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Komoko : Chapitre 15
Dans leur nouveau logement à Komoko, Ino et Itachi venaient juste de finir de monter la cuisine. La salle de bain la veille avait été plus simple, toute la plomberie ayant déjà été installée au préalable, mais la jolie brune avait cru devenir folle devant les instructions vagues et les pièces en trop qui accompagnaient les meubles qu'ils avaient choisi.
Elle jeta un regard à son compagnon, qui venait de se servir un verre d'eau. Il faisait de plus en plus d'efforts pour s'ouvrir à elle, et chaque petit pas de plus réchauffait son cœur. Elle avait appris à le connaître, et à le comprendre, elle n'avait pas besoin qu'il vocalise quoi que ce soit pour qu'elle comprenne ce qu'il ressentait et la direction qu'avaient prises ses pensées. Mais savoir qu'il faisait volontairement cet effort ? Qu'il essayait si dur, juste pour lui faire plaisir ? C'était un sentiment incroyable.
Elle s'approcha de lui et l'entoura des ses bras, sentant son omoplate bouger contre son crane alors qu'il reposait son verre d'eau. Depuis qu'ils avaient croisé les ninjas de Konoha, elle ne pouvait s'empêcher de vouloir être prêt de lui à tout moment, comme si à chaque instant ils pouvaient surgir d'un fourré et l'entraîner loin de celui qu'elle aimait. Elle renifla et le regretta instantanément.
« - Bain ? »
Il se retourna, haussant un sourcil intéressé, et elle se rendit compte qu'elle était trop fatiguée pour avoir la décence de rougir. Elle lui prit la main en lui jetant un regard à allumer un brasier, considérant désormais une toute autre idée que le simple barbotage qu'elle avait envisagé au départ et l'entraîna jusqu'à la salle de bain nouvellement équipée, où ils se nettoyèrent sous la douche quelques minutes avant de se glisser dans la grande baignoire qu'ils avaient justement choisi pour pouvoir y entrer à deux.
Elle soupira de bien être, profitant de l'eau chaude. Finir les travaux aussi rapidement l'avait épuisé, et elle avait toujours des difficultés à dormir. Tout ce qui se passait, le départ de Sasuke, l'arrivée des ninjas de Konoha, l'emménagement, les adieux avec Hanae, l'idée désormais sérieusement évoquée d'épouser Itachi ? C'était comme un tourbillon de pensées, d'idées, de sentiments qu'elle n'arrivait pas à calmer. Tout allait beaucoup trop vite, et même si certaines choses étaient plaisantes, le rythme de changements soutenus qu'elle subissait ces derniers jours était majoritairement stressant et désagréable.
Une partie d'elle se sentait acculée, et lui faisait considérer les scénarios les plus extrêmes pour se sortir de cette situation. Qui était-elle prête à voir souffrir, si cette souffrance était inévitable ? Qui était-elle prête à voir mourir, si c'était la seule solution ?
Elle ferma les yeux, refusant de considérer la question, et laissa la chaleur détendre ses muscles à défaut de son esprit. Une autre question, bien plus innocente, lui traversa l'esprit et elle sentit comme une bouffée d'air frais emplir ses poumons.
« - A propos de ces sceaux ?
- Oui ?
- Où est-ce qu'on les placerait, et qu'est ce qu'on ferait ? »
Il y avait apparemment réfléchi plus qu'elle, parce qu'il avait déjà une idée sur la question. Il posa son index sur son torse et elle sourit. Le cœur. C'était extrêmement mignon.
« - Je pensais à un sceau de localisation. »
Elle hocha la tête, ce serait pratique, et terriblement romantique aussi, de pouvoir toujours se retrouver peu importe la situation. Elle se rapprocha de lui, silencieuse, et déposa un baiser à l'emplacement de son cœur, puis redressa la tête et ravit ses lèvres. Il avait les oreilles écarlates, les joues rosées et le regard troublé. Parfait.
Ça faisait un moment qu'ils n'avaient rien fait. Les derniers jours avaient été stressants et fatigants, leur laissant peu d'énergie pour s'adonner à l'une de leurs occupations favorites. Il était temps d'y remédier.
Ino passa sa main dans les longs cheveux sombres du grand brun jusqu'à atteindre sa nuque et l'attira dans un nouveau baiser, soupirant en sentant ses bras puissants se refermer autour d'elle.
Quelques minutes plus tard des gerbes d'eau éclaboussèrent impitoyablement le carrelage neuf.
Ça lui avait manqué.
Ils avaient rendez vous chez Rina dans la soirée pour le dîner qu'ils avaient décalé, et après avoir batifoler quelques heures dans l'eau, ils finirent par se décider à sortir de la baignoire, fripés comme des prunes trop mûres mais détendus et heureux au moins pour quelques heures.
Ils commençaient juste à réaliser qu'ils étaient chez eux.
Ils passèrent le reste de l'après midi à installer leurs quelques possessions dans la maison. Ino trouva une robe et une cape qui feraient parfaitement l'affaire pour le soir même, et Itachi rangea avec satisfaction ses vêtements dans sa commode, dans leur chambre.
L'idée, encore saugrenue quelques mois auparavant, qu'il ait son propre chez lui acheté avec son propre argent, gagné de manière honnête, et rénové à la sueur de son front l'emplissait d'une grande fierté. Pour la première fois de sa vie il avait atteint un but qu'il s'était fixé lui même sans avoir à recourir à une quelconque forme de violence. Il lui semblait que c'était un passage important, quelque chose qu'il devait accomplir pour faire dérailler sa destinée et l'aligner avec ses convictions. Fini le meurtre, la guerre, la torture ! Cette maison marquait le début d'une nouvelle ère pour lui, un chemin plus paisible, moins tourmenté.
Un chemin qu'il n'arpenterait pas seul.
Il jeta un coup d'œil par le shoji ouvert et vit qu'Ino était dans le jardin, s'occupant des plantes sous le regard attentif de quatre corbeaux posés près d'elle. Ils avaient toujours eu tendance à graviter autour de lui, et depuis qu'Ino avait décidé de commencer à les nourrir lorsqu'elle travaillait sur la maison avec lui ils n'étaient jamais loin d'elle quand elle jardinait. Il trouvait ça tout à fait charmant, pour être honnête. Il contempla le spectacle un moment, laissant échapper un soupir amusé quand il se rendit compte qu'elle parlait aux oiseaux.
Ils avaient décidé de réaliser leur petite cérémonie personnelle avec l'encrage de sceaux le lendemain. Itachi avait déjà les traits en tête, mais il voulait qu'ils soient sûrs de leur choix, et il savait qu'Ino avait besoin de ralentir l'allure sur les décisions importantes.
Tout s'était enchaîné très vite ces derniers jours, l'arrivée des ninjas de Konoha précipitant leurs plans, et la pression que leur présence mettait sur la jeune femme était puissante. Elle était tendue, nerveuse et elle dormait mal, s'agitant parfois même dans son sommeil. Elle avait peur qu'ils les trouvent, peur qu'il les tue, peur qu'ils la ramènent à Konoha, peur qu'il les pourchasse, peur que Sasuke s'en mêle, peur qu'ils devinent qui il était et lancent une armée d'ANBUs à leurs trousses. Peur, peur, peur. C'était rare ces jours ci qu'elle soit aussi relâchée, et même l'état de bien être qui suivait en général leurs moments d'intimité ne durerait pas assez longtemps pour l'apaiser durablement.
Il s'approcha silencieusement d'elle, amusé par la concentration qu'il lisait sur son visage, et l'observa quelques secondes. Il semblait que le jardinage avait le même pouvoir relaxant sur elle que la cuisine avait sur lui, ses traits étaient détendus, ses yeux fixés sur le parterre sur lequel elle travaillait, des iris frangés si il avait bien retenu ce qu'elle lui avait expliqué lorsqu'elle les avait planté. Elle les préparait pour endurer la partie la plus rude de l'hiver, comme elle l'avait fait pour le reste du jardin. C'était une plante solide, mais elle voulait s'assurer que sa première floraison soit incroyable et tenait à en prendre le plus grand soin.
Elle sursauta en le sentant soudain près d'elle et se retourna vers lui, souriante, déposant un baiser rapide sur ses lèvres étirées dans un sourire amusé.
« - Itachi...
- Comment vont les iris ?
- Plutôt bien, ils tiennent le coup pour le moment. J'espère... »
Son regard se perdit dans le vide un moment et il fronça les sourcils. Ses yeux s'humidifièrent mais elle sourit, passant son poignet sur ses paupières pour effacer toutes traces de son trouble.
« - J'espère être là au printemps prochain pour les voir fleurir.
- Ino... »
Il l'attira dans ses bras et passa une main qu'il voulait réconfortante dans son dos. Il lui murmura qu'il était sûr qu'elle serait là et qu'elle verrait les iris, qu'il ferait le nécessaire pour préserver ce qu'ils avaient construit et qu'il ne laisserait personne les séparer. Contre lui, les épaules secouées de sanglots, les larmes de la jeune femme trempaient son tee shirt.
« - Il faut que je te parle. »
Elle leva les yeux vers lui et son regard bleu était déterminé.
Rina sentit que quelque chose clochait dès la première minute suivant l'arrivée d'Akira et Hineko. La mâchoire de la jeune femme était crispée, et Akira semblait encore plus perdu dans ses pensées qu'à son habitude.
Elle leva les yeux au ciel et remercia les dieux pour l'absence d'Aoi. Son père était en ville, pour une fois, et sa paresseuse de mère avait insisté pour qu'il fasse à manger. Ils s'installèrent dans la cuisine et Akira commença à préparer leur repas sans décocher un mot. Maintenant légèrement agacée, Rina sentit une veine pulser sur son front et déposa avec violence une bouteille de vin de prune sur la table avant de s'en servir un grand verre. Hineko fit de même et le vida d'une traite.
« - Qu'est ce qu'il a fait ? »
Le grand brun se retourna, incrédule, et commença une réponse. Elle le coupa d'un signe de main agacé accompagné d'un claquement de langue sonore, puis se tourna vers Hineko, le sourcil levé.
La jeune femme sembla peser le pour et le contre. Rina la regarda élaborer son mensonge avec intérêt. Elle n'aurait pas la vérité, mais un bon mensonge devait s'en rapprocher pour être crédible, elle devrait se baser sur les faits.
« - C'est moi, le problème.
- Continue.
- On voudrait... on voudrait se marier, mais il y a quelque chose que je dois faire avant, et ça complique les choses.
- Tes parents ? »
Hineko lui jeta un regard surpris et elle se resservit un verre. Bingo.
Elle n'avait révélé que ce qu'elle voulait, bien sûr, mais au vu du regard peu amène que lui avait adressé Akira, elle n'était pas allée chercher bien loin.
Un mariage ? Peu étonnant, ils étaient en couple plus ou moins officiellement depuis un moment, passaient presque tout leur temps ensemble et allaient emménager dans la maison près des bois, c'était l'étape suivante. Elle retint un sourire narquois. Pauvre Hineko, elle lui souhaitait bien du courage. Cette petite avait une patience d'ange, vraiment, et un certain don pour rendre le grand brun accessible au commun des mortels. Depuis qu'ils s'étaient rencontrés il était bien moins mystérieux, et s'il gardait une part d'ombre qu'elle devinait du à un passé sordide, quand il était avec elle il semblait s'illuminer de l'intérieur.
En lui jetant un regard elle s'aperçut que ses doigts étaient anormalement serrés sur ses ustensiles et sa posture crispée. Il avait peur.
Cette fois-ci elle ne put contenir son expression amusée et susurra à voix basse.
« - Je comprends pourquoi il boude. Toujours se méfier des beaux parents.
- Mon père ne rejettera pas cette relation. C'est ce qu'il a toujours voulu ! Que je sois heureuse ! »
Akira eut une espèce de reniflement qui sous entendait sans subtilité qu'il doutait de ses propos et termina de préparer le dîner, les épaules tendues. Hineko détourna la tête, contemplant avec une attention feinte l'étiquette de la bouteille de vin, tentant visiblement de deviner si il était acceptable ou non de se servir de nouveau.
Rina la servit, s'attirant un regard surpris de la part de la jeune femme. Elle haussa une épaule et but une gorgée de son propre verre.
« - A l'époque je n'étais pas assez bien pour mon mari non plus. L'idiot ne s'en est jamais plaint, et après quelques années tout le monde a finit par s'y faire.
- Et ses parents ?
- Ils sont morts. »
Le grand brun déposa les plats sur la table et s'assit, l'air soudainement intéressé. Hineko lui donna un coup sous la table qui le fit grimacer.
« - Ne soit pas lâche ! Il n'est pas si terrible, et nous sommes tout à fait capable de nous comporter comme des adultes, n'est-ce pas ? »
Il hocha la tête à contrecœur et ils commencèrent à manger, l'ambiance était pesante mais, pour être honnête, Rina trouvait ça plutôt mignon. Un peu agaçant, mais mignon. Peu importait en réalité qu'Akira soit digne ou indigne de Hineko, son père allait forcément être méfiant, peut être même inquisiteur avant de décider si oui ou non cet inconnu méritait la main de sa fille. Elle même aurait du y penser à deux fois avant de laisser faire Mikio quand il avait commencé à courtiser cette gourgandine paresseuse qu'il avait fini par épouser. Son angoisse paraissait néanmoins un peu plus marquée qu'elle n'aurait du l'être. Est-ce qu'il connaissait le père de Hineko ? Est-ce que c'était pour ça qu'il paniquait ?
Se décidant à briser le silence de plomb, elle choisit de leur changer les idées et commença la destruction verbale méthodique de toutes les personnes qu'elle avait croisé aujourd'hui, ajoutant quelques commentaires de son cru pour ponctuer ses anecdotes.
Sa fille fut sa première victime. Sayuri s'était acoquinée d'un fermier myope d'un village voisin et s'en était vantée au marché. La pauvre enfant se contentait de peu ! Elle avait semblé si satisfaite d'elle même, le dos droit et le regard fier, que Rina avait retenu ses moqueries, pour une fois. Malheureusement pour elle et sa charmante histoire d'amour, ses quelques minutes de gloire avaient été totalement éclipsées par les méfaits de son propre frère.
En effet, le boucher du village avait été trouvé dans l'étable de son fils en sa compagnie la veille, roulants dans le foin non sans passion et couverts de sang de chèvre, et bien entendu tout le village ne parlait plus que de ça.
Elle avait également croisé Natsumi dans l'après midi et la vieille bique l'avait informé avec un petit sourire entendu du décès scandaleux d'un relativement riche propriétaire de la région, laissant derrière lui une veuve joyeuse et un fleuriste comblé. Les fleuristes ! C'était toujours les fleuristes !
Hineko fronça les sourcils, peu satisfaite de son commentaire sur sa profession, mais passa outre et lui demanda plus d'information sur cette histoire de chèvre. Elle s'exécuta avec un plaisir non feint. D'après Mikio, qui était en quelque sorte la police locale lorsqu'il ne patrouillait pas les environs, le boucher en question avait un penchant pour les hommes, et son petit frère un penchant pour tuer des chèvres. Souhaitant conquérir le nouvel élu de son cœur le boucher lui avait donc rapporté une tête tout juste tranchée d'une dépouille qu'il préparait pour le magasin, et son cadeau avait eu l'effet escompté. Après une première nuit pleine de folie il était revenu quelques jours plus tard avec une autre tête, puis une autre et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'un employé de la boucherie s'étonne de voir les chèvres ainsi mutilées et le prennent en filature. Découvrant le pot au rose il avait ensuite répandu la nouvelle au village, racontant toute l'histoire à qui voulait bien l'entendre, et depuis les commérages allaient bon train.
La jeune femme lâcha quelques exclamations de surprise et rit lorsque Rina lui décrit comment le boucher avait pris la fuite après avoir été découvert, nu comme un vers et décoré d'une quantité copieuse de sang de chèvre, semant la panique au village. Son fils n'avait pas semblé plus affecté que ça par la découverte de son petit secret, mais le pauvre enfant n'avait jamais eu toute sa tête et ne parlait pas vraiment, ce qui ne rendait pas l'évaluation aisée. Pas qu'elle en ait quelque chose à faire, mais Mikio avait semblé au désespoir en lui racontant l'histoire, tremblant encore sous la honte infligée par les frasques de son cadet.
Satisfaite d'avoir détendu l'atmosphère, Rina leur demanda ensuite comment s'était passé leur petite sortie à Yamatai et si ils avaient déjà pu tout monter. Akira haussa une épaule avec un petit sourire heureux et Hineko sourit, amusée.
« - Akira adore la baignoire. »
Rina but une gorgée de vin pour dissimuler son éclat de rire et faillit s'étouffer en voyant les oreilles du grand brun prendre une teinte rosée caractéristique. Elle échangea un regard complice avec la jeune femme et décida d'en remettre une couche.
« - J'aurai pourtant parié sur la cuisine, je me demande bien ce qui suscite un tel intérêt. »
Il lui jeta un regard noir pendant que la brune s'esclaffait. Elle posa une main sur son bras, le sortant de son mutisme boudeur, puis lui sourit en remettant une de ses mèches de cheveux derrière son oreille avec tendresse.
« - Il prend notre hygiène très à cœur. »
Akira leva les yeux au ciel tandis que Rina, ne tenant plus, lâchait un éclat de rire sonore. Plus le temps passait, plus elle appréciait Hineko. Elle avait un côté un peu piquant qui la rendait supportable malgré le fait qu'elle paraissait être l'incarnation de l'héroïne de tous les contes pour enfants qui terminaient correctement. Elle était gentille, avait de longs cheveux brillants, un sourire éclatant, une plastique agréable et même un prince charmant. Si elle n'avait pas été aussi amusante, elle aurait probablement craché dans son verre plus d'une fois.
« - Tu penses reprendre en tant que fleuriste au village ?
- Je ne sais pas. J'ai une formation médicale, et j'ai cru comprendre qu'il n'y avait pas vraiment de médecin au village. Je sais également préparer les remèdes.
- Ce serait une addition appréciée. Nous devons aller jusqu'à Misawa pour chercher des traitements quand il y a des malades, Sayuri n'a jamais réussi à préparer autre chose que des tisanes immondes.
- Je vais y réfléchir. Il me faudrait un local et une serre pour les plantes médicinales, et je suis sûrement rouillée.
- Sayuri peut partager sa boutique, je crois qu'en plus avec son histoire de fermier elle n'a pas forcément l'intention de rester au village encore bien longtemps.
- Merci Rina. »
La vieille dame sourit. Ils l'attendrissaient, tous les deux.
Elle qui se targuait d'être la plus mauvaise femme de la contrée ! Elle finit son verre, se maudissant d'être devenue si douce. Elle perdait la main c'était clair ! Si ça s'ébruitait sa réputation allait en prendre un sacré coup. Elle se promit d'aller faire un tour au marché le lendemain et de rectifier le tir. Elle était Rina Tsuchiko, la mégère en titre de Komoko, et elle ne se laisserait pas domestiquer par deux ninjas qui avaient probablement déserté leur village et trahi le pays du Feu, même si ils étaient très mignons ensemble !
Akira, jusque là silencieux, se tourna vers la jeune femme.
« - Tu souhaites toujours... ?
- Oui. Mais à notre retour, j'y penserai. Ce serait agréable de rendre service aux gens, et je suis un peu fatiguée de certaines clientes. »
Il sourit, apparemment dans la confidence, et se leva pour débarrasser la table. Rina lui arracha les assiettes des mains, agacées, et les mit à la porte.
« - On en reparlera. Filez maintenant, vous avez encore toute une maison à inaugurer. »
Elle ponctua son sous entendu par un clin d'œil grivois. Hineko lui sourit et la remercia encore. Définitivement bien trop polie, celle là ! Foutues bonnes manières ! Akira se contenta d'un demi sourire et lui dit qu'il ne passerait pas le lendemain mais serait de retour le jour suivant. Elle hocha la tête et les raccompagna jusqu'à la porte.
Elle resta un moment devant le seuil, les regardant s'éloigner, puis soupira et monta se coucher.
Si son mari avait été là, il les aurait probablement beaucoup aimé lui aussi.
Ino plongea son regard dans celui d'Itachi, reposant son pinceau.
Ils étaient assis face à face, nus, et couverts d'encre. Ils venaient de terminer de tracer la matrice du sceau qui allait les unir pour le reste de leur vie, il ne restait plus qu'à l'activer. Elle espérait que ça allait marcher. Le Fuinjutsu n'était pas un art dans lequel elle était versée, contrairement à Itachi, et elle était terrorisée d'avoir raté une ligne.
Il hocha la tête et ils collèrent la paume de leurs mains. Il lui semblait que leurs chakras chantaient, et après quelques secondes d'hésitation elle en envoya une petite partie vers Itachi et le sentit faire de même. C'était étrange, de sentir son chakra en elle. Il était sombre comme une nuit sans lune, plus froid que le sien, mais il lui semblait qu'il était aussi doux qu'un lac tranquille. Elle sentit les tracés s'illuminer sur sa peau, leur caresse brûlante était surprenante mais pas vraiment désagréable. En face d'elle le corps de son amant brillait lui aussi, les lignes sombres s'illuminant de rouge et commençant à bouger sur sa peau. Comme il le lui avait dit lorsqu'ils avaient revu la procédure elle plaqua sa seconde main sur son cœur et envoya une deuxième pulsation, complétant le sceau. Il fit de même et elle sentit une douleur inconfortable quelques secondes avant que les tracés ne disparaissent presque complètement, ne laissant que quelques caractères presque indéchiffrables formant trois lignes courbes disposées à égales distance, leurs extrémités se rejoignant en formant un cercle répétant les trois mêmes kanji presque illisibles trois fois : le premier représentait la paix, le second la passion et le dernier, son préféré, signifiait « être exaucé ».
Elle sourit et traça le sceau identique arboré par Itachi.
« - Ça a fonctionné ?
- Je crois, nous devrons faire des tests.
- Quand ?
- Il faudra au moins une journée avant que le sceau se stabilise complètement, demain. »
Elle acquiesça et l'attira contre elle. Elle savait qu'il était toujours mécontent de leur discussion de la veille, il n'avait pas réussi à lui faire changer d'avis et avait du accepter à contre cœur sa proposition. Elle savait aussi qu'il avait passé la nuit entière à retravailler leurs sceaux afin de leur donner de nouvelles fonctions, et qu'il était épuisé.
Elle l'entendit soupirer contre son épaule et sourit, attendrie, avant de glisser une main experte dans ses longs cheveux sombres jusqu'à atteindre ses épaules nouées, sentant ses muscles se délier sous ses caresses. Elle même sentait la fatigue s'insinuer dans chaque cellule de son corps. Le rituel était trop avancé pour elle, elle n'avait pu le réaliser que parce qu'il l'avait guidé pour chaque étape, mais il avait consommé une grande partie de son chakra, la laissant affaiblie mais heureuse.
Après quelques minutes ils se décidèrent à sortir du cercle d'encre et de sel qu'ils avaient tracés dans le salon et prirent une douche rapide avant de rendre les armes et de se remettre au lit. Elle vint aussitôt se nicher contre lui, profitant de sa chaleur tandis que le sommeil commençait à engourdir ses sens. Elle lui murmura qu'elle l'aimait puis abandonna la lutte et perdit conscience.
Il soupira et lui dit dans un souffle qu'il l'aimait aussi, mais elle était déjà endormie.
Il était inquiet.
Quand Ino lui avait exposé son plan il l'avait d'abord rejeté, refusant les risques qu'il représentait, mais elle avait insisté, il y avait réfléchi et c'était une solution viable, peut être une des seules. Il avait accepté la mort dans l'âme, mais ça ne l'avait pas empêché de préparer une issue de secours. Un moyen si tout tournait mal, si leur tactique échouait, de faire en sorte que tout rentre dans l'ordre. La seule variable inconnue était Ino. Comment allait-elle réagir ? Une fois face aux événements allait-elle réussir à aller au bout de son idée ?
Il passa une main distraite sur son torse, sentant contre son cœur la pulsation douce du chakra d'Ino dans le sceau. Elle s'était admirablement bien débrouillée pour une novice, et il avait aimé la sensation de son chakra lorsqu'il était entré en lui durant le rituel, chaud et froid à la fois, presque un peu pétillant. Il lui rappelait les orages d'été, quand le tonnerre grondait et que la pluie rafraîchissait l'air brûlant. L'idée d'avoir toujours une partie de cette énergie près de lui était étrangement réconfortante. Leur lien dépassait désormais leurs simples sentiments partagés, il serait toujours là peu importe les événements. C'était une marque de confiance, et une promesse. Quel que soit leur futur, leurs destins étaient désormais liés à jamais.
Il sourit en sentant le corps de la jolie brune bouger dans son sommeil pour se rapprocher de lui et sentit ses paupières se fermer d'autorité.
Demain il saurait si le sceau était fonctionnel, et ils mettraient en place les premières étapes du plan d'Ino.
Sakura but une gorgée de thé brûlant et grimaça en sentant le liquide brûler sa gorge.
Ils étaient attablés dans un café de Misawa, profitant d'une pause bien méritée dans leurs recherches pour se réchauffer. L'hiver était frais, même si les températures étaient supportables, et c'était agréable de passer quelques minutes à l'intérieur après avoir arpenté la forêt en vain toute la matinée.
Ça faisait maintenant quatre jours depuis qu'ils avaient discuté avec Hanae, et elle commençait à sentir la frustration monter en elle. Ino était introuvable. Ils n'avaient trouvé aucune trace d'elle dans les villages alentours, malgré les talents de Yugao et le Byakugan de Neji. C'était désespérant, vraiment, elle avait l'impression de chasser un fantôme.
Jetant un œil à Shikamaru, elle sentit ses lèvres se plisser dans une moue inquiète. Il avait l'air sombre et semblait abattu. Il leur avait confié plus tôt que c'était la première fois que la jeune femme avait réussi à leur échapper si longtemps, et pourtant lors de leurs dernières missions il n'avait pas d'aussi bons ninjas pour l'épauler. Ino avait apparemment pris des cours accélérés en dissimulation, ou avait une chance incroyable.
Ses dents se serrèrent. Sa meilleure amie lui manquait. Après la désertion de Sasuke elle avait eu beaucoup de mal à se remettre sur pieds, à oublier sa peine. Ino avait été là pour elle malgré leur rivalité, elle l'avait aidé, avait passé de longues soirées avec elle à parler de Sasuke, de leur futur, de ce qu'elles attendaient de la vie. La blonde était la seule personne en qui elle pouvait se confier vis à vis de Sasuke, la seule qui l'écoutait sincèrement, sans vouloir lui imposer une opinion sur le sujet. Naruto était immédiatement en colère, Kakashi esquivait les discussions, et elle n'oserait jamais aborder le sujet avec Tsunade.
Ses sentiments amoureux avaient fini par presque disparaître avec les années. Malgré tout l'attachement qu'elle ressentait pour lui en tant qu'ancien coéquipier, Sasuke était un traître, et même si Naruto réussissait à le ramener au village, Sakura ne pourrait plus jamais lui faire confiance. Lorsqu'elle l'avait revu quelques mois auparavant elle avait été choquée de l'étincelle sombre qui brillait dans ses yeux. On aurait dit que toute humanité l'avait quitté, et il ne restait qu'une coquille froide, sans émotions. L'individu qu'il était devenu lui faisait froid dans le dos.
Reprenant une gorgée de thé, la jeune femme tenta de chasser Sasuke de ses pensées. Ino l'avait soutenu, pendant cette phase difficile, et même si elles s'étaient éloignées par la suite, elle avait le sentiment que leur amitié était solide.
Elle se rappelait d'elle, deux ans auparavant, lui confiant avec amertume qu'encore une fois de plus Asuma, Shikamaru et Choji avaient été envoyé en mission sans elle. Elle l'avait réconforté, lui avait dit qu'elle aussi se sentait seule depuis le départ de ses deux coéquipiers. Ino avait eu un sourire triste et s'était excusée, elle se sentait coupable de se plaindre de sa situation en sachant ce que Sakura avait vécu.
Lorsqu'elles s'étaient imaginées ce que serait l'avenir parfait, Sakura se voyait mariée avec un Sasuke repenti, succédant à Tsunade à la tête de l'hôpital, et peut être avec un ou deux enfants. Ino lui avait dit qu'elle l'enviait, quelque part, qu'elle aussi voulait rencontrer l'amour, le vrai. Elle souhaitait un futur où ils étaient en paix, où il n'y aurait plus besoin de ninjas et où elle pourrait vivre une vie paisible en compagnie de l'homme qu'elle aimait.
Sakura laissa échapper un soupir, s'attirant les regards du reste de l'équipe, et les rassura d'un sourire un peu forcé. Pour ce qui lui semblait être la millième fois depuis qu'elle avait discuté avec Hanae, elle se demandait si ils étaient vraiment en train de faire quelque chose de bien.
Ino avait l'air d'avoir trouvé son futur idéal, ici. D'après les témoignages de toutes les personnes qui la connaissaient ne serait-ce que de vue elle était heureuse, et complètement raide amoureuse d'un garçon qu'elle avait rencontré sur place.
Son devoir envers Konoha lui rappela qu'Ino avait abandonné le village, qu'ils avaient besoin d'elle, qu'elle ne pouvait pas laisser ses sentiments se mettre en travers de leur mission. Mais la partie d'elle qui était l'amie d'Ino, pas la kunoichi, lui susurra qu'elle trahissait son amie et piétinait ses choix. Sakura la renvoya au fond de son esprit. Ils n'étaient même pas sûre qu'elle soit heureuse ! Elle était en compagnie d'un ninja inconnu au niveau supérieur au sien, un ennemi. Il pourrait lui faire n'importe quoi ! La séquestrer, la forcer à agir comme si tout allait bien, l'empêcher d'aller demander de l'aide, la liste était sans fin. Ino n'était peut être pas en sécurité, et avant de l'abandonner à l'ennemi elle devait en être sûre.
Sa détermination retrouvée Sakura vida sa tasse d'une traite.
« - On y va ? »
Shikamaru hocha la tête et les quatre ninjas quittèrent le café, reprenant leurs recherches dans la forêt autour de Misawa en tandem, décrivant des cercles concentriques autour de la ville, Shikamaru et Neji à l'est, Yugao et Sakura à l'ouest.
Après de longues heures de recherche Yugao lui fit signe de la rejoindre.
« - Le chakra de Neji vient de disparaître, je pense qu'ils ont trouvé quelque chose. »
Les deux jeunes femmes partirent sur le champ, sautant de branches en branches jusqu'à atteindre la dernière localisation de Neji et Shikamaru. Ils les attirèrent un peu plus loin, vers une clairière dégagée. Sakura s'apprêtait à leur demander pourquoi lorsqu'elle l'aperçut.
Ino.
Elle était brune, mais ses traits étaient reconnaissables entre tous. Elle était agenouillée au sol, un panier près d'elle, et ramassait des narcisses. Son amie avait l'air concentré qu'elle prenait lorsqu'elle était près des fleurs et ne paraissait pas les avoir repéré.
Ils se regroupèrent à quelques centaines de mètres de là pour être hors de portée de voix.
« - Que fait-on, Shikamaru ? Elle est seule, je ne détecte aucun autre chakra aux alentours. On aura peut être pas une autre occasion.
- Est-on prêt à courir le risque de ne pas en savoir plus sur le complice ?
- Si ils sont sous couverture on aura pas d'aperçu de ses capacités de toute façon.
- Shikamaru ? »
Le Jonin, resté silencieux durant la discussion entre Yugao et Neji, soupira.
« - On tente notre chance maintenant. »
Ils acquiescèrent et prirent la direction de la clairière. Shikamaru et Sakura encerclèrent la jeune femme tandis que Yugao et Neji restèrent dissimulés, au cas où ils auraient besoin de renforts.
Ino leur jeta un regard surpris et se redressa, abandonnant la fleur qu'elle venait de cueillir pour prendre une position défensive.
« - Ino.
- Sakura, qu'est ce que tu fais là ?
- Tsunade m'a demandé d'accompagner Shikamaru. On nous a chargé de te ramener à Konoha.
- Pourquoi ? Pourquoi gâcher autant de moyens pour moi ?
- Ino ! Tu est importante, pour nous ! Pour moi !
- Mais pas pour Konoha. Je sais très bien ce qui m'attend si je me rends. Tu ne lui as pas dit, Shikamaru ? »
Sakura tourna la tête et vit que Shikamaru avait baissé les yeux.
« - Je vais me faire torturer jusqu'à ce que je rentre dans le rang, puis je vais devenir madame Nara. Je n'irai plus nulle part sans escorte. Je n'aurai plus jamais de travail, je ne pourrai même pas élever les enfants qu'on m'imposera d'avoir. N'est ce pas vrai, Shikamaru ?
- Ino... Ça ne se passera pas comme ça, je ne l'accepterai jamais.
- Parce que tu crois qu'on va te laisser le choix ? J'ai déserté Konoha, si tu n'acceptes pas leurs conditions je serai exécutée pour trahison. Aucun autre clan ne voudra d'une traîtresse. »
Les paupières de Shikamaru étaient baissées, et la respiration de Sakura se coupa dans sa poitrine tandis qu'elle considérait sa meilleure amie. C'était vrai ! Se sentant soudain nauséeuse, elle dut s'appuyer contre un arbre pour retrouver une contenance.
« - Ino, il n'y a pas que ça. On a peur pour toi.
- Peur ?
- Shikamaru nous a dit que tu n'étais pas seule, la dernière fois.
- J'ai rencontré quelqu'un.
- Est-ce que tu es sûre que tu peux lui faire confiance ?
- Oui ! »
Sakura s'apprêtait à lui demander plus de détails mais Shikamaru lui coupa la parole. Sa mâchoire était crispée et ses yeux jetaient des éclairs. Il était en colère. Ils allaient se battre, c'était sûr. Sakura soupira doucement, elle avait espéré qu'ils n'en arriveraient pas là, tout ça lui rappellait de mauvais souvenirs.
« - Et on doit te croire ? Qu'est ce qui nous dit que tu ne révèles pas nos secrets à un ennemi ?
- Si c'est ce que tu crois, Shikamaru, alors je ne vois même pas pourquoi tu ne m'abats pas directement. Après tout, c'est le sort réservé aux personnes comme moi, à Konoha. »
L'héritier Nara fit quelques mudras et son ombre s'allongea. Ino, semblant elle aussi décider qu'ils avaient assez discuté, couru vers lui, esquivant sa technique, et lui asséna un coup retentissant au visage. Le combat dura quelques minutes, la jeune femme tenant étonnement bien le rythme du Jonin, puis Neji se glissa derrière elle et la plongea dans l'inconscience.
Shikamaru avait la respiration courte, il était couvert de blessures, et sa pommette était cassée.
Sakura le soigna rapidement puis fit de même avec Ino, lui injectant une drogue leur permettant de la garder sédatée jusqu'à ce qu'ils soient rentrés. Elle était troublée par ce qu'elle avait entendu, et retournait les mots d'Ino dans sa tête. Était-ce vrai ? Est-ce que Tsunade allait être aussi dure avec la jeune femme ? Est-ce qu'elle allait être torturée ?
Et qu'est ce que c'était que cette histoire avec Shikamaru ? Ils devaient se marier ? Ils n'allaient pas du tout ensemble, et dans ses souvenirs Shikamaru avait un petit béguin pour la grande sœur du Kazekage, Temari. Pourquoi épouser Ino ? Était-ce une union imposée par leurs clans ? Rien de tout ça n'était logique.
Ils se mirent en route, ne perdant pas une minute de peur de devoir combattre le complice d'Ino, et ne virent pas le corbeau décoller de la branche où il était perché, surplombant la clairière.
