Dean entendit toquer à la porte et vit l'ange debout sur le seuil.
- Tiens, je me rappelais pas qu'on t'avait donné les clés du bunker.
- Euh, je ne suis pas passé par la porte d'entrée, je suis apparu...
- Je sais Cas, je sais.
Dean soupira, s'efforçant de se calmer. D'habitude, le fait que son ami ne comprenne pas l'ironie l'amusait, mais aujourd'hui il n'était pas vraiment d'humeur. Castiel demanda :
- Qu'est-ce que tu fais dans la chambre de Sam ? Où est-il ?
Dean ferma les yeux un instants, puis dit la gorge serrée :
- Il est à l'hôpital. Pour ces... hallucinations.
- Ces hallucinations ? Demanda l'ange. Je croyais que c'était fini.
- Moi aussi je le croyais.
Dean sentit la culpabilité l'envahir. Ce n'était pas la vérité. Cela faisait plusieurs jours que Sam lui avait dit qu'il avait recommencé à voir Lucifer et que cela l'empêchait de dormir. Mais ils avaient tellement de problèmes, tellement de choses à gérer depuis la mort de Bobby, et puis Sam n'avait pas l'air aussi mal que l'époque où ça avait commencé, alors Dean s'était juste voilé la face en se disant que ça irait mieux. Mais voilà que ce matin il avait reçu un appel de l'hôpital qui lui disait que son frère s'était fait renverser par une voiture, et que s'il n'y avait rien de grave de ce côté là, Sam se trouvait cependant en plein milieu d'une crise psychotique et qu'il devait donc rester hospitalisé le temps que ça s'arrange.
Dean l'avait laissé sortir seul la veille, et il n'avait même pas attendu que son frère rentre pour aller se coucher. Sam n'était pas rentré.
- J'essaie de lui emmener quelques affaires, dit Dean en essayant de chasser de sa tête ses pensées. Je sais qu'il aimait bien ce livre, et puis son ordinateur et un jeu. Je ne sais pas trop ce que je pourrais lui emmener d'autre...
Castiel regarda le sac posé sur le lit, puis il s'efforça de sourir à son ami.
- Je pense que ça lui fera très plaisir. Dis moi si je peux faire quoique ce soit.
Dean haussa les épaules.
- Je vais aller passer l'après-midi avec lui, mais ils n'acceptent qu'un seul visiteur, donc je ne pense pas que tu puisses le voir tout de suite. Par contre Cas...je vais arrêter de chasser le temps...le temps qu'il aille mieux.
- Oui évidemment.
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Dean toqua à la porte que lui avait indiquée l'infirmière puis il entra la gorge serrée. Sam était assit sur un lit simple, un bras dans le plâtre, et il avait l'air épuisé. Dean rapprocha la seule chaise de la pièce et s'assit à côté de lui.
- Hey Sammy. Comment tu vas ?
Sam lui sourit faiblement puis haussa les épaules.
- Ça va. J'ai été pire.
- Pire comme hier soir tu veux dire ? Murmura Dean.
Sam ne répondit rien.
- Ecoute Sam, je suis désolé. Je ne pensais pas que c'était à ce point, je...
- Laisse tomber Dean.
Ils restèrent silencieux un instant, puis Dean, ne sachant quoi dire, attrapa le sac qui était à ses pieds.
- Je t'ai emmené quelques occupations ! Un jeu d'échec, dit il tout en déballant les affaires et les posant sur la table de nuit, ton ordinateur - pas pour travailler bien sûr, mais si tu veux regarder un film - et un livre, je crois que tu l'aimais bien celui là...
Sam sourit puis murmura :
- Merci Dean, mais je crois que je suis trop fatigué pour faire quoique ce soit.
Dean hocha doucement la tête puis dit :
- Pourquoi est ce que tu n'essaies pas de dormir alors ?
Sam fronça les sourcils et Dean s'empressa d'ajouter :
- Oui, je sais que c'est compliqué avec tes hallucinations, mais t'en as vraiment besoin Sam. Et tu n'es pas tout seul, je suis là et je reste là. Si jamais tu fais un cauchemar ou que ça ne va pas, je serai là.
Sam réfléchit à la proposition. Cela faisait maintenant cinq jours que dès qu'il essayait de fermer les yeux, c'était l'enfer. Mais Dean avait raison, il fallait qu'il arrive à dormir à un moment ou un autre, il ne pourrait pas tenir comme ça encore longtemps. Alors il s'allongea et ferma les yeux. Lucifer était là, dans un coin de la pièce, mais le bruit du clavier de l'ordinateur à côté de lui lui rappelait que son frère était là, et il finit par s'endormir.
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Dean ferma enfin l'ordinateur, après plusieurs heures passées dessus où il avait essayé d'ignorer les nombreux cas à travers le pays qui auraient nécessité son attention. Il jeta un coup d'œil à son frère qui d'après sa respiration profonde dormait toujours, puis il prit le livre sur la table de nuit et commença à le feuilleter. Il n'avait jamais été un grand lecteur, contrairement à Sam qui adorait lire. Dean ne comptait plus le nombre de fois où il avait vu son petit frère avec ce livre entre les mains. Il l'avait même gardé avec lui pendant leurs années de cavale où ils passaient d'un motel à un autre. A la fin du livre Dean trouva une vieille photo où on le voyait, âgé d'une quizaine d'années, avec Sam qui avait son bras passé autour de son épaule. Dean sourit, ému. Il ne savait même pas que Sam avait des photos d'eux.
- Non, non ...
Dean leva les yeux vers son frère, les sourcils froncés, tout en reposant le livre. Sam n'était pas vraiment réveillé, mais il était agité et murmurait :
- Non s'il vous plaît, laissez moi.
Dean se leva d'un bond puis fit le tour du lit et prit son frère par les épaules.
- Sam !
- Non non je vous en supplie !
- SAM !
Sam se réveilla en sursaut et s'éloigna de son frère avec un regard effrayé. Dean ne lâcha pas les épaules de son frère et s'exclama :
- Bon dieu Sammy c'est moi, c'est Dean.
Le visage de Sam se relâcha considérablement et il murmura :
- Dean...
Quand il fut sûr que Sam était calmé Dean le lâcha et s'assit sur le bord du lit.
- J'ai fait un cauchemar.
- Oui j'avais remarqué. Tu veux en parler ?
Sam regardait dans un coin de la pièce, l'air toujours choqué.
- Sam ?
Son frère se tourna de nouveau vers lui, l'air perdu.
- Non, ça va, tout va bien.
- Tu veux que j'aille te chercher un verre d'eau ?
Sam agrippa le bras de son frère et dit d'un ton suppliant :
- Non non reste avec moi s'il te plaît !
Il dut remarquer l'inquiétude dans le visage de Dean car il lui lâcha le bras aussi soudainement qu'il l'avait attrapé et ajouta d'un ton calme :
- Je n'ai pas soif, merci.
Dean garda les sourcils froncés, inquiet, fixant du regard Sam qui continuait à jeter des coups d'œil dans le coin de la pièce. Il ne savait pas vraiment quelle stratégie adopter, puis il s'efforça de sourir et s'exclama :
- T'as dormi 6h, c'est pas top ça ?
Sam sourit et murmura :
- Merci.
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Sam contemplait d'un air de dégoût le message de son frère : « J'aide Cas sur une affaire, j'arrive dès que j'ai fini ».
- Qu'est-ce que tu veux, tu sais très bien que Dean ne peut pas vivre sans chasser. S'occuper de son frère malade, c'est secondaire. Il aimerait bien s'en passer.
- Tais toi, dit Sam entre ses dents en regardant Lucifer d'un œil noir. Tu m'as torturé toute la nuit, tu pourrais pas arrêter deux secondes ?
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- Hey ! S'exclama Dean en entrant dans la chambre d'hôpital. Comment ça va ? Regarde, je t'ai pris de la tarte !
Son frère le fusilla du regard.
- Alors, vous avez bien bossé avec Cas ? Tu sais si tu préfères chasser vas y, je n'ai pas besoin de toi ici.
Le sourire de Dean disparut de son visage, mais il n'essaya de ne pas trop porter attention au regard dur de Sam.
- Non non, je ne chasse pas, pas tant que tu n'es pas sorti d'affaire. Cas m'a juste demandé un peu d'aide sur son histoire de guerre au paradis mais c'est tout.
- Et tu ne pouvais pas lui dire non ? Lui dire que ton frère était à l'hôpital ?
- Sammy, je suis arrivé...10 min après l'ouverture des visites, dit Dean après avoir regardé sa montre, et je suis là toute la journée.
- Tu sais il serait temps que tu arrêtes de faire semblant de te soucier de moi. Papa n'est plus là, tu peux arrêter de jouer la comédie, c'est bon.
- Enfin Sam, bien sûr que je ne fais pas semblant de...
- Mais si, t'en as rien à foutre de ce que j'ai ! S'écria Sam. Tu m'amènes un jeu et un bouquin comme si j'avais la tête à ça, comme si tout allait bien ! Depuis le début ça te gonfle cette histoire, tu préfères ne pas t'en occuper, alors ne t'en occupe pas, pars !
- Sammy...
- PARS !
Sam s'était levé, et même s'il était chancelant sur ses jambes fatiguées, il restait plus grand que Dean et son visage en colère le rendait menaçant. Il mit la main sur le bouton permettant d'appeler les infirmières et dit :
- Si tu ne pars pas maintenant j'appelle les infirmières pour qu'elles s'en occupent.
Dean resta un instant silencieux, le visage fermé, et dit d'une voix rauque :
- Je te laisse la tarte ?
Il crut un instant que Sam allait le frapper.
- C'est toi qui aime la tarte, pas moi, alors arrête !
Dean hocha lentement la tête, puis quitta la chambre.
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Le docteur Delto s'apprêtait à commencer son tour de visite quand elle s'arrêta devant un homme assit dans le couloir.
- Bonjour, je peux vous aider ?
- Non non ça va merci.
- Excusez moi, mais l'accès à ce couloir n'est pas autorisé au public en dehors des visites.
L'homme leva les yeux vers elle et dit d'un air menaçant :
- Je suis le frère de Sam Winchester.
- Oh, vous êtes Dean ?
Elle vit l'homme hausser les sourcils d'un air surprit et elle s'assit à côté de lui en souriant :
- Je suis son médecin et il m'a beaucoup parlé de vous vous savez.
Dean ne dit rien et le docteur demanda :
- Pourquoi est ce que vous n'êtes pas avec lui ?
- Sam n'avait pas l'air d'avoir très envie de me voir aujourd'hui, dit il avec un sourire forcé.
Marie Delto hocha la tête comme si elle comprenait, puis elle dit d'une voix douce :
- Vous savez, Sam a passé une nuit...difficile. Les hallucinations étaient très fortes et ça a été très difficile de le calmer. Du coup ce qu'il a pu vous dire ce matin... je pense que c'est une conséquence de ça, de sa fatigue, physique et morale. Mais il a besoin de vous, en tout cas c'est ce qu'il en est ressorti de mes consultations avec lui.
Dean resta un long moment à la regarder, silencieux, puis la docteure se leva et lui dit :
- Je vais aller le voir, parler un peu avec lui, et après je vous fais rentrer, d'accord ?
Dean hocha la tête, essayant d'oublier la colère de Sam et sa réaction s'il le voyait revenir dix minutes après qu'il lui ai crié de partir.
Il regarda la médecin aller jusqu'à la chambre de Sam. Elle s'arrêta à la fenêtre, puis fit signe à Dean de venir.
A travers les persiennes, Dean pouvait voir Sam allongé sur le lit, lui tournant le dos, son corps secoué de sanglots. Dean eut l'impression qu'une main invisible lui serrait les entrailles. Cela faisait très longtemps qu'il n'avait pas vu Sam pleurer.
- Peut-être que c'est mieux que ce soit directement vous qui alliez le voir, lui dit gentiment le médecin.
Dean poussa lentement la porte de la chambre et murmura :
- C'est moi Sammy.
Il n'entendit pas de protestations de la part de son frère, alors il fit le tour du lit et alla s'asseoir à côté de lui. Sam se cachait le visage avec son bras, mais Dean pouvait voir les larmes mouiller le matelas. Il posa doucement sa main sur l'épaule de son petit frère et commença à lui parler :
- Ecoute Sammy, je suis désolé de ne pas m'être préoccupé de toi ces derniers jours. Vraiment. Mais maintenant je suis là, je te promets, et je vais t'aider à aller mieux. Car ça va aller mieux Sam. Je ne dis pas que ça va être facile, mais on va y arriver. Comme on y arrive toujours. Et pour ce qui est de chasser, évidemment que je ne vais pas y aller maintenant. De toutes façons je suis incapable d'y aller seul, je me ferai tuer en deux secondes sans toi.
Dean vit Sam rire malgré ses larmes et cela lui réchauffa un peu le cœur.
