XIII - Premières amours


Au début du mois de septembre, Marinette repartit à Londres. Adrien de son côté entama la seconde année de son école d'ingénieur. Chloé, désormais aux Etats-Unis, lui manqua plus qu'il ne l'avait anticipé. Il ajouta donc dans son emploi du temps un entretien vidéo hebdomadaire avec son amie d'enfance, qui s'ajoutait à celui qu'il avait chaque jour avec son amoureuse.

Trois semaines après la rentrée, Adrien déjeuna dans un jardin public avec son nouveau groupe de travail. Il connaissait peu ses camarades, n'ayant jamais réellement eu de projet avec eux. Il devait bien constater que son retrait de la vie étudiante l'avait un peu coupé de ses pairs.

Il faisait beau. Ils étaient allés se prendre des plats à emporter dans une boulangerie – excepté Adrien qui amenait toujours le sandwich que lui préparait Tom – et s'étaient installés sur une des zones gazonnées du square. Ils discutèrent de divers sujets avant que la conversation ne porte sur un film qui avait eu du succès dernièrement et qui traitait des difficiles amours adolescentes.

— C'est bien connu, les premières amours finissent mal, prétendit Gregory, l'autre garçon du groupe.

— Pas forcément, opposa Ofelia, la fille qui se trouvait face à lui.

— Ah oui ? Comment s'est passé ton premier amour ? s'enquit Gregory.

— Qu'est-ce que tu appelles « premier amour ? » demanda Lucie qui était à côté d'Ofelia. Juste le premier coup de cœur ou la personne avec laquelle on est sorti en premier.

— Premier coup de cœur sérieux, trancha Gregory. Le premier qui t'a réellement bouleversé.

Ofelia sembla hésiter puis livra :

— C'était un garçon de mon lycée qui avait un an de plus que moi.

— Et tu es sortie avec lui ? l'interrogea Anissatou qui se trouvait près de Gregory

— Mhum, non. Par contre, je l'ai vu sortir avec au moins six filles en un an. Mais moi, il ne m'a jamais captée.

— Qu'est-ce qui est pire, ne jamais être remarquée ou se faire larguer en au bout de deux mois ? demanda Lucie.

— J'ai fini par me poser la question en ces termes et laisser tomber, convint Ofelia.

— Et toi, Lucie ? continua Gregory bien décidé à prouver la justesse de son opinion

— J'ai craqué pour un garçon qui habitait mon immeuble et avec qui j'étais amie. Mais j'ai jamais osé lui dire, conclut-elle. Mais je pense comme Ofelia, il doit bien y avoir des personnes dont le premier coup de cœur débouchant sur une relation satisfaisante, même si elle ne dure pas toute la vie.

Alors que Gregory se tournait vers Anissatou qui venait ensuite, Adrien mordit dans son sandwich, attendant son tour pour confirmer la position des deux filles.

— J'étais folle amoureuse d'Adrien Agreste, confia celle qui avait la parole.

Le concerné, totalement pris de court, faillit avaler de travers. Il s'en tira avec une petite toux, heureusement assez discrète pour ne pas trop attirer l'attention.

— C'est pas une vraie personne, protesta Ofelia.

— Comment ça ?

— Tu le connaissais vraiment ? fit préciser Ofelia. Une image dans un magazine, ça ne compte pas !

— C'est une vraie personne ! On sait que c'est le fils d'un grand couturier et qu'il habitait Paris. Il y a donc bien quelque part un garçon blond aux yeux verts qui s'appelle Adrien, maintint Anissatou.

— Bah oui, d'ailleurs il est à côté de toi, plaisanta Gregory.

Le cerveau d'Adrien se figea une seconde. Au secours, Milady !

Il vit que les quatre autres les regardaient, amusés pour la plupart – Anissatou semblait plutôt embarrassée. Il se reprit et se força à rire.

— J'aurais bien aimé à l'époque ! prétendit-il. Mais bon, personne ne s'y laissait prendre. (Il laissa une seconde s'écouler avant de conclure d'un ton piteux.) L'acné et l'appareil dentaire y étaient peut-être pour quelque chose.

Ses camarades éclatèrent de rire.

— Ça s'est pas mal arrangé depuis, nota Lucie.

Adrien lissa sa barbe et convint :

— Ouais, le dentiste a fait du bon boulot.

— Donc on est d'accord, encore un premier amour qui n'avait aucune chance, conclut Gregory en revenant vers Anissatou.

— Je crois que je n'ai jamais eu beaucoup d'espoir, convint-elle. Et toi, Gregory ?

— Je rêvais de Ladybug.

C'est pas vrai, ils veulent ma peau ! songea Adrien qui reposa son sandwich. Vu la manière dont se déroulait la conversation, il valait mieux ne pas prendre de risques.

— Ce n'est pas plus réaliste qu'Adrien Agreste ! triompha Anissatou.

— C'était la mascotte de Paris ? crut savoir Ofelia qui était Brésilienne.

— Pas du tout, la détrompa Lucie. On avait des attaques réelles de super-méchants et Ladybug et Chat Noir avaient des pouvoirs et se battait contre. C'était de vraies personnes, qui pouvaient devenir des super-héros pour nous défendre.

— Comme Black Widow et Iron Man, précisa Anissatou. Sauf qu'ils existaient.

— Mais, là non plus, vous ne connaissez pas la vraie personne sous le costume, maintint Ofelia. Votre Ladybug était peut-être totalement insignifiante en vrai, tout comme Adrien Agreste peut se révéler être un crétin.

Ofelia, t'es pas sympa ! s'indigna silencieusement Adrien.

— En tout cas, ce qu'on voyait dans la combinaison moulante de Ladybug était bien mignon, insista Gregory.

Non, mais tu te calmes, toi ! s'agaça Adrien. Il respira profondément et se mit à arracher les brins d'herbe qui se trouvaient à portée de sa main. Lucie résuma :

— En somme, Greg, ton premier amour était irréaliste. Et tu en déduis que c'est forcément le cas pour tout le monde.

— La plupart des premiers amours sont irréalistes, s'obstina-t-il. J'attends toujours qu'on me prouve le contraire.

— En tout cas, tu ne sembles pas t'en être remis, nota Ofelia. J'ai remarqué que tu ne draguais que des brunes aux yeux bleus.

— Bah oui, on ne sait jamais, admit Gregory. Elle doit bien être quelque part.

Tu peux toujours chercher, mon vieux ! songea Adrien revanchard. Elle n'est pas dans le coin.

— Et il ne t'est jamais venu à l'idée que si tu tombais sur elle, elle ne te le dirait pas ? questionna Lucie.

— Elle finirait bien par se trahir, assura Gregory.

Oui, par son incomparable manière de faire tomber sa tartine de confiture ou de bégayer, s'imagina Adrien en pensant à Marinette. Sans s'en rendre compte, il se mit à sourire, les yeux dans le vague.

— Eh, Adrien, tu es toujours avec nous ? l'interpella Lucie.

— Oui, oui, assura-t-il en revenant dans le temps présent.

— Tu penses à ton premier amour ? le taquina Ofelia.

— Exactement.

— Oh oh, raconte-nous ! demanda Lucie.

— Oh, rien d'extraordinaire, minimisa-t-il. Une fille de ma classe.

— Et tu as réussi à sortir avec elle ? interrogea Gregory.

— Tout à fait. Désolé de contredire ta théorie, prétendit Adrien.

— Ah, quand même, on en a un ! se félicita Ofelia.

— Ça a duré longtemps ? vérifia Gregory.

— Plutôt. Ça fait six ans.

— C'est ta copine actuelle ? comprit Ofelia.

— Oui.

— C'est ce qu'on appelle passer haut la main l'épreuve du premier amour, évalua Anissatou.

— J'ai eu de la chance, dit modestement Adrien.

— Attends, tu veux dire que tu n'es sorti qu'avec seule fille de toute ta vie ? réalisa Gregory.

Ben oui, moi, j'ai trouvé Ladybug du premier coup ! se félicita intérieurement Adrien.

— Pourquoi chercher ailleurs quand tu es avec la bonne personne ? interrogea-t-il à la place.

— Moi, je trouve ça drôlement bien, dit Anissatou. Tu penses que tu vas te marier avec elle ?

— Je l'espère. Mais on va commencer par terminer nos études et trouver un boulot.

— Tu parles déjà comme un vieux, se moqua Gregory.

— Et alors ? fit Adrien d'un ton amusé, blasé par ses discussions précédentes avec Chloé sur le ridicule qu'il était capable d'assumer.

— Tu viendras avec elle à la soirée samedi prochain ? s'enquit Lucie.

— Non, elle fait ses études à Londres.

— Ah ! Mais tu es libre de faire ce que tu veux, en fait, analysa Gregory.

— Bah non, pas vraiment.

— Tu crois vraiment qu'elle ne s'amuse pas de son côté ? insista son camarade.

— Tu sais, il y a un truc qui s'appelle la confiance, répondit sèchement Adrien. C'est assez fondamental dans une relation.

Gregory ne parut pas convaincu, mais les filles hochèrent la tête.

— Moi, si mon mec pense qu'il ne peut pas me faire confiance, je me méfierais de sa parole, commenta Anissatou.

— De toute façon, en amour, c'est chacun pour soi, prétendit Gregory.

— C'est pas un bon plan pour séduire Ladybug, se moqua Lucie. Elle m'avait tout l'air d'être une fille à principes. J'avais bien l'impression que Chat Noir avait intérêt à filer droit.

T'imagines pas à quel point, approuva Adrien se retenant de hocher la tête.

— Vous croyez qu'ils sortaient ensemble ? interrogea Anissatou.

C'est dingue comme cette question passionne les foules ! se désola Adrien qui aurait bien aimé reprendre son repas, mais qui n'osait toujours pas.

— Bien sûr que non ! s'insurgea Gregory sans surprendre personne.

— Personne n'en sait rien, avança Lucie.

— Je ne la vois pas trop attirée par un rigolo pareil, opposa Gregory.

Comme quoi, tu ne vois pas grand chose, songea à part lui Adrien.

— Et puis, il était trop moche ! continua Gregory.

Comment ça ?! s'étonna Adrien. Ah, il doit parler du chat-pitre.

— Il n'était pas si mal, jugea Lucie.

— Mais il s'était pris un râteau avec Ladybug, insista Gregory. Dans leur dernière interview, ses tentatives d'humour pour le cacher étaient pitoyables.

Nope, juste trop subtiles pour toi ! se félicita Adrien.

— En tout cas, il ne semble y avoir personne qui fantasme sur lui ici, remarqua Gregory. Il n'avait rien d'extraordinaire, au fond.

Toi, je t'emmerde ! pensa très fort Adrien.

— Je le trouvais assez drôle, moi, contredit Lucie. Mais je m'intéressais davantage à Ladybug. Je trouvais vachement cool d'avoir une fille aussi badass pour nous défendre. Elle, au moins, n'était pas un faire-valoir.

Oui, badass est le bon mot, songea Adrien satisfait de voir sa petite amie reconnue à sa juste valeur.

— Oh, je vois, tu es féministe, jugea Gregory d'un ton méprisant en direction de Lucie.

— Bien sûr, fit Lucie comme si c'était une évidence.

Les deux autres filles approuvèrent de la tête.

— Non mais, Adrien et moi, on peut s'en aller si on gêne ! râla Gregory.

— Mais, moi aussi, je suis féministe, revendiqua Adrien.

Lucie le regarda :

— C'est quoi, pour toi, être féministe ?

Adrien réfléchit :

— Encourager ma copine à aller faire ses études à Londres, parce qu'elle a du talent et que c'est la meilleure école qu'elle pouvait faire pour réussir plus tard, finit-il par définir.

— Pas mal, approuva Lucie. Dans quel domaine étudie-t-elle ?

— Le stylisme.

— Pour coudre des vêtements ? demanda Gregory.

— Non, pour lancer une marque à son nom ou ouvrir son propre magasin rue du Faubourg Saint-Honoré, explicita Adrien.

— Rien que ça ! fit Gregory un peu ironiquement.

— Elle a un don, elle est en train d'acquérir la formation et elle bosse dur. Pourquoi ne pas viser haut ? questionna Adrien.

— Ouais ! Adrien, t'es vraiment féministe ! le félicita Lucie.

— Tu pourrais nous montrer ce qu'elle fait ? s'intéressa Ofelia.

— J'ai des photos, proposa Adrien qui regretta de ne rien porter sur lui venant d'elle ce jour-là.

— Fais voir !

Il ouvrit son téléphone et positionna la galerie sur le dossier de la séance de pose de Kylian et Chloé dans la forêt. Il passa l'appareil à Ofelia qui le tint de manière à ce que Anissatou et Lucie puissent voir aussi.

— C'est qui le garçon ? demanda Lucie.

— Un copain à moi qui a accepté de poser pour elle. La fille est une amie, aussi.

— Et toi, elle ne t'a pas demandé ? s'étonna Anissatou.

— Je ne suis pas photogénique, prétendit Adrien.

Lucie lui lança un regard intrigué avant de reporter son attention vers l'écran. Ofelia fit défiler les images de l'album et Adrien se félicita de ne pas y avoir mis les portraits que Nathaniel avait tirés de Marinette et lui. Il n'avait laissé que les photos de groupe à la fin de la séquence.

— C'est pas mal, approuva Ofelia qui regardait avec attention la collection présentée. J'aime bien ce qu'elle fait. C'est vraiment seyant.

— Et c'est gai, avec toutes ces couleurs, approuva Anissatou.

Lucie se contenta de hocher la tête avec approbation. Gregory se pencha en avant, comme s'il était curieux de voir, lui aussi, puis se recula, jugeant sans doute que ce n'était pas assez viril. Les filles arrivèrent à la fin de la série.

— Ta petite amie, c'est celle qui te cache à moitié ? demanda Lucie en regardant la photo de groupe.

— Oui, c'est ça.

— Une brune aux yeux bleus, commenta Ofelia. Vous faites une fixation, tous les deux, ou quoi ? interrogea-t-elle en secouant ses boucles châtain.

— Fan de Ladybug toi aussi ? demanda Lucie à Adrien.

— Je l'admirais, bien sûr, fit-il prudemment, mais elle était assez inatteignable. Je me suis donc intéressée à ma déléguée de classe qui se battait contre les injustices. C'était moins spectaculaire, mais loin d'être inutile.

— Largement plus réaliste, approuva Ofelia.

— Ouais, elle est mignonne, jugea Gregory qui s'était déplacé pour voir la photo.

— Je suis touché par ton approbation, ironisa Adrien.

— Je lui souhaite de réussir, dit Lucie en soustrayant l'appareil des yeux de Gregory pour le rendre à son propriétaire. Tu as raison, elle a du talent.

— On y va ? proposa Anissatou. On va être en retard.

Pendant que les autres rassemblaient leurs affaires, Adrien se dépêcha de terminer enfin son sandwich.

oOo

Adrien n'était encore pas totalement remis de cette conversation quand il la restitua à Marinette ce soir-là.

— Mon pauvre chaton. Ça a dû faire très bizarre.

— Totalement surréaliste, confirma Adrien. Quand la conversation s'est terminée, j'avais plus un poil de sec !

— Mais je croyais que tu gérais ça depuis des années ? s'étonna Marinette.

— C'est le fait que ça partait dans tous les sens qui était compliqué, analysa son petit ami. Passer d'Adrien Agreste à Ladybug m'a déstabilisé.

— J'avais jamais réalisé qu'on pouvait mater mes formes sous ma combinaison moulante, confia-t-elle. Je pense que je vais adopter ta philosophie : seuls les actes comptent. Ce que pensent les autres n'est pas mon problème.

— En fait, c'est pas qu'il ait fantasmé dessus qui me dérange, c'est qu'il en ait parlé, précisa Adrien. J'ai pas adoré sa manière de considérer les autres, de manière générale. Le simple fait de nous interroger sur nos premiers coups de cœur était limite. On ne se connait pas tant que ça. Je ne sais pas si j'aurais répondu si je n'avais pas eu l'occasion de le contredire par notre histoire.

— T'aurais pas été un peu mesquin ?

— Si, j'assume. Fallait bien que je défende ton honneur, Milady. Il n'avait qu'à garder ses remarques anatomiques pour lui. Et le fait qu'il considère qu'on pourrait se tromper simplement parce qu'on a la possibilité de le faire ni vu ni connu ne m'a pas plu non plus. C'est quoi cette mentalité ?

— Tout le monde ne peut pas désirer avec une relation longue et stable, temporisa Marinette.

— Ce n'est pas la question. Alya et Nino changent régulièrement de petits amis, ils ont des rencontres d'un soir, mais ils ne mentent pas aux autres pour autant. Et je pense qu'ils seraient choqués à l'idée que nous donnions des coups de canif à notre contrat, sous prétexte qu'on vit séparés.

— Oui, sans doute….

— Tu n'as pas l'air très convaincue.

— Si, si, je suis simplement en train de réfléchir à la manière dont se conduisent mes amis et quel est leur rapport à la vérité et la confiance.

— Et ?

— Y'en a quand même pas mal qui trompent leurs petits amis restés au pays et qui ne leur disent pas. Ils pensent que ce n'est pas assez important pour mettre en péril leur relation.

— Ah.

— Tu as peur que je fasse pareil ?

Adrien réfléchit.

— Fondamentalement, non. On s'est toujours fait confiance et tu as toujours été honnête avec moi. Mais oui, puisqu'on en parle, et peut-être aussi à cause de cette conversation qui a été délicate, je me demande…. Je sais que je suis fragile, concernant notre relation. Je ne t'imagine pas me cacher quelque chose par lâcheté. Mais pour m'épargner, j'avoue que je ne sais pas trop…

— Non, Chaton, je ne veux rien te cacher, ce n'est pas sain ! Quand j'ai croisé ton père, je savais que cela inquiéterait, j'avais pas follement envie d'en parler avec toi. Mais je n'ai pas un instant imaginé ne pas le faire. Je savais que ce serait pire pour toi si tu l'apprenais par d'autres sources.

— Mais si tu avais été certaine que je ne pouvais pas l'apprendre, tu n'aurais pas hésité ?

— Je n'aurais pas pu te le cacher, assura Marinette. Tu sais comment je suis quand je suis stressée.

— Et si…

Soudain, Adrien comprit pourquoi la conversation du midi lui était restée en travers de la gorge. Les questions de Gregory avaient fait émerger une crainte enfouie en lui.

— Si jamais tu m'aimais moins, continua-t-il, si tu te rendais compte que tu veux reprendre ta liberté, ou si tu rencontres quelqu'un qui te plaît... Non, laisse-moi finir, dit-il en voyant qu'elle allait répondre. Je veux que tu me promettes de ne pas rester avec moi parce que tu as peur que je m'effondre. Je ne veux pas que tu t'empêches de vivre ta vie par devoir ou par compassion. Je ne dis pas que je le prendrais bien, mais j'y survivrais.

— Chaton, je… Tu crois vraiment que si mes sentiments changeaient ou si je faisais une connerie, un coup de canif comme tu dis, je pourrais simplement faire comme si... si de rien n'était ? Je… je me mettrais à ba… bafouiller, à... à rougir. Non, mais tu vois déjà dans quel état je suis rien que d'y penser ?

— Je suis désolé, je n'aurais pas dû dire ça.

— Non, mais non. Si tu as des doutes, faut en parler. Je… je… Attends, je vais y arriver. (Elle inspira profondément). Tu n'es pas si fragile. Enfin, si, ok, tu paniques à l'idée qu'il m'arrive quelque chose, et on sait pourquoi. Mais concernant notre relation, j'y tiens autant que toi. Moi aussi j'ai flippé quand Nino et Alya se sont séparés. Quand elle me l'a appris, j'étais en larmes. Ça m'a fait tellement de bien que tu viennes à Londres juste après. Si je reviens régulièrement ou que je tente de trouver des stages en France, c'est autant pour toi que pour moi.

— Ma Lady…

— Je t'aime, Adrien. Moi aussi, on me fait comprendre que rester avec son premier petit ami, c'est ringard, mais je sais que c'est ce qui nous convient. On a vécu des choses qu'on ne peut partager avec personne d'autre. Et puis, tu m'apportes tellement ! Notre relation me porte, m'encourage. Je sais que tu veux que je réussisse, que tu es fier de mes succès et ça me pousse à me dépasser. Je peux t'avouer mes échecs, parce que tu m'aideras à les surmonter sans me juger négativement. Même quand je suis ridicule, tu arrives à me trouver mignonne. Et je veux être ça pour toi aussi.

— Tu l'es, Milady. Tu es la première personne qui m'a accepté comme j'étais avec mes défauts.

— Tu as d'immenses qualités, mon chaton. Je ne pense pas qu'on fasse mieux sur le marché. Différent, peut-être, mais pas mieux.

— Avec mes blagues nulles?

— Même quand elles ne me font pas rire, tu as l'air tellement content de toi que je trouve ça mignon et réjouissant. Et puis bon, si j'arrêtais de protester, tu t'inquiéterais, non ?

— Oui, c'est vrai. En fait, je le prends comme la preuve que tu peux m'aimer, même quand je suis agaçant.

— Je confirme que, même quand je suis très agacée contre toi, je t'aime toujours autant, mon chaton. Déjà, du temps où tu étais Chat Noir, même quand tu prenais des risques que je n'approuvais pas, ou que tu plaisantais au lieu de te concentrer, je t'appréciais énormément. Je te l'aurais davantage montré si je n'avais pas eu peur de te donner de faux espoirs.

— J'ai été vraiment lourd avec toi, je suis désolé.

— Et moi, j'étais pas toujours très sympa. On avait quatorze ans, Adrien, on faisait ce qu'on pouvait. On ne savait pas gérer correctement nos sentiments.

— Oui, c'est dingue ce qu'on a dû apprendre cette année-là…

— Elle nous a construite, c'est vrai.

Ils se turent un instant, se souriant, perdus dans leurs souvenirs.

Puis Marinette reprit :

— Je veux bien promettre de te le dire si je sens qu'entre nous ce n'est plus comme avant ou si je fais une bêtise. Mais toi aussi, tu dois t'engager à faire pareil. C'est pas parce qu'on t'a accueilli quand tu avais quinze ans que tu dois m'éviter une peine de cœur.

— Ouais, d'accord, dit Adrien. Mais bon sang, j'espère qu'on n'en arrivera pas là !

Ils se regardèrent, tentant de se transmettre par écran interposé ce qu'ils auraient voulu échanger en se serrant dans les bras. Puis Marinette eut un sourire gêné avant de dire :

— Puisqu'on abordé la question des confidences, j'ai une question sur la limite entre les pensées et les actes. Si je vois un type et que je me dis « Celui-là, si j'étais célibataire, je ne dirais pas non » et que je le mate un peu, cela reste une simple pensée ?

— Tant que tu te rappelles que tu n'es pas célibataire, que tu ne le dragues pas et que tu ne l'encourages pas à te draguer, ça ne compte pas, confirma Adrien. Comme certaines réactions spontanées de mon corps quand les filles se penchent un peu trop. On est amoureux, pas totalement aveugles ou insensibles. Bien entendu, il ne faut pas trop s'y complaire. Si on joue trop avec ça, au bout d'un moment, faut quand même se poser des questions.

— D'accord, je vois.

— C'est bon, t'es toujours dans les clous ? s'enquit Adrien, bien que certain de la réponse positive du fait de l'expression tranquille de Marinette.

— Oui, sans problème, mon minou. Et toi ?

— Pareil, Milady.

oOo

Le vendredi suivant, quand Adrien rentra à 20 h, Sabine et Tom étaient en train de ranger la boutique.

— Besoin d'un coup de main ? demanda-t-il en passant.

— Non, monte vite, tu as de la visite, lui dit Sabine avec un bon sourire.

Adrien grimpa les escaliers, se demandant si c'était Nino, Alya ou Kylian.

Il ouvrit la porte, et découvrit Marinette en train de mettre la table. Il resta figé une seconde avant de s'élancer pour la prendre dans ses bras.

— Ma Lady ? dit-il après l'avoir embrassé. Tu es revenue pour une raison particulière ?

— Oui, j'avais trop envie de te voir !

Il la serra de nouveau contre lui avant de prendre un peu de recul.

— Tout va bien ? insista-t-il.

— Oui, tu me manquais affreusement, c'est tout. Je me suis arrangée pour mon boulot, j'ai pris un billet de train et me voilà. On ne peut pas toujours être raisonnable.

— Non, on ne peut pas, confirma-t-il en enfouissant son visage dans son cou et en la serrant fort contre lui.

oOo

Ce soir-là, alors qu'ils étaient lovés l'un contre l'autre dans leur lit, pas encore endormis, Adrien demanda :

— C'est à cause de notre conversation de l'autre jour sur notre relation que tu as eu besoin de venir ?

— Oui ça a joué. Tu me manques tout le temps, Chaton, mais j'arrive normalement à mettre ça de côté pour me concentrer sur mes études et m'amuser avec mon groupe d'amis – parce que ça serait quand même stupide de passer cinq ans à pleurnicher. Après notre conversation, le manque est revenu sur le milieu de la scène, et j'ai pas réussi à m'en débarrasser. T'es pas le seul à avoir du mal avec notre séparation, Chaton.

— Faut qu'on tienne, ma Lady, psalmodie Adrien en se blottissant encore plus étroitement contre elle.

— On va tenir, mais on a le droit de se retrouver si c'est trop dur, tant que cela ne nuit pas à nos études.

— Mais comment tu vas payer ton aller-retour, en train en plus ? Sans compter les heures que tu n'as pas faites à ton boulot.

— Je rattraperai dans la semaine. Et je vais voir si je ne peux pas faire d'autres heures en soirée dans un restaurant.

— Tu vas t'épuiser, protesta Adrien.

— Je supporterai mieux un peu de fatigue qu'un week-end loin de toi quand j'ai besoin de te voir.

— J'aimerais travailler davantage, avoua Adrien. Mais si je le fais, j'aiderais moins tes parents, et ça m'ennuie. Je sais que les heures que je fais en boutique ou au fournil les soulagent. Déjà que je leur donne du boulot en plus, avec tous mes amis qui passent ici.

— Ils aiment être entourés de jeunes. Et merci de les aider autant, ils apprécient. Mais si tu veux bosser davantage ailleurs pour que je puisse revenir plus souvent, ils seront contents aussi. Fais comme tu le sens, tant que cela ne fait pas baisser tes notes.

— T'inquiète pas pour ça. Je passe pour un mec hyper sérieux à l'école.

— C'est bien.

— En fait, non. C'est pas vraiment un compliment. Après avoir passé deux ans à bosser comme des dingues, on est supposés s'amuser, aller aux fêtes, participer aux associations d'étudiants. Comme je préfère sortir avec nos amis, bosser pour avoir un peu d'argent, je dois faire un peu bonnet de nuit. Pour faire preuve de bonne volonté, j'avais décidé d'aller à la fête prévue demain soir. Mais comme tu es là, je pense que je vais me faire porter pâle.

— Pourquoi ?

— Ben, tu veux y aller ?

— Pourquoi pas ? On pourra danser ?

— Je pense, oui.

— Ça me tente, alors.

— Ok, allons-y.


Ok, la discussion au début du chapitre, c'était pour me faire plaisir, limite fan service (:-P) Mais je me suis bien amusée à l'écrire. J'espère qu'elle vous a au moins fait sourire.

Le prochain chapitre s'appelle "En avoir le coeur net".