Komoko : Chapitre 9

Dans le fin fond du pays du Feu, loin des plans de Konoha et proche de l'ivresse après un dîner copieusement arrosé, Rina faillit sourire en voyant Akira passer la porte après deux nuits successives de découchages douteux.

D'abord parce que l'imbécile lui avait manqué, sans personne pour faire son ménage pendant trois longues journées la maison était dans un état détestable, et Aoi sans sa présence apaisante la rendait complètement chèvre. Mais surtout parce qu'au vu de son visage rayonnant, elle allait avoir matière à lui envoyer des piques acides pendant au moins une décennie. Il avait cette manie de rougir des oreilles qu'elle trouvait absolument hilarante, et une absence totale de répartie qui en faisait une cible de choix.

Elle se frottait intérieurement les mains tandis qu'elle dardait son regard goguenard sur lui.

« - C'est à cette heure-ci qu'on rentre ? »

Rina vit le bout de ses oreilles s'enflammer, et son petit cœur perfide se réchauffa.

« - La tigresse de Misawa ? »

Ses joues rosirent. Définitivement la petite traînée. Cette fille le menait vraiment par le bout du nez, un exploit quand on considérait le féroce ninja mort vivant au quotient émotionnel négatif. C'était beaucoup trop amusant. Il avait l'air d'un adolescent pris en faute après avoir fait le mur pour rejoindre sa copine du moment. Adorable.

« - Hineko. »

Elle l'invita d'un geste à la suivre dans la cuisine. Il restait un peu de saké de la bouteille qu'elle avait descendu plus tôt dans la soirée, et elle eut de quoi leur servir une coupe chacun. Akira descendit la sienne d'une traite et elle lui emboîta le pas sans tarder.

« - Et la maison ?

- L'offre tient toujours ?

- Oui.

- Alors c'est d'accord. »

Rina sourit et sortit une deuxième bouteille de saké du placard. Maintenant qu'elle était relancée, elle avait rudement envie d'une autre coupe, et puis il fallait bien fêter ça ! Elle le resservit également sans écouter ses maigres protestations, écartant sa main en lui jetant un regard sombre lorsqu'il tenta de l'empêcher de verser le saké.

Deux coupes plus tard et c'est lui qui la tendait vers elle sans même oser croiser son regard, les oreilles toujours rouges et l'air inhabituellement détendu.

Fière de son coup, Rina versa ce qui restait de la bouteille, jetant un coup d'œil amusé à son locataire passablement éméché. Elle avait réussi à lui tirer les vers du nez et venait juste d'entendre un très long discours passablement ennuyeux sur sa nouvelle copine, qui était si belle et qui lui manquait déjà. Apparemment elle était fleuriste, habitait près de Misawa et n'avait pas froid aux yeux. De ce qu'elle en savait, les fleuristes étaient toutes des folles, et un raisonnable pourcentage de celles qu'elle avait connu avait un don pour le vol de mari, mais après tout, elle n'allait pas critiquer son choix. Il fallait bien une première à tout.

Elle le vit terminer sa coupe et se leva en lui ébouriffant les cheveux au passage. Il lui jeta un regard noir qu'elle trouva plutôt vitreux et elle lâcha un éclat de rire moqueur en montant se coucher. Brave petit ! Elle lui asséna le coup de grâce une fois rendue à la moitié des escaliers.

« - J'espère que tu nous la présenteras. »

Elle entendit un grognement et termina son ascension en ayant l'impression d'avoir gagné sa soirée. Ça lui avait manqué !


Quelques semaines passèrent et une nouvelle routine s'installa. Itachi s'occupait du ménage et d'Aoi la journée quand il ne travaillait pas, entraînait Ino le soir et passait la nuit dans la forêt, rentrant au petit matin avec des brindilles dans les cheveux et l'air épanoui.

Rina avait bien entendu jeté son secret en pâture aux pires commères du village, si bien qu'il ne pouvait plus se rendre nul part sans entendre des murmures sur sa petite amie secrète et leur liaison torride. C'était embarrassant au début, mais il avait fini par trouver tous ces petits ragots particulièrement drôles, et senti une fierté toute particulière lorsque l'homme qui lui avait involontairement tout appris lâcha un commentaire envieux sur ses péripéties nocturnes.

Aoi l'avait assailli de questions, ce qui n'était pas une surprise non plus, si bien qu'il avait du céder et promettre de l'inviter à dîner trois semaines plus tard. Il avait eu un comportement étrange ces derniers temps, un peu renfermé, presque effrayé, ce qui rendait sa curiosité presque rassurante. Rina lui avait dit qu'il s'était disputé avec son père à propos de son choix de carrière, de nouveau. C'était un sujet sensible, et il n'avait pas envie de s'en mêler, alors il avait prudemment choisi de feindre l'ignorance jusqu'à ce qu'il retrouve ses manies habituelles et n'avait émis aucune opposition lorsqu'il avait presque exigé de rencontrer Ino.

Ino quant à elle avait complètement paniqué lorsqu'il lui en avait parlé, prétextant un panel d'arguments riches et colorés pour annuler l'événement, mais il avait eu l'air triste et vaguement absent quelques minutes et elle avait changé d'avis. Il s'était senti un peu coupable de la manipuler, mais c'était une toute petite manipulation, alors sa culpabilité n'avait pas duré bien longtemps.

Sa relation avec elle avait... évolué. Leurs sessions d'entraînements étaient rapidement devenues son moment préféré de la journée, et plutôt que de diminuer comme il l'avait au départ prévu, son intérêt pour la jeune femme ne faisait qu'augmenter.

Elle était plus complexe que ce qu'il avait pensé au départ, plus intéressante, aussi. Il n'était pas rare qu'elle n'exprime pas verbalement ce que son langage corporel semblait indiquer. Il avait du mal à prédire la direction que prendrait ses réponses, et il n'était pas rare qu'elle le surprenne en sautant d'un sujet à un autre à partir d'une connexion floue qu'il ne trouvait pas toujours. Discuter avec elle était déstabilisant. Leurs intelligences respectives prenaient en général des chemins complètement différents, pourtant ils arrivaient souvent aux mêmes conclusions. Au départ il avait trouvé ça désagréable, il l'avait pensé sotte, mais lorsqu'il avait commencé à disséquer ses raisonnements, il s'était rendu compte qu'elle fonctionnait d'une manière instinctive qui lui était difficilement accessible. Ino était fascinante.

Il commençait à lui faire confiance, jusqu'à un certain point, et prenait plaisir à interagir avec elle, plus qu'il ne l'avait fait avec les autres personnes qui avaient traversé sa vie, plus que leurs premières rencontres ne l'avaient suggéré. Il n'appréciait en revanche toujours pas les longues discussions, ni les sujets trop sensibles, il n'avait pas envie de parler, parfois. Souvent. Il l'écoutait à la place, elle était bavarde et c'était agréable de pouvoir compter sur elle pour meubler les silences. Et si jamais il avait envie qu'elle se taise, il avait un moyen simple et satisfaisant de couper court à toute conversation.


Il redressa les épaules, sortant de ses pensées et sourit à Natsumi, une dame d'âge mur qui s'occupait de gérer les ventes des propriétés locales, souvent après le décès plus ou moins naturel de leurs propriétaires précédents. Elle lui avait montré trois petites maisons ces derniers jours, mais elles étaient un peu trop proches du village et il n'avait pas ressenti quoi que ce soit de particulier en les visitant. Il savait que c'était un peu présomptueux de sa part, surtout considérant ses finances limitées, mais il avait ce sentiment que quelque chose de mieux l'attendait.

Natsumi lui sourit en retour et l'entraîna plus loin vers la lisière des bois bordant le village. La maison qu'ils allaient visiter aujourd'hui était en mauvais état, d'après ce qu'elle lui avait dit, mais elle avait beaucoup de potentiel, et elle était plus éloignée du village. Personne n'avait voulu l'acheter par craintes des ninjas qui passaient parfois par les bois pour rejoindre le pays des Rizières, mais ce n'était pas vraiment une inquiétude qu'il partageait, et si elle s'avérait aussi prometteuse que Natsumi l'avait décrit, ce serait peut être la bonne.

Ils arrivèrent devant la « maison » et il sentit ses yeux s'agrandir. Elle avait peut être du potentiel, mais en l'état c'était un taudis !

La maison à moitié dissimulée sous une végétation luxuriante était de taille moyenne et semblait l'abandon depuis des années. La charpente paraissait solide mais les portes et fenêtres avaient depuis longtemps disparu, les sols étaient partiellement arrachés et ce qui devait être un jardin auparavant était en friche. En entrant à l'intérieur, tentant d'éviter à Natsumi de glisser dans les débris, ils visitèrent deux pièces qui avaient du être des chambres, une sorte de bureau, un espace vide ouvrant sur le jardin qu'il identifia comme un salon et les restes d'une salle de bain hors d'usage et d'une cuisine vétuste. Le tout était recouvert d'une épaisse couche de poussière et jonché de gravats et de déchets.

Il soupira en songeant à la quantité de travail qu'il faudrait pour remettre l'endroit en état. Même avec des clones, les bons matériaux et un espionnage méthodique des meilleurs ouvriers de la région avec son sharingan, cela représentait des semaines, voir des mois de travail !

La vieille dame l'accompagna ensuite dehors, lui montrant du mieux qu'elle pouvait la friche qui entourait la bâtisse en préservant ses fémurs d'une vilaine chute dans les orties. Il y avait assez d'espace pour le potager qu'il avait en tête dans la grande clairière en lisière de forêt où se situait la maison, et l'ensemble de la propriété était entourée d'un muret de vieilles pierres suffisamment haut pour garantir un certain respect de sa vie privée. Le terrain était lumineux et le sol fertile, les plantes pousseraient sans problèmes.

« - Est-ce qu'il y a un point d'eau ? »

Natsumi acquiesça et l'entraîna vers la partie la plus dense de la friche. Les herbes atteignaient aisément ses hanches par endroit, et les ronces rendaient leur progression difficile, mais ils finirent par atteindre un vieux puits recouvert de mousses.

« - La rivière qui alimente le village passe à 50 mètres dans cette direction, et le puits devrait toujours être raccordé à la maison. »

Il hocha la tête, pensif.

C'était en ruine, mais c'était aussi le plus proche de ce qu'il avait envisagé, et il avait définitivement le temps de s'occuper des travaux. Si il se concentrait il pouvait imaginer la maison restaurée se dressant fièrement devant lui, le jardin restauré, le potager coloré et du linge flottant doucement sous la caresse du vent.

Il ferma les yeux, presque ému, et sa décision fut prise.

« - Je veux celle ci. »

Natsumi lui sourit, probablement satisfaite d'avoir trouvé son bonheur, et ils quittèrent le terrain vague qu'était sa nouvelle propriété pour retourner chez elle s'occuper des papiers. La maison ne coûtait presque rien, comme l'avait prédit Rina, et il en fut quitte pour une grosse partie de ses économies. Il allait devoir continuer de travailler pour pouvoir payer les matériaux nécessaires pour les travaux, mais ça ne lui faisait pas peur. Il signa sous le nom d'Akira Homura, laissant le pinceau tracer les caractères inhabituels, et sentit sa gorge se serrer lorsqu'il vit son faux nom sur les papiers. Il était propriétaire.

Une fois tous les documents finalisés, il remercia Natsumi pour son aide et quitta la petite maison de la vieille dame pour retourner chez Rina lui annoncer la nouvelle.

Elle lui rit bien entendu au nez lorsqu'elle apprit son choix, mais garda ses commentaires les plus vindicatifs pour elle même et lui servit une coupe de saké, ce qu'il interpréta comme des félicitations.

Ils discutèrent un moment des travaux à effectuer, de ce qui était à faire en priorité avant l'hiver, et Rina recommanda quelques fournisseurs de la région qui pourraient lui procurer les matériaux dont il aurait besoin.

Pour quelqu'un qui se prétendait aussi acariâtre que la grosse Rina, elle avait une quantité étonnante de contacts.

Itachi avait depuis longtemps percé ce mystère, il avait compris plusieurs mois auparavant lorsqu'il avait commencé à travailler pour les habitants du village que sous ses dehors revêches elle était très bien intégrée dans sa communauté et respectée pour ses maigres talents en Ninjutsu. Son mauvais caractère était légendaire, mais ses exploits aussi. Elle avait défendu le village a plusieurs reprises dans sa jeunesse, avait tenu tête à Kabuto lorsqu'il occupait les lieux, et le village s'en souvenait.


Il la quitta dans la soirée pour rejoindre Ino dans leur clairière habituelle.

La jeune femme l'avait senti arriver. Elle progressait lentement vers son but, et il était relativement satisfait de ses efforts. La brune arrivait désormais à dissimuler grossièrement son chakra pendant environ une heure et à modifier très légèrement sa signature, ce qui compliquait déjà considérablement sa traque.

Ils se mirent tout de suite au travail, Itachi lui donnant autant de pistes et de corrections que possible afin qu'elle s'améliore au plus vite. Depuis quelques jours il avait commencé à ajouter plus de difficulté, lui demandant de maintenir l'une ou l'autre des techniques pendant une simulation de combat, du simple Taijutsu pour commencer.

Elle avait eu beaucoup de difficulté au début, le Taijutsu n'avait jamais été son point fort, et la concentration requise par les jutsus était conséquente. Itachi avait été un professeur patient, reprenant les bases jusqu'à ce qu'ils puissent combattre avec une certaine crédibilité.

Ils firent une courte pause après environ quinze minutes d'affrontement puis reprirent pendant quinze autres minutes et gardèrent le même rythme jusqu'à ce que la limite physique d'Ino soit dépassée. Ils passèrent ensuite sur des exercices de détection qui visaient à améliorer ses capacités à sentir les chakras à proximité, avant de terminer par l'exercice des deux techniques l'une après l'autre de manière rapprochée, dont le but final était de pouvoir moduler plus finement son contrôle des techniques et de les utiliser simultanément.

Lorsqu'il l'autorisa à arrêter elle était trempée de sueur et éreintée, comme tous les soirs.

Il ne l'avait jamais entendu se plaindre, et il lui en était reconnaissant. Elle subissait sans broncher son entraînement difficile et tenait toujours compte de la moindre de ses remarques. Malgré son petit niveau de base c'était une bonne élève, objectivement, et il pensait qu'elle serait prête lorsque les ninjas de Konoha reviendraient.

Après leur entraînement ils partaient généralement se baigner dans la rivière qui courrait dans les bois, Ino pour nettoyer les traces de ses efforts et détendre ses muscles dans l'eau fraîche, Itachi parce qu'il aimait bien barboter dans l'eau.

Il attendit qu'ils soient étendus près de la rivière en train de sécher, regardant dans le ciel sans lune les étoiles qui brillaient, pour lui parler du taudis.

« - J'ai acheté une maison, aujourd'hui. »

Ino tourna la tête vers lui, surprise. Il lui avait parlé à demi mots de son projet mais il n'avait pas été très bavard sur l'état de ses recherches. Ils s'étaient rapprochés, surtout depuis qu'ils se voyaient presque tous les soirs, mais ils ne passaient pas vraiment leurs soirées à discuter de leur vision pour le futur, et la maison, c'était encore quelque chose d'assez sensible pour lui.

« - A Komoko ? »

Il lâcha un grondement affirmatif et se tourna également vers elle, plongeant son regard dans le sien. C'était difficile de savoir ce qu'elle pensait, parfois. Souvent. Est-ce qu'elle était contente pour lui ? Ou est-ce qu'elle trouvait tout ça ridicule ? Après tout il avait un lourd passé, et rien de ce qu'il avait fait ne le prédestinait à rénover une maison dans l'arrière pays pour y faire grandir ses propres légumes.

« - A la lisière de la forêt. C'est en ruine, je devrais faire des travaux. »

Elle lui sourit, amusée.

Il se sentit humilié, quelques secondes, de la voir réagir ainsi. La maison, c'était quelque chose qui lui tenait à cœur. Un rêve. Il s'était confié à elle, avait levé une partie de ses défenses pour réussir à aborder le sujet. Son regard se durcit. Il ne le ferait plus.

Il s'apprêtait à se lever pour partir digérer sa moquerie ailleurs lorsqu'elle lui répondit.

« - Si tu veux de l'aide, je suis disponible les week-ends, tu sais ? »

Il sourit à son tour, une partie de son incertitude apaisée, et l'attira dans ses bras, sentant tout son corps frissonner au contact de la peau encore humide de la jeune femme. Il embrassa sa tempe, reconnaissant.

« - Merci. Je te ferai visiter avant le dîner. »

Itachi sentit le corps de la jolie brune se tendre contre le sien à la mention du dîner honnis. Il passa une main qu'il souhaitait distrayante sur son flanc découvert, savourant le soupir qu'elle émit sous ses caresses.

« - Tu ne m'auras pas comme ça, Itachi, arrêtes ! »

Il retira sa main et s'éloigna, appréciant sa surprise. Elle resta immobile quelques instants, hésitant visiblement, puis poussa un grondement agacé lorsqu'elle vit qu'il commençait à se redresser et finit par se décider, attrapant sa main pour l'attirer de nouveau à elle.

Il croisa de nouveau son regard, taquin, et approcha son visage du sien, capturant ses lèvres en un baiser amusé.

Ils étaient devenus plus à l'aise l'un avec l'autre, leurs entraînements quotidiens brisant la tension gênante qui avait parfois contaminé leurs premières rencontres. Leurs performances s'étaient également grandement améliorées, et il tirait une certaine satisfaction de leurs progrès. Il ne lui avait toujours pas demandé si elle considérait qu'ils étaient ensemble en tant que couple où si ils ne pratiquaient que des échanges de services, mais il assumait qu'elle était sa « petite amie », puisqu'elle avait accepté à contre cœur de rencontrer Rina et Aoi.

Il avait lu dans plusieurs magazines qu'il avait acheté à des fins de renseignements, les livres de Sayuri ayant leurs limites, que c'était une étape cruciale au début d'une relation de couple de rencontrer l'entourage de la personne avec qui on était ou souhaitait être. Sa propre rencontre avec les anciens amis d'Ino ayant été explosive, il espérait que ce dîner se passerait de la meilleure manière.

Elle l'embrassa à son tour, le sortant de ses pensées, et mordit sa lèvre inférieure en signe de représailles. Sa main glissa de nouveau sur le flanc d'Ino, s'approchant dangereusement de ses hanches, et il l'entendit soupirer son prénom, frissonnante, tandis qu'ils s'abandonnaient l'un à l'autre.


Caché derrière un rocher, tout proche du village caché d'Ame, Sasuke sentait son chakra s'agiter en lui comme une bête furieuse.

Il venait de passer deux semaines à traquer Tobi aux quatre coins du continent, interrogeant sans douceur ceux qu'il savait être ses alliés pour en général arriver trop tard. Retrouver l'Uchiha était une corvée absolue quand on considérait sa manie agaçante de disparaître sans laisser de traces, et il commençait à désespérer lorsqu'il était tombé sur Zetsu dans une planque du pays du Feu. La partie noire s'était enfuie avant qu'il ait eu le temps de la brûler, mais la partie blanche avait crépité tel un véritable feu de bois sous son Amateratsu, et lui avait livré l'information qu'il désirait.

Il était désormais là, devant lui, en plein combat avec cette fille étrange qui faisait anciennement partie de l'Akatsuki et les avait trahi lors de l'événement qui avait rendu la vie à Itachi. Konan. Elle n'avait aucune chance, il espérait juste qu'elle réussirait à l'endommager un peu pour qu'il puisse réussir, et venger ses équipiers.

Tobi s'était retourné contre lui, comme il l'avait prédit. Quand il s'était rendu compte qu'il n'avait pas cherché le combat contre les ninjas de Konoha il l'avait pisté jusqu'à l'auberge où il séjournait après avoir retrouvé Suigetsu et Jugo. Karin était encore faible, ils n'avaient pas pu reprendre la route immédiatement, et il n'aurait pas su vers où. Il ne les avait pas informé de l'abandon de ses plans, les gardant dans l'ombre pour éviter toute trahison. Tobi l'avait fait pour lui puis il avait disparu, les laissant seuls.

Il s'était rendu compte trop tard qu'il avait placé ses trois camarades sous un Genjutsu, et n'avait évité l'attaque de Suigetsu que de justesse. Il avait pris la fuite vers la forêt, tentant de réfléchir à une stratégie pour défaire le jutsu, mais ils l'avaient rattrapé, aidés par les talents de senseur de Karin. Il avait tout essayé, tout, mais il n'avait pas réussi à briser l'illusion. Une forme de Tsukiyomi, le genre de Genjutsu qui brisait suffisamment l'esprit de ses victimes pour rendre toute tentative de le briser superflue. Il avait du les tuer. Tous.

Sasuke était sorti du combat épuisé, et vide. Il avait l'impression que son cerveau était rempli d'ouate, qu'il ne sentait plus rien. Il s'était distraitement rendu compte que c'était un mécanisme de protection, et que ses émotions heurtées viendraient le trouver plus tard. Il avait brûlé les corps jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que des cendres et s'était mis en chasse.

Traquer Tobi lui avait permis d'échapper aux pensées menaçantes qui l'attendaient telle une masse noire et grouillante à la lisière de son esprit et venaient murmurer des vérités qu'il ne voulait pas entendre quand il s'autorisait à dormir.

Une explosion le tira de ses réflexions et il se concentra sur le combat. Tobi venait d'éviter une attaque qui aurait du le tuer, Kamui ou non. Comment ?

Ses yeux s'agrandirent. Izanagi. La même technique que Danzo. Ce qui voulait dire... Ce qui voulait dire qu'il avait une chance ! Le combat fut conclu quelques minutes plus tard avec la mort de Konan. Prévisible. Il avait réussi à récupérer l'information dont il avait besoin.

Une tombe. Sasuke plissa le nez, c'était de mauvais goût, même pour des déserteurs. Tobi ferma les yeux du cadavre et l'envoya dans sa dimension parallèle, probablement pour l'y stocker. Si il avait raison, il aurait besoin des yeux, surtout après le sacrifice d'un sharingan pour Izanagi. Il avait l'air épuisé et il lui manquait un bras.

C'était le moment.

Son chakra se déplia autour de lui, se détendant comme un ressort compressé depuis trop longtemps dans la forme habituelle de son Susanoo. Si il avait raison Tobi ne pourrait pas fuir, sa technique nécessitait beaucoup de chakra, et il venait d'en dépenser une quantité monstrueuse dans son combat précédent. Si il voulait vivre, Tobi devrait combattre.

Il avait deux avantages. Le terrain, composé majoritairement de structures métalliques et d'eau, et la pleine possession de ses moyens. Mais il avait observé Tobi. Pour que ses attaques portent, il allait devoir contrer son Kamui. Il ne pouvait probablement pas l'utiliser pour se déplacer, mais ça ne voulait pas dire qu'il ne pouvait pas éviter ses attaques. Il fallait qu'il soit plus rapide que sa technique, qu'il porte ses coups de manière à ce que Tobi ne puisse pas synchroniser son Kamui avec le rythme de ses attaques.

Sasuke s'élança, commençant par une séquence de Taijutsu classique. Tobi para ou évita chacune de ses attaques. Prévisible.

« - Sasuke kun. Seul. »

Son ton était moqueur, il s'efforça de garder son calme. Il cherchait à le provoquer pour le rendre plus prévisible. Il attrapa son sabre et repartit à l'attaque. Tobi était fatigué, comme il l'avait prédit, mais pas suffisamment pour lui permettre de gagner un réel avantage, il allait devoir l'avoir par surprise.

« - J'avais prévu de te tuer plus tard, je voulais que tu sois encore vivant lorsque je tuerai Itachi. J'imagine que je vais devoir me contenter de le faire maintenant, tant pis. »

Itachi... Sa mâchoire se serra. Il n'aurait jamais Itachi. Il ne le laisserait pas faire. Tobi allait mourir, ici et maintenant, de sa main. Il ne poserait pas un seul doigt sur son frère, il ne mettrait pas une sandale dans son village de fermiers !

Sasuke lâcha un cri de rage et se jeta sur Tobi, sa lame désormais couverte par l'Amateratsu. Un seul coup serait fatal à son adversaire, ils le savaient tous les deux. Tobi suivit son rythme, le laissant traverser l'espace qu'il semblait occuper avec son katana, ripostant avec ses kunais. Il activa Susanoo, laissant son armure de chakra presser l'autre ninja, sans succès avant de lui envoyer des flèches de chakra, manquant systématiquement leurs cibles.

Là.

Sasuke laissa l'armure s'évanouir peu à peu, prétendant être arrivé à la limite de ses prouesses visuelles. Il était couvert de blessures plus ou moins superficielles mais très impressionnantes, et laissait volontairement sa fatigue transparaître, désactivant momentanément son Sharingan pour lui laisser croire qu'il perdait la vue. Lentement, pour ne pas l'alerter, il rassembla son chakra, le compressant de nouveau au fond de lui. Vu de l'extérieur, il était à bout de forces.

Tobi saisit l'occasion et lui envoya un coup de pied violent qui le toucha au ventre, le pliant en deux de douleur. Désormais arrogant il se moqua de lui et faucha ses jambes lorsqu'il tenta de se relever, le renvoyant au sol. Sasuke laissa sa respiration se faire difficile et ses genoux tremblants lorsqu'il se remit sur ses pieds une deuxième fois, et tituba vers lui dans un simulacre de course ridicule.

Tobi le saisit à la gorge, compressant ses voies aériennes.

« - Stupide, stupide Sasuke kun. Impatient, et faible. J'espère que ton frère offrira un meilleur combat. »

Il grogna de rage, tentant de mordre la main qui le pressait, puis s'immobilisa peu à peu sous les rires de Tobi et agita légèrement ses bras et ses jambes, prétendant suffoquer. Il attendit la dernière seconde, lorsque l'étreinte se fit réellement inconfortable, lorsque Tobi fut entièrement relaxé, et frappa.

Il relâcha son chakra accumulé et transformé en électricité, appelant à lui la foudre contenue dans les nuages orageux qui planaient toujours au dessus d'Ame. L'éclair frappa avant que Tobi ne puisse réagir, les transperçant tous les deux et se réverbérant sur l'eau environnante, les enveloppant complètement.

Il entendit Tobi hurler tandis qu'il utilisait son chakra pour empêcher la foudre de le toucher trop violemment.

Lorsque l'orage fut passé, Tobi était mort, son masque brisé s'enfonçant lentement dans les flots. Un Uchiha. Il ne l'avait jamais vu, mais il était sur d'une chose : ce n'était pas Madara.

Il scella le corps, rangeant le parchemin dans le sceau de son avant bras, qui stockait d'ordinaire ses shurikens, puis s'étala sans grâce sur les berges, sentant à peine l'herbe humide sur ses plaies à vif. Il regarda la pluie. Sa vision était floue, trop floue. Il serra le poing.

Qu'allait-il faire, maintenant ?