La nuit s'étend sur la Lorien

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Disclaimer : Le Seigneur des anneaux, ses personnages et sa mythologie sont l'oeuvre de J.R.R. Tolkien et ceci n'est qu'un humble pastiche de fan.

Ce poème est inspiré de la vision d'horreur de Galadriel lorsque Frodon lui demande de prendre l'Anneau, et de la remarque qu'elle fait par télépathie, lorsqu'elle lui dit qu'il apporte le mal en son royaume.

Le personnage est OOC par nature puisque, en principe, cela ne devrait jamais arriver mais admettons que Galadriel se laisse corrompre... que se passerait-il ?

Au départ, je voulais utiliser le même type de vers que Tolkien, mais la métrique anglaise et vieil-anglaise n'est pas applicable en français. Donc, j'ai choisi d'écrire en octosyllables, le vers médiéval par excellence. C'est le vers du lai et du roman courtois, il a été beaucoup utilisé par Chrétien de Troyes et Marie de France. On le retrouve aussi dans le Roman de la Rose. Ce qui est top pour moi, c'est que le prénom Galadriel fait pile 4 syllabes, donc ça m'a bien arrangée.

Je me suis autorisé quelques écarts : les strophes ne sont pas toutes de même longueur et, à un endroit, je suis passée des rimes suivies aux rimes croisées.

Bonne lecture ! J'espère que ça ne sera pas trop long.


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I

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Jadis il était une reine,

Au bois charmant de Lothlorien,

L'onde coulait sur ses épaules,

Ses cheveux faisaient comme un saule

Et ses rires sonnaient, frais, clairs,

Échos de la Grande Rivière.

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Galadriel, Galadriel !

Où sont passés les jours de miel ?

Une ombre a envahi ton ciel

Et couvre la Lorien de fiel !

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Aux jours heureux, qu'elle était belle

Et sage sans pareille, celle

Qui d'un Nain ravit la parole,

Et fit oublier son idole !

D'une fiole ou d'un cheveu d'or

Elle pouvait chasser la mort.

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C'était le temps où la beauté

Ruisselante de tous côtés

Parait les arbres centenaires,

Nimbait les eaux, la pierre et l'air.

Hélas ! Voici que vient la tombe

De la clarté des jours anciens !

Ce n'est pas sans raison que tombent

Les feuilles pures de Lorien.

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Galadriel, Galadriel !

Où sont passés les jours de miel ?

Une ombre a envahi ton ciel

Et couvre la Lorien de fiel !

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Anduin ! Ton flot clair et preste

Charriait l'ombre au jour funeste

Où tu menas la Compagnie

Jusqu'à nos rivages bénis !

Et la reine pâlit soudain

Pressentant déjà son destin.

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Les voilà pris. Que décider ?

Ouvrirons-nous aux étrangers ?

Elle hésite et retient son bras,

Contient son ordre et songe bas :

« Si les portes restent fermées

Le Mal ne pourra pas entrer.

Pourquoi souiller par Sa présence

Ces terres vierges de violence ?

Attendons, demeurons cachés,

Ils finiront par traverser,

Dans l'ombre des arbres celés,

Laissons l'Anneau nous échapper !

Car tu sens que ton cœur curieux

Voudrait le tenir sous ses yeux. »

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Mais elle sait qu'elle doit gîte

À ces vaillants héros en fuite.

Ils ont bravé tant de dangers,

Ont tant couru, tant voyagé !

Elle qui n'a pas eu l'honneur

D'être choisie comme porteur,

Ne peut sans honte refuser

Ce sacrifice bien léger !

Au mal on ne peut se soustraire

En se renfermant dans ses terres.

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Alors, c'est d'une voix sereine,

Qu'elle demande qu'on les prenne.

Mais en secret son sang Eldar

Craint la venue du poison noir.

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Galadriel, Galadriel !

Où sont passés les jours de miel ?

Une ombre a envahi ton ciel

Et couvre la Lorien de fiel !

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Devant elle ils se sont tenus,

Un des leurs ils avaient perdu,

Gandalf, celui qu'elle espérait,

Car lui seul à la voir saurait

Quelle malsaine envie la ronge

Et quel danger hante ses songes.

Lui seul aurait pu protéger

De son pouvoir les réfugiés.

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Pour Gandalf, des chants mortuaires

Résonnent dans le sanctuaire.

Sur la mousse verte, un pied nu

Se hasarde à la nuit venue.

Une ombre blanche et solitaire

S'avance sous la lune claire;

C'est la reine qui sait déjà

Qu'à elle le Porteur viendra.

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Un épais silence l'entoure,

La grâce émaille ses atours

Qui brillent de simplicité.

Nul bijou ne vient la parer

Hormis le brillant à son doigt :

Ici gît, vaincu, l'un des Trois.

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Soudain elle sent qu'il frémit;

C'est que déjà il a senti

Au loin la plainte de son maître

Devant qui il va comparaître.

« Allons ! dit-elle, et sois sans peur !

Il est faible au cou du Porteur !

Pas de raison que je le veuille

Nenya suffit à mon orgueil.

J'ai triomphé d'autres fléaux,

Je puis sans crainte voir l'Anneau ! »

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Sans un bruit et avec lenteur,

Elle marche entre les dormeurs

Enlacés par le doux sommeil.

Mais voilà que l'un d'eux s'éveille !

C'est Frodon. Alors, dans la nuit,

Le Porteur se lève et la suit.

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Elle le guide dans le noir

Vers l'inexorable miroir

Qui révélera leur destin.

Dira-t-il aussi quelle main

Doit porter l'Anneau de pouvoir ?

Elle voudrait tant le savoir !

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Galadriel, Galadriel !

Où sont passés les jours de miel ?

Une ombre a envahi ton ciel

Et couvre la Lorien de fiel !

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Dans ses propos énigmatiques

Le Porteur se noie, extatique.

Il a tant besoin de conseils,

Celui qui rêve sans sommeil.

Ce tendre visage levé,

Oh ! Ce regard écarquillé !

Elle le sent à sa merci.

Si fort ! Si faible… Si petit.

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Plus il écoute, et plus la peur

S'épand dans l'âme du Porteur.

Ils suffirait d'un simple mot

Pour que Frodon cède l'Anneau.

Que ne pourrait-elle accomplir,

Créer, transformer, abolir,

Elle déjà presque invincible,

Pourvue d'un pouvoir indicible !

Rien ! Rien ne la dépasserait.

Nul ne pourrait, nul n'oserait.

Vaincre Sauron serait aisé

Le monde pourrait s'apaiser.

Lui qui a tant besoin de rois !

Galadriel… pourquoi pas toi ?

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D'une main sûre, elle le guide

À travers l'avenir liquide.

Soudain Frodon s'arrache, hurlant,

À ses visions de tourment.

Alors, levée, sa main s'avance

Et s'ouvre sur son espérance.

Sa voix lui murmure, hypnotique :

« Je vous donne l'Anneau unique. »

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Suspendue, voilà qu'elle hésite

Sous la lumière sélénite.

Librement, il vient lui offrir

Ce qu'en secret elle désire.

« Au lieu d'un seigneur de ténèbres

Au lieu d'une terre funèbre

C'est une reine qu'ils auront !

Tous m'aimeront et me craindront !

Tous ploieront et m'adoreront !

Enfin, tous désespéreront !

Sa main se tend et puis se fige

Hélas ! Je ne puis. Non, vous dis-je !

Je ne puis régner dans le ciel,

Je veux rester Galadriel !

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Mais que nos espoirs sont fragiles !

Portée par cet être gracile,

La quête ne tient qu'à un fil.

Un seul écart, et tout s'effile !

Je saurai régner avec soin

Je saurai rester dans le bien ! »

Alors, c'est d'une prompte main

Qu'elle scella notre destin.

Ses doigts sûrs saisirent l'Anneau :

Tel fut le premier de nos maux.

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Galadriel, Galadriel !

Où sont passés les jours de miel ?

Une ombre a envahi ton ciel

Et couvre la Lorien de fiel !

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II

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Il a suffi d'un seul instant

Pour que change le cours du temps.

La forêt a perdu sa joie,

Sa légèreté : il fait froid,

Une hivernale gravité

A remplacé les jours d'été.

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Les oiseaux, les chants se sont tus,

Les grands arbres ne bruissent plus,

Et même leurs feuilles ont bruni.

Lorien ! Que tu t'es assagie !

Havre de paix, toi si joueuse,

Te voilà devenue boudeuse !

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Sur son trône, la reine est pâle.

Maintien de marbre, teint d'opale,

Sombre effigie, triste statue,

Ombre noire de ce qu'elle fut.

Unique lumière, sauvage,

Brille l'Anneau à son corsage.

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Celeborn, son époux, s'avance.

Grave, froid, il tente sa chance;

Il espère par ses avis

Raisonner sa male folie.

« Sagesse veut que vous jetiez

Ce maudit artefact, pitié !

Bientôt vous serez corrompue

Quand de vous il sera repu.

L'Anneau ne sert pas; on le sert,

Quitte à en périr de misère.

On ne peut pas user de lui,

Dès lors, il doit être détruit ! »

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Il dit. Et tout en suppliant,

Il cherche le regard charmant

De sa reine que le Pouvoir

Retient déjà. Sans s'émouvoir,

Elle rétorque qu'il n'est rien

Qu'elle ne fasse pour le Bien.

Puis, d'un geste presque ennuyé,

Celeborn se voit congédié.

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Galadriel, Galadriel !

Où sont passés les jours de miel ?

Une ombre a envahi ton ciel

Et couvre la Lorien de fiel !

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Seule, il arrive qu'elle glisse

A son majeur le joyau lisse.

Un monde de brume s'ouvre alors,

Son palais prend des airs de mort.

Résonnent les cris déchirants

Des esprits morts dans les tourments;

Griffent les longs spectres blafards

Aux doigts et aux souffles fuyards.

Et au loin monte la voix sombre

De son Ennemi dans les ombres.

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Depuis que l'Anneau est à elle,

Il ne peut plus ignorer celle

Qui conclut de son nom vainqueur

Une lignée d'odieux voleurs.

La colère du seigneur gronde

Dans sa pupille moribonde.

Au loin, recluse dans ses terres,

La Porteuse sent, délétère,

La fureur, mais aussi l'effroi,

De Sauron qui retient son bras.

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Nul spectre par lui envoyé

En Lorien ne pourra entrer.

Sur son trône blanc, protégée,

La dame est hors de sa portée.

C'est donc son esprit qu'il assiège,

C'est en pensée qu'il tend son piège,

Espérant voir se fissurer

Sa blanche conscience emmurée.

Vaillante, la reine subit,

Les assauts de son ennemi,

Tandis que sur sa peau d'ivoire

Scintille l'Anneau de pouvoir.

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Hélas ! Les terribles murmures

Du sombre seigneur sans armure

Ont toujours trouvé l'interstice

Pour glisser leur fieffée malice

Dans l'esprit des puissants porteurs.

Nul n'a échappé au malheur,

Et elle, malgré sa splendeur,

Sent le poison emplir son cœur.

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Galadriel, Galadriel !

Où sont passés les jours de miel ?

Une ombre a envahi ton ciel

Et couvre la Lorien de fiel !

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Voilà que les sombres armées

Affluent en funestes traînées.

Autour de la verte Lorien,

Flambent les royaumes du bien.

Dans le silence des clairs bois

On ne peut entendre leurs voix

Mais sans entendre, même, on sait

Le sang, la mort, le froid, les plaies

Du triste monde enseveli

Que le Ténébreux asservit.

Sauron menace désormais

Son doux royaume de forêts.

Mais la reine ne cède pas.

Qu'il vienne ! Et on le recevra.

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Hardis et fiers, les verts archers

Passent leurs armes, vont à marcher,

Des collines montent l'appel

Du trône de Galadriel.

La reine a pris sa décision,

Celle de l'insoumission !

Derrière elle, seul, effacé,

Celui qu'on n'a pas écouté,

Celeborn tremble pour sa reine.

Dans ses rêves il a vu ses peines,

Il sait le fardeau qui la ronge,

Lui qui dormait près de ses songes,

Avant qu'elle le congédie !

Il redoute la tragédie

Qui s'abat sans qu'il puisse rien

Sur le vert bois de la Lorien.

Mais il n'est plus qu'ombre incertaine

Sans l'amour de sa souveraine.

Voilà qu'il assiste, impuissant,

Au triste anéantissement

Du rire qui l'avait charmé

Sur les lèvres de son aimée.

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Galadriel, Galadriel !

Où sont passés les jours de miel ?

Une ombre a envahi ton ciel

Et couvre la Lorien de fiel !

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Le long des collines en pleurs,

Là où se pressaient tant de fleurs,

S'écoulent des ruisseaux de sang.

Les corps atroces des mourants

Jonchent la plaine désolée.

Sur cet autel encor fumant,

On achève les orcs errants.

L'immense pouvoir de l'Unique

A soutenu l'armée elfique.

C'est à présent vers le Mordor

Que court la reine au casque d'or

Et sur sa poitrine sanglante

Brille la bague chatoyante.

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Voilà qu'ils s'élancent vers l'est,

Et c'est sans demander leur reste

Que fuient les tristes créatures

De l'ennemi contre nature.

La poursuite s'arrête aux portes

De la sinistre place forte

Par les Dunedain érigée

Et par Sauron appropriée.

La puissance elfe s'introduit

Sans heurt dans le plus noir pays.

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Voilà l'armée de la Lorien

Au pied de la tour du destin.

Là-haut, dans un feu qui tournoie,

Le ténébreux œil qui rougeoie.

Et dans un geste de défi,

Galadriel, sans peur, sourit.

Son bras se lève et sur son ordre

Un vent sombre monte et vient tordre

Les pierres noires et gémissantes

de Barad-dûr la chancelante.

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Le pouvoir déferle et balaye

Les armées noires sans pareil.

Avec un cri lugubre et sourd,

L'ouragan s'abat sur la tour,

Et dans un torrent de lumière

Le faîte s'effondre en poussière.

De l'obscur ultime rayon,

Telle fut la fin de Sauron,

Au bas de son trône jeté,

Par une reine en majesté.

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Galadriel, Galadriel !

Où sont passés les jours de miel ?

Une ombre a envahi ton ciel

Et couvre la Lorien de fiel !

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Le Mordor réduit à néant,

Dans les décombres encor sanglants,

S'avance un discret personnage.

C'est Elrond, aux paroles sages.

Dans les flammes il faut le jeter,

Tel est son conseil avisé

À la glorieuse vainqueure

Si l'on veut qu'enfin le mal meure.

Mais hélas, comme aux anciens jours,

On n'écouta pas son discours.

Avec un sourire glacé,

Galadriel s'est détournée.

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III

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Dans un triomphe inégalé,

En Lorien s'en est retourné

Le joyau au cou de la reine

Qui trône, belle et souveraine.

La terre du Milieu entière

Rend compte à la Porteuse altière.

Désormais, le monde appartient

Au vert royaume de Lorien.

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Peu à peu se répand la crainte

Autour des cœurs, sinistre étreinte.

Las, Celeborn s'en est allé.

Il est mort, peut-être, on ne sait.

La reine ne le pleure pas.

Refuse-t-elle son trépas ?

Non, car de son cœur fendillé

Tout amour s'est évaporé.

Au souvenir de son époux,

Il ne lui reste que courroux.

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Galadriel, Galadriel !

Où sont passés les jours de miel ?

Une ombre a envahi ton ciel

Et couvre la Lorien de fiel !

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Ô jours anciens, où êtes-vous ?

Sur le monde s'étend le joug

De l'Anneau par la main si fine

De la fille de Finarfin.

Elfes, nains, hobbits et humains

Tous ont résisté, mais en vain.

Nulle parole, nul effort,

N'a su la raisonner; alors

Les elfes ont fui, les nains sont morts,

Et les hobbits se sont terrés

Quand les humains ont trépassé.

Et les ents ? Détruits, eux aussi.

Orcs et gobelins : sans merci.

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Mais il reste encore un espoir.

Voici Gandalf qui vient la voir.

Saura-t-il ramener au bien

La reine blanche de Lorien ?

Hélas, son pouvoir d'Istari

Face à l'Anneau est affaibli,

Et comme tant d'autres avant lui,

Gandalf s'effondre, anéanti.

Dès lors, qui pourrait s'opposer

À la puissance incontestée

De celle à qui tout est acquis ?

Sur la Lorien tombe la nuit.

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Dans le désert de son palais,

Ne viennent guère de sujets.

La paix est là, mais quel ennui !

Tout est mort, hélas, tout a fui !

Mais qu'est-ce donc, une visite ?

Une ambassade de hobbits !

À leur tête marche Frodon.

Ses traits sont gris, sa barbe blanche,

Ridée, vieillie, sa tête flanche.

C'est d'une voix faible et tremblante

Qu'il supplie la toute-puissante.

Cela ne peut continuer,

L'Anneau doit être terrassé.

Elle le peut, il le sait bien,

Lui qui avait jadis fait sien

De Sauron le joyau doré.

Et dans un geste familier,

Sa main s'étend et s'ouvre nue.

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Galadriel hésite, émue,

Et frémit sous l'œil suppliant,

Mais soudain, sur un ton puissant,

Ordonne que l'on s'en empare.

Ses spectres les hobbits séparent

Et c'est sur un cri que Frodon

Est jeté dans quelque prison.

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Galadriel, Galadriel !

Où sont passés les jours de miel ?

Une ombre a envahi ton ciel

Et couvre la Lorien de fiel !

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Après bien des nuits sans sommeil,

La reine met fin à sa veille.

Comme au temps de la compagnie,

Sa marche traverse la nuit.

La mousse est fraîche sous son pied,

Dans la forêt si endeuillée.

C'est sous les racines profondes

Qu'elle a fait jeter tant de monde.

Au plus profond de ses cachots,

Résonnent de tristes sanglots.

Frodon pleure-t-il lui aussi ?

Plus que quelques pas : c'est ici.

Ô hésiterait-elle encore

La fière dame des Noldor ?

Hélas, elle est venue trop tard !

Dans les cruelles geôles noires,

L'ancien porteur, ombre menue,

Son dernier soupir a rendu !

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Galadriel soudain s'effondre,

De ses crimes elle doit répondre,

Qui est cette reine de glace

Devant laquelle elle s'efface ?

Où est son peuple, où sont les siens ?

Quelle est donc cette ombre sans fin

Qui sur les terres de Lorien

A tendu son voile d'airain ?

Pourquoi n'avoir pas écouté

Et son instinct, et ses alliés ?

Celeborn, Gandalf et Frodon

Galadriel pleure vos noms.

Fallait-il vraiment tant de morts

Pour que la dame des Noldor

Enfin revienne à la raison ?

Anneau vorace, Anneau félon !

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Galadriel, Galadriel !

Où sont passés les jours de miel ?

Une ombre a envahi ton ciel

Et couvre la Lorien de fiel !

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Les ans s'étendent sur le monde

Tels une brume couvrant l'onde.

Il n'est rien de plus solitaire

Que Galadriel sur la terre.

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Un jour, la reine s'est levée,

L'ombre de Sauron l'a gagnée.

Seule, elle se rend en Mordor,

Noir pays où règnent les morts,

Terre que hantent les fantômes,

Gisant sous les débris de heaumes.

Las ! Cette terre désolée

Ne l'est guère plus désormais

Que tout ce que Galadriel

A dû laisser derrière elle.

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La voici qui marche sans frein

Vers la montagne du Destin.

Sa robe blanche s'est noircie

Ses boucles blondes ont blanchi.

Sa peau diaphane vire au gris

Son port altier penche, soumis.

L'Anneau, lourd, vibrant de courroux,

Pèse à son cœur comme à son cou.

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Enfin son pied meurtri se pose

Sur le rebord du mont grandiose.

Sur le promontoire, elle avance.

De l'Anneau la sombre influence

Fait gronder le feu d'Orodruin

Plus fort que les flots de l'Anduin.

Au-dessus des flammes penchée,

Par la noire chaleur léchée,

Elle sent que sa volonté

À l'Anneau ne peut résister.

Si elle veut l'anéantir,

Avec lui elle doit partir.

Odieux tribut qu'exige encore

Cet Anneau tant gorgé de morts !

Mais il est désormais trop tard

Pour la dernière des Eldar.

Dans le feu prête à se jeter

Lui vient alors un chant dernier.

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DERNIÈRE PLAINTE DE GALADRIEL

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Jamais je ne te reviendrai

Ô Valinor, île de paix !

Pour jamais tu m'es interdite,

Ô Lorien par mes mains détruites !

Qu'en ces lieux où naquit l'horreur

Ma fin soit digne du Porteur !

Qu'avec Lui mon règne finisse,

Que l'orgueil des elfes périsse,

Que mon âme demeure seule

Et que le Feu soit mon linceul !

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Galadriel, Galadriel !

Où sont passés les jours de miel ?

Une ombre a envahi ton ciel

Et couvre la Lorien de fiel !

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