Disclaimer : Harry Potter appartient entièrement et uniquement à J.K. Rowling. Je ne fais qu'écrire des fanfictions dessus à mes heures perdues.


Chapitre IV

Nuit du samedi 22 au dimanche 23 novembre 2025 – Château de Poudlard

Le silence qui entourait Lily fut la première chose qui la frappa lorsqu'elle se réveilla.

Ce qui la frappa ensuite, c'était la douleur qui irradiait dans tout son corps.

Elle ouvrit une paupière, remarqua que la pièce était sombre.

L'infirmerie, la nuit.

Le match de Quidditch.

Elle voulut tourner la tête.

- Aïe…, marmonna-t-elle.

Un bruissement la surprit. Comme un frottement de tissu. Elle ouvrit spontanément les deux yeux, pour voir une silhouette qui s'éloignait de son lit, comme prise en faute.

- Hayden ? souffla-t-elle.

La silhouette s'immobilisa. Aucun bruit ne lui parvint plus. Elle n'en avait pas besoin, elle savait très bien de qui il s'agissait.

- Hayden, c'est toi, souffla Lily. Viens, s'il te plaît.

À la grande surprise de Lily, la silhouette secoua la tête, refusant de s'approcher. Lily sentit la panique la gagner. La tête lui tournait, elle se réveillait tout juste et était encore perdue entre le réveil et le sommeil.

Et cette douleur qui irradiait…

Elle ferma les yeux, les rouvrit, pour voir qu'Hayden avait reculé à nouveau.

Elle se redressa tant bien que mal, sifflant de douleur, essayant de ne pas écouter son corps, mais sans y arriver. Une larme roula sur sa joue, lui faisant comprendre qu'elle allait au-delà des limites que son corps pouvait supporter.

Elle souffrait beaucoup trop.

Un gémissement et un sanglot lui échappèrent.

À son plus grand bonheur, cela fit se rapprocher précipitamment Hayden, jusqu'à ce que Lily puisse distinguer parfaitement ses traits.

Hayden Zabini avait les traits tirés, et une teinte pâle que sa peau noire lui permettait rarement d'atteindre. Son regard ne cessait de parcourir le corps de Lily, sous les draps, laquelle essayait désespérément de se souvenir ce qui s'était produit pendant le match.

Les sensations sur le balai, le vent dans les cheveux, le match largement dominé par les Serpentard, et elle qui cherchait le Vif d'or, sachant que c'était le seul moyen de sauver l'honneur des Serdaigle.

La course au Vif d'or.

Elle avait coupé la route aux poursuiveurs, alors qu'un Cognard les visait.

Cognard lancé par Hayden, destiné à des poursuiveurs, qui portaient les protections adéquates. Pas à une attrapeuse, qui avait moins de protections, pour être plus légère.

- Je vois, murmura Lily.

Elle avait les lèvres sèches.

- Je suis…

C'était les premiers mots que prononçaient Hayden, et sous la surprise, Lily ne sut comment réagir.

Elle n'avait jamais entendu une telle détresse dans la voix de quelqu'un. Une telle souffrance. Une telle haine envers lui-même.

- On est joueurs de Quidditch, murmura Lily. Ça arrive…

Hayden secoua la tête. Les mots lui manquaient, l'air aussi. Lily détestait le voir dans un tel inconfort.

- Personne n'a pu te rattraper, il y avait trop de mouvement dans cette zone du stade, dit-il finalement.

C'était la première fois que Lily l'entendait avouer quelque chose sans qu'elle n'ait dû le pousser à parler. Son silence le meurtrissait tellement qu'Hayden se retrouvait obligé de le combler pour ne pas s'en vouloir encore plus.

- Je visais Macmillan, et… c'est toi qui as tout pris.

Il enfouit son visage dans ses mains.

Avec difficulté, Lily essaya de se redresser un peu plus. Elle ne parvint qu'à laisser échapper un gémissement de douleur.

En un battement de cœur, Hayden se retrouva à côté d'elle. Avec toute la tendresse qu'il avait lorsqu'il était à ses côtés, il l'aida à s'installer, retenant sa respiration à chaque fois que Lily grimaçait. Elle tendit une main tremblante vers le verre d'eau sur sa table de chevet, et Hayden lui donna le récipient.

- On ne pouvait pas t'arrêter… Il y avait encore quinze mètres avant le sol.

C'est pour ça qu'elle souffrait autant. Une chance qu'elle se réveille déjà, finalement.

- Madame Bibine a réussi à amortir le sol juste avant que tu ne tombes, mais… Quinze mètres, souffla Hayden.

Il tira une chaise à lui, et s'installa à côté du lit de Lily, les coudes posés sur le drap, et ses mains dissimulant son visage.

Lily vida le verre d'un trait. Elle le posa sur la table de chevet, avant de tendre sa main vers l'avant-bras d'Hayden. Elle saisit son poignet, et le serra doucement. Il se crispa instantanément.

- Arrête de t'en vouloir, souffla-t-elle.

Il ne répondit pas, preuve que Lily avait deviné ce qui le taraudait autant.

- C'était un risque. Je savais que tu visais Macmillan, mais je savais aussi qu'en lui coupant la route, j'avais plus de chance d'attraper le Vif d'or la première.

Hayden se détendit légèrement.

- Je prends des risques. Je suis comme ça, comme personne, comme joueuse. Tu le sais très bien. C'est trois fois rien.

Elle disait cela parce qu'elle savait que c'était la vérité, même si, à l'heure actuelle, elle trouvait que c'était une sacrée blessure pour un match de Quidditch à Poudlard. Son père avait vécu plus dur, c'est tout ce qui la soulageait.

- Toi aussi, tu prends des risques.

- Je m'en veux tellement, lâcha-t-il finalement sans prendre la peine de rebondir sur les risques qu'il prenait.

- Arrête. Immédiatement, l'intima-t-elle. Tu n'y es pour rien, et je t'avais demandé de me viser comme n'importe quel autre joueur. Tu as joué ton rôle de batteur, c'est tout.

Hayden ne dit rien. Elle sentait toutefois qu'il se détendait, très légèrement. C'était à peine visible, mais Lily sentait la tension qui quittait le poignet d'Hayden. Elle le connaissait assez pour sentir cette petite différence dans son corps, par un simple contact. Comme il savait parfaitement que Lily ne lui en voulait pas, et c'était d'ailleurs ce qui le mettait dans un état d'énervement aussi élevé.

- Où est l'infirmière ? demanda Lily, espérant que cela sortirait Hayden de son mutisme et lui changerait suffisamment les idées.

- Endormie. Avec une potion de somnolence, avoua Hayden. Je voulais être présent, si tu te réveillais.

Lily haussa un sourcil moqueur.

- Tu as utilisé une potion sur le corps enseignant ?

Hayden ne réagit pas à la plaisanterie. Lily soupira.

- Merci d'avoir fait ça pour moi, souffla-t-elle finalement.

- J'avais… besoin d'être avec toi, lâcha finalement Hayden.

Et Lily savait que c'était la première fois qu'il disait cela à quelqu'un, car c'était la première fois qu'il le pensait.

Elle accepta le compliment pour ce qu'il était : une véritable déclaration, de la part d'Hayden Zabini. Elle ne pouvait pas s'attendre à plus de lui, à l'heure actuelle, et elle savait aussi à quel point c'était beaucoup.

Elle se décala légèrement sur le lit.

- Viens, souffla-t-elle. Si elle a une potion de somnolence, on est tranquilles pour un moment.

- Le lit est minuscule, argua Hayden.

- J'ai juste envie que tu me prennes dans tes bras, ne te fais pas prier, Hayden. Viens ici, prends-moi dans tes bras, et arrête de t'en vouloir. Tu m'as blessée sans le vouloir, alors qu'on jouait un match de Quidditch, tu n'as aucune raison de t'en vouloir. Mais je risque de t'en vouloir si tu refuses de céder à mon envie…

Un léger frémissement des lèvres d'Hayden fit comprendre à Lily qu'elle avait touché là où la sensibilité d'Hayden commençait.

Elle était la faiblesse du garçon, et elle adorait ça.

Il finit par céder, et vint la rejoindre.

- Juste quelques instants. Il faut que je retourne au dortoir ensuite.

- Ne parle pas de malheur, grommela Lily.

Elle n'avait pas envie de se rappeler immédiatement que, lorsqu'il partirait, elle aurait un peu plus froid que lorsqu'il était présent.

Il se tut, et une fois qu'il eut trouvé une position qui ne pouvait pas blesser Lily, s'immobilisa.

- Hayden… Tu sais que je veux devenir Auror ?

Il ne dit rien.

- Cela veut dire que je vais souvent me blesser, d'accord ? Il faut que tu apprennes à gérer le fait que je puisse me blesser, murmura Lily.

Hayden soupira. Il tourna la tête, embrassa le front de Lily.

- Je sais. J'arrive encore à l'accepter. Mais ce que je n'arrive pas à supporter, c'est le fait que je t'ai blessée.

Lily ferma les yeux en souriant doucement.

- Promets-moi quand même que tu ne te mettras pas délibérément en danger, lorsque tu seras Auror, demanda Hayden d'une toute petite voix.

Lily garda le silence, faisait monter la nervosité d'Hayden.

- S'il te plaît, promets-moi.

- Je ferai mon possible. Mais tu sais, quand on est une Potter, on a tendance à s'attirer beaucoup de malheurs.

- Maudit nom de famille, grommela Hayden.

Lily rit doucement, avant de grimacer de douleur.

- Mes côtes…

- Arrête de rire, et dors, lui suggéra Hayden.

Alors qu'elle s'endormait, Hayden l'observait, se demandant comment Lily pouvait être aussi paisible alors qu'il venait de lui offrir un séjour à l'infirmerie pour quelques jours. Il avait réellement mal vécu ce moment, et avait eu toutes les peines du monde à ne pas montrer à quel point il regrettait et s'en voulait, au risque que cela paraisse suspect à ses camarades de Serpentard.

Lorsqu'il entendit le souffle de la jeune femme ralentir et devenir plus profond, il s'autorisa à se détendre.

Il savait que Lily n'avait pas besoin de lui pour se protéger, ou se soigner, mais il avait besoin d'être nécessaire à sa vie. Il espérait qu'elle n'allait pas bientôt en avoir marre de lui, parce qu'il n'était pas certain de supporter la moindre prise de distance avec elle.

.

Mercredi 14 avril 2032 – Comté de Fermanagh, Irlande du Nord

Lily se frotta l'épaule droite, en grimaçant. Elle se reprit, oublia la douleur, et souleva une pile de dossiers.

- Rien, marmonna-t-elle après les avoir compulsés.

Cette fouille ne menait à rien, comme elle s'en doutait, mais l'urgence avec laquelle son père lui avait demandé de se rendre dans cette planque abandonnée lui avait donné un léger espoir, qu'elle regrettait à présent amèrement. Lorsque Harry Potter, chef du Bureau des Aurors, vous sommait d'aller perquisitionner une maison considérée comme suspecte, vous le faites.

Sauf que ce n'était qu'une perte de temps.

- Tu trouves quelque chose ? demanda Francis Perrin, dans la pièce d'à côté.

Lily pesta.

- Je prends ça pour un non…, devina sans peine son coéquipier. C'est pareil pour moi. Mais il y a quand même quelque chose de pas normal.

Lily traversa la pièce pour le rejoindre. Son épaule la grattait férocement. Elle avait envie de s'arracher la peau, mais elle ne le pouvait pas.

- Je ne crois pas que ce soit une fausse piste, dit Lily.

Francis sursauta.

- Je ne t'ai pas entendue arriver. Pourquoi est-ce que tu penses ça ?

Plutôt que de répondre, Lily gratta son épaule furieusement.

- Oh… Il y a des traces de sa présence dans le coin, c'est ça ?

Elle hocha la tête.

- Mais je pense que c'est… caché.

- Ce n'est pas le principe d'une planque ? Et du fait qu'on doive la fouiller ? rétorqua Francis.

Ils étaient tous les deux sur les nerfs, aussi Lily choisit-elle de ne pas répondre. Dans ces moments-là, Francis et elle pouvaient s'échanger des mots particulièrement virulents, et elle ne voulait pas se laisser glisser sur cette pente.

Passant outre les nerfs de chacun, les deux Aurors redoublèrent d'utilisation de sortilèges de révélation, sans que jamais rien ne leur saute aux yeux. La frustration commençait à les empêcher de raisonner clairement, et il ne manquait que quelques minutes avant qu'ils ne se lancent les pires reproches à la figure.

Lily préféra s'éloigner. Elle se connaissait assez pour savoir qu'elle était celle qui allait lancer les sujets qui fâchent, et la dispute commencerait par sa faute, si elle restait trop proche de Francis. Elle prit sur elle, et décida d'aller à l'étage de la maisonnette, essayant de remarquer un nouveau détail, quelque chose qui leur avait échappé.

Rien, bien évidemment.

Pourquoi est-ce que cette affaire était aussi complexe ? Cela faisait deux ans qu'elle avait été mutée à l'unité des affaires étrangères, et un an qu'ils avaient la preuve que leur intuition était bonne, qu'un sorcier, ou une sorcière, cherchait à semer le trouble parmi certaines familles sorcières. Pourtant, à part le fait que ces familles soient sorcières, il n'y avait aucun dénominateur commun entre elles. Aucune preuve. Aucune piste qui menait quelque part.

C'était un tel niveau de frustration pour Lily qu'elle en dormait mal. Elle était particulièrement touchée par cette affaire, elle savait qu'elle aurait pu demander à ne pas travailler dessus, parce que le sujet était trop sensible, mais elle n'arrivait pas à se résoudre à abandonner.

Elle dormait également mal depuis quelques jours, car après avoir fait de nombreuses recherches sur Jane Wilson, elle avait fini par se rendre à l'évidence. Cette sorcière n'avait rien à se reprocher. Elle et Hayden étaient heureux. Lily n'avait plus rien à faire dans la vie d'Hayden.

Et c'était cela qui la tourmentait le plus, la frustrait le plus. Elle estimait que tout n'était pas fini, qu'elle avait encore quelque chose à faire dans la vie d'Hayden, ne serait-ce que lui donner les explications qu'il refusait depuis déjà deux ans. Sauf que Lily ne voulait pas s'immiscer contre sa volonté. Elle n'avait aucune envie de briser sa vie tranquille, reconstruite durant ces deux dernières années. Elle savait à quel point une vie bien rangée était chère aux yeux des sorciers, et elle ne voulait pas être celle qui allait tout détruire.

Elle pénétra dans une pièce sombre, et leva sa baguette.

- Lumos maxima !

Un puissant jet de lumière jaillit de sa baguette, ne révélant toutefois que des meubles poussiéreux, et des draps jetés en boule. Rien de concluant.

- Bordel, souffla-t-elle en ressortant de la pièce.

Elle explora les deux autres pièces de l'étage, pour que la conclusion soit la même. Rien d'intéressant ici non plus.

- Bon, Lily, on se casse ? l'appela Francis. Il n'y a rien ici.

Cela lui faisait mal de l'admettre, mais son coéquipier avait raison. Qui que soit l'informateur qui avait dit à Harry Potter d'envoyer des agents ici, il s'était trompé.

Pourtant, son épaule…

Lily posa la main sur la rambarde de l'escalier, n'arrivant pas à comprendre pourquoi son épaule lui faisait mal, alors que rien ne prouvait qu'ils étaient sur la bonne piste. C'était frustrant. Elle détestait rentrer bredouille des fouilles.

Elle posa un pied sur la première marche, et s'immobilisa.

- Francis, viens voir.

Son collègue arriva immédiatement. Le ton de Lily était tendu, preuve qu'elle venait de trouver quelque chose.

- Qu'est-ce que tu regardes comme ça ? J'ai une verrue sur le chapeau ? demanda Francis, quand il réalisa que Lily le fixait.

- Non, ce n'est pas toi que je regarde. Je regarde ce sur quoi tu marches.

Francis grimpa les escaliers deux marches par deux marches, pour se mettre au niveau de Lily.

C'était à peine perceptible au début. Et puis, si on laissait le regard traîner assez longtemps sur le plancher, on remarquait que certains traits n'étaient pas dus aux veines du bois, mais qu'il s'agissait d'un dessin savamment dissimulé dans la nature même du bois.

Un dessin qui représentait un corbeau.

L'épaule de Lily la brûla fortement. Elle retint une grimace et un gémissement de douleur, et la frotta vigoureusement. Francis fit mine de ne pas remarquer son geste. S'il avait trouvé l'idée bonne initialement, il l'avait regrettée lorsque Lily l'avait mise à exécution sur elle.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il finalement. Un signe de reconnaissance, si jamais des alliés passaient pour lui rendre visite ?

Lily secoua la tête.

- Non. À mon avis, si l'on suit les traits qui représentent ce corbeau, on devrait déclencher un mécanisme.

Elle descendit l'escalier.

- Ou un piège, ajouta-t-elle tranquillement.

Francis la rejoignit au milieu de l'escalier, l'arrêtant brutalement.

- Un piège ? demanda-t-il nerveusement. Est-ce qu'on ne devrait pas y réfléchir à deux fois, dans ce cas, avant de faire quoi que ce soit ?

Lily leva les yeux au ciel, et montra sa baguette magique, toujours à sa main.

- Franchement, Francis. Nous sommes des sorciers et, qui plus est, des Aurors. De quoi est-ce que tu as peur ?

Il secoua la tête, lui faisant comprendre qu'il l'estimait inconsciente.

- Toi, plus que quiconque, devrais savoir qu'on ne doit pas le prendre à la légère.

- Je ne le prends pas à la légère, siffla Lily. Il a détruit ma famille, par bien des chemins différents. Je suis vigilante. Mais je sais aussi que nous n'avons jamais été aussi proches d'obtenir des informations précieuses concernant la personne que nous recherchons, et je n'ai pas envie de plus attendre. Et toi ?

Francis se mordilla une lèvre, hésitant sur la marche à suivre.

- Notre supérieur…

- Ne sera pas content si jamais on se fait exploser par un piège mais, tu sais, dans ce cas, on sera également morts, donc franchement, tu devrais arrêter de t'en faire. Arrête, Francis ! Il nous a passé un savon parce que j'ai pris des risques inconsidérés et que tu étais d'accord avec ces risques, mais il ne va pas s'énerver à chaque initiative que nous allons prendre à présent, je te rassure !

Elle regarda le sol à nouveau, observant le corbeau. Elle avait la désagréable impression que l'œil la suivait toujours, alors qu'il ne s'agissait que d'un dessin.

- Je doute sincèrement qu'il s'agisse d'un piège. Je prends le risque. Reste à l'écart si tu as peur pour ta vie…

- Et être encore vivant si jamais c'était un piège, et devoir affronter Harry Potter tout seul alors que tu es morte ? Non, merci, je préfère mourir avec toi, renifla Francis en la suivant.

- C'est bien ce qu'il me semblait, murmura Lily. Alors, commençons à examiner ce corbeau.

Il leur fallut pas loin de trente minutes pour finalement comprendre comment fonctionnait le dessin magique. Après avoir suivi les contours du volatile, sans jamais rien déclencher, et avoir lancé tous les sorts, nombreux, qu'ils connaissaient, ils avaient fini par s'intéresser aux plumes du corbeau.

Une plume de son aile s'irisa légèrement lorsqu'ils s'en approchèrent, baguettes sorties.

- Qu'est-ce qu'il faut faire, à présent ? demanda Francis.

- Aucune idée, je découvre, tout comme toi. À ton avis, est-ce que ça consomme du sang, un corbeau ?

Francis la regarda sans comprendre.

- J'imagine qu'il faut lui donner un tribut pour ouvrir la cachette, supposa Lily. J'avais pensé à du sang…

- Je ne pense vraiment pas que ce soit ça.

- Tant mieux, parce que je n'avais pas envie de me saigner, reconnut l'Auror. Tu sais imiter le cri du corbeau ?

Francis souffla.

- Tu as beaucoup d'autres idées de ce genre ?

- Énormément, sourit Lily. En attendant, je cherche une solution, lui fit-elle remarquer. Est-ce que c'est ton cas ?

Il ne répondit rien. Francis s'accroupit, prit sa baguette, et la pointa à l'endroit qui était le plus lumineux de la plume. Peu à peu, la lumière se diffusa dans tous les traits qui représentaient le corbeau, jusqu'à ce que l'animal apparaisse parfaitement visible sur le plancher, d'un noir profond. Un petit clac se fit entendre, et le sol se mit à trembler, puis à descendre doucement.

- Beaucoup plus simple, finalement. Je dois avouer être légèrement déçue, commenta Lily.

- C'était trop subtil pour toi, sûrement.

Lily passa outre la pique, qu'elle mit sur le compte de la nervosité. Francis n'aimait pas se retrouver dans des situations qu'il ne maîtrisait pas de bout en bout. Il avait besoin de contrôler un minimum son environnement, et ce n'était pas le cas à l'instant présent.

Le dispositif qu'ils avaient déclenché finit par se stabiliser, une fois arrivé au sous-sol de la bâtisse. Francis et Lily levèrent leurs baguettes, les allumèrent, et regardèrent autour d'eux.

- Par Merlin, souffla Francis.

Lily n'aurait pas mieux dit.

Des dizaines de cartes du monde s'étalaient sur les murs, chacune avec des épingles de couleurs différentes. Lily s'approcha des cartes, essayant de comprendre les codes couleurs, de deviner pourquoi elles avaient autant d'importance pour être épinglées au mur. Elle suivait les différentes lignes qui étaient tracées entre les épingles, sans réellement comprendre grand-chose. Mais il y avait forcément une explication.

Elle embrassa du regard la pièce. Francis fouillait dans les meubles, à la recherche d'indices qui leur prouveraient qu'ils étaient au bon endroit. Lily s'approcha des étagères, regardant les bocaux. Des potions, des ingrédients, des bocaux sans inscription. Cela mériterait une recherche plus aboutie, mais elle n'allait pas commencer maintenant. Il fallait d'abord s'assurer qu'ils étaient bien chez le Corbeau. Ou la Corneille, si c'était une femme.

Son épaule la lançait plus que jamais, signal qu'elle avait soit trouvé le bon endroit. Soit que le coupable n'était pas loin. Elle espéra qu'il s'agissait de la première hypothèse, car ils n'étaient pas assez pour arrêter un sorcier ou une sorcière qui les prenait pour des idiots depuis deux ans. C'était une opération d'envergure, une telle arrestation.

Francis avait sorti des dizaines de parchemins d'un tiroir, et les consultait avec intérêt. Lily reporta son attention sur des coupures de journaux, datés parfois d'il y a des années, parfois d'il y a quelques semaines, voire quelques jours. S'ils étaient au bon endroit, ils avaient manqué leur cible de peu de temps.

Elle s'approcha de l'âtre.

- Froid, murmura-t-elle.

Elle remua les cendres, mais pas le moindre tison n'apparut. Ils ne l'avaient pas débusqué par surprise. Il avait eu le temps de s'enfuir, mais n'avait pas pris le temps d'emporter ce que contenait cette pièce.

- Pourquoi ? murmura Lily.

Une impulsion sourde pulsait dans son crâne. Elle essaya de se concentrer, mais un détail manquait, rien qui lui permettait de s'assurer qu'elle avait les bons éléments pour résoudre cette équation, de mieux comprendre ce qu'elle avait fait.

- Lily, viens voir.

La voix de Francis était étonnamment calme au vu de la situation. Lily s'approcha de lui rapidement, enjambant des caisses contenant des bouteilles d'alcool.

- Ce n'est pas ta…

Elle arracha le parchemin que tenait Francis, et observa le portrait qui était dans le coin supérieur droit. Une femme très belle, aux cheveux noirs, yeux bleu et teint pâle la regardait, avec un sourire triste et un air absent. Un corbeau noir était dessiné en bas du portrait.

Le cœur de Lily manqua un battement. Elle leva les yeux vers Francis, qui la fixait sans comprendre.

- Pourquoi est-ce qu'elle est là ? Je croyais qu'elle était un dommage collatéral. Qu'elle était tombée sur notre homme…

- Ou notre femme, le reprit machinalement Lily.

Francis eut un geste d'agacement.

- Par hasard, lors d'une mission. Pas qu'elle était une de ses cibles. Alors, pourquoi est-ce qu'elle est là ? Et pourquoi un meurtre ?

Lily secoua la tête, essayant de remettre de l'ordre dans ses idées. Rien n'avait de sens. Cette Auror était décédée deux ans plus tôt, et Lily s'en souvenait très clairement, parce qu'il s'agissait d'un deuil qui l'avait touchée personnellement. Cela avait ébranlé le Bureau des Aurors, et avait même mené à une restructuration de celui-ci, beaucoup d'Aurors ayant changé de poste suite à ce meurtre.

- Est-ce qu'on se trompe depuis le début ?

- Vu le nombre de fois où nous nous sommes trompés, plus rien ne m'étonnerait, soupira Lily.

Elle bouillait cependant de colère en elle. Comment est-ce qu'elle avait pu faire l'impasse sur ce meurtre ? Ou, plutôt, comment avait-elle pu croire que ça n'avait pas directement un lien avec leur affaire en cours ? Pourquoi est-ce qu'ils avaient tous cru qu'il s'agissait d'un simple hasard ?

Sûrement parce que les méthodes de la personne qu'ils recherchaient ne suivaient aucun schéma, ce qui rendait impossible la moindre spéculation, la moindre piste à laquelle se rattacher.

Lily gardait les yeux sur le parchemin. Francis, lui, regardait les autres parchemins.

- Certaines personnes pour lesquelles nous avions des doutes sont également répertoriées, avertit-il Lily.

Elle hocha la tête, la gorge serrée. Gardant le parchemin toujours en main, elle se secoua, et se mit à fouiller à nouveau la cachette, espérant trouver autre chose.

Malheureusement, une heure plus tard, rien d'autre n'avait surgi. Ils avaient bien trouvé une lettre modèle, comme celle dont les personnes victimes du Corbeau – ou de la Corneille, Lily n'en démordait pas – avaient été victimes, mais rien de plus concluant.

Francis finit par arrêter net de chercher. Il en avait marre, la pièce était humide, il sentait le froid s'insinuer dans chaque fibre de son corps, et il avait besoin de repos. Chercher pour chercher n'avait pas d'intérêt, il en avait conscience, et il savait également qu'il était le seul à réellement regarder ce qui se trouvait dans cette pièce, Lily étant toujours bloquée sur le parchemin qu'il lui avait donné. Elle le serrait avec une ferveur que Francis lui connaissait peu.

Il hésita un instant à l'interpeller, alors qu'elle paraissait perdue dans ses pensées, mais il finit par réaliser qu'il avait toutes les raisons de le faire.

- Lily ?

Elle ne réagit pas immédiatement. Une pensée toujours pour le parchemin, les autres étaient focalisées sur les cartes qu'elle apercevait sur les murs. Elle avait envie, besoin, de comprendre ce qu'elles faisaient là, ce qu'elles représentaient. Elle avait peur qu'en les laissant être vues par d'autres personnes, elle ne puisse plus comprendre ce qu'elles signifiaient.

Elle avait entendu Francis l'interpeller, mais elle ne voulait pas qu'il arrive dans son champ d'intérêt. Il fallait encore qu'elle ait quelques secondes, minutes, rien que pour elle. Qu'elle analyse, qu'elle trouve une explication.

Mais rien ne venait.

Deux ans qu'elle était sur cette affaire.

Elle avait répondu à beaucoup des questions de ses prédécesseurs.

En fait, elle avait créé les liens que ses prédécesseurs n'avaient pas vus, ou n'avaient pas voulu voir.

Et pourtant, elle se retrouvait complètement bloquée aujourd'hui, incapable de trouver une nouvelle explication. Bien évidemment, elle était frustrée.

Mais, plus que cela, elle se retrouvait totalement perdue, et il ne s'agissait pas d'un sentiment qu'elle connaissait particulièrement bien.

Son épaule se remit à la démanger et la brûler, signe qu'elle perdait pied avec la réalité.

Elle ferma les yeux, se concentra tant bien que mal sur son environnement. Les détails se faisaient flous, elle voyait de moins en moins correctement les contours des objets qui l'entouraient.

- Lily ?

Elle entendit la voix pressante de Francis, qui venait de comprendre ce qui lui arrivait, et s'inquiétait des conséquences.

Elle avait beaucoup trop traîné pour son rendez-vous à Ste Mangouste.

Elle inspira profondément, chercha un point d'ancrage pour reprendre pied avec la réalité. Elle essaya de se raccrocher à l'image de ses parents, cela ne fonctionna pas.

Elle tenta de visualiser ses frères, sans grand succès.

Elle sentit la panique l'envahir, l'air lui manquer. Il fallait qu'elle trouve ce qui lui permettait de ne pas oublier qui elle était, il fallait qu'elle repousse la magie noire qui voulait prendre le dessus. Si elle perdait contact avec la réalité maintenant, jamais personne ne la prendrait plus au sérieux. Il fallait qu'elle tienne, encore quelques mois.

Elle repoussa l'image qui arriva dans son esprit, sans réussir.

Elle finit par comprendre qu'elle n'avait pas le choix. Si elle souhaitait réellement s'en sortir, il fallait qu'elle accepte que son ancrage, depuis des mois, des années, n'avait pas changé.

Il s'agissait toujours d'Hayden Zabini.

Elle ravala son amertume, et se focalisa sur son visage, les détails de son corps, les secrets de ses sourires qu'elle seule connaissait et, peu à peu, le réel prit le dessus sur l'irréel, sur la magie noire. Une goulée d'air salvatrice passa à travers le brouillard qui l'entourait.

Il lui fallut encore de longues minutes avant que, enfin, la planque se fasse à nouveau nette autour d'elle.

Francis était planté face à elle, le visage inquiet. Il ne lui posa aucune question.

Il n'en avait pas besoin. Il savait quelle décision Lily avait prise, et les conséquences qu'elles avaient. Cela l'effrayait, mais il n'avait plus le choix, à présent. C'était ainsi, et pas autrement.

- Encore… une minute, souffla Lily.

Elle n'avait plus d'air dans ses poumons, et il fallait qu'elle retrouve un minimum de sérénité avant de poursuivre sa discussion avec Francis. Lily ne voulait surtout pas paraître avoir la moindre faiblesse devant lui avant de relancer la conversation.

Cela prit finalement plus longtemps qu'une minute. La perte de contact avec la réalité avait été plus violente que ce à quoi elle s'était attendue, et une douleur était apparue au niveau de ses côtes – une première, dont Lily n'hésiterait pas à discuter avec le Guérisseur qu'elle verrait à Ste Mangouste.

Ou pas, sinon, il allait vouloir la forcer à se soigner.

Elle finit par reprendre pied totalement avec la réalité.

Francis le remarqua immédiatement à son œil plus vif.

- On fait quoi ? demanda-t-il avec appréhension.

Ils étaient à la croisée des chemins. La prochaine décision que prendrait Lily changerait leur quotidien à tout jamais, ils en avaient conscience. Qui serait averti, qui ne le serait pas, tout allait être modifié.

Lily prit une profonde inspiration.

- C'est bon, tu peux te détendre, Francis.

Son coéquipier ne l'écouta pas pour autant. Depuis que Lily avait pris cette décision, celle de se mutiler avec de la magie noire, il n'avait que partiellement confiance en son jugement.

- On fait quoi ? insista-t-il.

- Je crois que tu le sais.

- J'aimerais que tu le dises, persista Francis.

Lily soupira.

- On appelle les Potter qui travaillent au Bureau des Aurors.

Francis ne dit rien. Il avait vraiment besoin que Lily verbalise jusqu'au bout son idée. Elle rechignait à la tâche, mais elle savait qu'il fallait qu'elle aille jusqu'au bout. Il y avait trop de conséquences suite à cette décision pour qu'elle soit basée sur des non-dits. Et puis, les non-dits n'avaient pas réellement bénéficié à Lily ces dernières années.

- Les Potter ? souleva Francis.

- Les Potter, confirma Lily. On convoque Harry Potter. Et James Potter également.

Francis se rembrunit, avant de hocher la tête.

- Je vais leur envoyer un Patronus immédiatement, se proposa-t-il.

Lily ne dit plus rien. Elle se sentait vidée de toute énergie, de tout sentiment. Elle se détestait d'appeler James, tout comme elle se sentait soulagée de s'être ôté cette épine du pied en décidant, finalement, de choisir cette option.

Pendant que Francis faisait son travail et préparait son Patronus, Lily baissa les yeux vers le parchemin qu'elle serrait toujours.

Elle connaissait ce visage par cœur, car elle avait été à son mariage. Elle avait des photos de cette personne dans son appartement, dans ses albums de famille. Elle connaissait par cœur ce sourire, à la fois timide et mutin.

Elle n'avait même pas besoin de lire la ligne, sur le parchemin, qui renseignait le prénom et le nom de cette personne, parce qu'elle le connaissait très bien.

Pourtant, malgré cette inutilité, Lily ne put s'empêcher de baisser les yeux, encore une fois, sur le parchemin.

Toujours cette photo, qui lui serra le cœur.

Et puis le prénom.

Isabella.

Et ensuite, le nom de jeune fille.

De la Cruz.

Qui était barré.

Remplacé par Potter.

La femme de James.

Assassinée, deux ans auparavant.

Pas du tout parce qu'elle s'était trouvée au mauvais endroit, au mauvais moment.

Mais plus vraisemblablement parce qu'elle n'avait pas pris au sérieux la lettre du Corbeau.

Ou de la Corneille, Lily n'en démordait pas.

Sussex de l'Ouest

« Mais qui est Lily Luna Potter ?!
Choc ! La dernière-née du couple Harry/Ginny est rentrée au pays en très bonne compagnie. Si les proches du couple affirment qu'il s'agit d'un collègue, les spéculations vont bon train du côté des Plumes à Papote.
Est-ce que Lily Luna Potter, la sorcière qui a tout fait pour qu'on ne sache rien de sa vie, aurait commis un faux pas en se montrant en la compagnie de ce jeune homme ?
Est-ce que la sorcière la plus extravagante de Londres a finalement trouvé chaussure à son pied ? Il faut reconnaître que les enfants Potter n'ont pas eu la vie facile en ce qui concerne leurs amours.
Est-il possible qu'un nouveau mariage, pour un enfant Potter, soit bientôt annoncé ?
Et si les rumeurs disant que Lily Luna Potter soit déjà mariée étaient vraies ?
C'est ce que votre chère Rita Skeeter va s'employer à découvrir durant les prochaines semaines.
La famille Potter n'aura bientôt plus aucun secret pour vous ! »

- Bonne chance pour cela, marmonna Hayden en refermant le journal et en l'envoyant le plus loin possible de lui.

Il détestait ce type de presse, mais lorsque le portrait dessiné de Lily lui avait sauté aux yeux, il n'avait pas été capable de se retenir, et avait dû se saisir du journal. Bien évidemment, rien d'intéressant n'était finalement apparu, et il en était quitte pour une simple désillusion… et un léger soulagement quand il avait compris qu'aucune photo n'était présente pour étayer l'article, qui n'était écrit que pour spéculer.

Cela le peinait de le reconnaître, mais il avait craint apprendre quelque chose de plus cruel. Que Lily avait quelqu'un, par exemple.

Lorsqu'il l'avait croisée à la soirée organisée par les enfants Nott, il n'avait pas pris le temps d'en savoir plus sur la vie personnelle de Lily, ou même sur sa vie, tout simplement, et il commençait à le regretter. Savoir ce qui avait pu lui arriver depuis deux ans, cela aurait permis à Hayden de l'oublier plus facilement, rapidement. Seulement, à l'heure actuelle, c'est comme si Lily était bloquée dans le passé.

Il la revoyait, en tant qu'Auror, avec sa prestance et son mépris, piétinant tout ce que sa famille avait construit, comme si cela n'avait aucune importance.

Comme si elle ne le connaissait pas par cœur.

Comme si elle n'était pas amoureuse de lui.

- Tu peux me passer les journaux ?

Hayden hocha la tête, sans faire le moindre mouvement. Il n'avait même pas réalisé que Cassiopée venait de le rejoindre dans la cuisine.

- Hayden ! siffla Cassiopée. Je t'ai demandé les journaux.

En cette matinée de congé pour Hayden, seule sa deuxième sœur était présente à la maison. Sa mère était partie avec Jane pour des essayages de robe, tandis que son père et ses deux autres sœurs, Leah et Zoey, étaient partis chez le traiteur, pour s'assurer que les plats correspondaient aux attentes des futurs mariés.

- Oui ? papillonna Hayden.

- Les journaux ! s'exaspéra Cassiopée.

C'était la moins patiente des sœurs d'Hayden. Lorsqu'il était à Poudlard, et qu'elle également, il devait toujours s'assurer qu'elle n'était pas à l'attendre quelque part. Dans le cas où elle partait à sa recherche, Hayden n'avait que peu de temps pour quitter Lily avant qu'elle ne les découvre ensemble. Plus d'une fois, sa sœur lui avait donné quelques sueurs froides, manquant les surprendre à quelques minutes.

Hayden lui fournit ce qu'elle demandait, et observa sa petite sœur pendant qu'elle lisait les journaux.

- Tu veux ma photo ? grogna-t-elle.

Hayden ravala un sourire, et la laissa profiter de son moment de calme. Cassiopée avait toujours eu besoin de sa tranquillité du matin, et il avait toujours su la lui laisser.

Ticktik s'occupait d'ajouter et d'enlever ce qu'il fallait de la table du petit-déjeuner, s'assurant de ne pas les déranger pendant ce moment privilégié à deux. À chaque geste qu'il effectuait, Hayden ne manquait pas de le remercier, faisant rouler des yeux sa sœur, qui n'avait jamais compris la déférence qu'il montrait envers les Elfes de maison.

- Tu comprendras plus tard, lui assura Hayden.

Elle choisit de ne pas répondre.

- Franchement, pourquoi est-ce que Skeeter s'embête encore à chercher des informations sur Lily Potter ? Cette fille est un véritable mystère, pesta Cassiopée. Au moins, son frère se met en avant.

- Il est acteur, c'est normal de se mettre en avant.

- Tu vois ce que je veux dire. C'est plus simple de suivre les aventures d'Albus Severus Potter que celles de Lily Luna Potter. Surtout qu'être Auror, finalement, c'est assez banal, comme métier. Tu cours après un méchant, tu l'arrêtes, et tu recommences.

Hayden ne réagit pas. Lors des premières années de formation de Lily, lorsqu'ils se fréquentaient encore, cette routine banale, comme la qualifiait sa sœur, lui donnait des sueurs froides. Il faisait des efforts pour ne pas s'inquiéter outre-mesure, mais il était devenu Guérisseur en partie parce qu'il savait qu'il aurait de quoi soigner Lily si jamais une de ses arrestations tournait mal.

Chaque jour, il craignait qu'un nouveau mage noir, surpuissant, fasse son apparition, et soit prêt à mobiliser tous les Aurors, y compris Lily.

Il devait reconnaître que Jane ne lui causait pas autant de peur.

- Est-ce que je suis obligée de porter du vert à ton mariage ?

- Oui, répondit Hayden après un moment d'hésitation.

Cassiopée se renfrogna. Hayden, à l'inverse, la remercia intérieurement de l'avoir ramené à la réalité. Il était parti pour se perdre à nouveau dans ses pensées.

- Est-ce que je peux venir accompagnée, également ?

Hayden posa sa tasse de thé délicatement.

- Hum… Est-ce que tu as quelque chose à m'annoncer ?

- Non. Mais au cas où…

Avec désinvolture, Cassiopée tourna une page du journal. Elle se perdit dans sa lecture, tandis qu'Hayden pouvait observer à loisir le visage dessiné de Lily, qui l'observait.

Il perdait pied avec la réalité. Lily avait ce don, d'un simple de regard, de lui faire oublier le réel. Il oubliait tout, partait dans un nouveau monde. Il adorait cela, quelques années plus tôt.

À présent, il le détestait.

- Hayden ?

- Hmm ?

- Comment est-ce que tu as su ?

Cassiopée le regardait avec une grande intensité, et Hayden se sentit tout à coup perdu. Comment est-ce qu'il avait su quoi, exactement ?

Apparemment, vu le visage de Cassiopée, il aurait dû le savoir immédiatement.

Pourtant, rien ne lui venait.

- Pour Jane ! souffla Cassiopée. Comment est-ce que tu as su que c'était elle, et pas une autre, que tu voulais épouser ?

- Oh…

Hayden se sentit bête. Il aurait dû comprendre que sa sœur voulait parler de son mariage. Pourtant, cela lui paraissait tellement loin de toutes les préoccupations de sa famille.

- Je… ne sais pas, avoua Hayden. C'est compliqué. Je suis bien avec elle, et je me suis dit « pourquoi perdre du temps alors que je ne trouverai peut-être pas une autre personne avec qui je serai aussi bien ? » Alors, ça s'est fait. Naturellement.

Cassiopée paraissait peu convaincue de son explication.

Hayden la comprenait totalement.

Lui-même, en prononçant cette phrase, réalisait à quel point cela paraissait être un choix par défaut que de se marier avec Jane.

Au fond de lui, il sentait qu'il l'aimait, qu'il était amoureux d'elle. Mais une petite voix ne cessait de lui faire remarquer qu'il était amoureux d'elle parce que c'était plus simple, sans réflexion, et qu'il n'avait pas besoin de réfléchir aux conséquences d'une relation avec elle. C'était la voie de facilité.

Jane Wilson était apparue dans sa vie alors qu'il se haïssait, qu'il haïssait toutes les personnes qui s'approchaient de lui. Il ne voulait plus octroyer sa confiance à personne, et préférait rester dans son coin, isolé. Mais elle était entrée dans sa vie par la petite porte, doucement, sans faire de bruit, avec délicatesse.

Et c'était totalement l'opposé de Lily Potter, alors il avait cédé. Jane n'avait rien à voir. Il avait compris ce que c'était, une relation simple, à ciel ouvert, sans complication. Et, franchement, il n'avait pas besoin de plus.

Il n'avait pas besoin de mensonges, de cachotteries. De moments volés, sans que personne ne sache. D'escapades sans que personne ne soit au courant, de temps perdu parce qu'ils ne pouvaient pas se voir.

La simplicité de sa relation avec Jane ne l'avait jamais effrayé, et c'était une véritable nouveauté, qu'il ne connaissait pas, qu'il n'avait jamais appréciée. Pour une fois, il pouvait en profiter. Ne plus se cacher, ne plus faire semblant.

Bien sûr qu'il avait plongé. C'était tellement facile.

Tellement salvateur.

Tellement l'opposé de Lily, à qui il voulait faire du mal autant que possible.

- Je ne suis pas convaincue, dit Cassiopée entre ses dents.

Hayden avala une gorgée de thé.

Il aurait pu rebondir sur ce que sa sœur disait, lui reconnaître le bénéfice du doute, accorder le fait qu'il aurait pu choisir une relation plus complexe, plus ambivalente.

Il préféra rester dans le déni, et dans sa relation actuelle.

- Tu comprendras lorsque tu auras rencontré la bonne personne.

Il se détestait de prononcer cette phrase aussi banale.

En même temps, il se détestait également de penser autant à Lily Potter alors que ses pensées auraient toutes dues être dirigées vers Jane.

Quitte à se détester, autant qu'il fasse ça dans les règles de l'art, et qu'il se déteste profondément, pas seulement en surface.


Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.

Comment allez-vous ? Je sais que certain.e.s se posaient des questions quant à l'absence de James. J'espère que je vous ai rassuré un peu maintenant que vous avez conscience qu'il n'est pas mort ! (J'ai une affection particulière pour le prénom James, je suis incapable de lui faire du mal. Je rencontre un James, demain, dans ma vie, j'abandonne tout pour lui. Enfin, non, parce que c'est pas dans ma nature, mais vous voyez l'idée) On en sait un peu plus sur l'histoire de James, sur l'affaire de Lily, mais également sur les relations qu'entretient Hayden avec une de ses sœurs. Parfois, j'ai l'impression que c'est un peu lourd ma manière d'amener les événements. J'espère que ça passe à la lecture, tout de même.

Ah, au fait, il n'y aura pas toujours des passages de la vie d'avant, à Poudlard, pour Hayden et Lily. On aura droit à ces scènes à peu près sur la moitié de l'histoire, et ensuite, on ne sera que dans le présent de Lily et Hayden.

Merci, encore et toujours, à DelfineNotPadfoot pour ses corrections rapides et efficaces (et ses commentaires qui me font rire) !

Bonne nouvelle semaine de confinement (et ce n'est pas fini...) et je vous dis à lundi prochain, en espérant que vous soyez au rendez-vous cette fois encore :) Merci pour vos reviews, vos ajouts en favoris et vos follows, ça me fait toujours chaud au cœur, vous vous en doutez j'espère.

Méfaits accomplis.