Komoko : Chapitre 10
Le lendemain, à la frontière du pays du Feu, un peu avant le fameux dîner qui aurait lieu le soir même Ino rejoignait Itachi comme ils l'avaient convenu devant la bâtisse en ruine.
Il avait nettoyé une bonne partie du jardin, préférant dégager au maximum l'espace avant de se lancer dans les travaux, et la clairière paraissait déjà bien plus présentable, même si la maison en elle même était toujours dans un triste état.
Elle visita les lieux avec entrain, inspectant le puits, étudiant les plantes qui poussaient dans ce qu'il restait du jardin, la nature des sols et les arbres aux alentours, et lui posa de nombreuses questions sur son achat. Il comprit très vite à son regard qu'elle avait vu la même chose que lui dans ce taudis. Quelque chose de beau, quelque chose qu'il faudrait réparer, construire puis garder en bon état par un travail constant. Un but, le premier, qui n'aurait rien à voir avec la destruction.
Les mots lui brûlaient les lèvres, et après de longues minutes de dispute intérieure il finit par lui dire ce qu'il avait sur le cœur.
« - Si tu... si tu le souhaites, ou si quelque chose venait à arriver à Misawa, tu seras toujours la bienvenue, ici. »
Ino leva les yeux vers lui, troublée, et il vit qu'elle avait les larmes aux yeux. Pestant contre lui même, il commençait à s'excuser lorsqu'elle le coupa d'un sourire.
« - Merci, Itachi. Ça me fait très plaisir. »
Il ouvrit la bouche pour la prévenir que ce ne serait pas avant quelques mois, même avec son aide, mais elle l'embrassa et il se tut, profitant du moment, sentant une nouvelle étincelle de bonheur pétiller doucement près de son cœur.
Lorsqu'ils arrivèrent chez Rina, quelques minutes plus tard, il était d'excellente humeur. Il avait préparé de quoi faire un barbecue afin de profiter de l'une des dernières journées d'été qui leur restait. Il faisait encore doux, et il trouva Rina déjà attablée dans le jardin avec ce qui semblait être une bouteille de saké entamée.
Il fit rapidement les présentations puis laissa les deux femmes seules tandis qu'il retournait en cuisine finir de préparer les légumes qui devaient accompagner leur barbecue.
Dans le jardin, Ino tentait de garder son calme sous le regard inquisiteur de la vieille dame.
« - Hineko san, Akira m'a... énormément parlé de vous. »
Elle sourit avant de se demander ce qu'il avait bien pu dire. A priori Rina connaissait quelques informations sur Itachi, mais c'était relativement superficiel, et elle ne connaissait d'elle que son prénom et son métier de fleuriste. Enfin c'est ce qu'elle pensait, en tout cas.
« - En bien, j'espère ? »
Dès qu'elle eut prononcé ces mots, elle sut qu'elle avait fait une erreur. La vieille dame se redressa, le regard remplit d'un feu moqueur qui la terrorisa quelques secondes. Itachi lui avait dit que Rina avait un sacré tempérament, et une tendance à recourir dès que c'était possible à la joute verbale.
« - Oh oui, soyez-en sûre, Hineko san, il n'a pas manqué de mentionner vos... talents. »
La jolie brune se sentit rougir. Ses talents ? Il n'y avait qu'une catégorie bien spécifique de « talents » à laquelle elle pouvait penser. Il n'aurait pas fait ça, si ? Elle hésita un moment sur la conduite à tenir. Démentir était inutile, elle s'enfoncerait sans pouvoir se tirer de la discussion gênante. Rina voulait de la joute verbale ? Elle n'allait pas se laisser faire !
Prenant le taureau par les cornes, elle décida de rentrer dans son jeu.
« - Je suis flattée, c'est également un homme très... talentueux. Parfois c'est difficile de réussir à maintenir sa cadence. »
Elle vit la bouche de Rina s'ouvrir dans un sourire appréciateur et un peu carnassier, et sentit le début d'une certaine cordialité se créer entre elle et la vieille dame.
Itachi revint, apportant le dîner, et le barbecue fut allumé. Aoi les rejoint peu après, et son arrivée acheva de briser la glace. Ino ne comprenait pas comment celui qu'elle considérait désormais comme son petit ami se débrouillait pour tenir sous ce flot incessant de paroles. Il avait décidément une patience d'ange. Aoi était toutefois sympathique, et suffisamment embarrassé d'être en présence d'une jolie fille pour ne pas lui poser de questions trop gênantes, ce qui l'arrangeait bien. Rina les avait abreuvé d'un flot conséquent de saké, et elle n'était pas sûre de la qualité de ses réponses.
Entre le dîner et le dessert, également préparé par Itachi, elle eut le temps de réfléchir quelques minutes à ce qu'il s'était passé plus tôt.
Il lui avait proposé à demi mots de venir vivre avec lui un jour, dans sa future maison. Ino avait eu le coup de cœur pour l'endroit dès qu'elle l'avait vu. C'était un lieu apaisant, et la bâtisse même en mauvais état conservait un charme particulier qui l'avait séduite. Elle s'imagina dans le jardin, s'occupant de leurs massifs de fleurs pendant qu'il cuisinait. Dans la chambre une nuit d'été, faisant l'amour la fenêtre ouverte avec pour seuls témoins les arbres bruissant doucement. Dans le salon l'hiver, regardant tous deux en riant une petite fille qui jouait sur le tapis tandis qu'un feu brûlait dans la cheminée.
Elle secoua la tête.
Le saké la faisait délirer. C'était une suggestion, pas une demande à proprement parler, et même si ça l'était elle n'était sûre qu'il voulait plus qu'une relation légère avec elle que depuis cette après-midi, alors des enfants ! Elle posa son regard sur lui, détendu, souriant d'un air amusé au commentaire que Rina venait de faire. Elle le trouvait encore plus beau que d'habitude, ce soir là, ses yeux pétillaient de joie et ses traits étaient relâchés, rieurs. Le bonheur lui allait bien, malgré toute la culpabilité dont il s'accompagnait.
Ino aurait voulu l'aider. Elle savait qu'il faisait des cauchemars, certaines nuits, qui le réveillaient en sursaut et le laissaient tremblant, le souffle court. Elle voyait parfois son regard s'obscurcir quand il se rappelait de son passé. Si elle avait eu le moindre doute sur son humanité, il aurait été immédiatement apaisé l'un de ces moments où il lui semblait qu'il allait pleurer, les yeux tristes et le cœur serré pour une raison qu'elle ne comprenait en général pas tout de suite. Elle n'avait jamais rien dit, n'avait jamais mentionné ces cauchemars, ces ombres. Elle avait l'impression que ce n'était pas sa place, pas encore. Était-ce le cas, désormais ? Le sujet était probablement sensible, ça n'allait pas être une discussion agréable, et elle avait peur de le faire fuir, de l'éloigner définitivement d'elle et de reboucher la petite brèche qu'elle avait creusé dans la carapace mentale qu'il portait en permanence.
Elle se mordit la lèvre. Il en valait la peine, elle devait le faire, quitte à ce qu'il se ferme quelques temps. Leur relation ne serait pas sincère si elle n'osait pas aborder le sujet. Elle prendrait des précautions, serait la plus douce possible, et éviterait d'être insistante. Il appréciait lorsqu'elle lui laissait le choix de se confier ou non, elle n'aurait qu'à employer cette technique de nouveau, plantant d'abord les bases de leur discussion future avant de rentrer dans le vif du sujet. Oui, ça devrait fonctionner.
Ils terminèrent bientôt le dessert et Ino proposa son aide pour débarrasser à la plus grande joie de Rina. Elle et Aoi prirent la direction de la cuisine tandis que Rina restait dans le jardin avec Akira.
Aoi était étrangement silencieux. Lui qui n'avait pas arrêté de bavarder durant le dîner, lui présentant tout ce qu'il y avait à savoir sur le village, parlant de son entraînement, de ses progrès, de son père, était subitement plus muet qu'une carpe.
Elle plissa les yeux et commença la vaisselle, intriguée. Il était plutôt transparent, si elle l'avait analysé correctement, et de ce qu'elle en avait déduis, il ne tarderait à cracher le morceau.
« - Hineko san ?
- Oui, Aoi ?
- Akira san... Est-ce qu'il vous as dit la vérité ?
- La vérité ? »
Il sortit de la poche de son pantalon un papier froissé qu'il lui tendit. Ino posa l'assiette qu'elle nettoyait et s'essuya les mains sur un torchon avant de saisir la feuille abîmée avec curiosité. Elle entendit la respiration du jeune garçon s'accélérer et fronça les sourcils, qu'est ce que c'était que cette histoire de « vérité » ? Lentement, un peu effrayée de ce qu'elle allait découvrir, elle déplia le papier et sentit ses doigts se mettre à trembler.
C'était une page du Bingo book. LA page. Avec photos, nom et même un bref récapitulatif des exploits d'Itachi. Elle lut distraitement les informations, se demandant quelle classe elle aurait si Tsunade se décidait à l'inscrire. Probablement pas S, peut être B ? La vieille bique n'avait jamais eu foi en elle, mais visiblement elle n'avait pas encore jugé utile de la lister comme nukenin de Konoha, où Aoi aurait eu deux pages à lui montrer. Est-ce qu'elle espérait réellement qu'elle rentre au village ? Elle se mordit la langue pour se sortir de ses pensées. Ce n'était pas important.
Aoi était en face d'elle, visiblement anxieux et attendait sa réaction. Elle passa distraitement ses doigts sur les photos, probablement prises lorsqu'il avait été nommé capitaine d'ANBU. Il avait l'air si jeune ! Elle ferma les yeux, sentant son cœur se serrer douloureusement, et replia la page avant de la rendre au jeune garçon.
« - Où est-ce que tu as eu ça ?
- Mon père m'a donné le livre. Il l'a eu d'un ami ninja.
- Il sait ?
- Non, j'ai arraché la page avant qu'il ne le regarde.
- Bien. »
Elle se détourna et reprit la vaisselle. C'était dangereux, ce qu'il venait de faire. Brave, quelque part. Il avait révélé un savoir qu'il n'aurait pas du posséder à une personne qu'il venait de rencontrer, une personne dont il ne connaissait pas les intentions. Il était loyal, aussi. Il avait dissimulé cette information à sa famille, ce n'était pas anodin. Il avait protégé Itachi, mais il avait également voulu la mettre en garde, l'informer que sa relation avec lui était peut être basée sur des mensonges.
Elle sourit doucement. C'était quelqu'un de bien.
« - Vous saviez ? »
Ino se tourna vers lui. Il avait l'air surpris et la regardait, les yeux écarquillés. Elle hocha la tête, confirmant ce qu'il avait deviné. Devait-elle lui faire confiance ? Oui. Si il parlait, ce qu'elle comptait lui révéler serait de toute manière insignifiant face à la véritable identité d'Akira.
« - Je viens également de Konoha.
- Et ça ne vous dérange pas ? »
Elle réfléchit quelques instants à la meilleure réponse possible.
Non, ça ne la dérangeait pas. Il y a quelques années ça aurait été complètement impensable, mais son point de vue s'était progressivement adouci lorsque sa naïveté sur le monde des shinobis s'était peu à peu évanouie. Qui était-elle pour juger le passé d'autres ninjas ? Ils avaient tous commis des actes dont ils n'étaient pas fiers, sur ordre ou non. On les entraînait depuis l'enfance à tuer et à détruire, c'était leur métier, leur raison de vivre. Les actes commis par Itachi étaient terribles, mais ils s'inscrivaient dans une longue tradition de violence à laquelle ils tentaient tous deux d'échapper. Ce qui comptait pour elle, c'était ce qu'il y avait devant eux, pas derrière.
« - On ne peut pas modifier le passé. »
Ce n'était pas sa sortie la plus éloquente, mais au moins c'était vrai. Aoi garda le silence après ça, le regard dans le vague pendant qu'il essuyait les assiettes.
Loin de leur petit intermède dramatique, Rina digérait lentement son repas, et sa rencontre avec la fameuse Hineko.
Finalement, elle ne détestait pas cette petite gourgandine aussi violemment qu'elle ne l'aurait cru. Elle était superbe, ce qui en général aurait plutôt tendance à l'ennuyer, mais elle ne manquait pas de piquant, et elle était maline. Une tête bien faîte dans tous les sens du terme. Pas étonnant qu'elle ait réussi là où toutes les bécasses du village avaient échoué et mit le grappin sur son mort vivant favori.
Il y avait probablement quelque chose de plus profond qu'une simple attirance, toutefois. Elle était ninja également, même si ça crevait moins les yeux que pour Akira, et ils avaient l'air très unis pour un jeune couple. Même village ? Des connaissances en commun ? Probable. Il y avait un terreau culturel semblable, leur accent était similaire et ils partageaient des expressions qu'elle n'avait jamais entendu dans cette partie du pays du Feu. Ils avaient grandi au même endroit, et ils l'avaient tous deux abandonné.
Elle se demandait si il lui avait déjà montré la maison. Son rêve. Est-ce qu'il se voyait partager le futur qu'il désirait avec elle ?
« - Tu lui as dit ? »
Elle vit ses oreilles rougirent et s'esclaffa, reprenant une gorgée de saké pour étouffer son sourire afin de ne pas perdre toute crédibilité devant lui. Elle était contente, en vérité, qu'il soit heureux avec cette Hineko. Elle lui faisait du bien, c'était visible.
« - Elle est intéressante. »
C'était la chose qu'elle pouvait lui dire qui se rapprochait le plus d'un compliment sans en être un, et elle le vit sourire, rayonnant.
« - Très. »
Inquiète qu'il ne se lance encore dans un discours sans fin sur les grandes qualités humaines de la jeune fleuriste, Rina prit les devants et finit son verre, déclarant qu'il était temps qu'ils aillent se coucher. En passant dans la cuisine pour y déposer sa coupe vide, elle lança à Hineko qu'elle n'avait qu'à rester dormir ici elle aussi et renvoya Aoi chez ses parents.
Si elle eu vent d'un bruit suspect, elle fit semblant de n'avoir rien entendu.
Les jours suivants passèrent à une vitesse scandaleuse pour Itachi. Entre la maison, l'entraînement d'Ino, le sien, ses petits travaux sur sa pupille, ses multiples petits boulots pour payer les travaux, le ménage chez Rina et la surveillance du massacre sylvain d'Aoi, ses journées étaient bien remplies, et la technique de clonage qu'il utilisait pour réussir à être sur tous les fronts lui prenait beaucoup d'énergie, l'obligeant à maintenir un cycle de sommeil presque normal.
Ino passait désormais le week-end chez Rina avec lui lorsqu'elle venait l'aider avec la maison, ce qui l'avait poussé à investir dans une parure de lit décente pour lui éviter les draps usés et la couverture rapiécée dont il s'était personnellement contenté par le passé.
Les villageois n'avaient bien entendu pas manqué l'occasion de jaser sur cette nouvelle arrivée et elle fut vite reconnue comme la mystérieuse petite amie du mystérieux Akira. Il s'en était beaucoup amusé, la jeune femme un peu moins, mais lorsque le gros des commérages s'étaient tus, elle même avait admis que ça avait quelque chose de sympathique d'être sa petite amie officielle à Komoko et de voir tous les habitants la saluer par son prénom et lui demander comment elle allait. Ils l'avaient intégré, et il savait que ça comptait pour elle, que c'était ce qui lui manquait un peu à Misawa.
C'était au cours de l'un des deux week-ends qu'ils avaient passées ensemble chez Rina que leur relation avait passé un nouveau cap, suivant le plan auquel Ino avait pensé lors du dîner presque à la perfection.
Il se réveilla en sursaut cette nuit là, surpris par un rappel vigoureux de la manière dont le sang encore chaud de ses parents avait pénétré ses sandales ninja, s'insinuant entre ses orteils et sous ses ongles alors qu'il dégageait avec difficulté son sabre de la cage thoracique de sa mère, la lame s'étant coincée entre deux côtes lorsqu'il l'avait abattu.
Son cœur battait à tout rompre et il s'apprêtait à méditer pour gérer la crise d'angoisse qui arrivait lorsqu'il sentit Ino bouger contre lui. Il se maudit de l'avoir réveillé et préparait déjà un sourire faux et des paroles apaisantes quand sa main se posa sur son cœur. Elle se redressa sur un coude, visiblement inquiète de son rythme cardiaque anormal, et il sentit ses doigts commencer à tracer des motifs abstraits sur son torse.
« - Cauchemars ? »
Il se raidit. Son cerveau était encore traumatisé par la scène qu'il venait de revivre. Il n'avait pas envie de lui mentir, mais le sujet était particulièrement douloureux et il ne savait pas si il avait envie d'en parler. Même à elle. Il finit par acquiescer en serrant les dents, sentant le reste de son corps se détendre lentement sous son toucher alors que son esprit lui se crispait à l'idée de ce qui allait suivre.
« - Est-ce qu'il y a quelque chose que je peux faire, pour t'aider ? »
Elle était surprenante, comme à son habitude. Il s'attendait déjà à devoir lui raconter ce qui l'avait tiré si violemment du sommeil, mais elle ne paraissait pas curieuse. Elle voulait être là, pour lui. Il sentit sa gorge se serrer.
« - Je ne sais pas. »
Il fixa un moment le plafond, pensif. D'ordinaire il tentait de reprendre contact avec la réalité dès qu'il ouvrait les yeux, quitte à abandonner l'idée même de dormir de nouveau et à se lever pour un entraînement nocturne. Depuis qu'il dormait avec elle il tentait également de méditer, de calmer son esprit pour pouvoir au moins prétendre le repos, même si en général il n'arrivait pas à retrouver le sommeil. Est-ce qu'elle pouvait l'aider ? Il faisait ces cauchemars depuis des années, même si il n'avait jamais réussi à s'y habituer. Il lui paraissait abstrait de pouvoir améliorer de quelque manière que ce soit la situation, et pour être honnête, il ne savait même pas si il le méritait. C'était ses souvenirs qui revenaient le hanter, les choses qu'il avait faîtes. Il n'y était jamais la victime, toujours le bourreau. Peut être un châtiment nécessaire pour ses crimes ?
Ino dégagea de son visage quelques mèches de cheveux qui s'y étaient collées pendant la nuit et embrassa sa tempe, le sortant de ses pensées. C'était agréable, apaisant, même si une partie de lui trouvait la situation complètement inacceptable. C'était son problème, elle n'avait pas à s'occuper de lui comme un enfant en perdant ses propres heures de sommeil !
« - Si tu veux en parler... »
Il ferma les yeux et lâcha un soupir. Il ne voulait pas en parler, ni maintenant, ni jamais. Il la sentit déposer un autre baiser sur sa tempe avant de nicher sa tête près de son cou. Elle n'en demanderait pas plus. Un certain soulagement le saisit lorsqu'il réalisa qu'elle s'était rendormie et il resta immobile le reste de la nuit, les yeux clos mais l'esprit actif.
Il s'attendait à ce que cet aveu de faiblesse soit utilisé contre lui d'une manière ou d'une autre, comme ça avait souvent été le cas dans toutes les relations qu'il avait un jour noué, mais il n'en fut rien. Elle ne lui reparla pas de leur discussion nocturne. Il comprit rapidement qu'elle attendait qu'il veuille de lui même aborder le sujet, et même si il n'en avait absolument pas l'intention il lui en fut reconnaissant.
Il fit un nouveau cauchemar, quelques jours plus tard, et se réveilla dans ses bras, dans la forêt. Elle avait du le sentir s'agiter et lui murmurait des paroles apaisantes. Il prétendit ne pas s'être réveillé pour éviter d'avoir à subir une autre discussion sur le sujet, et pour la première fois depuis que ses mauvais rêves avaient commencé à le tourmenter, bercé par ses mots doux et son étreinte réconfortante, il réussit à se rendormir.
En dehors de ses problèmes nocturnes, il était relativement satisfait de sa situation, et les travaux de la maison avançaient doucement.
Une fois le jardin dégagé il avait commencé à s'occuper de la bâtisse elle même, remplaçant les parties endommagées en commençant par l'isoler au maximum de l'extérieur afin que les pluies et le vent d'hiver qui serait là dans quelques mois ne l'endommagent pas plus. C'était encore loin d'être habitable, mais c'était déjà beaucoup mieux que lorsqu'il avait commencé, et il pensait que la maison serait prête pour le prochain printemps, peut être avant si ses finances le lui permettaient.
Ino partageait son enthousiasme, et elle attendait désormais leurs week-ends à rénover la maison avec impatience toute la semaine. Elle avait commencé à penser avec lui à ce que pourrait être le jardin, et passait certaines de ses après-midis calmes à la boutique de fleurs à dessiner des plans de parterres et à imaginer quelles plantes seraient les plus à même de sublimer la maison.
Elle accumulait une certaine fatigue, principalement due aux entraînements vigoureux d'Itachi. Il était extraordinaire, patient, doué pour lui expliquer ce qu'elle devait faire et toujours juste, honnête. Elle avait beaucoup progressé sur les techniques qu'il lui enseignait et elle savait que c'était en grande partie grâce à la qualité de ses enseignements, mais elle devait admettre qu'elle profitait également régulièrement du calme relatif de la boutique pour rattraper un peu de sommeil en retard.
Ce fut la cloche du magasin qui la réveilla, ce jour-là. C'était un vendredi calme, et elle devait rejoindre Itachi à Komoko plus tard dans la soirée. Elle connaissait désormais la route sur le bout des doigts mais se rendre dans le village lui prenait quand même quelques heures, et elle était épuisée.
Elle se redressa brusquement du tas de croquis sur lesquels elle s'était assoupie, priant pour ne pas avoir de marques sur la joue. D'après le regard amusé de Keiko, c'était raté.
Keiko était l'une des seules personnes qu'elle considérait comme une amie au village. Elles n'étaient pas aussi proches qu'elle ne l'avait été des filles de Konoha, mais la jeune femme était amusante, et elles allaient fréquemment se promener toutes les deux dans les jardins de la ville. Elle avait également pris l'habitude de lui rendre visite au magasin les vendredi, en général pour assouvir un but bien précis.
Keiko était enseignante dans la petite école de Misawa, et toujours célibataire, au grand désespoir de ses parents. Ses flirts ne duraient jamais bien longtemps, d'après ce qu'elle lui avait confié à demi mots les rustres attendaient d'elle des choses qu'elle n'était pas prête à leur donner, et une fois sa véritable nature d'indécrottable romantique découverte, ils prenaient tous la fuite. Ino trouvait ça proprement scandaleux, mais elle ne pouvait s'empêcher de trouver ses histoires distrayantes et se maudissait régulièrement d'attendre la suite avec impatience.
« - Est-ce qu'il te reste des roses, Hineko ?
- Encore ? »
Keiko hocha la tête, l'air ennuyé.
Elle avait complètement abandonné l'idée de se confier à ses parents et refusaient de leur présenter qui que ce soit tant qu'elle n'était pas sûre que ce n'était pas « le bon ». Ses mystères avaient provoqué l'ire parentale et pour les calmer elle avait prétendu être tombée sous le charme d'un mystérieux voyageur qui ne passait au village qu'une fois par semaine, le vendredi. Afin de parfaire son histoire elle avait pris l'intrigante habitude de s'offrir elle même des roses chaque semaine, s'émerveillant à chaque visite de sa mère de la constance de son amant fictif.
Ino l'avait réprimandé en riant, lui demandant comment elle allait se sortir de son mensonge lorsque ses parents demanderaient à rencontrer le fameux voyageur mystérieux, mais Keiko l'avait fait taire d'un claquement de langue agacé, lui rappelant que ses achats réguliers faisait d'elle l'une de ses meilleures clientes.
La jeune femme attrapa l'un de ses croquis, regardant avec attention la composition qu'elle avait imaginé.
« - C'est splendide. Les iris seront magnifiques, au printemps. Une demande d'une cliente ? »
Ino sourit, secouant légèrement la tête.
« - Non, c'est pour un jardin qui m'est cher.
- Hanae sama ?
- Mon petit ami. »
Keiko lâcha un glapissement surpris et Ino vit ses yeux pétiller. Elle lui avait parlé d'Itachi sans rentrer dans les détails, lui confiant qu'elle ne savait pas encore si c'était plus qu'un simple flirt, mais qu'elle l'appréciait beaucoup.
« - Alors c'est sérieux ?
- Je... Oui. Je pense.
- Oh Hineko ! Je suis si heureuse pour toi ! »
Ino lui sourit et lui fit signe de s'asseoir pendant qu'elle préparait du thé dans l'arrière boutique. Elle revint avec deux tasses fumantes et quelques pâtisseries qu'elle avait acheté plus tôt dans la journée dans sa petite épicerie préférée, à quelques rues de la boutique.
Elles n'avaient pas pris le temps de discuter ensemble depuis un moment, c'était agréable de partager avec une autre femme un peu plus âgée certains de ses questionnements, et si elle avait également mentionné le jeune homme à Hanae, elle ne partageait pas la même proximité avec sa logeuse qu'avec Keiko. Bien entendu elle était obligée de modifier légèrement la vérité pour éviter de trahir des informations trop sensibles, mais Keiko l'aidait tout de même à y voir plus clair lorsqu'elle se perdait dans ses réflexions. Itachi était le premier homme avec qui elle tentait d'entretenir une relation sérieuse, et elle n'avait souvent aucune idée de comment agir. Keiko, un peu malgré elle, avait bien plus d'expérience, et une connaissance poussée des relations personnelles de ses autres amies. Son soutien lui était précieux.
Elle sentit son cœur se pincer alors qu'elle lui racontait avec enthousiasme qu'il lui avait proposé d'emménager lorsqu'elle en aurait l'envie. Dans une autre vie, elle aurait pu avoir cette discussion avec Sakura.
Keiko lui confia être très impressionnée par sa prévenance. Ce n'était pas la première fois qu'il montrait l'importance qu'il accordait à son opinion et à ses choix, et pour elle c'était une qualité très rare, et un très bon signe pour la suite. Ino sentit ses joues s'enflammer et acquiesça, ravie d'entendre les louanges de la jeune femme sur son partenaire. Elle faisait de son mieux pour ne pas s'enflammer et garder les pieds sur terre, mais elle savait au fond d'elle que les petits papillons qu'elle sentait s'agiter au creux de son ventre lorsqu'elle croisait son regard et le sourire absent qu'elle arborait lorsqu'elle était seule et qu'elle pensait à lui trahissait ses sentiments naissants.
Un peu gênée par ses propres pensées elle changea de sujet et demanda à son amie des nouvelles de sa dernière histoire, un marchand d'épices plutôt mignon qui habitait un petit village non loin. Keiko se renfrogna aussitôt, ça n'avait pas marché. Le marchand n'était pas patient et après leur troisième rendez-vous il l'avait embrassé devant chez elle. Ino lui demanda où était le problème, après tout tant que ça s'arrêtait là ça rentrait tout à fait dans les standards de la jeune enseignante, et elle répondit que ça avait été dégoûtant. Apparemment il n'avait aucun talent, et avait tenté une contorsion faciale qui avait laissé Keiko de marbre. Elle avait décidé d'en rester là.
Elles se quittèrent à l'heure de la fermeture de la boutique, Keiko lui souhaitant un agréable week-end avec un sourire entendu avant de tourner les talons pour retourner chez elle, lui promettant de revenir la semaine suivante et d'apporter des douceurs.
Ino resta un moment interdite, les yeux dans le vague et le cœur battant à l'idée de retrouver bientôt Itachi puis secoua la tête, attrapa ses croquis et partit à son tour. Ils s'étaient vus la veille, c'était ridicule !
Ça ne l'empêcha pas de sourire niaisement pendant une grande partie du trajet.
