à tenir la maison ou l'un de ses fils cachés ?

En tout cas, l'histoire passionnait toutes les commères du petit village où tout se savait très vite, et comme Rina ne faisait rien pour faire taire les gens qui répandaient des rumeurs, le nombre de ragots sur son compte enflaient dangereusement. On en parlait jusque dans le village voisin, situé à dix kilomètres de celui-ci.

Cela faisait beaucoup sourire la vieille femme, qui savait très bien qu'il ne se passerait jamais rien de plus que ce qu'il ne se passait déjà avec Akira. Ils avaient développés une certaine forme de cordialité, mais même si elle aimait beaucoup contempler le beau jeune homme quand il s'entraînait où qu'il prenait sa douche, elle n'irait jamais plus loin.

Pendant qu'elle achetait ses pousses de bambou et son soja sous l'œil admiratif et jaloux de toutes les femmes aux alentours, Itachi repensait à son affrontement avec Kisame. Son message narquois l'avait tellement mis en rogne qu'il avait failli ne pas remarquer la présence d'Aoi. Dès que cela avait été rectifié il avait immédiatement mis un terme au combat, pour que le déserteur de Kiri ne le prenne pas comme otage. Cela l'aurait un peu gêné de tuer le petit fils de celle qui l'avait sauvé, et cela lui aurait causé des tas d'ennuis.

Madara voulait qu'il meure, apparemment. Itachi s'en fichait royalement, il se savait de taille à l'anéantir, après tout, son Sharingan à lui avait eu des années d'améliorations génétiques, tandis que celui de Madara était l'un des tout premiers à se développer jusqu'à atteindre trois virgules. Quant à son mangekyou soi-disant éternel, il n'était qu'un handicap. En prenant les yeux de son frère, Madara avait figé le Sharingan pour toujours, et il ne pouvait plus utiliser ses yeux normaux. Peut-être que sa vue ne baissait pas, mais il était ainsi continuellement obligé de gaspiller son chakra en dojutsu, ce qui le pénalisait face à Itachi, qui avait de plus une plus grande réserve de pouvoir que lui au départ.

En résumé, il fallait effectivement mieux pour Madara qu'Itachi meure, surtout depuis qu'il n'était plus aveugle et que la maladie qui avait précipité ses plans, contentée par sa mort, ne rongeait plus ni son cœur ni ses poumons.

S'il voyait son ancêtre, il le tuerait.

Il espérait juste que son frère ne s'interposerait pas. Il avait dû utiliser toute sa volonté pour le pousser à bout la dernière fois, et il se sentait bien incapable de lui faire du mal à nouveau. Si Sasuke lui préférait Madara, Itachi mourrait. Cela ne le dérangeait pas, surtout s'il pouvait emmener l'autre avec lui. Mais il serait certainement triste que son frère choisisse le leader de l'Akatsuki plutôt que lui.

Itachi sourit, il était devenu de plus en plus égoïste, avec le temps. Quand il avait quitté Konoha, et ce jusqu'à sa première mort, la haine de Sasuke ne lui faisait rien, c'était un outil, un moyen d'être sûr qu'il devienne assez puissant pour survivre par lui même, et il se fichait d'être l'homme à abattre pour lui. Et voilà que maintenant, il souhaitait être accepté par lui ? Décidément, la vie avec Rina avait fait de lui un autre homme.


Aoi fut trop occupé par sa mère pour pouvoir venir, ce jour-là, mais, le lendemain, il fut sur les lieux avant même le réveil d'Itachi et en profita pour le regarder dormir. Vraiment dormir.

Cela faisait quelques temps qu'il avait compris que le jeune homme ne dormait pas vraiment pendant les après-midi qu'ils passaient ensemble. Il se contentait de se reposer, mais restait sur ses gardes. Là, au contraire, il était parfaitement relâché, libéré de toute tension, et apparemment en plein rêve.

Il s'assit et le contempla en silence, pour une fois. Il n'avait jamais vraiment compris pourquoi toutes les filles du village étaient folles de lui, mais à présent, c'était très clair à ses yeux. Akira remua légèrement ses lèvres dans son sommeil, comme si il parlait à quelqu'un. Aoi rapprocha son oreille et attendit qu'il se répète.

« - Sa..su...ke... »

Bon, a priori, il ne rêvait pas de lui, mais d'un autre homme. C'était déjà cela. Il n'avait pas vraiment envie que les commères qui peuplaient le village trouvent encore matière à discuter sur leurs agissements respectifs. Elles pensaient toutes qu'ils étaient ensemble, il le savait, et pourtant, jamais il ne l'aurait envisagé seul.

Aoi rougit soudain. La couverture avait glissé, révélant que le pyjama d'Akira était plutôt lâche, et qu'il avait vraiment une silhouette parfaitement faîte. Aussi quand il sentit que le jeune homme était sur le point de se réveiller, il préféra la fuite et décida d'oublier ce qu'il avait vu ainsi que le fait qu'il l'ait entendu prononcer le nom d'un homme d'une manière aussi... dérangeante.

On aurait juré que sa voix était affectueuse.

Et Akira n'était JAMAIS affectueux, avec personne.

Il marcha jusqu'au jardin et commença son entraînement, préférant frapper de toutes ses forces l'arbre qu'il martyrisait le plus fréquemment plutôt que de se poser plus de questions. De toute manière, un jour ou l'autre il était sûr qu'il saurait qui était ce Sasuke. Après tout, dans un si petit village, toute nouvelle se rependait très rapidement, Aoi comme les autres habitants le savait bien...

Itachi quant à lui se leva, s'habilla puis se dirigea jusqu'au jardin où il s'allongea de nouveau avec le carnet qu'il s'était acheté quelques jours plus tôt et qu'il ne quittait plus. Il y avait consigné toutes ses expériences sur son propre Sharingan et ses notes sur celui de Madara, et tentait d'en extraire un moyen efficace de réduire plus encore la fatigue causée par l'utilisation abusive des arcanes lunaires. La méthode qu'il avait finit par tester la veille sur Kisame lui avait appris que son idée de départ était imparfaite, et que même en diminuant d'un jour la durée du Genjutsu dans l'esprit de la victime, la quantité de chakra à utiliser restait trop importante pour ses yeux actuels. A partir de ses conclusions il commença à élaborer de nouvelles stratégies pour s'économiser et protéger sa vue.

Cela lui occupa l'esprit toute la journée, si bien qu'il ne prêta qu'une attention particulièrement distraite à Aoi, qui pourtant faisait tout pour qu'il le remarque et qu'il lui donne des conseils.

Sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, la nuit tomba et bientôt il fut temps pour lui de s'entraîner. Il commença, comme toujours, par fermer les yeux, tentant de repérer toutes les personnes qui étaient présentes dans un rayon d'un kilomètre, puis il retira son tee shirt noir et commença l'échauffement.

Il s'était beaucoup amélioré en Taijutsu depuis qu'il était au village, parce que cela lui était beaucoup plus facile à travailler que le Genjutsu ou le Ninjutsu. Aussi, la grosse Rina ne pouvait généralement même pas le voir, tant il allait vite.

Itachi fit apparaître six clones de lui-même et en envoya quatre s'entraîner en Ninjutsu et Genjutsu dans la forêt tandis que les deux restant se battraient contre lui. Il trouvait que cette méthode était celle qui fonctionnait le mieux.

Il s'entraîna ainsi pendant une dizaine d'heures puis se lava et dormit trois heures avant de se replonger dans ses recherches sur le Sharingan.


Sasuke sautait de branches en branches, se déplaçant à une vitesse telle qu'on pouvait à peine apercevoir son ombre. Son chapeau de l'Akatsuki cachait ses cheveux brun sombre et ses yeux froids, tandis que la cape maudite, parsemée de nuages rouges, empêchait quiconque de le reconnaître. Un immense sourire satisfait assez effrayant avait pris place sur son visage pâle, lui donnant l'air d'être quelqu'un de beaucoup trop heureux pour être honnête.

Il avait laissé passer une semaine, avec beaucoup de difficultés. A chaque minute qui le rapprochait de son frère, il avait été plus tendu, plus irritable, et Tobi en avait bien sûr fait les frais.

Le jeune Uchiha sourit plus largement encore, voir le leader d'Akatsuki couvert de sang l'avait ravi à un point qu'il aurait à peine pu imaginer. Cela avait été bien plus jouissif et amusant que de tuer son frère, et pourtant ce jour-là, il avait crû adorer le voir flancher sous ses coups. Il avait eu tort, tort, tort. Il frissonna et se concentra sur sa course. La vérité était encore douloureuse.

Il arriva bientôt en vue d'un minuscule village où il sentait l'aura d'Itachi. Il aurait pu la reconnaître même à moitié mort, anosmique et aveugle. Le lien qui les unissait était tellement fort, tellement solide que pour tout autre qu'eux, il aurait provoqué la peur.

Une grande partie de sa vie avait été consacrée à effacer toute émotion de sa vie, il ne ressentait rien, pour personne, à part peut-être une vague colère contre Madara et une haine intense cotre Konoha, mais pas de sentiments positifs, en tout cas.

Et pourtant, la joie qui l'envahissait à l'idée de revoir son frère était plus que sincère.

Il marcha calmement jusqu'à la petite maison un peu délabrée où l'aura de son frère était présente en grande quantité, et frappa à la porte. Un adolescent de son âge lui ouvrit, avec des cheveux bleus immondes, ce qui lui attira instantanément l'antipathie de Sasuke. Il lui rappelait Suigetsu, mais sans les dents en pointes.

Le grand brun entra sans plus de cérémonie, contemplant avec un dédain perceptible le mobilier sommaire et la propreté discutable, et aperçut son aîné qui le regardait. Il lui fit signe de venir. Le cadet Uchiha courut jusqu'à lui, comme lorsqu'ils étaient enfants, et Itachi lui fit une pichenette sur le front, faisant tomber son chapeau.

Il eut la même moue boudeuse que lorsqu'il avait six ans mais lui sauta tout de même dans les bras, n'en revenant pas de sentir contre lui son frère aîné, qui lui avait tant manqué.

Sasuke sentait son souffle chaud dans son cou, dans ses cheveux, ses mains puissantes sur ses omoplates, sa respiration tranquille et son cœur battant contre sa poitrine. Et pour la première fois depuis le massacre de sa propre famille par Itachi, il se sentait en paix et heureux.

Itachi lui-même se sentit sourire sincèrement pour la première fois depuis bien longtemps. Quand il avait vu son cadet rentrer, une sensation indescriptible l'avait saisi. Il s'était senti renaître en le voyant ainsi, heureux, délivré de sa haine et de sa souffrance, il s'était senti mieux qu'il ne l'avait jamais été, comme si il avait retrouvé enfin sa place.

« - Sasuke... »

L'adolescent releva la tête, arrêtant un instant de respirer l'odeur agréable d'Itachi, et ses yeux d'un noir d'encre plongèrent dans les siens, identiques. Il lui sourit, faillit glousser de bonheur, faillit seulement, et ne prêta qu'une attention distraite au garçon qui lui avait ouvert et qui les regardait, complètement ahuri.

« - Je regrettes tellement, si tu savais, Itachi, comme j'ai regretté de t'avoir tué la première fois. Madara m'a tout dit sur ta mission, sur le coup d'état.

- Mais si je t'avais dit la vérité, tu ne serais jamais devenu quelqu'un de fort, tu aurais juste été triste. Tu n'aurais jamais dû le savoir, j'avais tout fait pour...

- Je ne regrette pas que Madara m'ait dit la vérité. Quand je t'ai vu à mes pieds, mort, j'avais de toute façon compris que quelque chose n'allait pas, que mon bonheur n'était pas total. »

Sasuke regardait son frère. C'était étrange de ne pas ressentir de haine envers lui, cela faisait comme un vide dans leur relation, quelque chose qui ne pourrait jamais être remplacé. Il allait devoir s'habituer à ressentir ce manque, et en croisant de nouveau son regard, il se dit que ce n'était qu'un moindre mal.

Ils restèrent un moment l'un en face de l'autre, plongés dans leurs pensées respectives, puis Itachi se dégagea et lui dit qu'il y avait un excellent restaurant de dangos dans les environs, et qu'ils y seraient au calme pour parler.

Son frère acquiesça, le regard légèrement vitreux, submergé par quelque chose qu'il ne comprenait pas.

Itachi s'arrêta près d'Aoi, qui les regardait toujours, éberlué, et sourit presque gentiment, avant de plonger ses yeux sombres dans les siens.

« - Aoi, je serais absent aujourd'hui, ça ne te dérange pas que je ne te regarde pas t'entraîner ? »

Aoi secoua la tête et le regarda partir avec l'inconnu, qui avait remis son chapeau, et qu'il n'avait donc pas pu voir.

Les vieilles mégères du village auraient elles eu raison, lorsqu'elles disaient qu'un homme tel qu'Akira était bien trop beau pour aimer les femmes ? Il soupira, en tout cas, cette rencontre lui paraissait risquée. L'inconnu portait la même cape que le méchant poisson de la fois dernière, et son aura meurtrière l'avait fait frissonner. Ce type semblait tuer plus facilement qu'il ne respirait, et malgré l'affection manifeste que les deux hommes se portaient, il lui faisait peur.

Et il devait se l'avouer, il n'avait aucune envie de voir Akira mourir.

Itachi s'assit et commanda. Il sentait sur son visage le regard presque suspicieux, en tout cas interrogatif, de Sasuke. Une fois l'émotion des retrouvailles passée, le jeune homme avait retrouvé toutes ses facultés mentales et les questions qui le taraudaient refirent rapidement surface.

« - Comment ? Tu étais mort, je le sais bien.

- Grâce à l'un de tes nouveaux amis. Pain s'est sacrifié pour redonner la vie à tous les habitants de Konoha qui étaient morts lors de la bataille qu'il avait engagée contre le village et il se trouve que ma dépouille passait par là. Il m'a redonné vie avec les autres.

- Et donc depuis tu t'es installé dans ce village de paysans, c'est ça ?

- Une femme m'a recueilli chez elle, et comme je n'ai plus vraiment de but à atteindre, j'ai décidé de rester. Et toi ? Hachibi ?

- Hn, il a réussi à s'enfuir, et Kisame a préféré venir se faire tuer par toi que par le jinchuuriki. Amusant n'est-ce pas ?

- Que vas-tu faire, maintenant que tu m'as retrouvé ?

- Je ne sais pas exactement. Je ne dirais pas ce que je sais à Madara, c'est clair, mais si je trahis, mes plans de vengeances tombent à l'eau...

- Et alors ? Tu voulais venger mon sacrifice, mais je suis en vie. Il n'y a aucune raison que tu continues d'en vouloir à Konoha.

- Il y en a, mais tu es plus important que ce stupide village. »

Itachi ne répondit pas. Il savait que Sasuke ne comprendrait pas, et à vrai dire, il n'était plus aussi sûr d'avoir raison. A l'époque, il s'était sacrifié sans se préoccuper des conséquences de son acte et avait juste sommairement protégé son frère des agressions extérieures grâce à ses menaces sur le conseil, mais maintenant, il lui apparaissait que son petit frère avait une importance bien plus grande que n'importe quel ordre de l'Hokage.

Il sourit à son cadet et saisit une brochette de dangos. Le beau brun avait toujours aimé ce genre de friandises, et lors de ses missions avec Kisame, il n'avait jamais eu l'occasion de manger correctement, à part peut-être quand ils s'étaient rendus à Konoha pour récupérer Kyuubi.

« - Suis-je plus important que le Kyuubi ? »

Itachi avait lancé cela d'un ton badin, laissant ensuite ses dents se fermer sur un délicieux dango, mais cette question lui était chère. Il tenait à savoir si son frère lui préférait cet imbécile blond plutôt attachant qui semblait capable d'attirer la sympathie de la terre entière.

Sasuke se pencha au-dessus de la table, faisant tinter la clochette accrochée à son chapeau, et ses yeux sombres et insondables rencontrèrent ceux de son frère.

« - Tu es mille fois plus important que tout, y compris Naruto Uzumaki. »

Sa voix était froide, sèche, et n'exprimait aucun sentiment particulier. Sasuke ne mentait pas, ne déclarait rien.

Il énonçait juste une vérité, quelque chose qui lui apparaissait comme totalement évident. Cela rassura son aîné, qui se prit à sourire doucement. Un petit sourire victorieux qu'il préféra effacer de son visage avant qu'on ne le remarque.

Trop tard, les yeux de Sasuke avaient déjà un éclat moqueur, il l'avait remarqué.

Quand ils sortirent du salon de thé, ils avaient renoués en partie les liens qui les unissaient enfants et leurs cœurs étaient plus légers. Toutefois, une tension étrange régnait encore entre eux, comme une dernière barrière, un dernier obstacle à des retrouvailles parfaites. Itachi comprit alors que le mal qu'il avait fait à Sasuke ne s'effacerait pas, pas en une rencontre en tout cas, et se concentra pour ne pas laisser sa tristesse apparaître sur son visage. C'était de sa faute, c'était son choix. Il ne pouvait pas se permettre d'être triste des conséquences de ses propres actes.

Ils s'assirent sur les branches épaisses d'un arbre plusieurs fois centenaires, face à face, à quelques dizaines de centimètres l'un de l'autre.

« - Tu veux rester ici, n'est ce pas ? »

Itachi sourit doucement et acquiesça, triste de voir une lueur déçue dans les yeux de son petit frère adoré. Mais il se sentait bien, dans ce village, et pour une fois dans sa vie, il avait envie de vivre pour lui et pas pour les autres.

« - Tu pourras venir me rendre visite quand tu le voudras, Sasuke, mais pour le moment, je ne veux plus être un shinobi. »

Sasuke lui dit qu'il comprenait.

Il partit peu de temps après cela, une absence plus longue serait trop remarquée et il ne tenait pas à mettre plus en danger la tranquillité de son frère retrouvé.

Itachi resta un moment seul dans l'arbre, contemplant ce qui venait de se passer. Il était envahi de trop d'émotions pour pouvoir réfléchir calmement, mais de toutes, la joie prenait le pas. Sasuke ne le détestait plus, et comprenait ses choix. Ça valait tout l'or du monde.

Il finit par rentrer peu de temps après le crépuscule, toujours aussi perturbé. Aoi était déjà parti, et il était heureux de ne pas avoir à affronter le jeune garçon inquisiteur. Il aurait besoin de temps pour digérer cette rencontre et ses conséquences.

L'ancien ninja ne prit pas la peine de s'entraîner ce soir là et se coucha en silence sur le lit inconfortable, rabattant sur lui les draps ainsi que la petite couverture rapiécée donnée par Rina. Il ferma les yeux et calma sa respiration, donnant l'apparence d'un homme endormi, mais ne put trouver le repos cette nuit là.