Shioya : Chapitre 28 :

Quelques longues heures plus tard, Itachi reprenait conscience après la chirurgie. Il n'ouvrit pas immédiatement les yeux, sachant par avance qu'un mal de crâne carabiné allait le saisir si il exposait ses iris traumatisés à la lumière qu'il entrevoyait à travers sa paupière fermée.

Il envoya un mince filet de chakra vers son œil aveugle et sentit un sourire satisfait déformer ses lèvres. C'était parfait. Les canaux étaient encore un peu fragiles, mais ils étaient parfaitement symétriques à ceux de son œil droit, et d'après ses premières sensations devraient lui permettre d'utiliser au minimum Susanoo. Il voulut féliciter Ino puis se retint, se remémorant son nouveau rejet de la veille avec un pincement au cœur. Depuis qu'ils étaient arrivés à l'auberge il avait la nette impression qu'elle s'éloignait de lui et il n'arrivait pas à savoir ce qu'il avait fait pour.

Une hypothèse le narguait. Il sentit son cœur se contracter douloureusement. Peut être qu'il n'osait simplement pas se l'admettre.

Itachi n'avait pas voulu y accorder de crédit, au début, il s'était dit que c'était juste parce qu'elle avait eu peur pour lui, qu'elle avait été choquée par ce qu'elle avait probablement vu ce jour là, lorsqu'elle les avait trouvé après leur combat. Mais au lieu de diminuer, la distance qui les séparait ne faisait que s'agrandir, et la réflexion de Sasuke...

Il serra les dents, refusant d'y penser. Peut être que c'était juste une manière de lui faire comprendre ce qu'elle avait vécu lorsqu'ils étaient dans le repère d'Orochimaru, une sorte de leçon ? Il savait qu'il n'avait pas été le compagnon idéal, là bas. Il avait été froid, distant, et les idées qui lui étaient passées par la tête auraient probablement horrifié Ino. Mais même lorsqu'ils étaient encore à la base elle ne l'avait jamais rejeté, et la dernière nuit qu'ils avaient passé ensemble restait gravée dans sa mémoire comme la plus incroyable de son existence.

« - Itachi ? »

Le brun ouvrit doucement les yeux et croisa son regard bleu inquiet. Elle se demandait probablement pourquoi il mettait si longtemps à se réveiller. Sasuke était étendu à côté de lui, elle l'avait opéré après lui, il serait encore inconscient un moment. C'était ennuyeux.

Ils ne s'étaient pas retrouvés seuls depuis qu'Ino s'était effondrée en larmes contre lui dans la grotte. Sasuke lui servait usuellement d'excuse pour éviter d'aborder le problème qui grandissait entre eux, et servait également d'excuse à Ino pour refuser ses avances. Il était le gardien du status quo qui régnait entre eux. Et il n'était pas là.

Elle lui fit signe de se redresser doucement et ausculta ses yeux. Elle avait l'air relativement satisfaite de son œuvre, et son cœur se pinça de nouveau.

Il avait l'impression de ne plus être qu'un patient pour elle. Moins, peut être. Il détestait les séances de rééducation et l'écharpe qu'il portait presque en permanence pour entraver son bras valide. Il détestait son regard désolé lorsqu'il lui disait qu'il n'avait toujours aucune sensation de l'arrière de son avant bras jusqu'au pouce. Il détestait le fait d'avoir eu de nouveau une chirurgie, poussé par les mots de son frère. Il avait l'impression de ne pas être assez bien pour elle, de n'être qu'un handicapé qu'il fallait absolument guérir, parce qu'en l'état actuel des choses il n'était qu'une carcasse inutile, indésirable.

Son hypothèse revint, accompagné du mal de crâne qu'il anticipait. Est-ce qu'il la dégoûtait ? Est-ce qu'elle évitait tout contact en particulier lorsqu'il ne faisait pas nuit parce que son œil mort la mettait mal à l'aise ? La répugnait ?

Si elle restait avec lui, était-ce par pitié ? Si ils étaient de nouveau intimes un jour, détournerait-elle le regard pour éviter de se rappeler constamment qu'il était différent, abîmé ?

« - Itachi ? »

Elle avait du lui poser une question quelconque, mais il n'avait rien entendu parce qu'il regardait dans le vide depuis trois bonnes minutes. Il la fit répéter.

« - Je te demandais comment allaient tes maux de tête ? Il me reste des anti douleurs si besoin.

- Ça ira. »

La jeune femme s'éloigna aussitôt pour vérifier les constantes de Sasuke, évitant de rester à proximité. Il ferma les yeux, blessé. Il s'était longuement regardé dans la glace, le matin même, mais il ne trouvait pas que le changement soit si choquant. Ses yeux bougeaient ensemble, par réflexe, même si le gauche ne voyait plus. Il était un peu voilé, peut être, et la pupille était inerte, mais ce n'était pas si visible, en tout cas pas de loin.

Est-ce qu'elle accordait tant d'importance à son physique ? Ou est-ce que ce qu'elle avait vu lorsqu'elle les avait soigné était si ancré dans sa mémoire qu'elle ne pouvait le regarder sans éprouver de répugnance ?

Elle se redressa et lui proposa un verre d'eau sans le regarder. Il avait soif, mais sa gorge était serrée et chaque gorgée lui sembla difficile. Les paroles de Sasuke tournaient en boucle dans son esprit. Il voulait protéger le monde, maintenir la paix dans l'ombre grâce aux pouvoirs conférés par le rinnegan. Soudainement, son envie de potager à la campagne lui avait paru petite, insignifiante.

Est-ce que ce serait assez, pour Ino ?

Qu'avait-il à lui offrir, hormis une vie ennuyeuse où l'ombre de son passé planerait toujours ? Elle serait toujours menacée, par sa faute. Un Uchiha n'était jamais vraiment tranquille, surtout pas lui. Il n'était pas spécialement agréable, n'avait aucune conversation, avait un mal fou à la comprendre et il la repoussait physiquement. Sasuke avait raison, son seul talent était de savoir se battre. Si il ne pouvait même pas prendre soin d'Ino, la protéger contre le monde, alors il était inutile.

Il avait donc choisi la chirurgie malgré toutes les réticences que l'opération lui inspirait, espérant retrouver un peu de pouvoir, un peu de force pour s'assurer qu'elle ne soit jamais sans défense.

Parfois, il se demandait si ça n'aurait pas été plus simple si il n'avait pas survécu.

Il était à peine meilleur que leurs adversaires l'avaient été, après tout, il avait partagé leurs idées presque toute sa vie, il aurait pu se laisser tenter par le rêve qu'ils poursuivaient encore quelques mois plus tôt. Il avait tué tellement de personnes, il avait même failli... Il avait failli tuer Ino pour lui éviter de souffrir. Il ne méritait pas qu'elle le sauve, il ne méritait pas qu'elle le soigne. Il ne méritait pas qu'elle l'aime.

Il était un ingrat.

Il avait été presque ressuscité une seconde fois, avait échappé des griffes de la mort au prix d'un effort colossal de la part d'Ino. Il lui devait la vie, et une reconnaissance éternelle, et il était en colère contre elle parce qu'elle le rejetait, qu'elle ne le désirait plus. Pire, il était trop fier pour l'admettre, pour tenter de comprendre la vérité, et il laissait en toute connaissance de cause la situation se gangrener parce qu'il n'osait pas lui dire qu'il comprenait, qu'elle était libre de partir, qu'elle ne lui devait rien. Le dire c'était s'exposer à ce qu'elle le laisse seul, en parler c'était prendre le risque d'avoir raison. Il se détestait d'être aussi immature, d'avoir peur à chaque fois qu'elle sortait de l'auberge qu'elle ne revienne pas, qu'elle les abandonne.

Itachi se leva, sentant sa migraine empirer. Il aurait du accepter l'anti douleur, il n'était qu'un idiot. Il tituba sur les quelques mètres qui le séparait de son futon, posa le verre vide sur la table en passant et s'écroula, terrassé par l'effort. Il était faible.

Il vit à la périphérie de son regard Ino quitter le chevet de Sasuke et s'asseoir à table. Elle se servit une tasse de thé et attrapa un des flancs à la vanille qu'elle avait acheté la veille. C'était son dessert préféré, mais elle ne se l'autorisait que rarement, prétextant que c'était trop sucré et qu'elle ne voulait pas grossir. D'après ce qu'il en savait, le fait qu'elle finisse le premier aussi vite et décide aussitôt d'en entamer un deuxième était indicateur clair que quelque chose la troublait suffisamment pour qu'elle se réfugie dans la nourriture.

Lui ?

Il s'éclaircit la gorge, tentant d'attirer son attention pour lui demander ce qui la préoccupait. Elle posa un regard sur lui, d'abord interrogateur, puis froid. Ses traits se crispèrent dans une expression presque dédaigneuse, elle détourna le visage puis termina son flan en silence, rejetant sa tentative d'initier une conversation.

C'était trop.

Il tourna la tête du côté opposé à celui où elle était assise pour dissimuler son visage lorsqu'il sentit ce qui allait arriver, trop affaibli par la chirurgie pour l'empêcher. Des larmes coulèrent sur ses joues. Une, puis deux, puis un flot continu, qu'il n'arrivait plus à contenir. Son œil gauche le brûlait, le sel du liquide lacrymal irritant le globe oculaire tout juste opéré, mais ce n'était rien comparé à la douleur qui lui déchirait le cœur. Il tendit ses muscles, empêchant un sanglot de secouer ses épaules. Il ne voulait pas qu'elle voit qu'il était touché. Elle venait encore de passer de longues heures à les soigner, il n'avait pas à lui imposer sa tristesse. Elle ne voulait pas qu'ils discutent, ce n'était pas grave. Il s'en remettrait. En silence.

Il prit une grande inspiration et réussit à reprendre le contrôle de ses pleurs. Le flot se calma progressivement avant de s'arrêter, et il essuya doucement ses joues humides.

Ino commença une phrase, à priori pour le réprimander d'avoir frotté ses yeux, mais s'arrêta au milieu de son premier mot et se leva. Elle avait remarqué l'étrangeté de son attitude. Il la sentit s'approcher et se raidit. Il ne voulait pas qu'elle le voit ainsi, pathétique, pleurnichant parce qu'elle ne voulait pas de lui.

« - Itachi, quelque chose ne va pas ? »

Une bouffée de colère le saisit en entendant son ton inquiet. Même dans l'émotion il restait son patient, elle avait peur pour sa santé, pas pour lui. Il savait que c'était immature, mais il garda le silence, ne levant même pas la tête vers elle.

Une main fraîche se posa sur sa joue et glissa jusqu'à son menton. Il se laissa faire sans rien dire, n'opposant pas de résistance lorsqu'elle tourna son visage aux yeux rougis vers le sien. Ses yeux bleus étaient troublés par une émotion qu'il n'arrivait pas à identifier, et il sentait ses doigts trembler sur sa peau.

« - C'est à cause de moi ? »

Il ne répondit pas mais de nouvelles larmes apparurent dans ses yeux, refusant pour l'instant de couler. Est-ce que c'était le moment, est-ce qu'elle allait finalement lui annoncer qu'elle le quittait ? Il croisa son regard de nouveau et y lut quelque chose qui le terrifia. De la compréhension.

Sa main relâcha son menton et elle pinça les lèvres avant de détourner le regard. Il sentit son cœur se briser en mille morceaux. C'était le moment.

« - Je suis désolée. »

Il inspira profondément, grimaçant sous la douleur qui compressait sa poitrine. Il ne pouvait pas répondre, sa voix était comme bloquée, paralysée par la peine. Il voulait lui dire qu'il comprenait, qu'elle méritait mieux que lui, qu'il l'aimerait toujours. Aucun son ne sortit de sa bouche, ses lèvres restèrent entrouvertes, muettes.

Elle se racla la gorge, visiblement mal à l'aise. Il se demanda si c'était la première fois qu'elle rompait avec quelqu'un, si les mots qui allaient suivre seraient aussi difficiles à prononcer pour elle qu'ils seraient à entendre pour lui.

« - J'étais en colère, contre toi. J'avais l'impression que tu n'étais intéressé que par le... que tu pensais que j'étais trop idiote pour autre chose. Que c'était pour ça que tu refusais de me parler. »

Ino pleurait, maintenant.

Il avait eu tort. Elle ne rompait pas avec lui.

Itachi avait l'impression d'avoir été frappé par la foudre. Il attrapa sa main et la serra dans la sienne. C'était son mauvais bras, il faillit manquer sa cible, mais sa volonté remplaça la précision que son nerf endommagé lui refusait. Il n'avait rien compris, comme d'habitude.

« - Je n'ai jamais... Je pensais qu'avec les blessures... »

Un sanglot secoua les épaules de la jeune femme. Il sentit ses dernières barrières céder et ses larmes dévalèrent de nouveau ses joues. Il était soulagé, en partie, mal à l'aise, aussi. Il savait ce qu'elle voulait, il le comprenait désormais. Elle voulait qu'il s'ouvre à elle, qu'il lui confie ses pensées, ses craintes. Était-il prêt à le faire ? Est-ce que le silence confortable qu'il avait maintenu pour éviter de révéler la laideur de ses pensées valait la peine de la perdre ? N'allait-il pas la perdre de toute façon, quand elle allait réaliser à quel point son esprit était hideux ?

Elle l'attira dans un baiser humide, un peu désespéré, qu'il lui rendit avec ferveur. Ino nicha ensuite sa tête contre son épaule, l'entourant de ses bras.

« - Ça ne change rien, pas pour moi. Je voulais juste... Peu importe ce qui te hante, je veux que tu puisses m'en parler. »

Itachi fit son choix.

Il lui raconta tout, avouant ses fautes dans un long murmure contre son oreille. Ce qu'il avait fait à Izumi, et à quel point il avait hésité à recommencer avec elle. Ses sentiments conflictuels par rapport au massacre, sa honte de ne pas en avoir détesté chaque minute. Les similitudes entre le rêve de Madara et le sien, ses questionnements, ses doutes. Il lui confia qu'il avait l'impression d'être maudit, qu'il avait peur que son destin funeste les pourchasse, qu'il était terrifié à l'idée de la perdre parce qu'on avait voulu s'en prendre à lui. Il lui avoua qu'il détestait être son patient, se sentir dépendant, handicapé, malade, diminué face à elle. Il lui dit qu'il ne la méritait pas, qu'il se haïssait de l'avoir fait autant souffrir ces derniers mois, qu'il ne savait pas comment rattraper ses erreurs, et qu'il souffrait de la voir s'éloigner de lui.

Il retint un soupir douloureux, et finit par confesser qu'il ne savait pas si il supporterait de vivre sans elle. Son cœur battait à tout rompre, mis à nu, à vif. Il avait l'impression d'être plus vulnérable, plus exposé que jamais, et il savait qu'il venait de lui donner le pouvoir de le détruire. Il n'avait jamais été aussi terrifié.

Ino se redressa, rapprochant leurs visages, et il ne lut pas de jugement dans son regard. Elle avait l'air triste, grave, solennel. Elle comprenait ce qu'il avait fait, elle savait ce que ça voulait dire, pour lui. Elle déposa un baiser sur son front, plus symbolique que sensuel, puis resserra son étreinte avant de l'entraîner vers le futon, s'allongeant contre lui. Il sentit ses épaules se relâcher peu à peu et lentement, au creux de sa poitrine, quelque chose se réchauffa.

Il s'endormit quelques minutes plus tard, bercé par les battements de cœur d'Ino contre lui, étrangement apaisé par sa confession.


Il fut réveillé quelques heures plus tard par le rire taquin de son petit frère, apparemment sorti de l'inconscience médicamenteuse provoquée par Ino. Il ouvrit péniblement les yeux, grimaçant quand ses paupières se décollèrent, et vit que Sasuke était assis à table et mangeait.

Ino s'éveilla au même moment et paniqua instantanément en constatant qu'elle avait raté le réveil de Sasuke. Elle rompit leur étreinte pour son plus grand malheur et ausculta rapidement son cadet, agacée par son propre manque de professionnalisme.

Sasuke allait parfaitement bien, la greffe avait réussi, et il avait trouvé une manière d'arranger les bandages d'Ino dans ses cheveux de manière à dissimuler son rinnegan. C'était relativement seyant, il devait l'admettre. Ils firent quelques tests rapides puis Sasuke se déclara fatigué et décida d'aller se coucher.

Ino hésita quelques minutes, puis lui proposa de l'accompagner faire une promenade dehors, afin de laisser Sasuke se reposer convenablement. La chirurgie qu'il avait subi était bien moins importante, et leur petite sieste lui avait redonné des forces. Il accepta non sans un certain plaisir.

Est-ce qu'il osait ?

« - Je voudrais juste prendre une douche, avant. »

Il ponctua sa déclaration d'un léger haussement de sourcil en direction de la jeune femme, qui était en train de ranger sa salle d'opération de fortune afin de faire disparaître toute trace de leurs précédentes activités. Elle rougit légèrement et haussa à son tour un sourcil avant de le suivre.

Sasuke leva les yeux au ciel et attrapa l'oreiller d'Itachi pour le plaquer sur sa tête en grognant, maudissant de manière claire et intelligible les ninjas en rut.

Itachi déglutit, les oreilles écarlates.

Ino ferma la porte derrière elle, se retourna et retira en le regardant intensément les vêtements qu'elle portait, les jetant dans un coin. Il y avait du défi dans son regard, allait-il aller au bout de son idée ? Il l'avait provoquée, il fallait assumer, maintenant.

Il attrapa le bord de son tee shirt, puis s'arrêta, hésitant. Malgré sa bravoure initiale, c'était la première fois depuis leur nuit torride dans la base d'Orochimaru qu'il se trouvait dans ce genre de situation, et la première fois depuis qu'ils s'étaient retrouvés à Konoha qu'il se dénudait devant elle en plein jour. Ses craintes matinales revinrent le préoccuper. Allait-elle détourner le regard ? Était-elle dégoûtée de son corps marqué par le combat ? Est-ce qu'elle le désirait toujours de cette manière ?

La jeune femme s'approcha de lui jusqu'à être si près qu'il sentait à plein nez son odeur agréable. et devinait la chaleur de sa poitrine nue contre la fine barrière de son tee shirt. Elle leva son menton fier, plongeant son regard dans le sien. Elle attendait son accord. Il hocha la tête, sentant son corps trembler d'anticipation et laissa échapper un soupir surpris lorsqu'elle le plaqua contre le mur avant de l'entraîner dans un baiser brûlant.

Il haleta en sentant sa bouche délaisser la sienne pour attaquer sa gorge découverte, et des doigts experts saisirent son tee shirt. Il se laissa faire, sentant ses reins s'enflammer sous les gestes autoritaires de la jeune femme. Une fois l'ennuyeuse couche de tissu hors de sa vue, elle l'embrassa de nouveau et mordilla son lobe d'oreille.

« - Si tu savais depuis combien de temps je rêvais de faire ça. »

Il émit un grondement rauque en sentant l'une de ses mains jouer avec l'élastique de son pantalon et ferma les yeux, tentant de contrôler ses réactions. Lorsqu'il les rouvrit Ino arborait une expression scandaleuse, et il comprit la direction qu'avaient pris ses pensées lorsqu'elle s'accroupit. Ses yeux s'agrandirent sous la surprise et quelques secondes plus tard, il perdit complètement la tête.

C'était... incroyable, et les quelques doutes qui le paralysaient s'évanouirent complètement sous les caresses passionnées de la jeune femme. Il finit par la hisser contre le mur à l'aide de son bras valide, l'embrassant avec ardeur tandis qu'à nouveau, ils ne faisaient qu'un.

La douche, quant à elle, ne leur prit que très peu de temps.

Ils s'habillèrent en silence et fermèrent les rideaux, tâchant de ne pas réveiller Sasuke qui dormait, l'oreiller d'Itachi toujours serré dans son poing fermé. Leur tâche accomplie, ils quittèrent la chambre, échangeant un sourire complice.

Les vêtements qu'Ino avait choisi étaient sobres et très similaires à ceux qu'il s'était lui même acheté lorsqu'il en avait eu l'occasion, à Komoko, si on omettait un léger détail. Ino avait apparemment beaucoup, beaucoup apprécié la chemise blanche de Sasuke sur lui, et presque tous les hauts qu'elle lui avait trouvé étaient construits d'une manière similaire, avec ou sans manches.

Elle lui jeta un regard appréciateur une fois qu'ils furent dans le couloir et glissa une main légère sur son torse découvert, effleurant son sceau. Il jeta un œil au sien, visible grâce au léger décolleté de la robe d'été qu'elle avait choisi de porter ce jour là. C'était ce sceau qui leur avait sauvé la vie, et depuis leur arrivée à Shioya Ino ne prenait plus la peine de le cacher. Il réalisa à sa moue satisfaite qu'elle était fière qu'ils l'arborent tous les deux et sourit, soudain bien moins préoccupé par la coupe échancrée de ses nouvelles chemises.

Il lui vola un baiser, profitant de leur proximité, et la sentit sourire contre ses lèvres. Elle arrangea un peu ses cheveux détachés, bousculant son habituelle raie au milieu pour quelque chose de plus créatif puis l'embrassa à son tour, l'entraînant dans un baiser bien moins chaste. Ils se séparèrent en entendant du bruit dans l'escalier et il reconnut la gérante dont Ino se plaignait régulièrement. Elle leur jeta un regard méprisant, marmonnant quelque chose qui sonnait comme « femme à la petite vertu » en passant près d'eux.

Le brun sentit Ino bouillir contre lui et posa sa main sur son épaule, l'entraînant en direction de l'escalier, dans la direction opposée.

« - Vieille garce ! »

Ses dents étaient serrées et son volume sonore peu élevé, mais l'insulte était claire et d'après le couinement qu'il entendit derrière eux, la gérante avait bien compris les mots d'Ino. Elle prit son bras et dévala les marches en gloussant, apparemment joyeuse d'avoir enfin cédé à la tentation d'invectiver la vieille dame.

Il ne fit aucun commentaire.

Elle le guida jusqu'à un petit parc qu'elle n'avait pas encore exploré. Avec l'arrivée du printemps les bosquets odorants, les arbres en fleurs et les herbes folles rendaient la promenade délicieuse. Ils s'arrêtèrent pour s'asseoir sur un banc placé en bordure d'une allée de tilleuls en fleurs.

Ino lui parlait à voix basse, lui expliquant les découvertes qu'elle avait faite en ville, décrivant certaines personnes qu'elle avait croisé et les endroits où elle souhaitait l'emmener ensuite. Il écoutait distraitement, captivé par l'ensemble de la scène. Les arbres en fleurs, le soleil, la légère brise qui portait l'odeur subtile des tilleuls, le visage détendu d'Ino, leurs mains liées. On aurait dit la suite parfaite de cette journée qui lui semblait si lointaine désormais où il l'avait rencontré pour la première fois après ce long moment passé dans les jardins de Yamatai. Il n'aurait jamais pensé, ce jour là, qu'environ un an plus tard il serait de nouveau en sa compagnie, ni qu'il aurait développé pour elle des sentiments si forts.

Il fut sorti de ses pensées par un sourire amusé et un silence subit. Elle avait compris qu'il ne l'écoutait plus.

« - Tu as faim ? Il y a un café qui vend des dangos, ce n'est pas très loin. »

Itachi hocha la tête et la suivit, attrapant sa main après avoir attendu quelques secondes qu'elle se décide à le faire par elle même. Il la vit sourire du coin de l'œil et se sentit soudainement très content de lui. Ces instants ensemble, sans se préoccuper de blessures, d'ennemis ou de quoi que ce soit d'autre que d'eux, ça lui avait manqué. Il avait l'impression d'avoir retrouvé quelque chose de perdu, et il se fustigea d'avoir oublié pendant un temps les conseils des ouvrages qu'il avait consulté à l'époque, lorsque leur relation débutait. La communication était supposément la clé de voûte de tout couple qui fonctionnait, et il avait été très mauvais élève, ces derniers mois.

Ils s'assirent en terrasse et commandèrent du thé et quelques brochettes de dangos. Incapable de s'en empêcher il reprit ses réflexions. Il avait été mauvais élève, oui, mais d'un autre côté, il était presque sûr que la plupart des conseils communiqués par ces magasines s'adressaient à des personnes qui n'avaient pas eu l'intention de tuer leur petite amie afin de rompre leur relation pour pouvoir commettre sans hésitation un suicide organisé afin de sauver la planète.

Il se réprimanda de nouveau, plus sèchement cette fois. Finalement il n'avait eu besoin ni de tuer Ino, ni de se suicider, et il avait quand même réussi à atteindre son but, ce qui voulait dire qu'il avait de lui même créé les tensions et l'incompréhension qui lui avaient causé tant de souffrances, et qu'il l'avait fait pour rien.

Ino posa sa main sur la sienne et lui adressa un sourire tendre, apaisant sans le savoir ses pensées troublées. Elle avait totalement changé de comportement depuis leur discussion, et elle avait admis à demi mots que son inhabituelle froideur avait été en partie fabriquée pour l'encourager à craquer, à avouer ce qu'il ne voulait pas lui dire. Il était coupable, mais elle n'était pas innocente non plus. Elle avait tendance à vouloir résoudre ce qu'elle considérait comme un problème par la manipulation, jouant tel un chef d'orchestre sur des cordes qu'elle savait sensible pour arriver à ses fins. Quelque part c'était attendu, après tout c'était la spécialité de son clan, son père ne dirigeait pas la cellule de Torture et Investigation du village pour rien.

Il lui sourit en retour et attrapa l'une des brochettes qu'on venait de leur apporter de sa main libre. Sa main tremblait légèrement, mais il força son poignet réticent à se lever jusqu'à sa bouche et parvint à stabiliser la brochette suffisamment longtemps pour attraper l'un des dangos. Délicieux.

Ils avaient des torts, tous les deux. Des défauts, des mauvaises habitudes, des mécanismes de protection susceptibles d'émousser leurs liens. Ils devraient faire avec.

« - Tu as fait de gros progrès. »

Il se renfrogna. Encore ce ton médical. Elle leva les yeux au ciel et but une gorgée de thé, amusée par le tableau peu crédible que formait son expression sombre et la brochette de pâtisserie qu'il tenait devant son visage.

« - Désolée, déformation professionnelle. »

Elle fit glisser ses ongles sur le dos de sa main, et il sentit des étincelles curieuses courir sur sa peau. Son expression se fit intéressée en la voyant mordiller sa lèvre inférieure. Elle ne le faisait jamais naturellement, c'était volontaire. Qu'est-ce qu'elle avait en tête ?

« - Néanmoins, j'ai un intérêt personnel à ce que cette main fonctionne correctement. »

Itachi sentit ses oreilles rougir et détourna les yeux, croquant dans un autre dango pour se donner une contenance. Il croisa le regard entendu des deux hommes installés à la table la plus proche de la leur et préféra se recentrer sur la vision neutre de sa tasse de thé, sentant ses épaules se crisper sous la gêne en les entendant rire. Ino rit elle aussi, apparemment très satisfaite de son petit effet, et lui tira un demi sourire embarrassé.

Si en privé il n'avait en général aucun problème à prendre des initiatives, en public c'était elle, et de très loin, la moins puritaine des deux. Il devinait que son père avait été bien moins strict que ses propres parents sur l'étiquette à respecter en société, ce qui était peu étonnant. Inoichi Yamanaka n'était pas spécialement connu pour sa fermeté en dehors de ses heures de travail. Il avait la réputation d'être agréable et de bonne composition, gérant son clan avec tact et entretenant des relations chaleureuses avec ses anciens coéquipiers.

Il eut un nouveau sourire, plus franc. Il avait du être sacrément patient pour supporter Ino à l'adolescence. Ce genre d'impertinence, ça ne sortait pas de nulle part.

Il réalisa soudain qu'il ne lui avait jamais demandé comment s'était passé ses retrouvailles avec son père et redressa la tête vers elle, se préparant par avance à recevoir une pique quelconque par rapport au changement brutal de conversation.

« - Je ne t'ai jamais demandé comment ton père avait réagi ? »

Le regard de la jeune femme se fit vague, et il vit presque les rouages de son esprit tourner en vain, tentant de comprendre quel trajet le sien avait pris pour passer de sa réflexion grivoise à son père. Elle marmonna quelque chose d'inintelligible qu'il aurait probablement considéré comme insultant ou pour lui, ou pour son clan, si il l'avait compris, et but une gorgée de thé avant de répondre.

« - Il n'a émis aucune objection.

- Et les fiançailles ?

- Annulées lorsqu'il a appris que c'était sérieux entre nous. »

Définitivement moins strict que ses parents. Il n'osait même pas imaginer la difficulté qu'il aurait eu à faire annuler une alliance prévue depuis des années avec un autre clan si les Uchiha avaient ressenti le besoin d'en créer une, ce qui était peu probable. Fugaku aurait été livide de le voir ruiner ainsi ses efforts pour les beaux yeux d'une demoiselle rencontrée dans une taverne. Ils auraient eu d'interminables disputes, et si annulation il y avait eu, les contreparties auraient été ridiculement élevées.

Inoichi faisait preuve d'une ouverture d'esprit remarquable pour un chef de clan, ou...

Ou il avait réalisé immédiatement qu'avec son arrivée sur le plateau le jeu n'en valait plus la chandelle, et avait préféré céder sans combattre pour éviter de perdre définitivement Ino et de risquer la sécurité du fiancé officiel. Intelligent. Sous cet angle, il reconnaissait mieux le patriarche Yamanaka qu'il avait connu. Des dehors débonnaires, presque innocents, empreints des bons sentiments chéris à Konoha qui dissimulaient une redoutable perspicacité et un côté manipulateur qu'il lui avait définitivement légué.

« - Qu'en pense l'ancien fiancé ?

- Il est soulagé, je pense.

- Je ne vois pas pourquoi. »

Elle lui sourit, apparemment charmée par son ton offusqué.

« - Je crois qu'il a une autre fille en tête. »

Parfait. Il lui faisait confiance mais il n'appréciait guère la compétition, il l'avait découvert lors de son prétendu rapprochement avec Sasuke. Il voulut attraper une autre brochette de dangos mais l'assiette était vide. Que faire ? Il ne savait pas si il restait beaucoup d'argent à Ino, elle gérait leurs finances ou plutôt leur absence de finances depuis leur arrivée, et il n'avait pas pensé à lui demander quel était le budget de leur sortie.

Sentant visiblement son trouble, ou peut être alertée par sa moue désappointée, Ino prit les devants et commanda une seconde assiette et une autre théière.

« - Merci. »

Elle haussa une épaule et saisit une des nouvelles brochettes. Apparemment, le geste n'était pas totalement désintéressé. Son expression se fit pensive alors qu'elle mâchait distraitement la pâtisserie sucrée.

« - J'espère le revoir, je voudrais te le présenter.

- Je l'ai déjà rencontré.

- Officiellement. »

Il voulut rétorquer que leurs rencontres avaient été très officielles, mais il jugea la correction inutile, il voyait ce qu'elle voulait dire. Ino voulait le présenter à son père en tant que partenaire, comme cela se faisait habituellement dans les relations classiques. C'était agréable à entendre, même si dans l'état actuel des choses c'était compliqué à envisager. Inoichi avait un poste très lié au village en lui même, il n'avait pas du sortir de l'enceinte de Konoha depuis des années. Sans oublier que Tsunade Senju n'était pas née de la dernière pluie, elle saurait immédiatement quelles étaient ses intentions si Inoichi manifestait un soudain désir de voyage. Il lui répondit à voix basse, se méfiant des oreilles curieuses de leurs voisins.

« - Elle t'a acquitté.

- Nous avons été imprudents, elle doit savoir que Sasuke est avec nous. Si c'est le cas nous sommes traqués.

- Même si ils sont bons ils ont au moins trois jours de retard sur nos déplacements. Si ils étaient chanceux ils seraient arrivés aujourd'hui.

- Demain ou après demain. Un combat serait imprudent.

- La fuite est inutile. Ils nous épuiseront.

- Bluff ?

- Possible, ou négociation.

- Sasuke ? »

Il hocha la tête. Si Sasuke voulait pouvoir continuer sur la voie qu'il s'était choisi, il lui faudrait un accord au moins implicite de Konoha. La situation actuelle rendait son rêve inatteignable, hors de portée. Mais si Sasuke réussissait à les convaincre, alors le désir d'Ino serait également plus accessible.

Ils finirent les sucreries et le thé en silence, payèrent et rentrèrent.

Itachi se sentait fatigué, malgré la façade neutre qu'il arborait, et Ino semblait plongée dans un monologue intérieur, considérant probablement les différents scénarios qui se présentaient à eux.

Lorsqu'ils arrivèrent à l'auberge Sasuke était réveillé. Ino les ausculta, vérifiant qu'ils ne présentaient toujours aucune complication, puis ils s'assirent autour de la table et discutèrent un moment. La journée du lendemain serait probablement décisive, si leurs calculs étaient bons. Ils montèrent un plan d'action, passèrent en revue leurs options et les retombées possibles de chaque choix. Ils allaient devoir prétendre, si ils voulaient avoir une chance.

Itachi eut du mal à trouver le sommeil cette nuit là malgré la fatigue qui engourdissaient ses sens et la présence apaisante d'Ino contre lui. Il inspirait et expirait lentement, prétendant le repos, tentant de se concentrer sur la sensation agréable du chakra de la jeune femme qui pétillait doucement contre le sien, mais dès qu'il s'assoupissait quelques secondes l'impression de tomber dans le vide le saisissait, le réveillant presque en sursaut.

Il dut finir par la réveiller mais elle ne dit pas un mot, ajustant simplement sa position contre lui. Il sentit son chakra ralentir, elle s'était rendormie.

Peu à peu, minutes après minutes, l'insomnie perdit du terrain et il sombra lui aussi dans l'inconscience, plongeant dans un sommeil fragile.