Merci pour vos reviews ! J'ai coupé ce chapitre en deux donc il est plutôt court désolé.
Shioya : Chapitre 27
Le jour même de la prière de Sakura, et le troisième jour depuis leur arrivée à Shioya, Ino passa la porte de l'auberge. Il était relativement tard et elle rentrait les bras chargés par des sacs contenant bandages, remèdes, vêtements et nourriture. En passant devant le comptoir de l'accueil Ino croisa une nouvelle fois le regard dédaigneux de la gérante, et les pensées qui traversèrent son esprit étaient loin, très loin du pacifisme. Si elle s'écoutait elle la giflerait pour son impertinence avant de lui expliquer le fond de sa pensée, mais elle était une adulte, et elle ne pouvait pas les faire repérer pour quelque chose d'aussi stupide.
La jolie brune passa son chemin la bouche pincée et monta dans la chambre, marmonnant qu'elle ne perdait rien pour attendre, pour y trouver Sasuke et Itachi plongés dans ce qui avait l'air d'être une fascinante partie de Go.
Ils n'étaient pas encore bien remis de leurs blessures, le trajet vers Shioya avait ralenti considérablement leurs progrès et ils avaient tous deux besoin de séances de rééducation pour se réapproprier leurs connexions nerveuses. L'avant bras d'Itachi était toujours insensible, même si sa motricité avait légèrement augmenté, et les deux frères présentaient quelques problèmes d'équilibre ainsi que des maux de tête qui disparaissaient peu à peu.
Elle faisait son maximum pour accélérer leur guérison et les préparer à la chirurgie qu'elle avait prévu pour le lendemain, dépensant son chakra sans compter. Pour que ses efforts soient efficaces elle avait du leur demander de rester confinés à l'auberge avec obligation de se reposer autant que possible et d'éviter les stimulus violents qui aggravaient leurs migraines. Elle avait acheté le jeu de Go pour leur éviter l'ennui et malgré les réticences initiales de Sasuke, il avait l'air d'y avoir pris goût.
Ino rangea ses courses, prépara la zone qu'elle souhaitait utiliser comme table d'opération et mit de l'eau à chauffer avant de poser devant eux les sacs contenant les vêtements.
Elle vit le regard d'Itachi se poser sur le sac, visiblement perplexe, et Sasuke profiter de l'occasion pour tricher. Retenant un sourire elle répondit aux interrogations qu'elle lisait dans son regard.
« - Il vous fallait des vêtements, je sais que tu préfères choisir, mais j'espère que ça ira pour le moment. »
Il esquissa un sourire, apparemment satisfait de son initiative puis fronça les sourcils en découvrant le plateau de jeu arrangé par son frère.
« - Tu as triché.
- N'importe quoi. »
Les frères s'étaient réconciliés durant l'une de ses absences. Elle ne savait absolument pas ce qu'ils s'étaient dit, mais visiblement c'était suffisant pour rendre leurs rapports cordiaux à nouveau, et pour convaincre Itachi de subir lui aussi la chirurgie, mais pas la greffe.
Ils arrêtèrent leur partie ici, Itachi souhaitant remettre les pièces dans la position où elles étaient avant que Sasuke ne triche, et Sasuke prétendant que son aîné avait juste fait un choix malheureux et que revenir en arrière dans leur partie serait une forme de duperie.
Ino se garda d'intervenir, ses yeux brillants d'une étincelle amusée, et attrapa une pomme qu'elle engloutit avec satisfaction avant de s'installer dans le coin de la pièce où elle gardait son matériel médical pour continuer de travailler sur les nouveaux canaux de chakra des deux frères. Itachi avait d'abord refusé toute chirurgie supplémentaire, arguant qu'il était satisfait d'être en vie et ne ressentait pas le besoin d'essayer de récupérer plus de pouvoir, mais après sa réconciliation avec Sasuke il avait subitement changé d'avis et avait accepté avec réluctance de remettre en place des canaux de chakra dans son œil aveugle.
D'après ce qu'elle en avait déduis, l'argumentaire de Sasuke l'impliquait plus ou moins fortement, probablement en tant que demoiselle en détresse potentielle qu'Itachi ne pourrait plus secourir car il n'avait plus accès à certaines de ses techniques.
Ino ne pensait pas que ça le rendait faible. Ils s'étaient habitués à la puissance titanesque développée ces derniers mois, mais d'après ses estimations personnelles et son passif chargé même sans ses deux yeux Itachi restait capable de maîtriser aisément des Jonins, et donc de la « protéger » si le besoin s'en faisait sentir. Et même si ça avait été le cas elle n'avait pas besoin d'un chevalier en armure, elle se débrouillait très bien avant de le rencontrer !
C'était ridicule. Certains garçons oubliaient vite qui payaient pour leurs courses, leur chambre et leurs divertissements.
Ino étant la seule actuellement capable d'utiliser son chakra sans se blesser, elle s'était débrouillée pour gagner une petite fortune sous diverses apparences dans les trois salles de jeu de la ville. Lorsqu'on était ninja, et prêt à être malhonnête, gagner paris, jeux de hasard et parties de cartes n'était vraiment pas si compliqué, même si l'opération lui avait demandé un temps conséquent et une prudence absolue pour éviter les représailles.
Elle leva les yeux au ciel. Elle était loin d'être une demoiselle en détresse, merci beaucoup !
Se reprenant, la brune se recentra sur sa tâche. Les canaux étaient moins matures que ce qu'elle aurait préféré implanter, mais ce serait suffisant, elle pourrait procéder aux opérations le lendemain. Ce seraient de courtes chirurgies, mais il lui faudrait être précise et concentrée. Elle n'aurait pas le bénéfice des sharingans d'Itachi ou de Sasuke pour vérifier la qualité de son travail, pour se simplifier la tâche elle enchaînerait les deux chirurgies et de toute façon, il n'était pas raisonnable pour l'un ou l'autre des garçons d'utiliser le dojutsu. Pas encore.
Ino reposa les flacons de verre dans lesquelles baignaient les canaux et se redressa pour aller s'asseoir autour de la table. Itachi lui tendit une tasse de thé qu'elle accepta avec un plaisir non feint et elle sentit comme une décharge électrique la traverser en effleurant sa main. Suspicieuse elle redressa la tête vers son fiancé, qui haussa un sourcil.
Suggestif.
Elle ferma les yeux quelques instants, calmant son cœur battant. La cohabitation avec Sasuke ne leur laissait pas vraiment de place pour quoi que ce soit d'un peu romantique, et le fait de dormir ensemble tous les soirs n'aidait pas à calmer ses hormones déchaînées. Il fallait qu'elle tienne, il était stupide de se laisser aller, surtout avant une chirurgie risquée. Après, une fois guéris, après ce serait envisageable.
Sasuke se racla la gorge et se servit lui aussi en thé, lançant un regard moqueur à son frère. Il n'avait rien manqué de leur petit échange et avait l'air de trouver les tentatives d'Itachi et les rejets d'Ino hilarants. Il la remercia pour les vêtements puis lui demanda comment se portaient leurs futurs canaux de chakra tandis qu'Itachi se levait pour préparer leur dîner, vexé par la rebuffade de la jeune femme.
Elle pinça sa langue entre ses dents pour étouffer un rire en entendant ses molaires grincer. Sasuke n'eut pas cette courtoisie et elle l'entendit lâcher un soupir amusé. Itachi se raidit plus encore et ne participa pas à la conversation qui suivit, gardant le silence tout le reste de la soirée en arborant une moue outragée qu'elle trouva adorable.
Ils se couchèrent tôt. Ils devaient être aussi reposés que possible pour le lendemain et le nuage de mécontentement qui planait au dessus d'Itachi rendait toute discussion au mieux difficile, Sasuke n'étant pas vraiment un grand bavard.
En dehors des quelques tensions qui crispaient parfois l'ambiance leurs retrouvailles s'étaient bien passées, du moins en apparence. Sous le vernis toutefois, une fois le soulagement intense de les savoir en vie digéré, Ino sentait peser sur leur relation le poids des non-dits.
Elle savait qu'à un moment ou à un autre il faudrait qu'elle ait une réelle discussion avec Itachi, le genre de discussion qu'il détestait. Le comportement qu'il avait eu envers elle au pays des Rizières avait fait naître en elle une certaine rancœur, et le fait qu'il continue d'une manière plus ou moins subtile de lui cacher des choses était au mieux insultant. Il avait été blessé psychologiquement durant son combat contre Madara, quelque chose s'était passé là bas, dans cette caverne atroce. Quelque chose qui l'avait suffisamment secoué pour que son regard se fasse distant, lointain parfois lorsqu'il se posait sur elle. Malgré toute la bonne volonté dont elle tentait de faire preuve, chacune de ses tentatives plus ou moins appuyées pour lui arracher la vérité s'étaient soldées par un échec. Il refusait de discuter de quoi que ce soit de profond avec elle et malgré son désir visible de proximité il la gardait à bonne distance de ses pensées.
Ino avait l'impression qu'il ne la considérait pas comme une égale, et le fait qu'il tente de lui faire tout oublier en la séduisant en espérant qu'elle soit suffisamment sotte pour tomber dans le panneau l'agaçait fortement.
Elle sentit un souffle contre sa nuque et se força à rester immobile, refrénant un soupir de désir.
« - Je sais que tu ne dors pas. »
Ino leva de nouveau les yeux au ciel. Elle ne cherchait pas vraiment à le cacher non plus. Est-ce que leur relation était à ce point basée sur le contact physique ?
Parfois il lui semblait qu'elle n'était bonne qu'à ça à ses yeux, soigner ses blessures et écarter les jambes. Elle sentit ses yeux s'embuer et ferma les paupières, refusant de les laisser couler. Blessée par ses propres réflexions, elle s'éloigna de quelques centimètres et enfonça sa tête dans l'oreiller, manifestant clairement qu'elle souhaitait qu'il la laisse dormir tranquille. Elle l'entendit soupirer et sentit au mouvement des couvertures qu'il se tournait du côté opposé, acceptant sans enthousiasme son rejet implicite. Bien. La frustration qu'elle sentait grandir en lui l'encouragerait à braver sa hantise des conversations sentimentales.
Si il voulait qu'elle soit sa partenaire, il devrait la traiter comme telle.
A Komoko, quelques heures avant l'aube, un bruit sourd tira Rina du rêve agréable qui berçait sa nuit. Elle était chez elle, dans le jardin, et mangeait des grillades préparées par Akira avec un bon verre de vin, écoutant d'une oreille distraite Natsumi se lamenter de sa dernière défaite tandis que le soleil doux d'un printemps l'enveloppait d'une chaleur plaisante.
Subitement prise d'un mouvement d'humeur elle jeta sa couverture par terre et laissa échapper un cri de rage, avant de plisser les yeux, subitement alerte.
Un bruit sourd l'avait réveillé, et il lui semblait sentir une présence chez elle. Un voleur ?
Elle passa sa robe de chambre rapiécée et descendit l'escalier à pas de loup, tentant d'étouffer le moindre bruit tandis qu'elle tendait l'oreille. Le bruit venait de la chambre d'Akira. Ou son ancienne chambre ? Ou la chambre d'ami ? Rina retint un grognement agacé et approcha lentement de la porte, déterminée à surprendre l'impudent qui osait se risquer à perturber son sommeil.
Était-ce Akira ? Improbable, pourquoi serait-il revenu chez elle, et en pleine nuit en plus de ça ?
Non, c'était autre chose.
Elle refréna un sursaut en entendant un nouveau bruit, comme du tissu qu'on tirait. On bougeait la couverture. Le parquet craqua, et elle reconnut ce bruit caractéristique. Quelqu'un se couchait. Si c'était un voleur, pourquoi faire quelque chose d'aussi stupide ? Et si ce n'était pas Akira, alors qui pouvait bien s'installer dans son lit sans craindre ses féroces représailles ?
Rina poussa la porte et alluma la lumière, désormais certaine de ce qu'elle allait trouver dans la chambre qu'elle refusait de qualifier.
« - Rina ?
- Aoi.
- Je suis désolé, j'ai...
- Pas besoin d'explications, j'ai très bien compris.
- Ce n'est pas du tout ce que tu crois !
- Bien sûr. Soit plus discret la prochaine fois, et pense aux brindilles. »
Elle laissa échapper un gloussement narquois et sentit sa fureur précédente s'atténuer légèrement devant les joues écarlates de son petit fils, qui s'empressa de passer une main coupable dans ses cheveux. Elle s'abreuva quelques secondes de son embarras, consolant son rêve perdu, puis quitta la pièce et referma la porte sans attendre plus d'explications avant de remonter dans sa chambre, les épaules secouées d'un rire moqueur.
Rina avait remarqué depuis son arrivée au village que la petite fleuriste qu'elle avait recruté pour s'occuper du jardin d'Akira avait tapé dans l'œil d'Aoi. Son nouvel enthousiasme pour les bosquets d'iris contrastait de manière significative avec les crises de nerfs absolument pathétiques qui lui avait empoisonné la vie lorsqu'elle lui avait annoncé qu'elle souhaitait qu'il s'occupe du jardin lorsqu'elle arriverait au village.
Rina avait remué ciel et terre pour trouver cette perle, jeune, pas trop bavarde, un peu futée et prête à passer quelques mois à Komoko contre un salaire qu'elle jugeait justifié, mais qui très honnêtement était dérisoire. La fleuriste avait une tante au village, une de ces femmes sans substance dont Rina n'avait jamais jugé utile d'apprendre le prénom, et lorsqu'elle lui avait parlé du chef d'œuvre végétal en péril, elle n'avait pas pu résister.
Aoi était tombé immédiatement sous le charme, oubliant aussitôt ses plaintes précédentes. Il la suivait partout, posant questions après questions avec la ferveur d'un jeune chien fou. La petite fleuriste avait apparemment trouvé son petit jeu suffisamment attendrissant pour lui accorder son attention, si elle en jugeait par l'apparence débraillée et l'expression ravie qu'arborait le jeune homme avant qu'elle ne le surprenne.
La vieille femme se remit au lit, rabattant sans délicatesse la couverture sur elle tandis qu'un sourire mauvais déformait ses lèvres.
Aoi avait découché ! Il avait préféré se terrer chez elle plutôt que d'affronter l'ire parentale après sa petite escapade nocturne et aurait probablement besoin qu'elle corrobore le petit mensonge qu'il allait inventer pour se sortir d'une probable punition. Rina considéra un moment le choix qui s'offrait à elle, puis se décida pour l'option qui ennuierait le plus sa feignante de belle fille.
Elle ronronna presque de plaisir en songeant au conflit à venir et trouva bientôt une position confortable dans le lit tiède, cédant presque aussitôt au sommeil. Avec un peu de chance, peut être qu'elle pourrait retrouver son rêve ?
