Disclaimer : Harry Potter appartient entièrement et uniquement à J.K. Rowling. Je ne fais qu'écrire des fanfictions dessus à mes heures perdues.
Chapitre V
Lundi 15 décembre 2025 - Château de Poudlard
Il faisait froid dans les couloirs du château, mais Lily estimait que ce qui la congelait, ce n'était pas uniquement le froid de l'hiver écossais.
C'était l'ignorance d'Hayden.
Depuis un peu plus d'une semaine, impossible de croiser le Serpentard. Si au moins elle savait pourquoi, elle pourrait essayer de résoudre ce malentendu. Mais Hayden refusait le moindre contact avec elle. Elle l'avait cherché dans tous les passages secrets de l'école, dans toutes les salles désaffectées du château à chacune des heures où ils avaient l'habitude de se retrouver, mais rien à faire. Hayden n'était jamais au rendez-vous, et cela inquiétait sincèrement Lily.
Si encore cela avait débuté dès la fin du match de Quidditch les ayant vus s'affronter, elle aurait compris qu'il ne se remettait pas encore de l'avoir blessée. Mais cela avait commencé il y a bien trop peu de temps pour que ça ait un lien avec le match.
Elle fit exprès d'arriver en retard en cours de Potions, quitte à recevoir un reproche de sa professeure. Elle voulait s'assurer qu'Hayden était déjà installé à leur paillasse pour le rejoindre. Elle ne voulait pas prendre le risque qu'il choisisse d'aller s'installer ailleurs qu'à côté de Lily.
- Potter… Merci de prendre la peine de nous rejoindre.
Lily baissa la tête en signe de repenti face à sa professeure, avant de se précipiter pour s'installer à côté d'Hayden.
Elle le remarqua immédiatement : il se crispa. Il l'évitait donc sciemment, et cela plongeait Lily dans une grande tristesse. Pourquoi ce revirement de situation, pourquoi cette distance entre eux deux ? Lily ne comprenait plus Hayden, soudainement.
- Aujourd'hui, nous allons commencer la préparation du Felix Felicis ! les informa leur professeure. Vous êtes censés être autonomes, alors, je vous laisse vous débrouiller. Prouvez-moi que vous méritez votre place dans ce cours…
Il s'agissait d'une complexe potion, et Lily aurait dû se concentrer bien plus que ce qu'elle l'était actuellement, mais l'ignorance d'Hayden l'empêchait de se concentrer parfaitement.
- Hayden, chuchota-t-elle alors qu'ils avaient récupéré les ingrédients.
Tout le monde parlait dans le cachot, et il était toléré de parler avec son voisin de paillasse lors de ce cours. Personne n'allait s'étonner de voir Hayden et Lily discuter rapidement entre eux.
- Il faut qu'on parle, insista Lily, alors qu'il ne lui répondait pas, et ne la regardait même pas.
Chaque moment où Hayden l'ignorait était comme une minute sans air pour la jeune femme. Elle détestait cela, et avait la sensation qu'elle n'avait définitivement pas mérité ce traitement.
Elle se retenait de justesse d'élever le ton, car elle savait qu'elle n'allait pas réussir à rester de marbre, et que tout le cachot allait comprendre qu'il se passait quelque chose entre eux. Elle ne doutait d'ailleurs pas qu'Hayden jouait justement sur cet atout pour éviter de répondre. Il savait que Lily n'allait pas les exposer aussi stupidement aux yeux de tout le monde.
- Si j'ai fait quelque chose de mal, j'aimerais au moins savoir ce que c'est, souffla-t-elle.
Si Hayden n'avait pas été attentif, il n'aurait sûrement pas réalisé qu'elle avait parlé. Mais il ne pouvait pas ignorer Lily, c'était impossible pour lui.
- J'aurais cru que tu le savais, dit-il simplement.
Lily, bouche bée, secoua la tête, avant de se plonger à nouveau dans la préparation de sa potion. Elle ne pouvait pas la rater pour un garçon, ce n'était pas dans son caractère. Mais il fallait régler cette histoire entre Hayden et elle, car cela affectait de manière bien trop importante son quotidien.
Elle serra les dents, et garda en tête qu'elle avait un travail à faire. Toutefois, la présence d'Hayden, et la distance qu'il instaurait entre eux deux lui faisait mal. Bien plus mal que le Cognard qu'elle avait reçu le mois précédent, et qui lui avait valu un séjour de plusieurs jours à l'infirmerie, et des séquelles pendant une bonne semaine. À plusieurs reprises, elle manqua de créer une explosion dans les cachots, ce qui lui aurait valu une mauvaise note, et une sacrée retenue. Sauf qu'elle aspirait devenir Auror, et une Auror ne pouvait pas se laisser distraire par une histoire avec un garçon. Elle serra donc les dents, oubliant autant qu'elle le pouvait le garçon qui était à sa droite, et se concentra autant qu'elle le pouvait sur sa potion.
Et sur son plan pour trouver Hayden et le forcer à lui parler.
Elle dut attendre la fin de la journée pour mettre à exécution son plan. Il fallait que les couloirs soient presque vides, tout comme la salle commune, mais également qu'Hayden ne soit pas dans son dortoir. Si Hayden ne sortait pas de sa salle commune cette nuit, Lily ne pourrait rien faire.
Elle attendit que ses camarades éteignent la lumière. Parfois, elle avait envie de se confier à elles, leur dire qu'elle aussi avait des problèmes de cœur, et qu'elle désespérait de comprendre le garçon qu'elle appréciait en un battement de cil. Et puis, elle se souvenait qu'elle adorait avoir son jardin secret, sans que personne n'en ait la clef à part Hayden et elle.
- Assudiarto, murmura Lily autour d'elle.
Elle ne voulait pas prendre le risque de réveiller les autres filles du dortoir.
Elle fouilla ensuite dans sa table de chevet, et en sortit un vieux parchemin. Elle prit sa baguette, la positionna sur le papier, et murmura :
- Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.
Comme à chaque fois, son grand-père et ses amis lui furent d'un grand secours. Le plan de Poudlard apparut sous ses yeux rapidement et, comme elle pouvait s'en douter, il n'y avait pas d'élèves qui traînaient dans les couloirs.
Mis à part Hayden Zabini, qui faisait les cent pas dans un cachot désaffecté, non loin de sa salle commune.
Lily avait juré à Hayden, des mois auparavant, lorsqu'elle lui avait avoué qu'elle avait un moyen de trouver qui elle voulait dans Poudlard, quand elle le voulait, de ne pas utiliser cette méthode sur lui. Il ne se sentait pas à l'aise avec l'idée. Elle avait accepté, bien sûr, et avait accédé à sa demande jusqu'à aujourd'hui. Mais aujourd'hui était un cas d'extrême urgence.
Le chemin jusqu'aux cachots allait être long et, surtout, semé d'embûches, réalisa Lily. Des professeurs faisaient des rondes, et certains étaient postés non loin des passages secrets qui lui permettaient de se rendre sans encombre jusqu'à l'endroit où se trouvait Hayden.
La jeune femme prit une profonde inspiration. Ce périple allait être un entraînement pour son test d'entrée chez les Aurors. Si elle parvenait à rejoindre Hayden avant de se faire attraper, elle ne devrait pas avoir de souci pour vaincre les pièges des Aurors.
Elle eut quelques sueurs froides durant son périple, et Peeves lui donna du fil à retordre et l'obligea à se dissimuler un long moment grâce à un sortilège de Désillusion que partiellement réussi, mais elle finit par y arriver. Grâce à la carte du Maraudeur, elle sut qu'Hayden était toujours à l'intérieur du cachot.
- Méfaits accomplis, murmura-t-elle avant de ranger le parchemin à l'intérieur de sa cape.
Elle poussa la porte du cachot, entra, et la referma immédiatement derrière elle.
Hayden s'immobilisa en la voyant. Son visage se ferma, alors que, quelques secondes plus tôt, il montrait des signes évidents de nervosité et de peur.
Lily attendit. Longtemps. Mais Hayden ne prononçait pas le moindre mot. Il restait immobile, stoïque, et ne rendait pas la tâche facile à Lily.
Elle se mordilla la lèvre, se frotta les bras, essayant de rester patiente pour qu'Hayden se mette à parler. Nerveuse, ce fut elle qui se mit à marcher dans le cachot, en restant à une certaine distance d'Hayden. Dans l'attitude du garçon, rien ne la poussait à se rapprocher de lui.
Elle ne tint pas trois minutes à ce rythme.
- Qu'est-ce que j'ai fait ?!
Elle essaya de rester calme, mais n'y parvint pas.
- Pourquoi est-ce que tu ne me parles plus ? Pourquoi est-ce que tu ne m'as même pas envoyé un petit mot, comme tu le fais, pour m'avertir que ça ne servait à rien de t'attendre ? Pourquoi est-ce que tu sembles m'en vouloir à ce point ?
Hayden sortit sa baguette magique, et la pointa vers la porte, avant de lancer son sortilège informulé.
Lily se rendit compte qu'elle avait élevé la voix. Il avait dû lancer un sortilège d'assourdissement.
- Macmillan, dit simplement Hayden.
Lily le fixa sans comprendre. Il ne lui parlait pas pendant des jours, et lorsqu'il le faisait finalement, c'était pour prononcer le nom d'un autre garçon ?
- Rufus ? Rufus Macmillan, un des poursuiveurs de Serdaigle ? Eh bien, quoi ? s'enquit Lily. On joue au Quidditch ensemble, comme depuis plusieurs années maintenant. Il rate toujours le Souafle, un véritable désastre, marmonna-t-elle.
Hayden redevint silencieux, mettant Lily au martyr.
- Hayden, il faut que tu me parles, parce que là, c'est… beaucoup trop compliqué pour moi. Tes silences, ton éloignement… Ça me fait mal, Hayden.
Elle l'aperçut furtivement dans les yeux d'Hayden : le soulagement. Comme s'il attendait que Lily lui dise cela. Alors, il se mit à parler.
- Il y a presque deux semaines, j'ai entendu une conversation entre Macmillan et son ami, Dean Carmichael.
- Et ? s'impatienta Lily.
- Sur le fait que Macmillan voulait t'inviter à sortir avec lui.
- Et ? insista Lily.
Hayden se tut à nouveau.
- Ne me dis pas que tu es jaloux de Macmillan ? souffla Lily.
Le fait qu'Hayden détourne la tête et rougisse fit comprendre à Lily que si, il était entièrement jaloux.
- Macmillan est le fils d'un héros de guerre, toi aussi… Vous êtes faits pour être ensemble. Il est populaire, sympa, plutôt beau garçon. Vivant. Enthousiaste. Blagueur. Et si tu étais en couple avec lui, personne ne trouverait rien à redire, ça ne serait pas bizarre. Vous pourriez être vus au grand jour, et tout le monde serait ravi pour vous deux.
Et soudainement, Lily fut en colère. En colère contre son petit ami et ses silences, ses suppositions, son absence des derniers jours.
- Merci de mieux savoir que moi ce que je veux et ce que je mérite ! persifla-t-elle.
Son éclat de colère frappa Hayden en pleine poitrine.
- J'ai repoussé Macmillan il y a une semaine, pour ton information. Et il l'a très bien pris, donc je te rassure, il n'y a aucun risque pour toi. Mais toi… Tu mériterais que je parte sans aucune explication ! siffla Lily. Je suis fille d'un héros de guerre, oui, et alors ? C'est mon père, le héros, pas moi ! Pareil pour Rufus ! Tout le monde serait heureux si on sortait ensemble, Rufus et moi ? Mais je m'en fiche de ça, et c'est parce que j'aime la discrétion que je suis avec toi, à bientôt minuit, dans une salle déserte, à te donner des explications que tu ne mérites même pas ! Pourquoi est-ce que tu ne m'en as pas parlé ?
- Parce que je pensais que la question ne se poserait même pas. Que tu rejoindrais Macmillan immédiatement, murmura Hayden.
Lily en fut estomaquée. Elle combla la distance entre eux deux, et saisit les poignets d'Hayden, fermement.
- Tu manques à ce point de confiance en toi pour croire que tu n'es qu'une passade pour moi ? souffla-t-elle.
Hayden ne répondit pas.
- Tu penses réellement que je serais tombée amoureuse d'une passade ? murmura-t-elle tendrement.
Elle remonta ses mains le long des bras d'Hayden, jusqu'à entourer son visage, qui la fixait avec surprise.
- J'aurais peut-être dû te le dire lorsque tu me l'as dit, il y a des semaines. Mais je ne pensais pas que tu en avais besoin, reconnut Lily. De toute évidence, j'avais tort.
Hayden hocha la tête, déglutissant difficilement.
- Je n'ai pas la langue dans ma poche. Le jour où j'en aurai marre de toi, tu le sauras, affirma Lily. Et je pense que je le saurai également, quand tu n'en pourras plus de moi. Maintenant, jure-moi que tu ne perdras plus confiance comme ça, et embrasse-moi.
Et, bien évidemment, il s'exécuta.
Parce que Lily Potter était la seule à le connaître aussi bien.
…
.
...
Vendredi 16 avril 2032 – Hôpital Ste Mangouste
Hayden s'étira les bras avant de rejoindre la foule de Guérisseuses qui patientaient à l'étage du service des virus et microbes magiques.
- J'espère que je vais pouvoir l'accompagner aujourd'hui ! piailla Garance Stone en jetant un œil vers la porte qui était close, et derrière laquelle devait attendre la prochaine consultation de Rhéa Pye.
Rhéa était Guérisseuse en chef de cet étage et, par ce titre, pouvait ainsi recevoir des patients pour une rapide consultation. Dernièrement, elle proposait toujours à des collègues de l'accompagner, et il semblait qu'aujourd'hui, la personne qu'elle recevait intéressait toutes les collègues d'Hayden.
- Il est plutôt bel homme, en même temps, vous ne trouvez pas ? demanda la stagiaire qui était arrivée deux semaines plus tôt dans le service.
- Tu ne l'as jamais vu qu'en photo ! souffla une autre Guérisseuse.
Hayden leva un sourcil. Il s'agissait donc d'un patient connu ? Surprenant que Rhéa n'en ait jamais parlé. Cela dit, elle pouvait être particulièrement discrète. Par exemple, Hayden n'avait pas su remarquer qu'elle n'était plus avec son compagnon. À moins que ça ne soit parce qu'il ne s'intéressait pas énormément à la vie privée de ses collègues.
- Eh bien, les photos étaient plutôt flatteuses ! souffla la stagiaire.
Cette conversation n'était pas pour lui, mais comme aucun nouveau cas de scrofulite ne venait d'arriver, Hayden était plutôt à la recherche de travail qu'à courir dans l'étage. Les visites n'avaient pas encore débuté, et il n'avait pas de membres de famille à rassurer et à mener jusqu'à des patients qu'il avait soignés.
- Et puis, vous avez vu comme il est adorable avec sa fille ? Il s'en occupe tellement bien !
- Et tout seul, qui plus est ! renchérit une Guérisseuse. C'est incroyable tout ce qu'il fait pour elle. Il est tellement à l'écoute.
- Et surtout, il est célibataire…, souffla la stagiaire. C'est fou qu'il n'ait personne dans sa vie.
Un raclement de gorge colérique se fit entendre. Prises en faute, les Guérisseuses sursautèrent et se retournèrent. Derrière elles, Rhéa leur lançait un regard rempli de colère.
- Vous n'avez pas honte ? siffla-t-elle assez bas pour que personne d'autre que le personnel ne l'entende. Il est veuf, et il a dû réorganiser toute sa vie en catastrophe pour pouvoir s'occuper de sa fille tout seul. Et vous, la seule chose qui vous intéresse, c'est de savoir pourquoi il est encore célibataire ? Si c'était une femme, vous n'auriez pas la même admiration pour elle, j'en suis certaine. Par Merlin, vous ne méritez pas votre poste aujourd'hui…
Elle secoua la tête et, rageuse, prit le dossier qui l'intéressait. Les Guérisseuses avaient toutes rougi, peu contentes d'être remises à leur place, mais comprenant également pourquoi elles avaient droit à un tel sermon.
- Pitoyable, murmura Rhéa.
Elle réalisa soudainement la présence d'Hayden, et se détendit légèrement.
- Viens avec moi, tu n'as rien à faire pour le moment, n'est-ce pas ?
- Euh… effectivement, confirma Hayden.
- Toi, au moins, tu devrais réussir à garder ton calme et ton sang-froid devant le père de notre patiente, grommela Rhéa en fusillant les Guérisseuses. Allez, ouste, allez voir si nos patients ont besoin de quelque chose.
Elle attendit que toutes aient déguerpi pour finalement se détendre entièrement. Elle pointa sa baguette sur le dossier pour le dupliquer, et tendit la copie tout juste créée à Hayden, qui la prit sans hésiter.
- C'est un cas de dragoncelle banal, lui annonça Rhéa. Seulement, il y a eu des antécédents mortels dans les deux branches de la famille, et comme tu as entendu les collègues, c'est un père célibataire, alors forcément, il s'inquiète. J'ai préféré lui proposer de venir toutes les semaines pendant la guérison de sa fille, pour être certaine que ça ne se dégradait pas, et puis pour le rassurer également.
Elle soupira.
- J'ai à chaque fois dû demander à une collègue différente de venir, parce qu'elles n'étaient pas capables de rester tranquilles devant lui.
- Je vois, marmonna Hayden.
Il n'avait jamais compris l'incapacité de ses collègues à ne pas rester calmes devant un patient, aussi attirant soit-il.
Il ouvrit le dossier et suivit Rhéa qui allait vers la pièce où l'attendait le père et sa fille. Hayden lut en diagonale que les arrières grands-parents du père étaient décédés de la dragoncelle, tout comme le grand-père de la mère de leur patiente.
- Effectivement, beaucoup de facteurs à risques, reconnut-il. La petite a…
- Deux ans et demi, répondit Rhéa. Cela fait deux ans que sa mère est décédée.
Un doute assaillit soudainement Hayden. Il connaissait, sans l'avoir jamais rencontrée, une enfant dont la mère était décédée il y a deux ans, et qui avait des antécédents de décès dus à la dragoncelle.
Il recommença la lecture du dossier de la patiente, accordant plus d'importance à la fiche de présentation de l'enfant, plutôt qu'à ses symptômes.
La patiente s'appelait Eleanor Grace Potter.
Fille de James Sirius Potter.
Hayden ne voulait plus du tout aider Rhéa.
- Attends, Rhéa, est-ce que…
Trop tard. Sa responsable avait déjà ouvert la porte où ils étaient attendus.
Mais le pire, c'est qu'ils n'étaient pas que deux. Hayden l'entendit avant de la voir.
- Un hippogriffe qui se balançait,
Sur une toile, toile, toile d'acromentule,
C'était un jeu…
Hayden ferma les yeux, et s'arma de la plus grande patience qu'il possédait.
Lily Luna Potter était également dans la pièce.
La comptine s'arrêta lorsque Rhéa salua James Potter. Hayden le connaissait peu, et ne se rappelait plus de sa voix, étant donné qu'il n'avait plus eu de contacts avec lui après Poudlard.
- C'est mon collègue Hayden Zabini qui m'accompagne aujourd'hui, annonça Rhéa Pye après avoir serré la main de James Potter.
Le père traversa la pièce, et lui serra la main, en fronçant les sourcils.
- Vous étiez en cours avec ma sœur, n'est-ce pas ?
Hayden était surpris qu'il s'en rappelle. Et tellement surpris qu'il ne sut comment répondre, alors que la question était simple.
- Ouais, c'est bien ça, confirma Lily. C'est ce dont on parlait avec Rose et Scorpius le week-end dernier. Tu le saurais si tu étais venu au repas…
- Eleanor a la dragoncelle, Lily, souffla James. Et grand-mère me regarde toujours avec ce regard rempli de pitié, et je n'avais aucune envie de le voir…
Lily grimaça.
- Compréhensible.
Hayden leva enfin les yeux vers Lily. Elle était installée sur le lit, toujours avec sa veste en cuir. En laissant pendre une jambe dans le vide, l'autre repliée pour y poser son bras, comme toujours. Et, assise en face d'elle, une petite fille qui portait encore quelques marques de la dragoncelle essayait de l'imiter, en regardant avec admiration sa tante.
La petite fille portait les mêmes traits que son père, mais au lieu d'avoir des yeux noisette, les siens étaient d'un bleu profond. Hayden devina qu'elle avait hérité cela de sa mère décédée.
Pour une enfant de deux ans et demi, il la trouvait particulièrement calme. Elle observait l'environnement qui l'entourait avec grande attention. Son visage s'illumina lorsqu'elle vit Rhéa, comme la reconnaissant. Elle fronça les sourcils et le nez lorsque son visage se posa sur Hayden, se demandant sûrement de qui il s'agissait.
Rhéa serra également la main de Lily, qui ne fit aucun signe montrant qu'elle s'attendait à ce qu'Hayden en fasse de même, ce dont il lui fut reconnaissant. Il ne voulait pas s'approcher à nouveau d'elle. Il n'était pas certain d'être capable de rester calme et impassible dans un tel cas.
- Alors, comment va Eleanor depuis la semaine dernière ? demanda Rhéa à James Potter.
- Plutôt bien, répondit le jeune père en se frottant la nuque. Elle a mal dormi pendant un moment, mais apparemment, hier, ça allait bien.
- Apparemment ? s'étonna Hayden.
- Elle était chez moi, expliqua Lily en jetant un coup d'œil à son frère. C'est pour ça que je suis là, on s'est retrouvés directement ici. James avait besoin d'un…
Elle se tut, se mordant la lèvre.
- D'une baby-sitter, termina-t-elle. Et c'est toujours plus cool d'être avec sa tante qu'avec ses grands-parents, plaisanta-t-elle en chatouillant la petite fille.
- Cool ! s'exclama Eleanor.
- Est-ce que tu pourrais parler correctement lorsque tu es avec elle ? souffla James.
- D'accord, marmonna Lily en roulant des yeux. Elle a très bien dormi, confirma-t-elle. Pas de toux, pas de nouveau signe que la dragoncelle était repartie. En revanche, elle se gratte toujours le cou, là où il y avait le plus de cicatrices, ajouta-t-elle.
James hocha la tête pour confirmer.
- Je sais que c'est stupide de s'inquiéter autant pour Eleanor, elle ne risque rien en tant qu'enfant, mais…
Rhéa l'interrompit.
- Elle risque moins, le corrigea-t-elle. Vu les antécédents familiaux, il vaut mieux se méfier.
James hocha la tête, soudainement rassuré.
- Vous avez bien fait, monsieur Potter, ajouta Hayden Zabini.
- Merci, grommela James en se frottant à nouveau la nuque.
Il paraissait exténué.
- Est-ce que je peux examiner Eleanor maintenant ? demanda Rhéa.
Lily se leva souplement du lit, et alla se poster contre le mur, pendant que son frère se rapprochait de sa fille.
Rhéa alla voir l'enfant, qui riait aux éclats alors que la Guérisseuse n'avait encore rien fait. Son rire était communicatif, et Rhéa se retenait difficilement.
- Allez, jeune fille, il est temps que je regarde ce que vous avez mis comme raclée à votre dragoncelle ! rit Rhéa.
Hayden sourit légèrement, avant de se reprendre. Il sentit un regard sur son visage, et lorsqu'il jeta un coup d'œil, il vit que Lily le détaillait.
Pendant une, peut-être deux minutes, elle le regarda sans rien dire, avant de finalement détourner le regard, comme pudique. Personne à part eux deux n'avait rien remarqué, évidemment. Ils étaient trop concentrés sur Eleanor.
Hayden toussota, se reprit. Il était ici pour travailler, non pas pour observer Lily.
- Est-ce qu'Eleanor mange correctement, boit correctement depuis le début de sa maladie ?
- C'est mieux depuis deux semaines, répondit immédiatement James. Ça a été un peu compliqué au début. Mais maintenant, c'est bon.
- Est-ce qu'elle peut avoir été en contact avec quelqu'un qui revient d'un voyage ? demanda Hayden. Pour savoir si ses défenses immunitaires ont pu être malmenées dernièrement.
- Seulement ma sœur, dit James en désignant l'intéressée d'un mouvement de tête.
- Des risques de maladie ? demanda Hayden, en regardant Lily et en essayant de paraître neutre.
- Non, répondit l'Auror en détournant le regard.
Elle avait croisé les bras sur sa poitrine, et refusait à présent de regarder Hayden, comme si elle n'en avait pas le droit.
La vérité, c'est que le regarder faisait mal à Lily. À chaque fois qu'elle le faisait, elle avait l'impression que c'était la dernière fois, et cela était un déchirement pour elle. Elle refusait de le dévorer du regard comme si elle savait qu'elle n'en aurait plus jamais la possibilité, et elle haïssait l'idée qu'elle ne pouvait pas le faire au vu et au su de tout le monde.
- Vous en êtes certaine ? insista Rhéa. On a tendance à ne pas faire de vérifications quand on revient de l'étranger, et…
- Votre collègue, le Guérisseur Rakepick, s'occupe de moi, et il m'a assurée que je n'avais aucun risque de contaminer ma nièce, au vu de mes missions actuelles, et des lieux où elle m'envoie, la coupa sèchement Lily.
Un silence de plomb tomba dans la pièce.
James Potter semblait s'en vouloir énormément, et regarda sa sœur, qui lui adressa un sourire rassurant.
Rhéa et Hayden, à l'inverse, échangèrent un regard peu rassuré.
- Est-ce que je peux vous demander pourquoi vous avez eu besoin de le voir ? demanda Rhéa.
- Enquête d'Auror, répondit sobrement Lily.
Elle mentait, Hayden le savait parfaitement bien. Rhéa ne s'en rendit sûrement pas compte, mais lui n'était pas dupe. Il avait vu Lily mentir pendant des années, il savait reconnaître ses mensonges, ses postures de menteuse.
Elle leur mentait, et elle savait qu'Hayden savait.
Pourquoi Lily avait besoin de consulter l'expert en médecine de magie noire de Ste Mangouste ?
- Je dois aller le voir ensuite, ajouta l'Auror. Je lui dirai de vous rassurer, si vous préférez.
- Volontiers, murmura Rhéa Pye en terminant l'examen d'Eleanor Potter. Tu me parais être en parfaite forme, jeune fille ! rit-elle.
Eleanor éclata de rire et battit des mains, avant de se jeter sur son père, qui la récupéra d'un habile mouvement.
- Doucement, petite furie !
- Elle se porte très bien, le rassura Rhéa. Elle n'a aucun problème. On peut arrêter les visites, lui assura-t-elle. Elle n'a plus besoin de moi, et à son âge, moins elle voit l'hôpital, mieux ça sera, assura Rhéa.
Elle agita sa baguette magique, et une friandise sans sucre apparut soudainement. Eleanor avait apparemment l'habitude que la Guérisseuse fasse venir de la nourriture jusqu'ici, car elle applaudit joyeusement, et son visage s'illumina lorsqu'on lui tendit sa récompense.
- Oh, déjà ! souffla James. Je pensais que… Non, rien, se reprit-il avec un sourire. Merci beaucoup.
- Vous allez pouvoir la ramener aux repas de famille ! lui dit Rhéa Pye. Elle va revoir les membres de sa famille.
James grimaça, et Lily pouffa.
- Dommage pour toi, tu ne vas plus pouvoir éviter grand-mère.
James lui adressa un regard mauvais, qui augmenta l'amusement de Lily.
- Merci encore, dit James en sortant de la pièce.
Hayden remarqua qu'un attroupement était à nouveau présent en dehors de la salle de consultation, ce qui eut le don de faire serrer ses mâchoires à Rhéa.
- Prenez soin d'elle, et de vous également, lui dit Rhéa. Elle a besoin d'un père qui prend soin de lui, pour grandir correctement.
James hocha la tête. Lily, à sa suite, tendit la joue pour qu'il l'embrasse rapidement, comme Eleanor.
- On se voit bientôt, souffla le grand frère.
Elle hocha la tête, puis regarda Rhéa Pye.
Toujours, elle évitait Hayden. Elle ne voulait pas le regarder, pas s'infliger cette torture.
- Le Guérisseur Rakepick se trouve où actuellement ? Lorsque je l'ai vu la première fois, c'était en urgence, et je n'ai pas eu l'occasion de le rencontrer à nouveau depuis plusieurs semaines.
- Il n'est pas simple à trouver, dit Rhéa dans un soupir. Moi-même, je ne suis pas certaine d'où il peut être, mais… mon collègue Hayden Zabini doit justement lui demander une information pour un dossier. Tu sais où il se trouve ? Accompagne Lily Potter jusqu'à lui, vous n'aurez qu'à… vous rappeler des souvenirs de Poudlard sur le chemin.
La gorge d'Hayden s'assécha soudainement. Il avait envie de refuser, mais il n'allait pas réussir à mentir correctement. Et, surtout, il avait fixé un rendez-vous avec le Guérisseur Rakepick. S'il le manquait, il allait sûrement recevoir un reproche, et il n'avait pas envie de cela. De plus, il avait pour code d'honneur de toujours honorer ses rendez-vous.
- Oui, je sais où il se trouve, murmura Hayden.
- Je peux me débrouiller seule, assura Lily rapidement. Je ne voudrais surtout pas bousculer vos emplois du temps…
- Je l'accompagne, trancha Hayden. Merci, Rhéa.
Sa supérieure hocha la tête, le nez dans un tas de paperasses, et ayant déjà oublié leur conversation.
D'aussi loin qu'Hayden s'en souvienne, il n'avait jamais vu Rhéa sans des dizaines de papiers en main. Il n'était donc pas surpris que ce soit toujours le cas alors qu'elle venait de s'occuper de la petite-fille de Harry Potter.
Il était un peu plus surpris par le fait que Rhéa n'ait toujours pas remarqué qu'elle tenait ses parchemins à l'envers.
- Par ici, dit-il à Lily en lui ouvrant la voie.
Elle se positionna à deux mètres de distance de lui, refusant toujours de le regarder, et adoptant une posture défensive, bras croisés sur la poitrine et baguette magique à portée de main.
Ils passèrent la foule de Guérisseuses curieuses, qui semblaient toutefois avoir moins d'intérêt pour Lily Potter que pour son grand frère.
Le silence s'épaissit entre eux pendant qu'ils parcouraient les couloirs de l'hôpital, Lily essayant de se repérer, mais n'y arrivant pas. Elle se frotta furieusement l'épaule droite, la douleur irradiait plus fortement depuis qu'elle avait découvert la cache du Corbeau – ou de la Corneille.
Le silence prit une telle ampleur que, comme toujours, Lily eut besoin de crever cette bulle de sérénité avant d'étouffer.
- Je ne suis pas une briseuse de ménages.
Hayden ne réagit même pas. Lily ne put s'empêcher de poursuivre.
- J'ai compris. Tu es heureux avec Jane Wilson. Ma cousine Rose semble en être convaincue, Scorpius Malefoy également. Je ne suis pas une briseuse de ménages. Mais j'avais le droit de te donner des explications, ajouta-t-elle dans un filet de voix. Et tu ne m'autorises même pas ce droit…
Hayden serra le poing, et ouvrit une porte dérobée, qui leur permettait d'arriver plus rapidement au bureau où se trouvait très certainement le Guérisseur Rakepick à cette heure-ci.
- Pourquoi est-ce que tu as besoin du seul Guérisseur qui a des connaissances en magie noire ? siffla-t-il finalement.
Lily ne sut si elle était soulagée parce qu'il lui adressait la parole, ou frustrée parce qu'il déviait le sujet de conversation.
- Je suis Auror, dit-elle en guise de réponse.
- Généralement, lorsqu'un ennemi vous blesse avec la magie noire, ça apparaît dans les journaux, pour vanter votre courage.
Têtue, Lily garda le silence. Alors, Hayden comprit. Le choc manqua le faire trébucher.
- Tu as pratiqué la magie noire sur toi ?
Lily refusait toujours de le regarder, mais il n'en avait pas besoin. Il savait qu'il avait raison. S'il avait tort, elle se serait défendue, lui aurait fait comprendre qu'il se trompait. Elle détestait qu'on se méprenne sur ses intentions ou ses actes, il en avait fait les frais des années auparavant.
- C'est illégal ! souffla Hayden. Ce n'est même pas enseigné dans vos cours !
Il se souvenait de tout ce que Lily avait appris durant sa formation en Europe, et jamais il n'était fait mention de magie noire sur les Aurors dans le cadre de leurs missions. Il n'aurait, à l'époque, pas supporté imaginer que Lily puisse en faire usage.
- En Europe, c'est illégal, répondit Lily. Pas en Afrique. Et je t'ai dit ça il y a des années, les circonstances ont changé.
- T'es complètement folle. Comment est-ce que ton père a pu accepter ça ?!
Elle ne dit rien, et lorsqu'Hayden voulut attraper son regard, elle baissa les yeux, encore une fois.
- Il n'a pas accepté, comprit Hayden. T'es vraiment incapable d'obéir aux ordres.
- Je n'ai pas désobéi, techniquement. Il n'a pas explicitement dit que je ne pouvais pas. Et de toute façon, l'accord avait déjà été signé par celui qui supervise les gestes exceptionnels que les Aurors font dans le cadre de leurs missions. C'était un cas d'extrême urgence, et ça a été accepté.
Hayden ouvrit légèrement la bouche. Il venait de comprendre le regard que James Potter avait lancé à sa sœur, quelques minutes plus tôt. Un regard rempli de regrets, et d'excuses.
- C'est ton propre frère qui a validé ta demande, murmura-t-il. Je retire ce que j'ai dit. Tu n'es pas folle. C'est vous deux, qui l'êtes.
Elle le fusilla du regard.
- Sa femme est morte. Ce que j'ai fait nous permet de nous rapprocher plus de la personne qui l'a assassinée, et ça a porté ses fruits, avant-hier encore. Mais ça, tu t'en fiches, pas vrai ? Et ça peut également nous rapprocher de…
Elle se tut. Elle se pinça l'arête du nez, inspira profondément. Hayden réalisa qu'elle avait été sur le point de briser un tabou d'Auror, et qu'un peu plus, elle lui révélait une affaire sensible.
Elle tira sur sa mèche de cheveux, celle qu'elle tirait à chaque fois qu'elle voulait une cigarette. Il connaissait encore parfaitement ce geste.
- On ne peut pas fumer ici.
- Je suis au courant, siffla-t-elle. Foutu hôpital. Amène-moi au Guérisseur Rakepick, qu'on en finisse, pesta-t-elle.
Hayden reprit sa route, essayant de ne pas s'inquiéter plus que nécessaire pour Lily. Après tout, elle venait de lui dire qu'elle n'était pas une briseuse de couple. Il n'avait aucune crainte à se faire, elle n'allait rien révéler de leur histoire à Jane, ou à n'importe qui d'autre. Elle n'allait pas chercher à le revoir, elle n'allait plus lui parler.
C'était tant mieux.
Parce qu'il la haïssait toujours autant.
Sauf qu'elle réussissait également à lui rappeler qu'à une époque, il s'inquiétait pour elle.
Il tenait à elle.
Il voulait passer sa vie avec elle.
Il était amoureux d'elle.
C'était une période de sa vie qu'il avait oubliée, qu'il ne voulait plus revivre. Lily était sortie de sa vie, elle lui avait fait trop de mal, elle avait brisé la confiance qu'il avait placée en elle, elle ne méritait pas qu'Hayden passe du temps à s'occuper d'elle, à penser à elle. Elle était sortie de sa vie, et c'était la meilleure chose qui soit pour Hayden. Il n'aurait pas dû céder à cette pulsion de l'embrasser, des années plus tôt. Il n'aurait pas gâché cinq ans de sa vie.
Ils arrivaient à destination. Hayden hésita un dernier instant, se demandant s'il voulait en savoir plus sur ce que Lily avait fait subir à son corps.
Finalement, il céda.
- Tu as fait quoi, exactement ?
Elle s'arrêta au milieu du couloir où ils se trouvaient, se moquant des Guérisseurs qu'elle pouvait gêner.
- Tu veux savoir ? s'étonna-t-elle.
- Curiosité médicale. Mais si tu ne veux pas en parler, je m'en moque.
Il mentait. Mais pour la première fois, Lily ne s'en rendit pas compte. Une expression de tristesse et de détresse traversa son visage. Hayden ne fit rien pour la rassurer. Il ne voulait pas qu'elle pense qu'il puisse mentir. S'il commençait à la tromper aussi facilement, c'était bien la preuve qu'ils n'avaient plus rien à voir l'un avec l'autre.
- J'ai réussi à extraire l'essence d'une personne que nous cherchons grâce à une lettre qu'elle avait envoyée. Puis à l'injecter dans une potion de traçabilité. Potion que j'ai ingurgitée, termina Lily avec froideur.
Hayden déglutit.
- Une potion comme ça, c'est…
- Aussi efficace qu'un philtre de mort-vivante, je te l'accorde. Mon corps se nécrose peu à peu, je dois donc venir endiguer les effets ici. Et faire en sorte de ne pas le garder plus de six mois dans mon organisme, si je ne veux pas mourir. Puisque la curiosité médicale semble t'étouffer, cela fait exactement un mois et quatre jours que j'en ai pris. Ta curiosité est satisfaite ?
Hayden ne répondit pas, mais Lily n'en était pas surprise. Il était toujours comme ça. Il ne répondait pas, il gardait le silence presque tout le temps. Loin était le temps où elle réussissait à le faire parler, à ce qu'il lui confie ses doutes.
Elle savait qu'elle était fautive, bien évidemment.
Elle aurait simplement voulu pouvoir s'expliquer.
Elle respectait toutefois trop Hayden pour aller au-delà de sa volonté, et de le forcer à l'écouter. Il fallait que ça vienne de lui, directement. Elle n'avait jamais entravé sa liberté de vouloir ou non écouter une explication.
- T'as jamais été capable d'écouter ce qu'on te disait, souffla Hayden. Même lorsqu'on te demande de ne pas te mettre en danger en tant qu'Auror.
Lily ne sut quoi répondre à ce rappel de ce qu'il lui avait demandé, des années auparavant, dans l'infirmerie de Poudlard.
Hayden reprit sa route, et s'approcha d'un homme que Lily avait déjà croisé.
- Ah, Zabini ! Vous êtes déjà là ?
- Non, je reviendrai plus tard pour le cas qui m'intéresse. Mais je vous amène Lily Potter, qui doit vous voir, apparemment.
Le Guérisseur Rakepick se retourna. Ses lunettes rondes au bout du nez, il regarda la jeune femme par-dessus ses lunettes.
- Exact. Vous avez traîné, miss Potter. Je vous attendais il y a une semaine de cela.
- J'ai eu un contretemps.
- Il n'y a pas de contretemps qui tienne lorsqu'il s'agit de votre santé.
Lily ne répondit rien, mais dans son regard se lisait toute la colère qu'elle éprouvait en s'entendant être réprimandée comme une enfant.
- Entrez dans cette pièce, dit le Guérisseur Rakepick.
Elle obéit, et il la suivit, avant de se tourner vers Hayden.
- Eh bien, vous ne venez pas ?
- Je vous attends ici, répondit Hayden.
- Alors que vous pouvez observer un cas unique de magie noire infligée sur une sorcière ? Ne soyez pas stupide. Vous savez aussi bien que moi que vous n'aurez jamais d'autres occasions d'en voir un. Venez donc, Zabini, ou je vais m'inquiéter du peu d'intérêt que vous portez à des cas aussi exceptionnels. Et fermez la porte derrière vous.
Hayden serra les dents, et il se doutait que c'était également le cas de Lily.
Il entra dans la salle de consultation, se demandant ce qu'il avait fait pour qu'aujourd'hui, on l'oblige à passer autant de temps avec Lily Potter. Il aurait voulu que cette journée s'achève immédiatement.
Il ferma la porte derrière lui, tandis que Lily prenait place sur la table de consultation, adoptant sa position favorite : un pied dans le vide, l'autre jambe repliée.
Elle enleva souplement sa veste en cuir d'un mouvement d'épaules. Elle portait un simple débardeur avec de fines bretelles, pour laisser visible ses bras.
Elle avait une énorme balafre sur l'avant-bras gauche, mais ce ne fut pas ce qui marqua le plus Hayden, bien qu'il s'agisse d'une blessure qu'il n'avait jamais vue. Ce qui capta immédiatement son attention, c'était l'épaule droite de Lily.
Hayden lâcha un hoquet de stupeur.
- J'aurais dû vous prévenir, soupira le Guérisseur Rakepick. Moi-même, j'ai failli tourner de l'œil lorsque j'ai vu ce qui lui était arrivé. C'était totalement inconscient de votre part, vous le savez, pas vrai ?
Lily haussa les épaules, et se frotta vigoureusement l'épaule droite.
- C'était nécessaire.
- Rien ne nécessite d'avaler ça, siffla le Guérisseur. Comme à chaque fois, je dois vous demander si vous souhaitez prendre une potion qui permet d'annuler l'effet, ou bien si…
- J'ai encore presque cinq mois. Je ne prendrai pas cette potion.
- Vous avez cinq mois avant votre décès, la contredit le Guérisseur. Seulement quatre avant qu'on ne puisse pas vous guérir.
Lily se mordit la lèvre. Elle n'avait dit à personne cette subtilité, et elle craignait qu'Hayden la rapporte à quelqu'un.
Mais passés la surprise et le choc, Hayden avait repris son masque d'indifférence. Il ne se préoccupait plus de ce que Lily avait pu faire. Il observait le phénomène avec dégoût, mais également fascination.
Sur l'épaule de Lily, une énorme tâche noire avait pris place. Cette tâche donnait naissance à des filaments, comme des fils de toile d'araignée, qui disparaissaient ensuite sur sa clavicule puis sa poitrine à l'avant, et descendaient sur l'omoplate à l'arrière.
C'était ténu, mais les fils semblaient circuler. De la tâche partait comme de l'encre, qui suivait les fils dont on ne voyait pas la fin. Ils bougeaient sous la peau de Lily.
- C'est beaucoup plus mouvant que lors de votre dernier passage, nota le Guérisseur Rakepick.
- Sûrement parce qu'il n'est pas loin. Celui que je recherche, expliqua Lily.
- Peut-être. Ou peut-être parce que cela prend de l'ampleur, et devient plus dangereux, répondit sèchement le Guérisseur. Est-ce que vous avez eu des pertes de conscience avec la réalité, depuis votre dernier passage ?
- Quelques unes, confirma Lily. La dernière, et la plus violente, a eu lieu avant-hier.
Le Guérisseur Rakepick posa ses mains sur l'épaule de l'Auror, et suivit du doigt les différents chemins pris par le maléfice contenu dans la potion, se concentrant sur les mouvements. Hayden prit le risque de l'interrompre dans sa consultation.
- Jusqu'où cela peut s'étendre ? demanda Hayden.
- Pas très loin, répondit Rakepick. Jusqu'au cœur.
Dans un premier temps, Hayden crut qu'il s'agissait d'une bonne nouvelle, avant qu'il ne comprenne ce que cela signifiait.
- Une fois que cela atteint le cœur, la nécrose fait s'arrêter le cœur, conclut le Guérisseur Rakepick. Une mort lente, douloureuse.
- Mais nous n'allons pas atteindre ce stade, répliqua Lily.
- On aurait déjà pu l'arrêter, fit remarquer Rakepick. Mais j'ai compris que mon avis n'avait pas d'importance pour les Aurors. Vous êtes prête ?
Lily hocha la tête. Elle posa sa tête sur son genou replié, et serra de ses deux mains son mollet. Hayden se demanda pourquoi elle adoptait une telle posture de protection.
Et puis, il vit que le Guérisseur Rakepick incendiait sa baguette.
Avec un Feudeymon réservé aux Guérisseurs.
Hayden avait entendu parler de cette magie guérisseuse, mais il ne l'avait jamais vue en action, car personne à Ste Mangouste ne l'utilisait. Tout du moins le croyait-il.
- C'est une plaisanterie ? s'exclama-t-il.
- Pour soigner la magie noire, rien de mieux que la magie noire, répondit le Guérisseur. Miss Potter, je vous souhaite bon courage.
Hayden se rappela avoir vu Lily souffrir lorsqu'il l'avait envoyée à l'infirmerie, lors de leur septième année.
Cette fois, ce fut pire.
Le Guérisseur la brûlait littéralement. En même temps qu'il effectuait cet acte médical, il fournissait des explications à Hayden.
- En agissant ainsi, nous tuons les fibres de la nécrose, les empêchant d'évoluer plus rapidement, et de déjà commettre des dommages irréversibles. Bien sûr, ce n'est qu'une compresse sur une fracture. Ce n'est pas aussi efficace qu'une décoction, de magie noire évidemment, qui permettrait d'éradiquer tout corps étranger, mais comme la patiente refuse le traitement…
Hayden posa un regard sur Lily. Elle était crispée à son possible, et ses phalanges avaient blanchi à force de serrer son mollet. Il ne doutait pas qu'elle aurait les marques de ses ongles sur son mollet, si ce n'est des coupures liées à la pression.
Petit à petit, Hayden réalisa que les nécroses bougeaient moins, sous la peau de Lily. Elles semblaient être plus disciplinées, plus calmes.
Au bout d'un moment qui sembla être une éternité à Hayden, le Guérisseur Rakepick rangea sa baguette magique.
Lily ne bougea pas immédiatement.
Hayden avait envie de la secouer, mais il ne pouvait pas se le permettre. Il réalisa alors qu'il avait retenu sa respiration cette dernière minute. Il inspira une immense goulée d'air.
- Voici les documents dont vous aviez besoin, lui annonça le Guérisseur.
Hayden se saisit des parchemins.
- Qu'est-ce que vous en pensez ? Impressionnant, tout de même, comme magie, n'est-ce pas ?
Hayden hocha la tête machinalement, mais n'arrivait pas à prononcer le moindre mot. Il était perdu, soudainement.
Lily releva la tête, et s'essuya les joues. Elle avait pleuré, et paraissait groggy. C'était si rare de la voir pleurer qu'Hayden sentit toutes ses barrières s'affaisser, prêt à la rassurer. Mais rapidement, elle se secoua, et remit sa veste aussi souplement qu'elle l'avait ôtée.
- Merci, dit-elle au Guérisseur.
- Je vous en prie. Le mieux serait qu'on se revoie dans deux semaines, pas plus. Mieux vaut que vous passiez régulièrement, dit-il.
Elle hocha la tête, avant de quitter la pièce. Hayden aurait voulu la suivre, mais il ne pouvait pas abandonner le Guérisseur Rakepick sans explication.
- C'est violent comme traitement, finit par prononcer Hayden.
- Bien sûr que c'est violent. On parle de magie noire. J'ai des traitements moins invasifs, moins douloureux, mais qui réduiraient également son espérance de vie, et je refuse d'être le Guérisseur qui tue la dernière enfant de Harry Potter. J'ai une réputation à tenir, et j'ai aussi peur de la mauvaise presse que cela me ferait, dit-il simplement.
Hayden hocha la tête.
- Pourquoi est-ce que vous acceptez de la soigner aussi violemment ?
- Parce qu'elle me l'a demandé, avoua Rakepick. J'aurais choisi une méthode moins invasive, un traitement moins long. Mais elle a insisté. C'est le seul traitement qui ne l'oblige pas à rester à Ste Mangouste pour une nuit, et qui est efficace immédiatement. Je préfère faire cela que de l'empêcher de travailler. N'oublions pas qu'il s'agit d'une Auror. Si elle utilise la magie noire, c'est pour empêcher un mage noir de s'en prendre à la communauté sorcière. Dans un cas comme celui-ci, j'accepte d'aller à l'encontre du bien-être du patient.
Hayden déglutit.
Il désigna les parchemins que lui avait donnés Rakepick.
- Merci beaucoup pour ces informations. Elles vont m'être utiles.
Le Guérisseur hocha la tête, déjà passé à un autre sujet, et ayant oublié Hayden. Ce dernier quitta la salle de guérison, et repartit se mêler à la foule de Ste Mangouste pour retrouver son étage, celui du service des virus et microbes magiques.
Il se détestait tellement.
Pendant toute la consultation de Lily, il n'avait eu qu'une seule envie.
La prendre dans ses bras.
Faire valser Jane Wilson hors de sa vie, et y faire entrer Lily Potter, une nouvelle fois.
Lui qui, avant cette consultation, s'était persuadé qu'il n'en voulait plus dans sa vie, réalisait soudainement qu'il n'avait pas son choix à donner dans cette histoire.
Son cerveau essayait de prendre le dessus sur ce qu'il voulait, et sur ce qui aurait dû être bon pour lui.
Il serra les poings.
Lily Potter n'était plus dans sa vie. Aujourd'hui avait été une sale journée, il avait dû passer du temps avec elle, mais il savait que ce moment de faiblesse, où il croyait avoir besoin d'elle, n'était qu'une faiblesse passagère.
Il savait qu'elle devait sortir de sa vie.
Parce que le jour où elle l'avait trahi, elle avait aussi bafoué l'honneur de la famille d'Hayden, et ça, il ne pourrait jamais lui pardonner, ni l'oublier.
Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.
James va très bien, arrêtez d'avoir peur pour lui maintenant, d'accord ? Enfin, sa femme est morte, mais pas lui.
Et vous, sinon, vous allez bien ? Le confinement, ça va ? (C'est ma phrase d'accroche de toutes mes interactions sociales du moment, j'imagine que c'est pareil pour vous) Eh, vous avez remarqué comme mes notes d'auteur sont devenues plus courtes, par rapport à avant ? J'ai fait des progrès, en deux ans ! (A la fin de cette histoire, la note d'auteur sera aussi longue qu'auparavant, ne vous faites aucun souci pour ça)
Dites, sur une échelle de 1 à 10, je vous ai traumatisé à quel point avec mes anciennes FF ? Non, parce que quand je lis vos reviews, j'ai l'impression que vous n'espérez jamais que tout aille bien pour tout le monde à la fin de cette FF... Enfin, après, je dis ça, je dis rien. Il est possible que tout n'aille pas bien à la fin. Vous n'en savez rien, et n'en saurez rien avant la fin, après tout... OK, en fait, je comprends que j'ai pu vous traumatiser. Désolée pour ça.
DelfineNotPadfoot a, comme chaque semaine, corrigé ce chapitre, donc un grand merci à elle. Par ailleurs, elle m'avait confié l'avoir bien aimé et, je dois reconnaître que moi, j'ai bien aimé l'écrire (car je l'avais en tête depuis un sacré moment). J'espère qu'il vous plaira également !
Pour info, je ne reçois pas dans mes mails lorsque vous répondez à mes MP ou que vous m'en envoyez un directement (j'ai cherché pourquoi, je n'ai pas encore trouvé la réponse) Donc ne pensez pas que je vous snobe si je ne vous réponds pas, c'est juste que je n'ai pas la notification... Tristesse.
Merci à toutes et tous pour votre enthousiasme devant cette histoire, je vous dis à lundi prochain pour un nouveau chapitre !
Méfaits accomplis.
