Dean repensa au message que son frère avait laissé sur son téléphone après avoir appelé la veille. Trois messages en six mois à quelqu'un à qui on a parlé tous les jours de sa vie, ce n'est pas grand chose. Mais c'est toujours mieux que les zéros que Dean a laissé.

La première fois, il avait eu droit à un semblant d'explications : je suis désolé d'être parti comme ça, je voulais juste faire des études, je ne vous abandonne pas. Ça avait mit Dean encore plus en colère qu'il ne l'était déjà. Jamais il n'avait imaginé que Sam puisse être à ce point égoïste, que tout le temps qu'ils avaient passés ensemble, tout ce qu'ils avaient vécu, n'était rien pour lui. Comment son frère pouvait il imaginer qu'un simple message règlerait tout ? Ce n'était pas lui qui allait devoir chasser aux côtés d'un père encore plus furieux contre la vie qu'il ne l'était avant.

Puis, quelques mois plus tard, un autre appel, suivi d'un message demandant des nouvelles que Dean avait choisi d'ignorer aussi. Et hier soir, un troisième message, différent celui là : « Oui Dean, c'est Sam. Ton petit frère, au cas où tu aurais oublié. Écoute je sais que tu m'en veux, mais je voulais juste faire ce que j'ai toujours voulu faire, des études, et ça ne veut pas dire couper complètement les ponts avec toi. Sauf si c'est ce que tu veux, ce qui est le cas visiblement. » Il n'était pas nécessaire de connaître par cœur Sam pour se rendre compte qu'il était en colère. Qu'il commençait à perdre patience, et que si Dean continuait à l'ignorer, il n'y aurait peut-être pas de quatrième message.

- Dean, ça va ?

Dean sortit de ses pensées et leva les yeux vers Bobby qui le regardait en fronçant les sourcils. Après une chasse pas très loin de Sioux Falls, John et son fils avaient décidé de se reposer quelques jours chez leur vieil ami.

- Oui, ça va.

Dean hésita un instant, puis profitant que son père soit parti faire des courses, il demanda :

- Dis moi Bobby, est ce que tu as eu des nouvelles de Sam depuis qu'il est à Stanford ?

Il avait essayé d'adopter un ton neutre mais il était évident qu'il avait échoué. C'était la première fois qu'il prononçait à voix haute le prénom de son frère depuis qu'il avait appelé Bobby en larmes le soir où il était parti. John faisait comme si rien ne s'était passé, qu'il n'avait jamais eu de fils cadet, même si Dean l'avait une fois surpris en train de faire des recherches sur Stanford. C'était comme si Sam n'existait plus. Pourtant il ne passait pas un jour sans que Dean ne pense à lui.

- Il m'envoie quelques cartes postales par ci par là pour me raconter ce qu'il fait.

Dean s'entendit balbutier :

- Quoi ?

Il était persuadé que Sam avait coupé tous les ponts avec sa vie passée. Sans qu'il ne comprenne pourquoi, apprendre que Bobby avait régulièrement des nouvelles de son frère le rendait malade.

- Et toi ? T'as parlé un peu à ton frère depuis ?

Dean hésita un instant puis dit :

- Il m'a appelé et laissé des messages. Trois fois.

Il n'avait pas besoin d'en dire plus pour que Bobby devine que Dean n'avait jamais rappelé. Il s'asseya en face de son presque-fils-adoptif et demanda gentiment :

- T'es toujours fâché contre lui ?

Dean hésita. Il avait été furieux contre Sam, prenant son départ comme la plus grande trahison possible, se disant que ce n'était même plus son frère et qu'il ne lui pardonnerait jamais, que c'était le prix à payer pour l'avoir abandonné. Cependant une petite voix dans sa tête lui disait que même si Sam ne lui avait jamais dit qu'il s'était inscrit à Stanford, cela faisait des années que son frère leur répétait à John et lui qu'il voulait faire des études, que chasser le rendait malheureux, et pendant toutes ses années ils l'avaient fait taire en lui répétant que ça n'arriverait jamais. Et quelque part il était fier de Sam, fier qu'il ait malgré tout réalisé son rêve, et peut-être que la colère de Dean était aussi dirigée contre lui même pour ne pas avoir été là pour aider son petit frère dans ce projet.

- Je ne sais pas, non je ne crois pas. Mais c'est tellement dur Bobby.

La voix de Dean se brisa en prononçant les derniers mots.

- C'est tellement dur de devoir continuer sans lui, de pas pouvoir rire et décompresser avec lui après une chasse compliquée, de devoir passer les soirées sans papa seul ou dans des bars miteux au lieu de regarder des films débiles avec mon frère, de devoir m'occuper des recherches sur une chasse en sachant que j'y arrive beaucoup moins bien que lui, et je suis désolé Bobby mais c'est encore plus dur quand je viens ici et que je dois dormir en face d'un lit vide.

Bobby resta silencieux un moment, puis il dit :

- Je sais Dean que c'est dur, mais peut-être qu'appeler ton frère une fois de temps en temps pourrait aider un petit peu, tu ne crois pas ?

————

Sam était assit à son bureau en train d'essayer d'apprendre ce fichu cours de droit qui ne voulait pas rentrer, quand son téléphone sonna. Il resta pétrifié un instant en voyant le nom, se demandant si c'était la fatigue qui le faisait halluciner, puis il décrocha d'une main tremblante.

- Dean ?

- Heya Sammy !