Disclaimer : Harry Potter appartient entièrement et uniquement à J.K. Rowling. Je ne fais qu'écrire des fanfictions dessus à mes heures perdues.


Chapitre II

Samedi 12 juillet 2025 – Non loin d'Oxford Street

Hayden essuya ses mains moites sur son pantalon et regarda autour de lui, particulièrement inquiet. Il était tout sauf à sa place, définitivement. Pourquoi est-ce que Lily Potter lui donnait rendez-vous dans une rue déserte… située à côté des plus grosses avenues commerçantes de Londres ?

Il jeta un œil à sa montre, cadeau de ses dix-sept ans, qui correspondait totalement à sa personnalité – froide, austère et sobre.

Il avait quelques minutes d'avance, mais plus l'heure avançait, et plus il sentait son sang se glacer. Est-ce qu'il ne s'agirait pas simplement d'une mauvaise plaisanterie de la Serdaigle ? Elle était moins espiègle que la plupart des membres de sa famille, mais les Croups ne font pas des Fléreurs, et une mauvaise blague pouvait rapidement vous tomber sur le coin du nez lorsque vous vous frottiez à un membre de la famille Potter.

Heureusement pour Hayden Zabini, aucune mauvaise blague ne pointait à l'horizon. En revanche, Lily Potter ne tarda pas à apparaître dans son champ de vision, pile à l'heure.

Son visage s'éclaira lorsqu'elle repéra Hayden, et l'intuition du jeune homme lui souffla qu'elle avait craint, tout autant que lui, qu'il ne soit pas présent.

Elle arriva devant lui, et s'arrêta, soudainement gauche.

- Hem… Salut, finit-elle par articuler, en rougissant.

Hayden lui répondit par un hochement de tête.

- Euh, je dois… Enfin, en fait, j'ai un… Je dois…

Elle se tut, et tritura une mèche de cheveux avant d'expirer un grand coup. Hayden attendit, retenant sa respiration mais faisant comme s'il se sentait parfaitement bien. C'était une faculté qu'il avait développée au fur et à mesure des années : paraître neutre lorsque la situation le mettait, en réalité, dans un grand état de stress.

- Je suis de corvée d'acheter un cadeau Moldu pour notre grand-père, parce qu'il adore ça, lâcha finalement Lily d'une traite, sans respirer. Et comme il y a peu de chances qu'on croise qui que ce soit qu'on connaisse du côté Moldu, je me suis dit que… c'était une bonne chose de te proposer de venir également.

Hayden la regarda sans rien dire, laissant Lily se triturer toujours plus violemment une mèche de cheveux.

- Pour euh… que tu m'expliques pourquoi tu m'as embrassée dans le passage secret juste avant qu'on parte en vacances, acheva-t-elle d'une traite.

Hayden eut même du mal à la comprendre. Mais il se sentit également très mal à l'aise. Il n'avait pas réellement songé à ce qui se produirait après avoir embrassé Lily Potter. Il avait surtout espéré que ça ne s'ébruite pas, et qu'elle ne lui lance pas un sortilège de son cru. Il se souvenait très bien de ce qui était arrivé à Zach Swift lorsqu'il avait eu le malheur d'envoyer une carte à Lily pour la Saint-Valentin, lors de leur cinquième année. Zach avait mis du temps à retrouver son apparence normale.

- Ok, répondit laconiquement Hayden. Tu sais ce que tu vas acheter à ton grand-père ?

Lily fronça le nez, contrariée. Elle aurait préféré que le garçon lui explique d'abord ce qui lui avait pris, plutôt que de l'orienter vers le but de son escapade du côté Moldu. Elle se ressaisit rapidement toutefois, et observa Hayden de haut en bas.

- Tu ne viens pas souvent du côté Moldu, n'est-ce pas ?

Il lui lança un regard entendu.

- Bien sûr que non, tu es un Zabini… Alors, dès que quelque chose te paraîtra incroyable, dis-le-moi. Cela sera sûrement tout aussi incroyable pour mon grand-père, et ça lui fera extrêmement plaisir !

- On fait comme ça, répondit Hayden en haussant les épaules.

Il ne pensait pas que grand-chose, du côté Moldu, l'étonnerait réellement.

Les dix minutes suivantes lui prouvèrent qu'il avait entièrement tort, et Lily dut, à plusieurs reprises, lui faire comprendre que ce qui le fascinait n'était finalement pas si fascinant que cela, et qu'il fallait qu'ils continuent d'avancer pour trouver quelque chose que son grand-père ne possédait pas déjà et qui provenait d'un magasin Moldu.

Hayden remballa sa frustration, avant de finalement écouter Lily, qui semblait plus à l'aise que lui dans cet environnement. Il la suivit patiemment, essayant de rester serein, même si la foule le mettait mal à l'aise. Il n'avait pas souvenir d'avoir déjà été dans des environnements aussi remplis. Même les stades de Quidditch des soirs de match lui paraissaient peu remplis, soudainement.

Sa vingt-et-unième exclamation enjouée, devant un avion téléguidé, finit par avoir raison de leurs recherches.

- Maintenant que c'est fait… Nous ne sommes pas loin d'un glacier que j'aime beaucoup. Et il y a un parc juste derrière. Est-ce que… ça te convient ? Une glace et qu'on aille dans un parc pour discuter ? demanda la jeune fille, ses joues rosissant quelque peu.

Hayden sourit à moitié.

- Volontiers, murmura-t-il de sa voix grave.

Lily frissonna, et l'entraîna à sa suite, faisant en sorte de taire les pensées qui se bousculaient dans sa tête, et ce depuis ce jour de juin.

Au glacier, Lily choisit pour eux deux les parfums, et paya, Hayden n'ayant pas pensé à convertir de l'argent sorcier en argent moldu.

- Je te remb…

- Laisse tomber, le rassura Lily. Allons plutôt nous installer.

Ils choisirent un banc devant une petite étendue d'eau, dans le parc dont lui avait parlé Lily, et puis, ils commencèrent à savourer leur glace.

Hayden savait qu'il devait prendre la parole. Cependant, si les mots lui venaient habituellement facilement et clairement, aujourd'hui, ils se bousculaient dans son cerveau sans jamais faire la moindre suite logique. Alors, il laissa le temps s'étirer, jetant de temps à autre un coup d'œil à sa montre, et au sac que Lily avait posé entre eux deux, et qui contenait l'avion téléguidé.

Finalement, ce fut Lily qui rompit le silence. Elle se racla la gorge, avant de prendre la parole.

- Oui, donc, ce baiser, en juin…

- Oui. Ce baiser…

Hayden inspira profondément.

- Écoute, je suis désolé de t'avoir surprise comme ça. J'aurais peut-être dû… être plus entreprenant avant, plus cavalier, peut-être.

Il fit mine de ne pas remarquer Lily qui se retenait de rire, et puisa quelque part un courage qu'il ne se connaissait pas pour continuer, plutôt que de partir en prenant ses jambes à son cou.

- C'est simplement que tu me plais, Lily, et toutes ces fois où nous nous sommes croisés, par hasard, dans les passages secrets, où on a discuté, où on a fait connaissance…

Hayden haussa les épaules.

- Je me suis dit que je n'aurais peut-être pas d'autre occasion de t'embrasser. Désolé que ça se soit passé comme ça.

Hayden se concentra sur sa glace, essayant d'oublier la température de son corps qui passait du froid polaire à la chaleur équatoriale toutes les secondes.

- Je suis plutôt… contente que tu l'aies fait, avoua Lily.

Sous la surprise, Hayden faillit en lâcher sa glace.

- Le fait qu'on se retrouve dans les passages secrets, ce n'était pas toujours par hasard, lâcha Lily. Disons que j'ai un peu précipité le hasard, parce que… bah, je trouvais ça amusant de te voir en dehors de ton habitat naturel, celui des Serpentard. Et puis, tu cherchais désespérément les passages secrets, alors que je les connais par cœur, et du coup… je me suis dit que je pouvais les partager avec toi, ce n'était pas comme si tu allais y inviter tous tes amis.

La pique sur la personnalité solitaire d'Hayden ne le dérangea même pas.

- Et, euh… disons que… tu me plais aussi, murmura Lily, son visage prenant une teinte rouge pivoine.

Pendant quelques secondes, Hayden ne sut pas quoi faire de cette information. Et puis, son esprit pragmatique reprit le dessus.

- Comment est-ce que tu savais quand je me trouvais dans des passages secrets ?

Lily lui offrit un sourire énigmatique, le même qu'elle lui avait donné le jour où il lui avait demandé comment elle pouvait connaître tous les passages secrets de Poudlard. Il comprit à cet instant qu'il n'en saurait pas plus. Il abandonna cette bataille, et décida plutôt de s'atteler à une autre bataille.

Il tendit une main peu assurée au-dessus du sac qui les séparait, et posa sa main par-dessus celle de Lily.

- Est-ce que tu crois que…

Il se racla la gorge, peu assuré.

- Est-ce que tu penses que toi et moi, on pourrait… être ensemble ?

Lily lui offrit un sourire éclatant.

- C'est la deuxième fois que tu me surprends en peu de temps, en agissant d'une manière dont je ne te pensais pas capable.

Hayden déglutit difficilement.

- Est-ce que ça veut dire oui ?

Lily hocha la tête, amusée.

- Est-ce que tu crois aussi qu'on pourrait garder ça secret, pour le moment ? enchaîna rapidement Hayden. Je n'aime pas la propagation des rumeurs à Poudlard, se justifia-t-il.

Et Lily, sans hésiter, hocha une nouvelle fois la tête. S'appeler Potter et avoir droit à de l'intimité, c'était parfois une mission impossible. Elle n'allait pas refuser ça, pas aujourd'hui.

Pour sceller cet accord, elle se rapprocha d'Hayden Zabini, et l'embrassa. Pas question qu'il soit le seul à prendre l'initiative.

.

Lundi 5 avril 2032 – Ministère de la Magie de Grande-Bretagne

Lily était installée sur le rebord de la fenêtre, une jambe pendant dans le vide, l'autre repliée pour qu'elle puisse y poser son bras. Le dos appuyé contre le mur, elle écoutait d'une oreille distraite ce qui se passait dans la pièce où elle et son coéquipier faisaient leur rapport d'enquête. Son regard se perdait sans cesse dans le paysage illusoire qui était visible à la fenêtre. L'équipe chargée de la météo au Ministère de la Magie était de bonne humeur en ce moment, le temps était superbe. Rien à voir avec la grisaille londonienne qui l'avait accompagnée lors de son trajet jusqu'ici.

Elle avait une folle envie de fumer, mais elle ne pouvait pas se le permettre dans les bureaux, alors elle se retenait difficilement. Pour calmer son impatience et addiction, elle triturait une mèche de cheveux qui s'était échappée de sa queue de cheval.

- Combien de lettres ?

Elle tourna ses yeux noisette, avec des éclats de vert, vers le centre de la pièce pour observer son coéquipier.

- Dix-huit. Mais nous n'avons pas pu vérifier l'authenticité de trois d'entre elles…

- Vingt, corrigea machinalement Lily. C'est pour ça que nous sommes de retour en Angleterre, entre autre… La dernière visait une famille en Europe.

Pour la première fois depuis le début de la conversation, l'intérêt des deux autres personnes dans la pièce se focalisa vers Lily. Son coéquipier, au milieu de la pièce, droit et rigide, rougit.

- Effectivement. Vingt, bredouilla-t-il.

Son regard passait de Lily à leur supérieur, la panique semblait peu à peu l'empêcher de raisonner correctement.

Derrière un bureau en acajou, leur supérieur direct semblait perdu dans de profondes réflexions. Lily ne se faisait pas d'illusions, elle allait bientôt passer un mauvais quart d'heure. Mais pourquoi se faire du souci, tant que ce quart d'heure n'avait pas débuté ? Elle avait toujours pris les événements lorsqu'ils arrivaient. Pas la peine de s'embêter trop rapidement… elle recevrait bien assez rapidement son lot de reproches.

- Mais seulement trois dont nous ne sommes pas sûrs de l'authenticité, insista le coéquipier de Lily. Nous avons vérifié plus d'une fois, à l'aide de sortilèges, mais des éléments ne semblent pas cohérents…

Il termina sa phrase dans un filet de voix, détestant le regard que lui lançait son supérieur. Il n'était vraiment pas à l'aise de l'incendie qui fusait dans les yeux de l'homme assis en face de lui.

- Des sortilèges légaux, au moins ?

Le coéquipier de Lily lui jeta un regard d'appel à l'aide.

Cachant son exaspération, Lily hocha la tête, pour lui assurer qu'elle allait le soutenir dans ce moment difficile.

Francis Perrin, Auror français muté à Londres depuis des années, et dépendant maintenant du Bureau des Aurors de Londres, était le coéquipier de Lily Potter depuis deux ans. Leur collaboration avait failli se terminer au bout d'un seul mois. Ils avaient deux éducations différentes, des tempéraments incompatibles et une manière de vivre qui n'avait rien en commun. Faire des concessions n'avait jamais été aussi compliqué, pour l'un comme pour l'autre. Ils avaient toutefois su surmonter leurs différences, après un rappel à l'ordre de leurs supérieurs divers et variés, pour réussir à travailler en équipe, en mettant en avant leurs caractéristiques complémentaires, plutôt que de s'écharper sur leurs différences.

- Les seuls sortilèges illégaux, dans tous les pays, sont les Sortilèges Impardonnables… et ils n'ont pas été utilisés, botta en touche Lily Potter.

Le regard qu'elle reçut faillit la faire trembler. Elle réussit à rester stoïque, et à ne pas montrer sa crainte de recevoir un blâme.

- Auror Perrin, vous pouvez disposer.

La voix claqua, sèche. Francis n'hésita pas un seul instant. Il salua d'un bref signe de tête son chef, jeta un regard d'encouragement à Lily qui semblait sereine, alors qu'en réalité, elle n'en menait pas large. Mais elle refusait de le montrer.

Elle avait pris des risques, mais elle avait pesé chacune des conséquences, et elle n'allait pas regretter ses décisions.

- Auror Potter…

Le ton était colérique.

- Vous n'avez donc aucun respect pour les ordres qu'on vous donne ?

Lily, pour la première fois de cet entretien qui durait depuis déjà des heures, vacilla. Elle recevait ce reproche pour la deuxième fois en moins de quarante-huit heures, et cela lui faisait plus mal qu'elle ne s'y attendait – surtout parce qu'elle tenait aux personnes qui lui faisaient ce reproche.

- Par Merlin, vous réfléchissez aux conséquences de vos actes ? Est-ce qu'il vous est si difficile de prendre en compte les demandes officielles et hiérarchiques ? Vous vous rendez compte du danger dans lequel vous mettez chacun d'entre nous ? Et vous, en particulier ?

- J'ai pris chacun des risques en fonction de…

Un poing s'abattit sur le bureau en acajou. Cette fois, Lily se tut.

- En fonction de votre entêtement ! Vous êtes bornée, irraisonnée, vous ne prenez jamais conscience des risques, vous oubliez les règles de sécurité élémentaires…

Elle se mordit la lèvre, nerveuse sous les reproches. Instinctivement, elle partit à la recherche d'un paquet de cigarettes. Il serait plus simple de prendre un blâme avec une cigarette à la bouche.

- Il est interdit de fumer dans les locaux du Ministère…

- Je sais, grommela Lily. Foutue règle…

- Il y en a au moins une que vous respectez.

Lily sourit difficilement.

- Depuis que vous êtes sur cette affaire, vous prenez des décisions parfois inconsidérées. Il s'agit de votre santé, Auror Potter. Si jamais vous êtes malade, si jamais vous ne vous relevez pas des actes magiques que vous avez fait subir à votre corps… Comment est-ce que cette unité tiendra debout ?

Lily ne répondit rien, car la situation ne nécessitait aucune réponse. Surtout, elle doutait d'avoir la moindre réponse satisfaisante. Elle se frotta l'épaule droite en grimaçant.

Son supérieur parut soudain plus âgé, plus triste, plus abattu. Il s'enfonça dans son siège, perdant sa prestance. D'un geste de baguette magique – une baguette aussi célèbre que celui qui la tenait en main depuis ses onze ans – il verrouilla la porte.

Lily se détendit légèrement. La tempête était passée, plus brève que ce qu'elle avait attendu, mais intense tout de même. Ce n'était plus son supérieur, en face d'elle, mais un membre de sa famille.

- Lily… Pourquoi est-ce que tu prends tous ces risques ?

- Papa…

Elle ne pouvait pas lui avouer pourquoi, depuis quelques temps, ses décisions étaient irrationnelles. Son père ne pouvait pas comprendre, et elle craignait trop de perdre la confiance que son père avait placée en elle en lui expliquant chacun des choix qu'il réfutait et refusait toujours au premier abord, avant que Lily ne trouve un moyen détourné de les faire valider.

Elle s'approcha timidement de lui, n'étant pas encore certaine que le responsable du Bureau des Aurors avait réellement abandonné son rôle, et qu'il n'était rien d'autre que son père, à présent. Le sourire confiant qu'il lui adressa lui fit comprendre qu'elle pouvait s'approcher sans crainte. Il se leva de son siège et ouvrit les bras.

Elle se laissa tomber dans les bras de son père sans hésitation.

- Tu es une vraie tête brûlée, Lily.

- Je sais, murmura-t-elle en inspirant profondément.

Elle jouait les dures sur le terrain, elle se moquait des mages noirs mais, au fond, elle n'attendait qu'une chose : l'approbation de son père.

- Ta mère va me tuer lorsqu'elle l'apprendra…

- Elle n'est pas obligée de l'apprendre, souligna Lily en se détachant de l'étreinte de son père.

Il fronça immédiatement les sourcils, observant plus attentivement sa fille.

- Tu es devenue une véritable experte du mensonge et de la dissimulation depuis que tu as rejoint cette unité, lui fit remarquer son père.

Elle ne dit rien, ne voulant pas le contredire.

La réalité, c'est qu'elle avait toujours été très forte à ce jeu, et qu'elle avait passé des années à le pratiquer, sans que personne ne s'en rende réellement compte.

Elle prit place sur un fauteuil du bureau, tandis que son père s'asseyait à la place qu'il venait tout juste de quitter.

- Parfois, je regrette de ne pas avoir abandonné mon poste pour t'accompagner dans cette unité, murmura Harry Potter.

Lily leva un sourcil moqueur. Son sourire espiègle n'échappa pas à son père.

- Pour, encore une fois, attirer toute l'attention sur toi ? Enfin, papa. Ton temps est révolu, laisse les jeunes s'attirer les vivats de la foule. Tu as déjà connu ton temps, et tu es trop célèbre à toi tout seul. Il est temps que d'autres prennent ta place.

Harry rit doucement.

- J'espère que ta soirée avec Rose s'est bien déroulée. Même si, vu ton air maussade, tu n'as pas trouvé ton suspect dans cette soirée…

Lily ne répondit rien, détournant ostensiblement le regard.

- Et que tu es prête à subir le courroux de ta grand-mère pour avoir raté le repas de fête pour ton retour.

Elle regarda machinalement ses ongles.

- J'aurais fait ça, moi ? Oublier une date de ce genre ? Cela ne me ressemble pas, se moqua-t-elle.

- Lily…, l'avertit son père.

- J'irai voir grand-mère le plus vite possible. De toute façon, il y a peu de chance que je quitte à nouveau le territoire dans les prochaines semaines.

- Nous parlerons travail dans un instant, la rassura son père. Mais d'abord, j'aimerais savoir comment va ma fille. Est-ce que tu t'es amusée à cette soirée ?

Lily haussa les épaules. Les souvenirs lui revinrent violemment. Les bruits, les cris, les rires, les conversations, la musique. Rose qui captivait l'attention, Lily qui découvrait et redécouvrait des sorciers perdus de vue. Les mains serrées pour se présenter, les doigts autour de sa baguette en observant son environnement. Le besoin de fumer.

Hayden.

Hayden, Hayden, Hayden.

Et Jane Wilson.

Le regret, l'amertume, la déception, l'agacement.

La balade dans le parc.

Les nombreuses cigarettes. Très nombreuses, trop nombreuses.

Rose, en fin de soirée, qui la cherchait désespérément. Le retour à son appartement.

Et l'insomnie qui avait suivi.

- Disons que… Je comprends pourquoi Alsev dit qu'être un Potter, c'est un métier à temps plein, grimaça Lily.

- Alsev adore cela. Représenter la famille, la mettre en avant, jouer avec les journalistes… Il est très fort à ce petit jeu.

- C'est le meilleur d'entre nous, commenta sobrement Lily.

- C'est vrai que toi, tu as plutôt tendance à disparaître des radars plutôt que de te mettre sous le flash d'un appareil photo.

La rousse éclata de rire. Elle avait rendu folle Rita Skeeter un nombre incalculable de fois, en la lançant sur de fausses pistes. Jamais Skeeter n'avait pu entrer dans sa vie privée, et cela rendait la journaliste folle de rage.

Lily se doutait qu'un jour, elle commettrait un faux pas et que la journaliste se vengerait de tous les affronts qu'elle lui avait fait subir mais, en attendant, elle continuait à se comporter en Fléreur qui jouait avec sa proie.

- Ouais. Alsev est un pro pour ça.

Aucune mention de James. Jamais. Pas dans ce bureau. Il y avait un certain respect à avoir. Une certaine décence. On ne parlait pas de lui alors qu'on parlait de l'unité de Lily.

Toujours cette histoire de décence.

Harry essuya ses lunettes avant de les repositionner sur son nez, calmement. Il reprit son air professionnel, son visage se referma, ses traits se tirèrent sous la concentration.

- Il est en Angleterre ?

Machinalement, Lily se gratta l'épaule droite, évitant le regard désolé de son père.

- Je ne serai pas aussi précise. Grande-Bretagne, c'est certain. Mais il… joue avec mes nerfs, grommela Lily.

D'un mouvement de tête, son père l'encouragea à poursuivre. Lily s'installa plus sérieusement sur le fauteuil où elle avait pris place. Elle reprit ses distances avec son père, et s'adressa à nouveau à son supérieur, oubliant tout lien familial qui les unissait.

- Vous avez entendu l'Auror Perrin. Il a envoyé vingt lettres, et les trois dernières sont pour dénoncer des familles européennes, dont deux anglaises qu'il avait déjà ciblées. Il revient sur son terrain de chasse initial.

À ces mots, le cœur de Lily se serra, sans que son père ne le remarque.

Personne ne remarquait jamais ce moment où elle sentait le regret qui pointait le bout de son nez, et détruisait sa conscience. Elle devait se battre toute seule contre ses démons.

- Il nous balade, depuis le début, et il s'en sort très bien. Il rend fou la totalité des Aurors de chaque pays, et heureusement que nous sommes dans l'unité des Affaires Étrangères, où jamais nous ne l'aurions suivi à travers le monde. Mais il… prend confiance en lui, reconnut Lily. Il sait que nous avons des difficultés à le cerner. Sauf maintenant. Nous n'avons pas de longueur d'avance, reconnut Lily sans peine, mais nous sommes à son niveau. Et c'est déjà plus que ce que nous avions les mois précédents… Les années précédentes, corrigea-t-elle avec amertume.

Le chef du Bureau des Aurors ferma les yeux quelques secondes.

- Un profil a été établi ? demanda-t-il lorsqu'il les eut rouverts.

Lily se renfrogna.

- Non, pas vraiment. Des spéculations, tout au plus, mais elles ne mènent jamais loin. Nous avons des pistes, mais elles ne correspondent jamais.

- Un mobile ?

Lily renifla, amère.

- S'il n'y en avait qu'un, ça serait plus simple. Mais il y en a des dizaines. Vengeance, jalousie, troubles psychiques…

- Trop de raisons pour qu'on puisse réellement comprendre, donc.

- Et, surtout, aucun lien entre les personnes qui sont ciblées. Et toutes ne le sont pas de la même façon, finit par dire Lily. C'est…

Elle se tut, plongeant une main dans sa poche avant de la ressortir aussitôt, se rappelant qu'elle ne pouvait toujours pas fumer dans l'enceinte du Ministère.

- Frustrant, compléta Harry Potter.

- Exactement, grogna Lily.

Pendant quelques minutes, ils se perdirent dans leurs pensées, cherchant à trouver une explication à l'affaire qui les préoccupait, sans que rien ne vienne jamais.

- C'est encore trop frais, finit par dire Harry Potter. Cela ne fait qu'un an que nous avons trouvé toutes les familles qui ont été la cible de cet homme…

- Ou de cette femme. Je sais que ni l'Auror Perrin, ni vous n'êtes d'accord, mais je pense réellement qu'il peut s'agir d'une sorcière.

Harry Potter ne réagit pas, signifiant par son silence qu'effectivement, il doutait qu'il s'agisse d'une femme. Lily soupira. Ce ne serait pas aujourd'hui encore qu'elle allait convaincre son père… ou son supérieur. Elle préféra laisser tomber.

Elle se releva souplement.

- Vous avez votre journée, Auror Potter. Mais ne profitez pas trop de votre repos. Vous allez devoir vous mobiliser au maximum sur cette affaire durant les prochaines semaines. S'il est réellement en Grande-Bretagne, il serait de bon ton de l'arrêter sur notre territoire plutôt que de le laisser s'échapper à nouveau.

Lily n'appréciait pas le rappel que, inlassablement, leur cible s'échappait. Cependant, il n'avait pas tort. Jamais ils n'arrivaient à l'attraper.

Cela ne rendait pas plus simple à digérer le rappel de leurs échecs.

- Qu'est-ce que tu vas faire de cette journée ? s'enquit Harry, qui avait renfilé sa casquette de père.

- Me balader sur le Chemin de Traverse, annonça Lily. J'ai envie de savoir ce qui s'est passé depuis mon départ.

La surprise était impossible à dissimuler. C'était bien la première fois que sa fille profitait d'une journée de congés pour aller se plonger dans la foule, croiser des sorciers, se tenir au courant des dernières nouvelles.

- Depuis quand est-ce que tu t'intéresses aux potins du monde des sorciers ?

Lily réfléchit pendant une demi-seconde, avant de répondre, avec un sourire éclatant.

- Depuis samedi soir !

Lily avait une glace saveur patacitrouille à la main gauche, tandis que sa main droite tenait une cigarette. Depuis qu'elle avait quitté le Ministère, elle rattrapait son retard en cigarettes, se moquant des regards désobligeants des sorciers et sorcières qu'elle croisait.

Elle avait entendu dire que la communauté sorcière voulait se mettre d'accord avec la communauté moldue, et donc interdire les cigarettes dans les lieux publics. Elle espérait que cette mesure serait adoptée le plus tardivement possible. Elle ne se voyait pas du tout abandonner sa liberté de fumer – même si elle se doutait que tout le monde, dans son entourage, en serait ravi. Ou presque tout le monde.

Soudain, Lily la repéra. La personne qu'elle cherchait depuis qu'elle était arrivée sur le Chemin de Traverse.

Elle avait évité tous les lieux du Chemin de Traverse où elle pouvait croiser des sorciers qu'elle ne voulait pas voir, mais à présent, il fallait qu'elle plonge réellement dans la foule, et qu'elle soit visible de tous, si elle voulait atteindre sa cible.

Louvoyant, évitant les obstacles et les passants, Lily s'inséra habilement dans le flot de personnes, jusqu'à n'être qu'à un mètre de la sorcière qui l'intéressait.

- Millie… Eh, Millie !

Millicent Harrington se retourna vivement, des flammes dans les yeux, avant de reconnaître Lily.

- Je me demandais quel imbécile pouvait bien se permettre de m'appeler comme ça…

- Toujours un plaisir de se faire traiter d'imbécile quand je te retrouve, plaisanta Lily.

Millicent Harrington leva les yeux au ciel, avant de serrer Lily dans ses bras, sans que celle-ci ne lui rende son étreinte, pour cause de mains prises.

Elle plissa le nez en s'éloignant de Lily.

- Dommage que tu n'aies pas perdu cette habitude de fumer en étant à l'étranger.

- Dommage que tu n'aies pas pris cette habitude pendant ma mission, plaisanta Lily. T'as du temps, là ?

- Est-ce que tu es au courant que je travaille ? se moqua Millicent.

- Et moi, tu crois que je fais quoi ? grommela Lily. Du tourisme ?

Millicent leva un sourcil interrogateur.

- Oui, bon, c'est totalement ce que je fais, reconnut Lily. J'ai une après-midi de libre, ce qui est rare dans mon métier. Alors je fais du tourisme. Allez, dis-moi que tu as du temps à m'accorder…, la supplia Lily.

Si jamais elle voulait être au courant des dernières nouvelles du monde des sorciers, il fallait qu'elle passe au moins une heure de son temps libre avec Millicent Harrington. Elle aurait tout aussi bien pu le faire avec son frère Albus, mais elle savait aussi que ce dernier allait la réprimander pour ne pas être venue le voir dès lors qu'elle était revenue en Angleterre. Alors le croiser n'était pas dans les priorités de Lily.

- Allez, viens, je n'ai que du travail sur papier à faire cette après-midi. Pas de clients pour la boutique. Et je crois que Dean est également disponible.

- Super ! souffla Lily.

Lily se laissa guider par Millicent dans des ruelles du Chemin de Traverse qu'elle n'empruntait que rarement. Lily se rendait compte, à chacun de ses passages dans les lieux sorciers de son enfance, que ses souvenirs étaient de plus en plus lointains.

Elles rentrèrent dans un pub, désert à cette heure-ci, et s'installèrent dans un box.

- Je vais chercher Dean, il travaille juste en face. Commande pendant ce temps, proposa Millicent.

- Vous prenez quoi ? s'enquit Lily.

- Devine ! lui dit simplement son amie avant de déserter les lieux.

Millicent adorait lancer ce type de défis à Lily. C'était pour elle comme un entraînement pour son amie, deviner ce que les uns et les autres voulaient, ressentaient… Qu'elle travaille son instinct, pour découvrir plus rapidement qui étaient les coupables dans ses affaires d'Auror.

Sachant que les deux sorciers devaient travailler cette après-midi, Lily ne prit pas de risques et choisit des sirops d'orties pour eux deux. De son côté, elle prit une simple Bièraubeurre. Elle n'avait jamais été friande d'alcools trop forts.

Le temps que ses amis réapparaissent, les boissons avaient été servies. Ils s'installèrent à la table où Lily s'était installée avant que Millicent ne ressorte.

- Exactement ce que je voulais ! soupira Dean Carmichael.

Il but une grande rasade du verre commandé par Lily.

- Alors, il paraît que tu fais du tourisme cette après-midi ?

- Exactement ! plaisanta Lily. Et je vous débauche de votre job. Même si, de toute évidence, vous ne semblez pas crouler sous le travail…

Dean haussa les épaules, avec la même nonchalance qui le caractérisait lorsqu'ils étaient à Poudlard. Il ne se laissait jamais submerger par le travail, c'était sa règle d'or.

- Disons que je peux arrêter de vendre des livres pendant quelques heures, surtout en cette période où les sorciers ne sortent pas. C'est Millicent qui a beaucoup de travail…

Comme pour affirmer les dires de son ami, Millicent sortit une pile de dossiers de sa besace.

- Bien évidemment que j'ai du travail, grommela-t-elle. Quelle idée fabuleuse j'ai eue de devenir organisatrice de mariage. Le printemps arrive, et l'été avec lui, alors les sorciers se précipitent pour se marier. N'importe quoi… Et en plus, j'envoie même les invitations, et certains se rappellent au dernier moment qu'il faut ajouter des invités !

Lily se redressa, soudainement intéressée. Elle savait très bien que si elle voulait en savoir plus sur le mariage d'Hayden Zabini avec Jane Wilson, elle devait laisser parler Millicent, qui finirait par lui dire tout ce qu'elle voulait savoir.

- D'ailleurs, comment est-ce que ton frère se retrouve invité au mariage de Zabini ? grogna Millicent en lisant une note qui avait dû lui parvenir dans la matinée.

- Attends, Zabini se marie réellement, ce n'était pas une plaisanterie ? Et pourquoi Alsev est invité ?

Cette conversation dépassait toutes les espérances de Lily, en atteignant aussi rapidement le but souhaité.

Millicent Harrington organisait des mariages depuis qu'ils avaient quitté Poudlard, et Lily se doutait que la famille Zabini n'allait pas rater l'occasion de dépenser de l'argent en engageant une organisatrice de mariage.

Elle avait, bien évidemment, également envie de revoir sa plus proche amie de Poudlard, même si Lily ne l'aurait pas qualifiée de meilleure amie – elle n'avait jamais été douée pour être proche des personnes, et leur confier tous ses secrets ou presque.

La seule personne à qui elle avait confié la presque totalité de ses secrets, c'était Hayden Zabini. Mais c'était de l'histoire ancienne, il fallait apparemment que Lily l'accepte.

- Bien sûr que non, ce n'était pas une plaisanterie, s'amusa Millicent. Avec Jane Wilson, briseuse de sorts à la banque américaine des sorciers, qui a pris un travail à mi-temps au musée sorcier depuis son arrivée en Angleterre.

- Sacré revirement de carrière, fit remarquer Lily, l'intérêt aiguisé.

- Ce n'est pas si simple que cela d'être briseur de sorts à Gringotts, les places sont chères, tu le sais bien, lui rappela Dean. Non mais… sérieusement, il se marie ?

- Pourquoi est-ce que ça te surprend autant ? s'étonna Lily.

- Parce que ce type semblait refuser d'avoir le moindre sentiment, rétorqua Dean.

- Tu exagères, souffla Millicent. Il était très discret et avait peu d'amis, mais je n'aurais pas dit qu'il n'avait pas de sentiments. Simplement, il préférait les montrer à peu de personnes, et nous ne faisions pas partie de ces personnes.

- Si tu le dis… Et donc, Alsev est invité au mariage ? Pourquoi lui, de tous les Potter ?

- C'est plutôt évident, non ? rétorqua sèchement Lily.

Un silence gêné flotta dans le pub.

- Pardon, articula finalement Dean.

Lily balaya ses excuses d'un geste de la main.

- C'est moi. Tu as raison, la question peut se poser. Alsev est très bien dans les sorties mondaines, et inviter un Potter à son mariage, ça fait toujours son petit effet.

Avec amertume, elle se souvint de l'expression de Jane, la veille, lorsqu'elle avait compris que Lily était une Potter. Oui, évidemment qu'il fallait inviter un Potter. Les gens ne vous regardaient jamais de la même façon, si vous aviez un Potter dans vos invités au mariage.

- Et donc, tu organises leur mariage ? s'enquit Lily.

- Oui. Et c'est… compliqué.

L'intérêt de l'Auror monta en flèche.

- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

- Eh bien… Les parents Zabini ne semblent pas réellement enthousiasmés par le mariage de leur fils qui, lui-même, ne donne pas d'avis sur grand-chose. C'est surtout miss Wilson qui intervient, et chacune de ses décisions est réfutée par la branche Zabini. Autant te dire que c'est compliqué, et que je m'arrache souvent les cheveux. Mais je fais comme je peux… et ce n'est pas simple. Heureusement pour moi, dans quelques mois, ça sera fini.

Dean lui adressa un regard d'encouragement, que Lily imita immédiatement, même si elle souhaitait aussi lui dire de laisser tomber, et de les laisser se débrouiller… afin que le mariage soit reporté.

Elle se détesta aussitôt pour avoir eu cette idée. Elle n'était pas mesquine, ni jalouse, comme personne. Têtue, oui. Mais pas mauvaise.

- Et toi alors, comment ça se fait que tu es de retour ? Le but d'un Auror qui travaille dans l'unité des affaires étrangères, ce n'est pas de voyager à travers le globe ?

- Si, reconnut Lily. Mais des fois, des affaires nous amènent là où on a grandi… et c'est le cas pour mon affaire. Combien de temps je vais rester, en revanche, je n'en sais rien. C'est la grande inconnue ! Alors, profitons de ce moment, tant qu'il dure… et dites-moi depuis combien de temps vous vous fréquentez, tous les deux, termina-t-elle avec un sourire en biais.

Dean et Millicent se figèrent sur leur siège.

- Eh, vous savez très bien que je suis une fine observatrice. Vous semblez trop au courant des détails de la vie de l'un et de l'autre, vous avez échangé à plusieurs reprises vos verres sans que cela ne vous pose problème, et, franchement, vous n'êtes pas discrets, vous vous dévorez du regard depuis le début de notre réunion.

Lily s'installa plus confortablement dans son siège.

- Alors, racontez-moi un peu tout ce qui s'est passé durant ces derniers mois, car, de toute évidence, j'ai raté beaucoup de passages intéressants de votre vie, et ça m'ennuie profondément d'être tenue à l'écart de ce type d'informations, plaisanta-t-elle.

Après un soupir commun, Millicent et Dean se regardèrent, les joues roses.

Cacher quelque chose à Lily était impossible. Connaître ses secrets, également.

Hayden Zabini descendit l'escalier en marbre de la maison de ses parents en remettant en place sa tenue de sorcier. Il détestait ne pas être parfaitement habillé lorsque toute sa famille était présente, et c'était le cas aujourd'hui.

C'était rare qu'il prenne autant de temps à se préparer. Toutefois, la soirée de samedi s'était éternisée, et la rencontre fortuite avec Lily Potter l'avaient rendu maussade, et il n'avait pas eu envie de croiser grand-monde le dimanche, pas même sa fiancée, qui devait pourtant être déjà sur place, expliquant les derniers détails auxquels elle avait pensé pour la cérémonie. Aussi, aujourd'hui, il fallait qu'il fasse plus d'efforts et qu'il fasse acte de présence avec tous les membres de sa famille présents.

Il inspira profondément, et plongea une main dans sa poche de tenue, dissimulant la crispation soudaine qui venait de s'emparer de lui. Pourquoi est-ce que Potter était revenue, et pourquoi était-elle à cette soirée, la veille au soir ? L'excuse concernant Rose Weasley lui semblait totalement déplacée. Jamais Lily n'avait dérogé à ses règles, qui contenaient, entre autre, son absence à chacune de ces soirées mondaines… surtout si elle était remplie de Serpentard. Soutenir sa cousine… Cette excuse n'était rien de plus que cela : une excuse. Il la connaissait, il savait quand elle mentait. Il le savait parce que, souvent, c'était pour lui qu'elle avait menti. Alors, il reconnaissait les signes sans problème.

Lily Potter était présente à cette soirée pour une toute autre raison, et il se maudissait de vouloir la connaître.

Elle était un poison, une manipulatrice. Elle était sortie de sa vie, indéfiniment, il y a deux ans de cela, et c'était la meilleure décision qu'ait prise Hayden.

Et en une seule soirée, elle venait briser ses défenses pour s'immiscer à nouveau dans son inconscient.

Il reprit ses esprits en atteignant le rez-de-chaussée, et se dirigea vers la cuisine, où des odeurs alléchantes l'appelaient, et où des voix se faisaient entendre.

Lorsqu'il entra dans la cuisine, il remarqua ses trois sœurs, Zoey, Cassiopée et Leah, qui sirotaient tranquillement une tasse de thé, pendant que ses parents et Jane regardaient une liste qu'Hayden avait appris à haïr.

La liste d'invités à leur mariage.

Malgré lui, un reniflement mauvais lui échappa, signalant ainsi sa présence à tous dans la pièce. Sa mère leva rapidement les yeux vers lui, avant de les reporter vers la liste que tenait Jane. Hayden se dirigea vers l'Elfe de maison qui lui tendait une tasse de thé.

- Oui, effectivement. Cela me semble pertinent. Je ne sais pas s'il acceptera, mais…

- Vous invitez réellement un Potter au mariage ? souffla Cassiopée en regardant Hayden, comme s'il allait lui annoncer que ceci était une vaste blague.

Ainsi, c'était pour cela que la liste d'invités était sortie ce matin.

Hayden suspendit son mouvement, à mi-chemin du plateau tendu par l'Elfe. Il se tourna lentement vers Jane, attendant des explications.

- Nous avons croisé Lily Potter hier, et elle nous a dit que son frère Alsev, ou Albus Severus selon les prénoms apparus sur la liste des invités, serait enchanté de venir.

Si la mémoire d'Hayden était bonne, ce n'était pas exactement de cette manière que Lily Potter avait tourné sa phrase, mais il n'avait aucune envie d'en discuter plus longtemps.

- Disons qu'une invitation lui parviendra, répondit sobrement Hayden.

Il nota que Jane ne souhaitait pas croiser son regard, comme sachant déjà que cette décision ne plaisait pas franchement à Hayden. Ils auraient certainement une longue discussion à ce sujet d'ici peu, et elle ne paraissait pas ravie de cette perspective.

- Dommage que ce ne soit pas un autre Potter, soupira Zoey. Ils sont plus marrants, ceux qui sont Aurors.

- Sois un peu plus respectueuse envers les Potter, gronda leur père. C'est une famille qui n'a pas été épargnée par les drames familiaux, et je pense que plus d'un espère qu'ils arrêtent leur carrière d'Auror, plutôt que de continuer à prendre des risques.

- Surtout vu ce qui s'est passé il y a deux ans, termina Leah. On sait, père. On sait…

Leah était la plus jeune des quatre enfants, et aussi la plus empathique de toute la famille. Rien que songer à tout ce que la famille Potter avait pu endurer la mettait dans un état de nervosité grandiose.

- Et toutes les années auparavant, également, martela Blaise Zabini. Vous n'auriez sûrement pas la vie que vous menez actuellement si Harry Potter n'avait pas…

- On sait, père, le coupa Hayden. Harry Potter est un héros, et nous ne devons surtout pas l'oublier. Mais ce n'est pas lui que nous invitons au mariage, sinon son deuxième enfant. Qui, s'il sait divertir les foules, reste un acteur de théâtre, et non pas un héros international, donc peut-être pourrions-nous faire moins de tapage autour de sa présence hypothétique à notre mariage, car nous, plus que quiconque, devrions arrêter de montrer un tel respect aux Potter. Surtout que, certes, ils n'ont pas eu la vie facile ces deux dernières années, mais ils ne nous ont pas rendu la vie facile, je vous rappelle.

Pourquoi est-ce que seulement lui semblait en vouloir aux Aurors, et à Lily Potter particulièrement ? Pourquoi sa famille passait si facilement au-dessus de ce qu'ils avaient fait ?

- Si la menace s'était avérée exacte et qu'il s'était agi d'une toute autre famille, Hayden, nous aurions apprécié savoir que les Aurors perquisitionnaient chez eux, tu ne crois pas ? souffla sa mère en lui souriant gentiment. Je sais que ce n'était pas un moment facile à vivre, mais les faits ont prouvé que nous n'avions rien à nous reprocher.

Hayden n'avait pas envie de se lancer dans ce débat, surtout qu'il n'allait pas s'en sortir sans parler de Lily d'une manière dont il ne devrait pas.

Il reprit son souffle.

- Peu importe que Albus Severus Potter accepte ou non de venir. En revanche, ce qui est important, c'est la disposition des invités aux tables. Scorpius viendra avec Rose Weasley, il faut la rajouter dans les plans de table. Et faire en sorte qu'ils ne soient pas à la même table que Lisbeth Crabbe, ou nous risquons de devoir appeler des Aurors pour calmer Lisbeth…

Son ton sec n'échappa à personne. Un silence pesant s'installa dans la cuisine.

- Mes excuses. Je n'ai pas l'habitude de préparer autant de choses, habituellement. C'est… une source d'agacement, je dois le reconnaître.

Il inspira profondément, et finit par prendre la tasse de thé que l'Elfe de maison lui avait préparée.

- Merci, Ticktik.

L'Elfe disparut immédiatement après.

- Je comprends, Hayden, vraiment, le rassura Jane. C'est pour cela que nous avons engagé une organisatrice, et elle travaille très bien ! Mais il faut tout de même que nous nous impliquions un minimum, dans les choix… et dans les invitations. Elle ne peut pas deviner à notre place ce qui va nous plaire, et ne va pas choisir à notre place nos invités.

- Je sais, murmura Hayden. Je sais.

Sa montre lui pinça légèrement le poignet, et il regarda l'heure qu'elle affichait. Il devait être parti d'ici une heure, s'il ne souhaitait pas être en retard pour son travail à l'hôpital Ste Mangouste.

- Écoute, j'ai quelques jours chargés au travail, d'accord ? Donc profite de ce temps libre sans moi pour prendre tes décisions, choisir les éléments qui te plaisent et puis, lorsque j'ai mes congés, on en parle tranquillement, est-ce que ça te va ?

Il lança un regard à Jane. Un de ces regards profonds, remplis de promesses, qu'elle adorait et qui la mettaient toujours de bonne humeur, prête à accepter les silences d'Hayden, ses absences, son manque d'implication.

- Très bien, murmura Jane.

Il hocha la tête.

- Je vais finir de me préparer.

Il quitta la pièce, en n'oubliant pas de poser sa tasse de thé vide dans l'évier, laissant la vaisselle aux bons soins de Ticktik.

Machinalement, il suivit sa routine, jusqu'à quitter la maison familiale de ses parents, pour prendre la direction de l'hôpital de Ste Mangouste.

Et alors qu'il marchait en direction du lieu de transplanage, il tentait, tant bien que mal, de faire disparaître la sensation agréable qu'il ressentait depuis qu'il avait passé le seuil.

Il faisait semblant de ne pas la connaître.

Semblant de croire que ce n'était qu'une illusion.

Alors que la vérité, au fond de lui, était plus simple à comprendre.

Il respirait.

Dès lors qu'il quittait la maison, dès lors qu'il mettait cette distance entre sa famille, mais aussi entre Jane et lui, il respirait à nouveau. Il sentait l'air frais, il sentait le sentiment de liberté qui l'envahissait. Son pas se faisait plus léger, ses pensées sombres le quittaient.

Il savait très bien pourquoi.

Parce qu'il n'avait plus besoin de mentir.

Plus besoin de faire semblant.

Plus besoin d'oublier des années de sa vie, pour ne pas fourcher et révéler son plus grand secret à toute sa famille.

Il aurait pu quitter cet environnement.

Mais il n'en avait pas le courage.

Alors, il continuait de vivre dans le mensonge. Et de faire comme si des années de sa vie n'avaient jamais existé.


Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

Hello les sorciers, et merci pour votre présence la semaine dernière. Je suis contente de revoir des têtes connues, toujours présentes lorsque je publie. C'est un vrai plaisir de voir pointer vos noms dans mes notifications. J'espère que cette suite vous plaira toujours, et que je ne vous perds pas en route avec cette histoire.

Comme chaque semaine, merci à DelfineNotPadfoot pour ses corrections rapides et efficaces !

Petite réponse pour Anonyme : eh bien, moi aussi, ça me donne une impression de renaissance, quand je vois réapparaître des mails de ce site dans ma boîte mail :) Mais j'ose espérer que ma renaissance est tout de même plus appréciable que celle de Tu-Sais-Qui... Merci pour ta review !

Je vous souhaite une bonne semaine de confinement... et vous dis à lundi prochain.

Méfaits accomplis.