Komoko : Chapitre 13

Le maison fut prête environ 3 mois après l'arrivée de Sasuke, même si la plupart des plantes ne fleuriraient pas avant le printemps prochain, et avec l'argent qui leur restait ils avaient décidé d'aller acheter de quoi meubler la cuisine et la salle de bain. Ils voulaient quelque chose de moderne, avec un espace de cuisine conséquent pour qu'Itachi puisse préparer à sa guise tous les plats qui lui donnaient envie ; et dans la salle de bain une douche toute simple mais une grande baignoire dans laquelle ils pourraient rester des heures tous les deux, jusqu'à ce que leur peau soit toute fripée et l'eau froide, profitant du plaisir d'être ensemble.

Ino étant la seule ayant un minimum d'expérience en la matière, elle avait pris en main l'opération avec autorité et après s'être excusés auprès de Rina pour manquer leur désormais traditionnel dîner du samedi soir, ils étaient tous trois partis en direction de Yamatai, seule ville suffisamment importante aux alentours pour posséder ce genre de boutiques.

La route fut plutôt agréable. Il faisait frais, l'automne laissant désormais place au début de l'hiver, mais le soleil brillait entre les arbres et ils n'allaient pas suffisamment vite pour empêcher toute discussion. Après avoir passé trois mois complets à se voir tous les jours et même si la plupart des leurs conversations tournaient autour de la maison, du passé, des anecdotes de Rina sur les habitants du village ou de l'entraînement d'Ino, une sorte de confort s'était installé dans le trio. Ce matin-là Ino s'entraînait à changer la nature de son chakra de manière stable pendant que Sasuke essayait de la déconcentrer. Itachi surveillait l'ensemble et lui signifiait lorsque la variation dans son chakra devenait trop importante. Il avait l'air satisfait, ce qui la mit d'excellente humeur.

La jeune femme une fois les portes de la ville passées fit visiter à Sasuke, qui n'y était jamais allé, la plus grande cité du Nord Est du pays du Feu, lui montrant ses restaurants préférés, les lieux emblématiques de Yamatai, les jardins et même l'auberge où ils s'étaient rencontrés. La bâtisse vétuste arracha un ricanement moqueur à Sasuke.

« - C'est ça, la fameuse taverne ? »

Itachi leva les yeux au ciel et Ino mit un vicieux coup de coude à Sasuke, lui arrachant un regard noir qui devait faire trembler toutes les filles d'Oto. Elle fronça les sourcils, mains sur les hanches.

« - L'important, ce n'est pas l'endroit, c'est ce qu'il s'y est passé ! »

Un sourire goguenard fleurit sur les lèvres du plus jeune tandis qu'Itachi se pinçait l'arrête du nez. Ino, les joues rosies et le regard agacé, décida de terminer là leur visite touristique et de se concentrer sur le but initial de leur visite.

« -Suivez-moi. »

Il y avait deux boutiques qui vendaient ce qu'ils étaient venus chercher à Yamatai, rivales, elles étaient implantées l'une en face de l'autre et leur compétition faisait intégralement parti du folklore local. La brune les traîna dans l'une d'elle et leur quête commença. Les boutiques proposant des produits similaires, alors une fois que le choix d'Itachi se fut arrêté sur un ensemble de meubles modernes et dans des couleurs neutres, Ino commença à marchander, jouant sur l'idée que si le marchand ne souhaitait pas descendre son prix, elle irait en face.

Pris à leur propre jeu, les commerçants finirent par leur accorder un rabais conséquent sur le mobilier qu'ils avaient choisi, et poussèrent tous deux un soupir soulagé lorsqu'ils sortirent enfin de leur champ de vision, les rouleaux de parchemin où étaient scellés les meubles en main.

Ils s'arrêtèrent devant un restaurant de grillades et décidèrent d'y manger pour fêter leur succès. Ino eut droit aux félicitations des deux autres pour ses talents de négoce. Elle était sincèrement heureuse de leur petite sortie. Ils ne s'étaient pas accordés beaucoup de temps libre depuis l'arrivée de Sasuke, et partager ce moment ensemble était pour elle une récompense plaisante pour les efforts qu'ils avaient fournis. De plus, elle devait reconnaître que Yamatai lui avait un peu manqué. C'était la première ville où elle s'était sentie chez elle loin de Konoha, le premier endroit où elle avait pu s'imaginer, enfin, être vraiment libre.

Itachi posa sa main sur la sienne et elle lui sourit, attrapant de l'autre une autre brochette. Il avait changé sa vie, elle qui pensait terminer vieille fille et vivre entourée par toutes les plantes qu'elle chérissait et des quelques amis qu'elle se serait fait en chemin avait du revoir ses plans du tout au tout. Elle ne s'imaginait plus un seul instant vivre sans lui.

Elle s'en était voulue, au début de leur relation, elle avait douté de sa propre sincérité. Est-ce qu'une partie d'elle, viscérale, animale avait reconnu en lui le genre de partenaire qu'on lui destinait depuis l'enfance à Yamatai ? Était-ce son éducation ou son cœur qui parlait lorsqu'elle sentait son ventre se tordre d'excitation en l'apercevant ? Était-elle programmée pour que la puissance qu'elle sentait sous ses doigts lorsqu'elle effleurait sa peau et retraçait ses quelques cicatrices l'attire comme un aimant ? Est-ce qu'elle avait succombé à tout ce qu'on lui avait inculqué, ou est-ce qu'il provoquait en elle les émotions les plus réelles qu'elle avait jamais ressentie ? Les deux ?

Si elle n'arrivait pas à le savoir, était-ce important ?

Ino se redressa, sortant de ses pensées en remarquant quatre chakras qui se distinguaient dans la foule arpentant Yamatai. Elle croisa les regards durcis des deux autres, ils avaient senti la même chose qu'elle. Instinctivement, elle replia un peu plus son chakra contre elle, comme ils avaient pratiqué à l'entraînement, et fit de son mieux pour le rendre moins intéressant, moins spécial. Elle serra les dents. L'entraînement de ce matin ne l'avait pas fatiguée outre mesure, mais il l'empêcherait de tenir les deux techniques aussi longtemps qu'elle l'aurait voulu.

« - Konoha ? »

Elle acquiesça, elle avait reconnu le chakra de Shikamaru parmi eux. Ils ne les traquaient pas, la ville était probablement leur premier arrêt. L'héritier Nara suivait la procédure, ils passeraient d'abord Yamatai au crible, puis Misawa. Avaient-ils laissé des failles ? Des indices ?

Pas à Yamatai, elle avait quitté la ville trop longtemps pour y laisser des pistes, mais les habitants de Misawa les avaient vu ensemble plusieurs fois, sans henge. Si ils interrogeaient la bonne personne ils pourraient trouver la maison. Elle allait devoir partir plus vite que prévu.

« - Shikamaru. Ils ne nous ont pas repéré. »

Sasuke avait l'air détendu mais elle sentait une légère tension dans ses épaules. Ils reprirent leur repas comme si rien d'anormal n'était en cours, discutant d'un ton enjoué des prochains aménagements à réaliser. Ils avaient décidé de poser la salle de bain en premier, puis la cuisine, et parlaient casseroles et couverts lorsqu'ils passèrent près d'eux.

Ino reconnut Shikamaru, Sakura et Neji. Ils étaient avec un dernier ninja, une femme qu'elle ne connaissait pas, probablement leur traqueur. Si Neji activait son Byakugan il verrait directement à travers leurs légers henge, reconnaîtrait au moins Ino et Sasuke, et ils devraient combattre. Tout reposait sur le fait qu'ils ne s'attendaient pas à la trouver là, n'étant probablement venu à Yamatai que pour trouver un endroit où dormir et discuter d'un plan d'action après n'avoir pu profité sur la route que du couchage sommaire qu'offraient les arbres du pays du Feu.

Itachi serra sa main, la tirant de ses pensées, et de l'autre attrapa un bout de viande cuit à la perfection qu'il déposa directement dans sa bouche. Il lui sembla qu'il avait goût de cendre, mais elle décida de jouer le jeu et lui donna à son tour la becquée en minaudant sous les moqueries légères de Sasuke. L'image était parfaite, suffisamment mièvre pour écœurer toutes les personnes autour d'eux dans un rayon d'au moins dix mètres. Elle entendit deux adolescentes soupirer d'envie à une table voisine et partagea avec le grand brun un regard amusé.

Les ninjas tournèrent à l'angle et disparurent de leur champ de vision.

« - C'est bon. »

Ils attendirent quelques minutes pour observer leurs déplacements, payèrent et prirent la route du retour, s'éloignant aussi vite qu'ils le purent de Yamatai tout en conservant une vitesse crédible.

Une fois hors de portée du Byakugan ils accélérèrent leur course en élaborant le début d'un plan, ne s'arrêtant qu'une fois arrivés à Komoko. Il faisait déjà nuit, et au village la plupart des lumières étaient éteintes lorsqu'ils passèrent la porte de la maison. Ils déposèrent les parchemins dans les pièces où ils seraient descellés plus tard, déplièrent les futons qu'ils avaient installé plus tôt ce jour-là chez Itachi dans l'optique de dormir sur place pour s'occuper de la salle de bain dès le lendemain matin et se couchèrent sans un mot.

Ino resta éveillée plus tard que les autres cette nuit là. Itachi lui tenait chaud, la couverture lui pesait et ses mains étaient moites. Elle était nerveuse, elle avait peur, et surtout elle était hors d'elle.

Pourquoi étaient-ils revenus ?

Elle avait été claire dès le départ, n'avait fait aucun mystère de ses intentions. Pourquoi était-ce si dur d'abandonner ? Elle n'était qu'une Chunin sans intérêt, on le lui avait fait comprendre des années auparavant, alors quel était l'intention qui se cachait derrière cette mission, et pourquoi envoyer à ses trousses des ninjas aussi précieux ? Son père lui avait donné son accord tacite, il ne pousserait pas l'Hokage à envoyer ses troupes après elle, ça ne pouvait pas être son influence.

Ses yeux s'ouvrirent.

Shikamaru !

Ils lui avaient choisi Shikamaru. C'était pour ça qu'il n'arrêtait pas, pour ça qu'il était si désespéré de la ramener au village. Ino fronça les sourcils. Ça partait probablement d'une bonne intention de la part de leurs parents, considérant leur amitié, mais il y avait autant de potentiel amoureux entre elle et Shikamaru qu'entre deux objets inanimés. Elle s'imagina un moment au lit avec lui, regardant le plafond en se complimentant mentalement de remplir son devoir envers Konoha pendant qu'il faisait son œuvre, attendant avec impatience de tomber enceinte pour qu'il n'ait plus de raisons valables de la toucher. Un frisson la saisit et l'étreinte d'Itachi se resserra autour d'elle, la ramenant à la réalité. Elle sentit son corps se détendre contre lui, mais son esprit continua de ruminer une grande partie de la nuit, la colère l'empêchant de trouver le repos.


Le lendemain ils replièrent les futons et partirent pour la maison d'Ino à Misawa, laissant les rouleaux contenant leur nouveau mobilier dans la maison. Sasuke partit d'emblée dans le bureau et ils s'installèrent face à face dans la cuisine après avoir préparé du thé.

Itachi avait remarqué qu'Ino avait passé une mauvaise nuit. Ses traits étaient tirés et il y avait une sorte de rage froide dans ses yeux qu'il n'avait jamais vu auparavant. Il l'interrogea du regard mais elle baissa la tête et garda le silence.

Il se doutait que ça avait un rapport avec les ninjas qu'ils avaient croisé la veille. Ils étaient là pour elle, après tout, et même si ils s'en étaient tirés sans problèmes grâce à l'entraînement qu'elle avait suivi, ça n'avait pas été une situation des plus confortables. Malgré ses propres réticences à employer des méthodes violentes, il aurait préféré les tuer, et il savait que Sasuke partageait son sentiment. Ils allaient devoir faire attention, et si ils n'abandonnaient pas, ça risquait de durer un moment. Ça aurait été tellement facile d'attraper sur la table le couteau tranchant que le chef avait utilisé pour couper sous leurs yeux la pièce de bœuf qu'ils avaient choisi et de profiter de leur garde relâchée pour leur trancher la jugulaire. Il savait qu'il était assez rapide pour le faire sans même que les passants ne se rendent compte que quelque chose s'était passé avant de voir les corps.

Mais ça n'aurait pas été raisonnable. L'apprentie de l'Hokage était avec eux, et la tuer les exposeraient à l'ire de Tsunade Senju. Ils auraient tout les ninjas du Pays du Feu à leurs trousses, et malgré leur puissance supérieure la fatigue finirait par leur faire commettre suffisamment d'erreurs pour qu'ils soient tués. Définitivement, cette fois.

Sauf si ils ne laissaient pas de traces.

Il considéra l'idée un moment, puis l'abandonna. Ce serait provoquer des morts inutiles, et si il pouvait l'éviter il n'avait pas envie de choisir la facilité, pas contre le code moral qu'il essayait de respecter.

« - Shikamaru est mon fiancé. »

Il faillit recracher son thé et se recentra sur Ino. Elle avait la mine sombre, la mâchoire crispée et de larges cernes soulignaient ses yeux bleus.

Fiancé ?

« - Je l'ai compris hier. Pourquoi serait-il revenu, sinon ? »

Elle n'avait pas tort, le plus fidèle des camarades n'aurait probablement pas obtenu l'autorisation de revenir après l'échec cuisant de leur dernière tentative, même pour une medic-nin. Il y avait quelque chose d'autre en jeu. Et finalement, c'était plutôt logique. Les deux clans s'entendaient bien, leurs héritiers faisaient partie de la même équipe, l'alliance entre eux semblaient être la prochaine étape.

Il serra le poing sur sa tasse. Qu'est ce qu'ils espéraient ?

Malgré toute la vulnérabilité et l'angoisse qui accompagnaient chaque étape de leur relation, il aimait sincèrement Ino, appréciait chacune des secondes qu'ils passaient ensemble. Il n'abandonnerait pas son bonheur pour Konoha, même si ça devait faire de lui un égoïste.

Pas cette fois.

« - Est-ce que ça change quelque chose ? »

Il détesta ce qu'il entendit dans sa voix. De la peur. Une partie de lui était terrifié qu'elle change d'avis et rentre au village. Est-ce qu'elle aimait ce Shikamaru ? Elle lui avait demandé de ne pas les tuer lorsqu'ils étaient au lac, lui avait dit qu'il comptait pour elle. Il était un amour plus facile pour elle, celui que ses parents lui avaient choisi. Il n'était pas un déserteur, et il devait certainement être plus humain que lui, plus gentil, plus compréhensif, plus chaleureux. Est-ce qu'elle regrettait leur relation ?

Le regard qu'Ino lui renvoya était distant et il le reçut comme une douche glacée. Finalement peu désireux de connaître la vérité il abandonna sa chaise et fit quelques pas en direction du jardin dans l'intention d'opérer une retraite tactique pour digérer ses sentiments blessés en privé lorsqu'il sentit ses bras s'enrouler autour de son torse, l'empêchant d'aller plus loin.

« - Ça n'aurait rien changé à l'époque, et ça ne change rien maintenant. »

Il se sentait inadéquat, touché mais indécis sur la conduite à tenir. Sa gorge nouée l'empêchait de parler, et il n'osait se retourner de peur qu'elle lise sur son visage à quel point sa phrase l'avait affecté. Se maudissant d'avoir la capacité émotionnelle d'une petite cuiller, il serra les dents et se força à calmer son pouls erratique et sa respiration rapide.

Il sentit son étreinte se relâcher et devina qu'elle était heurtée par son manque de réaction. C'était déjà arrivé quelques fois depuis le début de leur relation, quand il ne savait pas quoi répondre ou comment réagir. En général elle comprenait et se contentait d'un sourire peiné, consciente de ses limites, et il se rattrapait plus tard, quand son esprit logique avait processé les informations, les avaient comparé avec d'autres situations qu'il avait connu et qu'il pouvait deviner quelle était la bonne réaction à avoir.

Elle recula de quelques pas et il se figea, agacé. Il devait être meilleur, si il voulait que leur couple fonctionne sur le long terme. Les magazines avaient été formels, la communication était la clé d'une relation réussie. Il fallait qu'il ouvre lui aussi un peu de son esprit, qu'il soit capable d'exprimer ses réactions à chaud, même si il savait qu'elle lisait avec expertise dans ses silences.

Il se rappelait des conseils donnés : ne pas accuser l'autre ou l'utiliser dans une phrase au contexte négatif, mais exprimer son propre sentiment par rapport à la situation. Il lui semblait que de multiples bribes d'émotions se mélangeaient dans son cerveau, laquelle devait-il choisir ?

Difficilement, alors qu'il la sentait prête à fuir la pièce, il réussit à vocaliser son trouble.

« - J'ai...peur. De te perdre. »

C'était fort peu éloquent, et sa gorge serrée l'empêchait de lâcher plus qu'un murmure, mais il vit bientôt la jeune femme apparaître dans son champ de vision et sut qu'elle l'avait entendu.

Elle passa des mains fraîches sur ses tempes brûlantes, laissant son regard plonger dans le sien, et posa un baiser sur ses lèvres avant de se reculer, visiblement émue.

« - Merci. »

Il eut un sourire presque douloureux. La confession lui avait coûté, c'était plus dur d'avouer ses sentiments négatifs, ses failles. Il l'attira contre lui, respirant l'odeur de ses cheveux, sentant son corps contre le sien. C'était dur, mais c'était le prix à payer pour garder Ino à ses côtés. Ça en valait donc la peine.

Ils furent interrompu par un raclement de gorge moyennement naturel. Sasuke.

Il s'installa à table et se servit une tasse de thé, ne commentant pas la scène dont il avait été témoin. Itachi lui en fut reconnaissant, comme à chaque fois que Sasuke gardait le silence quand il apercevait quelque chose de trop intime à ses yeux. C'était déjà un effort considérable que de baisser sa garde autour d'Ino et d'essayer de communiquer ses sentiments, mais avoir ce genre de discussion avec son petit frère ? Ça l'aurait achevé.

« - Qu'est ce qu'on fait pour Konoha ?

- Neji posera problème, même avec une signature de chakra dissimulée il peut nous reconnaître.

- Je suis également un problème.

- Sasuke ?

- Si ils me trouvent en ta présence, ils vont vouloir se servir de toi pour me faire retourner au village.

- On se sépare ?

- Je connais quelques planques au pays des Rizières, et la maison est presque finie de toute façon. Je peux aussi détruire quelques laboratoires, attirer leur attention ailleurs.

- Sasuke... »

Itachi la coupa.

« -Merci.

- Itachi ?

- Je suis d'accord avec lui, si on reste en groupe le risque est plus grand. J'enverrai un corbeau quand ils auront abandonné. »

Sasuke hocha la tête et leur dit qu'il avait déjà préparé ses affaires. Il finit son thé, attrapa une pomme et partit dans la foulée après de brefs adieux.

En le regardant s'éloigner, Itachi sentit sa poitrine se serrer. Il allait lui manquer. Les derniers mois en sa compagnie avaient été agréables, et de manière surprenante, ils s'étaient tous extrêmement bien entendus. Sasuke en grandissant avait acquis un humour caustique qui avait clairement contribué à de nombreuses soirées qu'ils avaient passé tous ensemble, et il savait qu'Ino l'appréciait également. Peu importe ce qu'ils s'étaient dit la discussion qu'ils avaient eu concernant les problèmes psychologiques de Sasuke avait définitivement brisé la glace entre eux, et elle était la première inquiète quand il s'absentait sans prévenir.

Ils n'avaient reparlé ni du massacre, ni de sa première mort. Ni l'un ni l'autre n'étaient prêts à avoir cette conversation, c'était encore trop frais, trop intense, alors ils avaient laissé les sujets les plus douloureux de côté pour ne jeter aucune ombre sur leur nouveau départ. Ça ne les avait toutefois pas empêché de se rapprocher, et il se sentait désormais plus proche de son frère qu'il ne l'avait été même enfant. Il avait trouvé en Sasuke un écho, quelqu'un qui comprenait mieux ses choix que la plupart des gens. Si parfois leurs opinions étaient différentes, c'était toujours une histoire d'idéaux, pas de compréhension. Sasuke était clairement moins préoccupé par le commun des mortels que lui, n'accordant son attention qu'à quelques privilégiés seulement, considérant le reste du monde avec une certaine forme de mépris.

Il savait que c'était en partie de sa faute. En manipulant la jeunesse de Sasuke comme il l'avait fait il l'avait encouragé à nouer le moins de liens possibles, à ne vivre que pour lui, ce n'était pas étonnant que ces traits qu'il avait forcé à s'épanouir soient toujours présents.

Ino posa sa main sur son bras, le sauvant du tournant coupable que prenaient ses pensées.

« - Il faut qu'on s'occupe de la maison. »

Il hocha la tête et ils s'attelèrent à la tache. Il fallait passer la petite maison habitée par Ino au peigne fin pour en enlever toute trace de la jeune femme, tout signe qu'elle avait un jour séjourné là. Ils avaient convenu sur la route du retour la veille qu'Ino abandonnerait la maison. Une de ses connaissances, une fervente romantique absolument passionnée par les fleurs qui enseignait à l'école primaire de Misawa, devait de toute façon récupérer sa location dans deux semaines, peu après leur date prévisionnelle d'emménagement dans la maison d'Itachi. Le contrat avait déjà été modifié auprès de la vieille dame propriétaire des lieux et Ino l'avait prévenue quelques jours auparavant qu'ils auraient probablement terminé plus tôt. Quant à la boutique, elle avait fini par fermer trois semaines plus tôt, rapatriant ses plantes à Komoko dans l'idée de s'y implanter si elle avait envie un jour de reprendre son activité de fleuriste. Les lieux avaient déjà été reloués à un marchand d'épices d'un village voisin cherchant à ouvrir une deuxième boutique, une des conquêtes malheureuses de la fervente romantique en question d'après Ino. Elle lui avait confié avoir eu un pincement au cœur en voyant la nouvelle devanture, mais c'était son choix et elle ne le regrettait pas.

Elle passa faire ses adieux à la vieille dame tandis qu'Itachi finissait de nettoyer la plomberie de la salle de bain. Elle revint environ une heure plus tard, les yeux légèrement rougis par les larmes et tenant un petit objet.

Curieux, il finit de sceller les derniers effets de la jeune femme et se rapprocha d'elle. C'était un suehiro, un éventail rituel offert aux mariés pendant leurs noces. Ino redressa la tête et lui sourit.

« - Elle m'a dit que c'était pour te convaincre d'officialiser les choses. »

Il sourit à son tour et elle déplia l'éventail. Il était très beau, recouvert d'une peinture dorée qui étincelait sous les rayons du soleil et contrastait avec les motifs d'oiseaux blancs en vol. Elle le lui tendit et il eut le loisir de l'observer de plus près. C'était un très beau cadeau, probablement cher, aussi. Il le lui rendit mais garda sa main sur la sienne.

« - Est-ce que c'est possible ? »

Ino rougit et resta silencieuse un moment, le regard fixé sur l'éventail et leurs mains liées.

« - J'imagine que oui. Il faudrait probablement mettre le prêtre sous Genjutsu, par contre. »

Itachi fit la moue, considérant l'idée. Une partie très traditionnelle de son esprit aurait voulu au moins un membre de chaque famille pour une cérémonie officielle en bonne et due forme, mais une autre partie, plus primitive, aimait bien le concept de marquer physiquement leur lien.

Une autre pensée lui traversa l'esprit. Quelque chose de pratique, et, d'après ce qu'il avait lu, relativement romantique.

« - Un sceau ? »

Elle leva les yeux vers lui, confuse un moment, puis compris où il voulait en venir et sourit. Une marque indélébile de leur engagement, c'était une belle idée.

« - Oui. »

Ils se fixèrent un moment, puis la réalité reprit le dessus. Ils récupérèrent les parchemins contenant tout ce qu'avait été sa vie à Misawa et prirent la route de Komoko, où leur future salle de bain les attendait.

En chemin, Ino pleura.