Komoko : Chapitre 4

Quelques jours passèrent sans qu'Aoi ne revienne. Rina, inquiète, s'était donc rendue chez son fils pour avoir le fin mot de l'histoire. Aoi était là, traumatisant la flore locale, et son visage exprimait au choix une grande frustration ou une méchante constipation. Levant les yeux au ciel, la grosse Rina s'approcha et lui fit bruyamment savoir qu'elle était là.

Elle réussit à retenir son sourire réjouit en le voyant sursauter, secrètement ravie de lui avoir fichu la frousse, et croisa les bras sous sa poitrine flasque.

« - Tu ne viens plus.

- Je préfère m'entraîner ici.

- Je croyais que mon jardin était plus adapté.

- Plus maintenant.

- Qu'est ce que Akira a fait ? »

Le gamin rougit fortement, prit en flagrant délit, et elle sentit sa frustration grandir. Akira était bel homme, elle même profitait régulièrement de la vue, mais très honnêtement, il ne fallait pas être devin pour se rendre compte qu'il était un peu différent.

Un handicapé social complet, si elle parlait crûment. Et même si Aoi n'était pas l'idiot le plus brillant du village, s'enticher d'un homme ayant la capacité sentimentale d'un pot de fleur était d'une stupidité affolante. Il y avait une raison pour laquelle les ninjas finissaient entre eux, en général. Elle même avait été entraînée pour être capable de gérer ce genre de dysfonctionnement, des années auparavant, lorsqu'elle était encore une Genin d'Iwa.

Akira était gentil, poli et il faisait ce qu'on lui disait. Mais il faudrait un miracle pour qu'il daigne s'intéresser à quelqu'un de manière romantique, et elle un autre pour qu'il agisse et concrétise son intérêt. Elle l'avait vu au village, quand elle l'avait traîné au marché. Les filles se battaient pour attirer son attention, mais son regard était resté neutre, parfaitement indifférent. Il n'avait rien remarqué, ou il n'avait pas associé leur comportement à de l'intérêt. C'était désolant.

Aoi sembla se rendre compte de ce qu'elle avait en tête et se mit à agiter les bras. Elle se demanda un moment si il ne faisait pas une crise d'épilepsie, mais lorsqu'il rouvrit la bouche il ne paraissait pas sur le point d'avaler sa langue.

« - Ce n'est pas du tout ce que tu crois ! Je l'ai vu avec un autre homme, et il avait de... l'apprécier beaucoup.

- Akira ? Et quoi ? Tu as peur qu'il te saute dessus ?

- Non... Peut être ?

- Ne prends pas tes rêves pour des réalités, et restes donc ici si c'est pour m'abreuver de pareilles âneries ! »

Rina partit ensuite, le laissant seul et embarrassé. Elle eu quelques hoquets de rire. Akira ne saurait pas flirter si il en allait de sa survie, et ne s'était probablement jamais posé la question de savoir si il préférait les hommes ou les femmes. Aoi l'avait probablement surpris avec l'un des hommes à qui il avait rendu service. Le boucher avait requis régulièrement son aide ces derniers temps, et de ce qu'elle en savait, il avait toujours eu un faible pour la gent masculine. Est-ce qu'il avait tenté quelque chose ?

Elle pouffait encore quand elle arriva chez elle. Akira était là, vêtu des nouveaux vêtements qu'il avait acheté avec ses petits boulots, en train de préparer à manger. Il hocha la tête en la voyant et la commissure de ses lèvres tressauta, ce qui dans son langage voulait dire qu'il était content de la voir. Ce qu'il préparait sentait bon, il y avait de la viande, sûrement un cadeau du boucher, et Rina faillit sourire en retour. Faillit seulement, elle avait une dignité tout de même.

« - Akira ? J'aurai besoin de pousses de bambou, et celles du marché sont immondes. Je veux celles du marché Nord de Yamatai.

- D'accord.

- Méfie toi sur la route. C'est toujours truffé de brigands. »

Il hocha la tête de nouveau et ils s'installèrent pour manger. Le beau brun était très bon cuisinier, et Rina s'autorisa un petit ronronnement de satisfaction en pensant à l'excellente décision qu'elle avait prise quelques mois auparavant. Le ramener avec elle avait adouci considérablement son existence pathétique, et elle l'appréciait secrètement chaque jour un peu plus.

Comme il était doux de rentrer dans une maison propre et de pouvoir se relaxer devant un bon repas sans se préoccuper des courses, faîtes, du linge, rangé, et de la vaisselle, déjà nettoyée. Sans compter le visuel d'exception qu'il offrait. Rina ferma les yeux et soupira de plaisir. Un vrai bonheur !

Ils mangèrent dans un silence relatif puis il fit la vaisselle, prit un peu d'argent et quelques affaires pour la route et partit. Rina se décida alors à aller digérer sur son fauteuil de jardin favori et plongea dans une torpeur intense, laissant son corps flétri profiter des rayons du soleil tandis que son esprit divaguait.

Finalement, sans le bruit de fond permanent d'Aoi, il n'était pas si mal, ce jardin.


Itachi quant à lui arriva à Yamatai quelques heures plus tard. Le village était supposé être à deux journées de cheval de Komoko, mais en coupant les longs virages tracés par la route principale par la forêt et avec sa vitesse naturelle, c'était une véritable promenade de santé. Il avait évité quelques brigands au début de son voyage, puis avait décidé de tuer certains autres qui menaçaient des civils. Il avait perdu quelques minutes a dissimulé les corps et nettoyer les traces, mais c'était loin d'être dramatique, il avait tout son temps.

Rina ne l'attendant probablement pas avant le surlendemain soir, il décida de flâner un peu et réserva une chambre dans une auberge qui n'avait pas l'air trop chère avant d'explorer la ville. Yamatai était bien loin de la taille et de l'importance de Konoha ou de la capitale du pays du Feu, mais c'était la plus grande cité de la région et elle était réputée pour ses nombreuses boutiques et ses splendides jardins.

Il y passa un moment, s'émerveillant d'avoir enfin l'occasion de ne rien faire d'autre que de regarder des fleurs. C'était un véritable luxe, il en était conscient, et en appréciait chaque seconde. Les plantes odorantes et les reflets du soleil sur le cours d'eau qui traversait les jardins conféraient un charme certain au lieu, et exerçaient une sorte de fascination sur lui. Itachi s'assit de longues minutes, se laissant bercer par la senteur entêtante d'un parterre de rose et le bruit délicieux de l'eau qui ruisselait près de lui. Il lui sembla qu'il pouvait rester ainsi pour toujours.

En réalité, probablement pas, les habitants auraient fini par se poser des questions, et ils auraient détruit sa paix à grand renfort de regards inquisiteurs et de chuchotements déplaisants.

Soupirant, il se leva et décida de rentrer à l'auberge, laissant derrière lui les roses et les charmants ruisseaux. Il irait chercher les pousses de bambou le lendemain, puis rentrerait dans le calme relatif de la demeure de Rina. La prochaine fois qu'elle l'enverrait à Yamatai, il reviendrait ici profiter du calme et de l'odeur des fleurs.

Alors qu'il était à un tournant à droite de la taverne où il avait élu domicile, il croisa le regard d'une jeune femme et sentit son cœur manquer un battement.

Les pommettes hautes, le menton fier et des yeux du plus bleu des bleu, elle était splendide, et elle le regardait en retour. Il sentit sa température monter de quelques degrés, ses mains devenir moites et sa gorge s'assécher. C'était inhabituel, et parfaitement déplaisant. Il lui semblait soudain que son cœur se trouvait quelque part entre ses poumons et sa gorge, lui coupant le souffle, battant à la chamade. Une chaleur nouvelle élut domicile dans son abdomen, et il comprit enfin ce qui était en train de se passer.

Était-ce ce qu'il faisait ressentir aux femmes et aux hommes qu'il attirait ? Ce mélange d'attraction et de terreur, cette sensation d'être piégé dans une prison brûlante, captif du regard de l'autre ?

Itachi secoua la tête, rompant le contact, et prit la prochaine rue avant de monter dans sa chambre. Il était un ninja, un guerrier ! Il n'allait pas se laisser embobiner par une paysanne avec de jolis yeux ! Il s'était toujours promis de ne pas céder aux basses tentations, de garder la tête froide et l'esprit vide de liens. Il avait tranché ceux qui le retenaient à Konoha des années auparavant et avait tué dans l'œuf toute ambition affective possible en tranchant la gorge d'Izumi, pour qui il avait entretenu à l'époque une certaine tendresse. Qu'est-ce qu'elle penserait de lui, maintenant, si elle savait avec quelle puissance son corps avait réagi en croisant le regard de cette inconnue ? Si il partageait avec une autre l'intimité qu'il avait prétendu entretenir avec elle, dans le Genjutsu qui avait précédé sa mort, se sentirait-elle déshonorée ?

Non, Izumi avait été douce, compréhensive, elle le soutiendrait, souffrant en silence. Il serait le seul à se détester pour ses actions, il serait le seul à se juger si il laissait son corps le dominer.

Pourquoi ?

Il avait dit à Sasuke qu'il renonçait à être shinobi, qu'il souhaitait vivre à Komoko, comme un civil. Pourquoi n'aurait-il pas le droit lui aussi à ce genre de faiblesses ?

Quelques images du massacre lui traversèrent l'esprit. Le sang qui le recouvrait de la tête aux pieds, chaud, poisseux, désagréable. Les cris qui irritaient ses oreilles, le contraignant à égorger ses victimes pour s'éviter plus de bruits. Les gargouillis atroces qui s'échappaient des corps mourants lorsqu'ils le reconnaissaient. Le jugement dans leurs yeux.

Il n'avait aucun droit. Il les avait tous perdu il y a bien longtemps.

Il chassa ses souvenirs et remonta avec aigreur ses draps sur son visage, agacé par la disparition subite de l'état de grâce qui l'avait saisi plus tôt. Sachant pertinemment qu'il risquait un cauchemars d'anthologie, il ferma les yeux et tenta de trouver le sommeil.

Heureusement ou non, il s'avéra quelques heures plus tard qu'il n'avait pas bien choisi son lieu de villégiature. Des trous à bière entonnaient chant sur chant à l'étage inférieur, encouragés par quelques clappements de mains et entrechoquant leurs verres à chaque refrain, laissant les rires gras de leur excellent public saluer les passages les plus grivois.

Excédé, il finit par abandonner l'idée même de dormir et décida de noyer sa frustration dans l'alcool. Il descendit au rez de chaussée dans la salle principale, s'installa à l'une des tables les plus éloignées du groupe de talentueux chanteurs et pour la première fois de sa vie commanda un pichet de saké.

Après sa troisième coupe, il se sentait un petit peu mieux. Il comprenait maintenant pourquoi autant de ninjas avaient des problèmes avec l'alcool, la chaleur douce qui l'enveloppait était plaisante, ses pensées paraissaient simples, ses souvenirs distants et ses sens anesthésiés, soumis. Le sommeil lui paraissait désormais accessible, facile et il pensait à remonter dans sa chambre pour trouver enfin le repos que demandait sa carcasse fatiguée par sa longue journée lorsqu'une voix l'interrompit dans ses réflexions.

« - Vous auriez une coupe pour moi ? »

C'était la sorcière de tout à l'heure, celle aux yeux bleus.

Itachi se maudit de n'être pas remonté plus tôt, et maudit ses yeux de s'attarder sur les courbes qu'on devinait sous sa tenue. Elle l'attirait tel un aimant, l'alcool l'empêchait d'être aussi ferme et tranché qu'il l'avait été plus tôt et il n'eut pas le courage de lui dire de partir. Humilié par sa propre faiblesse il demanda une nouvelle coupe et un nouveau pichet à la serveuse qui passait entre les tables et ils trinquèrent.

Cette quatrième coupe le remit dans de bien meilleures dispositions, ravivant son début d'ivresse agréable, pansant son ego blessé et apaisant l'étincelle de désir qui menaçait à chaque regard échangé d'embraser son corps.

« - Il vous arrive souvent de demander de l'alcool à des inconnus ?

- Seulement si ils me plaisent. »

Il rougit, et se haït d'avoir rougi. Il était faible. Il était pathétique. Il était humain, dans le pire sens du terme. La jolie brune éclata d'un rire communicatif et il se sentit sourire malgré lui. Foutu saké !

Elle lui dit s'appeler Hineko, elle habitait le village depuis quelques temps car elle était fleuriste et Yamatai était réputé pour regorger de variétés rares et exotiques. Elle mentait, mais il était trop poli pour le lui faire remarquer, et trop ivre pour avoir envie d'une discussion sérieuse.

Il saisit l'opportunité d'une conversation légère et lui dit être passé par les jardins plus tôt. Après quelques minutes d'échanges tièdes ils tombèrent d'accord sur le fait qu'ils étaient d'une grande beauté. Hineko passait d'après elle beaucoup de temps dans ces jardins, et lui confia regretter de ne pas l'y avoir croisé plus tôt.

Itachi rougit de nouveau, lamentable, mais cette fois il n'était pas le seul. La jeune femme avait les joues rosées par le saké et la confidence, et il devina que sous ses dehors tranchés et ses répliques amusantes elle avait été sincère dans son intérêt pour lui.

L'étreinte sourde de la culpabilité vint tordre son estomac quelques instants après cette pensée, ou peut être était-ce l'alcool ? Dans tous les cas, il se trouva détestable pour n'avoir remarqué que son physique agréable sans un instant penser que derrière cette adorable poitrine et ses lèvres pleines de promesses se trouvait un autre être humain régit lui aussi par un esprit construit sur un ensemble d'illusions et de vérités régissant ses perceptions.

L'ancien shinobi se remplit une autre coupe, resservit Hineko et tenta de se calmer. Il ne la connaissait pas, c'était normal qu'il remarque en premier son physique. Maintenant qu'ils discutaient il devait s'intéresser à elle et tenter de déterminer si son attraction était uniquement physique, et donc négligeable, ou non. La situation ne manquait pas d'ironie, mais il n'arrivait pas à ressentir d'amertume, il voulait vraiment en apprendre plus sur elle. Ils étaient deux ninjas, elle n'avait rien d'une paysanne vue de près, prétendant ne pas l'être, partageant une soirée comme deux amis nouvellement retrouvés et parlant de leur vie semi fictive pour tenter de se lier car partageant un même intérêt l'un pour l'autre.

Lorsqu'il sortit de ses pensées et se recentra sur elle la jolie brune avait presque clos ses splendides yeux bleus, probablement sous le coup d'une certaine ébriété. Il sentit sa main se poser sur son poignet, lutta contre ses instincts et força son bras à rester immobile. Le contact lui parut électrique, mais fascinant.

« - Je suis un peu fatiguée.

- Veux tu que je te raccompagne ? Les rues de Yamatai ne sont pas les plus sûres à cette heure.

- Je... Oui merci. »

Elle s'attendait à quelque chose de différent, peut être était-elle habituée à ce qu'on lui propose quelque chose de moins décent après une soirée comme celle-ci. Itachi désormais franchement ivre et complètement désinhibé se serait bien laissé tenter, il devait le reconnaître, mais il n'avait pas envie de profiter de la situation, et pour être tout à fait honnête il avait également peur de passer pour un complet empoté.

Son lourd passé avait tué dans l'œuf son désir de créer ce genre de liens, l'expérience qu'il avait connu avec Izumi avait laissé une trace en lui, indélébile, et il ne voulait jamais avoir à refaire le même choix, jamais. Il n'avait donc jamais porté un grand intérêt aux femmes et si il avait appris comment fonctionnait l'aspect biologique de la chose, sa connaissance s'arrêtait là. Même si il l'avait voulu, de toute manière, sa grande expérience en tant que guerrier, d'abord pour son village puis pour l'Akatsuki, ne lui avait laissé aucune place pour le batifolage.

Il aurait donc probablement été bien incapable de mener à bien toute opération visant à la reproduction, malgré les réactions complètement inappropriées de son corps face à la sublime Hineko. Il eut un sourire mental en pensant au désespoir de son père si il avait appris que son héritier de plus de vingt ans n'avait encore jamais tenté de poursuivre sa lignée, mais revoir le visage déçu de Fugaku et penser au déclin du clan Uchiha l'emmena sur une pente glissante et il préféra se recentrer sur sa tâche d'escorte.

Hineko n'habitait probablement pas dans la petite maison un peu excentrée devant laquelle il la laissa, mais elle joua le jeu jusqu'au bout et le remercia chaleureusement de l'avoir raccompagné. Il lui sourit, lui dit qu'il avait passé une excellente soirée, lui souhaita une bonne nuit et tourna ensuite les talons, disparaissant rapidement dans la nuit.

Il aurait pu l'embrasser, probablement, mais la encore il n'avait aucune idée de la manière dont il aurait du procéder.

Itachi rentra donc sagement à l'auberge, où heureusement les chanteurs saouls étaient couchés, et monta passer le reste de sa nuit dans la chambre qu'il avait loué. Il était encore légèrement ivre, et ne pouvait oublier sa captivante rencontre. Laissant ses pensées s'égarer sur ce qui aurait pu se passer, il sentit son corps réagir à nouveau et du se mordre l'intérieur de la joue pour sortir de son fantasme. Honteux, il se tourna sur le ventre afin d'essayer d'apaiser ses ardeurs et agrippa l'oreiller, plantant violemment ses ongles dans le tissu.

Il finit par s'endormir difficilement, passant quelques heures agitées où se mêlaient scènes sensuelles et macabres tueries, entrecoupées par de brèves périodes d'éveil à chaque bruit suspect.

Le lendemain matin, il payait ses excès. Son visage était blême, ses yeux injectés de sang et ses cheveux s'étaient emmêlés. Il se lava rapidement, laissant ses cheveux lâchés parce qu'il avait cassé l'élastique qui retenait habituellement sa queue de cheval, et décida de rentrer le plus rapidement possible. Il fallait absolument qu'il mette le plus de distance possible entre sa réalité et les possibilités offertes par Hineko. C'était dangereux, indigne, sacrilège. Un feu terrifiant, un brasier qui menaçait de le consumer à chaque instant. Savoir qu'elle était là, dans la même ville, c'était déjà trop. Il devait résister, il devait partir.

L'achat de pousses de bambou ne lui posa pas de problèmes, et malgré une touche de déception qu'il refréna avec ardeur il quitta Yamatai avec soulagement peu avant midi et rejoint son foyer d'adoption, les pensées en ébullition.

Rina dormait au soleil, laissant échapper des ronflements peu flatteurs, Aoi avait l'air d'être passé au dessus de ce qui le préoccupait précédemment et donnait des coups de pied aux arbres, et désormais ils avaient des pousses de bambou d'excellente qualité pour le dîner. Tout était normal, rien n'avait vraiment changé.

Itachi fronça les sourcils et s'installa sous son arbre favori avant de feindre une sieste, repensant à sa soirée de la veille avec un regard neuf.

Lui avait peut être changé.

Maintenant qu'il était à bonne distance du péché, il ne lui paraissait plus si terrible. Il avait après tout déshonoré son village, son clan et son nom, était-ce si grave de s'accorder une nuit de faiblesse ? Probablement pas. Et si il ne méritait pas de connaître un seul moment de plaisir, alors les derniers mois passés chez Rina étaient une hérésie et il aurait du commettre un nouveau suicide. Il ne l'avait pas fait. Il ne souhaitait pas le faire. Pourquoi ne pas aller jusqu'au bout de son égoïsme ? Il avait tué Izumi presque dix ans plus tôt, et ils n'avaient jamais été officiellement plus que de simples amis. Le clan avait été vengé par Sasuke lors de sa première mort, Itachi ne leur devait plus rien, plus maintenant. Si il voulait vraiment une nouvelle vie, il était temps qu'il mette derrière lui ce genre de considérations morales ridicules.

Il ne savait pas encore si il souhaitait retourner un jour à Yamatai, ou ne serait-ce qu'aller au bout d'une quelconque tentative sensuelle, mais une chose était sûre : Il n'y avait pas un seul domaine dans lequel le Sharingan ne procurait pas un avantage, et il désirait ardemment ne jamais se trouver de nouveau dans sa situation de la veille, peureux et incapable d'assouvir son envie quand l'opportunité était clairement à sa portée.

Il allait s'instruire.

L'ancien shinobi sentit ses oreilles rougir. Bon, il allait s'instruire discrètement, une fois la nuit tombée, et uniquement dans un but éducatif et non pervers. C'était une promesse.


Quelques semaines plus tard, perché sur une branche solide et caché par un feuillage épais, Itachi baillait d'ennui. Il s'avérait qu'il n'y avait rien de spécialement compliqué à la tache, et même si il n'avait pas encore saisi quels signaux spécifiques menaient à l'acte reproductif, il était désormais relativement instruit sur les techniques nécessaires à sa réalisation. Le Sharingan était une arme redoutable dans sa quête et en dépit de quelques déconvenues au début de ses nouvelles péripéties nocturnes, il avait réussi à trouver dans l'un des villages voisins un étalon local particulièrement productif. D'après ses observations, il avait un rendement d'environ deux filles différentes par semaine, et leurs cris ravis témoignaient de son efficacité. Itachi avait pu copier ses faits et gestes avec facilité, l'homme ayant un attrait narcissique pour sa propre observation durant le coït avait tendance à laisser le maximum de lumière l'éclairer, ce qui rendait la tâche aisée.

Il regarda le dénouement plus par habitude que par réel intérêt, désactiva le Sharingan et rentra chez Rina où il poursuivit sa soirée avec son entraînement habituel. Elle le regardait, comme à son habitude, et il eut un sourire mental en songeant à l'expression qu'elle arborerait si il elle avait vent de ses pratiques nocturnes.

Hineko lui avait traversé l'esprit quelques fois, le souvenir de sa charmante conversation et de la peau légèrement halée qu'il avait pu apercevoir lorsqu'elle se penchait pour attraper sa coupe de saké hantant souvent ses nuits, lui laissant les yeux brillants et le souffle court. Bien sûr, au cours de ses pérégrinations il avait eu le loisir d'observer une pléthore de jeunes femmes relativement jolies, mais aucune n'avait allumé le même brasier de désir au creux de ses reins, et le sentiment d'inachevé et de honte qu'elle avait imprimé en lui l'avait placée sur une sorte de piédestal masochiste personnel.

Alors qu'il terminait ses ablutions sous l'œil concupiscent de sa logeuse, il se dit qu'il était peut être temps d'essayer de vaincre le mal par le mal. Elle avait eu l'air intéressé, la dernière fois. Il pourrait au moins l'embrasser, c'était sûr, et elle était après tout la principale responsable de ses apprentissages nocturnes. Regarder aux fenêtres tel un vulgaire pervers était agréable car cela lui permettait de mettre de la distance entre leurs actions et sa propre idée de lui même. Il était pur, il était meilleur qu'eux, il était digne, parce qu'il ne s'autorisait pas ce genre de distractions charnelles.

Il était stupide, de penser ainsi. C'était lui qui se réveillait en sueur en imaginant la jolie brune tordue sous lui, lui qui espionnait les gens en pleine action pour essayer de ne pas la décevoir le moment venu. D'après ses observations, tout le monde s'adonnait avec plus ou moins de régularité aux plaisirs de la chair. Eux n'étaient pas torturés toute la nuit par leurs pensées impies tel un vulgaire adolescent en pleine puberté. Il était l'anomalie, pas les autres.

Céder, ou ne pas céder ?

Il sentit son corps se contracter et ses joues rougir en imaginant une nouvelle fois ce qui pourrait éventuellement se produire si ils se recroisaient et attrapa sa serviette, cachant son trouble avec agacement. Il était pa-thé-tique.

Céder.