Komoko : Chapitre 5
Itachi prétexta quelques jours plus tard vouloir visiter de nouveau les jardins de Yamatai pour s'esquiver comme il l'avait prévu. Rina le pria avec un sourire goguenard de ne pas visiter trop de jardins, sous peine d'attraper des pucerons, puis s'éloigna dans un grand éclat de rire. Il resta un moment au milieu de la cuisine, les oreilles écarlates et les dents serrées, offensé par les paroles de sa logeuse, puis secoua la tête et se mit en route. Il pouvait être humilié et courir en même temps, ce serait bien plus efficace.
Il atteint la ville quelques heures plus tard, cette fois-ci sans croiser un seul brigand, et vérifia rapidement qu'il ne dégageait pas d'odeurs nauséabondes après sa longue course. Désormais certain d'être présentable, en tout cas selon ses standards personnels, il se rendit aux jardins et décida après une courte marche de prendre le temps de se reposer sur l'un des nombreux bancs. Une fois assis, il sonda par réflexe les énergies présentes, et se concentra sur ses souvenirs du chakra d'Hineko.
L'ancien shinobi ne sentait pas l'aura de la jeune femme, ni dans les jardins, ni dans la ville, et sa bouche se tordit de désappointement. Avait-elle quitté la ville ? S'était-elle retrouvée en mauvaise posture, malgré ses probables talents au combat ? Était-elle morte, seule dans une ruelle peu recommandable ?
Il secoua la tête et força ses membres tendus à se relâcher. Il n'avait jamais été un senseur extraordinaire par le passé, et au vu du métier de la jeune femme elle était probablement partie cueillir des fleurs dans un endroit un peu trop éloigné pour lui. Oui, c'était très probablement ça, après tout pourquoi s'en prendrait-on à une fleuriste ? Ça ne ferait aucun sens. Mais dans ce cas que faire ?
Une partie de lui souhaitait tout abandonner et rentrer s'entraîner chez Rina, retrouvant la paix relative qu'il avait acquis ces derniers mois. Ce serait confortable après tout, de retrouver sa routine, sa tranquillité d'esprit et de ne pas repenser à la mystérieuse fleuriste...
Itachi se redressa, sentant ses oreilles s'enflammer de nouveau en repensant au commentaire de Rina sur les jardins et les pucerons. Hors de question ! Il avait bravé cette humiliation pour venir ici, pour en finir avec cette histoire, et pour rendre fier le grand séducteur qui lui avait involontairement tout appris. Il n'abandonnerait pas tout en cours de route pour rentrer bredouille, sans même avoir adressé une parole à Hineko ! Il voyait déjà le sourire narquois de Rina employant une autre métaphore horticole pour se moquer de lui. Non !
Il souhaitait au départ une rencontre romantique et fortuite dans les jardins, mais qu'à cela ne tienne, si elle ne venait pas à lui, il viendrait à elle. S'arrachant du banc sur lequel il philosophait, le grand brun prit la direction du centre ville, et commença sa traque.
Une pulsation de chakra modifia son apparence, une première, puis une deuxième, puis une troisième, puis une énième fois. A chaque fois l'histoire, les questions étaient différentes : « J'ai une commande à récupérer auprès d'Hineko, où puis-je la trouver ? » « Auriez-vous une fleuriste à me recommander ? C'est pour ma petite amie, elle adore les fleurs. » « On m'a donné rendez-vous devant cette maison, une certaine Hineko, mais cela fait presque une heure que j'attends, avez-vous eu de ses nouvelles récemment ? »
Il finit par arrêter à la nuit tombée. Malgré ses légers genjutsus les habitants de Yamatai commençaient à s'intriguer que tant de personnes recherchent la douce et discrète Hineko, et ses réserves de chakra s'épuisaient peu à peu sans résultats. L'ancien shinobi se laissa quelques secondes de répit au détour d'une ruelle et rumina son nouveau savoir, pensif.
Personne n'avait eu vent d'elle durant les quinze derniers jours. Elle s'était apparemment volatilisée sans prévenir, prétextant une livraison urgente dans une autre ville du pays du Feu, et n'était pas revenue.
Itachi était déçu, il savait que c'était le protocole après une mission d'infiltration de ne laisser aucune trace, aucun lien encore existant entre le shinobi et sa mission. Il réalisa qu'elle ne reviendrait probablement jamais, et qu'il ne la reverrait pas. Il avait le sentiment d'avoir été abandonné, quelque part. Son cœur se serra et il se demanda si c'était ce qu'avait ressenti les quelques personnes desquelles il s'était lui même rapproché par le passé lors de missions. C'était un mélange de déception et de trahison extrêmement déplaisant.
Il s'apprêtait à s'excuser mentalement pour ses exactions passées, puis se rappela que le mensonge était l'une de ses fautes les plus douces, et referma la boîte de Pandore.
Il rentra sans se presser à Komoko, l'œil sombre et la mine défaite. Quand il passa la porte Rina était déjà endormie depuis longtemps, apparemment persuadée qu'il passerait la nuit à Yamatai, et contre ses habitudes il décida d'aller directement au lit, laissant le sommeil fermer ses griffes sur son esprit sans résistance. C'était la première fois qu'il souffrait parce que ses attentes romantiques étaient déçues, sa première peine de cœur, et il le vivait bien plus mal qu'il ne l'aurait cru.
Quelques jours plus tard, alors qu'il était en train de se reposer comme à son habitude dans le jardin, Itachi sentit la présence d'Aoi approcher de la maison. C'était devenu un petit manège que Rina avait l'air de trouver particulièrement agaçant : Aoi approchait presque à reculons, rassemblait tout son courage puis abandonnait et tournait les talons après avoir aperçu Itachi.
L'ancien shinobi était légèrement intrigué par son comportement inhabituel, et il avait rapidement fait l'association entre cette nouvelle timidité et la visite de Sasuke quelques semaines plus tôt. Il était vrai que son frère avait eu une attitude intimidante, particulièrement aux yeux d'un civil comme Aoi, en revanche il ne voyait pas en quoi cela changeait leurs rapports ? En plus, maintenant qu'il y repensait, le jeune homme avait commencé à l'éviter avant sa rencontre avec Sasuke, à peu près au moment où il avait tué Kisame, ce qui paraissait normal vu la scène à laquelle il avait assisté. Il s'était ravisé quelques temps pour reprendre de plus belle son attitude distante après avoir fait la rencontre de sa menaçante fratrie.
Étrange...
Itachi s'octroya quelques larmoyantes secondes d'autoflagellation, car décidément ces derniers temps tout le monde l'évitait, puis se ressaisit en entendant Aoi pousser la porte qui menait au jardin. Visiblement, il avait fini par se décider, et d'après ses sourcils froncés et sa mine pâle, ça n'avait pas été chose facile.
Le brun décida de fermer poliment les yeux, feignant le sommeil et laissant au jeune garçon le temps de se remettre de ses émotions. Impatient comme il était, il ne tarderait pas à en apprendre plus sur le but de sa visite, il en était sur.
Aoi approcha bien plus calmement qu'à son habitude. Ses mains tremblaient, son pouls était rapide et son front était couvert d'une fine couche de perspiration. En l'entendant déglutir difficilement, Itachi le prit en pitié et ouvrit lentement les yeux, retenant un soupir ennuyé. Il n'était pas très doué pour les longues conversations sentimentales, et il y avait une probabilité relativement élevée que ce soit exactement ce qu'Aoi recherche.
« - Akira.
- Aoi.
- Je... Je... Je voulais te demander... Je voulais te demander qui était l'homme qui est passé. »
Itachi prit une inspiration, ferma les yeux et se pinça l'arrête du nez. Au moins, ça allait être rapide. C'était déjà un grand pas en avant. Il prit l'équivalent d'une seconde pour se remémorer ce qu'Aoi avait vu : Sasuke en costume de l'Akatsuki, Sasuke tombant dans ses bras, suivi d'une longue étreinte larmoyante puis d'un départ fulgurant pour pouvoir discuter en paix. Il n'avait probablement pas entendu le petit discours empli de regrets vis à vis de sa sanglante mise à mort que son frère lui avait murmuré, et il avait remis son chapeau suffisamment rapidement pour qu'Aoi n'ai pu voir son visage.
Il fronça légèrement les sourcils, jetant un regard intrigué sur le jeune garçon aux cheveux bleus. Il se tenait très droit, la dernière syllabe de sa question encore imprimée sur son visage troublé. Il pensait comprendre de quoi il retournait, mais pour être honnête il ne voyait pas ce qu'Aoi avait à y redire, même si sa conclusion était la bonne.
« - Sasuke. »
Aoi blanchit visiblement, son teint perdant toute couleur, alors que sa nuque se raidissait de surprise. Le grand brun était surpris lui aussi, il pencha la tête sur le côté, ses yeux plissés par une question muette. Est-ce qu'il en avait déjà entendu parler ? Son frère était-il si célèbre ? Pourtant Sasuke ne s'était pas vraiment distingué ces dernières années, restant le plus souvent dans l'ombre d'Orochimaru et de ses laboratoires souterrains. Un éclair rougeâtre traversa son regard sombre. Allait-il devoir agir ? Il ne souhaitait pas faire de mal au jeune garçon, d'ailleurs il ne souhaitait faire de mal à personne, mais si il en allait de ses secrets, il saurait se faire violence. N'était-ce pas sa spécialité ?
« - Tu... tu le connais bien ? »
Bon. Point de violence nécessaire ici. Il avait vu juste avec sa première déduction, comme à son habitude. Aoi se satisferait de la vérité, probablement.
« - C'est mon petit frère. »
Aoi recula, comme frappé par la foudre, et Itachi put presque voir les rouages tourner dans son cerveau. Après quelques balbutiements il quitta le jardin, confus.
Pourquoi avait-il cru que Sasuke était son « petit ami » ou quoi que ce soit de similaire ? Est-ce qu'Itachi dégageait quelque chose qui laissait penser qu'il s'intéressait aux hommes ? Est-ce que c'était le vernis à ongle ? Et qu'est ce ça pouvait bien lui faire ? Il n'allait pas lui...
Le grand brun ouvrit grand les yeux et resta un moment interdit. Après avoir vérifié qu'il était bien seul, il finit par se pencher vers l'avant, sentit sa poitrine se crisper en hoquets successifs puis céda et éclata de rire. Il avait l'impression de ne pas avoir ri depuis des années et sentit ses yeux s'embuer tant l'émotion était forte. Il lui sembla un temps impossible de s'arrêter, et lorsqu'il finit malgré lui par reprendre peu à peu son sérieux, le coin de ses lèvres tressautait toujours, et ses yeux pétillaient.
Un peu plus loin, dans un autre jardin, Aoi frappa de nouveau l'arbre martyr qui s'était attiré ses foudres. Son petit frère ! Il avait évité Akira pendant plus d'un mois parce qu'il pensait qu'il était en couple avec son petit frère, et qu'il était le prochain sur la liste !
Rina avait raison, il était ridicule, complètement stupide ! Akira n'avait jamais eu d'attitude déplacée envers lui, il ne l'avait jamais ne serait-ce que regardé de travers, et la manière dont il menait sa vie ne le regardait absolument pas !
Il s'écroula, éreinté, et tenta de reprendre son souffle.
Tout était clair désormais. Le frère d'Akira était ninja lui aussi, et appartenait à une organisation louche. L'homme requin était venu menacer Akira, probablement quelque chose qui avait un lien avec son frère, alors il l'avait tué. Son frère en apprenant la nouvelle avait accouru, pensant Akira en danger, et avait été très soulagé en constatant qu'il allait bien. Après avoir pris de ses nouvelles autour d'un repas, il était reparti en lui faisant promettre de ne jamais plus lui faire aussi peur.
Bon, c'était peut être un peu romancé, mais dans les grandes lignes, il était sûr d'avoir raison.
Il s'essuya le front avec sa manche et sentit son visage s'empourprer. Est-ce qu'Akira avait compris où il voulait en venir ? Rina disait toujours que c'était un handicapé social, mais il était loin d'être stupide, et il n'avait pas le sentiment d'avoir fait dans la dentelle durant leur courte conversation.
Aoi enfouit sa tête contre ses genoux et lâcha un cri. Stupide ! Stupide ! Stupide !
Énervé contre lui même, il se remit debout et recommença à frapper l'arbre. Son poignet droit le faisait souffrir, et ses tibias semblaient au bord de la rupture, mais il n'arrêta pas avant une heure avancée. La douleur lui faisait oublier son embarras, et présentement, il en avait bien besoin !
Rina avait pour objectif de railler sa belle fille et ses habitudes de paresseuse lorsqu'elle entra dans leur demeure le lendemain matin. Les mains posées sur ses hanches, les lèvres déjà retroussées en un sourire agressif et l'œil brillant de méchanceté, elle s'apprêtait à ouvrir la bouche pour lâcher une pique assassine et résonnante lorsqu'elle aperçut la forme d'Aoi allongée dans le jardin.
Qu'est ce que ce petit crétin faisait étendu là ?
Elle s'approcha à grand pas et lui asséna deux petits coups de pied qu'elle avait vicieusement choisi de placer à des endroits douloureux. Aoi s'éveilla aussitôt, les mains crispées sur son anatomie traumatisée.
« - Aïe, Rina ! Qu'est ce que tu fais là ?
- Akira était étrangement souriant hier soir, je pensais te voir ce matin. »
Aoi rougit et serra les poings avant de glapir de douleur. Son poignet droit lui faisait atrocement mal et en le regardant de plus près, il avait triplé de volume et prit une teinte violacée plutôt inquiétante.
Rina saisit brusquement sa main et appuya à certains endroits, le faisant hurler de douleur. Levant les yeux au ciel, elle relâcha sa main, peu concernée par son regard humide assombrit par la trahison. Elle soupira et croisa ses bras sous sa poitrine tombante.
« - Le poignet n'est pas cassé mais c'est une grosse entorse. Je ne peux rien faire.
- Alors je ne peux plus m'entraîner ?
- Non, pas tant que ce n'est pas soigné. J'enverrai Akira chercher de quoi te traiter. En attendant son retour, reste tranquille. Si j'ai le moindre soupçon que tu n'as pas tenu parole, cette entorse sera le cadet de tes soucis ! »
Rina partit sans se retourner en maugréant, laissant Aoi assit par terre dans le jardin de ses parents, tenant son poignet blessé contre sa poitrine. Ce petit se mettait toujours dans des situations impossibles ! Clairement leur discussion d'hier avait été beaucoup plus amusante pour Akira que pour Aoi, probablement parce qu'il avait finalement compris pourquoi Aoi l'évitait comme si il était porteur d'une maladie contagieuse.
Rina sentit un léger sourire tordre ses lèvres, elle aurait payé cher pour voir l'expression faciale d'Aoi lorsqu'il avait réalisé qu'il venait de se priver volontairement de la présence du brun qu'il appréciait pourtant beaucoup en se basant sur des assomptions ridicules qui ne le concernaient même pas. Un grand moment !
Lorsqu'elle arriva chez elle Akira passait le balai. Elle se perdit un moment dans la contemplation du beau jeune homme au front légèrement humide balayant avec vigueur son salon par la chaleur de plomb qui régnait ce jour là, puis se ressaisit. Il n'avait même pas encore retiré son tee shirt, quel manque de sang froid ! Elle se pensait meilleure.
« - Akira ? J'aurai besoin que tu te rendes à Misawa. Aoi a une entorse, et cette courge de Sayuri malgré tout ce qu'elle prétend ne produit que des remèdes médiocres, il ne s'en sortira jamais avec ses potions magiques. Il me faudrait de quoi le traiter. Ce ne sera pas ouvert aujourd'hui à cause de ce maudit festival d'été, tu devras attendre demain. »
Itachi acquiesça et reposa le balai, plutôt satisfait de ne pas avoir à croiser de nouveau la route de Sayuri. Rina lui donna de quoi payer le traitement et il partit dans la foulée pour Misawa. Il ne s'y était rendu qu'une fois, c'était plus près que Yamatai et on y trouvait également beaucoup de boutiques, notamment de vêtements. La ville en elle même n'avait pas dans ses souvenirs un attrait particulier hormis un lac charmant, mais il y serait en quelques heures seulement, et une partie de lui était satisfait de participer au traitement d'Aoi. Après tout, c'était probablement de sa faute si le jeune garçon s'était tordu le poignet.
Un soupir coupable lui échappa. Il aurait du retenir Aoi, lui dire que ce n'était pas grave, que la prochaine fois il pourrait lui poser la question sans attendre, qu'il n'allait pas se moquer de lui ou s'énerver. Rina avait raison, il n'avait vraiment aucun don avec les gens.
Il passa devant la maison du jeune garçon sur son chemin mais ne put se résoudre à passer la porte et corriger ses erreurs. Lâche ! Sa mâchoire se crispa et ses molaires grincèrent alors qu'il reprenait sa course. Tant pis, avec un peu de chance le voyage lui ferait du bien, et il se sentirait plus brave à son retour.
La route fut ennuyeuse, et ses ruminations déconfites avaient été sa seule piètre distraction pour combattre l'ennui qui menaçait de dévorer son esprit.
Dans une envolée masochiste il se critiqua vivement pour être devenu si ingrat. Du temps où il faisait encore parti de l'Akatsuki, presque aveugle et malade, passant plus de temps à tousser du sang qu'à dormir, avalant une quantité astronomique de pilules pour pouvoir continuer de combattre à un niveau convaincant, un trajet tel que celui qu'il venait d'effectuer était un grand bonheur, un instant de répit dans une vie de tourments. Il s'était habitué à sa nouvelle vie tel un fauve devenu chat domestique, passant ses journées à se prélasser au soleil, mangeant à heures fixes et se préoccupant de tourments futiles qu'il aurait autrefois contemplé non sans un certain dédain. Il avait repris un poids habituel, ses cheveux brillaient et ses profondes cernes avaient disparu, atténuant les marques qui lui creusaient autrefois les joues. Il était rayonnant.
Grinçant de nouveau les dents, une mauvaise habitude de jeunesse qu'il avait conservé durant toutes ses années, il sortit de ses pensées en se promettant de se laisser en paix. Sa nouvelle vie était une chance, et il ne se permettrait pas de la gâcher en lamentations ridicules. Il avait abandonné tout honneur des années plus tôt, et si désormais il pouvait se permettre le luxe de ne rien faire, d'être égoïste et d'exister en tant que civil sans avoir à se préoccuper d'être capturé, tué ou de mettre en danger qui que ce soit, alors il allait en profiter pleinement !
Itachi passa quelques heures plus tard les portes de Misawa. La ville était agitée, des musiciens jouaient des airs entraînants et il croisa plusieurs femmes arborant déjà leur kimono. Le festival battrait son plein dans quelques heures et terminerait tard dans la nuit avec de charmants feux d'artifices. De nombreux voyageurs étaient présents et ils continueraient d'arriver dans la journée. Si il ne se dépêchait pas de trouver une auberge, il devrait dormir dehors.
Ayant très peu de critères, il choisit la première taverne qui croisa sa route. Il ne leur restait plus que deux chambres, et il se trouva chanceux de pouvoir s'écrouler sur un futon relativement confortable. La literie avait l'air propre et il y avait dans la pièce une fenêtre qui donnait sur la rue principale de Misawa. S'autorisant un sourire satisfait il laissa ses yeux se fermer, profitant du bruit distant de la musique pour s'octroyer quelques heures de repos. C'était un peu enfantin, et il ne l'avouerait jamais à qui que ce soit, mais il avait très envie d'assister au festival plus tard dans la journée, et il ne voulait pas que la fatigue accumulée durant sa journée l'empêche d'apprécier pleinement le défilé et les feux d'artifices.
Il se réveilla quelques heures plus tard, la crinière emmêlée mais le teint frais. Le grand brun mit rapidement de l'ordre dans ses cheveux, les ramenant dans la queue de cheval basse qu'il avait pour habitude de toujours porter pour éviter les nœuds, il détestait les brosser, puis fit quelques pas pour regarder par la fenêtre. Le festival semblait prendre vie, il ne voyait plus que kimonos, vendeurs ambulants et visages souriants.
Sentant une étincelle d'excitation chasser les derniers vestiges de son réveil récent, il passa son tee shirt noir et sortit de l'auberge pour rejoindre les rues animées de la ville.
Il tenu a peu près une heure avant d'acheter deux brochettes de dangos et un gobelet de vin de prune a un vendeur ambulant. Les dangos semblaient pétiller sous sa langue et le vin était doux, sucré et enivrant. Il s'arrêta à un autre stand et en reprit un gobelet, profitant de l'attente pour contempler la procession. C'était un très beau festival, il y avait des jeux pour les enfants, des costumes, des chars flamboyants de couleurs et une atmosphère chaleureuse. Quand le soir fut tombé des lanternes furent allumées, illuminant toute la ville d'une lumière chaude.
Itachi avait suivi la foule jusqu'au petit lac où devaient être tirés les feux d'artifices. La musique avait changé pour se faire plus spectaculaire, plus théâtrale et il se sentait grisé par l'ambiance et les quelques verres de vin de prune qu'il avait ingéré.
Soudain, les premières lumières apparurent dans le ciel tandis qu'un bruit d'explosion venait rythmer la musique. Il contempla le spectacle, fasciné, observant avec attention les traînées lumineuses qui marbraient le ciel sans lune, dessinant des formes abstraites qui s'évasaient en milliers d'étincelles multicolores. Les instruments joués par l'orchestre complimentaient brillamment le tableau, et il n'aurait pas détaché les yeux du ciel si il n'avait pas senti un mouvement dans la foule.
Son regard quitta quelques secondes le ciel illuminé et croisa deux yeux d'un bleu qu'il n'avait pas oublié. Il voulut s'approcher, se pencha en avant et tendit la main comme pour attraper la sienne, mais elle avait déjà disparu. Itachi referma le poing, déçu, et se redressa pour contempler la fin du spectacle. Tant pis.
Lorsque la dernière étincelle colorée s'éteignit, l'orchestre changea de registre pour entamer un morceau dansant et il fut malgré lui attiré une nouvelle fois vers un vendeur de vin de prune. L'homme, fatigué de le voir revenir encore, lui tendit avec un sourire entendu la bouteille entière et lui souhaita une belle soirée. Itachi le remercia d'un demi sourire un peu coupable, conscient d'être une nouvelle fois en train de noyer ses sentiments négatifs dans l'alcool, but quelques gorgées et sentit une partie de sa bonne humeur revenir.
Il croisa son reflet dans une vitrine en s'éloignant du stand et se jeta un regard méprisant. Son corps était faible, esclave de réactions chimiques qui lui procuraient un bonheur artificiel qu'il regretterait le lendemain matin. Une masse de chair rebelle parasitant son esprit et l'empêchant de réfléchir correctement. Un adversaire pitoyable qui gagnait, parfois. Il avala quelques gorgées supplémentaires et ses pensées dédaigneuses le quittèrent enfin, le délestant d'un poids certain.
Après tout si Hineko ne souhaitait pas le voir, qu'importe ! Il s'amusait bien, et il n'était même pas sûr qu'il s'agissait bien d'elle. Il avait bu, il l'avait sûrement imaginé. Oui, c'était l'explication la plus logique.
Peu désireux de rentrer déjà alors que la nuit était douce et la musique entraînante, il déambula un moment avant de s'asseoir sur l'herbe grasse qui entourait la piste de danse de fortune qui avait été érigée au centre du village, prenant soin de boire régulièrement mais en petite quantité afin de maintenir son taux d'alcoolémie sans risquer une ivresse trop importante.
« - Vous auriez une gorgée pour moi ? »
Il se tourna si précipitamment qu'il entendit ses cervicales craquer et Hineko éclata d'un rire sonore avant de s'asseoir à ses côtés.
Elle était ravissante, vêtue d'un kimono bleu aux motifs floraux qui complimentait ses yeux perçants. Ses cheveux paraissaient un peu plus clairs que la fois où il l'avait croisé à Yamatai, une teinture probablement, mais son visage volontaire et le pli sarcastique de ses lèvres pleines ne lui permettaient pas un seul instant de la prendre pour une autre. D'un geste travaillé elle attrapa sa bouteille, son bras gauche frôlant son torse dans la manœuvre, et il sentit un lent frisson le traverser.
Hineko lui jeta un regard troublé et but une gorgée de vin de prune. Il déglutit difficilement, songeant que ses lèvres se trouvaient sur cette même bouteille quelques minutes auparavant. Ses joues s'empourprèrent et il prit la bouteille qu'elle lui tendait désormais d'une main hésitante. Allait-il lui aussi oser boire au goulot, après ce qu'elle venait de faire ? Pourquoi n'avait-il pas garder le gobelet ? Son cœur s'emballait, et il était sur que ses joues étaient écarlates quand il but de nouveau, sentant le doux vin de prune lui brûler la gorge tandis qu'un autre feu consumait son corps.
Il lui fallait une distraction, quelle quelle soit, tout pour ne pas penser à ce qu'il venait de se produire.
« - Je suis retourné à Yamatai, vous n'y étiez pas. »
Elle sourit presque tristement, prenant appui sur son bras gauche pour pouvoir lever le droit, et il sentit sa température augmenter encore. Elle était tellement jolie lorsqu'elle souriait ! Elle replaça une mèche de cheveux derrière son oreille et leva les yeux vers lui. Il réalisa distraitement qu'elle allait lui mentir mais n'en fit pas cas, le cœur affolé par son regard pénétrant.
« - Je suis itinérante, je ne reste jamais longtemps à un endroit. Désolée de vous avoir déçu.
- Vous êtes là ce soir, et je ne pensais jamais vous revoir. Je ne suis pas déçu. »
Ce fut à son tour de rougir, et Itachi se félicita mentalement. Il avait préparé cette réplique lorsqu'il s'était rendu à Yamatai la seconde fois, et il était ravi d'avoir finalement pu la placer. Ce n'était pas du tout lui, mais visiblement ça avait eu le succès escompté.
Il ne croyait pas à cette histoire « d'itinérance », il savait encore reconnaître un ninja. Sa couverture de fleuriste avait du voler en éclat d'une manière ou d'une autre et elle avait du cacher ses traces et mettre les voiles. Elle n'avait en revanche visiblement pas mis un terme à sa mission, si ça avait été le cas elle aurait quitté la région pour retourner de là où elle venait, et ce coin du pays du Feu n'était pas celui qui voyait passer le plus de ninjas de manière générale. Il était peu probable qu'elle y soit envoyé deux fois en un si court laps de temps.
Il reprit une gorgée et lui tendit la bouteille, qu'elle accueillit avec un plaisir manifeste, heureuse d'avoir une excuse pour se reprendre. Elle avala une quantité considérable du liquide alcoolisé avant de le lui rendre, et il se mordit l'intérieur de la joue pour éviter de trop penser aux quelques gouttes de vin qui perlaient au coin de ses lèvres. Le grand brun baissa les yeux, fixant l'étendue herbeuse pour calmer ses nerfs. Ça n'avait jamais l'air aussi compliqué pour le don juan qu'il avait consciencieusement espionné ces dernières semaines. Sentant sa bravoure revenir en pensant à son modèle, il laissa son regard s'égarer de nouveau sur la charmante jeune femme qui le regardait avec une expression qu'il n'aurait su lire.
« - Je suis heureuse de vous revoir. »
Elle rougit encore un peu, peut être à cause de l'alcool, peut être à cause de lui, et se pencha lentement vers Itachi, la mine troublée. Il lui offrit de nouveau la bouteille, pensant que c'était le but de la manœuvre, mais elle écarta doucement son bras et posa ses lèvres sur les siennes avant de les retirer presque aussitôt, comme si leur contact l'avait brûlé.
Il inspira brusquement. Il lui semblait avoir retenu son souffle pendant des années entières, et lorsque l'air atteint ses poumons il sentit son sang s'embraser.
Itachi reprit une longue gorgée de vin, vidant ce qui restait de la bouteille qu'il laissa ensuite rouler au sol sans s'en préoccuper et embrassa à son tour la jeune femme, passant un bras timide autour d'elle.
Hineko sourit contre ses lèvres et approfondit le baiser, abandonnant l'innocence des premières secondes pour une approche beaucoup moins chaste tandis qu'il sentait ses mains parcourir son dos. C'était incroyable. Bien mieux que ce qu'il avait imaginé en regardant avec dégoût les échanges répugnants de salive qui précédaient en général l'acte sexuel. Ses lèvres étaient douces, il sentait sur sa langue le goût parfumé du vin de prune et chaque contact lui tirait un fourmillement plaisant qui semblait attiser le brasier qui grandissait en lui.
Une toux gênée les interrompit quelques secondes plus tard, et ils se rappelèrent soudain qu'ils étaient tout près de la piste de danse noire de monde. Honteux d'avoir commis un acte aussi intime en public, ils se regardèrent quelques secondes avant de décider de prendre la fuite vers un endroit moins fréquenté. Se sentant plus audacieux que jamais, galvanisé par le baiser extraordinaire qu'ils avaient échangé, Itachi proposa sa chambre, et c'est ainsi que dix minutes plus tard ils se retrouvaient tous deux assis sur le futon, chacun à une extrémité, le regard fuyant et les mains moites. Les effets du vin se dissipaient lentement, et toute l'audace d'Itachi semblait avoir disparu pendant le trajet jusqu'à l'auberge.
Hineko se racla la gorge, et brisa le long silence.
« Tu...Vous... vous êtes de passage ?
- Je... oui, je suis venu chercher un traitement pour un ami blessé. J'habite à Komoko, à quelques heures d'ici. Et vous ?
- Je vis dans un hameau tout proche, j'étais venue profiter du festival.
- Je vois. C'était un très beau festival.
- Oui, les feux d'artifices étaient extraordinaires. »
Ils se sourirent, rougissants, et après quelques longues secondes de silence, le grand brun proposa d'une voix qu'il espérait assurée d'éteindre la lumière et de dormir, prétextant qu'il était désormais trop tard pour rentrer. Hineko hocha la tête sans relever les yeux, acceptant sans discuter son excuse minable pour rester en sa présence. Il se leva, éteint la lumière comme convenu et ils s'installèrent aussi loin que possible l'un de l'autre sur le futon, raides comme des insectes morts.
Le cœur d'Itachi battait à tout rompre, il avait l'impression qu'il allait sortir de sa poitrine à tout moment. Il était sur le dos, parfaitement immobile, tentant tant bien que mal de contrôler sa respiration. C'était la première fois qu'il était aussi proche d'une femme dans un contexte plus ou moins romantique, et il était sur le point de s'enfuir tant l'expérience était inconfortable. Un coup d'œil vers Hineko lui apprit qu'elle était également sur le dos et regardait le plafond, ses mains posées sur la couverture tremblaient légèrement, est-ce qu'elle avait froid ?
Doucement, pour ne pas l'effrayer, il approcha sa main des siennes. Elle tressaillit en sentant le contact de sa peau mais ne se retira pas et après quelques secondes serra sa main dans la sienne. Le status quo dura quelques minutes, et il sentit l'atmosphère se relaxer peu à peu. La jeune femme avait détaché ses yeux du plafonds et le regardait depuis un moment, sembla arriver à une décision et se rapprocha de lui jusqu'à ce que leurs flancs se touchent. Troublé, Itachi sentit sa respiration trembler de nouveau en sentant l'odeur délicieuse de ses cheveux. Il avait l'impression d'être vulnérable, et il avait envie d'être honnête. C'était un moment important, pour lui, et aussi humiliant que ça puisse être, il avait envie qu'elle le sache.
Blâmant par avance le vin de prune, il confia la gorge serrée son secret à la jolie brune.
« - Je n'ai jamais... »
Elle leva subitement les yeux vers lui et il sentit leurs épaules se frôler lorsqu'elle se redressa. Elle avait l'air surprise, mais pas moqueuse, ce qui le rassura un peu. Il savait qu'il offrait un bien piètre spectacle, avec ses joues cramoisies et son cœur qui battait désormais si fort qu'il était sur que même leurs voisins devaient l'entendre. Hineko tendit une main vers son visage et un frisson le parcourut en sentant ses doigts frais passer sur sa tempe avant de descendre le long de sa mâchoire pour s'arrêter sur ses lèvres.
« - Moi non plus. »
Ses mots avaient été murmurés dans un soupir, et un instant il crut avoir mal entendu. Il n'eut pas le loisir de s'en préoccuper longtemps toutefois car sa bouche avait remplacé ses doigts. Le grand brun se redressa à son tour, l'attirant contre lui en approfondissant de lui même leur baiser tandis qu'elle retirait son élastique, laissant ses longs cheveux noirs cascader sur ses épaules. Elle eut un temps d'arrêt, visiblement troublée, puis ses mains glissèrent sous son tee shirt, traçant des lignes brûlantes sur son abdomen.
Itachi décida quant à lui de s'occuper de l'encombrant kimono de la jeune femme. Il inversa doucement leurs positions, se positionnant progressivement au dessus d'elle, détachant les nœuds avec délicatesse et l'effeuillant progressivement jusqu'à ce que ses doigts effleurent la peau crémeuse d'Hineko, qui trembla sous son toucher. Il finit par atteindre son but et sentit le souffle de la jeune femme se faire haletant contre ses lèvres alors que ses ongles s'enfonçaient dans son dos nu.
Il la regarda, lui demandant silencieusement si elle était d'accord pour aller plus loin et elle hocha la tête avant de l'embrasser de nouveau, lui donnant la confiance nécessaire pour sauter le pas. Hineko se raidit quelques instants et il arrêta tout mouvement pendant qu'ils s'habituaient à ces sensations nouvelles. Doucement, il bougea son bassin tandis qu'il déposait une traînée de baisers brûlants dans le cou de la belle brune qui gémit, l'encourageant dans sa lancée.
Il accéléra, mais à peine quelques minutes plus tard il ne put plus se contenir. Hineko le sentit et tenta de reprendre maladroitement le dessus, imposant un rythme plus lent jusqu'à ce qu'il atteigne sa plus extrême limite et s'écroule dans un râle sourd.
Il posa sa tête sur sa poitrine, tâchant tant bien que mal de reprendre son souffle tandis que la jeune femme passait lentement ses doigts dans ses cheveux. Il avait trouvé leur baiser extraordinaire, mais le processus complet était d'une toute autre classe ! C'était beaucoup plus fort, et bien plus passionnant qu'il ne l'avait pensé lorsqu'il s'était imaginé en pleine action même dans ses rêves les plus torrides. Il avait l'impression que ses oreilles sifflaient comme après une explosion et une fatigue qui lui était inconnue jusqu'alors saisissait peu à peu son corps engourdi par le surplus de sensations.
Il se redressa presque difficilement pour la regarder et la trouva plus belle que jamais avec ses cheveux défaits et ses yeux brillants. Il l'embrassa et l'attira une nouvelle fois dans son étreinte, sentant son cœur battre tout prêt du sien avant de s'abandonner au sommeil.
