Komoko : Chapitre 6

Le lendemain matin vit Itachi se réveiller avec la grâce et l'élégance de Jin, la mule de Rina. Il avait la bouche sèche, mal au crâne et sentait la transpiration et le vin de prune. Ouvrant difficilement les yeux il croisa un regard bleu et se sentit sourire sans pouvoir se contrôler. Idiot ! Stupide ! Il reprit une expression neutre avant de prendre la parole.

« - Tu es réveillée depuis longtemps ?

- Non, quelques minutes. »

Il acquiesça et se redressa, étirant lentement ses muscles endoloris par leurs activités nocturnes. Il passa ensuite sa main dans ses cheveux, tentant d'y mettre un peu d'ordre dans l'idée de les rattacher sous peu, quand il vit le regard de la jeune femme s'arrêter sur le tatouage situé sur son épaule gauche.

Itachi ferma les yeux et soupira, bien sûr, si elle était ninja elle savait ce qu'il signifiait. Il faillit grogner et se retint. Quand il ouvrit les yeux, Hineko avait l'air plutôt énervée, un peu trahie, aussi. Il devina qu'elle avait dit la vérité, la nuit passée, et qu'elle vivrait mal qu'il ait utilisé ce moment d'intimité partagé pour servir un quelconque plan.

« - Alors tout ça c'était un jeu ? Une tactique ?

- Non.

- Oh. « Non » ? Donc c'est totalement un hasard si un très séduisant ninja croise par deux fois mon chemin ? Et ça n'a absolument rien à voir avec le fait que j'ai quitté le village il y a quelques mois ?

- Tu... tu as déserté ? »

Hineko lui lança un regard féroce qui s'adoucit en constatant sa surprise réelle. Elle hocha la tête et se rassit, semblant s'apaiser peu à peu mais restant sur ses gardes.

« - J'ai fait quelque chose, quelque chose dont je ne suis pas fière. Après ça je ne pouvais pas rester. J'ai tenté de leur expliquer, mais ils ne comprenaient pas, j'ai du partir. »

Itachi acquiesça et resta un moment interdit lorsque la jeune femme l'entraîna dans une étreinte. Il se retint de la repousser, sentant tous ses réflexes protester contre ce que son entraînement de shinobi considérait comme une agression, et passa une main un peu maladroite entre ses omoplates dans une tentative malhabile de réconfort. Il sentit une larme contre son torse mais resta silencieux, lui laissant le temps de se reprendre. Il se demandait comment elle avait pu passer de la colère à la suspicion puis aux larmes en l'espace de quelques courtes secondes. Si les rôles étaient inversés il n'aurait jamais changé d'avis si vite sur un ninja inconnu croisant sa route de manière suspecte, et elle serait probablement attachée quelque part avec un kunai sous la gorge jusqu'à ce qu'elle livre la moindre petite once de vérité. Était-elle stupide ? Peut être un problème mental ?

Il fronça les sourcils et chassa ses pensées peu clémentes, stupide ou non si elle avait le moindre sens des réalités elle devait savoir que contre un ANBU elle n'avait aucune chance.

Elle finit par redresser la tête et ses yeux le transpercèrent.

« - Même si tout cela est pur hasard, ça n'explique pas ce que fait un ANBU de Konoha dans un endroit si reculé du pays du feu, sans équipement et sans mission.

- Je... Je ne suis plus ninja. »

Il n'était pas très convaincant, mais elle ne lui demanda rien de plus et il lui en fut reconnaissant. Ils restèrent un moment silencieux dans les bras l'un de l'autre, le poids de leurs secrets respectifs pesant sur toute tentative de conversation, jusqu'à ce qu'elle brise leur tranquillité tendue.

« - Mon nom n'est pas Hineko.

- Je ne m'appelle pas Akira non plus. »

Il lui sourit, un peu embarrassé, et elle éclata d'un rire sonore auquel il répondit par un soupir amusé. Ils s'étaient décidément bien trouvés.

Hineko, peu importe son vrai nom, semblait avoir décidé qu'il était digne de confiance. Elle l'entraîna bientôt vers une seconde tentative de coït qui se solda par un échec cuisant. Elle avait mal. Il partit se doucher à l'eau froide pour calmer ses ardeurs et aperçut en fermant la porte l'éclat vert caractéristique du Ninjutsu médical. Une medic-nin ? Des ninjas précieux, si elle avait vraiment déserté il n'était pas étonnant qu'elle se méfie d'éventuelles missions de capture. Il fronça les sourcils en entendant la porte s'ouvrir.

Hineko. Elle lui fit signe de s'approcher et il éteignit l'eau froide avant de la rejoindre, l'entraînant dans un baiser qui réveilla les braises encore chaudes de son désir précédent. Il la prit dans ses bras, titubant sur quelques mètres jusqu'au lit où ils s'écroulèrent sans grâce. Itachi était trempé et il vit Hineko se renfrogner quelques instants en recevant une goutte perlant de ses cheveux dans l'œil. Qu'importe ! Elle l'embrassa de nouveau, les yeux fermés de manière stratégique, et ils reprirent, avec un franc succès cette fois-ci.

Lorsqu'ils se décidèrent à sortir enfin de la chambre, le soleil était presque au zénith et le tavernier leur jeta un regard entendu en récupérant la clé de la chambre. Hineko le guida sans trop oser le regarder à la lumière du jour jusqu'à la boutique de l'apothicaire, qui lui donna les remèdes nécessaires pour le poignet d'Aoi. Ils se séparèrent peu de temps après, non sans un certain regret, chacun reprenant son chemin, mais ils se promirent de se revoir la semaine suivante à Misawa.

Itachi était de fort bonne humeur sur le chemin du retour, très étonnement, et il lui sembla flotter sur un nuage de satisfaction jusqu'à la demeure de Rina. La vieille femme était assise dans le jardin lorsqu'il revint et lui jeta un regard suspicieux lorsqu'il lui tendit le petit sac de papier contenant les traitements, apparemment peu crédule quant à son soudain regain d'entrain pour la vie. Après tout, il était vrai que depuis sa recherche ratée à Yamatai, il était boudeur, taciturne, et aucun festival aussi sympathique soit-il ne l'aurait habituellement déridé.

Il s'éloigna, sentant le haut de ses oreilles chauffer en repensant à ses précédentes activités, et décida qu'il méritait bien la douche qu'il avait interrompu plus tôt. Allumant l'eau froide, il retira rapidement ses vêtements, fronçant le nez en sentant le fumet de vin et de sueur qui s'en émanait, et attrapa le savon.

Il était en plein nettoyage intensif lorsque Rina céda à ses plus bas instincts et jeta un œil cupide sur son dos découvert. Il l'entendit rire et s'approcher, se demandant bien qu'elle était la cause de son hilarité lorsqu'il se rappela des griffures qui devaient orner sa peau, vestiges de leurs tentatives matinales fructueuses.

« - Je ne savais pas qu'ils élevaient des tigres à Misawa ! »

Itachi rougit, franchement cette fois-ci, et prit le temps de couper l'eau et de se sécher avant de se retourner vers la grosse Rina, qui le contemplait avec attention, ses lèvres ouvertes dans un large sourire goguenard.

« - Le festival était... très agréable. »

Rina éclata de rire à nouveau, des larmes de rire perlant au coin de ses petits yeux méchants, et se donna de grandes tapes sur les cuisses, hilare. N'y tenant plus, le grand brun bâtit en retraite et rentra se réfugier dans sa chambre, loin de son regard moqueur.

Il soigna rapidement les quelques traces de ses exploits avec son chakra, se servant de ses maigres connaissances en Ninjutsu médical pour faire disparaître les zébrures qui ornaient son dos, s'habilla de propre et prit quelques minutes pour se recomposer avant de redescendre pour attaquer ses tâches ménagères. Il avait de la lessive à faire et il n'avait pas pu finir de passer le balai la veille, or il était sûr que Rina n'avait pas terminé pour lui. Le grand brun attrapa en passant la corbeille de linge sale et se rendit dans l'arrière cuisine vétuste. Au moins ici il serait tranquille quelques heures, Rina ne s'y rendait jamais, il n'était même pas sûr qu'elle était au courant qu'une telle pièce existait dans sa maison.

Une fois au calme, il put se concentrer sur ce qu'il avait appris le matin même. Hineko, ou peu importe son nom, avait déserté son village, probablement suite à une mission ayant très mal tourné pour elle. Au vu de son accent et des vêtements qu'il l'avait vu porter, et considérant qu'elle avait immédiatement reconnu son tatouage, elle venait de Konoha. Il estimait son âge entre 16 et 20 ans, un peu plus jeune que lui, probablement relativement proche de la génération de Sasuke. Itachi se demanda un moment si ils se connaissaient. C'était très possible, leurs chemins s'étaient probablement croisés au moins une fois. Elle n'avait pas semblé le reconnaître, ce qui voulait dire qu'elle n'avait probablement pas un grade très élevé à Konoha, Chunin peut être.

Il soupira.

Il espérait qu'elle n'ai pas été envoyée en mission spécialement pour le traquer, lui. Il n'y avait qu'une infime possibilité, son niveau n'était clairement pas suffisant et elle avait réellement paru convaincue qu'il était celui qui était chargé de la ramener au village, et non l'inverse, mais cela suffisait à le faire douter. Et si lors de leur prochain rendez-vous il était accueilli par une horde d'ANBUs ? Peut être était-elle juste le leurre ? Ce serait bas, mais il ne tenait pas tous les shinobis de Konoha en très haute estime, et compte tenu de sa réputation c'était un plan qui tenait la route. Après tout ils n'avaient aucune chance en combat frontal.

Itachi soupira de nouveau. Il n'avait aucune envie de lui faire du mal, il avait un faible pour la jeune femme avant même leur incartade sensuelle, et maintenant qu'ils avaient fait connaissance dans tous les sens du terme il savait que si elle le trahissait il serait extrêmement déçu. Il s'était livré à elle, il avait été vulnérable, faible. Il lui avait fait confiance, et il ne souhaitait pas la perdre pour quelque chose d'aussi stupide qu'une mission d'assassinat.

Le grand brun finit d'essorer les vêtements désormais propres et les étendit sur le fil à linge à l'extérieur de la maison. Le soleil était brûlant et seul un léger vent rendait la température supportable, c'était parfait, le linge sécherait vite. Il remit le panier à sa place, passa rapidement nourrir poules et chèvres à l'étable car Rina ne s'en occupait jamais puis retourna dans la cuisine et attrapa le balai sans grande conviction, poursuivant sa tâche interrompue la veille.

Il en saurait plus lorsqu'il la reverrait, ce serait un test. Si elle était réellement en mission, il n'y avait aucun intérêt à poursuivre une relation avec lui, même fausse. Si le but était de l'assassiner, son meurtre était programmé pour la semaine suivante.

Il finit de balayer plutôt agressivement et voyant qu'il était seul, Rina étant apparemment chez Aoi en train de s'occuper de sa blessure, il décida de commencer l'entraînement un peu plus tôt, laissant ses clones courir vers la forêt tandis qu'il s'installait sous un arbre dans le jardin et sortait son carnet sur le Sharingan, relisant ses notes et tâchant d'approfondir encore sa réflexion.

Même si il ne souhaitait plus être ninja, il était indispensable qu'il maintienne son niveau si il voulait pouvoir défendre son nouveau mode de vie. Et si il s'avérait qu'Hineko souhaitait le tuer, il ne comptait pas lui faciliter la tâche !

Quelques jours plus tard Aoi allait mieux et s'entraînait de nouveau dans leur jardin, privilégiant tout de même ses jambes. Il semblait ne pas en voulait à Itachi, qui était ravi de ne pas avoir eu besoin de communiquer ses sentiments sur la question. Il était dans un état de semi-sommeil réparateur après une session d'entraînement plus rude qu'à son habitude, et réfléchissait.

Il ne pensait pas pouvoir rester chez Rina pour toujours. La vieille dame était relativement agréable une fois les premières apparences passées, mais il avait l'impression d'abuser de sa générosité et l'idée d'avoir son propre chez lui commençait à le tarauder.

Une petite maison, quelque chose de simple où il pourrait peut être cultiver des légumes et des fruits, peut être un peu de céréales ? Il imaginait un puits, un cours d'eau non loin et des arbres qui donneraient de l'ombre pendant l'été, et du bois quand il ferait froid. Il y aurait des fenêtres, qui donneraient sur un extérieur où il y aurait des fleurs, et un banc pour en profiter comme dans les jardins de Yamatai. Une grande table, une cheminée, et de quoi se faire à manger. Il travaillerait dehors pendant la belle saison, et vendrait ce qu'il avait en trop pour passer l'hiver. Ce serait modeste, mais confortable et paisible.

Il sentit son cœur se contracter douloureusement dans sa poitrine. Est-ce qu'il le méritait ? Lorsqu'il était plus jeune il rêvait de devenir si puissant qu'il pourrait maintenant la paix dans le monde par sa seule présence. Il avait été idiot, la force ne résolvait jamais les conflits, elle ne faisait que perpétuer des cycles de haine sans fin. Il avait échoué, durant sa première vie. Méritait-il de se choisir un autre rêve, un rêve égoïste qui n'apporterait rien au monde, qui serait simplement le sien ? Est-ce que c'était seulement possible ?

Il serra le poing, sentant quelques larmes couler sur ses joues. Il les essuya rapidement, tentant de retrouver son calme. C'était possible, bien sûr que c'était possible ! Il continuerait de travailler ici et là dans le village, mettrait de l'argent de côté et achèterait sa maison. Après tout, pourquoi ne pourrait-il pas lui aussi réaliser son rêve ? Est-ce qu'il n'avait pas assez donné, assez souffert pour les rêves des autres ?

Itachi occulta les rires d'enfants et le sourire chaleureux d'une femme qu'il aimerait, ils lui rappelaient trop le souvenir implanté dans le cerveau d'Izumi, juste avant sa mort. Il pouvait avoir son rêve sans eux, ce serait déjà largement suffisant. C'était déjà bien plus que ce qu'il pensait mériter, considérant son passé.

Il se leva, surprenant Aoi qui fronça les sourcils, interrogateur.

« - Je vais préparer le dîner, yasai itame ? Il reste du choux.

- Je... Oui, très bien. »

Aoi lui jeta un dernier regard suspicieux mais le laissa rentrer sans dire un mot de plus, et reprit l'entraînement.

Itachi se dirigea comme il l'avait dit vers la cuisine. Il avait réalisé en reprenant en main la maison de Rina que les tâches ménagères le détendaient, et depuis qu'il avait retrouvé la vue cuisiner était redevenu l'un de ses passe-temps favoris. Il rassembla ses ingrédients, sortit son couteau préféré et commença à préparer le plat après avoir mis du riz à cuire. Rien de compliqué, c'était sa mère qui lui avait appris sa recette de longues années auparavant, et il aimait retrouver ces gestes lorsqu'il était perturbé. Quelques minutes plus tard l'odeur familière des légumes en train de frire emplit la cuisine et il sentit enfin ses épaules se détendre.


Rina lui adressa un sourire appréciateur lorsqu'elle revint, elle s'était absentée pour un thé chez une de ses connaissances qui s'était malheureusement éternisé, et la pensée de n'avoir qu'à s'attabler devant un bon repas chaud adoucit considérablement sa mauvaise humeur. Elle passa chercher Aoi au jardin, le sermonnant sèchement de ne pas avoir aidé Akira à préparer le repas, puis retourna s'installer à table, où l'attendait une assiette qui sentait atrocement bon.

Comme elle l'anticipait, c'était délicieux, les légumes étaient savoureux, la soupe miso parfaitement assaisonnée et le riz cuit à la perfection. Elle se sentait presque jalouse de la petite garce qui aurait l'occasion de profiter des talents d'Akira sur le long terme. Peut être la tigresse ? Rina renifla, une traînée ! Une fille digne de ce nom ne s'avilissait pas avant un mariage en bonne et due forme, qu'importe la beauté manifeste du promis. De ce qu'elle savait de ses dons de séducteur, elle n'avait pas du être spécialement farouche non plus ! Mais bon, elle avait au moins eu le mérite de lui permettre de se relâcher un peu. Il paraissait différent, depuis quelques temps, plus détendu, plus « souriant », si le terme pouvait lui être appliqué.

Ce soir là cependant il paraissait absent, quelque chose semblait le préoccuper. Rina attendit qu'Aoi soit rentré chez lui et qu'Akira soit occupé avec la vaisselle pour attaquer. Elle se redressa, croisant les bras sous sa poitrine, prit une inspiration et se lança.

« - Quelque chose t'inquiète ? »

Akira releva la tête et elle croisa son regard sombre. Ses traits étaient tendus, tout à coup, et elle sut d'instinct que ses petits tracas avaient un rapport de près ou de loin avec elle.

« - Je pensais au futur.

- Au futur ?

- Je voudrais...

- Tu n'es pas obligé de me le dire, si c'est trop difficile.

- Je voudrais une maison, ma maison. »

Ses oreilles étaient rouges, son souffle court et ses yeux distants. Révéler son secret lui avait coûté, et elle apprécia son sacrifice. Une maison. C'était vague, mais elle voyait parfaitement ce qu'il avait en tête. Il avait prit goût à sa vie ici, en sédentaire. Il aimait sa tranquillité, et il voulait maintenant s'installer définitivement dans la région, avoir son propre havre de paix, son propre endroit dont il pourrait s'occuper. Elle sourit, il avait changé depuis son arrivée, vraiment.

« - Je peux demander. Natsumi connaît bien les maisons à vendre.

- Je n'ai pas assez d'argent. Ça doit être cher.

- Tu t'inquiètes trop, ici depuis que Kabuto a envahi le village les prix sont bas, et les terres se cultivent bien. Si tel est ton souhait, il ne te faudra pas grand chose. Dis moi quand tu seras prêt, je la contacterai, la vieille peau m'en doit une. »

Il hocha la tête et murmura un merci qu'elle savait reconnaissant. Elle ébouriffa ses cheveux, s'amusant de son air indigné, et monta se coucher, le laissant finir la vaisselle seul, les cheveux défaits et les yeux dans le vague devant la possibilité que son rêve soit bien plus facilement réalisable qu'il ne l'aurait pensé.


Quand la semaine fut terminée, c'est d'un pas presque guilleret qu'Itachi prit la route pour Misawa. La discussion qu'il avait eu avec Rina l'avait marqué, et il avait mis quelques jours à digérer l'idée, mais une fois disséquée méticuleusement par son esprit pratique il en était ressorti qu'elle n'était pas si mauvaise, pas si improbable qu'il l'avait d'abord pensé.

Il irait à son rendez-vous avec Hineko, découvrirait si oui ou non elle souhaitait sa mort, agirait en conséquence et rentrerait à Komoko. Là, il patienterait encore quelques jours puis une fois complètement convaincu, il dirait à Rina qu'il était décidé et il achèterait une maison.

Il avait caché un unique kunai dans un bandage placé sur sa cuisse et ses muscles étaient légèrement plus tendus qu'à son habitude. Mêlée à sa joie de revoir la jeune femme il sentait monter en lui une froide excitation qu'il n'avait pas ressenti depuis son combat avec Kisame. Première fois ou non, si il devait en arriver là, il attaquerait pour tuer.

Une fois aux portes de la ville, Itachi prit la direction de la place principale du village, là où ils s'étaient retrouvés la dernière fois. Ils ne s'étaient pas fixés de lieu de rendez vous, mais il lui paraissait logique qu'ils se retrouvent ici, et dans le cas où son opinion ne serait pas partagée, cet endroit lui offrait une position de choix pour observer les alentours.

Il y avait du monde dans les rues, il entendit des rires, les conversations étaient légères, l'atmosphère détendue. Il acheta à manger et s'installa à la terrasse du restaurant, laissant son regard se perdre dans la foule.

Il la sentit apparaître avant de la voir, et leva mentalement les yeux au ciel en sentant son cœur manquer un battement. Il était pathétique. Posant ses baguettes, il tourna la tête dans sa direction et faillit avaler sa bouchée de travers en l'apercevant. Ses cheveux bruns étaient ramenés en chignon, dégageant son visage souriant et ses épaules dorées. Elle portait une robe d'été que sa mère aurait jugé des plus inconvenantes mais qui ne dépareillait pas avec les tenues des locaux. Le tissu d'un rose orangé soutenu faisait ressortir son bronzage et ses yeux, et il conclut rapidement qu'avec la manière dont il épousait ses formes il paraissait improbable qu'elle y cache une arme ou que ce soit d'autre.

Elle prit place en face de lui, commanda également à manger et lui sourit.

« - J'avais peur que tu ne viennes pas. »

Itachi la contempla, gardant un air neutre pour dissimuler sa suspicion, et but une gorgée de thé pour se donner une contenance, tentant de ne pas penser au kunai qu'il avait caché sur lui juste au cas où.

« - J'avais dit que je viendrai.

- De là où je viens, les hommes disent beaucoup, mais font peu. »

Il laissa un demi sourire amusé éclairer son visage une seconde. Il aimait son sens de la répartie, la manière dont ses yeux riaient même lorsque ses mots paraissaient sérieux.

Ils furent distraits quelques minutes par leurs repas respectifs et échangèrent quelques banalités. C'était futile, et relativement inintéressant, mais sa voix était agréable et elle ponctuait ses récits de grands gestes et de sourires qui réussissaient à garder son intérêt éveillé. En plus, ça lui donnait une excellente raison de la regarder, laissant ses yeux s'aventurer avec intérêt sur ce que sa robe ne dissimulait pas, s'attardant sur ses longues jambes halées et ses clavicules découvertes. Même en pleine lumière et sans alcool pour lui brouiller les sens, elle était vraiment jolie.

Il se reprit sévèrement, se méprisant quelques instants d'ignorer ce qu'elle disait pour ne penser qu'à son physique. D'après les quelques livres sur le sujet qu'il avait pu trouvé en s'introduisant récemment chez Sayuri, la fille de Rina, pendant ses soirées consacrées à la collecte d'informations sur les relations romantiques, un homme digne de ce nom devait également s'intéresser à la personnalité de la personne qu'il courtisait.

Est-ce qu'il la courtisait ? Il devrait au moins le prétendre jusqu'à sa tentative d'assassinat. Et si elle ne tentait rien de ce genre, il supposa que c'était quelque chose d'envisageable. Elle avait l'air relativement tolérante vis à vis de son inexpérience, était capable de faire la conversation pour deux et lui plaisait physiquement. C'était un bon début. Il remercia mentalement Sayuri pour sa collection extensive d'ouvrages spécialisés puis se concentra de nouveau sur ce qu'Hineko lui racontait.

Il apprit qu'elle revenait d'une livraison de fleurs, une grande quantité de lys qu'elle avait eu du mal à trouver et qu'elle avait du arranger dans un ordre de taille et de couleur particulier pour satisfaire les désirs d'une demoiselle de la région, riche et exigeante, qui souhaitait fêter son mariage en s'offrant elle même des fleurs. Il se demandait bien à quoi cela pouvait bien servir, ça avait du lui coûter une fortune. Hineko lui confia qu'elle n'était pas sa cliente la plus extravagante, et qu'elle ne comprenait parfois pas grand chose aux envies de ses riches civiles dont la vie semblait tourner autour de la dilapidation méthodique de la fortune de leur famille.

Il lui dit qu'il n'y comprenait rien non plus et elle posa sa main sur la sienne en riant, lui confiant qu'on s'habituait et que l'ignorance dans ce domaine était probablement une vertu. Il sourit de nouveau, troublé par le contact de sa peau sur la sienne, et répondit qu'il la croyait sur parole.

Leur repas fini elle lui proposa une balade dans les rues de Misawa, il acquiesça et sourit lorsqu'elle attrapa son bras. C'était plaisant, plus qu'il ne l'avait pensé la première fois qu'il avait vu des couples marcher ainsi. Il rougit légèrement, soudain très conscient de leur proximité. Est-ce que ça voulait dire qu'elle le courtisait également ? Non, ça ne devait rien dire du tout, c'était juste pour être sûre de ne pas le perdre dans la foule, n'est-ce pas ?

Hineko leva les yeux vers lui et lui sourit, elle lui avait montré certains de ses endroit préférés en ville, mais ça faisait quelques minutes qu'elle avait du remarquer qu'il ne l'écoutait plus. Il lui dit qu'il était désolé et elle l'entraîna dans une ruelle déserte.

Il se tendit, était-ce le moment où elle montrait son vrai visage ? Qu'allait-elle faire ? Son kunai était toujours en place, et il serait facile d'activer son sharingan et de la plonger dans l'inconscience, ses yeux étaient rivés aux siens, ce serait un jeu d'enfant.

Est-ce qu'il devait la tuer ? Ce n'était pas vraiment ce qu'il désirait mais elle avait eu accès à une certaine quantité d'informations sur lui, elle savait qu'il vivait à Komoko par exemple. Si il la laissait en vie elle pourrait les transmettre et une équipe plus efficace pourrait retrouver sa trace chez Rina. Il serra les dents, il n'avait vraiment pas envie de l'abattre, l'idée de lui faire du mal était au mieux déplaisante. Pourquoi est-ce qu'il semblait toujours se mettre dans des situations douloureuses ? Pourquoi cette idiote avait-elle penser un seul instant que ce genre de plan fonctionnerait ? Une certaine irritation monta en lui. C'était petit, bas, mesquin d'utiliser ce genre de tactique, et il regrettait déjà de lui avoir fait confiance. Il aurait mieux fait de s'abstenir, il se serait évité des souffrances inutiles.

Ses réflexions agressives furent stoppées dans leur élan par un baiser presque timide.

Il avait eu... tort, peut être. Son regard bleu était troublé, elle paraissait hésitante, probablement parce qu'il devait exsuder une énergie négative conséquente. Comprenant qu'elle n'allait très certainement pas tenter de le tuer, il sentit ses épaules se relâcher et prit quelques secondes pour se calmer. Il avait peut être été un petit peu dramatique.

Hineko avait l'air un peu triste et commençait à s'éloigner, interprétant visiblement son manque de réaction comme un rejet. Non ! Il devait agir, maintenant !

Abandonnant définitivement sa tension précédente pour une autre, non moins intense, il l'attira contre lui, glissant une main derrière sa nuque, et l'entendit soupirer de plaisir lorsque ses lèvres effleurèrent les siennes.

Lorsqu'ils sortirent de la ruelle une bonne demi heure plus tard, leurs joues étaient rouges et leurs vêtements froissés. Leur petite balade continua dans la bonne humeur, Hineko lui montra ses jardins favoris, dans un petit parc près du lac, et reprit un rythme de discussion relativement soutenu, décrivant les fleurs et leurs propriétés, commentant l'harmonie particulière d'un parterre. Son timbre de voix était relaxant, il aimait l'écouter parler, se contentant d'émettre quelques sons de temps en temps pour montrer qu'il suivait son train de pensées.

Ils s'assirent un moment sur l'herbe une fois le tour des jardins complété, admirant le calme et la beauté du lieu, et s'apprêtaient à partager un nouveau baiser à l'ombre d'un saule pleureur lorsqu'ils sentirent tout deux l'atmosphère changer.

Est-ce qu'il devait l'aider ? Seul il aurait déjà dissimulé son chakra puis son odeur et prit la fuite. Ils n'auraient jamais pu le suivre. Elle ne pourrait pas le faire. Elle avait l'air perdu, un peu effrayé, aussi. Si il l'abandonnait, elle serait capturée, c'était assuré. Le souvenir de leurs baisers précédents lui traversa rapidement l'esprit. Il venait à peine de s'autoriser ce genre de proximité avec quelqu'un, il n'avait pas envie qu'elle parte, qu'elle disparaisse et emporte avec elle la possibilité de ces expériences agréables.

Il l'aiderait.

« - Tu les as également repéré ?

- Oui, j'en reconnais deux, ils sont là pour moi.

- Ils doivent avoir un traqueur quelconque.

- Inuzuka.

- Viens. »

Il l'entraîna vers le lac, l'eau se chargeant de camoufler leur odeur, et ils nagèrent jusqu'à un bosquet de roseaux qui dissimulaient un renfoncement suffisamment profond pour les abriter tous les deux. Il espérait que la cachette semi immergée suffirait à les dissimuler le temps que les ninjas continuent leur traque de l'autre côté du lac et s'éloignent suffisamment pour qu'ils puissent s'enfuir. Si ils n'avaient pas de senseurs ce serait peut être une tactique efficace, même si elle était loin d'être idéale.

Il sentit Hineko soupirer près de lui et l'enlaça presque timidement. Il se tortura mentalement quelques secondes, se demandant pourquoi il avait fait ça, après tout ils étaient trempés et ils sentaient la vase, mais contre toute attente elle paru apprécier l'attention. Elle se relaxa contre lui, laissant une partie de sa tension s'évaporer doucement, et ils reprirent leur discussion en murmurant.

« - Il nous reste environ trois minutes avant qu'ils n'arrivent. Quelles sont leurs intentions ?

- Ce n'est pas une mission d'assassinat, pas avec ces deux là. Ils souhaitent me ramener à Konoha de gré ou de force, mais vivante.

- Je vois. J'imagine que c'est hors de question ?

- Oui.

- Mais tu ne souhaites pas leur mort ?

- Non. L'un deux m'est très cher, un de mes meilleurs amis. »

Il hocha la tête et resserra son étreinte en voyant des larmes perler au coin de ses yeux. C'était ennuyeux de ne pas pouvoir les tuer, ça aurait été bien plus rapide. Leur salut reposait provisoirement sur cette cachette sommaire, et pour être honnête si ils avaient un minimum de logique c'était très possible qu'ils doivent se battre.

« - Si ils me trouvent avec toi, ce ne sera plus une mission de sauvetage. »

Hineko leva les yeux vers lui mais il détourna le regard, fixant obstinément les roseaux qui dissimulaient l'entrée de la petite grotte. Il n'avait pas envie d'approfondir son explication, c'était clair à ses yeux. Sans même considérer son identité un ANBU ne quittait pas les rangs sans heurts, si il ne faisait plus parti des forces armées de Konoha, alors il était l'ennemi. Si on le trouvait en compagnie d'Hineko, qu'ils souhaitaient « sauver » et ramener au village, alors elle serait l'ennemi également. Il savait que sa tranquillité à Komoko avait une date d'expiration, et il était capable de dissimuler suffisamment sa présence pour gagner du temps et disparaître en temps voulu. Pas elle. Avait-elle vraiment envie de sacrifier la sienne pour un homme qu'elle connaissait à peine ?

Il serra les dents, frustré. Il pensait avoir tiré un trait sur tout ça des mois auparavant, et maintenant qu'un futur paisible lui semblait possible, replonger dans les tourments de son passé paraissait de moins en moins attrayant.

Elle l'embrassa avec douceur, le sortant de ses pensées sombres, et passa sa main dans ses longs cheveux noirs.

« - Je reste. Peu importe ce qu'ils en pensent. »

Il l'embrassa à son tour puis posa son front contre le sien, les yeux clos. C'était un choix stupide, déraisonnable et il avait envie de le lui dire, de lui dire de partir, de le laisser, qu'il s'occuperait d'eux et fabriquerait un conte quelconque pour justifier de ses envies belliqueuses, mais il n'en fit rien, car malgré leur illogisme ses mots le touchèrent profondément.

Il lui semblait qu'un brasier s'était allumé au creux de son ventre, l'enveloppant d'un bonheur qu'il n'avait jamais pensé ressentir. Il était heureux, dans cette grotte humide, baignant dans la vase, parce qu'elle était avec lui, parce qu'elle avait choisi de rester. C'était la première fois qu'une personne le choisissait lui en tant que personne. Pas pour ses talents guerriers, pas par peur, pas par ambition ou pour obtenir quelque chose, mais pour lui, pour ce qu'il était. Sa joie diminua lorsqu'il se rappela qu'elle ne savait pas qui il était et qu'elle aurait probablement eu une réaction bien différente si ça avait été le cas, mais pour une fois il ne parvint pas à dompter complètement son émotion et sentit sa gorge se serrer lorsqu'il reprit finalement la parole.

« -Merci. »

Elle sourit, savourant manifestement leur étreinte avec autant de plaisir et de joie que lui. Ils partagèrent un dernier baiser puis une tension qui n'avait plus rien à voir avec leur attraction mutuelle les saisit. Ils étaient là.

Quatre ninjas d'un assez bon niveau et un ninken, c'était probablement de bons Chunin voir des Jonin, mais rien de comparable avec un ninja aussi exceptionnel qu'Itachi. Un combat facile, surtout qu'ils avaient l'avantage d'être à couvert, ils auraient l'effet de surprise. Une minute passa, puis deux. Ils inspectaient les environs.

« - Que dit Akamaru ?

- Sa piste s'arrête ici. Elle a du fuir par le lac.

- Et l'homme ?

- Sa piste termine également dans ce parc, ils sont toujours ensemble.

- Je n'aime pas ça, ils ont du nous sentir arriver.

- Un ninja ?

- Probable. Dispersez-vous, je ne pense pas qu'ils aient traversé, ils ne doivent pas être loin. »

Itachi et Hineko échangèrent un regard entendu, il allait falloir se battre. Elle lui murmura ne pas s'inquiéter, et perdit connaissance. Yamanaka. Il reconnaissait la technique comme étant l'une des attaques typiques du clan. Intéressant, ils n'étaient généralement pas des ninjas axés sur l'offense, mais leurs attaques étaient difficiles à contrer, surtout lorsque l'ennemi ne s'y attendait pas. Il arrangea son corps comme il put afin qu'elle ne chute pas dans l'eau si il avait besoin de sortir de sa petite cachette en faisant le moins de bruit possible puis s'immobilisa, le kunai désormais dans sa main droite.

La voix de l'Inuzuka lui parvint, mêlée à celle d'Hineko.

« - Shikamaru. Qu'est ce que tu fais ici ?

- Nous avons été envoyés par l'Hokage pour te ramener à Konoha. Suis nous.

- Je ne reviendrai pas, tu sais que je ne veux plus être ninja !

- Tu restes l'héritière du clan, Ino, ta vie est au village.

- Non. Pas après ce qui s'est passé, plus maintenant.

- Tu ne me laisses pas le choix. »

Il l'entendit s'éloigner de quelques pas et appeler ses hommes.

« - Trouvez son corps ! Il ne doit pas être loin. »

Hineko, ou plutôt Ino si il en croyait la discussion qu'il venait d'entendre, reprit doucement conscience alors que l'Inuzuka s'effondrait. Son regard bleu croisa le sien et il hocha la tête, l'attirant contre lui pour profiter encore quelques secondes de sa proximité. Il s'occuperait de la suite des événements. Itachi s'arracha à regrets de leur étreinte et plongea entièrement sous la surface du lac, s'éloignant considérablement de leur cachette avant de refaire surface sous un henge dissimulant ses traits caractéristiques et son sharingan activé.

Le combat fut bref, et il fut suffisamment clément pour ne pas traumatiser outre mesure les quatre ninjas, se contentant de les plonger dans l'inconscience le plus rapidement possible. Seul leur leader, Shikamaru, et le ninken opposèrent une résistance face au pouvoir de ses pupilles, ne croisant son regard qu'indirectement et pas suffisamment longtemps pour qu'il puisse les placer sous son Genjutsu, et il du recourir au Taijutsu pour les vaincre, les plongeant à leur tour dans l'inconscience.

Hineko sortit de leur cachette lorsque les bruits de combat s'arrêtèrent, et il lut tout de suite dans son regard une certaine inquiétude.

« - Ils sont juste inconscients, je ne les ai pas blessés.

- Merci. »

Elle s'approcha de lui, encore légèrement tremblante. Sa technique avait l'air de lui avoir pris beaucoup de force, et elle poussa un soupir soulagé en retrouvant le support de ses bras. Il avait eu raison. Seule elle n'aurait jamais fait le poids.

« - Nous devons partir. Ils seront inconscients une heure. Je ne pouvais pas faire plus sans provoquer de dommages.

- Shikamaru est intelligent, ils ne nous suivront pas. Il ne jouera pas la vie de ses hommes si leur seule chance est ta volonté de les épargner.

- Ils reviendront plus nombreux, tu devras déménager. »

Elle acquiesça et lui prit la main avant qu'ils ne disparaissent, laissant derrière eux trois shinobis comateux et un Shikamaru aux poings serrés. Il profita de l'heure d'inconscience de ses trois compagnons pour réfléchir à une stratégie et envoyer un message à l'Hokage. Ino avait raison, il allait devoir se replier. L'équipe qu'il avait monté avait été conçue spécialement pour la capturer, seule, or l'allié qu'elle s'était apparemment trouvé rendait toute tentative au mieux difficile, au pire suicidaire.

Une partie de lui ne pouvait s'empêcher de comparer cette situation avec la désertion de Sasuke. Ils semblaient tous deux leur glisser entre les doigts, creusant à chaque fois l'écart qui les séparaient du chemin du retour.

C'était sa troisième tentative, avec Ino. La première fois elle était encore relativement proche de Konoha et avait senti sa présence de loin. Lorsqu'il avait perdu sa trace elle avait disparu sans rien laisser derrière elle. La seconde fois, il avait pu l'observer quelques heures à Yamatai, et elle avait consenti à discuter avec lui. Elle lui avait expliqué qu'après ce qui était arrivé à Asuma, après ce qu'ils avaient fait à Hidan, elle ne pouvait plus se regarder dans le miroir. Elle avait le sentiment de ne pas être meilleure que leurs ennemis, et elle préférait tout arrêter et retourner à la vie civile. Il lui avait dit qu'avec sa formation elle pouvait très bien travailler à l'hôpital, sauver des vies chaque jour et arrêter les missions, peut être même trouver un petit ami, mais elle lui avait confié dans un souffle que c'était le village lui même qu'elle rejetait. Elle ne pouvait cautionner qu'on prépare des enfants au meurtre, à la guerre, qu'on envoie des équipes en mission de vendetta, qu'on leur fasse défendre des idéaux auxquels elle ne croyait plus. Elle ne supportait plus la main mise que le village avait sur sa vie, sur son destin, choisissant son équipe, son métier puis son mari. Elle avait compris qu'arrêter les missions signifiait qu'on lui trouverait juste un autre rôle, d'autres ordres à suivre. Elle lui avait souri, et lui avait dit qu'à Konoha elle ne serait jamais heureuse.

Il était rentré la mort dans l'âme, avait tout expliqué à Tsunade et sous ses ordres, avait rassemblé une équipe pour la ramener contre son gré. Parce qu'elle faisait parti d'un clan, parce qu'elle était une femme, parce qu'il était inconcevable de perdre de potentiels futurs ninjas pour une histoire de convictions.

Serrant de nouveau les poings il aperçut chez ses hommes les premiers signes de réveil. L'inconnu n'avait pas menti, il les avait juste endormi sans provoquer d'autres traumas. Comment ? Était-ce une sorte de poison ? Ça devait être ça, après tout ils étaient relativement proche du pays des Rizières, et les poisons étaient une de leur spécialité. Comment s'étaient-ils rencontrés ? La région n'abritait que très peu de ninjas, de ce qu'ils en savaient, et ce n'était pas un lieu de passage pour les grands voyageurs.

Coïncidence ?

Est-ce qu'Ino avait marchandé une protection ? Qu'avait-elle donné en échange ? Et si ce n'était pas ça, si c'était une tentative de recrutement ? Ils avaient l'air proches, et quoi de plus efficace que la séduction pour convertir une ennemie en alliée ? Est-ce qu'il appartenait à une troupe de bandits ? Une organisation au but néfaste ? Ino était medic-nin, elle aurait toujours une utilité, et si elle était tombée sous le charme...

Il fut interrompu dans son train de pensées par le réveil de Kiba. Il vérifia rapidement les environs puis l'état de santé d'Akamaru, et se tourna ensuite vers lui.

« - Que s'est-il passé ? Qui était cet homme ? Après la technique d'Ino je n'ai pas eu le temps de réagir.

- Poison, c'est l'hypothèse la plus probable. Je ne sais pas qui il est, mais il était avec Ino.

- Qu'est ce qu'on fait ? J'ai une piste, mais elle est faible, et si nous attendons trop longtemps elle sera froide.

- Nous rentrons. Peu importe qui il est, nous n'avons pas les capacités de le neutraliser, tant qu'Ino sera sous sa protection, elle sera inaccessible.

- Est-ce que l'Hokage acceptera ?

- Je ne pense pas, nous n'avons pas les forces nécessaires.

- Alors c'est fini ?

- Nous reviendrons. Plus tard. »

Kiba détourna le regard et frappa le sol du poing. Sa rage était compréhensible, il la ressentait aussi. Ino était leur amie, et selon toute vraisemblance ils venaient de perdre toute chance de la ramener avant plusieurs mois. Tant de choses pouvaient se passer durant ce temps, elle pourrait être tuée, capturée par l'ennemi, torturée ! Et elle serait seule.

Ils attendirent que tout le monde soit sur pied, prélevèrent des échantillons pour analyser le poison utilisé par l'inconnu et prirent la route de Konoha, déçus et amers, espérant trouver Ino en vie lorsqu'ils pourraient repartir à sa recherche.